Sur les traces de Simon Schneider, le « Robin des Bois » ou « l’Arsène Lupin » alsacien
Société 

Sur les traces de Simon Schneider, le « Robin des Bois » ou « l’Arsène Lupin » alsacien

Dans les années 1970 et 1980, Simon Schneider occupe l’actualité alsacienne et française avec ses vols et braquages, mais surtout avec sa réputation. Déguisé, échappant aux policiers avec panache, évadé, et peut-être « redistributeur » de l’argent vers les plus nécessiteux. Souvenirs de ceux qui l’ont côtoyé.

Simon Schneider est-il un « brigand sympathique » ? « Oui », convient François Bernard, journaliste aux DNA et pour le Figaro à l’époque dans une interview à l’ORTF à l’été 1971. Il le décrit comme un « grand garçon qui parle très bien français, très décontracté, très lucide ».

Le journaliste se retrouve interrogé car il a rencontré en secret Simon Schneider pour faire publier une mise au point dans le Figaro, suite à un ses articles à son sujet. Il reconnait des braquages, mais se défend de toute attaque à la grenade, ni d’avoir tiré sur quiconque. Les échanges avec la presse vont nourrir la vie, et la légende, de celui qui prendra plus tard le surnom de « Robin des Bois » local.

François Bernard après avoir rencontré Simon Schneider

Les coups d’éclat du gentleman cambrioleur

Car à cette époque, ce 12ème enfant d’une famille de 20 du quartier du Polygone est connu pour des faits de petit banditisme, des vols de voiture (plus de 200 selon des Spiegel en 1971) ou de commerces. Il vient tout juste d’être père.

Mais plus que les faits reprochés, ce sont les manières de ce « gentleman-cambrioleur » qui vont l’ériger en célébrité dans les années 1970, jusqu’à sa mort en 1995. « Dans la Petite-France où l’on pouvait rouler en voiture, il semait les flics, puis une fois derrière eux faisait des appels de phares », raconte le cabaretiste Roger Siffer qui l’a plus tard défendu dans une chanson et même rencontré. Autre légende, « quand il prenait la voiture d’une dame pour un braquage, il la ramenait nettoyée, avec le plein et un bouquet de fleurs », abonde Philippe Rozensweig qui a enquêté pour rédiger un scénario à la fin des années 2000, qui attend un producteur pour être tourné.

Enfin, en bon « Robin des Bois », l’histoire retient qu’il distribuait, notamment dans son quartier natal et auprès de la communauté yéniche dont il est originaire, l’argent dérobé aux plus plus riches. Qu’en est-il vraiment ? Si certaines personnes assurent qu’il « redistribuait tout », d’autres racontent que celui qui avait une réputation de séducteur « claquait tout le soir-même ». La vérité est sûrement entre les deux.

Il est en tout cas avéré que pour tromper les policiers, Simon Schneider avait l’habitude de se déguiser en femme à l’aide de perruques ou en religieux avec une soutane. Réelle ou enjolivée, cette dérision permanente des policiers énerve la hiérarchie qui mobilise jusqu’à 300 hommes pour le retrouver.

Dans l’ère post soixante-huitarde, ce jeune homme issu d’une minorité qui défie l’autorité des policiers a bonne presse et trouve du soutien dans les milieux intellectuels. Alors que toutes les rumeurs courent, on imagine un temps qu’il ait participé au « Casse du siècle » à l’Hôtel des Postes en juin 1971, alors que l’enquête patine (voir notre précédent épisode).

Lors de cette cavale, Christian Gros, photographe pour L’Express et Paris Match, a rencontré « l’homme aux mille déguisements et cambriolages » :

« Avec François Bernard des DNA, il nous avait donné rendez-vous place Kléber. Puis un complice est venu en nous pointant une arme sur le ventre pour nous dire ce qui nous attendait si nous étions avec la police. Nous avons roulé deux heures, moi à plat ventre à l’arrière et François sous le pare-brise et le pistolet sur le crâne, pour s’assurer que nous n’étions pas suivi. Puis nous avons retrouvé Simon Schneider à la terrasse d’un bistrot de Neudorf. Une fois les présentations faites, il nous a donné beaucoup de renseignements. Vers 3h du matin, le gérant nous a dégagés, mais la confiance était là et Simon Schneider nous a donné rendez-vous dans sa planque, une maison au Tivoli. J’avais pris une photo de lui pour Paris Match, mais qui ne permettait pas de reconnaître le lieu. Nous avons ensuite été convoqués à la police, qui était furieuse qu’on ne lui ait rien dit. Mais sans se concerter, François et moi avons eu des trous de mémoire lors de nos interrogatoires séparés… »

De la première arrestation à l’évasion

En septembre 1971, le gangster est attrapé une première fois, rue Jean-Jacques Rousseau lors de ce qu’on appelle « la reddition du Tivoli », dans une villa au fond de ce quartier cossu. Il avait trouvé refuge chez le sociologue Marie-Paul Dollé, qui a étudié les communautés Tziganes, Manouches et Yéniches.

Cerné pendant plus de 5 heures, Simon Schneider alerte la presse pour s’assurer une arrestation sans violence. Il pose même une condition, « pas de mains en l’air » pour sa sortie et un point presse improvisé. C’était la « meilleure solution de part et d’autres », convient-il devant les micros.

La maison où s’était retranché en 1971 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Une fois emprisonné, l’histoire de ce brigand aurait pu s’arrêter là. Mais le 10 février 1972, il s’évade de sa cellule, rue du Fil à l’arrière de l’ancien Palais de justice, (devenu l’hôtel de police rue de la Nuée-Bleue et aujourd’hui transformé en hôtel de luxe). Tel un personnage de film, il s’échappe en pyjama avec des draps noués, en sciant un barreau et avec l’aide d’un complice. Son co-détenu est arrêté immédiatement.

L’évasion

La cavale dure trois semaines. Le 3 mars c’est dans un appartement du Neudorf, où il voulait revoir son amie Nicole Silbereis, qu’il est arrêté. Simon Schneider se rend sans tirer, mais retient l’une de ses deux logeuses dans une chambre. Retour rue du Fil.

La rue du Fil aujourd’hui

Deuxième reddition de Simon Schneider

Par la suite, Simon Schneider ne s’échappe plus de manière spectaculaire. Celui qui a écumé plusieurs prisons dont celle de la Sainte-Marguerite, remplacée par l’ENA, choisit de ne pas rentrer lors de permissions de sortie en décembre 1977 et en janvier 1995.

De la petite délinquance au grand banditisme

En prison à Saint-Maur (Indre), Simon Schneider fait d’autres rencontres. Il retrouve Rémi Fischer, un mulhousien et Roland Gontier, un réunionnais. Début 1978, le « trio des mitraillettes » cumule 7 attaques, 2 prises d’otages, et des policiers blessés. Ces faits et gestes, notamment en Alsace, lui valent une nouvelle condamnation à 12 ans de prison en 1981.

Capture d’un complice et rappel des faits avant le procès

Dans les années 1980, le chansonnier Roger Siffer prend fait et cause pour Simon Schneider via une chanson engagée :

« J’avais déjà entendu parler pour la première fois de Simon Schneider lorsque je travaillais au théâtre alsacien, le Barabli. Germain Muller faisait croire, alors qu’il était en cavale, qu’il était dans la salle. Puis j’ai vécu dans cette maison au Tivoli, qui était en quelque sorte hanté par cette présence. J’ai voulu exorciser la chose avec une chanson. Et ce qu’il vivait était injuste. Il payait à cause de ses origines. Douze ans en quartier de haute-sécurité pour des vols… »

Message principal de « la plus belle chanson de Roger Siffer », dixit Philippe Rosenszweig : « Un pays sans gitans est un pays sans libertés ». Le dernier couplet pose la question de la sévérité des peines :

« Quelques voitures volées et douze ans au trou
Simon c’est cher payé
Les grands font de mon pays une poubelle
Sans avoir à payer pour cela »

traduction de la chanson en Alsacien de « Simon Schneider »

Leur relation ne s’arrête pas là se souvient Roger Siffer, derrière son bureau à la Choucrouterie :

« J’avais chanté cette chanson sur France Inter lors d’une émission de nuit et dans une longue lettre qu’il m’adresse, il me traite de “petit con” pour m’expliquer qu’il n’est pas gitan, mais jennisch, bien plus sédentaire, implantés en Alsace depuis longtemps et notamment connus pour être artisans ou antiquaires dont beaucoup habitent toujours à Muttersholtz. On les appelle aussi les Vanniers »

Le chansonnier Roger Siffer, dans son bureau (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

S’en suit plusieurs correspondances, notamment de nature littéraire avec Susanne Mayer, la compagne de Roger Siffer alors journaliste à l’Alsace. « Des lettres dans un très bon français. Simon Schneider lisait beaucoup », poursuit Roger Siffer.

Grâce à une bonne conduite, Simon Schneider est libéré en juin 1988, mais la police suit à la trace le repris de justice dès sa sortie. Ils le soupçonnent de préparer un nouveau braquage. Les écoutes entre juillet et octobre mènent les enquêteurs jusque chez lui.

Les braquages en voiture faisaient partie du mode opératoire du gangster. (cliquez sur l’image pour voir le teaser de la série)

Perquisitionné alors qu’il dînait avec Roger Siffer

Le soir de la perquisition, Roger Siffer rencontrait pour la première fois… Simon Schneider :

« Nous l’avons invité à dîner chez nous à Neudorf. Nous avions préparé du gibier et du Gewurztraminer. Nous avions aussi attaché les chiens car il en avait peur. Le lendemain matin, les infos indiquaient qu’au même moment une descente de flics avaient trouvé tout un arsenal chez lui et il est retourné en taule. »

Bien que seule l’intention de passer à l’acte soit retenue, Simon Schneider est condamné à 10 ans lors d’un nouveau procès en 1989. Roger Siffer regrette-t-il d’avoir pris fait et cause pour quelqu’un qui a versé dans le grand banditisme ? « C’est la conséquence logique. Douze ans en QHS ne transforment pas en ange, il n’avait plus peur du risque », répond le comédien alsacien.

Le pasteur Joseph Reutenauer, qui l’a côtoyé quelques fois à la prison Sarreguemines à la fin des années 1980 où il était aumônier, abonde en ce sens :

« Ces prisons transforment les gens en bêtes. Tout était scellé, le lit, les chaises, les tables. Il recevait sa tambouille via une lucarne, comme au zoo et ne voyait que le ciel qu’à travers les barreaux dans une pièce de 3 mètres sur 4. Heureusement, les choses ont un peu évolué. »

Dernière évasion et braquages dans les années 90

Sa dernière échappée débute le 23 janvier 1995, un peu plus d’un an avant sa date de sortie programmée. Ce jour-là, il ne revient pas d’une permission de trois jours, à la prison de Metz-Queuleu. Il est repris, toujours armé mais sans tirer, à Strasbourg dans la nuit du 4 ou 5 mars, cette fois-ci par le GIGN.

« La première fois que des hélicoptères sont venus ici », se souvient un habitant, adolescent à l’époque, qui l’a aperçu quelques fois de loin. « Personne ne savait quand il revenait, même sa mère, jusqu’à ce qu’il passe la porte avec une perruque ». Entre temps, il avait commis deux braquages à main armée d’agences bancaires, dont le dernier à Witternheim pour un butin de 45 000 francs (6 800€). Ses deux complices avaient été arrêtés quelques heures plus tard à Strasbourg.

Début décembre, Simon Schneider est retrouvé pendu dans sa cellule à Metz-Queuleu. « Quelques jours avant nous avions reçu de sa part un poème de Lou Salomé, une maîtresse de Nietzche, qui traitait du suicide. Mais nous n’avons pas saisi le message », se rappelle Roger Siffer. En raison des habitudes et des convictions religieuses de Simon Schneider, les conditions de cette « ultime évasion » continuent d’interroger ceux qui l’ont côtoyé.

Sa tombe à Strasbourg est toujours visitée et entretenue. « À son enterrement, des gradés de la police sont venus et en ont parlé en bien, pour dire qu’il avait une parole, qu’il reconnaissait quand il était attrapé et qu’il ne tirait pas lors de ses redditions », assure-t-on du côté du cimetière du Polygone, via des souvenirs racontés par des anciens collègues.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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