Largesses financières et retard numérique à l’Office de tourisme de Strasbourg
Société 

Largesses financières et retard numérique à l’Office de tourisme de Strasbourg

Finances fragiles, retard dans l’utilisation des outils numériques, manque de suivi des dispositifs mis en place et dépenses non-justifiées… Le rapport du cabinet Deloitte n’épargne pas l’Office du Tourisme de Strasbourg et sa région. Une synthèse du diagnostic, commandé par l’Eurométropole et la Ville de Strasbourg, a été présentée vendredi 17 mars. Rue89 Strasbourg a pu consulter le document dans son intégralité.

Un audit de l’Office de tourisme de Strasbourg et sa région (OTSR) avait été commandé par l’Eurométropole et la Ville de Strasbourg. Les grandes lignes du document ont été présentées lors d’une conférence de presse, vendredi 16 mars. L’audit énumère les critiques classiques de la gestion d’une institution : situation financière très fragile, appel insuffisant aux outils numériques et manque d’observation des dispositifs mis en place… Les dernières pages du document, que nous avons pu consulter en intégralité, révèlent des dépenses peu fondées, voire pas du tout : la rémunération d’un président d’association à but non-lucratif telle que l’Office du Tourisme, des voyages à l’étranger ou encore des remboursements de repas non documentés.

La viabilité de l’OTSR « en danger »

Les bénéfices de l’Office du tourisme strasbourgeois sont en chute libre. Entre 2014 et 2016, ils sont passés de 73 000 à 28 000 euros. Le rapport précise : le résultat financier reste positif grâce à des recettes exceptionnelles, comme la « cession en 2016 d’une partie des titres de « Strasbourg Evénements » détenus par l’Office du Tourisme. »

La valeur des ventes (Strasbourg Pass, visites guidées) a baissé de 10% entre 2014 et 2016. Les subventions ont diminué dans cette même période. Depuis mars 2015, le Bas-Rhin ne verse par exemple plus les 40 000 euros par an à l’institution strasbourgeoise. En 2016, la Chambre du Commerce et de l’Industrie a baissé sa subvention à 20 000 euros en 2016, contre 50 000 euros en 2014. Et seuls 10 000 euros ont été sollicités pour 2018. Pour les analystes, l’autonomie financière de l’OTSR est « en danger »

Un retard sur le numérique

L’office du tourisme est en retard sur l’utilisation des outils numériques dans l’accueil et l’information du public. Les auteurs du rapport accusent :

« Les outils déployés restent traditionnels : accueil au comptoir, éditions papiers. Les outils numériques (Internet de séjour, tablettes en accès libre…) ne sont encore que peu développés ou depuis peu de temps. »

L’architecture du site internet de l’office de tourisme est aussi à revoir. De même que l’utilisation des réseaux sociaux. La page Facebook de l’OTSR possède 15 044 mentions « j’aime », contre 153 000 pour la page de l’office du tourisme lyonnais ou 104 830 pour l’interface montpelliéraine. Le développement d’une stratégie numérique était pourtant présenté comme l’un des axes de travail lors du vote de la subvention annuelle (510 000 euros) par la Ville de Strasbourg début 2017.

Une des causes de ce retard sur le numérique se trouve dans l’organigramme de l’office du tourisme strasbourgeois : aucune personne compétente pour le numérique n’y apparaît.

Strasbourg Mon Amour remis en cause

Autre point négatif mis en avant par le rapport : les politiques de l’Office de Tourisme strasbourgeois ne sont pas assez analysées a posteriori. L’efficacité des actions de promotion, comme les marchés de Noël à l’étranger et Strasbourg Mon Amour, n’est pas étudiée. « L’objectif premier, générer des retombées médias n’est pas chiffré en termes de contrepartie publicitaire », estiment les analystes.

Ce manque de suivi des résultats concerne aussi les subventions publiques. Les aides de la Ville et de l’Eurométropole, près de deux millions d’euros sur un budget total d’un peu plus de trois millions, « ne sont pas spécifiquement fléchées, ce qui permettrait un contrôle plus fin des réalisations et l’ajustement du budget ».

Des problèmes de gouvernance

De même, la pertinence du dispositif Strasbourg mon Amour est remis en cause. En 2016, l’événement a enregistré une perte de 189 000 euros pour l’Office de Tourisme. L’export de Strasbourg mon Amour au Japon génère aussi un déficit. Le cabinet Deloitte se félicite de l’arrêt de l’opération :

« Au 30 juin 2017, le résultat d’exploitation redevient positif notamment du fait de l’arrêt de « Strasbourg Mon Amour Japon » (gain de 80 000 euros de charges). »

Selon le cabinet Deloitte, les acteurs du tourisme sont trop nombreux pour le territoire bas-rhinois. Entre l’Agence d’attractivité de l’Alsace, Strasbourg Evénements (congrès et expostions), l’Agence de développement du tourisme, le Convention bureau (tourisme d’affaires) et la Direction du Développement Economique et de l’Attractivité de l’Eurométropole, y a-t-il une « stratégie partagée ? », interroge poliment le rapport.

La rémunération fluctuante du président

Le rapport s’attarde aussi sur le président de l’Office de Tourisme, Jean-Jacques Gsell (passé du PS à LREM). Sa double casquette de président de l’Office du Tourisme et de conseiller municipal peut donner lieu à des conflits d’intérêts. En conseil d’administration défend il les intérêts de la municipalité ou de l’association ?

Surtout, en février 2015, le conseil d’administration décide de lui octroyer une rémunération nette mensuelle de 2 800 euros. La somme est l’équivalent de la rémunération d’un conseiller départemental, mandat qu’il arrête à ce moment-là, en ne se représentant pas. En un vote, son salaire est triplé, il était jusqu’alors d’environ 870 euros, soit les trois quarts du SMIC.

Interrogé sur ce point en conseil municipal le 23 janvier 2017, l’adjoint au maire en charge du tourisme Paul Meyer (La Coopérative) avait pourtant répondu que le président de l’Office du Tourisme ne percevait aucune rémunération.

Le 3 octobre 2017, l’indemnité du président est réduite à 1 400 euros nets mensuel. Elle fait suite à une demande envoyée à l’administration fiscale sur « la rémunération du président d’une association à but non lucratif dans le cadre de l’exception légale en faveur des grandes associations. » La Direction générale des Finances Publiques (DGFIP) avait répondu en ces termes :

« Une association peut sous certaines conditions rémunérer ses dirigeants :

  • Si la rémunération n’excède pas les 3/4 du SMIC,
  • Si la rémunération est supérieure à la tolérance précitée, le nombre de dirigeants pouvant être rémunérés est limité en fonction du montant et de la nature des ressources de l’organisme,
  • En tout état de cause, les rémunérations versées ne doivent pas présenter un caractère excessif. »

Selon le cabinet Deloitte, l’Office du Tourisme de Strasbourg ne respecte pas toutes les conditions pour pouvoir rémunérer son dirigeant. En cause : les rémunérations versées à chaque dirigeant ne figurent pas dans l’annexe aux comptes de l’organisme. Mais Jean-Jacques Gsell peut être rassuré, même si son indemnité dépasse encore les trois quarts du SMIC, le rapport conclut ainsi :

« D’un point de vue légal, la DRFIP conclut que la rémunération versée n’est pas de nature à faire perdre à l’association le caractère désintéressée de sa gestion. »

Sur la rémunération du directeur de l’Office, de 117 500 euros brut par an, le cabinet estime qu’elle « n’appelle pas de commentaire particulier de notre part ».

Remboursements non-documentés, frais sans justificatifs

Entre 2014 et 2016, les analystes ont aussi trouvé « des frais de déplacement réglés par la carte bancaire de l’association et ce sans justificatifs fournis ». La pratique se retrouve dans les restaurants, où des « factures émises en déplacement se voient annoter manuellement des pourboires qui génèrent des remboursements non réellement documentés. » Le cabinet Deloitte préconise donc de « mettre en place un contrôle interne plus pertinent sur ce sujet ».

Les frais de déplacement pour la tentative de marché de Noël à New York sont pointés du doigt à plusieurs reprises. En 2014, 37 000 euros ont été déboursés pour le voyage transatlantique. Les auteurs de l’audit font remarquer que l’opération est « non réalisée à ce jour ». En 2014, 75 000 euros ont été dépensés en tout pour l’export du marché de Noël dans la Big Apple. Mais aucun chalet n’y a été installé.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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