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Après huit mois, aucun effet mesurable du GCO sur la pollution de l’air à Strasbourg
Environnement 

Après huit mois, aucun effet mesurable du GCO sur la pollution de l’air à Strasbourg

par Jean-François Gérard et Thibault Vetter .
Publié le 7 septembre 2022.
Imprimé le 27 septembre 2022 à 09:45
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Raison majeure de la construction du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, la pollution de l’air mesurée n’a pas baissé dans la station située le long de la M35. La valeur limite de dioxyde d’azote présent dans l’air fixée par l’Union européenne est régulièrement dépassée.

C’était devenu l’un des arguments phares des pros-GCO, dont Roland Ries (PS), l’ancien maire de Strasbourg. En éloignant des véhicules de Strasbourg, et notamment des camions, l’autoroute de contournement devait permettre d’améliorer à court terme la qualité de l’air respiré dans la capitale alsacienne.

Mais presque neuf mois après le 17 décembre, jour de l’ouverture du GCO (voir tous nos articles), les valeurs des concentrations en dioxyde d’azote (NO2) dans l’air, gaz issu principalement de la circulation routière et ayant des impacts sur la santé, n’ont pas baissé à la station de mesure d’Atmo Grand Est qui se trouve le long de la M35 (ex-A35) entre les quartiers Gare et Montagne Verte.

Le bon air… pendant les confinements

La valeur limite fixée par la réglementation européenne est de 40 microgrammes de NO2 par mètre cube d’air (µg/m³). Depuis 2019, la France est sous le coup d’une amende de la Commission européenne, en raison des dépassements persistants de ce polluant dans plusieurs agglomérations dont Strasbourg. En 2020 et 2021, années dont les émissions de pollution ont été réduites par les mesures de confinement, les couvre-feux et le télétravail, les mesures de cette station sont passées sous ce seuil. Sur l’autre station strasbourgeoise, qui se trouve boulevard Clémenceau, également en dépassement régulier, la moyenne est elle-aussi tombée sous les 40 µg/m³ en 2020 et 2021.

Depuis l’ouverture du GCO, qui coïncide avec la reprise d’un rythme de vie plus normal dans la société, la concentration de NOx est souvent largement supérieure à la valeur de 40 µg/m³, d’après les données d’Atmo Grand Est (voir graphique ci-dessus).

Un peu plus de pollution les mois après l’ouverture

Par exemple, le 24 mars 2022, plus de trois mois après l’ouverture du GCO, la concentration en NO2 mesurée à la station de la M35 était de 78,9 µg/m³. Les 11, 12 et 13 janvier, la concentration était supérieure à 60 µg/m³.

En moyenne, la pollution le long de la M35 est de 36µg/m³, soit un peu plus qu’en 2020 et 2021 (34µg/m³), qui étaient des années exceptionnelles. La pollution moyenne aux NO2 est même plus forte 8 mois après l’ouverture (37), que les 4 mois précédents (33). Les comparaisons à ce stade sont néanmoins à prendre avec prudence, puisqu’il n’y a pas d’année complète d’observation. Or la pollution de l’air doit s’analyser sur les quatre saisons, voire plusieurs années pour que les variations de la météo soient atténuées. Seule certitude, l’ouverture à elle seule de l’autoroute n’entraîne pas d’effet net et drastique clairement visible sur les relevés.

La station ATMO Grand Est située le long de la M35 à Strasbourg. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Interprétations prudentes

L’agence chargée de la surveillance de la qualité de l’air, Atmo Grand Est, n’a pas souhaité livrer de conclusions sur l’impact du GCO sur la qualité de l’air. Laurence Martin, en charge de la communication d’Atmo Grand Est, indique cependant :

« Nous attendons de voir les prochains résultats. Tout ce que nous pouvons constater, c’est que les concentrations ne baissent pas à la station de Strasbourg, mais elles baissent à celle de Vendenheim. »

Le docteur Thomas Bourdrel, du collectif Strasbourg Respire, préfère aussi rester prudent :

« Il y a eu moins de circulation en 2020 et 2021 avec les confinements et même au début de l’année 2022, il y avait des incitations au télétravail. Il faudrait pouvoir comparer la courbe journalière avec celle de 2019. En outre, en trois ans, même sans le GCO, il doit y avoir une diminution de la pollution automobile grâce au renouvellement des véhicules et des moteurs. »

Le médecin radiologue rappelle que « les prévisions d’Atmo prévoyaient que la baisse de la pollution serait de toutes façons marginale avec le GCO (voir notre article) ». Ce qui coïncide avec ces premiers résultats partiels.

En juin 2022, près de 7 000 camions circulent tous les jours sur le GCO. (photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Une pollution qui baisse l’été

À la station de Vendenheim, ouverte en octobre 2021 et située près des habitations et de la voirie, les valeurs ne dépassent pas, et de loin, les 40 µg/m³ ni avant, ni après l’ouverture du GCO. La moyenne s’établit à 15 µg/m³. C’est par exemple l’équivalent des mesures réalisées en 2019 à la station de la Robertsau à Strasbourg (située dans l’école de la Niederau), assez éloignée des grands axes de circulation.

Depuis avril 2022, les concentrations à Vendenheim ne dépassent que très rarement 20 µg/m³, et restent même souvent en dessous de 10 µg/m³. Il faut dire que la pollution au NO2 est certes très fortement liée au trafic automobile, mais aussi au chauffage des bâtiments. C’est ce qui explique cette baisse de la pollution estivale, alors que la fréquentation d’automobiles sur l’autoroute a augmenté avec les départs en vacances.

Pas de pollution supplémentaire dans le Kochersberg

Enfin, une station mobile a été implantée dans le village de Breuschwickersheim. Elle permet plus de recul puisqu’elle a été ouverte en août 2020. Ses résultats ne sont pas consultables en temps réel sur le site, mais Atmo Grand Est les a communiqué à Rue89 Strasbourg. Ces relevés ne montrent pas d’augmentation, avec une moyenne de 10 µg/m³ contre 9 µg/m³, sur la même période de huit mois entre le 17 décembre 2020 et le 31 juillet 2021.

Contactée, la maire de Breuschwickersheim, Doris Ternoy, disait ne pas avoir les relevés de cette station, malgré plusieurs demandes de sa part. Mais avant même d’avoir les résultats, elle n’anticipait pas de changement majeur pour sa commune située à quelques centaines de mètres de l’autoroute :

« La station étant dans le village, la pollution ne peut pas augmenter. Le GCO, c’est 7 à 8 000 camions par jour à 300 mètres du village. Mais 12 000 véhicules traversent déjà Breuschwickersheim tous les jours et passent par le centre de la commune. C’est cette pollution-là, beaucoup plus proche, qui va être mesurée. Le GCO reste une autoroute inutile pour Strasbourg car trop chère. Si elle avait été gratuite, il y aurait eu un report plus conséquent. »

La station ATMO située le long de la M35 à Strasbourg. (Photo Google Street View)

Malgré ces résultats satisfaisants pour les villages le long du GCO au regard des normes européennes, il reste beaucoup à faire pour baisser la pollution. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a récemment baissé ses « valeurs guides », avec un objectif de 10 µg/m³. Atteindre les valeurs guides de l’OMS est l’objectif du Plan Climat de l’Eurométropole.

Pour une analyse plus complète de l’impact, les spécialistes pensent qu’il faut attendre le début de l’année 2023. Ils attendent le bilan annuel de Météo France, avec notamment le sens du vent. De plus, ils auront les comptages du Sirac de Strasbourg des véhicules passés par les entrées de la ville.

Le pointage communiqué par la préfecture en août donnait 159 000 véhicules par jour sur la M35 à hauteur de Cronenbourg en juin, soit un trafic similaire à l’avant-GCO. Ce qui concorde avec une pollution équivalente de l’air. En revanche, ce même comptage accuse une baisse de 33% du nombre de camions sur l’A35, ce qui reviendrait à un niveau de 2005, soit avant la mise en place de la taxe poids-lourds en Allemagne.

Article actualisé le 07/09/2022 à 17h21
L'AUTEUR
Jean-François Gérard et Thibault Vetter

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