Conseil municipal : le groupe « La Coopérative » explose en vol
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Conseil municipal : le groupe « La Coopérative » explose en vol

Formé au lendemain des élections législatives en juin 2017, le groupe « La Coopérative » au conseil municipal de Strasbourg perd quatre de ses huit membres, dont deux adjoints au maire, Alexandre Feltz et Éric Schultz et sa vice-présidente Édith Peirotes. Abdelkarim Ramdane complète ce quatuor composé d’anciens écologistes et d’Alexandre Feltz, médecin jamais encarté dans un parti.

Il ne reste donc que les adjoints au maire Paul Meyer, co-président, et Jean-Baptiste Gernet ainsi que les conseillères municipales Mina Bezzari et Ada Reichhart, ce qui permet de conserver un groupe dans l’hémicycle strasbourgeois. Il suffit de disposer de deux membres sur 65. À moins de compter de nouveaux ralliements, le groupe à l’Eurométropole va en revanche disparaître en passant sous le seuil de cinq élus.

Éric Schultz lors d'un conseil municipal en 2016 (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Éric Schultz lors d’un conseil municipal en 2016 (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Ce « mouvement » strasbourgeois avait pour vocation d’agréger plusieurs courants de gauche que ce soit les Insoumis, le Parti communiste, Generation.s, les écologistes voire du Parti socialiste pour former des propositions au niveau local. Dans les faits, ces élus se disent déçus des tensions récurrentes voire grandissantes entre l’ex-aile gauche du Parti socialiste, incarnée par Paul Meyer et Jean-Baptiste Gernet, et ce qu’il reste du Parti socialiste.

Les fidèles spectateurs du conseil municipal ont sûrement remarqué les violentes prises à parti entre Paul Meyer et le groupe dit « Énergies Positives » (PS et apparentés), notamment en fin de conseil. Les échanges au conseil de l’Eurométropole se sont aussi durcis depuis un an. Une conséquence d’un « quinquennat calamiteux » et d’un « débat politique local, focalisé sur l’échéance strasbourgeoise de mars 2020 », selon ces quatre élus.

Avec les non-inscrits

Ils rejoignent les non-inscrits, mais restent dans la majorité du maire Roland Ries (PS mais non-membre de groupe). À l’instar de la création des nouveaux groupes en juin 2017, cette secousse intervient une semaine, où le premier magistrat est en déplacement à l’étranger, au Japon. Alors que l’ordre du jour du conseil municipal de lundi s’annonce plutôt léger, la séance devrait quand même être animée.

Contacté pour une réaction, Paul Meyer explique que la décision a été prise en commun, en amont :

« On aurait pu signer le même communiqué à ceci prêt que nos conclusions diffèrent. Aujourd’hui, quand un projet est présenté, on regarde d’abord d’où vient la personne qui parle. Cela créée un climat pénible. Pour se protéger et mettre en œuvre leurs dossiers, ils préfèrent prendre du champ. Nous, nous préférons rester, même si je vais davantage me protéger à l’avenir et m’investir encore plus sur le quartier gare. Lorsque je m’oppose au KFC en centre-ville, Philippe Bies et Mathieu Cahn signent une tribune contre moi, sur le marché de Noël Off, Mathieu Cahn nous a mis des bâtons dans les roues, sur la zone commerciale nord contre laquelle je m’oppose, tous les groupes ont des votes contres ou des abstentions sauf celui, sur les cinémas j’avais alerté sur ce qui arrive maintenant (le projet MK2 à Schiltigheim est validé, tandis que le projet de transfert du Vox est bloqué ndlr) et Alain Jund signe une tribune contre moi, sur l’office du tourisme, je me laisse attaquer sur mes compétences avec un audit de Robert Herrmann qui ne donne rien, sur les petits bâteaux Catherine Trautmann me rentre dedans comme si c’est moi qui avais conduit l’embarcation qui s’est renversée… Moi, je ne viens pas donner des leçons sur les logements sociaux ou la « bétonisation ». Malgré ces coups politiques collectifs, les habitants que je rencontre me disent de ne pas me taire. La Coopérative n’a jamais bloqué de délibération. »

La nouvelle composition de l’hémicycle

Le communiqué complet

A quelques semaines de la rentrée, nous faisons le choix de quitter le groupe des élu.es « la Coopérative Sociale, écologique et solidaire ».

Il s’agit pour nous d’une décision mûrement réfléchie et étroitement liée aux évolutions de la situation politique locale et aux tensions récurrentes que chacun aura pu observer depuis l’été au sein de la majorité municipale comme au niveau de l’eurométropole.

La Coopérative a été créée au lendemain des élections présidentielle et législatives pour apporter sa contribution à une recomposition nécessaire du champ politique. Par notre engagement dans ce mouvement, nous entendions dépasser des clivages partisans souvent artificiels, privilégier le débat de fond et nous ouvrir largement sur la société pour travailler dans la coopération et la bienveillance avec l’ensemble des citoyen.nes, engagé.es ou non, qui souhaitent construire une alternative politique crédible à gauche.

Ces objectifs restent, pour nous, toujours d’actualité, mais force est de constater que les évolutions récentes du débat politique local, focalisé sur l’échéance strasbourgeoise de mars 2020, les rendent difficiles à atteindre.

Les tensions qui se font jour aujourd’hui au sein de la majorité municipale ou au niveau de l’EMS sont d’abord, de notre point de vue, la résultante de l’éclatement du Parti Socialiste au lendemain d’un quinquennat calamiteux et de la crise de confiance qui en résulte dans l’électorat.

Les lignes de partage entre les groupes politiques qui forment la majorité municipale et eurométropolitaine recoupent largement celles des anciens « courants » du Parti Socialiste et les expressions publiques qui en résultent contribuent à la détérioration du climat et parfois à moins d’efficacité de la conduite des affaires publiques locales.

Issus de la société civile ou de la mouvance écologiste, nous rappelons que cette histoire n’est pas notre histoire, et que nous souhaitons poursuivre notre engagement dans l’état d’esprit de rassemblement qui a toujours été le nôtre et qui aura prévalu dans l’exercice de notre mandat depuis mars 2014.

Les situations politique locale, nationale ou européenne exigent que chacun apporte sa pierre à l’édifice d’une recomposition permettant de trouver des réponses nouvelles et ambitieuses aux urgences sociale et environnementale auxquelles nous sommes confrontés.

Nous sommes convaincus que cette recomposition ne se fera pas dans le périmètre convenu d’appareils partisans ou de groupes politiques qui trop souvent privilégient leur intérêt particulier à l’intérêt général.

En rejoignant les rangs des « non-inscrits » membres de la majorité municipale,, nous affirmons notre volonté de travailler, avec celles et ceux qui le souhaitent et qui s’y sentent prêt.es, à des convergences permettant d’avancer sur le fond au sein de l’enceinte municipale comme dans la ville et à construire une alternative désirable, résolument citoyenne, écologiste et solidaire.

Alexandre Feltz, Edith Peirotes, Abdelkarim Ramdane, Éric Schultz

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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