Un collectif se forme pour la gratuité des transports en commun
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Un collectif se forme pour la gratuité des transports en commun

Un nouveau collectif demande la gratuité des transports en commun à Strasbourg. Cela passe par une étude de faisabilité dans l’optique des élections municipales. 

Les élections approchent et les collectifs de revendications locales s’additionnent. Avec ses 25 premiers signataires, un nouveau collectif pour la gratuité des transports à Strasbourg affiche son ambition de peser sur les programmes. Car l’un de ses piliers, le seul élu à l’Eurométropole à réclamer cette mini-révolution, le schilikois Antoine Splet (PC) « se heurte à un mur au neuvième étage » sur ce débat, qui existait peu à Strasbourg jusque-là.

Principale demande : « une étude de faisabilité par un cabinet indépendant » que refusent le président de l’Eurométropole et ses vice-présidents. « C’était 50 000€ à Clermont, ce n’est rien par rapport à un budget de 1,3 milliard d’euros », se désole Antoine Splet.

Un débat qui émerge

En réponse, le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS), a proposé un « groupe de travail » avec des élus de toutes sensibilités, techniciens et différents invités. Il s’est réuni une petite dizaine de fois et doit rendre ses conclusions à l’été.

« La CTS donne quelques indicateurs au fur et à mesure, mais il faut qu’on ait tous les vrais chiffres sur la table pour débattre sereinement. Les élus acceptent désormais le débat, c’est déjà une nouveauté », remarque Mustapha El Hamdani, militant de la gauche de la gauche (le parti Ensemble) et élu sur la liste du maire Roland Ries (PS) en 2008-2014. « Il y a la partie financière qu’il ne faut pas occulter, mais c’est aussi une question de schémas de pensée à dépasser », appuie pour sa part Antoine Splet.

 À l’Eurométropole, une trajectoire inverse

Les dirigeants de l’Eurométropole, la Ville et la CTS s’opposent historiquement et frontalement à la gratuité. Les augmentations régulières visent au contraire à faire payer près de la moitié du prix réel aux usagers et obtenir une manne financière (55,99 millions d’euros en 2018 sur 127,7 millions) pour « développer le réseau » avec les extensions. La gratuité pour tous serait même un « effet d’aubaine » pour ceux qui ont les moyens de payer, de l’avis du premier adjoint et président de la CTS, Alain Fontanel (LREM). Il rappelle au passage que la taxe d’habitation (qui doit être supprimée) est injuste, car les montants varient d’un quartier à l’autre.

Une vision que contestent les membres du collectif :

« Si on a ce raisonnement, alors on peut l’appliquer à l’École ou à la Santé. Chacun contribue déjà à hauteur de ses moyens via l’impôt. L’Eurométropole finance aussi des projets d’excellence qui ne bénéficient pas à la majorité des Strasbourgeois. »

Antoine Splet

« On dépense 100 millions d’euros d’argent public dans un nouveau stade, alors que je n’y mets pas les pieds. Mais je ne demande pas aux usagers de payer », embraye Mustapha El-Hamdani.

Pour Sébastien Heitz, délégué parent d’élève et autre membre du collectif, l’action doit aussi mieux mettre en valeur les avantages futurs :

« On ne voit que les inconvénients : cela risque de saturer le réseau et c’est plus cher pour les finances publiques. Mais on ne voit pas les avantages : quel report de déplacement, quel espace en plus avec moins de voitures, quelle pollution en moins… C’est aussi à cela que l’étude doit répondre. »

« 1000€ par an pour une famille modeste »

Les dirigeants strasbourgeois répondent qu’ils ont instauré une tarification sociale, avec 4 gamme de prix, l’abonnement le plus bas étant à 3,40€ pour les moins de 25 ans et les plus de 65 ans. Pour la première fois depuis leur instauration en 2009, ces barèmes basés sur la quotient familial ont été revalorisés de 1,8%. Cela rattrape un an d’inflation et non les 9 années passées. À l’avenir ces barèmes doivent être ajustés tous les deux ans.

Mais là aussi, le barème n’est pas suffisant pour les familles modestes selon le collectif :

« Pour une famille un peu au-dessus du SMIC avec deux parents et deux enfants, les abonnements représentent 1000 euros par an. Presque un treizième mois. »

Antoine Splet

Le collectif a été rejoint par celui des « Parents des enfants de Strasbourg » (initialement fondés pour la semaine de 4 jours, mais qui milite aussi pour plus d’Atsem par classe). Sa réflexion : l’abonnement des jeunes est lié au fait d’aller à l’école, au collège ou au lycée en transports ou non. Pour ceux qui y vont à pied ou autrement, ne pas avoir d’abonnement est au contraire une limitation de leur autonomie de déplacements.

Pour Sophie Djokaj, parent d’élève, le système de facturation pénalise les familles les plus pauvres et leurs enfants scolarisés :

« On a des parents qui nous ont dit ne pas envoyer leurs enfants à l’école en début de mois. Pourquoi ? Car la CTS prélève le 5 mais les prestations sociales sont parfois versées le 6 ou le 7, quand il y a un délai avec la banque. Donc ces personnes n’optent pas pour le prélèvement automatique, car elles seraient refusées et cela entraîne d’autres frais par la suite. Ces famillent doivent donc acheter des billets le 1er. Donc ils essayent de payer l’un ou l’autre ticket à l’unité, parfois avec la solidarité des proches, mais pas tous. La seule réponse de la CTS à cette situation c’est « gérez votre budget ».

Avancer par étape

Le collectif conçoit que sa demande implique un grand changement et qu’il faut procéder par étapes. Ainsi la gratuité les week-ends ou pour les plus jeunes, comme à Paris où elle sera effective pour les moins de 11 ans dès la rentrée 2019, est d’abord proposée.

Dans le cadre du groupe de travail, l’association des usagers l’Astus, plutôt opposée à la gratuité généralisée, a aussi formulé des propositions d’expérimentation comme la gratuité le dimanche ou pour les enfants. Mais pour les puristes, la gratuité prend tout son sens que si elle est totale : elle permet la suppression de frais d’administration, d’émissions de billets, de machines, de redéployer les contrôleurs à d’autres tâches, etc.

Et sur Rue89 Strasbourg

Au printemps, Rue89 Strasbourg a entamé un cycle de rencontres avec son audience autour de la gratuité des transports, dans la cadre de sa démarche des « Apéros des possibles » avec le collectif Crew 2038 : des rencontres avec les lecteurs qui visent à inspirer la réflexion d’articles… qui inspirent la réflexion des citoyens. Le nouveau cycle débuté en juin s’intéresse à la résistance d’une ville au changement climatique.

Au-delà de la question de la gratuité, le débat a aussi porté sur la qualité de l’offre, les transports alternatifs à la voiture et leur limite, comment certains abandonnent la voiture, les complexes systèmes de billets pour les voyageurs occasionnels (dont moins d’un sur deux est rechargé au bout d’un an)

Le collectif propose une première réunion publique le mercredi 19 juin avec Xavier Dairaine, responsable du nouveau réseau de bus gratuit de l’agglomération de Dunkerque .

Y aller

Débat : « Les transports gratuits ? L’expérience de Dunkerque ! », mercredi 19 juin à 19h à la Maison des associations, 1a Place des Orphelins à Strasbourg-Krutenau

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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