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Après l’évacuation du camp de l’Étoile, au moins la moitié des sans-abris est à Bouxwiller
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Après l’évacuation du camp de l’Étoile, au moins la moitié des sans-abris est à Bouxwiller

par Thibault Vetter.
Publié le 6 décembre 2022.
Imprimé le 28 janvier 2023 à 11:02
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La police nationale a évacué les occupants du camp de l’Étoile au petit matin du mardi 6 décembre. 48 personnes qui dormaient sous des tentes ont été emmenées dans un gymnase. Une vingtaine d’entre eux ont été convoyés vers un foyer à Bouxwiller, où ils seront incités à rentrer dans leur pays d’origine.

« Le problème, c’est qu’ils risquent de se retrouver au centre d’aide au retour de Bouxwiller, de le fuir puis de dormir à nouveau dans la rue à Strasbourg dans deux jours », dénonce Gabriel Cardoen, militant strasbourgeois pour les droits des réfugiés. En fin de matinée, au moins une vingtaine de sans-abris qui dormaient sous des tentes place de l’Étoile ont été effectivement conduits dans ce foyer situé à Bouxwiller, selon des comptages effectués par des militants et des associations. Ce dispositif situé à 45 km de Strasbourg a pour objectif de les accompagner jusqu’à un retour vers leur pays d’origine.

De nombreux fourgons de police se sont massés aux abords du camp à 6h. (Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg)

La nuit est encore noire mardi 6 décembre quand une quinzaine de fourgons de police et quelques véhicules légers se massent autour du campement érigé au pied du centre administratif de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg. L’opération de démantèlement débute. Des agents de police réveillent les occupants de la place pour leur dire de préparer leurs affaires. Tout se déroule dans le calme.

Les forces de l’ordre ont réveillé les sans-abris qui dormaient dans leurs tentes. (Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg)

Une première évacuation avait eu lieu juste avant le feu d’artifice du 14 juillet, mais une partie des personnes s’étaient réinstallées ensuite presqu’immédiatement. Pour cette opération, la préfecture a dû demander au tribunal d’ordonner à la municipalité de demander l’expulsion. La maire Jeanne Barseghian (EE-LV) ne le souhaitait pas, étant donné l’absence de dispositif de relogement pour toutes les personnes concernées.

Une cinquantaine de militants en soutien

À sa plus forte affluence, fin octobre, le site comptait 200 personnes dont 43 enfants et de nombreux malades, quasiment tous migrants, originaires de Géorgie, de Roumanie, de Macédoine ou encore d’Afghanistan. Mardi matin, ils ne sont plus que 45, réveillés par les forces de l’ordre qui secouent doucement les tentes, parfois vides. « Certaines familles sont dans des voitures, des cages d’escaliers, pour se protéger du froid », indique Nicolas Fuchs, de la délégation bas-rhinoise de Médecins du Monde qui assiste à l’événement :

« Ces deux dernières semaines, des familles avec enfants qui appelaient le 115 (numéro de téléphone pour demander un hébergement d’urgence, NDLR) ont été logées. C’est une bonne chose. »

Dès le départ, une quinzaine de membres du collectif D’ailleurs nous sommes d’ici (DNSI) sont présents pour témoigner de leur « solidarité envers les migrants ». D’autres soutiens arrivent peu à peu, ils seront une cinquantaine en tout, derrière un périmètre délimité par de la rubalise, avec notamment cinq élus communistes et le député LFI Emmanuel Fernandes.

Après avoir déposé leurs affaires en soute, les occupants du parc montent dans deux bus affrétés pour l’occasion, direction le gymnase Branly, réquisitionné par l’État, dans le quartier des Contades. Les services de la Ville de Strasbourg prennent ensuite le relais pour nettoyer la zone.

Des militants de DNSI étaient déjà présents à 6h. (Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg)

Direction Bouxwiller

Selon Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture qui supervise l’opération, la majorité des personnes sont des hommes isolés. Quelques femmes, certaines plutôt âgées, entrent dans les cars. Leurs situations administratives seront examinées pour les répartir dans les dispositifs dédiés.

D’après un bilan des services de l’État, 11 primo-demandeurs d’asile bénéficieront d’une prise en charge de l’OFII. Ils seront probablement dirigés vers des Centres d’accueil des demandeurs d’asile (Cada). 13 étrangers avec des titres de séjour seront logés dans des hébergements d’urgence grâce au SIAO, la structure qui gère le « 115 ». Et 23 migrants en situation irrégulière seront amenés vers des « centres d’aide au retour ». Le cas d’une personne connue des services de police pour des troubles à l’ordre public n’est pas encore fixé.

Une famille qui dormait sur place était hébergée chez une connaissance pour la nuit et est arrivée trop tard pour être prise en charge dans le cadre de cette évacuation. (Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg)

Vers 7h30, toutes les tentes sont vides et les bus partis vers le gymnase Branly, agencé par la Protection civile qui a été mandatée par la préfecture. Devant cette salle de sport, une quinzaine de militants se rassemblent à nouveau. Certains d’entre eux sont en lien avec des personnes déplacées et se renseignent quant à leur destination finale.

Vers midi, tous les anciens occupants du parc ont quitté le gymnase. Au téléphone avec les sans-abris, Gabriel Cardoen apprend qu’au moins un bus avec vingt personnes est arrivé au centre d’aide au retour de l’État à Bouxwiller, une information confirmée par Médecins du Monde.

La terreur de retourner dans le pays d’origine

Gérard Baumgart, militant historique de la solidarité envers les migrants, distribue un texte qu’il a imprimé au nom du Collectif Étoile devant le gymnase :

« Nous demandons qu’une attention soit faite pour les personnes en fin de droits administratifs. L’État ne doit pas fracasser des vies et des destins en s’appuyant sur quelques textes réglementaires. Ces personnes nous ont confié vivre dans la terreur de retourner dans leur pays d’origine, d’où elles ont fui des menaces, des violences de toutes sortes. »

Les sans-abris ont d’abord été emmenés au gymnase Branly. (Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg)

À Strasbourg, des centaines de personnes dorment toujours dehors dans de petits campements installés au bord des routes et des parcs, selon Jeanne Barseghian. Moins visibles, ils risquent bien d’accueillir prochainement d’anciens occupants de la place de l’Étoile, alors que les températures atteignent des niveaux difficilement supportables.

Article actualisé le 10/12/2022 à 15h04
L'AUTEUR
Thibault Vetter
Thibault Vetter
enquête sur l'hébergement d'urgence, la grande précarité, les pollutions et l'industrie.

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