Les Bains municipaux, une piscine où l’on a toujours eu d’autres loisirs que la natation
Environnement 

Les Bains municipaux, une piscine où l’on a toujours eu d’autres loisirs que la natation

Reportages de France 3 Alsace concernant les Bains municipaux (Vidéos INA)

Archives vivantes – Les Bains municipaux de Strasbourg vont fermer cet été pour une longue rénovation. La bâtiment art nouveau construit en 1908 a souvent hébergé d’autres activités que sa fonction première, la natation.

Les Bains municipaux de Strasbourg ferment le 22 juin pour au moins deux ans de travaux. Plus de 100 ans après sa construction, l’édifice présente un état de délabrement avancé. La question de sa nécessaire rénovation fait l’objet de reportage dès les années 2000, lorsque le bâtiment est inscrit au titre des monuments historiques (on parlait à l’époque de « l’inventaire supplémentaire »).

En 2011, un précédent projet de rénovation est présenté, mais sera abandonné quelques mois plus tard, en raison de la mobilisation contre le partenariat public-privé imaginé.

Arts et défilés

Mais depuis l’origine, cet ensemble art nouveau n’a pas seulement vu défiler des nageurs. Cet écrin à l’architecture révolutionnaire a toujours eu vocation à accueillir des activités multiples et aussi à faire rayonner Strasbourg.

Archives vivantes

Une rubrique proposée en partenariat avec l’INA Grand Est

Parmi la sélection d’images d’archives de l’INA, on trouve un enregistrement a cappella vocaliste (1984) ou un défilé de mode (1990). D’autres événements ont dénoté, comme une exposition florale (2004), un spectacle de danse (2009). Plus récemment, en 2016, la chanteuse Patricia Kaas y tourne son clip « Madame tout le monde » (avec vraisemblablement quelques retouches) et une projection des Dents de la mer avait aussi valu un petit buzz. D’autres reportages permettent de découvrir les coulisses de la piscine de la Victoire.

Des atermoiements avant travaux

Olivier Haegel, chargé de recherche au service patrimoine de la Région Grand Est, rappelle que ce bâtiment est le résultat d’une volonté forte pendant la période allemande de Strasbourg (1870-1918). Non sans quelques « atermoiements » au départ :

« Dès 1879, un premier projet est présenté lorsqu’un particulier propose son terrain. Le maire Otto Back (1873-1906, avec six ans d’interruption) impulse alors une politique hygiéniste avec ce bâtiment et l’extension de l’hôpital civil. Son successeur Rudolph Schwander (1906-1918) la poursuit. C’est aussi l’époque des premiers logements sociaux via des fondations privées dans les années 1880. Pour construire un tel projet, de longues enquêtes sont diligentées. Des experts vont établir des comparaisons avec ce qui se fait en Allemagne, ainsi qu’auprès de la population strasbourgeoise pour évaluer ses besoins. Une première copie est établie, puis une deuxième. En 1902, la caserne militaire est détruite et c’est finalement un troisième projet qui est retenu en 1904, avant la construction en 1908. Tout en gardant l’idée d’un projet évolutif. »

En plus des deux piscines pour hommes et pour femmes, on trouve des bains romains, à diverses températures. Plus folklorique, des bains de boue, un solarium sur les terrasses, ou un espace de tontes pour animaux sont proposées.

Pour Olivier Haegel, les Bains municipaux permettent à plusieurs milieux sociaux de se croiser :

« Il y a une culture bourgeoise autour du bien-être, mais aussi une pratique populaire avec des bains et douches publiques en sous-sol pour ceux qui n’en ont pas. Dans les faubourgs populaires comme au Neudorf, d’autres bains publics moins complexes sont aussi construits. Les Bains sont l’un des premiers bâtiments municipal qui accueille du public et où des personnes se rencontrent. En 1860/1870, la ville n’avait qu’un maître nageur professionnel, qui louait des emplacements privés sur les rives l’Aar. »

Au cours de la construction, qui s’achève en 1911, une école dentaire est ajoutée aux plans initiaux, dans ce que l’on appelle « l’aile médicale » aujourd’hui, sur la partie gauche de la façade d’entrée.

Quant à la cour arrière, elle sert de blanchisserie, pour les Bains, mais aussi professionnelle pour d’autres institutions. Un témoin d’une époque où l’on tente de rationaliser les aménagements, les équipements et les déplacements.

Une œuvre d’art

Le bâtiment est novateur par ses fonctions, mais c’est aussi la performance artistique qui le distingue relève Olivier Haegel :

« L’équipe de l’architecte municipal Fritz Beblo dessine l’ensemble jusqu’aux poignées de portes. Chaque pièce est unique, avec parfois un intérêt purement décoratif. Elle fait le choix du marbre ou de la céramique anglaise, plus solide et résistante que celle d’Allemagne. Il y a une obsession pour la lumière. On retrouve des références à l’Antiquité, au baroque, à la Renaissance ou à l’internationale avec une référence à la vague d’Hokusaï dans l’un des vitraux. C’est une œuvre d’art totale. »

Toutes ces coquetteries s’accompagnent d’une envolée du budget. De 600 000 Marks à l’origine, le coût augmente, à 820 000, puis 850 000 pour atteindre 1,487 million de Marks, bien qu’il faille prendre en compte l’aile dentaire, non-prévue à l’origine.

Mais la ville est très fière. Parmi les ornements, elle applique les armoiries de de la Ville de Strasbourg, à l’extérieur et à l’intérieur (notamment sur les plafonds). Autour des années 1950, un distributeur automatique avec des guides touristiques qui mentionnent les Bains municipaux est installé, pour souligner l’aspect moderne du lieu.

En dessous des statuts, un symbole de la Ville de Strasbourg. On en retrouve plusieurs sur les bains municipaux (Photo Région Grand Est – Inventaire général, Claude Menninger)

En dessous des statuts, un symbole de la Ville de Strasbourg. On en retrouve plusieurs sur les bains municipaux (Photo Région Grand Est – Inventaire général, Claude Menninger)

Une inscription des parties intérieures

Même lorsque la ville redevient française, cet édifice n’est pas remis en cause :

« Une partie des édiles restent à Strasbourg, Jacques Peirotes (1919-1929) était conseiller municipal avant 1924. L’architecte Paul Dopff prend la suite de Beblo, il faisait déjà partie de son équipe. La piscine de la Victoire est un dispositif attrayant et très utilisé. La ville de Lyon va d’ailleurs s’en inspirer dans les années 1920. Une des rares modifications sont les cabines où les rideaux sont remplacés par des portes dans les années 1920, pour faire place à plus d’intimité. »

Motif de fierté, les Bains municipaux sont maintenus à travers les époques, bien que guère entretenus, alors que d’autres édifices similaires n’accueillent plus de nageurs (Roubaix ou Colmar). Cependant, des Bains mixtes sont conservés ailleurs en France comme à la piscine Saint-Georges à Rennes.

Lors de l’inscription dans les années 2000, les architectes des bâtiments de France prennent soin de classer de nombreuses parties intérieures remarquables et pas seulement les façades extérieures, comme cela se fait beaucoup.

Rénovation imminente

Aujourd’hui, les deux bassins font la part belle aux activités sportives prescrites par des médecins. Ils n’ont pas la longueur réglementaire de 25 ou 50 mètres comme dans les autres piscines de l’Eurométropole. Ces séances devraient prendre encore plus d’ampleur après la rénovation. D’autres activités, comme un institut du sport-santé, un espace pour entreprises et une brasserie doivent s’installer.

D’autres parties comme la chaufferie ne sont pas encore affectées. Quant à la cour, elle devrait accueillir une piscine extérieure. Quelques questions restent en suspens sur son prix d’accès, à l’heure où certains redoutent une mutation vers un établissement de luxe. Idem pour l’utilisation des bains romains et hammams. Quelques douches publiques, surtout utilisées par les personnes sans-abris ou très précaires doivent cependant être maintenues.

La bâtiment restera la propriété de la Ville de Strasbourg, mais les travaux et la gestion quotidienne du lieu sera confiée à un groupement d’entreprises privées. De nouvelles informations, notamment pour le groupement retenu devraient être communiquées d’ici la réhabilitation cet été et à l’automne.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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