Journal de rase campagne (7) : programmes flous, candidats perdus
Politique 

Journal de rase campagne (7) : programmes flous, candidats perdus

actualisé le 27/02/2014 à 11h28

Présentation du 2ème volet du programme 2014-2020 de Roland Ries - Brasserie la Solidarité, mercredi 19 février (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Présentation du 2ème volet du programme 2014-2020 de Roland Ries – Brasserie de La Solidarité, mercredi 19 février (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

J-4 semaines avant le 1er tour des élections municipales de mars. Alors que Fabienne Keller (UMP) et François Loos (UDI) ont présenté leurs colistiers, la campagne se déplace sur le fond, enfin. Interrogés sur le détail des programmes, certains candidats, tel Roland Ries, bottent en touche et renvoient vers leur équipe. L’ennui avec les engagements précis, c’est qu’il faut les tenir après…

1 – Programmes flous, candidats perdus

Très sollicités par des associations, des journalistes, des groupes de pression divers ou des partenaires politiques, les candidats au poste de maire de Strasbourg, 7ème ville de France, tête de pont d’une agglomération au budget annuel dépassant le milliard d’euros, ont des journées chargées. Si chargées que parfois ils n’ont même plus le temps de travailler leur propre programme et n’en maîtrisent pas les détails. François Loos (UDI), Jean-Luc Schaffhauser (FN) ou Fabienne Keller (UMP) ont été pris à plusieurs reprises en flagrant délit d’approximation, mais c’est le maire sortant Roland Ries (PS), candidat à sa succession, qui a cette semaine fait preuve d’une surprenante légèreté.

Mercredi 19 février, l’équipe de campagne donne rendez-vous à la presse à la brasserie de La Solidarité, dans le quartier des Halles, pour présenter le deuxième des 4 volets du programme de la liste socialiste pour 2014-2020. Arrivé avec un quart d’heure de retard, le sénateur-maire (et ancien prof de lettres) Roland Ries démarre une « lecture dirigée » du fascicule Strasbourg, solidaire et attentive (12 pages) : poursuite de la politique engagée en 2008 de lutte contre les discriminations (création de la Station), des efforts entrepris pour réduire les inégalités hommes-femmes, notamment au sein de l’administration (8 000 agents à la CUS), aide particulière apportée aux mères de famille seules qui recherchent un emploi… Et puis, le maire accélère. « Vous n’avez pas besoin de moi pour lire le document. » Il survole le sport santé, les crèches, la police de proximité, le plan grande précarité.

Or, qu’est-ce que « le programme Parler bambin né à Grenoble » ? La diversification des solutions d’hébergement pour les SDF ? La plateforme d’échange de biens ? La cellule de veille sur les logements vacants ? Ou encore l’initiative « Mon logement, mon emploi », sensée permettre aux foyers modestes de se lancer dans l’autopromotion immobilière ? Interrogé sur ces annonces, le candidat socialiste hésite, bafouille et se tourne finalement vers ses adjoints, nombreux à s’être déplacés mercredi, et son équipe de campagne. Mine Günbay, Paul Meyer, Jean-Baptiste Gernet, Philippe Bies ou Christian Spiry précisent opportunément telle ou telle idée.

Ce que le maire retient finalement du volet social de son programme : « Le lien entre égalité urbaine et vivre ensemble, sans lequel on ne peut pas préserver de diversité dans une ville ». Il note encore : « Parmi les éléments nouveaux, certains sont simplement esquissés mais intéressants, comme le développement de la silver économie [ndlr, les services aux seniors]. D’autres sont à affiner ». La coloc’ en HLM (p.11) ? L’ouverture des restaurants de maisons de retraite aux jeunes (p.9) ? On ne sait.

Ce que l’on retient nous : pas d’objectif chiffré en matière de construction de nouveaux logements, contrairement au mandat qui s’achève et à ses 3 000 logements par an (HLM et privé, sur toute la CUS). « On sera sur un trend [rythme] comparable », note le maire. Et un « système à points » pour l’attribution de logements sociaux, afin de « sortir de l’idée fausse qu’on attribue les HLM à la tête du client » (Roland Ries).

2 – Listes qui sortent : les candidats dévoilent enfin leur jeu

A lire : François Loos a le frère d’un autre candidat sur sa liste

A lire : Eric Senet, numéro 10 sur la liste de Fabienne Keller

Alors qu’il y a quelque 270 000 habitants à Strasbourg, il est intéressant de remarquer que François Loos a pris David Saglamer en 9ème place sur sa liste, alors que l’un de ses frères, Tuncer Saglamer, mène sa propre liste aux élections municipales. De même, Fabienne Keller a pris en 45ème place sur sa liste Emmanuelle Vierling-Kovar, la femme de Jean-François Kovar, pressenti pour figurer sur la liste de Roland Ries, mais également Thierry Roos (14ème place), dentiste et actif dans la communauté juive, mais surtout mari Nathalie Roos, conseillère régionale.

Roland Ries (PS) publiera sa liste complète dans le courant de cette semaine. Le maire sortant a par ailleurs annoncé qu’il tiendrait deux meetings, le 19 mars et le 26 ou 27 mars pendant l’entre-deux tours. Jean-François Copé et François Fillon feront quant à eux meeting commun à Strasbourg le 5 mars pour soutenir Fabienne Keller.

3 – Flatté par Roland Ries, vexé par Jacques Bigot, Robert Grossmann loupe sa sortie

Vendredi matin en conseil de CUS, Robert Grossmann (UMP) siégeait pour la dernière fois dans l’hémicycle, après 49 ans au conseil municipal de Strasbourg, dont 7 (2001-2008) en tant que président de la CUS. Cette dernière séance s’est achevée « sans émotion », voire avec une bonne dose de fiel à l’égard de son successeur Jacques Bigot (PS), qui a eu le mauvais goût de ne saluer son départ qu’après ceux des maires d’Oberhausbergen, Mundolsheim, Plobsheim, Vendenheim ou Fegersheim ! Affront suprême de la part de celui que Robert Grossmann a ensuite taxer d’avoir dégradé la fonction de président en ne conservant pas « l’esprit communautaire » que lui a mis tant d’énergie à construire…

La réaction de l’ex-président de la CUS a été d’autant plus cinglante que la majorité socialiste l’a bercé de flatteries en début de semaine. A l’occasion du conseil municipal de lundi, le maire PS Roland Ries a salué la « présence assidue et la participation active » de son opposant politique, sa « fougue, [son] enthousiasme et [son] amour de l’Alsace », sa « franchise » qui « a valu à tous de belles envolées passionnées, parfois de vifs échanges, mais toujours un sens de l’humour et une force de conviction qui complètent le registre très riche et diversifié de [ses] talents oratoires »… De là à penser que le maire sortant espère de son adversaire, par ailleurs brouillé avec sa collègue Fabienne Keller, un appel au vote en sa faveur, il n’y a qu’un pas.

Même le Mouvement des jeunes socialistes (MJS), qui imagine-t-on, devrait être à la pointe du combat anti-cumul et vilipender un élu qui a occupé son siège pendant un demi-siècle, s’est fendu d’un communiqué lundi pour « saluer et rendre hommage à Robert Grossmann et à son parcours politique », « tant ce qu’il a apporté à notre ville, que ce qu’il représente comme exemple d’engagement pour la chose publique ». Et de reprendre :

« Nous partageons à la fois sa conception du débat politique, qui assume la confrontation et la différence entre la droite et la gauche mais aussi son attachement à l’intérêt supérieur pour Strasbourg. Il aura été un adversaire de grande qualité, qui a souvent contribué à élever le niveau des débats sur le fond mais aussi sur la forme. »

Alors que les insultes ont fusé durant 6 ans entre le jeune élu PS Paul Meyer et le pilier de l’UMP local, lui aussi a versé dans l’hommage « quasi sincère » au grand homme en séance, puis sur son profil Facebook. L’ambitieux membre de l’équipe de campagne socialiste espère-t-il un destin à la Grossmann ? On le saura en 2057.

Capture Facebook Paul Meyer (MM)

Capture Facebook Paul Meyer (MM)

4 – Dominique Bézu réclame sa part de lumière

Dans un communiqué envoyé vendredi, l’un des candidats centristes Dominique Bézu déplore ne pas été invité au débat organisé jeudi par Sciences Po Strasbourg. Il tacle « l’entre soi bien triste » qui mène, selon lui, au vote extrémiste. Alors qu’il persévère dans sa campagne très confidentielle, l’un de ses soutiens nous envoie le lien de son blog aux chouettes photos. On ne peut que conseiller à la liste Osons Strasbourg au centre, si elle veut sortir de l’anonymat, de s’inspirer de la méthode Saglamer, le candidat qui veut faire voler les Strasbourgeois dans des navettes de la NASA.

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L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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