Strasbourg : il était une fois… une ville Oasis !
Tribune 

Strasbourg : il était une fois… une ville Oasis !

Jean-Christophe Anna lance un nouveau mouvement pour préparer Strasbourg aux conséquences du réchauffement climatique. Convaincu que les dirigeants politiques n’ont pas pris la mesure des enjeux, il appelle les citoyens à l’aider à construire un programme pour le présenter aux élections municipales.

Toutes les histoires commencent par « il était une fois… » C’est à la puissance du récit que l’humain doit sa conquête du monde et non – comme le raconte Yuval Noah Harari dans son livre « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » – à la taille de son cerveau, à la fabrication d’outils ou encore à la maîtrise du feu. Notre capacité à créer des « réalités imaginaires », à les transmettre et à les croire est singulière dans le monde animal ! Ainsi, une nation, une société à responsabilité limitée ou la valeur attribuée à un billet de banque sont de pures constructions intellectuelles nées de notre imagination collective. Aujourd’hui, la croyance qui guide notre civilisation est celle d’une croissance infinie aux impacts délétères sur notre planète.

Depuis quelques années, l’évolution de notre climat est devenue l’une des principales préoccupations mondiales. Et pour cause, les incidents climatiques graves se multiplient aux quatre coins du globe. L’été 2018 a été absolument apocalyptique : Record de températures en Suède – 30 à 35 degrés au niveau du Cercle Polaire – Sécheresse historique en Australie – 9 mois sans pluie en Nouvelle-Galle-du-Sud – Climat caniculaire au Canada – plus de 500 feux de forêt simultanés – Mousson spectaculaire en Inde, en Birmanie, au Laos, en Thaïlande et au Vietnam, Incendies très violents en Grèce, au Portugal et en Californie.

Chaleur et soleil en novembre, c'est inquiétant (Photo JC Anna)

Chaleur et soleil en novembre, c’est inquiétant (Photo JC Anna)

Dans une voiture fragile, sortie de la route, sans direction…

Le réchauffement climatique a bel et bien commencé et il va s’accroître, voire s’accélérer dans les prochaines décennies. Les objectifs fixés en 2015 lors de la COP 21 de limiter le réchauffement climatique entre 1,5 et 2°C ne seront pas atteints. La Terre va se réchauffer de 3 à 5°C en moyenne d’ici 2100, ce qui signifie +6 à +10 degrés sur les continents…

Mais, le dérèglement du climat n’est malheureusement pas l’unique source d’inquiétude pour l’avenir de la planète et la survie de l’espèce humaine. Dans « Comment tout peut s’effondrer » (Éditions Seuil, avril 2015), Pablo Servigne et Raphaël Stevens comparent notre civilisation thermo-industrielle à une voiture en pleine accélération, au réservoir presque à sec, déjà sortie de la route, avec un habitacle aussi confortable que fragile et une direction bloquée.

  • L’accélération, c’est cette croissance infinie, totalement insoutenable dans un monde aux ressources limitées. Cette croissance sans limites est une arme de destruction massive pour la planète.
  • Le réservoir presque à sec, c’est l’épuisement des ressources naturelles, véritables limites de notre civilisation. Nous devrons bientôt nous passer de notre carburant principal, le pétrole, mais aussi de nos essences de substitution, les métaux rares qui alimentent les énergies « renouvelables » – ni « vertes », ni « propres » – et… tous nos smartphones, tablettes et autres enceintes connectées… Contrairement à une croyance fort répandue, la technologie ne nous sauvera pas puisqu’elle sera privée d’énergie. Adieu voitures, conquête de Mars ou de l’univers et KO Google !
  • La sortie de la route, c’est le franchissement des frontières infranchissables sous peine de nous mettre gravement en danger : le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité (60% des populations d’animaux vertébrés en 40 ans), la déforestation massive et la disparition progressive du phytoplancton – nos deux principales sources d’oxygène sur terre – l’épuisement dramatique des réserves d’eau douce, la dégradation et l’appauvrissement des sols, l’acidification et la pollution plastique des océans, la fonte vertigineuse des glaces, le dégel du permafrost…
  • L’habitacle aussi confortable que fragile, c’est la complexité de notre civilisation : nouveau Krach financier imminent et probablement bien plus grave qu’en 2008, chaînes d’approvisionnement à flux tendu et infrastructures (transport, électricité, communication) interconnectées. Cette interdépendance provoquera des conséquences à l’échelle de la planète. Le risque d’effondrement n’est plus local comme par le passé, mais bien global !
  • La direction bloquée, c’est l’inertie absolue de nos dirigeants au niveau local, national, européen et international.

L’effondrement de notre civilisation est annoncé

La situation actuelle est donc extrêmement grave. Depuis le Rapport Meadows (« Limits to Growth« ) de 1972 qui annonçait déjà l’effondrement de notre civilisation, les études scientifiques les plus sérieuses se sont multipliées (GIEC, CIA, NASA, COP, Sommets de la terre…) sans que rien ne bouge. Dernièrement, les cris d’alarme s’intensifient : 15 000 scientifiques représentant 184 pays ont appelé l’humanité à changer radicalement de mode de vie « pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité » en novembre 2017.

Courses actuelles et projetées du rapport Meadows de 1972 (doc remis)

Courses actuelles et projetées du rapport Meadows de 1972 (doc remis)

200 personnalités ont signé un appel pour une action politique « ferme et immédiate » face au « plus grand défi de l’histoire de l’humanité » le 3 septembre et dans la foulée 700 scientifiques français ont exigé des politiques de passer de « l’incantation aux actes ». Comme l’a dit Nicolas Hulot lors de sa démission, la politique des petits pas est clairement insuffisante. Si son départ a eu le mérite de réveiller les citoyens, n’attendons vraiment plus rien de notre « Champion de la Terre » dont les décisions sont d’une toxicité absolue.

Strasbourg n’est pas à l’abri

Vous vous croyez à l’abri dans notre belle ville de Strasbourg ? Vous avez tort !

L’aspect voilé du ciel alsacien observé fin août était dû aux particules dégagées par les feux au Canada. Et quand l’Aude doit affronter des inondations meurtrières, c’est tout le Grand Est qui est confronté à une sécheresse dramatique. Le déficit de pluviométrie est si grave que le Doubs est à sec et le niveau du Rhin historiquement bas. 27 degrés à Strasbourg mi octobre, c’est inquiétant.

Le nombre de journées à plus de 25 degrés a doublé cette année : 107 contre 55 en moyenne. Comme le révèle, une récente étude, la capitale alsacienne a déjà vu sa température augmenter d’1 degré en à peine 17 ans. Et la situation n’est pas prête de s’améliorer. En juillet, le climatologue et vice-président du GIEC Jean Jouzel alertait : « Dans la deuxième partie du siècle, on pourrait craindre des températures record de l’ordre de 50 degrés, voire 55 degrés sur l’Est de la France ».

Les dirigeants ne mesurent pas la gravité de la situation

Les équipes dirigeantes de la municipalité et de l’Eurométropole ont-elles pris la mesure de la gravité de la situation ? Clairement non ! Un certain nombre de décisions vont dans le bon sens, mais il s’agit de tout petits pas qui ne vont ni assez vite, ni assez loin.

Pire, nos dirigeants locaux soutiennent des projets aussi toxiques pour notre santé et l’environnement que la rénovation à l’identique de l’incinérateur ou le Grand contournement ouest (GCO)… Lorsque le premier sera relancé, sa trop grande capacité entraînera l’import de déchets d’autres villes, comme le dénonce l’association Zéro Déchet Strasbourg. L’avenir n’est-il pas plutôt au recyclage à 100% ?

Jean-Christophe Anna lors du salon RMS Conf en 2016 (doc remis)

Jean-Christophe Anna lors de l’événement #rmsconf en 2016 (doc remis)

Quant au GCO, c’est un projet aussi criminel pour la nature et la biodiversité, que néfaste pour l’environnement et même totalement absurde au vu de la pénurie énergétique à venir. Malgré une multitude d’études défavorables et un soulèvement citoyen formidable, le chantier a été lancé, les forêts dépecées, avant que nos poumons ne soient asphyxiés. Et l’A35 va devenir un boulevard métropolitain pour « vivre mieux demain »…

La piètre qualité de l’air strasbourgeois est pourtant régulièrement dénoncée par le collectif Strasbourg Respire. La pollution atmosphérique urbaine fait aujourd’hui en France autant de victimes que le tabagisme (48 000 personnes chaque année). Reine incontestée du vélo, Strasbourg est « en même temps » la 4ème ville la plus polluée de France. Sacré paradoxe ! Et alors que les arbres représentent la seule solution pour capter un maximum de CO2 tout en favorisant le rafraîchissement de la température au sol, les places minérales se multiplient, la bétonisation de Strasbourg s’amplifie et les espaces verts disparaissent… au grand dam des sportifs qui s’en inquiètent.

Ne pas baisser les bras, agir

Alors, dans un tel contexte, il serait facile de baisser les bras. Pourtant, partout, en France et dans le monde, quelque chose est en train de se réveiller ! Des astrophysiciens aussi brillants qu’Hubert Reeves ou Aurélien Barrau prennent activement position en dehors de leur domaine d’expertise. Des citoyens néo-zélandais, pakistanais, américains, néerlandais ou irlandais attaquent leurs gouvernements pour non respect des objectifs climatiques. 12 000 étudiants des plus grandes écoles s’engagent à ne pas travailler dans des entreprises prédatrices pour l’environnement. Enfin, douze maires de communes comme Grenoble, Bayonne, Grande-Synthe ou Bègles, soutenus par des ONG, interpellent directement Total, pour lui demander de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre.

À Strasbourg aussi, une formidable énergie bouillonne, une puissante force s’éveille ! D’extraordinaires initiatives mobilisent des Strasbourgeois qui s’activent. Je fais partie de ces « citoyens engagés » qui sont de plus en plus nombreux à vouloir changer le monde. Comment en suis-je arrivé là ? Entre 2014 et 2017, j’ai dans un premier temps profité de mon activité principale pour délivrer des messages sur la nécessaire évolution de notre société. Puis, j’ai vraiment basculé dans un comportement de « colibri » qui fait sa part au quotidien, convaincu qu’il ne faut rien attendre de nos politiques pour conduire un vrai changement.

Entraide et intelligence collective

Assez naturellement, j’ai commencé par des petits gestes pour la planète en divisant par 3 le temps passé sous la douche, en devenant végétarien, en privilégiant le vrac, le bio et le local, en supprimant toute forme de plastique de ma vie et en limitant considérablement ma consommation. Dans la foulée, j’ai créé le site web « 2017-2037 : 20 ans pour tout changer » afin d’éveiller les consciences.

La vraie révélation pour moi fut ma participation active à l’extraordinaire aventure citoyenne EurOasis à l’été 2017. J’ai été littéralement impressionné par l’incroyable puissance de l’entraide et de l’intelligence collective qui a permis à une cinquantaine de Strasbourgeois, qui ne se connaissaient pas, de se mobiliser en un temps record pour construire ensemble un projet utile pour demain.

Enfin, j’ai décidé il y a quelques mois de consacrer toute mon énergie au service du bien commun. Le faire au niveau national, européen ou international m’a rapidement paru vain. Je suis persuadé que si le changement doit bien être impulsé par les citoyens, il doit l’être au niveau local. La ville représente à mes yeux l’échelon le plus pertinent, le plus humain, le plus résilient. La proximité des élus tout comme l’efficacité directe et l’impact plus rapide des décisions y sont plus importants que nulle part ailleurs.

Strasbourg, ville pionnière

J’ai alors imaginé le projet « Strasbourg GO » dont la raison d’être est de faire de Strasbourg une ville Oasis, un lieu de vie exemplaire d’une nouvelle ère. Né à Strasbourg en 1975 et amoureux de notre ville, j’ai toujours été séduit par sa dimension pionnière (ville libre, imprimerie, Bi-Bop, 50 km/h en ville, place du vélo, paiement mobile…). À notre tour, participons à l’épopée strasbourgeoise et imaginons ensemble un nouveau récit qui fera sans doute voler en éclats certains de nos conditionnements, mais qui nous permettra assurément de mieux vivre dans notre ville.

Il était une fois une ville Oasis. La ville pionnière d’une nouvelle ère.

  • Il était une fois une ville Végétale et Symbiotique. Une ville forêt où les arbres jaillissent en faisant exploser les dalles de béton. Une ville où les vélos et les piétons ne croisent plus ni voitures, ni camions. Une ville respirable où les cours des écoles se transforment en jardins, où les rues et les toits deviennent des potagers. Une ville où le végétal et l’animal s’affranchissent du minéral, où le vivant devient aussi fleurissant que papillonnant.
  • Il était une fois une ville Autosuffisante et Résiliente. Une ville produisant sa propre énergie et assurant son autonomie alimentaire. Une ville privilégiant l’urgence du long terme à l’anecdotique du court terme, où la décroissance respectueuse de la planète s’impose au développement économique fondamentalement destructeur.
  • Il était une fois une ville Frugale et Circulaire. Une ville préférant le recyclage à l’incinération et la réparation à l’hyper consommation.
  • Il était une fois une ville Collaborative. Une ville dans laquelle chacun contribue au bien commun. Une ville reconnaissant toutes les formes de travail et non pas uniquement l’emploi, la plus artificielle d’entre elles. Une ville suffisamment audacieuse pour expérimenter le revenu universel.
  • Il était une fois une ville Équitable et Inclusive. Une ville sans aucune forme de discrimination ou de harcèlement. Une ville qui met fin aux inégalités pour favoriser l’équité.
  • Il était une fois une ville Humaine. Une ville capable d’abolir toute forme d’exclusion, une ville qui offre un toit à chaque sans abri et qui accueille chaleureusement chaque être humain. Une ville dans laquelle l’entraide l’emporte sur la compétition, l’altruisme sur l’égoïsme.
  • Il était une fois une ville… Libre. Une ville libre d’inventer ses propres règles.
  • Il était une fois une ville Oasis !

Réveil citoyen puis conquête de la ville

Au sein du collectif « Strasbourg GO », notre ambition est de faire de ce rêve une réalité, non pas pour les générations futures, mais pour les générations présentes. Pour y parvenir, nous souhaitons provoquer un réveil citoyen et partir à la conquête de la ville. Nous présenterons donc aux élections municipales de mars 2020, une liste 100% citoyenne. Seule la victoire nous permettra de réellement changer la donne rapidement, efficacement et durablement. Et pour l’emporter, nous devons être nombreux.

Nous lançons donc aujourd’hui un appel à tous les Strasbourgeois, conscients de l’urgence d’agir, à rejoindre notre mouvement. Pour ce faire, il vous suffit de renseigner le questionnaire en ligne ici.

Formulaire en ligne

Strasbourg GO : rejoignez-nous !

Dans les 17 prochains mois, nous allons lancer plusieurs initiatives inédites pour vous permettre de contribuer à la construction d’une ville nouvelle par vos actions et vos idées, avec notamment une plateforme collaborative, un grand jeu urbain citoyen, un hackathon, un concours d’urbanisme…

Il n’est plus seulement urgent d’agir, c’est devenu tout simplement vital pour nous, nos enfants et nos proches. Si vous souhaitez vous aussi devenir des pionniers, rejoignez-nous et nous ferons ensemble de Strasbourg un formidable terrain d’expérimentations. Gandhi disait « Montrer l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. » Nous allons montrer l’exemple, ici et maintenant.

C’est à nous de jouer pour Strasbourg… GO !

Jean-Christophe Anna pour Strasbourg GO

L'AUTEUR
Jean-Christophe Anna
Directeur général de #rmstouch et "Colibri agile", citoyen engagé pour créer un monde plus en phase avec les ressources de la planète.

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