Huit salles de cinéma dans un nouveau complexe MK2 à Schiltigheim en 2020
Environnement 

Huit salles de cinéma dans un nouveau complexe MK2 à Schiltigheim en 2020

Le premier cinéma MK2 dans une ville de province arrive à… Schiltigheim en 2020. Dans l’ancienne malterie Fischer, la société de la famille Karmitz va installer un complexe de huit salles avec un espace pour la réalité virtuelle. Les cinémas Star seront associés à la programmation, afin de proposer une offre cinématographique en cohérence avec les salles du centre-ville de Strasbourg.

À l’entrée Sud de Schiltigheim, il y a l’ancienne brasserie Fischer. Un peu plus de 4 hectares propriété d’Heineken France depuis 1996, à l’abandon depuis l’arrêt de la brasserie en 2009. La ville de Schiltigheim a engagé la réhabilitation du site avec l’aménageur Cogedim. Si on en croit les dépliants en papier glacé, il y aura des jardins partagés, un nouveau groupe scolaire, des arbres partout et… un complexe cinématographique.

Proposé par la société MK2, connue pour ses exploits en distribution de films et pour ses onze cinémas en région parisienne, le complexe doit occuper 15 000 m² de l’ancienne malterie et du palais Fischer avec huit salles (1 200 fauteuils) avec un espace pour la réalité virtuelle, un restaurant et une librairie. Selon Nathanael Karmitz, fils du fondateur de MK2, le projet mobilisera 15 à 20 millions d’euros et le complexe devrait ouvrir ses portes fin 2019 ou 2020.

En association avec les cinémas Star

L’actuel directeur des cinémas Star, Stéphane Libs, en deviendra le gérant, tout en continuant d’exploiter les salles du centre-ville, dans une programmation en synergie, allant des productions labellisées « art et essai » à certains films grand public.

Selon Nathanael Karmitz, c’est Jean-Marie Kutner, le maire (UDI) de Schiltigheim qui a pris les devants et présenté la friche Fischer au groupe de production et de diffusion cinématographique, pour l’instant implanté à Paris et en Espagne. L’intéressé précise :

« Je suis allé dans le MK2 du quartier de la Villette à Paris. J’ai trouvé ce complexe remarquable. Nous avons alors songé à proposer la création d’un cinéma MK2 dans ce quartier Fischer que nous voulions réaménager. Au départ, l’Eurométropole n’était pas favorable. Puis l’idée a fait son chemin. Nous avons contacté Nathanaël Karmitz. Il est venu voir, et je crois qu’il est tombé amoureux du bâtiment. À l’origine, nous avions pensé à un autre projet mais le cinéma l’a emporté. Nous avons été en contact avec un architecte des Bâtiments de France. Nous étions tous d’accord pour respecter le bâtiment, son intérieur. Si nous avions choisi le premier projet, nous aurions majoritairement fait des logements et le bâtiment aurait dû être réaménagé. »

Le MK2 Fischer va s’installer dans deux bâtiments de la brasserie (doc remis / S&AA – Patrick Schweitzer & Associés Architectes / Vize)

« Au début, Strasbourg ne nous intéressait pas du tout »

De passage à Strasbourg jeudi, Nathanaël Karmitz détaille :

« MK2 c’est une entreprise familiale qui a 43 ans cette année. Nous n’avons jamais cherché à aller en province. Nous avons toujours constaté qu’il y avait des exploitants qui faisaient extrêmement bien leur travail. On n’a aucune vocation à venir concurrencer des exploitants qui font peu ou prou le même travail que nous. Et Strasbourg ne nous intéressait pas du tout, parce qu’il y a le meilleur exploitant de France représenté par Stéphane Libs avec les cinémas Star. Mais Jean-Marie Kutner nous a contacté et mon frère habite à Strasbourg. J’ai refusé plusieurs fois de venir mais ils ont réussi à me convaincre de venir voir la friche Fischer. J’ai vu ce bâtiment ancré dans l’imaginaire et l’histoire de l’ensemble des Schillickois et des Strasbourgeois. Et du coup, sur l’ambition urbanistique et culturelle, ce projet est devenu excitant. Néanmoins, on a posé un énorme préambule à tout ça, l’exigence au dessus des autres était que nous fassions ce cinéma avec Stéphane Libs. »

Au directeur des cinémas Star de poursuivre :

« J’ai d’abord répondu qu’il fallait faire une étude de marché pour voir de quelle manière le projet allait impacter les autres salles, et voir quel public on allait toucher. L’étude était une base de confiance et cela a permis de commencer à travailler. Strasbourg est une ville qui a accueilli un très grand multiplexe de 22 salles il y a 17 ans (UGC Ciné-Cité, ndlr), c’était aussi la dernière grande ville à ne pas être équipée en multiplexe. Il y a deux cinémas classés arts et essais en centre-ville, une salle municipale (l’Odyssée), le cinéma Vox et le complexe du Pathé Brumath. C’est dans ce contexte là que le MK2 doit s’insérer. »

Le « MK2 Fischer » sera donc le septième cinéma de la région de Strasbourg. L’entreprise de cinéma a déposé le permis de construire il y a trois semaines. La Commission départementale d’aménagement cinématographique (CDAC) doit se prononcer sur la pertinence de ce projet mais aucun dossier ne lui a encore été soumis.

Nathanaël Karmitz et Stéphane Libs, ensemble pour le MK2 Fischer de Schiltigheim. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

L’étude faite aux mois de mars-avril par un cabinet spécialisé révèle selon Nathanaël Karmitz que cette zone pouvait accueillir un cinéma :

« Schiltigheim est mal desservie par les cinémas existants. Le cinéma rentrait dans l’évolution démographique de la ville et des rénovations. Le programme qu’on avait imaginé à la base était plus ambitieux que cela, nous voulions faire 14 salles. Mais selon l’étude, cela aurait potentiellement impacté les salles de centre-ville. Du coup, on a réduit le programme à 8 salles. On va répondre aux besoins de Schiltigheim en harmonie avec les salles du centre-ville de Strasbourg. L’ambition et l’enjeu du projet sont plutôt de renforcer ces salles plutôt que de les concurrencer. »

Intellos et populo au même endroit

Stéphane Libs présente cet accord entre Star et MK2 :

« Le partenariat s’est fait véritablement par affinité, par envie commune. Aussi par la vision d’un cinéma, dans le MK2 Fischer nous voulons aussi bien faire de l’art et essai mais aussi Star Wars, qui appartient à un autre style de cinéphilie et doit être aussi diffusé parce que c’est un bon film. Donc c’est proposer un cinéma à spectre large, pour tout le monde au même endroit, ne plus séparer les gens, de l’art et essai pour les intellos, du multiplexe pour le populo… Cela fait longtemps que ça n’existe plus. »

Nathanaël Karmitz appuie :

« La solution c’est de faire plusieurs salles avec leur spécificité, qui s’adresseront à un public local. Cela va permettre au Star d’élargir son offre, d’offrir notamment une plus grande diversité, plus de durée de programmation sur les films et des meilleures conditions aussi bien pour les distributeurs que pour les spectateurs de l’agglomération. »

Au fil du temps, la programmation pourra s’affiner en fonction des tendances et des spectateurs. Contrairement à ce qu’il a pu être écrit, il n’y aura pas de salle dédiée à la réalité virtuelle, mais un espace pourra être aménagé. Il sera de 500 à 1 000 m², un peu dans l’idée de la salle VR du MK2 Bibliothèque à Paris. Nathanaël Karmitz confirme :

« La réalité virtuelle est très dynamique à Strasbourg avec des  start-ups et entreprises impliquées. L’un des grands donneurs d’ordre aujourd’hui, c’est Arte. En plus de cela, il y aura bien évidemment de la restauration et de la bière. Nous ne pouvons pas faire autrement, c’est écrit sur le bâtiment. Vous dire quoi, comment, je ne sais pas… Ce qui est sûr, c’est que ça se fera avec des acteurs locaux. Il y aura un point, qui sera je pense extraordinaire pour la ville : un toit terrasse accessible, un « rooftop. » Il y aura une librairie et des commerces culturels et encore pleins d’éléments qui restent à déterminer, toujours avec des partenaires locaux. Nous avons encore un long chemin devant nous mais ce qui est sûr, c’est que ce sera un grand lieu de vie culturelle. Le Pixel Museum, la librairie Totem, sont des partenaires en pourparlers. »

Sur le toit de la brasserie Fischer. (Photo Collectif Entrée Sud Ouest Schilick)

Schiltigheim, sur la dorsale Paris-Berlin de la culture (!)

Pour Nathanaël Karmitz, si les cinémas MK2 sont présents dans des capitales européennes c’est pour rassembler l’Europe autour de la culture :

« On cherche à se développer à Berlin. C’est une construction intellectuelle qu’on souhaite souligner et avec Strasbourg, on est heureux de matérialiser une ligne d’une dorsale européenne de la culture. Je pense que pour l’Europe de demain, la matérialisation d’enjeux culturels est un point important. On ne regarde pas Strasbourg comme une ville de province mais comme la capitale de l’Europe. On souhaite valoriser ce patrimoine qu’est l’ensemble Fischer et s’inscrire dans son histoire pour lui inventer un futur. On envisage toujours le cinéma comme un facteur d’urbanisme fort. C’est un facteur important de sociabilité nécessaire pour demain, dans un monde ou on nous vend de l’internet pour rester chez soi. Je pense que des lieux de vie à émotion collective sont des éléments importants. »

Accueil prudent des cinémas strasbourgeois

Puisque les cinémas Star seront partenaires du futur MK2 Fischer, qu’en pensent les autres exploitants ? René Letzgus gère le cinéma Vox à Strasbourg et le Trèfle à Dorlisheim :

Une facade bien connue des Strasbourgeois (photo Greg LAUERT)

« Nous avons été surpris mais dans le monde du cinéma, on se respecte les uns les autres. Nous sommes tous de grands passionnés. J’attends donc d’en savoir plus avant de me prononcer. Pour l’instant c’est un collègue. Bien sûr, c’est pour moi important de défendre les cinémas du centre-ville. »

L’Alpha de René Letzgus aurait pu devenir le cinéma de Schiltigheim

Le cinéma schilikois Alpha fermé il y a 28 ans, était déficitaire malgré ses 35 000 spectateurs par an. C’était l’un des projets de René Letzgus :

« Il y a une vingtaine d’années, j’ai créé un cinéma art et essai nommé l’Alpha. Nous avions deux salles. Mais il n’a pas été soutenu par la mairie qui ne nous a pas aidé financièrement et qui se sont tournés vers le Cheval-Blanc. Nous avons été mis en redressement. Nous avons fermé en 1989. »

Laurence Algret, directrice de l’UGC Ciné Cité de Strasbourg, reste aussi fair-play :

« C’est un projet cinématographique supplémentaire, voilà tout. Tout n’est pas encore finalisé. Si le MK2 s’installe, nous ne serons pas les plus impactés. D’autres cinémas pourraient l’être avant nous. Nous n’avons pas spécialement peur, de plus, notre carte illimitée est acceptée dans les MK2 de Paris, si c’est la même chose ici, ce sera tant mieux. »

L’UGC Ciné Cité Etoile a fêté ses 10 ans fin 2015 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Pour savoir si la carte illimitée UGC pourra être utilisée dans le MK2 Fischer, Nathanaël Karmitz et Stéphane Libs ont répondu qu’il était encore trop tôt pour le dire.

Faruk Günaltay, directeur de L’Odyssée, pense qu’il existe un risque de rupture :

La grande salle rénovée du cinéma Odyssée (Photo Wikimedia Commons / cc)

« L’Odyssée n’est qu’un petit moustique et je ne pense pas que nous serons sur le même créneau que ce que proposera le MK2. Notre slogan c’est « le cinéma autrement », nous ne nous alignons pas sur la programmation commerciale disons. D’un point de vue général, je pense qu’il peut y avoir un risque. Ce cinéma va rajouter 8 salles à une offre déjà abondante. Or plus l’offre est abondante, plus la situation peut être tendue avec un risque de rupture. J’ai peur que les cinémas en arrivent à une guerre aux spectateurs pour les attirer. »

Interrogé sur l’avenir des cinémas Star, Stéphane Libs répond :

Le cinéma Star-St-Exupéry

Le cinéma Star-St-Exupéry (Photo Hesdes / FlickR / CC)

« Il n’y a aucune volonté de fermer le Star ou le Saint-Exupéry. La proximité des deux salles est très importante, elles sont complémentaires. On est épatés par le dynamisme des magasins qui ouvrent, le fait que la rue du Jeu-des-Enfants soit piétonne, que la rue du 22-Novembre pourrait l’être bientôt… Tout cela est en affinité avec notre travail de proximité au centre-ville. Il y a un problème technique sur le bâtiment du Star Saint-Exupéry, qui appartient à la ville de Strasbourg. Elle étudie actuellement l’ampleur des travaux à faire, il pourrait y avoir une interruption pendant l’été mais aucune volonté de fermer. »

L'AUTEUR
Cécile Mootz

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