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Des travailleurs sociaux fondent une association face au mal-être dans la profession

Des travailleurs sociaux, des usagers des structures, des étudiants de l’école de l’intervention sociale, et des formateurs ont défini les statuts, le 19 mars, de « Social à venir ». L’association projette notamment de dialoguer avec les conseils d’administration d’associations et avec les élus pour contrer le manque de moyens et les dysfonctionnements de nombreuses structures.

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Des travailleurs sociaux fondent une association face au mal-être dans la profession

Thierry Goguel d’Allondans est le président de l’association « Social à venir », fondée le 19 mars. Son but : proposer des solutions concernant les associations et autres structures d’aide sociale, en dialoguant avec les élus et les institutions locales. L’association réunit aujourd’hui des travailleurs sociaux, d’anciens formateurs de l’école du travail social de Strasbourg (ESEIS), des usagers ou encore des chercheurs.

Des situations graves à Strasbourg

Les travailleurs sociaux sont mobilisés partout en France depuis la fin 2021 pour demander une augmentation de salaire et plus de moyens pour leurs structures. À Rue89 Strasbourg, nous avons documenté le mal-être des employés d’Horizon Amitié, les suicides d’une jeune fille suivie de celui de son éducateur de l’Arsea, ou encore les conséquences du manque de moyens octroyés au foyer de l’enfance du Bas-Rhin. Nous avons aussi enquêté sur les graves dysfonctionnements de l’ESEIS et le « climat de terreur » imposé par la direction.

D’après Thierry Goguel d’Allondans, ancien éducateur spécialisé, formateur à l’ESEIS et syndiqué à la CGT, « Social à venir souhaite être une force de proposition à l’échelle locale ». Entretien.

Rue89 Strasbourg : Très concrètement, comment espérez-vous avoir de l’impact avec Social à venir ?

Thierry Goguel d’Allondans : Nous ferons en sorte d’être repérés comme une force de proposition. Pour cela, nous nous tiendrons à disposition des conseils d’administration des associations, dont nous essayerons probablement de nous rapprocher. Nos recommandations se feront au cas par cas. Nous pourrons par exemple demander plus de moyens ou donner des conseils sur le fonctionnement.

Par exemple, souvent dans les associations, les décisions sur l’organisation sont déconnectées du terrain et inopérantes. Moi je pense qu’il faudrait que les travailleurs sociaux aient plus d’impacts sur les décisions grâce à un management plus horizontal. Nous comptons devenir un acteur incontournable du travail social dans le Bas-Rhin, voire dans le Grand Est.

« Demander des rendez-vous avec les élus »

Et puis nous projetons, ces prochains mois, de demander des rendez-vous avec des élus comme Frédéric Bierry (le président LR de la Collectivité européenne d’Alsace, en charge notamment de la protection de l’enfance, NDLR), ou Jean Rottner (Le président LR de la Région Grand Est, qui finance l’ESEIS et des structures médico-sociales, NDLR). C’est eux qui décident des budgets et parfois même du fonctionnement des structures. Globalement, nous souhaiterions être inclus dans les réflexions sur les politiques sociales.

Thierry Goguel D’Allondans. Photo : remise

Pourquoi seriez-vous entendus ?

En communiquant dans les réseaux de travailleurs sociaux, nous visons 1 000 adhérents. Notre association comportera aussi un comité scientifique et éthique, composé de penseurs du travail social comme les auteurs Jean-François Gomez et Joseph Rouzel. Enfin, nous serons composés de cinq collèges : celui qui regroupera certainement le plus de monde sera destiné aux travailleurs sociaux.

Des employés de centres socio-culturels, de l’association Ithaque, de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), de foyers, d’instituts médicoéducatifs (IME), ou encore des assistantes sociales du département nous ont rejoints. Il y aura aussi un collège d’usagers de l’intervention sociale : des membres du refuge des oubliés et de la maison Mimir font déjà partie de l’association. Enfin, il y aura un collège pour les étudiants du travail social, un collège pour les formateurs et un collège pour la société civile.

Le 1er février, 800 travailleurs sociaux ont manifesté à Strasbourg. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

« Les victimes principales sont les usagers »

Ce que nous proposerons sera influencé à la fois par les 5 collèges et par le comité scientifique et éthique. Nous espérons que cela nous donnera suffisamment de poids pour être écoutés. D’autant plus que nous sommes dans une démarche de proposition, avec beaucoup de bonne volonté et des gens très compétents. Pourquoi refuser nos services ?

Qu’est ce qui a motivé, précisément, la création de Social à venir ?

Il s’agit à la base de la réunion de travailleurs sociaux mécontents de l’évolution du secteur, de la formation jusqu’au terrain.

L’assemblée constituante a eu lieu le 19 mars dans les locaux de l’association Ithaque. Photo : remise

Nous avons été rejoints par des personnes des différents collèges, tous persuadés que le secteur doit radicalement changer, vu la situation dans de nombreuses structures qui présentent des logiques très gestionnaires avec des restrictions budgétaires importantes, des salariés souvent en sous-effectif, qui souffrent de ne pas pouvoir faire leur travail, qui sont parfois en danger à cause de cela, et avec des salaires proches du SMIC.

Et bien-sûr, les victimes principales sont les usagers, les enfants dans les foyers, les sans-abris, et toutes les personnes bénéficiaires d’interventions sociales. Ce n’est pas une fatalité, il faut que cela change. Nous tendons une perche aux élus car nous pouvons tout à fait trouver les solutions.

Selon Gwen, à cause du manque de personnel, les enfants peuvent se mettre en danger dans sa structure. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

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