Les cyclistes attendent toujours leur grand contournement du centre
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Les cyclistes attendent toujours leur grand contournement du centre

Traverser à vélo le centre-ville de la capitale du vélo est de plus en plus compliqué. Avant le débat de dimanche, on a testé le contournement du centre, une alternative risquée. Pouvoir circuler facilement autour de l’ellipse était pourtant une promesse dès 2013, non-réitérée lors de ce mandat.

Inciter les cyclistes à contourner dans le cœur de Strasbourg. C’était l’un des axes majeur du mandat 2014-2020 vis-à-vis des déplacements à vélo. À l’exception de quelques mètres de « vélorue » sur la rue de la Division-Leclerc, les cyclistes doivent au mieux rouler au pas sur tous les grands axes et sur les grandes places du centre-ville. Une solution peu encourageante à l’heure où la municipalité veut inciter à abandonner la voiture individuelle pour les petits déplacements. Avec la piétonnisation progressive des rues du centre, la place autrefois occupée par les voitures est prise par les terrasses (sur les côtés) et les piétons (au centre). Des activités peu compatibles avec le fait d’avancer efficacement à bicyclette.

Le retrait des arceaux à vélos de la place Kléber vise aussi à éloigner les cyclistes du cœur de la ville. En substitution, des range-vélos ont été installés aux abords, place Gutenberg ou rue du 22-Novembre. Ils permettent d’attacher plus de vélos sur un même espace. Ne plus cadenasser quand on est place Kléber ou devant chaque boutique pourquoi pas, mais comment fait-on quand on ne fait que traverser sans s’arrêter ? Il faut pouvoir le contourner efficacement. On a essayé dans le sens des aiguilles d’une montre, puis dans l’autre. Test, décevant, en selle.

Un souci dès le début du test

Notre balade commence au rond-point de la place de la République. Départ dans le sens des aiguilles d’une montre en suivant le code de la route et les espaces prévus pour les vélos. Direction donc le pont Gallia.

Début du test par un lieu bien connu. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dès les premiers mètres, une difficulté se présente. Les cyclistes se retrouvent sur le quai de l’arrêt de tram République, avec à leur gauche la station et sur leur droite les grilles du musée Tomi Ungerer. Croisée avec des piétons qui sortent des trams C ou E garantie.

Place de la République un goulot d’étranglement amène les cyclistes dans les pattes des piétons.

Les débuts en vidéo

Il faut ensuite passer sous un petit portail, sans aucune visibilité sur les piétons venant de droite. Après une première traversée de rue, le cycliste se retrouve avenue de la Marseillaise. Il bénéficie cette fois d’un espace dédié. Mais la piste est enserrée entre les terrasses à droite et le tramway de l’autre, sans protection.

Terrasses et passants distraits peuvent facilement déporter sur les rails de trams, très proches de la piste cyclable. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Arrivée Pont Gallia, après avoir traversé un passage piéton, l’itinéraire dessiné au sol fait « monter » sur le trottoir où déboulent les clients du magasin Carrefour. Un espace particulièrement fréquenté à midi ou lors des sorties du lycée des Pontonniers ou du tramway. L’espace piéton et cycliste sont côte à côte sur le même revêtement grisâtre. Le flâneur ne voit pas la différence.

Le marquage incite à rouler sur un trottoir trop étroit.

Piétonnisés ou automobiles, les quais ne sont jamais adaptés

Direction les quais. La première partie, quai des Pêcheurs, reste ouverte à la circulation des voitures, sans aucune bande cyclable. Au moins, la route est assez large.

Les quais des pêcheurs ne sont pas piétons ni cyclistes, mais la voie à sens unique large permet de circuler normalement.

Arrivé au quai des Bateliers, refait et piétionnisé récemment, le cycliste ne peut pas circuler avec fluidité. Il faut slalomer entre les arbres et autres bancs disposés sans cohérence géographique.

« C’est dommage qu’il n’y ait même pas un trait vert peint au sol comme cela a été fait dans le centre pour contourner la Grand’Rue et un minimum délimiter l’espace », déplore Benoît Écosse du collectif Vélorution. Paul, un cycliste de 28 ans remarque :

« Comme les voitures, j’utilise parfois le détour rue de Zurich et des Orphelins quand je vois que les quais sont bondés. Finalement on se retrouve à avoir les mêmes réflexions à vélo qu’en voiture : quel itinéraire circule le mieux, où se garer facilement… »

Arrivée à la fin des quais piétonnisés, pont du Corbeau.

Fin du quais des Bateliers, au feu tricolore pont du Corbeau. Avec un trafic automobile désormais plus faible, piétons et cyclistes ne respectent plus le feu de signalisation et traversent en permanence en direction du centre ou place d’Austerlitz. Même avec le feu vert pour continuer le long du quai, le cycliste a du mal à passer.

Suite du parcours sur les quais non-piétons. Il n’y a plus d’espace délimité pour les cyclistes. La chaussée est large et donc peu dangereuse. En revanche, elle est en mauvais état sur le bas-côté. Un nid-de-poule peut obliger à se recentrer et à prendre un risque vis-à-vis des voitures.

Sur le quai Saint Nicolas, l’état des bas côtés de la route, où doivent se serrer les vélos, laisse à désirer.

À la Petite-France, trois chemins tous dégradés

Place Henri Dunant, trois options s’offrent au pédaleur, mais aucune n’est complètement satisfaisante.

La place Henri Dunnant, à l’entrée de la Petite-France et de l’Hôtel du département, où la municipalité essaye de faire interdire la dépose de cars de tourisme. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La solution la plus courte oriente vers les anciens ponts couverts avec une incursion dans la Petite-France. Les gros pavés au centre du pont rendent difficile et désagréable toute progression. Les parties plus « roulantes » sont sur les côtés sur 1 mètre de large, mais ce dallage est aussi plébiscité… par les piétons. On les comprend, c’est moins désagréable pour les pieds.

Les pavés sont désagréables pour les vélos, mais aussi pour les piétons, qui préfèrent les côtés, plus roulants. Conflit inévitable.

L’arrivée se fait sur un petit parking, avant de retrouver les quais du côté de l’Abattoir (on y reviendra).

Une alternative plus tranquille consiste à passer à travers le barrage Vauban. Il faut descendre du vélo et avancer à pied dans l’étroit passage couvert. Un agent de la Ville surveille.

Autre possibilité pour franchir l’Ill, passer à pied sous le barrage Vauban

Troisième solution, un plus grand détour par l’Hôtel du département, la rue des Frères-Mathis et le pont. Sans piste cyclable et avec deux voies ainsi qu’une importante montée, cet itinéraire n’a rien d’idéal.

Difficile de comprendre que le pont aille si haut, si ce n’est pour enjamber d’autres voies de circulation. Les bateaux qui voudraient passer en dessous sont bloqués quelques mètres plus loin au barrage Vauban.

Sur le pont Henri Mathis, la pente est raide mais la route est droite. Mais pas protégée.
Depuis le haut du pont

Des vélos dessinés mais un espace trop étroit

Arrivée en bas du pont, toujours pas de piste cyclable. Virage à droite vers le musée d’art moderne où des vélos et des chevrons ont récemment été peints au sol sur le côté, comme pour ne pas perdre le cycliste.

Mais ils ne délimitent en rien en espace pour vélo, il est impossible de doubler en voiture sur cette rue étroite. Sur sa petite reine, impossible aussi de se décaler par rapport aux pots d’échappement.

Des chevrons au sol indiquent la voie à suivre…
… mais ils ne permettent ni d’être doublé en toute sécurité, ni d’échapper aux gaz des pots d’échappement.

Du mieux sur les quais nord

Arrivée le long des quais nord, vers l’ENA. Ici, l’espace est bien délimité sur le trottoir et sans contact avec les piétons ou la route. Remontée sans trop d’encombre jusqu’à la rue du Faubourg-de-Saverne.

Sur les quais nord, peut-être le passage le plus adapté, sécurisé et fluide.
Croisement avant les Halles au faubourg de Saverne. Seul chemin… en face !

Le casse-tête des Halles

À ce carrefour avant les Halles, les panneaux verts pour cyclistes indiquent d’aller tout droit. Ce passage est répertorié comme une piste cyclable selon la carte « Strasmap ». Ce test, fait apparaître un grand défaut de cette carte, le sens de circulation des pistes cyclables n’est pas indiqué.

En vidéo, ça donne ça

Les itinéraires cyclables à Strasbourg. Le parvis des Halles en fait partie. La cart est

C’est clairement la zone la plus encombrée de ce grand contournement. Un espace étroit, uniforme, partagé par les piétons et les cyclistes, avec des arbres au milieu, une rambarde à droite et une autre à gauche.

Piétons et vélos sont départagés par… des arbres

Personne ne sait où aller. Le long de l’arrêt de tram est d’autant plus compliqué que les personnes arrivent et sortent vers un pont piétons, situé à droite.

Une « piste cyclable » sur un arrêt de tram. Inadapté à une forte fréquentation de piétons, comme de cyclistes.

La petite descente est aussi trompeuse. L’espace est encore plus petit et un panneau dit aux vélos de ne pas aller à gauche le long du tram. Un vélo est dessiné au sol côté droit. Un espace prisé par les piétons pour ne pas être frôlé par le tramway.

Poussette à gauche, vélo interdits à gauche, arbres au milieu, poussette à droite… Où passer ? Le panneau est un peu trompeur.
On est là et un peu bloqués. (capture d’écran Strasmap)

Puis les rails tournent et coupent la route. Que doit faire le cycliste consciencieux ? Aller tout droit et traverser les rails ? Rentrer dans l’ellipse ? Traverser à gauche ? En théorie, la carte Strasmap propose de rentrer quai Kellermann. Un itinéraire d’autant plus déconseillé si l’on veut être efficace lors des checkpoints pour le Marché de Noël un mois par an. Ce site de la Ville oublie qu’une piste cyclable à sens unique permet d’aller tout droit.

Fin de parcours plus zen

Une fois ce sac de nœuds démêlé, la fin de parcours se passe sans anicroche majeure. Comme sur le début des quais nord, on y retrouve une piste cyclable sur un large trottoir jusqu’à la place de la République.

Seul passage un peu délicat, un croisement piéton et cyclistes sur le trottoir.

Avec le temps, les racines des arbres ont cependant gondolé le bitume à certains endroits. Il s’agit d’un espace moins fréquenté que le reste du tracé. Il est néanmoins frappant de croiser nombre de cyclistes à contresens. Une situation que l’on comprendra mieux en faisant le tour en sens inverse. (à lire d’ici demain)

En théorie les cyclistes doivent passer tout droit…

Verdict : Si certains espaces sont bien aménagés, à la fois sûrs et fluides, plus de la moitié du contournement est insatisfaisant : la quasi-totalité des quais sud, la Petite-France et le gros point noir des Halles, ou à degré moindre vers Gallia. Soit l’itinéraire est dangereux, soit il y a conflit avec les piétons. Même les quais nord, mieux délimités, mériteraient d’être rajeunis. La capitale du vélo a encore des progrès à faire à l’heure où la traversée du centre n’est plus la voie privilégiée. Le tour peut se faire en une bonne vingtaine de minutes, en roulant prudemment.

Début 2013, un itinéraire sécurisé promis pour 2020

Lors du mandat précédent, une premier projet de « Réseau vélo express » (le REVE) présenté début 2013 promettait de pouvoir boucler tout le centre-ville en toute sécurité en 2020 (ligne A, Ellipse). Ce test montre que ce dessein, à l’image de l’ensemble du réseau, est passé à la trappe avec le mandat 2014-2020.

Le réseau express vélo maillera le territoire de la CUS d’ici 2020 (Document remis)

Plus de contournement dans le nouveau Velostras (ancien REVE)

Présenté fin 2018, le réseau « Vélostras » revisité, désormais promis pour… 2030, ne prévoit plus de contournement au plus près du centre-ville. La piste la plus centrale, la numéro 1 ne prévoit plus qu’un TRÈS grand contournement du centre, derrière la Gare, par la place de Haguenau, le Parlement européen, l’Orangerie, le parc de la Citadelle, les quais le long du nouvel hôpital civil ou encore le pont Pasteur.

Des pistes cyclables pour la plupart déjà réalisées et bien éloignées du centre-ville ou ses abords. Cet itinéraire, achevé en grande partie en 2013, était présenté à l’époque comme la deuxième rocade ou « ceinture des quais », de 12,5 kilomètres. Autre configuration politique oblige (une alliance avec les maires, souvent du centre, non-encarté ou de droite), l’accent a été mis sur l’accessibilité depuis les communes via 10 lignes pour cyclistes (de A à J). Le financement de 2 millions d’euros par an ne correspond qu’à 1% du budget d’investissement annuel de l’Eurométropole. À moins qu’une nouvelle coalition élue en mars 2020 en décide autrement…

La carte de Vélostras, telle qu'elle est imaginée par les élus... en 2030. (doc remis)
La carte de Vélostras, telle qu’elle est imaginée par les élus… en 2030. (doc remis)

Adjoint en charge du vélo, Jean-Baptise Gernet (La Coopérative) passe en revue les différents point de critiques :

Il n’a pas été question d’interdire les vélos du centre, mais d’éviter le cabotage. Lors du Marché de Noël, nous mettons des panneaux le long du contournement pour montrer que des itinéraires plus longs sont parfois tout aussi rapides. Aux Halles, c’est une raison technique qui bloque, c’est un endroit où passent les bus à l’intérieur de l’ellipse et il n’est pas possible d’avoir un contresens cycliste pour l’instant. Lors du mandat, nous avons travaillé plus d’un an sur un plan global de révision des itinéraires autour du centre, avec des aménagements légers, des marquages au sol et de la signalisation. Mais il fallait l’accord de tous les adjoints de quartier et cela a bloqué pour des raisons politiques avec Robert Herrmann pour le centre-nord. Mais il est prêt.

Petite-France, aucun des trois chemin n’est optimal, il y a des contraintes de classement Unesco pour les pavés. Une étude pour un aménagement sur le pont Henri Mathis a été demandée. Quais des Bateliers, il y a en effet eu un arbitrage, leur rénovation est un projet de ville qui va au-delà de juste de la mobilité. Les conflits ne sont pas si lourds et la fréquentation augmente, ainsi que par le détour rue des Orphelins. Maintenant avec un retour sur l’usage, il faudrait voir si un marquage un peu artistique peut suggérer des trajectoires. Il est vrai qu’il y a encore des endroits étroits où les piétons croisent des cyclistes. Comme on ne va pas faire reculer des façades, il faut des aménagements type « Velorue » pour que les vélos puissent réinvestir les espaces de la voiture. Cela se prêterait bien avenue de la Marseillaise.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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