Politique en Lorraine : on s’aime au moins autant qu’en Alsace
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Politique en Lorraine : on s’aime au moins autant qu’en Alsace

La place Stanislas à Nancy (Photo Arnaud Malon)

La place Stanislas à Nancy (Photo Arnaud Malon)

En passant par la Lorraine – 7. Avec ses Richert, Kennel, Buttner, Ries, Rottner et consorts, le paysage politique alsacien vous est familier. Mais connaissez-vous le président du conseil général de Meurthe-et-Moselle ? Et celui de l’agglo de Metz ? Le nouveau maire de Nancy peut-être ? L’anti-sèche est ici. En prévision de la fusion, Rue89 Strasbourg vous a concocté un who’s who des élus lorrains : carrières, travers et casseroles.

Parmi eux, peut-être le futur président de la région Alsace – Lorraine, ou Alsace – Lorraine – Champagne-Ardenne, ou peut-être le futur adversaire de Philippe Richert, actuel président de la Région Alsace, ou peut-être encore le sauveur de la gauche ? Bon, peut-être pas, mais qui sont ces gens qui vont intervenir dans le débat public alsacien si la fusion des régions finit par se faire ? Rue89 Strasbourg s’est aventuré en terre politique inconnue.

Jean-Pierre Masseret, président du Conseil régional de Lorraine, PS, 70 ans

Inspecteur des impôts, Jean-Pierre Masseret a débuté sa carrière politique en 1979, élu conseiller général dans le canton de Montigny-lès-Metz. À partir de 1983, il siège dans l’opposition au conseil municipal de Metz. Cette même année, il devient sénateur de Moselle. En 1995, il est élu maire d’Hayange. Il abandonne ces mandats en 1997 pour entrer au gouvernement Jospin comme secrétaire d’État chargé des Anciens combattants jusqu’en 2001. Là, il est réélu sénateur. En 2004, il rafle à Gérard Longuet (UMP) la présidence du conseil régional de Lorraine qu’il détenait depuis 1992. Masseret sera réélu en 2010.

« C’est un vieux routard de la politique, il est connu, bien inscrit dans le paysage politique », décrit un journaliste lorrain, qui parle de « système Masseret ». « Masseret défend parfois des dossiers qui n’aboutissent pas, comme la gare d’interconnexion TGV-TER de Vandières (Meurthe-et-Moselle) qui est mieux située que la gare Lorraine-TGV de Louvigny mais nécessite un gros investissement alors que l’État n’a plus d’argent. »

Puis il y a le dossier, ou plutôt le fiasco, Skylander. En 2008, la Région a investi 21 millions d’euros pour soutenir la production d’un petit avion, le Skylander, sur le site de l’ancienne base aérienne de Chambley (Meurthe-et-Moselle). « Un projet hasardeux dès le départ », commente un autre journaliste. La société Sky Aircraft qui devait produire l’avion, a été liquidée au printemps. Reste l’ardoise.

 « Alors que Masseret est loin de faire l’unanimité dans son propre camp, les socialistes lorrains ont essayé de faire croire qu’ils étaient derrière lui. Ils n’ont rien dit et aujourd’hui ils s’en mordent les doigts, se sentant éclaboussés par ses ratés », confie le journaliste.

Jean-Pierre Masseret plaide, avec Philippe Richert, pour la création d’une région Alsace-Lorraine.

Mathieu Klein, président du conseil général de Meurthe-et-Moselle, PS, 38 ans

Mathieu Klein (@PS)

Mathieu Klein (Photo PS)

Encarté au PS dès sa majorité, il s’illustre dans le syndicalisme étudiant à Nancy (à l’Unef), rejoint le mouvement HES (Homosexualité et socialisme) et crée l’association Homonyme, qui milite pour l’égalité et contre l’homophobie. Il devient conseiller général en 2004 dans le canton de Nancy-Nord et y sera réélu en 2011.

« Il est intéressant, populaire, redoutablement intelligent et talentueux. C’est un proche d’Aubry qui dispose d’appuis au niveau national même si médiatiquement, il est peu connu. Le plus étonnant est qu’il sort de nulle part ! », résume un second journaliste.

Il situe « l’acte fondateur » en 2005, lorsque Mathieu Klein se présente aux législatives partielles face à  Laurent Hénart. Ce dernier est débarqué du gouvernement Raffarin III où il était secrétaire d’État à l’insertion professionnelle des jeunes, et entendait reconquérir son siège de député de Meurthe-et-Moselle, abandonné un an plus tôt.

« Au parti socialiste, personne ne voulait y aller. Mathieu Klein a perdu mais s’en est sorti avec un score tout à fait honorable. En 2007, Hénart s’est présenté à sa succession, et a encore gagné mais de justesse, talonné par Klein. Cela a créé une énorme dynamique au sein du parti socialiste », se souvient-il.

En 2014, les deux hommes s’affrontent à nouveau, cette fois pour la mairie de Nancy. Klein perd encore une fois face à Hénart. Mais devient dans la foulée président du conseil général, « presque malgré lui », explique le reporter. Il hérite du fauteuil de son mentor, Michel Dinet, qui a péri la veille du second tour des municipales dans un accident de voiture. Mathieu Klein est favorable à ce que Strasbourg soit la capitale de la grande région, s’il y a fusion.

Laurent Hénart, maire de Nancy, UDI, 45 ans

Laurent Hénart, le dauphin éternel de Nancy (Photo Wikimedia Commons)

Laurent Hénart, le dauphin éternel de Nancy (Photo Wikimedia Commons)

Étudiant à Sciences-Po, Laurent Hénart crée le mouvement des Jeunes radicaux en 1991. Il devient conseiller municipal de Nancy en 1995, élu sur la liste d’André Rossinot (maire de Nancy de 1983 à 2014). Il est élu député de Meurthe-et-Moselle en 2002. Secrétaire d’Etat à l’insertion professionnelle des jeunes  de 2004 à 2005 sous Raffarin III, il retrouve son siège de député lors des législatives partielles de 2005, et est réélu en 2007 mais perd en 2012 face la candidate socialiste, relativement peu connue des électeurs, Chaynesse Khirouni. Deux ans plus tôt, il a essuyé un autre échec : les Régionales, où il était le candidat d’une liste rassemblant la droite et le centre. Après ces défaites, il était impératif pour Hénart de remporter la ville de Nancy, comme l’explique un journaliste politique ayant couvert la campagne :

« Laurent Hénart, c’est l’étoile montante des années 2000, l’éternel premier : beau, souriant, svelte… En fait, il a longtemps été l’éternel second ! Il aurait voulu être tête de liste lors des municipales de Nancy en 2008 mais Rossinot n’a jamais voulu. Il y a eu le calamiteux épisode des Régionales, puis la veste aux législatives. Celui qui se rêvait président de la République n’était plus rien ! Enfin, cette année, il n’a pas laissé le choix à Rossinot : il s’est présenté à Nancy. Il entendait incarner le renouveau mais avec Rossinot sur sa liste… l’équation était complexe ! La campagne d’Hénart n’était pas géniale, les premiers mois, cela ressemblait à une machine à perdre, plombée en partie par des statuts Facebook crétins de colistiers. Et puis, les derniers jours, ils ont fait du terrain de 8h à 21h, ils ont quadrillé la ville, en passant dans chaque rue, chaque maison. Hénart a abandonné ses thèmes de campagne un peu mous et abstraits, il a renversé le boulet Rossinot pour en faire un atout, essayant de convaincre que, finalement, la continuité ce n’était pas si mal. Son avenir sur le plan national est incertain car il dépend de Borloo, qui est un de ses seul soutien. »

Il l’a d’ailleurs remplacé cette année à la présidence du parti radicale, Borloo ayant démissionné.

André Rossinot, président de la Communauté urbaine du Grand Nancy, 75 ans, Parti radical

André Rossinot pendant un meeting en 2012 (Photo Wikimedia Commons)

André Rossinot pendant un meeting en 2012 (Photo Wikimedia Commons)

Conseiller municipal à Nancy en 1969, il devient adjoint en 1977 puis maire en 1983. Il sera également député de Meurthe-et-Moselle de 1978 à 1997, interrompant son mandat pour entrer au gouvernement par deux fois : de 1986 à 1988 comme ministre des Relations avec le Parlement et de 1993 à 1995 en tant que ministre de la Fonction publique. Il ne s’est pas présenté aux municipales cette année, mais André Rossinot est président de la communauté urbaine de Nancy depuis 2001. Et notre confrère lorrain d’expliquer :

« Il a annoncé qu’il quitterait l’agglo dans trois ans… Tiendra-t-il sa promesse ? André Rossinot est un homme de réseau et de consensus, qui sait séduire la gauche et compte notamment parmi ses amis Manuel Valls. Il a soutenu Balladur face à Chirac et répète à qui veut l’entendre qu’il était promis à de très hautes fonctions si son candidat avait remporté l’élection présidentielle de 1995… Aujourd’hui, il voit que le monde change, son pouvoir s’amenuise. Il est très critique vis-à-vis de Laurent Hénart (qui lui a succédé à la mairie de Nancy et que beaucoup présentent comme son « dauphin », ndlr) se comportant un peu comme un artisan qui lègue sa boîte à son fils mais ne supporte pas de le voir devenir patron ! »

Dominique Gros, maire de Metz, PS, 71 ans

Dominique Gros (Photo Wikimedia Commons)

Dominique Gros (Photo Wikimedia Commons)

Il entre au conseil municipal de Metz en 1983, comme élu de l’opposition. Tête de liste du PS, il tentera en vain de conquérir la ville, lors des scrutins de 1989, 1995 et 2001. En 2008, il l’emporte enfin et devient le premier maire de gauche de Metz (lire notre article sur la ville) depuis l’instauration du suffrage universel en 1848. Il a été réélu cette année. Depuis 1998, il est également conseiller général.

« Maire socialiste d’une ville de droite, c’est pas facile. D’autant que l’UMP comptait bien la reprendre en 2014… Dominique Gros est l’incarnation de la persévérance : il a été durant 25 ans dans l’opposition avant de parvenir à ravir la ville à la droite. S’il peine un peu à trouver sa place dans le paysage politique régional, il a le mérite d’avoir rétabli le dialogue entre Nancy et Metz. Il fait également parti des acteurs du « sillon lorrain » : une sorte de structure concurrente au Conseil régional, qui ne cesse d’accroître ses compétences et a été mise en place par les maires de Nancy, Metz et Épinal pour contourner Masseret. »

C’est au nom du « Sillon Lorrain » que la Lorraine est candidate à la French Tech, ce label d’excellence pour les startups françaises. En Alsace, c’est le Pôle Métropolitain (formé par Strasbourg et Mulhouse) qui s’est porté candidat. Mais le Pôle n’est pas un instrument pour contourner Philippe Richert, non non non…

Jean-Luc Bohl, président de la communauté d’agglomération Metz Métropole, UMP, 55 ans

Après avoir siégé durant 12 ans au sein du conseil municipal de Montigny-lès-Metz, dans la majorité puis l’opposition, il en devient maire en 2001, réélu à une large majorité en 2008. Suite à ce dernier scrutin, il remporte l’agglo, battant le nouveau maire socialiste de Metz, Dominique Gros. En 2010, Jean-Luc Bohl a inauguré aux côté de Nicolas Sarkozy le centre Pompidou de Metz. Aujourd’hui, ce fleuron culturel lorrain est en proie aux critiques, dont celles de la ministre de la culture Aurélie Filipetti. Le centre, qui n’a pas de collection permanente, est confronté à de graves difficultés financières. La dette enfle et Jean-Pierre Masseret, président de la Région pour ceux qui suivent a décidé de revoir à la baisse la subvention de fonctionnement.

Patrick Weiten, président du Conseil général de la Moselle, UDI, 60 ans

La mairie de Yutz (banlieue de Thionville), il y entre comme technicien en 1974 et finit directeur des services techniques en 1992. Trois ans plus tard, il s’installe dans le siège de maire et y restera jusqu’en 2011. Parallèlement, il est membre du Conseil général de Moselle depuis 1998 et accéde à sa présidence en 2011. Il est encore président de la communauté d’agglomération Portes de France Thionville depuis 2008. Et un journaliste du secteur de le décrire :

« Il n’est plus tout jeune et pourtant, c’est comme s’il débutait. Sa ligne politique est difficile à définir, il n’a pas une coloration très affirmée, c’est l’archétype de l’homme politique qui défend la Moselle. C’est un local, ancré. Et la Moselle pèse lourd, puisque la moitié de la population lorraine vit dans son département dont le budget est équivalent à celui de la Région. Weiten s’oppose sur plusieurs dossiers à Dominique Gros (le maire de Metz) et il est contre la gare de Vandière, le projet défendu par Jean-Pierre Masseret (président socialiste de la Région, ndlr). Il s’agit d’une dépense somptuaire inutile, selon lui. Entre eux deux, le courant passe sur le mode alternatif.»

Christian Poncelet, président du conseil général des Vosges, UMP, 85 ans

Christian Poncelet (@Senat)

Christian Poncelet (Photo Senat)

Il se vante de n’avoir jamais perdu une élection. Le « Monarque des Vosges » détient un record : il a cumulé 147 ans de mandats électifs durant sa carrière politique, selon le calcul du Monde, 147 ans en 50 ans de carrière : « le prototype du cumulard comme on n’en fait plus », résume le quotidien.

De 1962 à 1972, il est député des Vosges. Elu au conseil général en 1963, il accède à la présidence en 1976. Poncelet en est à son onzième mandat au CG des Vosges ! En 2011, une fronde a lieu au sein du CG. Des conseillers « rénovateurs » présentent un candidat divers droite à la présidence. Il finira ex aequo avec Poncelet, 15 voix chacun. La loi prévoit alors que le plus âgé des candidats l’emporte… Poncelet est réélu « au bénéfice de l’âge ».

L’homme a été également trois fois ministre, et est sénateur depuis 1977. Il achève son quatrième mandat et annonce qu’il ne représentera pas en septembre. Au passage, il a aussi été élu dans sa commune de Remiremont et siégé au conseil régional durant quatorze ans. Et notre confrère lorrain de souligner :

« Poncelet règne en maître sans partage, comme un baron sur son territoire. Il écrase toute velléité, même dans son propre camp et isole les collectivités de gauche qui ne font pas acte d’allégeance, comme Saint-Dié ou Gérardmer, qui n’ont pas un kopeck du département. »

Un autre journaliste salue ses actions pour le département mais estime qu’il est temps de raccrocher :

« En développant les infrastructures routières et ferroviaires, il est parvenu à désenclaver les Vosges. C’est un modéré, un anti-sarko, véritable chiraquien appartenant à la droite conservatrice, qui est de tous les réseaux. Il ne manque aucune galette des rois, aucun repas communal. Seulement, il est à moitié sourd, il vit enfermé dans ses souvenirs et ne comprend plus rien depuis des années. Finalement, il aura raté sa fin, elle est indigne de tout ce qu’il a pu faire avant. »

Christian Namy, président du conseil général de la Meuse, UDI, 75 ans

À chaque scrutin depuis 1985, soit cinq fois en tout, Christian Namy est élu conseiller général dans le canton de Pierrefitte-sur-Aire (commune dont il fut maire de 1989 à 2004). En 2004, il devient président du conseil général et siège au Sénat depuis 2011. Namy compte parmi les alliés de Masseret, selon notre confrère :

« Il s’entend très bien avec Masseret, avec lequel il vient de ficeler un projet de base de loisirs autour de la réserve d’eau douce de Madine (Meuse), pour 30 M€ d’investissement. Le terrain végétait depuis plusieurs décennies tant les collectivités alentour se le disputaient. »

Aller plus loin

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L'AUTEUR
Noémie Rousseau
Noémie Rousseau
Journaliste indépendante (Société)

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