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La Station reprend les interventions de sensibilisation LGBTI+ en milieu scolaire à Strasbourg 
Société 

La Station reprend les interventions de sensibilisation LGBTI+ en milieu scolaire à Strasbourg 

par Alizée Chebboub-Courtin.
Publié le 2 juin 2022.
Imprimé le 11 août 2022 à 10:55
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Les interventions pour sensibiliser les collégiens et les lycéens aux thématiques LGBTI+ recommencent en Alsace, après plus d’un an d’interruption. Les bénévoles de La Station prennent le relai de l’association SOS Homophobie pour lutter contre l’ignorance et les discriminations en milieu scolaire.

« Les différentes identités et orientations sexuelles ne sont pas quelque chose qu’il faut cacher. Dans tout ce qu’on montre aux enfants quand ils sont jeunes, il y a des couples, des familles, des interactions sociales très hétéronormées. Ne pas parler des différences peut aboutir à des discriminations », expose Léah, bénévole responsable du pôle sensibilisation de la Station, le centre LGBTI+ (Lesbien Gay Bi Trans Intersexe…) situé 7 rue des Écrivains.

Début avril 2022, l’association a repris les interventions de prévention en milieu scolaire. L’antenne strasbourgeoise de SOS Homophobie, qui jusque-là assurait ces moments d’échange en classe, a cessé son existence. Rue89 Strasbourg avait pointé le manque de sensibilisation des élèves sur ces thématiques suite au suicide de Dinah, début octobre 2021. Cette jeune lycéenne mulhousienne était, depuis plusieurs années, victime de harcèlement scolaire en raison de son orientation sexuelle. Dans une démarche de prévention, la Station propose aux collèges et aux lycées un atelier de deux heures en classe pour sensibiliser les plus jeunes aux discriminations subies par les membres de la communauté LGBTI.

Genre, sexualité, sexe biologique et discriminations

Pendant ces interventions, deux bénévoles interagissent avec les élèves autour de quatre axes principaux : l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le sexe biologique et les discriminations. « Ces notions ne sont souvent pas claires pour les élèves, ils trouvent certaines choses dégoûtantes ou ne savent même pas qu’elles existent. Par exemple, quand on leur dit que deux hommes peuvent s’embrasser ou quand on évoque la transidentité », décrit Léah.

Les bénévoles prévoient, par ailleurs, un temps significatif dédié aux discriminations. « Nous sommes parfois contactés à la suite d’une agression précise ou d’une atmosphère homophobe détectée par les professeurs », reprend-iel (le pronom utilisé pour les personnes non-binaires, comme Stan dont nous parlions ici). Le but de la Station est d’utiliser la pédagogie pour désamorcer des scènes violentes et humiliantes qui peuvent entraîner un décrochage scolaire. Chaque séance se clôt sur un échange anonyme. Chaque élève doit inscrire une phrase sur un papier, qu’il s’agisse d’une remarque, d’une incompréhension ou d’une question. 

« Nous ne faisons pas de la « propagande homosexuelle » »

La Station ne démarche pas d’établissement mais travaille à se faire connaître pour que ce soient les écoles qui initient la démarche. Léah souligne le fait qu’il reste des endroits où les thématiques LGBTI+ sont encore taboues :

« Nous faisons de l’information, pas de la « propagande homosexuelle », comme on nous l’a déjà reproché. Il y a encore des résistances très fortes sur ces sujets qui entraînent parfois un rejet violent, c’est pourquoi nous souhaitons que ce soient les établissements qui nous contactent. Des élèves, des professeurs ou des CPE peuvent également nous joindre, mais il faut nécessairement l’accord du ou de la chef d’établissement. »

Les membres de la Station pointent également du doigt une carence dans le programme scolaire. Si des événements ou des mois de sensibilisation contre les discriminations sont organisés par l’Education Nationale, il n’est pas obligatoire d’évoquer les personnes LGBTI+ à l’école. 

Questionné sur le sujet par Brut, le 9 avril, le président de la République avait déclaré qu’il n’était « pas favorable à ce que [l’enseignement des questions de genre et d’orientation sexuelle] soit traité à l’école primaire (…) c’est beaucoup trop tôt… ». Emmanuel Macron s’était aussi dit « sceptique sur le collège », avant de se rétracter devant les réactions des associations LGBTI+. « L’école a un rôle clé à jouer dans la lutte contre les préjugés et les discriminations envers les personnes lesbiennes, gay, bi, trans » a-t-il rectifié dans le magazine spécialisé Têtu, le 22 avril. L’antenne nationale de l’association SOS Homophobie a demandé, mercredi 4 mai, « un engagement plein et entier du président de la République » sur le sujet.

La Station réalise de l’information et de la sensibilisation au quotidien, notamment au sein de ses locaux lors d’ateliers ou d’expositions. Les interventions scolaires leur permettent cependant de s’adresser à un nouveau public. (Photo Louise D.)

Des formations aussi pour les adultes

La Station a lancé des ateliers pour adultes en même temps que les interventions scolaires. Si ceux-ci peuvent être réalisés à l’université, dans une association ou une entreprise, Léah précise que le centre souhaite aussi sensibiliser les équipes encadrantes des écoles (enseignants, infirmières scolaires, CPE…) : 

« Notre intervention dans les écoles est importante. Mais elle ne dure que deux heures. Nous pensons qu’il y a vraiment quelque chose à faire au quotidien, une écoute et une attention que seuls les encadrants peuvent apporter en étant en contact avec les élèves tous les jours. »

Bien qu’au début du projet, les bénévoles souhaitent déjà élargir leur zone d’action et l’étendre de Strasbourg à l’Eurométropole. Les bénévoles de La Station aimeraient aussi toucher les zones rurales qui ont souvent moins accès aux informations ou aux associations LGBTI+. 

L'AUTEUR
Alizée Chebboub-Courtin
Alizée Chebboub-Courtin
Journaliste sortie de l'Ecole de Journalisme de Grenoble. Fouineuse hyperactive. Social, écologie et féminisme.

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