Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Le journaliste Gaspard Glanz interdit de travailler à Calais

Le journaliste Gaspard Glanz interdit de travailler à Calais

Gaspard Glanz, reporter de terrain, ne peut plus travailler correctement. Spécialiste de la couverture en vidéo de mouvements sociaux, il est interdit de séjour dans le Pas-de-Calais et doit revenir toutes les semaines à Strasbourg sa ville d’origine. Deux plaintes sont déposées.

Le journaliste Gaspard Glanz s’est rendu au commissariat de Strasbourg ce samedi 29 octobre. Le premier pointage de sa nouvelle vie qui l’oblige de se présenter à la police de sa ville de résidence toutes les semaines, dans le cadre d’un contrôle judiciaire.

Interpellé à Calais le 26 octobre, le reporter de 29 ans a découvert après une garde à vue de 33 heures qu’il est interdit de séjour dans le département du Pas-de-Calais et que deux plaintes sont enregistrées contre lui.

La première concerne le « vol » d’un talkie-walkie de CRS à Calais lors d’une manifestation début octobre. Lui, indique l’avoir trouvé avec d’autres photographes avant de le remettre par terre. Sauf qu’entre temps, il avait publié une photo de sa « prise de guerre » sur le réseau social de photos Instagram.

Une photo et une légende imprudents

#CALAIS Prise de guerre.

A photo posted by Gaspard GLANZ – Taranis News (@taranisnews) on

Un post Facebook injurieux

D’autre part, il est poursuivi pour injure publique sur douze fonctionnaires de police de Rennes. Les faits remontent au mois de juin et à une photo sur le réseau social Facebook avec le simple texte « Ein Reich, ein Volk, ein Führer » ( Un peuple, un pays, un guide, slogan du parti nazi dans les années 1930).

« Ce slogan est avant tout électoral et [il] a permis à Adolf Hitler d’être élu démocratiquement en 1933, ce qui ne porte pas le même sens comparatif et historique qu’une simple expression du type “bande de nazi” », se justifie Gaspard Glanz sur son site.

Un post Facebook poursuivi pour injures (catpure d'écran)
Un post Facebook poursuivi pour injures (catpure d’écran)

Audiences en janvier et mars

Une audience est prévue le 17 janvier au tribunal de Rennes. Concernant le talkie walkie, l’audience est programmée à Boulogne-sur-Mer en mars 2017. Le contrôle judiciaire, c’est-à-dire son interdiction de séjour dans le Pas-de-Calais et l’obligation de se présenter à Strasbourg toutes les samedis, est lui prévu « jusqu’à la fin de l’état d’urgence », pour lequel aucune date n’est déterminée. Briser cette interdiction est passible de 75 000 euros d’amende et six mois de prison.  

« Il y a tout lieu de penser que M. Gaspard Glanz envisage (…) de prendre part à des actions revendicatives violentes », avance la préfète du Pas-de-Calais Fabienne Buccio dans l’arrêté. Le journaliste et son avocat ont attaqué ce texte.

L’interpellation s’est faîte à Calais lors du démantèlement de la « Jungle de Calais » où des milliers de migrants ont été répartis vers des centres d’accueil en France. Malgré des demandes répétées, il n’avait pas été accrédité, ni formellement interdit, par la Préfecture, bien que les communiqués de presse lui étaient bien envoyés depuis sa première demande.

Fondateur d’une agence de presse

Gaspard Glanz est le fondateur d’une agence de presse, Taranis news (ex-TV Rennes). Ce média est spécialisé dans la couverture de mouvements sociaux et des crises migratoires en Europe. Ses reporters n’hésitent pas à filmer les heurts entre manifestants et forces de l’ordre au plus proche de l’action. Taranis news s’est fait récemment fait connaître avec ses images exclusives des manifestations contre la loi travail ou pour être le seul média a avoir filmé la première manifestation sauvage de policiers à Paris mi-octobre.

Gaspard Glanz revend ses images à des médias étrangers, notamment en Russie, mais aussi en France (AFP, M6, France Télévisions) et publie certains reportages sur son site. Il a aussi travaillé pour Rue89 Strasbourg. Ses reportages sont longs, avec des interviews mais sans commentaires.

Le reporter strasbourgeois Gaspard Glanz (photo Facebook)
Le reporter strasbourgeois Gaspard Glanz (photo Facebook)

Déjà des démêlées par le passé

Ce n’est pas la première fois que Gaspard Glanz a des démêlées avec les forces de l’ordre. En novembre 2015, il avait déjà été emmené en garde à vue à Strasbourg au motif qu’il filmait une action militante de vol de chaise dans une banque pour dénoncer l’évasion fiscale.

Seule personne attrapée par les policiers sur les lieux, il avait été emmené au commissariat au motif qu’il n’avait pas de carte de presse. Situation peu connue en dehors de la profession, la carte de presse n’est pourtant pas une condition pour exercer le journalisme, notamment car les critères d’attribution (statut, revenus) excluent une partie des journalistes professionnels.

Il n’y a jamais eu de suite à cette mésaventure. En juin 2016, il avait été retenu plusieurs heures lors d’une manifestation à Paris contre la loi travail. Cette fois-ci, le reporter a porté plainte pour détention arbitraire et à cause des préjudices économiques engendrées pour son entreprise.

Strasbourg célèbre les 500 ans de la Réforme protestante

Strasbourg célèbre les 500 ans de la Réforme protestante

Les protestants ouvrent ce vendredi 28 octobre une année de festivités pour le jubilé de la naissance de leur religion. Parmi les capitales de la Réforme, Strasbourg est au cœur des célébrations.

Le 31 octobre 1517, le moine catholique Martin Luther affichait ses 95 thèses critiques de l’Eglise sur les portes du château de Wittenberg, en Allemagne. Cet événement marquait le début de la Réforme et a donné naissance à un nouveau courant religieux, le protestantisme. 500 ans plus tard, Strasbourg lance ce vendredi 28 octobre l’année de célébrations de cet anniversaire.

Strasbourg fait partie des 68 villes européennes labellisées « cité européenne de la Réforme ». Elle a été l’un des hauts lieux de la Réforme partie d’Allemagne. Des 1517, elle a été l’une des premières villes à appeler à la révolution religieuse. Les thèses critiques de Martin Luther ont été exposées sur les portes de la cathédrale de Strasbourg dès 1518. Dès 1521, les réformateurs Mathieu Zell puis Martin Bucer ont prêché à Strasbourg pour que la Bible devienne accessible à tous et que la relation à Dieu se fasse sans intermédiaire.

 150 ans de domination protestante sur la ville

Petits à petits ces idées ont gagné les églises de la ville. Strasbourg est devenu le refuge des protestants persécutés dans le reste de la France, et notamment du célèbre Calvin. La cathédrale est passée protestante à partir de 1529 et la ville a adhéré officiellement au luthéranisme en 1532.

Les livres ont tous été restaurés (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)
La médiathèque protestante de Strasbourg recèle des milliers d’ouvrages témoins des premières années de la Réforme dans la ville. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Des bouleversements qui ont alors donné lieu à une véritable guerre entre responsables protestants et catholiques. La Ville est restée protestante pendant 150 ans, jusqu’à ce que Louis XIV s’en empare après la Guerre de trente ans. Le roi a alors rendu la cathédrale et une quarantaine d’églises strasbourgeoises aux Catholiques en 1679.

Aujourd’hui, l’Alsace est le plus gros foyer protestant de France, avec 250 000 fidèles estimés. Ils sont en majorité luthériens comme en Allemagne, alors que les protestants du reste de la France sont en majorité du courant calviniste.

Comprendre la réforme protestante à Strasbourg en 3 minutes

Itinéraire protestant

La Ville et l’Office du tourisme, en partenariat avec les paroisses, ont conçu pour l’occasion un itinéraire protestant strasbourgeois. Des panneaux explicatifs en français, allemand et anglais sont en cours d’installation devant tous les bâtiments historiques protestants de Strasbourg. Un guide papier de l’itinéraire est mis à disposition du public à l’Office du tourisme.

Le calendrier des événements à Strasbourg

En ouverture du jubilé, une grande-table ronde sur l’héritage de la Réforme se tiendra ce vendredi 28 octobre à 19h30 à l’Ecole nationale d’administration en présence de François Clavairoly, président de l’Union protestante de France, Mathieu Arnold, professeur d’Histoire moderne à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, Marion Muller-Collard, théologienne protestante et auteure et d’Amy Westling, consule générale des Etats-Unis à Strasbourg. Roland Ries, le maire de Strasbourg, ouvrira la soirée avec un discours.

    Samedi 29 octobre, plusieurs animations sont prévues à Strasbourg : A partir de 14h, un rallye-découverte des « lieux d’église et d’engagement solidaire » aura lieu dans le centre-ville. A 17h30, une « chaîne humaine pour la paix » doit se rassembler place Kléber. A partir de 19h30, une soirée de concert est proposée au 23, 23 rue du Lazaret à Neudorf, dans le cadre du festival Heaven’s Door. (Billetterie : www.heavensdoor.fr). Le 6 décembre, le cardinal catholique Kurt Koch, président du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, viendra du Vatican pour tenir une conférence publique à la cathédrale de Strasbourg sur le thème : « 50 ans après Vatican II, où en est l’œcuménisme ? » Du 7 au 9 avril 2017, Une caravane itinérante fera étape place Kléber sur son périple à travers les 68 villes européennes emblématiques de la Réforme, de Genève à Wittenberg. L’animation doit témoigner de « la vitalité du protestantisme aujourd’hui ». A cette occasion, 9 églises protestantes du centre de Strasbourg seront ouvertes au public, ainsi que d’autres lieux emblématiques comme le Gymnase, la médiathèque protestante, le Stift. Du 27 au 29 octobre 2017, les protestants de France tiendront trois jours de fête au Zénith de Strasbourg.

De nombreux autres événements seront organisés dans les paroisses au cours de l’année qui s’ouvre. La Ville doit publier prochainement un agenda complet.

Un portrait de Jean Calvin (Photo Thierry Ehrmann / FlickR / cc)
Un portrait de Jean Calvin (Photo Thierry Ehrmann / FlickR / cc)

Fête nationale en Allemagne

L’année de célébrations mondiales se terminera du 24 au 27 mai 2017 à Berlin avec le « Kirchentag », la journée des Eglises. Cet événement réunit chaque année des centaines de  milliers de chrétiens protestants et évangéliques dans une ville allemande. Outre-Rhin, le jubilé de la Réforme est un événement national. Son organisation a mobilisé personnalités religieuses et politiques et a même donné lieu à des discussions au Parlement.  Le 31 octobre 2017 sera exceptionnellement un jour férié dans tout le pays.

Sotralentz en redressement judiciaire : chronique d’une dégringolade

Sotralentz en redressement judiciaire : chronique d’une dégringolade

Avec ses 5 filiales en Alsace-Moselle, le groupe Sotralentz a longtemps été parmi les fleurons de l’industrie régionale . Aujourd’hui, malgré des carnets de commande pleins, l’entreprise est en redressement judiciaire. Comment en est-on arrivé là ? La crise économique ne l’a pas épargnée, mais les syndicats soulèvent aussi des choix douteux de la part des actionnaires.

Depuis plus d’un siècle, l’entreprise Sotralentz s’est développée en Alsace et Moselle, pour être implantée sur six sites en France à ce jour, sans compter des antennes en Allemagne, Espagne, Pologne et en Roumanie. Au total, le groupe emploie plus de 1 000 employés. Frédéric Karas, secrétaire départemental CGT, a une formule magique pour évoquer le poids de l’entreprise :

« Sotralentz, c’est 2 Alstom ! »

Qualifiée de « pépite industrielle de l’Alsace Bossue », l’entreprise est principalement installée à Drulingen, où se trouvent Sotralentz Packaging, Sotralentz Construction, SMI Chaudronnerie et le siège, Sotralentz SAS. À Sarralbe, en Moselle, Sécofab fabrique des crémaillères, tout comme la sixième filiale SFAR à Montchanin en Saône-et-Loire.

Des ennuis dans le sillage de la crise de 2008

Créée par Jacques Lentz en 1904 et transmise dans sa famille de génération en génération, l’entreprise est reprise par KJJ Développement et ses 3 actionnaires, Karl Burkardt, Jacques Ducaruge et Patrick Lentz, en 2008. C’est à partir de là que les difficultés ont commencé. La directrice de la communication, Anne Palud, explique :

« C’est un peu compliqué depuis la crise de 2008, comme la plupart des entreprises. On a des problématiques sectorielles qui ont touché tous nos concurrents, nous on a tenu bon. Il y a eu la dévaluation de l’acier, la chute du prix du pétrole, la baisse du prix du minerai de fer… Nos difficultés tiennent à l’ensemble du contexte économique et politique. »

En 2012 encore, la communication du groupe se donnait une image familiale et prospère :

« Sotralentz c’est un groupe indépendant issu de la génération des grandes entreprises familiales, des actionnaires dirigeants au contact direct et quotidien, 400 millions d’euros de chiffres d’affaires, et 1 400 collaborateurs en Europe. »

Et le coup d’un fournisseur

Mais depuis trois ans maintenant, les syndicats se posent des questions sur la santé financière du groupe, et surtout sur une dette grandissante envers un fournisseur, qui a mené tout récemment à la cessation de paiement. Frédéric Karas explique :

« La direction a laissé filer une dette de 50 millions d’euros envers le fournisseur Riva, une entreprise française qui fabrique notamment du treillis soudé. C’est comme si Riva les finançait, puisque la boîte était interdite de crédit. Ensuite les dirigeants chez le fournisseur ont changé et demandé qu’on les paye. Et voilà où on en est aujourd’hui. »

La CGT dit avoir interpellé régulièrement la Direction des entreprises, de la concurrence et de la consommation (Direccte) et la préfecture du Bas-Rhin sur cette situation. Au siège de Sotralentz, Anne Palud explique plus prosaïquement :

« On a eu effectivement une grosse crise avec un fournisseur, qui cet été a fait passer le délai de paiement de trois mois à immédiatement. C’est donc devenu une dette, de plus de 40 millions d’euros, et c’est cela qui a fait basculer le groupe en redressement judiciaire. »

Cet été 2016, la filiale SFAR a aussi été placée en redressement judiciaire. En septembre, c’est tout le groupe qui était en cessation de paiement.

Au siège à Drulingen, on explique les difficultés par le contexte économique (Capture d'écran Google Earth)
Au siège à Drulingen, on explique les difficultés par le contexte économique (Capture d’écran Google Earth)

Déroute à la rentrée

Le 13 septembre, la CGT informe les employés que « la situation économique est très grave ». La société, endettée, demandera d’être mise en cessation de paiement, et après plusieurs reports (car d’après les syndicats, les actionnaires n’ont pas été en mesure de démontrer la cessation de paiement et de rassembler les pièces justificatives), elle sera placée en redressement judiciaire le 28 septembre.

Il y aurait une quinzaine de repreneurs potentiels, qui pouvaient déposer leurs dossiers jusqu’à ce vendredi 28 octobre. Le 31, la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg tiendra une première audience pour annoncer les repreneurs, mais c’est seulement le 21 novembre que sera prise la décision définitive : liquidation judiciaire, cessation à des repreneurs ou poursuite de la procédure de redressement judiciaire.

Malgré les reprises, des licenciements à craindre

Les syndicats sont inquiets pour l’avenir, surtout pour l’emploi. La CGT craint que des licenciements soient inévitables :

« 95% des dossiers de reprise prévoient une casse au niveau de l’emploi. C’est au siège qu’il y a le plus de risques, car les repreneurs vont arriver avec leur staff. À SFAR, les dossiers de reprises ne gardent que 15 personnes sur 93. À Packaging, les dossiers les plus optimistes ne garderaient que 80% des effectifs. »

Pour Frédéric Schlesser de la CFDT, la catastrophe est presque assurée :

« Même s’il y a un repreneur, il risque de profiter de la situation pour licencier. On est très inquiets. »

Du coup, à Packaging, l’équipe travaille sur un projet de reprise en Société Coopérative et Participative (SCOP). Cependant, au siège, on affiche une confiance et un volontarisme indispensables, selon Anne Palud :

« Nous ne pensons pas qu’il y ait un risque de liquidation. Il y a une vingtaine de repreneurs potentiels, même si aucun ne s’est positionné pour le groupe en entier. Cela se fera filiale par filiale, et les juges examineront la pérennité des dossiers. Aujourd’hui on ne peut pas dire si tous les emplois seront sauvegardés, mais on ne peut pas dire qu’ils seront tous perdus ! Il faut imaginer les conséquences psychologiques de la situation actuelle et d’une communication pessimiste sur les salariés. Ces discours sont surtout portés par la CGT, et ne sont pas tellement suivis en interne par les employés. »

Des salariés qui doivent continuer leur travail dans l’incertitude de ce que l’avenir leur réserve. Mais Patrick Béranger, conseiller économique au comité d’entreprise de Packaging, pense qu’on peut limiter les dégâts :

« On peut sauver le bébé ! La situation actuelle va redéfinir le périmètre de l’entreprise, mais à mon avis, on peut sauver les trois quarts des gens. Et réembaucher l’année suivante ! »

Sur place à Drulingen, l'avenir des salariés est incertain (Capture d'écran Google Earth)
Sur place à Drulingen, l’avenir des salariés est incertain (Capture d’écran Google Earth)

Un gros manque d’argent… mais une demande forte

Le paradoxe dans cette histoire, c’est que les carnets de commande du groupe sont pleins, mais la trésorerie au plus bas. Frédéric Karas, de la CGT explique :

« On nous dit qu’on est encore à 1,5 million d’euros de trésorerie, mais même ça, ce n’est pas énorme. »

Les filiales Packaging et Construction sont particulièrement en difficulté pour s’approvisionner. Les syndicats interpellent le gouvernement pour les aider, ils demandent une subvention de 2 millions d’euros, pour succéder à l’autofinancement qui va finir par manquer :

« On a rendez-vous le 2 novembre à Bercy pour voir ce qu’on peut obtenir. On a aussi fait une demande de financement auprès du Conseil départemental du Bas-Rhin. »

Frédéric Karas explique comment Sotralentz s’en sort pour l’instant :

« Les actionnaires sont toujours là, mais deux administrateurs judiciaires ont été mis en place pour piloter le groupe. Ils ont décidé pour l’instant de fabriquer en petites séries, pour faire rentrer l’argent et le réutiliser, mais ce n’est pas viable. »

La suite reste incertaine, mais après une rencontre avec des élus, le président de la Région Grand Est Philippe Richert (LR) a promis que les entreprises qui reprennent les filiales auront le soutien de la Région, à travers le Fonds d’investissement régional de 50 millions d’euros. Pour le siège, la communication des syndicats est contre-productive, d’après Anne Palud :

« Elle nous fait perdre des clients. Pour l’instant, il faut que tout le monde se mobilise pour faire tourner l’usine. »

Des choix à la légalité contestée

Comment une entreprise centenaire, en grande forme il y a quelques années, arrive-t-elle au redressement judiciaire ? En fait, en plus des difficultés liés à la crise, certains avancent de graves problèmes au niveau du management. L’intersyndicale accuse les actionnaires de mauvaise gestion :

« Depuis 3 ans, nous avons fait remonter aux pouvoirs publics des informations sur la situation économique du groupe qui n’ont jamais été suivies d’effets. Nous avons mené des expertises des comptes à Packaging et SFAR, et relevé des éléments qui posent question. »

Ils pointent l’externalisation selon eux illogique de l’affrètement des camions dans une entreprise située au Luxembourg :

« La prestation est facturée 14% au-dessus des prix du marché, et surtout, aucun appel d’offres n’a été effectué. »

De son côté Patrick Béranger ne peut confirmer ces informations des syndicats. Mais d’autres anomalies financières questionnent les syndicats, comme selon Frédéric Karas :

« La maison mère Sotralentz SAS louait les locaux aux filiales pour 3 millions d’euros annuels (entre 600 000 et 900 000 euros par filiale). Enfin, la licence des moules utilisés en plasturgie et conçus dans la filiale Packaging a été transférée à une filiale Aquasolid qui la facturait ensuite à Packaging, celle-la même qui l’a conçu, c’est absurde. »

Sotralentz se targue d'avoir participé à la construction du bâtiment du Parlement Européen (Photo Caroline Alexandre/visualhunt/cc)
Sotralentz se targue d’avoir participé à la construction du bâtiment du Parlement Européen (Photo Caroline Alexandre/visualhunt/cc)

« Le management est très mauvais »

Le groupe semble souffrir de problèmes de management depuis quelques années maintenant, qui contredisent l’image d’une entreprise prospère aux difficultés si soudaines. Frédéric Schlesser raconte qu’à Secofab, le climat social a contribué à dégrader la situation :

« Cela fait 2 ans qu’on tire le signal d’alarme, le management est très mauvais. On a fait un dossier de risques psycho-sociaux très préoccupant, et il n’y a eu aucun changement. »

Patrick Béranger a des explications précises sur quelques erreurs de gestion à Packaging :

« Les principaux problèmes ont été des erreurs de gestion et de répercussion des prix, et un échec dans le développement d’un produit de substitution, qui a fait qu’après la vente, on ne couvrait même pas le coût de la matière première. Cela a coûté 2,5 millions d’euros. »

Il pense que des décisions importantes ont été prises trop tard, et qu’il aurait fallu restructurer le groupe plus tôt :

« Les actionnaires étaient à l’époque des managers proches du terrain, mais depuis quelques temps, ils sont débordés, ils ont perdu les pédales. Du coup, c’est comme un entraîneur de foot : si les résultats ne sont pas là, il dégage. »

« On a du travail mais l’État est absent »

Pour les syndicats, l’État est aussi responsable de la situation problématique du groupe en n’ayant rien fait malgré leurs alertes. Frédéric Karas est indigné :

« Pendant tellement longtemps, Sotralentz a mangé dans la main de l’Etat, avec les fonds du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) surtout, et les pouvoirs publics n’ont rien demandé en contrepartie. Et maintenant ils ne veulent pas nous donner d’argent. »

Sotralentz rappelle en effet toutes ces entreprises en difficultés, bassin d’emploi et d’activité, comme le site d’Alstom à Belfort. Frédéric Schlesser pointe deux poids deux mesures :

« L’Etat n’est pas fichu de subventionner la trésorerie principale alors qu’il a acheté des trains à Alstom, qui n’avait plus de travail. Nous on a du travail ! Mais là, l’Etat est absent. »

« Tout le monde s’en fout »

Les syndicats expriment un grand sentiment d’injustice et inscrivent leurs revendications dans une lutte plus globale contre les inégalités de traitement, et, selon eux, la violence du système en faveur des personnes de pouvoir :

« On continue de demander à ce que la justice fasse son travail. Quand des employés deviennent violents, ils sont condamnés, mais quand trois actionnaires font n’importe quoi avec une grande entreprise, tout le monde s’en fout ! l faut aller voir ce qui se passe au Luxembourg, qui est un paradis fiscal. On attend des réponses sur les soupçons de fraude et d’abus de biens sociaux. »

Pour l’instant, la justice ne s’est pas penchée sur les questions soulevées par les employés, d’après les syndicats :

« On continue de demander à ce que la justice fasse son travail, on nous a dit que ça prendrait du temps, mais le procureur n’a pas lancé d’enquête. La seule avancée, c’est que l’administratrice judiciaire a nommé un cabinet d’expertise international pour faire la lumière sur les flux entre la France et le Luxembourg, mais ce n’est même pas son travail. »

Anne Palud déplore le timing de ces revendications, qui interfèrent avec l’urgence de sauver l’entreprise selon elle :

« Tout ça ne fera pas avancer le problème, ce n’est pas le moment. S’il y a eu des problèmes de gestion, cela sera de toute façon mis à jour par la suite et analysé par la justice. Il y a des administrateurs qui ont été mis en place, et ils n’ont pas modifié grand-chose. »

En attendant, les employés ne seront fixés sur leur sort qu’à la fin de l’année, quand les repreneurs et leurs intentions pour les filiales seront connus.

#Drulingen

La police s’inquiète d’une augmentation d’accidents cyclistes

La police s’inquiète d’une augmentation d’accidents cyclistes

La police nationale recense une augmentation des accidents impliquant des cyclistes. Elle trouve les cyclistes « trop confiants » et rappelle que les règles du code de la route s’imposent à tous les usagers, qu’ils soient à pieds, en vélo ou en voiture.

Les statistiques du commissariat de Strasbourg prennent une tournure inquiétante. En 2015, la police nationale avait enregistré 77 accidents impliquant des cyclistes à Strasbourg. Mais sur les 9 premiers mois de 2016, ce chiffre a grimpé à 97 faits.

Certes la police a décidé de tout comptabiliser à partir de 2016, mais pour le directeur départemental adjoint de la sécurité, Jean Hayet, il est temps de rappeler les règles :

« Chaque année à la même période, on a une hausse de l’accidentologie. On remarque une hausse des faits impliquant des cyclistes, même sur les pistes cyclables. Sur l’ensemble des accidents, la responsabilité du cycliste est engagée dans la moitié des cas, soit à la suite d’un non-respect des règles, soit parce qu’il y a un manque de vigilance ou des écouteurs sur les oreilles qui l’ont empêché d’être attentif à son environnement. »

Depuis le 1er juillet 2015, l’utilisation d’écouteurs à vélo est sanctionné par une contravention de 4e classe (135€ d’amende).

Au centre-ville, la cohabitation est parfois mal aisée... (Photo Gwenaël Piaser / FlickR / cc)
Au centre-ville, la cohabitation est parfois mal aisée… (Photo Gwenaël Piaser / FlickR / cc)

Strasbourg pas plus accidentogène que d’autres

Pour le commissaire Jean Hayet, Strasbourg n’est pas une ville plus accidentogène qu’une autre, malgré sa part modale vélo de 15% quand les autres sont à 8% en moyenne et ses zones de rencontres, ces rues où se croisent piétons, vélos et voitures :

« Les zones de rencontres sont encore en phase d’évaluation, on ne sait pas si elles sont plus accidentogènes que les chaussées classiques. En revanche, on sait que lorsqu’il y a un accident dans les zones de rencontre, il est généralement moins grave en raison de la petite vitesse des impliqués. »

En fait, Jean Hayet regrette que « tout le monde se croit prioritaire » :

« Avec sur un même espace les piétons, les vélos, les tramways, les bus et les voitures, il faut réapprendre à cohabiter. Les règles du code de la route permettent à tous de se croiser sans danger. Lorsqu’il y a des aménagements mal conçus, on fait remonter les remarques à la Ville de Strasbourg et aux institutions concernées pour qu’ils évoluent. »

La police rappelle aussi que les cyclistes doivent pouvoir justifier d’un éclairage de leur monture en état de marche, surtout à l’approche de l’hiver, du Marché de Noël et de ses rues bondées de touristes avec le nez en l’air. Les patrouilles de police ont été particulièrement sensibilisées à ces questions.

Une intelligence artificielle pour aider les juges de la Cour européenne des Droits de l’Homme

Une intelligence artificielle pour aider les juges de la Cour européenne des Droits de l’Homme

Numerama a repéré un article de Motherboard (en anglais) relatant que des chercheurs britanniques sont en train de mettre au point une intelligence artificielle pour aider la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), basée à Strasbourg, afin d’écarter des affaires avant-même que les juges se se penchent sur le dossier. Ces scientifiques sont parvenus à mettre au point un algorithme alimenté par la jurisprudence et qui écarte les dossiers incomplets, aux motifs déjà jugés, ou qui ne relèvent pas de la CEDH.

Car la CEDH est submergée par les requêtes depuis qu’elle peut être saisie par n’importe quel citoyen, en dernier ressort. Depuis, les conditions ont été restreintes, les délais raccourcis mais en 2015, seules 15% des 40 650 demandes devant cette cour internationale dépendante du Conseil de l’Europe ont été jugées. Fin septembre, 74 150 affaires étaient encore en attente de jugement…

La Cour européenne des Droits de l'Homme, réunie pour évoquer l'affaire Vincent Lambert (Photo Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc)
La Cour européenne des Droits de l’Homme, réunie pour évoquer l’affaire Vincent Lambert (Photo Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc)

Juste dans 79% des cas

Les chercheurs de l’University College London ont analysé 584 affaires de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), correspondant à trois articles de la Convention européenne des droits de l’homme : interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants (article 3), droit à un procès équitable (article 6) et enfin, droit au respect de la vie privée et familiale (article 8). Leur algorithme parvient aux mêmes conclusions que les juges dans 79% des cas.

Ainsi, explique Numerama, le « système d’apprentissage-machine lit les décisions liées à la recevabilité d’une plainte, en examinant à la fois les faits présentés par le requérant, et les circonstances. Riche de cet enseignement, la machine serait aujourd’hui capable de prédire correctement le résultat (recevable ou irrecevable) dans 76 % des cas. Pour augmenter son taux de réussite, l’algorithme peut notamment prendre en compte le fait qu’il est statistiquement probablequ’une plainte contre la France soit fondée si elle vise son système judiciaire, puisqu’elle a déjà été condamnée 282 fois sur ce grief, mais qu’il est statistiquement improbable qu’elle soit fondée si elle vise le droit au mariage, pour lequel la France n’a jamais été prise à défaut. »

Airbnb à Strasbourg : la ville réglemente mais le marché prospère

Airbnb à Strasbourg : la ville réglemente mais le marché prospère

Il n’y avait quasiment rien il y a trois ans, et aujourd’hui, plus de 3 000 annonces proposent des nuits dans des appartements sur Airbnb à Strasbourg. Face au nombre croissant de particuliers et professionnels qui font de la location de meublés une entreprise, l’Eurométropole a voulu réglementer. Mais la dynamique semble durer, surtout à l’approche du Marché de Noël.

« Chambre au cœur de la petite France », « Appartement exceptionnel à Kléber », « Charmant studio en plein centre » : c’est ainsi que de nombreux propriétaires veulent attirer le touriste cherchant à se loger à Strasbourg en utilisant Airbnb, le site de location de logements meublés.

À Strasbourg, la hausse a été exponentielle, le nombre d’annonces sur la plateforme étant passé d’environ 1 000 logements à plus de 3 000 aujourd’hui, pour des biens allant d’une vingtaine d’euros la nuit à près de 200€. A tel point que la municipalité a décidé de réglementer le secteur, craignant notamment une concurrence pour les hôtels, mais aussi pour les logements classiques.

De nombreuses annonces Airbnb proposent un logement à la Petite France (Photo Anne Arnould/visualhunt/cc)
De nombreuses annonces Airbnb proposent un logement à la Petite France (Photo Anne Arnould/visualhunt/cc)

Strasbourg s’attaque aux dérives

La Ville a ainsi mis en place des règles limitant le nombre d’appartements par propriétaire, et imposé à Airbnb de collecter la taxe de séjour à son profit. Le premier adjoint (PS) au maire, Alain Fontanel, détaille le point de vue de la municipalité :

« On n’a rien contre les meublés touristiques, mais quand ce n’est pas régulé, cela a des effets pervers : les multi propriétaires qui achètent et spéculent, ceux qui transforment un immeuble entier en location touristique, qui changent la face d’un quartier, ça ne nous va pas. En deux ans, il y a eu une hausse de 1 000 logements mis en location Airbnb, et nous, nous avons construit 2 000 logements. »

Pourtant, Jacques Lavie, de BnbLord, une société de gestion de logements placés sur Airbnb, nuance :

« D’après notre étude du marché strasbourgeois, le nombre de locations a doublé depuis un an, mais sur les 3 000 annonces présentes sur le site, seules 1 400 sont vraiment actives, donc gérées activement et régulièrement par le propriétaire. »

L’objectif de la Ville de Strasbourg est aussi de mettre de l’ordre dans le marché, en clarifiant les obligations légales des gestionnaires de meublés, et en encadrant leur activité.

Studio, chambre, appartements, loft, tout se loue sur Airbnb (Photo jswinetours/jscitytours/visualhunt/cc)
Studio, chambre, appartements, loft, tout se loue sur Airbnb (Photo jswinetours/jscitytours/visualhunt/cc)

Une taxe de séjour et un nombre limité d’appartements

Ainsi, depuis cet été, Airbnb collecte une taxe de séjour de 0,55€ par logement et par nuitée, au profit de la Ville. Une nécessité, d’après Alain Fontanel :

« Jusqu’à maintenant, moins de 500 logeurs avaient déclaré leur situation, et à peine une cinquantaine s’acquittait de la taxe de séjour ».

La ville a alors fait un rappel : tout locataire ou propriétaire peut proposer une location meublée saisonnière, mais une personne qui loue un logement plus de 120 jours par an doit demander une autorisation de changement d’usage, depuis la loi ALUR (Accès au Logement et un Urbanisme Rénové) de 2014. Ce régime veut que dans toutes les villes de plus de 200 000 habitants, l’utilisation d’un local d’habitation pour une activité professionnelle soit soumise à autorisation préalable.

Et le nouveau règlement municipal apporte des conditions à la délivrance de cette autorisation : les propriétaires seront tenus de ne mettre en location Airbnb pas plus de deux appartements, pour une durée de 9 ans maximum. Enfin, ils doivent remplir des obligations fiscales, selon le degré d’activité : déclaration d’activité, déclaration de revenus, ou versement de la Cotisation Foncière des Entreprises.

Pour contrebalancer activement la perte potentielle de logements destinés à l’habitation, la Ville de Strasbourg met en place une règle de compensation, comme l’explique Alain Fontanel :

« Le multi propriétaire doit montrer qu’il équilibre le marché : à partir du 3e meublé, il doit transformer des bureaux en logements d’habitation. Et pas plus de la moitié d’un immeuble ne peut être constitué de meublés touristiques. »

Pédagogie, contrôles et amendes

Pour faire respecter les nouvelles mesures, la ville se veut d’abord accompagnante, et estime qu’il y a de nombreux logeurs qui ne connaissent pas leurs obligations, comme le dit Alain Fontanel :

« Une partie de la communication de la Ville autour de la réglementation est un simple rappel des obligations légales. Il y a beaucoup de gens de bonne foi qui ne respectent pas les règles. »

Mais la ville estime aussi que « d’autres agissent en connaissance de cause du fait de l’absence de sanctions réelles ». En attendant, certains ont encore du mal à s’y retrouver. Laurent loue une chambre de son appartement sur Airbnb et ne sait pas trop quoi penser :

« Je trouve cela normal que l’on paye maintenant la taxe de séjour. Mais la Ville m’a contacté pour me mettre en garde, me dire qu’il y aurait des sanctions si je ne me déclarais pas en mairie, mais sans m’expliquer la réglementation et les conditions. Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles, je ne suis pas sûr des démarches à suivre. Mais si cela devenait trop compliqué, je devrai peut-être arrêter la location. »

Désormais, on souhaite faire respecter le nouveau cadre légal à coups d’amendes : 25 000€ pour celui qui ne fera pas le changement d’usage, et 750€ en cas de non déclaration à la mairie (hors résidences principales). Laurent pense que le durcissement des règles peut être décourageant :

« J’ai conseillé à des amis qui voulaient mettre plusieurs appartements en location de ne pas se lancer là-dedans. Cela aurait pu être bénéfique il y a quelques années, mais maintenant ça ne vaut plus le coup ».

Des inspecteurs seront chargés de se rendre sur place, auprès des logeurs, et de vérifier qu’il n’y a pas de fraudes. Ces contrôleurs assermentés démarrent bientôt, assure Alain Fontanel :

« Ce n’est plus qu’une question de jours, nous voulons procéder aux contrôles avant la période du Marché de Noël ».

C’est que la marque Strasbourg, Capitale de Noël, attire le touriste, et est une aubaine pour ceux qui veulent proposer leur logement à la location.

Une attractivité à toute épreuve ?

La dynamique Airbnb à Strasbourg ne semble pas vouloir s’arrêter. C’est la capitale alsacienne qu’a choisi la société BnbLord pour ouvrir sa première antenne régionale. S’occupant de la gestion d’une centaine d’appartements sur Paris, Jacques Lavie, un des cofondateurs, explique l’attractivité de la ville :

« Il n’y a pas de saisonnalité, la ville est visitée toute l’année ! En plus c’est la capitale de l’Europe, et elle est bien placée et bien agencée. Strasbourg est très bien pensée d’un point de vue logistique et transports. Le tram qui mènera directement en Allemagne est aussi un vrai plus ! ».

Les effets à long terme de la nouvelle réglementation seront visibles dans les prochains mois, mais pour l’instant, on trouve encore sur Airbnb de véritables petites entreprises de location, certaines se présentant même comme auberge. Plus de particulier ou de prénoms, on loue ici chez “Elovution House” ou “Planet Strasbourg”, et chaque chambre ou dortoir a sa propre annonce, parfois son propre nom, comme à l’hôtel (“Right Room”, “Van Gogh Room”)… Même les particuliers en font une véritable activité, certains proposant le petit-déjeuner, d’autres la navette pour l’aéroport, etc.

Un marché rentable pour les loueurs, avec plusieurs centaines d’euros par mois

Les propriétaires strasbourgeois auraient tort de se priver de louer leur bien en Airbnb. D’après une étude de marché de BnbLord, le bénéfice peut être meilleur qu’à Paris :

« Faire du Airbnb à Strasbourg est particulièrement rentable car les prix à la nuitée sont peu ou prou ceux de Paris. A contrario, le prix du mètre carré à la location est de 28,53€ le mètre carré à Paris et de 13,23€ à Strasbourg, soit près de deux fois inférieurs ! ».

Et les strasbourgeois semblent mettre tous leurs biens à profit, comme le constate la start-up, qui se veut aussi société de conseils pour optimiser la location :

« Les strasbourgeois s’avèrent bien plus ouverts à la location d’une chambre privée dans leur appartement [que les parisiens] ! Et ils ont raison, puisqu’une chambre se joue à la journée 41€ en moyenne par jour soit 50% de moins qu’un studio seulement. Un propriétaire  strasbourgeois peut donc escompter générer entre 700 et 1200€ euros par mois en la louant à l’année par Airbnb ».

L’aspect financier n’est pas le seul avantage qui motive les loueurs comme Laurent :

« Bien sûr je fais ça aussi par besoin financier. Mais c’est surtout beaucoup de rencontres, beaucoup de contacts qui durent! »

Le Marché de Noël, la haute saison pour Strasbourg (Photo notfrancois/vsualhunt/cc)
Le Marché de Noël, la haute saison pour Strasbourg (Photo notfrancois/vsualhunt/cc)

Monter les prix en haute saison

En plus, les prix peuvent gonfler selon la période. BnbLord a choisi son timing, venant s’installer en vue des fêtes de fin d’année, comme l’explique Jacques Lavie :

« Au moment du Marché de Noël, les prix peuvent facilement doubler voire tripler ».

Laurent profite d’autres périodes aussi :

« J’accueille régulièrement des assistants parlementaires lors des sessions à Strasbourg. Cela me fait facilement 3-4 nuits par mois ».

D’après l’étude de BnbLord, le prix moyen d’une nuitée louée en décembre sur Airbnb à Strasbourg s’élève à 135€. Il ajoute que les prix augmentent aussi fortement lors des sessions parlementaires du Parlement Européen, et insiste sur le fait que tout les pousse à s’installer durablement à Strasbourg :

«  On y gère déjà une dizaine de logements, mais on compte bien accroître notre activité ».

Un peu à l’inverse de ce que la Ville recherchait.

Jusqu’à mercredi, premier tour de vote de La Primaire.org

Jusqu’à mercredi, premier tour de vote de La Primaire.org

Première sélection importante pour La Primaire.org, ce processus démocratique et numérique qui espère faire émerger un candidat hors-partis à l’élection présidentielle de mai 2017. Le premier tour de vote se clôt mercredi 2 novembre.

Parmi toutes les « élections primaires » engagées, il en est une qui sort des partis politiques, et dont Rue89 Strasbourg a évoqué les débuts puis le tour de France de son équipe fondatrice. Son objectif est de faire adouber par au moins 100 000 français un candidat à l’élection présidentielle en mai 2017. L’objectif n’est pas encore atteint. À l’heure d’écrire ces lignes, seuls 68 876 Français se sont engagés dans le processus de sélection, qui doit permettre à ce processus mi-citoyen, mi-numérique de faire émerger un candidat.

12 candidats avec leurs programmes

Néanmoins, le processus de désignation se poursuit. Jusqu’à mercredi 2 novembre, les participants, qui peuvent encore s’inscrire, doivent voter pour ne garder que cinq candidats parmi les 12 encore en lice. Chacun d’entre eux porte trois « priorités », comme « Simplifier, moderniser, moraliser nos institutions » de Roxane Revon ou « Mettre en ligne tous les services publics » de Jean-Michel Billaut en passant par « Le bonheur des Français, santé et emploi » du Dr Michel Pettini.

Le premier tour de vote doit sélectionner 5 candidats parmi 12. (capture d'écran)
Le premier tour de vote doit sélectionner 5 candidats parmi 12. (capture d’écran)

Des manifestes et ébauches de programmes sont disponibles en cliquant sur les profils des candidats. Tous ont travaillé avec les autres lors d’ateliers, où ils ont été mis en concurrence avec d’autres candidats. Dans l’idéal de LaPrimaire.org, le candidat qui sortira vainqueur de tout ce processus de sélection, qui doit aboutir en décembre, portera l’ensemble de ce programme débattu entre les participants.

Une édition spéciale de l’Express sur « Strasbourg dans 10 ans »

Une édition spéciale de l’Express sur « Strasbourg dans 10 ans »

Les Strasbourgeois vont trouver dans leurs kiosques une édition spéciale de l’Express sur leur ville à partir de ce mercredi 26 octobre. Ce supplément local, comme il en parait environ tous les deux mois, traite de « Strasbourg dans 10 ans ». Une formule déclinée dans plusieurs villes par l’hebdomadaire.

Un journaliste de Rue89 Strasbourg à l’écriture

Pour ce dossier, l’Express a fait appel à Volodia Petropavlosky, un jeune journaliste sorti de l’école de journalisme de Strasbourg (le CUEJ) et Jean-François Gérard, journaliste à Rue89 Strasbourg.

Plusieurs élus, mais aussi des architectes et urbanistes sont interrogés dans ce numéro, illustré par de nombreux documents. Cette édition spéciale permet d’avoir un regard d’ensemble sur les grands projets de la municipalité et de l’Eurométropole, au-delà du mandat qui se termine en 2020.

A35, Deux-Rives, Wacken, transports

Le supplément se concentre sur des chantiers déjà abordés sur notre site et que nous allons de nouveau traiter dans les prochains mois : les Deux-Rives bien sûr, mais aussi le quartier d’affaires du Wacken, la requalification de l’A35 en boulevard urbain, l’éco-quartier Danube, la Coop les transports, etc.

Bonne lecture !

Une édition spéciale de l'Express sur Strasbourg pour laquelle un journaliste de Rue89 Strasbourg a participé.
Une édition spéciale de l’Express sur Strasbourg pour laquelle un journaliste de Rue89 Strasbourg a participé.

 

Un Strasbourgeois oppose ses photos à la déforestation

Un Strasbourgeois oppose ses photos à la déforestation

Illustrateur, graphiste et photographe, le Strasbourgeois Hugo Mairelle est mal armé pour lutter contre la déforestation. Aux côtés de biologistes, il a néanmoins mis au point une technique photographique pour populariser des formes d’agricultures résilientes, comme l’agrosylvopastoralisme.

À l’occasion d’un mariage, Hugo Mairelle, Strasbourgeois de 28 ans, s’est rendu en février au Mexique, dans la péninsule du Yucatan. Là, il découvre comment les autochtones, souvent des indiens mayas, doivent faire face à la désertification de leurs terres, à la suite d’élevages intensifs toujours à la recherche de plus d’espaces. Pendant deux mois, il décide de s’impliquer avec l’association locale Nukush Kàax dans la promotion et le développement de cultures plus respectueuses de l’environnement, l’agrosylvopastoralisme.

En résumé, cette méthode vise à concilier les cultures et l’élevage dans un cycle qui permet la régénération des terres. Pour qu’elle fonctionne, il faut planter des arbres, mellifères et fruitiers, adaptés au climat de la région. Malheureusement, c’est l’inverse qui se passe, dans la péninsule du Yucatan, les arbres sont arrachés pour faire de la place aux troupeaux, ce qui appauvrit les sols.

« Comme des signatures »

Et puis un soir, Hugo Mairelle découvre comment il peut aider l’association :

« Avec toute l’équipe, nous sommes allés passer la nuit dans une ruine maya. On pouvait observer à l’intérieur des chambres des poutres en bois toujours en place sur lesquelles on accrochait autrefois les hamacs. Il y avait également des restes de peintures sur les murs représentant du maïs et des chultuns, ces puits astucieux pour récolter l’eau de pluie et la conserver pendant la saison sèche… Ces hommes et ces femmes s’étaient adaptés à leur environnement au fil des millénaires. Ils faisaient donc pour moi partie intégrante de ce magnifique milieu naturel, comme des signatures. Je souhaitais rendre grâce à ces travailleurs de la terre, qui avaient compris l’importance de préserver la forêt en utilisant un système vertueux et bénéfique à tous. »

C’est ainsi qu’il a l’idée de projeter sur les ruines des portraits d’habitants qu’il avait précédemment photographiés :

« Ces visages de mayas contemporains, projetés sur les ruines de leur ancêtres redonnaient vie à ce lieu incroyable. C’était particulièrement fort dans ce pays où l’eau est privatisée par Coca-Cola et où 70% de la population est en surpoids. »

Le message est clair : nous sommes dépendants de notre environnement. Hugo Mairelle décide de pousser plus loin la technique, en composant des images à partir de plusieurs prises, afin de faire ressortir tous les détails. Le résultat est assez réussi.

Les photos de Regard Volontaire

Hugo Mairelle ne compte pas s’arrêter là. Sa technique mise au point, en plusieurs passes successives, il espère se rendre dans plusieurs endroits du monde où l’environnement se dégrade, afin de réaliser des expositions et, peut-être, alerter les populations et les décideurs sur la nécessité de préserver la terre et la nature.

Marché-Gare : un prix d’entrée pour les particuliers

Marché-Gare : un prix d’entrée pour les particuliers

Les particuliers qui vont faire leurs courses au Marché-Gare de Strasbourg devront s’acquitter d’un prix d’entrée de 7€ à partir du 15 novembre. Cette décision sera prise par le conseil d’administration de la Samins (société d’aménagement du marché d’intérêt national de Strasbourg) selon un message posté sur Facebook de Paul Meyer, nommé récemment adjoint au maire de Strasbourg en charge du commerce.

Le Marché-Gare est le marché de gros de Strasbourg, il est ouvert de 4h30 à 11h, du lundi au samedi pour les professionnels de la restauration qui viennent s’y approvisionner. Mais l’endroit est aussi prisé par les amateurs de bonne chère, qui peuvent faire leurs courses directement auprès d’enseignes comme les fromages Tourrette, Soprolux, etc. Rue89 Strasbourg avait consacré un article à ces clients particuliers.

Le marché-gare accueille jusqu'à 300 véhicules de particuliers pendant les fêtes. (Thomas Mangin - Rue89 Strasbourg)
Le marché-gare accueille jusqu’à 300 véhicules de particuliers pendant les fêtes. (Photo Thomas Mangin – Rue89 Strasbourg)

« Garder une certaine cohérence »

Pour Paul Meyer, il faut garder « une certaine cohérence » :

« Nous avons pris cette décision pour protéger le commerce de centre-ville à l’approche des fêtes de fin d’année. Restreindre l’accès est aussi une obligation légale. La Ville étant actionnaire de la Samins, on ne peut pas organiser une concurrence directe des commerces avec des équipements qui sont prévus pour les professionnels et développer des zones d’activité en périphérie. Donc l’accès au Marché-Gare sera restreint aux professionnels ou avec un ticket d’entrée pour les particuliers. Et on en tirera les enseignements ensuite. »

Cette décision a été prise à la suite d’une demande de l’association du Coeur gourmand (commerces du Carré d’or près de la Cathédrale) et d’un courrier envoyé à la Ville l’an dernier qui listait les avantages que certains clients pouvaient trouver à aller faire leurs courses directement au Marché-Gare. Ce ne sont pas nécessairement des prix plus bas, mais surtout des contraintes d’accès plus simples et des places de parking plus disponibles, surtout si le centre-ville est transformé en forteresse dans un cadre sécuritaire. À condition de se lever tôt.

Comment Bigard a économisé 30 millions d’euros pour s’emparer des abattoirs alsaciens

Comment Bigard a économisé 30 millions d’euros pour s’emparer des abattoirs alsaciens

Les abattoirs des éleveurs alsaciens à Holtzheim ont été cédés au groupe industriel Bigard pour 1€ avant l’été. L’affaire a été pliée en quelques semaines, sans que les éleveurs n’aient vraiment eu le temps d’étudier des alternatives. Ils y laissent 3 millions d’euros d’impayés. Tandis que du côté de l’abattoir, l’activité a repris.

La scène se déroule dans une salle du palais de justice temporaire de Strasbourg, place d’Islande. Mardi 28 juin, la chambre commerciale du tribunal est réunie pour évoquer la reprise de Copvial SA, qui gère les abattoirs de Holtzheim pour le compte des éleveurs alsaciens. Il n’y a qu’un seul candidat : l’industriel Jean-Claude Bigard. L’homme est à la tête du groupe Bigard de Quimperlé en Bretagne, principal transformateur de viande de France, 4,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 55 usines, 14 000 salariés.

Sa fortune personnelle est estimée à 620 millions d’euros mais il déclare devant la présidente de la chambre commerciale :

« Je suis venu avec un chèque de 1€ et je n’ai pas l’intention de mettre plus. »

Bon, est-ce que vous vous engagez à investir dans les abattoirs alsaciens alors ? À reprendre les 180 salariés ?

« Non, je ne reprends que les 68 salariés nécessaires et je n’investirai que si ça vaut le coup. »

Très bien monsieur, les abattoirs sont à vous : un outil industriel d’une valeur d’au moins 18,7 millions d’euros, construits en 1996 grâce à un tiers de fonds publics, ses 500 fournisseurs et tout son réseau de distribution ! Plus de 110 salariés se retrouvent au chômage économique et les éleveurs y laissent pour près de 3 millions d’euros de porcs et bovins livrés mais jamais payés.

Les viandes de Copvial ne trouvaient pas de débouchés locaux (Photo Claude Fabry / FlickR / cc)
Les viandes de Copvial ne trouvaient pas de débouchés locaux (Photo Claude Fabry / FlickR / cc)

30 millions d’euros évaporés

Mais ce n’est pas tout. Les abattoirs de Holtzheim avaient déjà été sauvés de la faillite en 2007. Le Comptoir agricole, Groupama Alsace et le Crédit Agricole avaient alors accepté d’acheter les actifs fonciers (bâtiments et 4 hectares de terrain) pour apporter à la coopérative 7 millions d’euros de trésorerie. Mais eux aussi ont dû oublier leurs actifs pour tout laisser à l’industriel breton pour 1€.

Au final, ce sont près de 30 millions d’euros qui se sont évaporés pour que Bigard puisse ajouter un 24e abattoir à son réseau. En 2010 pourtant, l’Autorité de la concurrence avait contraint Bigard à céder 4 usines dans le nord et l’est, pour éviter une situation de monopole. Mais depuis, le secteur n’a cessé de se concentrer et les abattoirs Bigard traitent un boeuf français sur quatre, un porc sur cinq. Dès l’été, l’activité a repris à Holtzheim, sauf qu’au téléphone, c’est Socopa qui répond, la filiale d’abattage de Bigard.

L’éleveur écolo prié d’aller voir ailleurs

Tout s’est joué en quelques semaines. Fin avril, les abattoirs sont placés en redressement judiciaire, un repreneur est recherché par les services économiques de l’État et des collectivités. On pense à Pierre Schmidt, Metzger-Muller… Mais les charcutiers industriels alsaciens ne sont pas intéressés.

En revanche, l’éleveur de porcs en agriculture raisonnée de Schleithal, Thierry Schweitzer, étudie le dossier :

« C’est mon abattoir, ça me paraissait important qu’on garde un outil d’abattage en Alsace, pour certifier l’ensemble de la filière. Mais quand on a audité l’entreprise, c’était la catastrophe. Les dirigeants avaient vraiment planté la société, qui perdait 200 à 300 000€ chaque mois. Ils n’avaient pas de débouchés pour une bonne part de la viande produite, qui était bradée sur les marchés européens pour 1,5€ le jambon ! Reprendre était donc très compliqué pour une petite entreprise comme la mienne. Et puis je n’ai pas senti une adhésion complète de la part de la profession. »

Et quand Thierry Schweitzer dit ça, il faut comprendre que la profession, dont la vaste majorité pratique l’élevage intensif, voyait même d’un très mauvais œil que la solution vienne du trublion écolo. Thierry Schweitzer avait même pour projet de faire d’Holtzheim l’un des premiers abattoir compatible avec le bien-être animal. Il était prêt à être minoritaire, à condition d’emmener le reste de la profession vers une production raisonnée. Les signaux qu’il a reçus de la part des instances agricoles l’ont dissuadé d’aller plus loin.

Charal est une marque du groupe Bigard (Photo ctb-lyon / FlickR / cc)
Charal est une marque du groupe Bigard (Photo ctb-lyon / FlickR / cc)

Un positionnement industriel jamais trouvé

Prévu pour avaler 20 à 30 000 tonnes par an, l’abattoir doit s’insérer dans une filière industrielle classique. Sa situation financière est largement héritée d’une sous-utilisation. Copvial essayait depuis deux ans de se développer dans la transformation, mais l’atelier de charcuterie de Reichstett, racheté à Coop Alsace en 2015, s’est avéré plus coûteux que prévu à faire fonctionner et perdait 1,5 million d’euros fin juin.

À la fin du premier semestre 2016, Copvial devait en outre 3,7 millions d’euros de cotisations sociales et 3 millions € aux éleveurs. Aux abois faute de trésorerie, la reprise de Copvial se devait d’être rapide.

Vice-président en charge de l’agriculture à la région Grand Est, Philippe Mangin ne voit qu’un seul repreneur possible pour Copvial, Jean-Paul Bigard. Ancien président de Coops de France, président d’In Vivo, première coopérative agricole, Philippe Mangin connaît bien Jean-Paul Bigard :

« Quand les difficultés de Copvial sont apparues, j’ai suggéré qu’on se tourne vers Bigard parce que je ne voyais pas d’autre repreneur possible. Pour faire tourner un équipement pareil, il faut un accès aux marchés internationaux, ce dont dispose Bigard. »

L’attentisme payant de Jean-Paul Bigard

Mais les éleveurs alsaciens sont méfiants. Ils demandent que d’autres industriels soient contactés. Sicarev et Elivia sont approchés mais les groupes ne donnent pas suite. Pendant ce temps, Jean-Paul Bigard attend et quand il sait qu’il est le seul repreneur possible, il accepte une invitation de la Région Grand Est, mi-juin à Strasbourg.

Présent à cette réunion de la dernière chance, Patrick Bastian, éleveur à Zehnacker, vice-président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Bas-Rhin (FDSEA) et aussi conseiller régional du Grand Est, se souvient :

« Jean-Pierre Bigard savait très bien qu’il avait toutes les cartes en main. Il parle très peu, il ne négocie rien. À la fin de la réunion, on s’est tous regardés : qu’est-ce qu’on fait ? La réalité est qu’on n’avait pas d’autre solution que de lui donner l’abattoir sans aucune contrepartie, sinon c’était la fermeture complète et le chômage pour tout le monde. La mort dans l’âme, c’est ce qu’on a fait. »

Le manque de débouchés a conduit Copvial à vendre de la viande sur des marchés non rentables (Photo Philippe Bovigny / FlickR / cc)
Le manque de débouchés a conduit Copvial à vendre de la viande sur des marchés non rentables – Ici à Rungis (Photo Philippe Bovigny / FlickR / cc)

Philippe Mangin au four et au moulin

Parmi les éleveurs, c’est la consternation. La plupart étaient persuadés qu’une « solution » serait trouvée par les pouvoirs publics, comme en 2007. Pour certains, le terrain a été préparé pour Jean-Paul Bigard, dont l’intérêt pour Holtzheim remonte à plusieurs années. Le rôle de Philippe Mangin est questionné. A-t-il agi comme élu du conseil régional ou comme partenaire industriel de Bigard, en tant que président d’un abattoir (EMC2) dans la Meuse par exemple ?

Philippe Mangin se défend de tout conflit d’intérêts :

« Je n’ai aucune responsabilité dans le groupe Bigard. J’ai accéléré ce dossier parce que Bigard nous a déjà aidés à sauver un abattoir dans la Meuse et que c’est quelqu’un qui tient ses engagements. Il y aura de l’investissement et les embauches vont reprendre. Ce n’est pas le genre de Jean-Pierre Bigard de reprendre un équipement pour le fermer ensuite. »

Éleveur de bovins à Pfettisheim, Dominique Daul fait part de son amertume :

« J’ai encore 20 000€ de créances auprès de Copvial… Qui va les régler ? Certainement pas Bigard d’après ce que j’ai compris. Aujourd’hui, on travaille avec Bigard mais dans un cadre industriel qui pose question, on n’a aucune idée de ce que deviennent nos bêtes ensuite, leur destination finale, etc. Tout le boulot des éleveurs alsaciens depuis trente ans, envolé ! Bigard a même repris la marque Burehof sans qu’on sache comment. Et nous, on se retrouve à la merci d’une chute des cours, qui nous sera appliquée sans aucun ménagement. Il faut donc qu’on diversifie d’urgence nos débouchés, mais ça prendra du temps. »

Sur l’indemnisation des éleveurs lésés dans la procédure de reprise, les regards se tournent vers l’État, la Région et la FDSEA, le syndicat agricole. Mais à ce jour, aucun n’a l’intention de débloquer les 3 millions d’euros nécessaires.

Fin septembre, la chambre commerciale du tribunal de Strasbourg a attribué à la coopérative lorraine Cloé le transport des bovins qu’assurait jusque là Copvial, tandis que les porcs seront transportés par le Comptoir agricole.

18 migrants déplacés de Calais en Alsace

18 migrants déplacés de Calais en Alsace

La préfecture a communiqué la répartition dans la région Grand Est des migrants qui étaient à Calais, après le démantèlement du camp. 18 personnes sont accueillies en Alsace dont 6 à Strasbourg.

Dans le cadre du démantèlement de la « jungle » de Calais, la préfecture de région Grand Est a détaillé dans un communiqué le nombre de migrants qui seront accueillis dans les départements. Lundi 24 octobre, 7 bus ont quitté Calais en direction de la région Grand Est.

271 personnes ont été accueillies parmi lesquelles 18 constituant des familles.

La répartition par département des personnes arrivées ce jour est la suivante :

    l’Aube : 28 personnes ; La Marne : 16 personnes ; La Haute-Marne : 24 personnes ; La Meuse : 77 personnes ; La Meurthe et Moselle : 60 personnes ; Le Bas-Rhin : 6 personnes ; Le Haut-Rhin : 12 personnes ; Les Vosges : 48 personnes Les départements des Ardennes et de la Moselle seront concernés par des arrivées ultérieures au cours de cette semaine.
Un réfugié sur la jungle de Calais (Photo MalachyBrown / FlickR / cc)
Un réfugié sur la jungle de Calais (Photo MalachyBrown / FlickR / cc)

83% d’origine soudanaise

La grande majorité des migrants accueillis sont de nationalité soudanaise (83%). Ils seront accueillis et logés dans plusieurs structures d’accueil, comme le Centre d’accueil et d’orientation (CAO) géré par l’association Horizon Amitié à Strasbourg – Hautepierre. Ces CAO sont « intégralement financés par l’Etat » poursuit le communiqué et « leur gestion, ainsi que leur encadrement sont confiés à des associations expérimentées. Ce dispositif relève de la solidarité nationale. Il répond à un objectif humanitaire permettant de mettre à l’abri des personnes qui se trouvaient en situation de grande précarité à Calais. »

La préfecture précise que la « mise à l’abri dans le CAO est temporaire. Elle doit permettre aux acteurs associatifs d’aider les migrants à constituer un dossier de demande d’asile puisque la très grande majorité de ces personnes s’inscrit dans cette démarche. Il sera procédé ensuite à leur réorientation dans le dispositif d’hébergement déjà existant, dédié aux demandes d’asile (Centres d’accueil de demandeurs d’asile – CADA). »

Jeudi 3 novembre, soirée sur les origines de la Sécu avec « La Sociale »

Jeudi 3 novembre, soirée sur les origines de la Sécu avec « La Sociale »

Avec « La Sociale », le réalisateur engagé Gilles Perret revient sur les origines de la Sécurité Sociale, pilier de la société française d’après-Guerre. Issu du mouvement ouvrier, le documentaire raconte comment l’union des hommes peut produire une solidarité durable, même dans un pays dévasté. Participez à notre soirée-débat, avec nos intervenants locaux.

Gilles Perret n’en avait pas fini avec le Conseil National de la Résistance. Quatre ans après Les Jours Heureux, qui décortiquait le programme politique de l’immédiat après-Guerre, et qui permettait de voir le gouffre qui nous en sépare aujourd’hui, le réalisateur engagé revient avec La Sociale, un film qui puise son inspiration dans la même période.

Le pitch

Il y a 70 ans, les ordonnances promulguant les champs d’application de la sécurité sociale étaient votées par le Gouvernement provisoire de la République. Un vieux rêve séculaire émanant des peuples à vouloir vivre sans l’angoisse du lendemain voyait enfin le jour. Le principal bâtisseur de cet édifice des plus humaniste qui soit se nommait Ambroise Croizat. Qui le connait aujourd’hui ?

70 ans plus tard, il est temps de raconter cette belle histoire de « la Sécu ». D’où elle vient, comment elle a pu devenir possible, quels sont ses principes de base, qui en sont ses bâtisseurs et qu’est-elle devenue au fil des décennies ?

Au final, se dresseront en parallèle le portrait d’un homme, l’histoire d’une longue lutte vers la dignité et le portrait d’une institution incarnée par ses acteurs du quotidien.

La bande-annonce

Le débat

À l’issue de la projection, le public pourra échanger avec nos invités, tous spécialistes de la Sécurité sociale dans le Bas-Rhin :

    Sylvie Mansion, directrice de la CPAM du Bas-Rhin Raymond Ruck, secrétaire régional de la CGT en charge du Régime Local d’Assurance Maladie Dr Claude Bronner, médecin généraliste et membre de l’union régionale de la médecine libérale.

Le concours

#Gilles Perret

Des parents d’élèves interpellent le maire sur les barquettes plastique dans les cantines

Des parents d’élèves interpellent le maire sur les barquettes plastique dans les cantines

Dans une lettre ouverte, des parents d’élèves et leurs représentant alertent le maire de Strasbourg sur l’usage de barquettes plastiques jetables dans les cantines de la ville. Mobilisés contre les dangers pour la santé des enfants et la création de déchets quotidiens, ils souhaitent que la municipalité change ses pratiques à l’occasion du renouvellement du choix du prestataire.

Des parents d’élèves interpellent Roland Ries, le maire (PS) de Strasbourg, dans une lettre ouverte au sujet des barquettes en plastique jetables utilisées dans les cantines. À l’occasion du renouvellement du marché public du fournisseur cette année, les signataires aimeraient que la municipalité prenne des actions pour éradiquer les barquettes en plastique dès la rentrée 2017.

Cette mobilisation est à l’initiative d’une mère de famille, mais le texte est aussi signé par des représentants élus des parents d’élèves. Il reprend les constats dressés dans un article de Rue89 Strasbourg en septembre : un risque pour la santé des enfants, engendré par la présence de perturbateurs endocriniens dans les plastiques utilisés – même si les normes sont respectées –  et un système qui créée beaucoup de déchets quotidiens, à l’heure où l’incinérateur de Strasbourg est à l’arrêt, ce qui entraîne des surcoûts pour les détourner ailleurs.

Les perturbateurs endocriniens sont des molécules qui affectent le fonctionnement d’un organisme. Elle sont, entres autres, relarguées par du plastique lorsqu’il est chauffé. Même à faible dose, elles favorisent le développement de cancers ou de stérilité plusieurs années ou décennies plus tard. Les enfants, dont le corps est en formation, y sont particulièrement vulnérables.

Comme pour les pesticides

Les signataires aimeraient que la municipalité fasse preuve de volontarisme au-delà de ses obligations, comme lorsqu’elle s’était engagée dans une politique  »zéro pesticide » (dans les espaces verts seulement) :

« L’utilisation des pesticides n’est pourtant pas interdite dans notre pays et les fabricants sont aussi tenus de fournir des certificats pour ces produits. Notre ville a décidé d’abandonner le recours aux pesticides en 2008. Elle a eu une démarche proactive de protection de la santé et de l’environnement pour les parcs et jardins. […] Nous souhaitons qu’elle adopte la même démarche dans les cantines, en abandonnant les contenants en plastique et en adaptant les structures de restauration. »

Face au risque sanitaire des barquettes en plastique, la commune des Sables d’Olonne en Vendée a par exemple choisi un prestataire qui proposait des plats en inox, également suite à une mobilisation des parents. Un exemple que Strasbourg pourrait suivre selon les auteurs, qui aimeraient être associés à la future décision.

Une source d’économies pour Zero Waste

Cette lettre est publiée quelques jours après un article de l’association en faveur de la réduction des déchets Zero Waste, dont l’antenne strasbourgeoise soutient la démarche locale des parents d’élèves. Elle voit dans la fin des barquettes en plastique une source d’économie :

« L’utilisation de barquettes réutilisables à la place du jetable était même citée comme un moyen de réduire le coût de gestion des cantines scolaires dans une enquête de la fédération des maires des villes moyennes publié en 2009 association de protection de l’environnement fondée il y a 20 ans qui milite pour la réduction et une gestion plus durable des déchets. »

D’un point de vue juridique, une mairie peut « imposer » des critères de développement durable lors de l’appel d’offres, appuie Zero Waste. L’association aimerait que l’usage de barquettes en plastique diminue en France, dans les écoles, les hôpitaux ou les maisons de retraite. Une quantité de déchets qu’il est difficile à estimer aujourd’hui.

Les objectifs bientôt votés au conseil municipal

Une délibération sur les objectifs du futur marché public, d’une durée de quatre ans, est prévue à l’ordre du jour du conseil municipal de novembre. En septembre, quelques améliorations à la marge étaient envisagées (passer à l’inox pour les entrées et desserts dans les selfs, récupérer les déchets alimentaires), mais ils ne remettent pas en cause le mode de fonctionnement général.

Les signataires espèrent donc que leur mobilisation puisse donner plus d’ambition à la politique strasbourgeoise, ce qui forcerait les entreprises de restauration collective à changer leurs pratiques. Le fournisseur actuel des écoles strasbourgeoises est l’Alsacienne de restauration.

Au conseil municipal de Strasbourg, petite vitesse pour l’exécutif, gros dossiers pour l’opposition

Au conseil municipal de Strasbourg, petite vitesse pour l’exécutif, gros dossiers pour l’opposition

Au programme du conseil municipal de Strasbourg ce lundi : une augmentation du budget de la Ville de 3,4 millions d’euros, une étude d’impact sur la santé au Port du Rhin et trois interpellations de l’opposition. À suivre en direct à partir de 15h.

Le gros morceau du conseil municipal de Strasbourg de lundi 24 octobre devrait être l’étude de la « décision modificative n°1 ». Autrement dit, la municipalité a besoin de revoir son budget de fonctionnement pour faire face à 3,4 millions d’euros de dépenses imprévues.

Selon la délibération sur laquelle devront se prononcer les conseillers municipaux, cette décision modificative s’est imposée en raison d’une extension des provisions pour l’indemnisation des victimes du drame de Pourtalès. En 2001, la chute d’un platane avait provoqué la mort de 13 personnes et fait plus d’une centaine de blessés. La Ville estime le besoin à 3,4 millions d’euros, elle n’en avait provisionné que 2 M€.

Pour assurer l’équilibre, la Ville fait appel au poste des dépenses imprévues (1,1 M€), des dividendes de 2015 (0,4 M€), les redevances des parkings en ouvrage (0,4 M€), etc. Au final, elle va diminuer le budget de fonctionnement de 0,4 M€.

Quant à la section investissement, la Ville a besoin de la réduire de 8 M€, en raison de retards de paiement sur des chantiers en cours et d’une baisse des crédits opérationnels.

Il sera également question d’une enveloppe de 500 000€ pour faire un diagnostic sur la sécurité des écoles et pallier les manques les cas échéant. Plus de vingt écoles sur les 113 que compte la ville ont déjà reçu des équipements supplémentaires.

Le conseil municipal en juin (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)
Le conseil municipal en juin (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

La santé au Port du Rhin à la loupe

Autre point à l’ordre du jour, une étude d’impact sur la santé dans le quartier du Port du Rhin. Selon le Dr Alexandre Feltz, adjoint au maire en charge de la santé publique, 80% de l’état de santé d’une population ne dépend pas de l’offre de soins mais de son environnement. Autrement dit, plus les parcs sont accessibles et plus les gens sont susceptibles de les utiliser, et donc de profiter des effets bénéfiques pour leur santé d’une pratique sportive.

L’étude vise donc à rassembler à partir de novembre des informations sur les changements urbains en cours au Port du Rhin pour fournir en avril 2017 une série de recommandations devant servir à l’aménagement futur du quartier. Cette étude sera conduite par l’école des hautes études en santé publique de Rennes et l’instance régionale d’éducation et de promotion de la santé d’Alsace. Elle est financée par une subvention de 60 000€.

Manufacture des tabacs, Coop et Parc des expos pour l’opposition

De son côté, l’opposition municipale (essentiellement formée par des élus de Les Républicains) prévoit d’interpeller le maire (PS) Roland Ries sur trois dossiers. La sénatrice (LR) et ancienne maire de Strasbourg Fabienne Keller aimerait que le maire précise le projet de la Ville pour la Manufacture des Tabacs, après l’appel à projets dont nous nous étions fait l’écho.

Éric Senet (sans étiquette) et Pascal Mangin, par ailleurs vice-président (LR) du conseil régional, aimeraient que le succès de l’événement « À la conquête de l’Est » pousse le maire à confirmer la vocation culturelle du site de la Coop. Dans leur interpellation, les conseillers trouvent que les ambitions initiales affichées pour cette friche industrielle ont été revues à la baisse, notamment pour y intégrer des logements. Ce que les conseillers d’opposition trouvent peu compatibles.

Éric Senet reprendra la parole pour demander au maire des nouvelles du nouveau parc des expositions. Ce projet, cofinancé notamment avec l’Eurométropole, a été reporté sine die.

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Aux October Tone Parties, le Molodoï secoué par des phénomènes underground

Aux October Tone Parties, le Molodoï secoué par des phénomènes underground

Le bouillonnant label strasbourgeois October Tone a bien grandi. Et maintenant, il occupe le Molodoï pendant trois jours ! De jeudi 27 à samedi 29 octobre, plus de 30 groupes vont défiler au Molodoï, donnant une idée de la jeune scène underground actuelle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a la patate.

En mars 2014, Rue89 Strasbourg vous parlait de l’ascension d’October Tone. Un label né comme bien souvent à l’issue d’un concert mémorable, de rencontres épiques et d’oreilles malmenées. C’était en octobre 2013 au Molodoï. Trois ans plus tard, ils reviennent sur les lieux du crime mais cette fois avec 30 groupes et pendant trois jours. La prochaine fois, ce sera pendant un mois avec 300 groupes.

Ou pas. Quoiqu’il en soit, le rendez-vous mérite le détour, parce que les groupes sélectionnés par October Tone, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, sont tous issus de cette nouvelle scène underground, brillante et débordante d’énergie. En charge de la communication d’October Tone, Atef Aouadhi précise :

« Le fil rouge du festival, ce sont tous des artistes qui travaillent tous les aspects de leur musique, dans un mode un peu « do it yourself ». Ils sont souvent inclassables, mais ils produisent tous un son qui leur est unique. On est allés les chercher loin parfois, jusqu’en Russie par exemple pour NV et on leur a calé quelques dates dans les environs pour que ça vaille le déplacement. Ce sont vraiment des groupes rares sur scène, et parfois même rares en France. »

Le label October Tone accompagne désormais sept groupes, dont cinq ont publié au moins un album. La structure se professionnalise peu à peu, elle compte désormais deux emplois aidés à temps partiel. Ce festival est aussi « l’occasion pour le label de s’auto-célébrer » comme l’indique Atef Aouadhi :

« C’est un pari très audacieux pour notre petite structure. Mais on espère bien remplir le Molodoï et que cette session soit la première d’une série d’October Tone Parties. »

Jeudi, de la pop avec NV, Lorelle Meets the Obsolete et T/O

Jeudi, le festival commence en douceur pourrait-on dire, avec les moins énervés de la sélection, ou les plus délicats. Ainsi, le Molodoï accueillera les guitares saturées d’Alberto Gonzalez et la voix limpide de Lorena Quintanilla dans Lorelle Meets The Obsolete. Le groupe vient de sortir un troisième album très réussi, Balance, dont voici un extrait :

La soirée se poursuivra avec NV, projet solo de Kate Shilonosova venue tout droit de Russie. Là encore, on est dans la délicatesse avec des sons tous électroniques, mis en boucles et qui puisent leur inspiration dans la new-wave japonaise. Le résultat est à la fois trippant et déroutant.

Autre artiste à noter parmi les 10 qui sont à l’affiche de cette soirée, les très pop T/O, du label October Tone et résidents à Strasbourg. Formé par quatre musiciens mais encore plus d’instruments (chant, guitare, basse, batterie, clavier), T/O oscille entre dream-pop et psychédélisme.

Vendredi, expérimentations sonores avec Heimat, Sally Dige…

Toute la soirée de vendredi est composée d’invités d’October Tone, venus parfois du Canada comme Sally Dige. Elle est apparue sur YouTube en 2011 avec un clip remarqué, Immaculate Deception. Pour October Tone, Sally Dige est un ovni au « son insaisissable, brut et crypté avec tous les attributs d’une new wave atmosphérique relevé de beats pop résolument baroques. »

Après, la soirée part dans les méandres du grand inconnu musical avec une sélection très avant-gardiste. Il faudra être ouvert des lobes pour naviguer vendredi soir, entre les bons mots de Baptiste Brunello, sorte de Didier Super en punk, les post-punks justement de Chemin de la Honte, les sons minimalistes et répétitifs d’Usé et la « keinwave orientale » d’Heimat.

La californienne Tearist sera parmi les phénomènes invités aux October Tone Parties (doc remis)
La californienne Tearist sera parmi les phénomènes invités aux October Tone Parties (doc remis)

Samedi, October Tone all stars et les dingues de Partout Partout

Samedi 29 octobre, la soirée mettra à l’honneur deux piliers d’October Tone : les excellents Pauwels et Hermetic Delight, deux formations strasbourgeoises. Mais la soirée sera également l’occasion d’apprendre que Partout Partout a signé chez October Tone pour produire leur premier album. Une sacrée gageure tant cette musique ultra-rythmée, explosive et pointue est difficile à retranscrire sur disque.

Le duo le plus énergique du monde a déjà fait sensation partout partout où il passe et la dernière fois, c’était au milieu d’un Molodoï plein à craquer de leurs fans pendant la release party d’Electric Electric. On y était :

La vidéo ci-dessous est floue, mais elle retranscrit bien le phénomène :

On peut aussi voir dans cette vidéo pourquoi le batteur perd 15 kg à chaque concert :

Il serait dommage de ne pas mentionner un autre phénomène à l’affiche de cette soirée, qui promet donc d’être particulièrement réussie : la californienne Tearist. « Sublime et terrifiante » selon October Tone, Yasmine Kittles s’inscrit « dans la veine d’un rock industriel échauffé d’influx électroniques. Tearist est un bruit, un cri qui se danse jusqu’au dernier soupir. »

#Hermetic Delight