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Le musée des Beaux-Arts rend hommage à la résistante qui a permis le retour de plus de 45 000 œuvres spoliées
Culture 

Le musée des Beaux-Arts rend hommage à la résistante qui a permis le retour de plus de 45 000 œuvres spoliées

par Guillaume Krempp.
Publié le 12 novembre 2022.
Imprimé le 09 décembre 2022 à 07:02
2 658 visites. 6 commentaires.

Jusqu’au 15 mai 2023, le musée des Beaux-Arts de Strasbourg expose vingt tableaux et sept objets spoliés pendant la Seconde guerre mondiale. L’occasion de découvrir le courage de Rose Vallant, commissaire du musée du Jeu de Paume à Paris, qui a soigneusement répertorié les œuvres volées par les nazis pendant l’Occupation.

Sauver des œuvres de Matisse, Vermeer, Van Eyck ou Rembrandt, au péril de sa propre vie. C’est l’incroyable destin de la résistante Rose Valland, sans qui l’exposition en cours au musée des Beaux-Arts de Strasbourg n’aurait jamais eu lieu. Jusqu’au 15 mai 2023, le palais Rohan présente vingt tableaux et sept objets spoliés pendant la Seconde guerre mondiale par les nazis. Lorsque ces œuvres n’ont pas retrouvé leur propriétaire, elles sont inscrites dans une catégorie juridique particulière, les MNR, pour Musées Nationaux Récupération. Afin que leur restitution soit toujours possible, elles figurent ainsi sur un inventaire provisoire sans être propriété des collections nationales.

« Les Coteaux de la Celle, vue de Saint- Mammès », Alfred SISLEY.

Derrière le tableau, l’Histoire

L’entrée dans la galerie Heitz du palais Rohan permet de plonger le regard dans des tableaux MNR des musées de Strasbourg. Un paysage de Théodore Rousseau, un autre de l’impressionniste Alfred Sisley ou un bouquet de fleurs réalisé par un imitateur du célèbre peintre flamand Brueghel…

Ce n’est pas tant le prestige des œuvres qui bouleverse le spectateur, mais leur parcours. On imagine les militaires nazis qui les saisissent dans des collections de particuliers, juifs pour la plupart. On se représente le numéro 2 du IIIe Reich, Hermann Goering, profitant de la spoliation pour alimenter sa gigantesque collection (il s’est rendu 21 fois au musée du Jeu de Paume en moins de quatre ans). On ressentirait presque le froid des mines de sel en Autriche, où certaines œuvres ont été stockées pour bénéficier de la faible humidité des lieux.

« Venus couchée », d’après Titien, école de Fontainebleau.

Au fond de la galerie, le portrait de Rose Valland apparaît sur le mur de droite. L’exposition prend ainsi une toute autre signification. « Attachée bénévole » au musée du Jeu de Paume dès 1932, Rose Valland reste en poste sous l’Occupation. Chargée de la maintenance du bâtiment, elle espionne discrètement la cinquantaine d’Allemands venus pour cataloguer les œuvres saisies et organiser leur transfert en Allemagne. L’intrépide passionnée d’art prend le risque d’être découverte en écoutant les conversations des militaires. Le soir, elle récupère des notes dans la corbeille de l’homme de confiance d’Hermann Goering, recopie les informations sur les tableaux volés et replace le tout dans la poubelle le lendemain matin.

« Les fiancés », par Lucas de Leyde.

Plus de 45 000 œuvres retrouvées grâce à Rose Valland

À la fin de la guerre, Rose Valland est ainsi parvenue à constituer un inventaire unique. Dans un documentaire projeté dans la dernière salle de l’exposition, un historien de l’art affirme que le régime nazi lui-même n’avait pas une connaissance si fine des œuvres saisies. Consciente des capacités limitées d’une France défaite par la guerre, l’espionne du Jeu de Paume transmet ces informations aux alliés américains. Devenue capitaine de l’armée française, elle parcourt les ruines du Troisième Reich jusqu’en 1954 pour retrouver les œuvres d’arts emportées par les Allemands. Selon l’historienne de l’art Emmanuelle Polack, Rose Valland a permis la retour en France de plus de 45 000 œuvres.

« La Brioche », de Manet.

C’est la force de cette exposition intitulée « Passé, Présent, Avenir d’oeuvres récupérées en Allemagne en 1945 – Les MNR des musées de Strasbourg ». À travers une exposition artistique, le spectateur plonge dans l’histoire de la Seconde guerre mondiale et de l’Occupation pour découvrir ce personnage historique, hélas encore méconnue, de Rose Valland. C’est pourtant une figure inspirante d’idéalisme et de courage mis en pratique pour un objectif qu’elle résumait ainsi : « Sauver un peu la beauté du monde ».

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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