Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au nord, Strasbourg espère gommer l’hideuse zone commerciale

Au nord, Strasbourg espère gommer l’hideuse zone commerciale

L’aménageur Frey a promis à l’Eurométropole de Strasbourg qu’il allait rendre agréable la zone commerciale de Vendenheim, au nord de l’agglomération. Du coup, 50 hectares leur ont été concédés, qui seront utilisés pour construire en 2018 de nouvelles surfaces commerciales, un parc et de nouvelles voies d’accès.

Est-il possible d’estomper les hideuses zones commerciales qui bordent les entrées de toutes les villes françaises ? Au nord de Strasbourg, la zone d’aménagement concertée (ZAC) de Vendenheim, ou ZAC Nord, ne fait pas exception. Sur 100 hectares, avec ses 135 commerces sur 150 000 m² de surface de vente, elle est un « carnage architectural, avec des océans de parkings, inaccessible aux transports en commun comme aux mobilités douces et souffre par conséquent de voies d’accès saturées. »

Ce diagnostic peu flatteur est porté par Antoine Frey, qui est… un aménageur, autrement dit, le genre de personne à qui les communes demandent justement de concevoir ces zones. Pour Antoine Frey, dont les bureaux sont à Reims, ces zones se résument ainsi :

« Les zones commerciales en France, ce sont de grands hangars métalliques mis côte à côte avec d’immenses parkings. Mais l’humain là dedans a été complètement oublié. Il n’y a pas de points de centralité, pas d’espaces agréables pour se promener, on propose juste aux gens de venir poser leur voiture et d’acheter. Ces zones sont des échecs urbains mais elles se sont multipliées parce que ce sont des succès économiques, notamment en terme de recettes fiscales pour les collectivités locales. L’irruption du commerce en ligne les force à se réinventer, c’est pourquoi on peut réaménager ces zones en évitant de reproduire les mêmes erreurs. »

Un tour de passe-passe institutionnel

Le modèle économique de Frey (doc remis)
Le modèle économique de Frey (doc remis)

Fin décembre 2013, la concession d’aménagement de la zone commerciale de Vendenheim est attribuée au groupe Frey. En septembre 2016, elle a été approuvée par le conseil de l’Eurométropole, qui a validé la transformation de 50 hectares de terres agricoles au sud de la ZAC en terrains constructibles. Frey achète ces terrains aux propriétaires actuels, au tarif des Domaines, sachant qu’il est le seul acheteur possible. Frey possède déjà les trois-quarts des terrains, via sa filiale ZCN Aménagement.

Le groupe prévoit d’investir 63 millions d’euros dans ces acquisitions. Ensuite, Frey change sa finalité, en transférant ces terrains à une filiale foncière qui construira à partir de 2018 les locaux qui seront loués aux commerçants.

Yves Bur, Robert Herrmann, Antoine Frey et Marc Lecocq (de Frey) devant la maquette de la zac nord réaménagée (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Yves Bur, Robert Herrmann, Antoine Frey et Marc Lecocq (de Frey) devant la maquette de la zac nord réaménagée. Au centre, l’agroparc. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Cette intégration verticale, d’aménageur à société foncière commerciale, peut générer beaucoup de questions, mais c’est précisément ce qui a séduit l’exécutif de l’Eurométropole, comme l’a expliqué vendredi matin le président (PS) de la collectivité, Robert Herrmann :

« Le projet du groupe Frey était le meilleur, par sa qualité et par ses ambitions architecturales. L’objectif avec cette extension n’est pas de siphonner les commerces du centre-ville, mais bien de proposer d’autres commerces tout en requalifiant cette porte d’entrée de l’agglomération, grâce à une entité unique responsable d’une large zone. L’Eurométropole participera à hauteur de 9,7 millions d’euros aux travaux de voierie, un investissement qui devrait être compensé par les recettes fiscales, estimées à 1,5 million d’euros par an. »

Au final, la ZAC passera donc de 100 à 150 hectares et les surfaces de vente de 150 000 m² à plus de 200 000. Les agriculteurs qui cultivaient les terres du sud de la ZAC se verront compensés par des terres rendues à l’agriculture, issues de la zone de l’ancienne raffinerie de Reichstett. Un maraîcher s’occupera lui de « l’agroparc », de 5 hectares, qui sera en plein milieu de la nouvelle zone et dont les produits seront disponibles avec ceux d’une dizaine d’autres agriculteurs locaux, dans un supermarché des circuits courts et un restaurant.

Le bâtiment de l'Agropark, sorte de supermarché en circuits courts (doc remis)
Le bâtiment de l’Agropark, sorte de supermarché en circuits courts (cabinet L35 / doc remis)

Le principal geste architectural de Frey consiste à créer une « shopping promenade » et un « boulevard des enseignes » au sud de la zone, tout autour du Cora (en marron sur le plan ci-dessous).

Antoine Frey promet que ces endroits seront agréables et conviviaux, avec des arbres, de l’eau, des pistes cyclables et même des jeux pour les enfants. Il sera bordé par l’autoroute au sud et par le canal de la Marne au Rhin à l’est. Une nouvelle voie d’accès sera aménagée à partir de l’échangeur pour diviser le trafic dans les rues de la zone et réduire le risque de bouchons. Au final, 6 kilomètres de voirie seront requalifiés et deux kilomètres nouveaux construits.

Phase 2 : aménagement du nord de la zone nord

Lorsque le sud de la zone sera aménagée, Leroy Merlin devrait déménager dans des nouveaux locaux et leur emplacement actuel accueillera lui aussi une « shopping promenade », avec de nouveaux bâtiments et un parking de 600 places en sous-sol. Des bureaux et d’autres bâtiments doivent compléter le réaménagement complet de cette zone, pour une facture de 144 millions d’euros.

Plan de la zac nord aménagée. En marron les futurs bâtiments construits et gérés par Frey. En rouge, de nouveaux logements à Vendenheim (doc remis)
Plan de la zac nord aménagée. En marron les futurs bâtiments construits et gérés par Frey. En rouge, de nouveaux logements à Vendenheim (doc remis)

Dans le plan local d’urbanisme intercommunautaire (PLUi), qui doit être approuvé fin 2016, l’augmentation des surfaces commerciales dans l’agglomération est plafonnée à 100 000 m². Les commerçants en souhaitaient le double. Les travaux de la ZAC Nord doivent débuter au quatrième trimestre 2017 pour des ouvertures des premières nouvelles enseignes en 2018-2019. La fin complète des travaux est prévue pour 2030.

Antoine Frey a félicité l’exécutif de l’Eurométropole pour leur choix vendredi, en indiquant tel Steve Jobs qu’il s’agissait là « d’une révolution » dans l’aménagement des zones commerciales. Pour l’instant, le concept de Frey est visible dans la banlieue de Troyes, à Saint-Parres-des-Tertres, dans une zone commerciale appelée « Be Green ».

Vue aérienne de BeGreen, à Saint-Parres-des-Tertres (photo Google Street View)
Vue aérienne de BeGreen, à Saint-Parres-des-Tertres (photo Google Street View)

Policiers : « on n’a plus aucune crédibilité dans les quartiers »

Policiers : « on n’a plus aucune crédibilité dans les quartiers »

Une centaine de policiers de Strasbourg se sont rassemblés place Kléber à Strasbourg vendredi 21 octobre entre 21h30 et 22h30 pour dire leur ras-le-bol après l’agression tragique de leurs collègues de Viry-Châtillon en région parisienne. Des pompiers étaient aussi venus les soutenir.

Les agents de police entendaient dénoncer les difficultés auxquelles ils sont confrontés sur le terrain, le manque de moyens humains et matériels qu’ils subissent et l’absence de soutien de leur hiérarchie et des responsables politiques.

Thierry (les prénoms des policiers ont été changés), en service à Strasbourg depuis 3 ans, en veut à sa hiérarchie :

« Nous ne sommes pas du tout soutenus par notre hiérarchie et nous servons de fusible quand une affaire devient trop médiatique. Nos chefs préfèrent acheter la paix sociale plutôt que d’avoir des émeutes dans les quartiers. Quand on voit les antécédents judiciaires des délinquants auxquels nous avons à faire, il y a un sentiment d’impunité totale pour ces récidivistes. On va nous demander de matraquer le Français lambda qui travaille, de faire des contrôles routiers et des verbalisations et après quand un délinquant circule sur une moto volée avec une bombonne d’héroïne au Neuhof, on nous demande de ne pas le prendre en chasse. Parce que s’il chute de sa moto pendant qu’on le poursuit et qu’il y a un drame, les jeunes vont faire des émeutes… »

Sa collègue Fanny poursuit :

« Il n’y a qu’à voir les consignes qu’on nous donne à chaque nouvel an. On nous dit : vous sortez des cités à minuit et vous y revenez à 1h30. Après on n’a plus qu’à compter les cadavres de voitures brûlées. On n’a plus aucune crédibilité dans les quartiers. »

(Photo : CG / Rue89 Strasbourg/ cc)
Plusieurs policiers en service sont venus au rassemblement. « Nous sommes là parce que nous n’avons pas de mission à cette heure. On n’a pas le droit de faire grève, alors on fait comme on peut. » (Photo CG / Rue89 Strasbourg/ cc)

L’expérience de la violence anti-flics

La violence des délinquants envers les flics, Fanny en a l’expérience :

« J’ai 12% d’invalidité à l’épaule après trois mois d’arrêt de travail. On s’est retrouvés à 5 mecs contre deux flics. Ils sont toujours dans la nature. Ils n’ont même pas fait de garde à vue. Un mec qui met des lardons devant une mosquée, c’est un criminel, et celui qui caillasse un flic c’est un sauvageon. Faut arrêter. »

Damien renvoie les politiques dos à dos :

« Cette situation, ça fait 15 ans que ça dure, que les gouvernements soient de droite ou de gauche. »

(Photo : CG/Rue89 Strasbourg/cc)
Pas de banderoles, mais parmi les manifestants silencieux, nombreux sont les policiers qui arboraient un brassard officiel malgré l’interdiction : « On veut montrer qu’on n’est pas une foule ordinaire. On est une foule de policiers en colère. »(Photo CG/Rue89 Strasbourg / cc)

Le Neuhof, la Meinau, Hautepierre, la cité de l’Ill et de plus en plus l’Elsau… pour les policiers dans les cités de Strasbourg, une minorité de délinquants fait aujourd’hui la loi :

« On parle vraiment de minorités au sein des quartiers, d’une cinquantaine de mecs avec des antécédents judiciaires impressionnants et qui ne vont pas en prison. »

Insultes quotidiennes

Damien raconte que les insultes et les menaces sont quotidiennes dans son travail :

« On se fait insulter tous les jours. Avant-hier, en intervention à la cité de l’Ill un jeune m’a dit : “casse toi, t’as rien à faire ici. On va te cramer.” On ne peut pas lancer des procédures à chaque fois qu’on se fait insulter ou menacer. En moyenne on n’en fait remonter qu’une sur dix. Les procédures prennent trop de temps et mobilisent trop de moyens pour des sanctions pénales dérisoires derrière. Et d’ailleurs si on en fait trop, notre hiérarchie nous rappelle à l’ordre. »

Mais aujourd’hui, la défiance ne concerne plus que les délinquants regrette Fanny :

« Même si on observe un léger mieux depuis les attentats, on se fait régulièrement insulter par n’importe qui sur de simples contrôles routiers, par des médecins, des infirmières… »

Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Cyril Grandpre, responsable du syndicat autonome du SDIS 67 (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Pompiers solidaires

Une quinzaine de pompiers sont venus manifester leur solidarité avec les policiers. Cyril Grandpre, responsable du syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des agents administratifs et techniques du SDIS 67, explique :

« En tant que pompiers, nous subissons les mêmes choses lors de nos interventions en zones urbaines sensibles. Tous ceux qui portent un uniforme sont assimilés au gouvernement et on s’en prend à nous. Ce sont des insultes, des caillassages, des crachats… Et le problème se déplace : nous subissons désormais des agressions dans les villages en périphéries de Strasbourg aussi. On n’arrive plus à faire face parce qu’on est en sous-effectifs. »

Pour le pompier, le manque de reconnaissance des pouvoirs publics est alarmant :

« Nous n’avons plus la reconnaissance du gouvernement, ni même des élus locaux. Il ne nous reste que la reconnaissance à titre posthume et celle-là on n’en veut pas et nos familles non plus. »

(Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)
(Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Vers 22 heures, plusieurs camions de pompiers ont remonté la ligne de tram devant la place Kléber en klaxonnant en signe de soutien à la manifestation. Celle-ci s’est déroulée dans le calme et s’est terminée avec le chant d’une Marseillaise.

Comment la Région Grand Est prévoit de dépenser 2,8 milliards d’euros

Comment la Région Grand Est prévoit de dépenser 2,8 milliards d’euros

Philippe Richert a présenté les orientations pour le premier budget de la Région Grand Est, 2,8 milliards d’euros. Son objectif est de réduire le déficit, tout en préservant une large part à l’investissement et en développant les transports ferroviaires.

Officiellement, le tout premier budget de la Région Grand Est, née en janvier de la fusion de l’Alsace, de la Lorraine et de Champagne-Ardenne, doit prioriser quatre axes : « l’emploi, la jeunesse, l’attractivité et l’action en faveur des territoires. » C’est finalement tout ce qu’on attend d’une région, sorte de super collectivité qui va désormais de Givet à Saint-Louis et qui sert de tampon entre l’État, les entreprises, les collectivités locales et les Français.

Mis bout à bout, les budgets des trois anciennes régions culminent à 2,8 milliards d’euros, un chiffre impressionnant mais pas suffisant pour mener à bien toutes les missions confiées aux nouvelles région, selon le président du Grand Est, Philippe Richert (Les Républicains) qui a présenté jeudi ses orientations pour 2017.

 

Ainsi la Région prévoit d’injecter 965 millions d’euros dans les « territoires », c’est à dire les transports (trains et bus) ainsi qu’un vaste plan de développement des réseaux numériques devant déboucher sur la création de 900 000 prises en Lorraine et Champagne-Ardenne. La formation, le soutien aux entreprises et à l’agriculture dépensera 461 millions d’euros tandis que les lycées et l’apprentissage recevront 512 millions d’euros.

Chaque année, l’endettement des anciennes collectivités a progressé. Au 1er janvier 2016, la dette totale de la Région Grand Est était de 2,3 milliards d’euros. Et elle devrait augmenter d’au moins 50 millions d’euros en 2017.

 

Philippe Richert veut plus de sous !

Philippe Richert précise ses ambitions :

« Nous voulons garder un fort niveau d’investissement, à hauteur de 800 millions d’euros. Pour ça, nous devons bien entendu maîtriser nos dépenses de fonctionnement. Mais l’État nous a retiré chaque année 40 millions d’euros de notre dotation de fonctionnement, tout en nous transférant de nouvelles compétences. Tout l’enjeu de notre négociation avec le gouvernement a été de leur faire admettre qu’ils nous devaient de l’argent. Maintenant qu’on en est là, on espère que le gouvernement autorisera le transfert d’une partie de la TVA, dès 2017, vers les régions. »

Également président de l’Association des régions de France, Philippe Richert n’a pas lâché le gouvernement pour qu’il octroie aux nouvelles grandes régions des recettes supplémentaires de fonctionnement. Après l’idée d’une nouvelle taxe sur les entreprises, qui a failli prendre le nom de taxe Richert ce qui l’aurait assurément comblé de bonheur, le gouvernement a finalement opté pour une fraction de TVA, directement transférées aux régions.

Les ascenseurs du conseil régional (Photo JPDelPhoto / FlickR / cc)
Les ascenseurs du conseil régional (Photo JPDelPhoto / FlickR / cc)

Dans l’idée du gouvernement, allouer des recettes dynamiques aux régions, en hausse, à la place d’une dotation de fonctionnement, en baisse, les affranchira de la tutelle de l’État. Philippe Richert y est favorable mais il aimerait que le gouvernement organise ce transfert dès 2017, en non pas pour 2018 comme il l’envisage aujourd’hui. « Ce gouvernement n’est pas certain d’être reconduit », indique pudiquement Philippe Richert.

Au final, Philippe Richert espère recevoir de l’État environ 600 millions de recettes, contre 402 actuellement. Les autres ressources de la région proviennent d’une part de la cotisation sur les valeurs ajoutées des entreprises (CVAE), qui devrait passer de 25 à 50%, de la taxe sur les immatriculations (dont la Région espère 165 M€ et qui sera harmonisée à 42€ par cheval vapeur en 2019, là où elle était de 35€ / ch en Alsace), et la taxe intérieure sur les produits énergétiques (TICPE).

Rudes négos avec la SNCF et l’État

La principale dépense de la Région sera la contribution versée à la SNCF pour les trains express régionaux (TER). Elle a été stabilisée à 431 millions d’euros pour 2017 mais, claironne Philippe Richert, pour la circulation de 1 700 trains contre 1 500 l’an dernier. Les négociations avec la SNCF se sont tendues récemment, Philippe Richert goûtant peu les suppressions de trains décidées par l’opérateur face aux pénuries de conducteurs.

La part d’autofinancement des TER est de 33% en Alsace contre 25% en Lorraine et en Champagne-Ardenne. L’objectif de Philippe Richert est de parvenir à ce que tous les TER du Grand Est s’autofinancent au même niveaux que les trains alsaciens.

Le budget transports devrait progresser en 2017 puisque Philippe Richert a demandé à l’État de transférer à la Région quatre lignes Intercités : Reims – Dijon, Hirson – Metz, Bâle – Luxembourg et Paris – Troyes – Mulhouse. Ces lignes perdent 45 M€ par an mais Philippe Richert pense qu’il fera mieux, grâce à une aide de l’État d’une part, 13 M€ par an, à de nouvelles motrices, 19 Régiolis de dernière génération, également payées par l’État et à l’intégration de ces lignes dans le réseau régional. Ce transfert devrait être acté dans les prochaines semaines, Philippe Richert vise l’équilibre de ces lignes en trois ans.

Le vaste chantier de la convergence

Réunir les trois anciennes collectivités, aux pratiques et aux traditions différentes, en une seule n’a pas été aisé, confesse Philippe Richert. Les fonctionnaires de la Région ont dû s’habituer aux réunions par visio-conférences, aux conversations téléphoniques à plusieurs, il y a même un service d’auto-partage interne, qui a encore besoin d’être développé. Mais, assure le président du Grand Est, « on en voit la fin ».

L’opposition socialiste accuse Philippe Richert de centralisme et d’autoritarisme, les syndicats font remonter des critiques similaires. Mais pour le président, pas question de changer ses méthodes appliquées alors qu’il était aux commandes de la Région Alsace :

« C’est vrai, je relis et je signe personnellement tous les courriers qui partent à mon nom, quand je connais le destinataire, je rajoute un petit mot. Je relis et paraphe tous les rapports. Et je me déplace beaucoup aussi parce que je pense qu’il est nécessaire d’incarner la grande région, qu’on accuse d’être lointaine. »

Philippe Richert assure ne pas avoir trouvé de dossiers vérolés dans les placards de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne. Il a néanmoins revu le plan d’investissements prévu pour l’Université de Reims, dont la Région devait financer 60%. L’enveloppe globale a été réduite de 200 à 80 millions d’euros.

Strasbourg doit se bouger si elle veut l’agence européenne du médicament

Strasbourg doit se bouger si elle veut l’agence européenne du médicament

Conseiller municipal (LR) à Hoenheim, Stéphane Bourhis trouve trop timide la stratégie de lobbying de Strasbourg pour décrocher le siège de l’agence européenne de médicaments, qui pourrait quitter Londres à cause du Brexit. Il reçoit trop d’échos d’autres grandes villes européennes et prédit une compétition serrée.

Le 27 juin 2016, Éric Senet, élu de l’opposition à Strasbourg propose de profiter du fait que Strasbourg soit le siège de la Pharmacopée, (Direction Européenne de la Qualité du Médicament et soins de santé) pour que la capitale européenne et alsacienne accueille, dans la suite du Brexit, le siège de l’Agence européenne des médicaments.

Comme beaucoup d’élus des communes de l’Eurométropole et de nombreux chefs d’entreprises, je me suis réjouis de l’idée, d’un dossier renforcé naturellement par le label Medtech dont dispose l’Alsace, mais également par des initiatives comme Alsace BioValley, le Hacking Health Camp coorganisé par Alsace Digitale et par l’investissement novateur porté par le Pr Jacques Marescaux.

De l’eau a coulé sous les ponts tant du Rhin que de l’Ill et nous voilà en octobre.

Stéphane Bourhis est conseiller municipal LR à Hoenheim (doc remis)
Stéphane Bourhis est conseiller municipal LR à Hoenheim (doc remis)

Des candidatures françaises avancées…

Entre temps, j’ai été contacté sur différents réseaux sociaux pour soutenir des candidatures d’autres villes françaises, comme chaque personne active sur des réseaux sociaux, peut l’être…

Ainsi, j’ai appris que Lille faisait un intense lobbying. Martine Aubry, maire de Lille, Damien Castelain, président de la communauté urbaine et Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts de France ont écrit directement au chef de l’Etat afin qu’il soutienne la candidature de la ville, qui fut déjà candidate malheureuse face à Londres en 1993.

Toulouse voit un député PS, Gérard Bapt, relever le gant et proposer que la ville rose profite du Brexit pour candidater. Lyon est très active, la ville voit son maire Gérard Collomb et le président de la Région Auvergne Rhône Alpes Laurent Wauquiez se mobiliser ensemble, en appeler également à l’Etat. Une députée européenne lyonnaise a rejoint le mouvement. Ainsi on lit sur le site de la région Auvergne Rhône Alpes :

« Siège mondial du géant du médicament Sanofi, des laboratoires Bio-Mérieux, du bureau européen de l’OMS mais aussi centre mondial de la fabrication de l’aspirine par le chimiste Novacap , autre spécialité de la métropole lyonnaise, Lyon a des arguments solides pour défendre sa candidature. »

Autant de candidatures officialisées en France… La candidature de Strasbourg, est-elle, elle-même, officielle ? Je n’en sais rien, et ça m’inquiète.

Les bureaux tous "shiny" de l'EMA à Londres (doc Hilson Moran)
Les bureaux tous « shiny » de l’EMA à Londres (doc Hilson Moran)

Des candidatures européennes officielles

Européen, un minimum de veille informative me permet de comprendre aussi ce qui se passe ailleurs. En Allemagne, Berlin n’attend pas pour faire du lobbying en sa faveur. Ce siège, la CSU le promet à Munich, selon deux ministres du Land :

« Munich se distingue comme un lieu privilégiant une recherche soutenue tout comme des unités de productions reconnues dans le domaine de la biotechnologie, de la pharmacie et de la médecine. »

En Espagne, cela bouillonne également ! Barcelone, Alcalá de Henares, Alicante, Malaga, Grenade, Santa Cruz de Tenerife, Léon, Saragosse et la Galice font les yeux doux à l’EMA, ses 335 millions d’euros de budget, ses 900 fonctionnaires et son réseau de 4 000 experts. La Catalogne et son secteur pharmaceutique sont en pointe mais aucune des « Autonomias » n’est en reste… À Madrid, le PSOE en appelle même à une « diplomatie de conquête » pour que l’Espagne attire le siège de l’EMA.

En Italie, la ville de Milan, verrait bien l’agence du médicament pour reconvertir le site de l’Exposition Universelle de 2015. Son maire n’a pas hésité à faire le voyage à Londres. Le dossier milanais serait même prêt, pouvait-on lire récemment.

L’Europe du Nord n’est naturellement pas en reste, pas plus que l’Europe de l’Est qui rappelle que de trop nombreuses agences ont leur siège à l’Ouest et qu’une telle installation pourrait appeler certains pays à revoir leur hostilité à Bruxelles.

Quelle ambition pour Strasbourg ?

Nous revoilà à Strasbourg… Des « groupes de travail » discrets ont-ils su faire avancer ce dossier, sa faisabilité ? Si oui, il serait peut-être temps de les élargir au-delà des étiquettes partisanes et de mobiliser tous les réseaux ! Les collectivités sont-elles prêtes à unir leurs énergies pour défendre Strasbourg ? Je veux le croire, mais alors il faudrait le faire savoir !

Faute de quoi, Strasbourg n’a aucune chance d’accueillir le siège de l’Agence Européenne du Médicament.

Au final, Strasbourg ne restera pas capitale européenne si l’on ne revoit pas les modes de communication que sont le lobbying digital, l’engagement des élus et les stratégie d’influence adoptées aujourd’hui par les grandes villes d’Europe. Il est temps de se demander vraiment quelle est l’ambition que nous souhaitons partager pour Strasbourg. Car si elle existe, elle est inaudible et s’il n’y en a pas, Strasbourg finira par ne plus rayonner.

Et là, nous aurons tout perdu.

Stéphane Bourhis
Chef d’entreprise, conseiller municipal LR de Hoenheim

#Stéphane Bourhis

Les écoles d’Eckbolsheim confrontées à un afflux d’enfants de migrants

Les écoles d’Eckbolsheim confrontées à un afflux d’enfants de migrants

Depuis la rentrée, les écoles d’Eckbolsheim à l’ouest de Strasbourg accueillent une cinquantaine d’enfants de migrants, vingt de plus qu’en juin. La mairie demande de l’aide pour les scolariser convenablement.

Les écoles primaires et maternelles d’Eckbolsheim ont pris l’habitude d’accueillir des élèves de passage. L’aire d’accueil des gens du voyage situé sur cette commune à l’ouest de Strasbourg leur en envoie régulièrement depuis longtemps déjà. Et depuis quelques années, l’hôtel des Colonnes est utilisé pour loger des familles de migrants en demande d’asile. Leurs enfants sont aussi scolarisés à Eckbolsheim.

En juin, ils étaient une trentaine dans les écoles de la communes. Mais depuis la rentrée, ils sont une cinquantaine. Devant cette augmentation du nombre d’élèves dits « allophones », la mairie a décidé de tirer la sonnette d’alarme auprès de l’Etat pour que les moyens financiers suivent.

Des effectifs difficiles à anticiper

Le 21 septembre, le maire d’Eckbolsheim, André Lobstein (Les Républicains) a écrit au préfet pour lui demander des moyens pour accueillir les enfants correctement. Si de nouvelles inscriptions d’enfants allophones continuent de gonfler les effectifs cette année, la mairie craint de ne plus être en mesure de les accueillir. Les écoles tournent déjà avec une moyenne de 30 enfants par classe, en primaire comme en maternelle.

En cours d’année scolaire, elles prévoient déjà d’accueillir une douzaine de nouveaux élèves venus des nouveaux logements qui vont bientôt être habitables sur la commune. Faudra-t-il prévoir d’ouvrir de nouvelles classes à la rentrée 2018 ? Pas facile à anticiper : les enfants de familles de demandeurs d’asile, installées provisoirement à l’hôtel des Colonnes en attendant que leur situation évolue, peuvent rester quelques jours comme un an et demi.

Adaptation plus facile en maternelle

En pratique, les choses ne se passent pas si mal à l’heure actuelle, à en croire les directeurs d’établissements. À l’école maternelle du Bauernhof, une douzaine de petits accueillis est prise en charge sans moyen supplémentaire. À cet âge, l’apprentissage du français se fait vite et les enfants s’adaptent. Des tutorats entre enfants sont mis en place pour les accompagner dans les tâches quotidiennes. Les professeurs ont l’appui des formatrices et des ressources du Casnav, le centre académique pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés et des élèves issus de familles itinérantes et de voyageurs, pour développer des activités adaptées.

Les problèmes de langue se posent surtout avec les parents. Mais ils sont la plupart du temps accompagnés de traducteurs volontaires ou de famille pour les démarches administratives. Le Casnav fournit aux enseignants des documents bilingues pour leur expliquer le fonctionnement de l’école dans leurs langues. Pas toujours facile au début de confier son bambin de trois ans quand l’école n’est pas l’usage à cet âge dans le pays d’origine. Les déchirements affectifs sont plus courants pour ces parents que d’ordinaire, les enfants sont perdus les premiers jours. « Mais cela reste des difficultés que nous avons l’habitude d’accompagner en maternelle », relativise Marie-Isabelle Cachot, directrice de l’école maternelle du Bauernhof et adjointe en charge de la petite enfance à la mairie.

Deux heures d’accompagnement dédié par semaine en primaire

En primaire, les enjeux sont plus sensibles. L’objectif est que l’enfant qui arrive s’insère dans le système scolaire et soit capable de suivre le programme au bout d’un an. Pour l’heure, l’école élémentaire scolarise la trentaine d’élèves allophones arrivés en fin d’année dernière ou lors de cette rentrée avec le reste de leurs camarades. Depuis septembre, une enseignante dédiée les prend en trois groupes de niveau, deux heures chacun par semaine, pour leur apprendre le français. Le reste du temps, à eux et aux professeurs de se débrouiller grâce aux ressources du Casnav.

L’enseignante dédiée fait partie du dispositif UPE2A, unité pédagogique pour les élèves allophones arrivants. En septembre, le Rectorat a créé quatre nouveaux postes d’UPE2A dans des écoles élémentaires de l’agglomération de Strasbourg dont celui de l’enseignante d’Eckbolsheim. Elle est une enseignante itinérante, qui se partage entre Eckbolsheim et Lingolsheim. En tout, 18 enseignants UPE2A officient actuellement dans le Bas-Rhin, et en majorité dans l’agglomération de Strasbourg, pour suivre environ 380 enfants de primaire. En collèges et lycées, 17 autres s’occupent de près de 480 élèves.

L'école du Bauernhof à Eckbolsheim (Photo Google Street View)
L’école du Bauernhof à Eckbolsheim (Photo Google Street View)

Vers une classe spécifique ?

La plupart du temps les enseignants UPE2A ont des classes entières d’élèves allophones qu’ils envoient progressivement suivre des enseignement classiques. Mais Eckbolsheim n’en est pas encore là. Pour le moment, les enfants sont mélangés avec les élèves français et retirés quelques heures pour un suivi plus adapté. C’est déjà une victoire. L’an passé, l’école élémentaire d’Eckbolsheim n’avait à sa disposition qu’un enseignant remplaçant affecté à cet accompagnement une matinée par semaine.

Au printemps, le Rectorat va évaluer les besoins pour la rentrée prochaine, explique Thierry Dickelé, directeur académique adjoint et responsable du Casnav :

« Quand on va préparer la rentrée prochaine, on va évaluer s’il faudra de nouveaux dispositifs UPE2A. On peut alors faire évoluer des postes d’enseignant itinérant en classes fixes. Nous préférons toujours déplacer les enseignants plutôt que les élèves. »

En classes bilingues allemand… pour apprendre le français

En attendant, pour ne pas surcharger encore plus les classes, les écoles d’Eckbolsheim ont trouvé une variable d’ajustement. Une partie des enfants arrivés ont vécu auparavant en Allemagne et maîtrisent donc la langue. Ceux-là vont en classes bilingues français-allemand, tout simplement. Une solution un peu contradictoire, conviennent certains enseignants, puisque le but est qu’ils apprennent le plus vite possible le français.

Marie-Isabelle Cachot justifie ce choix pragmatique :

« Si on devait tous les mettre en classes monolingues, on aurait des classes monolingues de 40 élèves et des classes bilingues à 27. Ce serait déséquilibré. On les met avant tout là où il y a de la place. »

Inquiétude des parents d’élèves

L’augmentation du nombre de camarades allophones, qui ont besoin de plus d’attention des enseignants, inquiète certains parents d’élèves, reconnaît Christian Grandgirard, le directeur de l’école élémentaire :

« Certains craignent que cela ralentisse la progression de leurs enfants et qu’on ait du mal à gérer l’hétérogénéité de niveau entre les enfants. Mais je crois vraiment qu’en primaire l’enseignement est très cyclique, il se passe par la répétition tout au long du cycle. Donc chacun peut acquérir les choses à des rythmes différents. »

Ni cantine ni périscolaire pour ces enfants

Pour l’enseignant les rapports avec les parents migrants sont humainement très forts :

« On vit des rencontres très très fortes avec ces familles, qui sont dans un besoin de stabilité incroyable. L’inscription de leurs enfants à l’école est toujours une étape capitale pour elles. »

Au-delà de la scolarité, la mairie d’Eckbolsheim ne peut pas aujourd’hui répondre à toutes les demandes de ces familles. Il n’y a plus de place pour inscrire ces enfants en périscolaire par exemple, alors qu’il existe déjà une liste d’attente pour les habitants d’Eckbolsheim. Même difficulté pour la cantine, qui ne peut déjà pas satisfaire toutes les demandes. Un service qui soulagerait pourtant beaucoup ces enfants de migrants, souvent abonnés au pain fromage car leur parents ne peuvent pas cuisiner à l’hôtel.

Maladie de Lyme : 130 plaintes déposées contre deux laboratoires

Maladie de Lyme : 130 plaintes déposées contre deux laboratoires

Deux avocats vosgiens ont annoncé mardi qu’ils avaient collecté 130 dossiers de patients atteints de la maladie de Lyme, transmise par les tiques, voulant attaquer en justice deux laboratoires pour avoir commercialisé des tests de dépistage jugés inefficaces.

Ça ressemble à une « class action » à l’américaine… Plus de 130 personnes, atteints de la maladie de Lyme, une maladie virale transmise par les tiques, vont porter plainte contre les laboratoires BioMérieux et DiaSorin, devant les tribunaux de Paris et de Nanterre. Les plaintes sont collectées par deux avocats d’Épinal dans les Vosges, Me Catherine Faivre et Me Julien Fouray, qui ont annoncé mardi à Paris le début de leur « procédure regroupée », appelée « LymAction« .

Les plaintes visent le laboratoire français BioMérieux et la société de biotechnologies italienne DiaSorin, qui commercialisent les tests « Elisa ». Selon Me Faivre et Me Fouray, ces tests sont inefficaces pour diagnostiquer la maladie de Lyme, ce qui a eu comme résultats l’installation de la maladie, et donc des complications pour ces patients. Pour les deux avocats, l’objectif de ces assignations est de « procurer, à travers la mise en cause de ces laboratoires, un mode d’indemnisation de nos clients. »

Présence de Borrelia, antibiotiques, c'est automatique (Photo Lenny Flank / FlickR / cc)
Présence de Borrelia, antibiotiques, c’est automatique (Photo Lenny Flank / FlickR / cc)

L’efficacité des tests toujours en question

À Strasbourg, la pharmacienne Viviane Schaller trouvaient également ces tests inefficaces et les faisaient systématiquement doublés par un autre test, le Western Blot, pour détecter une maladie de Lyme. Ce détournement de la procédure a valu à Viviane Schaller une condamnation pour escroquerie au préjudice de l’assurance maladie. Centre national de référence sur la borréliose de Lyme, les spécialistes du centre hospitalier de Strasbourg considèrent en revanche qu’il n’y a pas de problème de fiabilité des tests Elisa.

Les deux avocats vosgiens prévoient également de déposer d’autres plaintes, cette fois devant le tribunal de Strasbourg et visant d’autres laboratoires. Ils n’excluent pas d’engager la responsabilité de l’État dans la prise en compte de cette maladie, qu’ils estiment épidémique.

Vers un arrêt complet de la centrale nucléaire de Fessenheim

Vers un arrêt complet de la centrale nucléaire de Fessenheim

Dans un communiqué, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) indique qu’elle va demander à EDF de procéder à des contrôles dans certains fonds de générateurs de vapeur équipant quatre centrales nucléaires, dont celle de Fessenheim dans le Haut-Rhin. Des concentrations excessives de carbone pourraient rendre l’acier plus fragile que prévu.

Ces contrôles doivent être réalisés sous trois mois afin de vérifier la résistance de cet équipement soumis à des températures élevées, et ce, sans attendre les arrêts programmés des réacteurs indique l’ASN. En conséquence, le réacteur n°1 de la centrale de Fessenheim va être stoppé pendant plusieurs semaines alors que son réacteur numéro deux est déjà à l’arrêt jusqu’au printemps 2017. Selon Le Monde, un tiers du parc nucléaire français est à l’arrêt pour des raisons diverses.

« Nous avons été bernés par Areva »

Sur France 3 Alsace, des militants anti-nucléaires considèrent ces nouveaux éléments sur la plus vieille centrale du parc français comme « très graves. » Selon eux, les constructions d’Areva n’étaient pas conformes dès le départ.

De son côté, EDF a réagi par un communiqué rassurant, en indiquant qu’un « dossier technique justifie le fonctionnement en toute sûreté » des 12 réacteurs visés par l’enquête de l’ASN.

La dynamique Macron tente de créer des bastions à Strasbourg

La dynamique Macron tente de créer des bastions à Strasbourg

Feu de paille ou nouveau courant politique en France ? Le mouvement « En Marche » autour de l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron commence à s’ancrer Strasbourg.

Les Strasbourgeois les plus connectés à la politique locale vont bientôt recevoir des invitations sur les réseaux sociaux pour participer aux premières réunions des groupes locaux d’En Marche, le mouvement politique de l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Une première réunion tenue chez le référent d’En Marche dans le Bas-Rhin, Bruno Studer, a réuni mercredi soir dernier une quinzaine de personnes prêtes à co-animer ces mini-structures locales.

Former les adhérents

Le but de cette entrevue ? Apprendre à gérer une réunion. Se présenter, discuter, décider quelque chose, remercier, etc. Chez En Marche, on parlera de « convergence » et pas de « consensus », le terme jugé trop mou et Emmanuel Macron n’aime pas quand c’est mou. « Dans les partis politiques traditionnels, on ne forme plus les gens. Les réunions ne servent qu’à discuter des investitures et soutiens », se décourageait jusque-là Bruno Studer, ancien adhérent de l’UDI.

Ce professeur d’histoire géographie avait rendu sa carte avant la création d’En Marche. Le mouvement d’Emmanuel Macron lui a donné envie de reprendre un engagement politique. Il estime que 20% des adhérents d’En Marche sont issus d’un parti politique, du Parti socialiste (PS), du centre et de « Les Républicains ». Pour les autres, c’est un premier engagement.

Créer des bastions

Le nombre de groupes est encore à déterminer comme l’expose Bruno Studer lors de la réunion :

« Je pense qu’il faut être présent sur au moins les trois codes postaux de Strasbourg : le 67000(le centre, le nord et l’est), 67100 (les quartiers sud) et 67200 (les quartiers ouest) et peut-être plus. C’est possible d’être plusieurs animateurs pour un groupe et de se regrouper ponctuellement. Ce n’est pas figé. »

D’autres bénévoles se sont proposés pour monter des antennes à Wissembourg, Saverne ou Colmar. À Strasbourg, on peut imaginer des sections à l’échelle de quartiers. L’objectif est de créer les futurs bastions d’électeurs et de militants. Pour le moment, le mouvement En Marche – qui revendique plus de 80 000 adhérents soit autant que le PS – est surtout concentré dans les villes. Dans les capitales étrangères (Berlin, Londres, New York), des groupes sont aussi mis en place. Et même si Emmanuel Macron devait se défiler, on parle deja de futures élections municipales de 2020 à la réunion bas-rhinoise.

A Strasbourg, Emmanuel Macron a passé beaucoup de temps avec les journalistes (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
A Strasbourg, Emmanuel Macron a passé beaucoup de temps avec les journalistes (photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc )

Un grand décalage

Rencontrer ces premiers militants révèle un grand décalage entre leurs aspirations et la perception médiatique du mouvement de l’ancien ministre. Pour l’un d’entre eux, En Marche n’est pas une histoire « de culte de la personnalité » :

« Je m’intéresse depuis toujours à la politique mais je ne voulais pas entrer dans un parti où les positions sont toutes décidées à l’avance. Je suis par exemple plutôt contre les 35 heures, mais je suis prêt à entendre les arguments en leur faveur. »

Des positions arrêtées peut-être pas, mais Emmanuel Macron a déjà tracé des lignes assez claires comme de transférer davantage d’activités de l’État à des associations et au secteur privé. Du moins, « c’est une idée, un axe de travail » a dit le potentiel candidat.

En attendant d’entrer dans un programme concret, bien qu’Emmanuel Macron ait dit qu’un président devrait se contenter « de dix à douze engagements », En Marche se revendique donc d’une série de valeurs : « on aime la liberté, on est européen, on est progressiste », explique Bruno Studer. Des valeurs présentes à gauche et à droite, mais pas partagées dans les mêmes largeurs par chaque parti.

L’attrait du renouvellement

Point plus consensuel, Emmanuel Macron incarne un renouvellement pour ses soutiens. Sa tirade la plus applaudie lors de son meeting à Strasbourg ? « Peut-on imaginer sérieusement commander aux destinées du pays ou simplement se présenter au suffrage des Français alors que sa probité personnelle a été mise en cause ? […] Peut-on imaginer sérieusement commander aux destinées du pays, se présenter au suffrage du pays, alors qu’on a délibérément dépassé le plafond des dépenses autorisées pour sa campagne ? » Deux torpilles à l’encontre d’Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

« Ceux qui échouent, partent, ça a été dit ici lors du porte à porte à Strasbourg et Macron l’a repris dans son diagnostic ! », s’enthousiasme Geoffrey qui a participé à « la Grande Marche » à Strasbourg au printemps et durant l’été. Certes, mais pour le moment « c’est un peu démagogique car il est difficile d’être contre ce qu’il dit », notait un participant du meeting du 4 octobre.

Contrairement à ce qui a pu être dit à la radio, Emmanuel Macron avait bien plusieurs prompteurs lors de son meeting (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Contrairement à ce qui a pu être dit à la radio, Emmanuel Macron avait bien plusieurs prompteurs lors de son meeting (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Au PS, on reste prudent

Côté PS, une certaine mesure est de mise tant l’avenir est incertain en raison des différentes échéances (voir encadré). À écouter les militants, le cas Macron n’est pas au cœur des interrogations et le clivage droite-gauche a encore du sens. Parmi les « grands élus » alsaciens, seule la sénatrice haut-rhinoise Patricia Schillinger affiche son soutien depuis le début :

« J’apprécie sa jeunesse, son ouverture et sa manière de faire. Au PS, tout le monde voulait qu’il parte du gouvernement et maintenant qu’il n’est plus là, on l’accuse de trahison. Dès les premiers jours, il y a eu 450 inscrits dans le Haut-Rhin. C’est bien plus qu’au PS (150 militants, ndlr), qui arrive surtout à réunir des fonctionnaires désormais. Il faut des militants pour mener une campagne. Au PS, les personnes modernes n’arrivent plus à se mettre d’accord comme avant autour de Dominique [Strauss-Kahn]. Manuel Valls et d’autres ne sont pas venus au sommet des réformistes organisé à Lyon par le maire Gérard Collomb, juste par ce qu’il y avait Macron. Le citoyen lambda ne veut plus de ces guerres. »

Drôle de balade dans Strasbourg

Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS), après avoir été aperçu au premier rang du premier meeting d’Emmanuel Macron en juillet, n’est pas venu à celui à de Strasbourg pour la première de ses trois étapes de « diagnostic’. « J’avais à accueillir mon ami Emmanuel Macron, Je ne veux pas préjuger de la suite et je veux rester membre du Parti socialiste », a-t-il justifié à une forêt de micros, lors d’une déambulation l’après-midi de la place de la Bourse au Shadok qui a tourné court. Entouré d’un cinquantaine de journalistes, l’ex-pensionnaire de Bercy s’arrêtait à chaque pas pour répondre aux questions, tandis que des passants étaient rabattus vers Emmanuel Macron par son équipe.

Arrivés sur la presqu’île Malraux, Roland Ries a passé le relais à son premier adjoint Alain Fontanel qui se présente alors « en simple adjoint à la Culture. » Il est ancien secrétaire national aux Fédérations et bien sûr potentiel candidat à la mairie en 2020. La rencontre n’a pas été partagé sur sa page Facebook, contrairement à beaucoup de ses actions de terrain.

Emmanuel Macron accueilli par Géraldine Farage la directric du Shadok .(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Emmanuel Macron accueilli par Géraldine Farage la directrice du Shadok. Le potentiel candidat est accompagné du premier adjoint au maire de Strasbourg, Alain Fontanel (photo JFG / Rue89 Strasbourg / Flickr cc)

Centristes et un adjoint PS au meeting

Néanmoins, une partie des membres du cabinet du maire étaient présents au meeting du 4 octobre ainsi qu’Olivier Bitz, adjoint à qui le maire confie de plus en plus de nouveaux dossiers chauds (bains municipaux, déradicalisation, rénovation des quais et depuis lundi 9 octobre le dialogue avec la CCI) en plus de ses attributions aux Finances, aux Cultes et du quartier Esplanade-Krutenau.

Olivier Bitz indique qu’il était là « à titre personnel et pour écouter » :

« La gauche à vocation à se rassembler au premier tour de l’élection présidentielle et pour cela il faut s’écouter. J’y suis allé comme je vais à d’autres réunions à gauche. Sa démarche sur le renouvellement m’intéresse comme celle sur la recomposition des clivages politiques. Rocard parlait bien d’un nécessaire « bing bang ». Les clivages actuels sont historiques, mais notamment sur l’Europe et les questions économiques il faut se poser des questions. Il faudrait être aveugle pour croire que les Français sont satisfaits de la manière dont le débat politique est organisé. Même si au niveau local on voit que cela peut être différent. Les écologistes sont par exemple alliés avec nous car il y a une démarche locale qui rassemble plus de sensibilités. »

La forme rappelle Ségolène Royal

Sur la forme, le meeting ressemblait à ceux de Ségolène Royal en 2007, avec des prises de parole d’inconnus et des  personnes assises en carré, et non autour de lui. Un ancien adhérent du PS élu à Vendenheim, et qui a rejoint En Marche, dit qu’il y a retrouvé des ségolénistes et que la démarche ressemble « en tous points » à celle de Désirs d’avenir, l’association hors du PS de soutien à Ségolène Royal. À l’époque, la campagne de Ségolène Royal présentait une certaine modernité, à défaut de l’avoir emporté.

Dans les rangs, beaucoup de centristes comme la conseillère départementale Pascale Jurdant-Pfeiffer ou Laurent Py, de nouveau investi candidat par l’UDI sur la première circonscription du Bas-Rhin pour les élections législatives de juin 2017. Officiellement, 600 élus UDI (dont Pascale Jurdant-Pfeiffer) ont néanmoins pris position pour Alain Juppé (LR) depuis.

Les parlementaires PS très critiques

Les trois parlementaires bas-rhinois du PS, Jacques Bigot, Philippe Bies et Éric Elkouby ont tous indiqué que même s’ils avaient été à Strasbourg le jour de son meeting (il s’agissait d’un mardi, un jour de travail au Sénat et à l’Assemblée), ils n’y seraient pas allés. Le plus offensif a été Philippe Bies, qui qualifie Emmanuel Macron de « produit marketing dont on ne connait pas le programme » :

« Revendiquer autant d’adhérents quand donner une adresse e-mail suffit pour adhérer n’est pas sérieux. Des gens ont déjà lâché prise (depuis le printemps, ndlr). On verra le jour où l’engagement militant sera financier et en temps. »

« Ce qui nous divise nous affaiblit », ajoute Éric Elkouby. Même écho pour Jacques Bigot pour qui le clivage droite et gauche a toujours du sens, même si des accords, comme à la tête de l’Eurométropole peuvent se justifier. Notons tout de même qu’aucun des élu PS bas-rhinois n’a voté contre les lois du même Emmanuel Macron, aujourd’hui houspillé.

Les premières réunions, premier thermomètre

Mais ces positionnements semblent peu affecter les néo-marcheurs strasbourgeois. « La force d’en Marche ce sont ses adhérents », tonne Bruno Studer. Certes, mais il faut aussi 500 parrainages d’élus pour se présenter à l’élection présidentielle et Emmanuel Macron n’a pas épargné la classe dirigeante lors de son meeting.

La fréquentation des premières réunions en octobre-novembre donneront donc un bon aperçu de la situation pour déterminer si « En Marche » est une course dynamique ou, comme sur les bords de la presqu’île Malraux, composée de petits pas.

Leonardo Tajabadi obtient le statut de réfugié politique

Leonardo Tajabadi obtient le statut de réfugié politique

France 3 Alsace indique que le chanteur lyrique iranien installé à Strasbourg Léonardo Tajabadi a obtenu le statut de réfugié politique. Il était menacé de mort par Téhéran, pour avoir chanté pour la paix avec une artiste israélienne notamment, Rue89 Strasbourg vous en parlait en juin.

Voir le reportage de France 3 Alsace

Si cette nouvelle améliore sa situation personnelle, Léonardo Tajabadi est encore très préoccupé par la situation en Iran, où les menaces risquent de se reporter sur sa famille.

 

Radicalisation : 80 dossiers « chauds » dans le Bas-Rhin

Radicalisation : 80 dossiers « chauds » dans le Bas-Rhin

Les services de l’État dans le Bas-Rhin ont empêché une quinzaine de départs vers les territoires occupés par l’État islamique depuis le printemps 2014. Ils traitent environ 300 signalements pour « radicalisation », dont environ 80 préoccupants. Une quinzaine de Bas-Rhinois sont portés disparus en Syrie.

Mardi matin, le préfet du Bas-Rhin Stéphane Fratacci a dressé un rapide état des lieux sur les actions des services de l’État face à la « radicalisation ». D’abord sur le terme, il s’agit de déterminer si un individu change ses habitudes, ses choix alimentaires, son discours et ses fréquentations… Cette phase de « détection » repose sur la corrélation d’un ensemble de « signaux faibles », via une mise en réseau de tout une série d’acteurs, d’institutions et d’associations de terrain.

Cette mission est assurée par une « cellule de détection », qui veille 7 jours sur 7 à la préfecture du Bas-Rhin. Depuis sa création au printemps 2014, cette cellule a enregistré 740 appels de signalement (au numéro 0 800 00 56 96 ou sur www.stop-djihadisme.gouv.fr) mais ces profils sont loin d’être tous des terroristes en puissance. Bien souvent, des proches comptent sur la police pour les débarrasser d’un conjoint en instance de divorce par exemple, ou pour faire avancer plus vite un dossier de garde d’enfant.

Une scène à Paris (Photo Sevan Pehlivanian / FlickR / cc)
Une scène à Paris (Photo Sevan Pehlivanian / FlickR / cc)

30% de signalements à mettre à la poubelle

Ces dossiers constituent quand même 30% des signalements effectués, qu’il faut pourtant vérifier. De cette masse, il reste environ 450 signalements pour radicalisation jugés réels par l’administration. Et parmi eux, les services de l’État dans le Bas-Rhin ont identifiés environ 80 dossiers « chauds », particulièrement suivis mais qui ne peuvent pas être transférés à la filière judiciaire pour l’instant, tout simplement parce que ces personnes n’ont rien fait de répréhensible.

Les services de l’État ont donc largement fait appel à la voie administrative pour traiter une partie de ces signalements : « 85 perquisitions depuis juillet 2016 dans l’Est de la France, dont 3 ou 4 dans le Bas-Rhin » et actuellement, six personnes du département sont assignées à résidence.

15 à 20 départs, une douzaine de morts

Depuis la mise en place de cette cellule, la préfecture estime que 15 et 20 Bas-Rhinois ont rejoint les territoires occupés par l’Etat islamique. Parmi ceux-ci, dix à douze sont portés disparus, ou annoncés comme ayant trouvé la mort en Syrie. Mais, indique le préfet, « il ne nous est pas possible de confirmer des décès intervenus dans les zones en guerre ».

Grâce aux détections, aux signalements et au réseau mis en place par l’État, la préfecture est parvenu à empêcher le départ d’une douzaine de personnes, la plupart mineurs, grâce à des mesures d’interdiction de sortie du territoire ou des appels aux policiers des pays traversés, Allemagne, Autriche voire Turquie. Pour Stéphane Fratacci, il est crucial d’agir vite dès qu’un départ est détecté :

« Ça se joue à quelques heures… Dès que l’absence d’une personne est repérée, il ne faut pas perdre de temps pour qu’on puisse alerter nos correspondants en Europe et en Turquie. On a ainsi pu rattraper un jeune in extremis alors qu’il était déjà en Hongrie. »

Toujours selon la préfecture, les personnes qui composent les dossiers de radicalisation sont en majorité des hommes (75%), de 18 à 35 ans pour les deux-tiers. Les mineurs représentent moins de 10% des dossiers traités. Chargé de la coordination pour la préfecture du Bas-Rhin, Jean-Claude Herrgott remarque que les personnes concernées ont le plus souvent « une culture religieuse très faible » et qu’ils sont souvent en recherche d’eux-mêmes.

Incinérateur Sénerval : une crise à plus de 200 millions d’euros pour la collectivité

Incinérateur Sénerval : une crise à plus de 200 millions d’euros pour la collectivité

En juin, l’Eurométropole de Strasbourg a annoncé la fermeture de l’usine d’incinération des ordures ménagères de Strasbourg pour deux ans et demi. Le site a déjà subi plusieurs arrêts depuis deux ans. Retour en dix questions sur une crise industrielle, qui va coûter plus de 200 millions d’euros à la collectivité.

1. – Combien les déboires de l’usine d’incinération de Strasbourg ont coûté jusqu’à présent à l’Eurométropole ?

Depuis janvier 2015, L’Eurométropole de Strasbourg (EMS) s’est déjà engagée à payer près de 70 millions d’euros au titre de ses responsabilités de propriétaire dans la crise qui touche l’usine d’incinération des ordures ménagères de Strasbourg depuis 2014.

Cette somme se compose des frais des travaux de désamiantage, du coût des détournements des déchets qui ne peuvent pas être traités à l’usine de Strasbourg, de la compensation des pertes d’exploitation de l’exploitant Sénerval, filiale du groupe Séché Environnement, et des pénalités pour les clients de l’usine qui devaient être fournis en énergie.

Le désamiantage des 4 fours a coûté 20,2 millions d’euros. Le détournement des déchets de novembre 2014 à décembre 2016 a coûté 22 millions d’euros. Enfin la compensation des pertes d’exploitations et les pénalités ont coûté jusqu’en décembre 2016 40 millions d’euros. Ces sommes ont été votées lors de trois avenants successifs au contrat de délégation de service public (DSP) passé avec Sénerval, entre janvier 2015 et juin 2016.

2. – Combien ça va encore coûter avec la fermeture complète pendant 2 ans et demi ?

Comme cela avait été le cas pour l’année 2015, des ajustements sur le coût réel des détournements des déchets et des pertes d’exploitations en 2016 peuvent encore s’ajouter à la facture actuelle à l’occasion du prochain avenant au contrat de délégation de service public.

En juin 2016, l’Eurométropole avait annoncé qu’elle délibérerait de ce nouvel avenant fin septembre au plus tard. Il devra aussi fixer les coûts définitifs des travaux de désamiantage de l’usine et les conséquences financières pour la période de fermeture du site.

L’EMS prévoit que du second semestre 2016 jusqu’à la réouverture de l’usine, le détournement des déchets devrait lui coûter 60 millions d’euros, plus 56,7 millions de pertes d’exploitation et d’autres coûts. Si on ajoute ces sommes à l’investissement pour le désamiantage des façades, 15,2 millions d’euros, la fermeture de l’usine va donc peser de 134 millions d’euros de plus sur les finances de la collectivité.

3. – Où en sont les travaux ?

Après deux années de difficultés à l’usine d’incinération de Strasbourg, l’Eurométropole a décidé en juin 2016 de fermer complètement le site pour deux ans et demi. Après la découverte d’amiante dans les quatre fours de l’usine, Sénerval, l’exploitant, et l’Eurométropole, propriétaire, avait d’abord décidé de continuer à faire fonctionner deux des quatre fours pendant que les deux premiers étaient en réparation.

Mais ce principe dit de « coactivité » n’a jamais vraiment tenu la route. Les fours qui continuaient de fonctionner alors qu’ils étaient en très mauvais état, ont enchaîné les problèmes et ont dû régulièrement être arrêtés. Les deux derniers fours en fonctionnement ont donc été arrêtés définitivement les 29 août et 3 septembre.

Un autre problème a motivé la fermeture de l’usine : une dernière expertise sur le site menée début 2016 a conclu que non seulement les fours, mais aussi les façades intérieures et extérieures de l’usine libéraient des poussières dangereuses d’amiante.

L’usine est donc fermée pour être entièrement désamiantée avant sa réouverture prévue  en février 2019. À ce jour, les travaux de désamiantage et de reconstruction de deux premières chaudières sont presque terminés. Il va rester à Sénerval à désamianter et reconstruire les deux autres fours et à l’Eurométropole à organiser le désamiantage et la repose des façades de l’usine. Pour ces deux chantiers, les offres sont à l’étude.

4. – Comment l’Eurométropole justifie-t-elle son choix de fermer l’usine ?

Pour l’Eurométropole, la décision de fermer l’usine pendant deux ans et demi pour la désamianter répondait à une urgence sanitaire et réglementaire. Pour justifier son choix, elle l’a mis en balance avec un autre scénario, celui de raser l’usine et d’en reconstruire une nouvelle, plus moderne. D’après des estimations présentées lors du conseil de l’Eurométropole du 3 juin, cette deuxième solution aurait coûté 421,3 millions d’euros, soit plus de deux fois le coût estimé de la solution qu’elle a finalement retenue.

Il aurait fallu d’après elle pas moins de 143 millions d’euros pour rompre le contrat de délégation de service public de 20 ans passé avec Sénerval. Ce scénario catastrophe n’a pas convaincu tous les élus, dont certains considèrent qu’il a été surévalué pour favoriser la solution du désamiantage. Au-delà du coût financier, l’Eurométropole mettait aussi en avant que la construction d’une nouvelle usine après destruction de celle existante aurait pris cinq ans minimum. Un délai beaucoup trop long et hasardeux au regard des besoins des entreprises du Port autonome en fourniture d’énergie et de chaleur notamment.

5. – Comment ces dépenses sont-elles financées ?

Pour financer le désamiantage et la reconstruction des 4 fours de l’usine, l’Eurométropole a réaffecté l’enveloppe qu’elle avait prévue pour créer une unité de méthanisation. Les détournements de déchets de novembre 2014 à décembre 2016 sont payés en direct grâce au budget déchets de la collectivité. En 2015, ce budget a absorbé les surcoûts de 9,6 millions d’euros, grâce à l’augmentation de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM).

L’Eurométropole a promis qu’il n’y aurait pas de nouvelles augmentations des impôts pour financer cette crise. Mais la collectivité a déjà augmenté la TEOM de 4% en 2015 et de 2,5 % en 2016. Ces augmentations avaient été annoncées comme temporaires pour financer le détournement des déchets de 2014 à 2016. Aujourd’hui, il n’est plus question de revenir en arrière.

Pour le reste des coûts, donc les pertes d’exploitation surtout, l’Eurométropole a augmenté la Rpp, la redevance qu’elle paie à Sénerval pour l’incinération des déchets. Cette Rpp est passée de 32,70 euros en 2010 à 56,27 euros en avril 2016 par tonne incinérée. Cette augmentation de 72 % devrait permettre à l’EMS de rembourser ses dettes actuelles à Sénerval d’ici 2030, à la fin du contrat de DSP. Mais la Rpp va à nouveau augmenter dans le prochain avenant pour amortir les nouveaux coûts.

L'usine d'incinération du Rorhschollen de Sénerval (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
L’usine d’incinération du Rorhschollen de Sénerval est située au sud de l’agglomération (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Compte tenu des surcoûts à venir de 60 millions d’euros pour le détournement des déchets pendant la fermeture de l’usine, l’Eurométropole a demandé à la Direction générale des collectivités locales de la laisser utiliser 50 millions d’euros d’excédents de son budget eau et assainissement. L’Etat a accepté cette dérogation à titre exceptionnel. Elle doit toutefois encore être validée par un vote de l’Assemblée nationale.

Pour financer le désamiantage des façades et des chemins de câbles de l’usine, l’Eurométropole prévoit de demander une subvention au fonds de soutien à l’investissement local, qui dispose d’un milliard d’euros pour toutes les collectivités locales depuis 2016.

6. – Une politique « déchets » qui reste à préciser

La fermeture de l’usine doit être l’occasion pour l’Eurométropole de réfléchir à l’optimisation de la valorisation des déchets. Des évolutions techniques pourraient être décidées et faire l’objet d’un dernier avenant avec Sénerval pour adapter la DSP. Le groupe de travail sur les déchets, qui suit la crise à Sénerval depuis 2014, a été élargi dans ses fonctions pour pouvoir faire des propositions sur la politique « déchets » de l’agglomération.

Mais pour beaucoup d’élus, ce raisonnement prend le problème à l’envers et manque de vision à long terme. Pour eux, c’est l’étude sur la réduction des déchets menée par l’EMS cette année qui aurait dû dicter le redimensionnement de l’usine. Les travaux de désamiantage prévoient de reconstruire ses 4 fours à l’identique. Dans ce contexte, tous les scénarios pour la suite pourront-ils être étudiés, y compris celui sans incinération ?

L'Eurométropole estime qu'elle produit 160 000 tonnes de déchets ménagers par an, qu'il faut bien traiter malgré les problèmes de son usine d'incinération. (Photo Daniel Grossenbacher / Flickr /cc)
L’Eurométropole estime qu’elle produit 160 000 tonnes de déchets ménagers par an, qu’il faut bien traiter malgré les problèmes de son usine d’incinération. (Photo Daniel Grossenbacher / Flickr /cc)

Si à sa réouverture, l’usine reste calibrée pour traiter 270 000 tonnes de déchets par an comme aujourd’hui, et pour traiter des déchets de même nature, elle ne sera plus adaptée à l’évolution des déchets de l’EMS, qui prévoit par exemple de développer le tri et le compost.

Par ailleurs, garder la même capacité d’incinération dans l’usine de Strasbourg, alors que les déchets de l’agglomération vont baisser, pourrait obliger l’usine à traiter des déchets venant d’ailleurs, craignent les écologistes. Ils alertent sur le risque que Strasbourg deviennent « la capitale régionale de l’incinération ». En juin, le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS) leur avait répondu :

« Strasbourg n’a pas vocation à devenir la capitale régionale de l’incinération. Mais 7 ou 8 centres d’enfouissements vont fermer dans le Bas-Rhin et il faudra bien traiter ces apports de déchets. Il va bien nous falloir réfléchir au traitement des déchets à l’échelle de la région grand-Est. Ce temps de fermeture doit être mis à profit. »

7. – Comment on en est arrivés là ?

L’Eurométropole a confié en 2010 au groupe Séché Environnement une délégation de service public de 20 ans qui devait lui permettre d’amortir les investissements auxquels le groupe s’engageait pour transformer le site en une usine de valorisation énergétique.

Sénerval, la filiale de Séché à Strasbourg, s’est lancée dans la production de chaleur et d’électricité. Mais elle a tardé à faire les travaux de maintenance et de modernisation nécessaires sur les équipements d’incinération. En mars 2014, elle n’avait engagé que 37 millions d’investissement sur les 56,5 millions promis.

C’est le conflit social qui a finalement abouti à des premiers travaux de maintenance à l’été 2014, soit 4 ans après l’arrivée de Sénerval aux commandes de l’usine. Et au début des travaux sur les fours, des mesures ont détecté de plus en plus de fibres d’amiante libérées dans l’usine.

La présence d’amiante dans une usine construite dans les années 1970 n’est une surprise pour personne. Mais pour certains observateurs, la gestion de l’usine révèle le manque d’expérience de Séché. Au moment de conclure la DSP, La CUS, ancienne Eurométropole, a choisi le moins cher des deux candidats retenus à l’appel d’offres. Séché n’avait pas de référence sur la gestion d’une usine d’incinération de cette taille, alors que son concurrent, groupement de Tiru et Sita, avait les trois quarts des usines d’incinération en France.

L’usine d’incinération des ordures ménagères de Strasbourg est calibrée pour traiter 350 000 tonnes par an. Une usine fonctionne bien si chaque four est approvisionné avec la quantité de déchets pour laquelle il est calibré. Si on commence à en mettre moins, le four fonctionne moins correctement et génère des sous-produits d’incinération, des furanes. L’apparition de ces sous-produits augmente les risques de pannes et les besoins de travaux sur les fours. Pour des observateurs, ce sont les pannes de four qui ont contraint à des travaux qui ont libéré de l’amiante. Les arrêts dus au conflit social n’ont rien arrangé.

L'usine d'incinération des ordures ménagères du Rohrschollen est à l'arrêt depuis le 15 octobre. (Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Le manque d’expérience du groupe Séché dans les usines d’incinération ne lui a pas permis de gérer correctement cette crise. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

8. – Quelle transparence sur ce dossier ?

Pour tirer les leçons de cette crise, l’Eurométropole va confier le dossier complet à la Direction régionale des finances publiques pour qu’elle étudie sa gestion financière. Un groupe de travail « déchets » suit la situation de l’usine Sénerval depuis le conflit social en 2014. Il est composé d’élus de tous les partis du conseil de l’agglomération. Mais plusieurs d’entre eux se sont plaints du manque de transparence de l’exécutif communautaire à leur égard.

9. – Que vont devenir les salariés ?

Les 60 salariés de Sénerval ont passé un accord avec leur direction en juillet pour travailler à temps partiel à partir du 26 septembre. L’État, via la Direccte, va leur verser un complément financier pendant la durée de ce temps partiel dans une limite de 1 000 heures par an et par salarié. Ce dispositif est entré en vigueur le 26 septembre jusqu’au 31 décembre. Il doit ensuite être reconduit de six mois en six mois, jusqu’à la réouverture de l’activité d’incinération de l’usine.

10. – Que vont devenir nos déchets ?

Sénerval a diffusé un appel d’offres pour le traitement hors de Strasbourg de ces déchets pendant la fermeture de l’usine, par lots. L’entreprise vise un maximum de 10% d’enfouissement, pour 90% d’incinération. L’État, via la Dreal, doit l’accompagner dans les procédures de transferts de déchets hors de la région grand Est ou à l’étranger, en Allemagne ou en Suisse.

Le petit Léo va pouvoir apprendre à manger

Le petit Léo va pouvoir apprendre à manger

Le petit Léo va pouvoir apprendre à manger. Et c’est une sacrée victoire pour ce petit strasbourgeois, dont Rue89 Strasbourg vous avait parlé fin septembre. Handicapé après des lésions neurologiques pendant sa naissance, sa famille avait besoin d’aide financière pour participer à un stage en Autriche, adapté à la situation de Léo mais qui coûte plus de 8 000€ et que la Sécurité sociale ne prend pas en charge.

Grâce à l’élan de solidarité des internautes, essentiellement des Alsaciens, la cagnotte en ligne a atteint une somme suffisante pour que Léo puisse aller à Graz en Autriche à partir du 27 mars. Léo y apprendra à se nourrir normalement, ce qui lui permettra de se passer de sa sonde gastrique.

Léo s'accroche pour marcher et jouer avec sa sœur (Photo Déborah Liss)
Léo s’accroche pour marcher et jouer avec sa sœur (Photo Déborah Liss)

Pour Julie Klein, la mère de Léo, cependant, le combat continue :

« Nous sommes épatés par l’élan de générosité suscité par la situation de Léo. Désormais, nous entamons les démarches pour la scolarisation future, l’achat d’un déambulateur et la mise en place d’une communication par pictogrammes. »

La Ligue d’improvisation amateur de Strasbourg, Lolita, a consacré une partie des bénéfices de son spectacle du 15 octobre à la cagnotte pour Léo.

#Julie Klein

Les cadenas d’amoureux sur la passerelle des Deux-Rives vont être retirés

Les cadenas d’amoureux sur la passerelle des Deux-Rives vont être retirés

La Ville de Strasbourg indique qu’elle va retirer les quelques 3 000 cadenas attachés à la passerelle des Deux-Rives, sur le Rhin entre Strasbourg et Kehl à partir du 7 novembre.

Dans un communiqué, la Ville précise :

« Une augmentation du nombre de cadenas a engendré sur cet ouvrage de réelles dégradations qui menacent la pérennité des garde-corps. En effet, en raison des ballotements dus à une forte exposition au vent, ces objets provoquent l’apparition de corrosion qu’il convient de traiter dès à présent. Il sera donc nécessaire, dans un premier temps, d’enlever les panneaux pour pouvoir les traiter. Une fois l’intervention réalisée, les garde-corps seront à nouveau installés. »

Les cadenas d'amour sur un pont de Paris (Photo N'Grid / FlickR / cc)
Les cadenas d’amour sur un pont de Paris (Photo N’Grid / FlickR / cc)

Les couples qui se sont jurés fidélité, amour éternel et autres promesses intemporelles en attachant un cadenas sur cette passerelle, comme un symbole de ces engagements, sont invités à venir les retirer avant le 7 novembre. Faute de quoi, c’est sept ans de malheur, la fin des idylles et toutes ces sortes de choses. Ce serait dommage.

À Bâle, les « salles de shoot » ont prouvé leur utilité et leur efficacité

À Bâle, les « salles de shoot » ont prouvé leur utilité et leur efficacité

Après Paris, la deuxième « salle de shoot » de France va ouvrir fin octobre à Strasbourg, dans l’enceinte de l’hôpital civil, pour une expérimentation de 6 ans. Nous sommes allés voir comment cela se passe à Bâle, où la première salle de ce genre a ouvert il y a 25 ans. Si les riverains avaient quelques réticences, ils ont rejoint policiers et professionnels qui parlent de résultats positifs pour la santé publique.

Le bâtiment est un préfabriqué, la façade est grise, les murs sont blancs, la disposition est spartiate, mais le tout est propre et encore plutôt neuf : la « salle de shoot », ou, selon le vocable lui aussi aseptisé, « salle de consommation à moindre risque » du quartier Dreispitz-Gundeldingen de Bâle a ouvert en 2013. Elle a pris le relais de premières structures ouvertes en 1991 (la « Spitalstrasse » et « Heuwaage »). Aujourd’hui, la salle de Dreispitz alterne ses horaires d’ouverture avec celle de « Riehenring », pour accueillir les toxicomanes du lundi au samedi de 11h à 22h.

Ces « Gassenzimmer » (littéralement « salles d’injection ») sont réservées aux personnes majeures, qui viennent consommer leurs propres produits stupéfiants sous la supervision de professionnels (travailleurs sociaux, infirmiers et un médecin deux fois par semaine). Le matériel d’injection est distribué à l’entrée : seringues propres, pailles à sniffer, ficelles pour garrot, ou encore « Stéricup », ce récipient destiné à préparer les solutions injectées. Tout est neuf, emballé et stérile.

La salle d'injection peut accueillir une dizaine d'usagers à la fois (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
La salle d’injection peut accueillir une dizaine d’usagers à la fois (Photo DL/Rue89 Strasbourg/cc)

À Bâle, le vocable officiel parle de « Kontakt und Anlaufstelle » (K+A, « Lieu d’accueil et de contact »), comme pour insister sur le fait qu’il ne s’agit pas d’offrir un lieu où se droguer légalement, mais d’une manière de ramener le toxicomane vers un milieu encadré, et, s’il le souhaite et le peut, un parcours de soin et une guérison. Le directeur des K+A, Horst Bühlmann, le répète :

« On ne distribue pas de drogue ! Des gens ont toujours cette image de la structure, alors que cela fait 25 ans qu’on existe. Notre objectif est vraiment la réduction des risques. »

Les bureaux des médecins et travailleurs sociaux accueillent aussi les usagers (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Les bureaux des médecins et travailleurs sociaux accueillent aussi les usagers (Photo DL/Rue89 Strasbourg/cc)

Chaque jour, environ 200 personnes poussent les portes des deux K+A de Bâle, dont 80% d’hommes, la plupart venant de la ville. Le directeur de la structure pointe également la présence de Français parmi son public :

« Nous ne sommes pas loin de Mulhouse. Mais peut-être qu’avec l’ouverture d’une salle similaire à Strasbourg, on en aura moins. »

Avant le « shoot », le café

L’entrée donne sur la salle principale, une cafétéria, ce qui donne un sentiment bienvenu de convivialité dans cet univers clinique, austère et froid. On y trouve plusieurs tables, un bar, à boire et à manger. Les salles de consommation de drogues se trouvent derrière.

Dans la salle d’injection, on trouve une dizaine de petits box avec chaise, table, produit désinfectant et acide ascorbique, nécessaire pour rendre la consommation possible et sécurisée. À côté, la salle d’inhalation est moins organisée, comme l’explique Horst Bühlmann :

« C’est la salle la plus utilisée. Les personnes se retrouvent pour fumer, notamment de la cocaïne couplée à du bicarbonate de soude, mais aussi pour discuter, boire du soda… C’est très social. »

Dans le coin, on trouve encore des tablettes destinées à sniffer, avec, comme partout, du produit désinfectant à disposition.

La cafétéria offre des moments de convivialité aux usagers (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
La cafétéria offre des moments de convivialité aux usagers (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Ordinateurs, brochures, barbecue et football…

D’après le directeur, l’avantage de ces structures réside dans leur facilité d’accueil : ici, pas de bureaucratie, pas de promesse d’abstinence, les personnes viennent quand elles le souhaitent, pour aussi longtemps qu’elles le veulent, et sont libres de dialoguer ou non avec les autres usagers ou les professionnels de santé. Il précise :

« Une grande confiance mutuelle est nécessaire. Les usagers ne sont pas cantonnés à la salle de consommation, ils peuvent aller partout dans la structure, y compris dans le bureau des travailleurs sociaux. »

On y trouve des ordinateurs et de la documentation, l’objectif étant de leur apporter des ressources pratiques selon leurs besoins. Surtout, l’établissement se veut lieu de socialisation, voire d’activités et de loisirs. Horst Bühlmann insiste :

« De nombreux projets sont conduits au sein de la structure, il y a des activités football, cuisine, et même des barbecues quand il fait beau. On sous-estime beaucoup les moments de loisirs, mais c’est un thème important. Les gens isolés ont plus tendance à se tourner vers la drogue. Mais quand ils ont une activité fixe, ils doivent planifier leur consommation en fonction de leur emploi du temps. C’est un pas important. »

Les usagers peuvent faire des activités et se servir en vêtements (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Les usagers peuvent faire des activités et se servir en vêtements (Photo DL/Rue89 Strasbourg/cc)

Les débuts chaotiques des « salles de fix »

Ce genre de discours était moins courant il y a 30 ans. Dans les années 80, les travailleurs sociaux de l’association « Schwarzer Peter » sillonnaient Bâle pour apporter assistance aux personnes qui vivaient dans la rue, et commençaient à distribuer des seringues propres aux toxicomanes, notamment face à l’expansion du sida. Mais ils ont ensuite milité pour un lieu sécurisé, arguant que malgré leurs efforts, ils ne pouvaient empêcher que les gens vivent encore dans la rue, s’échangent des seringues et meurent d’overdose.

Ainsi est apparue la première « Fixerstübli » en 1988, (littéralement la « salle de fix »). La réaction des habitants a été épidermique, surtout que la pratique est illégale. Horst Bühlmann se souvient :

« Au début, il y a eu beaucoup de réclamations, de recours même, qui sont remontés jusqu’aux juridictions nationales… Ça a beaucoup retardé l’implantation. Même pour la salle de Riehenring, en 2003, on a dû la décaler plusieurs fois de quelques centaines de mètres, car elle était près d’un théâtre, puis d’un quartier résidentiel, mais ça a fini par se faire. »

C’est finalement en 1991 que la première salle d’injection officielle ouvre à Bâle. Cette année-là, Stefan Gasser, chef d’une station de police du quartier, est jeune policier. Il concède aujourd’hui :

« Au début, j’avais un peu de mal à comprendre et à m’y faire, mais maintenant, les K+A sont pour moi une évidence. Le risque était que les dealers fassent de l’endroit un point de rencontre. Finalement, la police sait qu’il peut y avoir du trafic dans le coin, mais on contrôle la situation. »

Le policier a finalement rejoint le travailleur social, il faut changer de mentalité :

« Ce genre de projet demande de l’acceptation et de la tolérance. Oui, les gens consomment de la drogue. L’objectif, c’est avant tout la réduction des risques qui y sont liés. »

Les "tablettes pour sniffer" se trouvent en face de la salle d'inhalation (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Les « tablettes pour sniffer » se trouvent en face de la salle d’inhalation (Photo DL/Rue89 Strasbourg/cc)

Les réticences sont systématiques… au début

Les changements en 2013-2014, avec l’ouverture de Dreispitz et la fermeture des deux plus vieux établissements, ont réveillé les inquiétudes des riverains bâlois. Dans le quartier Gundeldingen, le choix de l’emplacement près du cimetière Wolfgottesacker et du centre commercial Migros a été mal accueilli. Irmgard Geiser, membre de l’association des habitants de Gundeli Ost (l’est du quartier Gundeldingen), aurait pu se passer de la K+A :

« J’habite dans le coin. Au début, la mise en place de cette salle de shoot m’a beaucoup dérangée. Aujourd’hui encore, je pense que son emplacement, à côté du cimetière, n’est pas judicieux. J’ai une voisine qui a fait des rencontres très déplaisantes au début, elle croisait des dealers et des toxicomanes et ne se sentait pas en sécurité. »

Beatrice Isler, présidente de l’association de quartier Gundeldingen au moment de l’ouverture de Dreispitz, se rappelle :

« Au début, j’avais beaucoup de réactions des habitants. À l’arrêt de tram se croisent toutes sortes de gens : ceux qui font leurs courses, ceux qui vont au cimetière, les toxicomanes, les dealers, les promeneurs et riverains. Ça a mené à des conflits. Apparemment, cela dealait au cimetière, des toxicos traînaient aux toilettes et sur les bancs à l’entrée. »

Seringues, récipients, pailles... Le matériel stérile est distribué à l'entrée (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Seringues, récipients, pailles… Le matériel stérile est distribué à l’entrée (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Une nécessaire mise en réseau de tous les acteurs

Mais trois ans après, tout le monde semble s’être habitué à la situation. Beatrice Isler trouve l’ambiance plus apaisée :

« Moi je m’étais exprimée en faveur du projet, car il est important que ces personnes, qui sont malades, ait un point de contact. Je pense que la situation s’est calmée. Depuis bien un an, plus personne ne s’est adressé à moi sur ce sujet. »

Irmgard Geiser salue le travail d’information et d’accompagnement de la ville :

« Aux heures d’ouverture, l’entrée et les environs sont surveillés par des agents de sécurité, donc on montre une présence autour du cimetière, de l’arrêt de tram et près du centre commercial. Ce que j’ai trouvé vraiment bien, c’est qu’on a donné aux habitants des informations, et une liste avec des numéros de téléphone qu’on peut appeler en cas de besoin. Cela a été un peu utilisé au début, mais plus du tout ces derniers mois. »

Préfabriqué, le bâtiment peut être déplacé ou démonté facilement (Photo DL/Rue 89 Strasbourg)
Préfabriqué, le bâtiment peut être déplacé ou démonté facilement (Photo DL/Rue89 Strasbourg)

En amont de l’ouverture de la salle, la municipalité avait mis en place un groupe de travail, avec les policiers, le service de la Ville chargé de la lutte contre les drogues, les employés communaux du cimetière, et les agents de sécurité, pour faire en sorte que le quartier ne devienne pas une plaque tournante pour la drogue.

De son côté, Stefan Gasser constate aussi que les esprits se sont calmés, et salue le travail de tous les acteurs :

« On est toujours en lien avec les services de santé et de nettoyage de la Ville, le service de lutte contre les drogues, les équipes des lieux d’accueil… Cela fonctionne bien, cette coopération et ce respect sont aussi importants que l’action en elle-même. »

Bâle veut vraiment améliorer l’image des K+A, et a même fêté les 25 ans du projet en juin dernier, en invitant les habitants à une soirée d’expositions, de prestations musicales et de « stammtisch ». Le public pouvait aussi visiter l’établissement de Dreispitz.

A proximité du cimetière, la "salle de shoot" se trouve aussi près du tram (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
À proximité du cimetière, la « salle de shoot » se trouve aussi près du tram (Photo DL/Rue89 Strasbourg/cc)

Une « baisse de la demande » constatée

Au nombre de trois dans les années 2000, il n’y a plus que deux K+A à Bâle, en raison d’une baisse de la demande. Horst Bühlmann est catégorique, les K+A sont une bonne chose pour la santé publique :

« Les gens sont en meilleure santé. Les usagers ont vieilli, c’est un signe que cela va mieux. Surtout, il n’y a plus de “scène ouverte”, ces quartiers bâlois où les gens se piquaient dans la rue. Maintenant, les “junkies” tels qu’on les voyait avant à Bâle n’existent plus.

Du point de vue de la sécurité, Stefan Gasser assure que tout va bien :

« Les K+A sont une bonne chose, aussi du point de vue de la police. On est confrontés à des problèmes collatéraux comme la drogue au volant, mais on anticipe tout cela à l’avance. Il n’y a vraiment pas eu de problème de sécurité. Et on se fait régulièrement présents autour de la K+A. »

Les deux hommes tiennent à rappeler que le sujet est compliqué, et que cela demande de l’écoute et de l’ouverture. Ils concluent ensemble :

« En fin de compte, il faut se rappeler que l’on parle d’êtres humains. »

Enfants, promenades, voyages…Et si on utilisait le satellite ?

Enfants, promenades, voyages…Et si on utilisait le satellite ?

Aider nos enfants à se repérer, à se construire de bons repères, c’est essentiel dans la « jungle urbaine » ou dans celle, plus calme, des forêts voisines. Puisque les cartes et les plans ont disparu de notre quotidien, utilisons les services en ligne pour aider les enfants à appréhender l’espace.

Le jeune enfant  :  des espaces familiers non reliés entre eux

Ma maison, chez Mamie, à la crèche, le marché, la boulangerie fréquentée par ses parents… Autant d’espaces que le petit enfant apprend à reconnaître, transporté en voiture, en poussette, en tram ou en vélo-cargo. À l’école maternelle, il découvre des salles multiples, une cour, des espaces de jeux à partager, élargissant ainsi sa notion d’espace. Entre ces espaces connus, il repérera ce que les adultes lui désigneront comme des points remarquables ou des lieux liés à l’histoire familiale.

Se repérer, « mot clé » des nouveaux programmes de l’école élémentaire

Dans les nouveaux programmes distribués aux enseignants du premier cycle, on découvre « Lire le plan du métro » à 9 ans. Même si transposé à Strasbourg on lui préférera le tram, l’accent est bien mis sur une géographie de proximité, partant de l’espace vécu par l’enfant. Une certaine latitude demeure par rapport aux « réalités locales de la région où vivent les élèves » et le ministère de l’Éducation nationale espère aussi sensibiliser au développement durable (l’ eau, la gestion des  déchets, les énergies renouvelables).

Parents et enseignants pourraient avoir recours aux cartes et aux plans, par exemple dans la phase de préparation d’une sortie scolaire. Mais les sorties scolaires, justement, ont tendance à se raréfier pour trois raisons : la diminution des moyens financiers, l’augmentation du prix des transports, le raccourcissement de la journée scolaire et… les risques encourus qui font hésiter bien des enseignants qui seront mis en cause en cas de problème.

La liste est longue des endroits où nous n’allons plus, dans les entreprises par exemple, et celle des activités extérieures auxquelles on renonce l’est tout autant.

Le génie du lieu, statue de Giulio Paolini dans le parc de Pourtalès (photo MC / Rue89 Strasbourg)
Le génie du lieu, statue de Giulio Paolini dans le parc de Pourtalès (photo MC / Rue89 Strasbourg)

Chercher son itinéraire, préparer un déplacement, nommer les lieux

« C’est encore loin ? On est bientôt arrivé ? » Quel adulte n’a pas entendu ces phrases ? Lorsqu’en classe on sort des cartes et que l’on demande aux enfants comment font leurs parents lorsqu’ils cherchent leur route, ils répondent unanimes : « ils utilisent le GPS qui leur dit où aller. C’est un monsieur, non c’est une dame, qui parle. » Autrefois, nos pères et nos grands-pères aimaient étaler la carte routière avant le départ en vacances et enfant, on pouvait assister à la préparation du voyage et il n’y avait pas une salle de classe qui n’arborait sa grande carte affichée au mur.

Paul, un élève de l’an passé, est venu me saluer à la rentrée, il m’a dit avoir passé de très bonnes vacances en Bretagne. Lorsque je lui ai demandé où il avait séjourné, il m’a dit ne pas se rappeler « le nom » mais c’était à la mer, ça il en était sûr ! Dommage, car connaître ce nom, lui aurait donné une épingle, un point de repère, accroché à une région nouvelle.

Avec Google Earth, la bascule vers le haut

Moins de cartes dans l’environnement familial et scolaire aujourd’hui soit, mais à la place, il existe de formidables outils pour explorer un espace, un quartier, une ville sous un angle nouveau : la vue satellite des services cartographiques tels que Google Maps ou Google Earth, Bing Maps ou encore le géoportail de l’IGN. C’est cette bascule vers le haut dont parlent les géographes qui est à portée de clic.

Il est intéressant de montrer aux enfants la représentation de l’endroit où l’on est, de l’endroit où l’on ira bientôt, de l’endroit où l’on a été… Dans le parc de Pourtalès, par exemple, en zoomant dans Google Earth, on voit presque les statues ! Il y a de l’émerveillement là-dedans et l’on dit que la curiosité précède l’envie de connaissance. Lorsque votre enfant, devenu étudiant, cherchera son chemin, il se souviendra certainement de tout cela.

Nouvelle manifestation contre le centre de primatologie dimanche

Nouvelle manifestation contre le centre de primatologie dimanche

Le Comité scientifique Pro Anima, rejoint par les collectifs Fight For Monkeys et International Campaigns continue de réclamer la fermeture du centre de primatologie sur la colline de Niederhausbergen. Cette fois-ci, le rendez-vous est donné dans la commune, 7 rue de Hoenheim, dimanche 16 octobre à 14h.

Depuis le regain de mobilisation provoqué par l’autorisation d’extension de la capacité d’accueil – de 800 à 1 600 places, justifié par la direction par plus d’espaces pour les animaux sans en augmenter le nombre – Pro Anima et d’autres associations ont organisé plusieurs manifestations. Une partie des singes accueillis sont gardés en quarantaine et revendus à des laboratoires. Il est impossible de visiter les installations du fort Foch.

Une die-in devant la préfecture, des quelque 430 participants, place de la République (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une die-in lors d’une manifestation au printemps 2014 à Strasbourg (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Des rencontres, des requêtes jusqu’au Pape

Ces actions ont débouché sur des rendez-vous avec le préfet ou l’Université mais les positions restent figées. Les scientifiques du centre estiment que l’expérimentation animale est toujours nécessaire, sachant qu’une directive européenne interdit d’augment le nombre d’animaux-cobayes dans les 28 pays de l’UE. Une situation que conteste Pro Anima.

Selon un article de Vivacité, le journal des étudiants en journalisme du CUEJ, l’activité d’import-export du Silabe, l’association qui gère le fort Foch, rapporte 800 000 euros par an à l’Université de Strasbourg. Une partie des animaux provient d’Ile Maurice. Ce commerce permet entres autres de financer l’activité d’éthologie, l’étude du comportement des singes en semi-liberté effectuée sur place.

Pro Anima a multiplié les courriers et requêtes : aux cours des comptes françaises et européennes, à la commission d’accès aux documents administratifs (pour regarder les comptes) et même… au Pape ! Elle indique avoir reçu des documents mais où les informations essentielles sont masquées.

A destination des riverains

Lors de la manifestation, les organisateurs comptent toucher en particulier les habitants de la commune sur leur situation :

« Les résidus de produits vétérinaires (antibiotiques, vaccins…) ainsi que les matières fécales sont rejetés dans le réseau d’assainissement public de cette commune. »

Ce que l’Université et le centre contestent :

« Les effluents des animaux sont traités par le service d’assainissement de la Ville avec qui un contrat a été passé dès le départ et fait l’objet de contrôles réguliers. »