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Plusieurs milliers de poings levés place Kléber contre le racisme et les violences policières
Société 

Plusieurs milliers de poings levés place Kléber contre le racisme et les violences policières

par Guillaume Krempp & Abdesslam Mirdass.
Publié le 6 juin 2020.
Imprimé le 18 octobre 2021 à 10:26
4 437 visites. 5 commentaires.

Vendredi 5 juin, place Kléber, plusieurs milliers de personnes ont participé à un rassemblement contre le racisme et les violences policières. Une première manifestation pour de nombreux jeunes qui veulent mettre fin aux bavures et aux inégalités.

« Justice pour Adama ! » « Pas de justice, pas de paix ! » « Police partout, justice nulle part ! » Les slogans scandés sont nombreux vendredi 5 juin vers 19 heures, sur la place Kléber. Des milliers de manifestants sont venus pour dénoncer le racisme et les violences policières au centre de Strasbourg. Malgré le ciel gris et menaçant, de nombreux jeunes ont répondu présents à un appel à manifester diffusé sur les réseaux sociaux depuis quelques jours.

Des milliers de manifestants sont venus dénoncer le racisme et les violences policières au cœur du centre-ville de Strasbourg. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

Le rassemblement est ponctué de discours, malheureusement peu audibles et de moments de silence en hommage aux victimes des bavures policières, dont les noms ont été égrenés par les organisateurs. Les genoux à terre, les poings levés et les pancartes « No justice, no peace » font référence à la mobilisation américaine depuis la mort de George Floyd à Minneapolis. Quatre policiers ont été inculpés pour meurtre et non assistance après une semaine de manifestations dans de nombreuses villes des États-Unis.

Les genoux à terre, les poings levés et les pancartes « No justice, no peace » font référence à la mobilisation américaine depuis la mort de George Floyd. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

« On ne veut pas mourir à cause de la police »

Estel, 25 ans, participe à sa première manifestation. Confrontée depuis toute petite à des remarques liées à sa couleur de peau, cette animatrice pour enfants vient aussi dénoncer les violences policières, d’Adama Traoré en France à George Floyd aux États-unis : « On ne veut pas mourir à cause de la police », explique-t-elle.

Confrontée depuis toute petite à des remarques liées à sa couleur de peau, Estel, 25 ans, participe à sa première manifestation. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

Un peu plus loin, Joël a tenu à participer à ce rassemblement pour s’opposer aux « discriminations liées à la couleur de peau dans tous les domaines. » Pour le danseur de 25 ans, certaines personnes blanches n’ont pas encore pris conscience du « racisme encore bien ancré dans notre société ». Cet habitant de Neudorf espère une « montée en puissance du mouvement, par le travail associatif et le dialogue, pour confronter la police (à ses dérives racistes, ndlr). »

Pour le danseur de 25 ans, certaines personnes blanches n’ont pas encore pris conscience du « racisme encore bien ancré dans notre société » (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

Une police très discrète

Contrairement aux deux précédentes manifestations depuis le déconfinement, la préfète Josiane Chevalier a choisi de ne pas faire évacuer la place malgré l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes. La police, ciblée dans une partie des slogans, est restée invisible, à bonne distance de la place Kléber. Un choix judicieux : le rassemblement s’est dispersé sans heurt ni dégradation.

« Si on ne parle pas maintenant, on ne parlera jamais »

Sokhma, 28 ans, estime qu’elle ne pouvait pas être ailleurs ce soir : « Si on ne parle pas maintenant, on ne parlera jamais. » Pour cette future mère, qui assiste à sa première manifestation, le problème du racisme doit d’abord se résoudre par l’éducation : « L’Histoire doit être mieux enseignée aux enfants, pas seulement en cherchant à valoriser la France. » La jeune cheffe d’entreprise, arrivée du Sénégal à l’âge de 13 ans, invite ainsi à visionner les documentaires « I am not your negro » sur Arte ou encore la série « Dear white people » sur Netflix pour se « poser les bonnes questions. »

Sokhma, 28 ans, estime qu’elle ne pouvait pas être ailleurs ce soir : « Si on ne parle pas maintenant, on ne parlera jamais. » (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

De l’autre côté de la statue du général Kléber, un étudiant de 21 ans s’étonne face à la foule massée sur la place : « Vu ce qui se passe dans les banlieues, j’avais l’impression que les gens s’habituaient aux violences policières. » Pour le jeune homme originaire du Maroc, le racisme s’est résumé à des « regards, des attitudes. » Mais selon l’habitant de Marckolsheim, il est évident qu’une personne d’origine immigrée devra « faire plus d’efforts pour arriver à la même situation qu’un Blanc. »

Un étudiant d’origine marocaine, 21 ans, s’étonne du monde présent sur la place Kléber : « Vu ce qui se passe dans les banlieues, j’avais l’impression que les gens s’habituaient aux violences policières » (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)
(Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

« C’est ça le privilège blanc »

À ses côtés, Moubarak approuve les dires de son ami. Étudiant en droit et auto-entrepreneur, il rappelle que plusieurs études ont démontré qu’un simple nom à consonance étrangère peut être un frein dans l’accès à un logement ou à un emploi. Et le jeune de 23 ans de raconter une arrestation par la police, dont l’origine ne fait aucun doute selon cet habitant du quartier des Poteries :

« J’étais sur mon vélo électrique pour aller travailler. J’étais pressé, parce que j’étais en retard. Là, je me fais arrêter par la police. Ils me demandent la facture du vélo. Déjà, qui se balade avec la facture de son vélo ? Par la suite, quand je leur ai envoyé le bon de commande internet, ils ont encore cherché à trouver quelque chose contre moi. C’est ça le privilège blanc, vous avez beaucoup moins de chance de vous faire contrôler de cette manière. Vous ne pouvez pas ressentir ce que ça suscite comme sentiment de honte et d’infériorité. »

C’est ça le privilège blanc, vous avez beaucoup moins de chance de vous faire contrôler de cette manière. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

En bordure du rassemblement, Yan Gilg assiste à la manifestation avec satisfaction. Le directeur des compagnies Mémoire Vive et Les sons de la rue se dit « fier face à ce rassemblement inédit de la jeunesse. » L’artiste et initiateur du projet d’universitaire populaire FAC espère que cette mobilisation aura un impact sur la campagne des élections municipales. Sa seule crainte : que le mouvement, né sur les réseaux sociaux, s’avère n’être qu’une simple mode.

Vers 21 heures, la pluie intermittente avait déjà poussé la majorité des manifestants à quitter les lieux. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)
Les noms des victimes ont été égrenées au mégaphone dans le silence de la foule (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)
(Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

« Justice pour Abdou »

Vers 21 heures, la pluie intermittente avait déjà poussé la majorité des manifestants à quitter les lieux. Un groupe d’une cinquantaine de personnes s’est alors rendu devant le tribunal judiciaire de Strasbourg. Devant l’édifice, ils ont continué de réclamer la fin du racisme, des violences policières et de l’impunité. Les manifestants auraient aussi pu réclamer « Justice pour Abdou », du prénom du Strasbourgeois accusé de violence contre un policier fin mai. Au cours d’une audience en comparutions immédiates mardi 2 juin, le visionnage de la vidéosurveillance au commissariat a permis de révéler que l’accusé avait été frappé au visage par un policier pendant sa garde à vue.

La manifestation s’est dispersée dans le calme vers 21 heures. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)

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Article actualisé le 08/06/2020 à 15h36
L'AUTEUR
Guillaume Krempp & Abdesslam Mirdass

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