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À l’Aubette, les Insoumis raillent « l’union des micro-partis » derrière Jeanne Barseghian

Dans la grande salle de l’Aubette, Florian Kobryn et ses soutiens ont transformé leur deuxième meeting en démonstration de force antifasciste. Fini les précautions envers les écologistes : ce lundi soir, La France insoumise a attaqué frontalement Jeanne Barseghian mais aussi Catherine Trautmann.

Élections municipales 2026
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À l’Aubette, les Insoumis raillent « l’union des micro-partis » derrière Jeanne Barseghian
Meeting de Florian Kobryn à l’Aubette le 3 mars 2026.

« Siamo tutti antifascisti ! Siamo tutti antifascisti ! » Le chant italien claque sous les plafonds immenses de l’Aubette, la salle des réceptions cosy du centre de Strasbourg. Les voix montent, puissantes, un peu éraillées pour certaines, reprises en chœur par près de 400 militants et militantes serrées les unes contre les autres. Ça sent le parfum entêtant et le bois ciré de cette salle de réception qui en impose. À l’entrée, il a fallu jouer des coudes pour se faufiler, en s’excusant à peine, au milieu des drapeaux. « Nous sommes tous antifascistes ! » Les mots ricochent sur les murs blancs et dorés.

Le lieu ne doit rien au hasard. La France Insoumise (LFI) a vu grand pour son deuxième meeting. L’Aubette, ses lustres, son parquet qui grince sous les pas pressés. Un endroit où Jean-Philippe Vetter, candidat de droite (Les Républicains) avait lui aussi lancé sa campagne au mois de novembre 2025. Message envoyé : La France insoumise peut remplir les mêmes salles.

Devant la scène, les chaises sont alignées. Florian Kobryn est attendu avec sa binôme Halima Meneceur, le député de la deuxième circonscription du Bas-Rhin Emmanuel Fernandes et Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale. Il est à peine 19h. Les conversations bourdonnent encore, à propos de stratégie, de sondages et d’« union ».

Fini les gants avec Jeanne Barseghian

Le 20 janvier, lors du premier meeting de LFI, au Kaleidoscoop, les flèches visaient surtout le Parti socialiste et Catherine Trautmann, ancienne maire de Strasbourg et de nouveau candidate aux élections municipales. Pas un mot ou presque pour Jeanne Barseghian, la maire écologiste sortante. En filigrane, l’attente d’un geste. L’espoir d’une union large au moins pour le second tour.

Dix jours plus tard, l’atmosphère a changé. Le meeting d’« union de la gauche » autoproclamée autour de la maire sortante est resté en travers de la gorge. Un malaise renforcé après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, dans un contexte où La France insoumise a été vivement accusée d’entretenir un climat de violence.

Halima Meneceur prend la parole. La voix tremble un peu, puis se raffermit. « Être humaniste est devenu plus risqué qu’être fasciste », lâche-t-elle. Dans la salle, des têtes opinent. Elle accuse « la bourgeoisie et l’extrême droite » d’avancer « main dans la main ». Les mots « haine » et « racisme » sont martelés. Elle évoque les blackfaces du carnaval de Mothern, qui ont donné lieu à l’ouverture d’une enquête par le tribunal judiciaire de Strasbourg, et la prise de position de Théo Bernhardt, député RN. « Il a appelé à ne pas jeter l’opprobre sur l’événement. Lui, il défend un événement raciste et personne ne lui en tient rigueur. » Un silence lourd suit. « Pendant ce temps, des proches veulent quitter le pays pensant qu’ils ne seront jamais acceptés quoi qu’ils fassent. Ça me bouleverse », conclut Halima Meneceur.

Halima Meneceur, binôme de Florian Kobryn, démarre la soirée. Photo : Eva Chibane // Rue89 Strasbourg // cc

« L’union des micro-partis »

Emmanuel Fernandes, costume noir ouvert, enchaîne sans détour sur Jeanne Barseghian et l’union de la gauche. « Oui, bon, les communistes étaient déjà là. Et le reste de l’union, c’est une guirlande colorée avec trois ou quatre membres de micro-partis. C’est joli, mais ça ne fait pas grand nombre. Comment prôner l’union quand on avance sans le premier parti de gauche à Strasbourg ? » Les Insoumis ont aussi emporté plus de 21% des votes aux élections européennes de juin 2024.

Les figures nationales du parti Les Écologistes prennent aussi leur part de critiques. « Ils se sont abstenus sur le budget de la Sécurité sociale. On ne s’abstient pas, on vote contre ! » Sur le jumelage avec la ville israélienne de Ramat Gan, Emmanuel Fernandes attaque encore la maire, l’accusant de flou et d’avoir laissé Jean-Philippe Vetter, élu d’opposition de droite, dégeler le jumelage et « fanfaronner » à ce sujet. Les huées fusent.

Emmanuel Fernandes, député LFI du Bas-Rhin, lance les hostilités au sujet de Jeanne Barseghian. Photo : Eva Chibane // Rue89 Strasbourg // cc

Puis le député frappe encore. « La majorité est au milieu du gué sur l’hébergement d’urgence. Mais ce soir, au camp Krimmeri, 50 personnes, 23 mineurs, plusieurs femmes avec des problèmes de santé, un homme dialysé et des enfants non scolarisés dorment dehors ! » Dans la salle, des militant·es secouent la tête. « Avec Kobryn, plus aucun enfant dehors. Si nous sommes en tête, nous appellerons celles et ceux qui assument notre programme radical, de rupture, à nous rejoindre. »

« Catherine Trautmann, c’est le retour de Francois Hollande »

Mathilde Panot embraye. Elle conteste le classement par le ministère de l’Intérieur de sa formation politique à l’extrême gauche. Le ton est amer, combatif. On frappe du pied. Les drapeaux se lèvent. À 20h30, enfin, Florian Kobryn monte sur scène. Il ajuste son costume, lisse sa veste, prend un air grave. « On a le droit d’exister. On nous reproche d’être antifascistes ! Mais nous ne nous résignerons jamais. » La salle explose d’applaudissements.

Mathilde Pannot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, est présente au meeting.Photo : Eva Chibane // Rue89 Strasbourg // cc

Il parle des étudiants qui souffrent, puis brandit un chiffre : Virginie Joron créditée à 11 % dans le dernier sondage dévoilé par Cluster 17. « L’extrême droite risque de faire son retour au conseil municipal. » La foule répond : « Jamais, jamais, jamais ! » Il dénonce la divulgation du lieu de travail et du nom civil de Cem Yoldas, candidat d’une liste d’extrême gauche qui s’est retirée. « C’est une logique de délation qui rappelle les heures les plus sombres de l’Histoire. » Une minute de silence est observée pour les victimes du fascisme. On n’entend plus que le frottement d’une chaussure sur le parquet et, au loin, une sirène.

Puis le candidat repart. Catherine Trautmann devient sa cible. « Celle qui fut antifasciste en 1997 quand le FN faisait de très bons scores à Strasbourg… Mais où est la Catherine Trautmann antifasciste de 1997 ? » Il accuse l’ancienne maire de « chasser sur les terres de l’extrême droite » : « Catherine Trautmann, c’est le retour de François Hollande, la gauche de la droite. »

Les écologistes copient le programme de LFI ?

Ironique, il glisse ensuite vers le programme écologiste. « Nous sommes généreux, on laisse copier notre programme sans réclamer de droits d’auteurs. Mais il ne suffit pas de copier : nous attendons de Jeanne Barseghian un positionnement clair sur la question du second tour. » Sourcil froncé, il dénonce la secrétaire nationale des Écologistes qui « hurle avec les loups en relayant les pires accusations contre nous » suite à la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque.

Meeting de Florian Kobryn à l’Aubette le 3 mars 2026.Photo : Eva Chibane // Rue89 Strasbourg // cc

Il conclut, le poing serré : « Le tournant populaire, c’est nous. » Florian Kobryn promet de financer ses mesures en taxant les plus riches. Les militant·es se lèvent, main sur le cœur. Les premières notes de L’Internationale s’élèvent. Puis les chaises raclent le parquet. Les portes s’ouvrent. Les militant·es ressortent en petits groupes. L’union avec les écologistes paraît lointaine. LFI a choisi de jouer le tout pour le tout. Au premier tour, la stratégie peut payer et leur permettre de franchir les 10%. Le second, lui, reste suspendu comme un refrain inachevé.


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