Cette chercheuse strasbourgeoise veut mieux soigner le cœur des femmes
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Cette chercheuse strasbourgeoise veut mieux soigner le cœur des femmes

actualisé le 04/12/2019 à 11h14

Après un doctorat en chimie analytique à l’Université de Strasbourg et au CNRS, Blandine Chazarin travaillera bientôt dans un laboratoire de Los Angeles. Son objectif : mieux diagnostiquer les maladies cardiaques chez la femme.

« Le problème, c’est que l’étude des maladies cardiaques s’est faite sur des critères qui ont été mis en place sur l’homme. » Blandine Chazarin vient de terminer sa thèse en chimie analytique à l’Université de Strasbourg et au Centre National de Recherche Scientifique (CNRS). En 2020, l’ancienne doctorante travaillera au sein du « Van Eyk Laboratory » à Los Angeles. La scientifique strasbourgeoise de 28 ans participera à l’élaboration d’un diagnostic plus fiable des maladies cardiaques chez les femmes.

La chercheuse strasbourgeoise Blandine Chazarin part bientôt pour Los Angeles où elle participera à un projet de recherche visant à mieux diagnostiquer les maladies cardiaques chez les femmes (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Du muscle de l’ours au cœur des femmes

Ces dernières années, Blandine Chazarin a étudié la « capacité de préservation musculaire de l’ours brun en hibernation. » En étudiant le sang des ursidés avec la spectrométrie de masse, la docteure a mis en évidence des changements des protéines dans le muscle qui permettent à l’ours une préservation musculaire malgré son long sommeil en hiver.

Avec la même méthodologie, la scientifique alsacienne travaillera sur le cœur des femmes. « Des biologistes vont me donner le sang d’un lot de femmes et je chercherai à détecter un biomarqueur, une protéine liée au phénomène de maladie cardiaque. »

Un diagnostic défaillant

Selon Blandine Chazarin, il n’existe aujourd’hui qu’un seul diagnostic à 100% fiable pour établir la présence d’une maladie cardiaque :

« Quand le cœur souffre, il libère une protéine appelée troponine. La mesure de son taux est fiable, mais elle n’arrive qu’après une batterie de premiers tests. Il arrive souvent que le premier test par électrocardiogramme ne pousse pas à mesurer cette protéine… »

Une étude britannique, publiée dans le « European Heart Journal », a démontré que les femmes atteintes d’une maladie cardiaque ont plus de chances d’être mal diagnostiquées que les hommes. Ainsi, la population féminine est moins bien soignée : 21% des femmes sont prises en charge moins de trois heures après le début d’une attaque cardiaque, contre 36% des hommes. Et la chercheuse strasbourgeoise d’appuyer: « Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes dans le monde. »

La plupart du temps, les symptômes des maladies cardiaques sont méconnues des femmes. Leurs signaux d’alerte sont plus difficiles à identifier : palpitations, essoufflement, remontées acides… Alors que les facteurs favorisant les problèmes cardiaques sont plus nombreux pour la population féminine : contraception, grossesse, ménopause…

La recherche depuis les chercheuses

Sans doute la présence de chercheuses a-t-elle contribué à se rendre compte que les études sur les maladies cardiaques se basaient sur des données masculines. Ainsi, c’est une femme qui dirige le projet de recherche sur lequel la scientifique strasbourgeoise travaillera pendant les quatre prochaines années. Fière de participer à cette étude, Blandine Chazarin conclut :

« Avant les femmes étaient vues comme des meubles. Aujourd’hui, elles sont vues comme des chercheuses, et c’est ainsi que l’on prend en considération les pathologies spécifiques aux femmes. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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