Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Une nouvelle prison sera construite à Strasbourg

Une nouvelle prison sera construite à Strasbourg

Le gouvernement a annoncé ce jeudi 6 octobre la création de 33 établissements pénitentiaires, soit 32 maisons d’arrêt et un centre de détention d’ici 2026. Cette opération a pour but augmenter le nombre de places et donc de diminuer la surpopulation carcérale. Strasbourg fait partie des 9 villes prioritaires.

La maison d’arrêt actuelle, située dans le quartier de l’Elsau, accueille environ 750 détenus, pour 444 places prévues. Cette situation, les problèmes qui en découlent et une gestion jugée défaillante avaient valu la publication d’un rapport du contrôleur des prisons en mai 2015, un fait plutôt rare réservé aux pires endroits.

Un terrain à trouver d’ici décembre

Dans un communiqué où il « accueill[e] positivement » la création de ce nouvel établissement, le député de Strasbourg Philippe Bies (PS) apporte quelques précisions :

« Il appartient donc désormais au Préfet, d’ici décembre prochain, de trouver sur Strasbourg ou son agglomération, en lien avec les collectivités concernées, le foncier nécessaire à la création de cette nouvelle maison d’arrêt d’environ 550 places. Il est évident que ce nouvel établissement devra tenir compte d’un nécessaire équilibre territorial. »

Un couloir de prison (Photo Thomas Hawk / FlickR / cc)
Un couloir de prison (Photo Thomas Hawk / FlickR / cc)

La maison d’arrêt actuelle à rénover

La localisation du futur établissement à Strasbourg ou dans l’une des 27 communes de l’Eurométropole risque d’amener d’intenses discussions. Les implantations de prison sont rarement bien accueillies par les riverains. Mais tout ira très vite à en croire le député, puisque ce terrain doit être trouvé d’ici la fin de l’année 2016.

« Cette création devra s’accompagner d’une amélioration de l’actuelle maison d’arrêt de Strasbourg », ajoute Philippe Bies. Les maisons d’arrêt, contrairement aux centres de détention, permettent de détenir des individus avant leur procès, présumés innocents.

Un mois d’expos, de balades et de conférences aux Journées de l’Architecture

Un mois d’expos, de balades et de conférences aux Journées de l’Architecture

Qu’est-ce qu’il y a à voir aux Journées de l’Architecture à Strasbourg, mais aussi dans 18 autres villes, d’Alsace-Lorraine, de Bade Wurtemberg et à Bâle ? Des conférences traduites avec des architectes haut de gamme, mais aussi du vélo, du canoë, des balades et des expositions.

Tout le monde a un avis sur l’architecture. N’importe qui trouve un bâtiment élégant ou au contraire peu esthétique. Les Journées de l’Architecture (JA) visent à mettre en avant cette discipline à la croisée de la science et de l’art.

Le petit événement qui était organisé par l’ordre des architectes pour la première fois en 2000 a bien grandi. Pour la seizième édition, la Maison européenne de l’architecture Rhin supérieur, l’association aux 200 architectes-bénévoles pour trois salariés fondée en 2005 se déploie sur 19 villes, trois pays et plus d’un mois, du 30 septembre au 4 novembre. Le thème ? « Architecture en perspective ». Vaste programme, qui fait la part belle aux réalisations récentes.

Architecture en perspective

On dénombre environ 200 manifestations explique la directrice Céline Metel :

« L’ambition est d’être un événement grand public et de sortir des lieux d’exposition habituels. L’an dernier, plus de 55 000 personnes ont participé. »

Du haut de la maison internationale universitaire (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Du haut de la maison internationale universitaire en septembre 2015. Un an après, les abords de la presqu’île Malraux ont bien poussé (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les conférences, des temps forts

Vendredi 7 octobre à 19h, la traditionnelle conférence au Zénith donne en quelque sorte le coup d’envoi des moments forts. Invité cette année, le Portugais Aires Mateus notamment connu pour ses maisons individuelles originales. C’est aussi un moment convivial pour la profession, où les orchestres universitaires jouent et les travaux des jeunes diplômes sont regardés par l’invité du soir.

Une maison par Aires Mateus, pas sûr que ce soit compatible avec la densité en vigueur à Strasbourg (DR)
Une maison par Aires Mateus, pas sûr que ce soit compatible avec la densité en vigueur à Strasbourg (DR)

À mi-parcours, le 21 octobre, la venue au Conseil de l’Europe l’architecte russe Vladimir Plotkin au Conseil de l’Europe invitera les curieux à changer à regarder ce qui se construit à l’est de l’Europe.

L'aeroneff par Vladimir Plotkin (DR)
Les bureaux de la compagnie aérienne aeroflot par Vladimir Plotkin (DR)

Pour la clôture, il faudra se rendre un peu plus loin, à Karlsruhe avec le Français Christian de Potzamparc vendredi 4 novembre. Cet architecte français a notamment travaillé sur les grandes tours de Manhattan.

La boutique Dior à Seoul par Christian de Potzamparc (DR)
La boutique Dior à Seoul par Christian de Potzamparc (DR)

D’autres conférences plus modestes traiteront entres autres de la reconstruction de monuments historiques d’Alsace (11 octobre), des solutions acoustiques luumineuses et en 3D (14 octobre), de l’îlot Saint-Urbain (18 octobre), des perspectives transfrontalières (18 octobre), de la maquette numérique (19 octobre), la Coop (22 octobre) pour ce qui concerne Strasbourg. À cela s’ajoutent des lectures à la librairie Quai des Brumes ou la projection de films à l’Odyssée et au musée d’art moderne.

Des créations locales à l’honneur avec une exposition mobile

Mais il n’y en a pas que pour les grands noms aux journées de l’Architecture, ajoute Céline Metel :

« On assiste un peu à une starification de l’architecture. Chaque ville veut sa grande signature et on a aussi voulu mettre à l’honneur des réalisations dans la région du Rhin supérieur. »

Pour cela, une exposition itinérante de 38 réalisations d’architectes bâlois, badois et alsaciens s’arrête dans 13 villes. À Strasbourg, elle s’arrêtera sur la presqu’île Malraux – particulièrement à l’honneur cette année puisque d’autres expositions et visites s’y dérouleront – du 10 au 16 octobre.

Le consulat de Turquie en travaux (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Le nouveau consulat de Turquie, grande construction près de l’Orangrie qui fait jaser, à visiter. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Des balades, parfois à vélo

Pour ceux qui préfèrent le terrain aux salles feutrées, on relève la visite à Sélestat mercredi 19 octobre avec Rudi Rucciotti, l’architecte qui va se charger de la rénovation de la bibliothèque humaniste. À Strasbourg, deux balades à vélo iront de la presqu’île Malraux jusqu’à la mairie de Kehl les dimanches 16 et 23 octobre le matin. Une autre sur les fronts de Neudorf le samedi 15 octobre à 14h30. Dans le Bas-Rhin, Illkirch-Graffenstaden, Wissembourg, Benfeld ou Ostwald ont aussi leurs parcours cyclistes.

Toujours dans le rayon sports-loisirs, une balade en canoë prendra le départ des eaux vives (rue Pierre de Coubertin) samedi 8 octobre à 14h pour découvrir Strasbourg depuis l’eau. Plus classique, d’autres visites s’effectuent à pied (à la Meinau, au Palais des Congrès, à la Neustadt ou aux Deux-Rives…), dont quelques unes entre midi et deux comme au consulat de Turquie (6 et 13 octobre), l’ECAM à Schiltigheim (11 octobre), la Tour Seegmuller (15 octobre), l’INET (26 octobre), en plus des diverses expositions.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Route du Rhin, le nouveau bâtiment de l’INET par Michel Spitz Architectes et Atelier Zündel Cristea (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Concours de maquettes

Pour Virginie Lemée, 1ère vice-présidente en charge de la MESA, en charge du Bas-Rhin, trois éléments font l’originalité de cette édition :

« On a aussi voulu des rapprochements avec la danse avec notamment une visite dansée de la BNU. Beaucoup d’événements concernent l’axe Deux-Rives, principal lieu de développement à Strasbourg dans les prochaines années et enfin plus d’événements où les enfants peuvent participer. Tous ces moments ont pour but une diffusion de la culture architecturale dans la société. »

Parmi ses coups de cœur, un concours de maquettes pour enfants, de la maternelle au lycée, où parfois des vocations naissent pour plus tard.

Le programme par date

Du progrès possible

Virginie Lemée le reconnait, toutes les constructions à Strasbourg ne font pas la fierté de la profession. Parmi celles-ci, les immeubles au bout de la route du Rhin, assez cubiques. Mais il s’agissait des premiers bâtiments avec de nouvelles exigences écologiques, à savoir l’absence « rupture thermique ». Un des défis futurs des architectes est de mieux maîtriser ces données, pour réaliser des constructions plus harmonieuses, notamment au Wacken.

Parmi les espoirs à termes de la directrice et des architectes de l’association, l’introduction de cours d’architecture dans les écoles françaises, « comme en Suisse », appuie Céline Metel. En attendant une nouvelle réforme scolaire, il est possible de se former gratuitement, grâce au bon vouloir des architectes locaux. Tous les événements sont traduits en Français et en Allemand. L’inscription est parfois nécessaire.

Dans l’intimité des Roms de Strasbourg avec Claire Audhuy

Dans l’intimité des Roms de Strasbourg avec Claire Audhuy

Claire Audhuy a passé l’été au milieu des familles roms installées à l’espace d’insertion Hoche, au sud de Strasbourg. Elle en a tiré un recueil de petites histoires, ses « petits contes documentaires », qu’elle va lire le 14 octobre.

C’est une artiste occupée que nous rencontrons un midi à Strasbourg, entre une résidence en Normandie et une répétition à Bruxelles. Claire Audhuy enchaîne les projets. Vendredi 14 octobre, elle présentera à Strasbourg sa dernière création de théâtre documentaire, « Dieu, les caravanes et voitures », fruit de son immersion l’été dernier au camp rom de Hoche, au sud de la ville. De ces moments partagés, faits de confidences et de coups de sang, elle a écrit un texte qu’elle lira vendredi au public strasbourgeois, accompagnée à l’accordéon par le compositeur Gabriel Mattei.

Pour définir son travail Claire Audhuy se lance :

« Ce sont des petits contes documentaires qui parlent du monde réel en mêlant magie, poésie et onirisme. »

Derrière son art, la jeune femme s’est donné une mission : donner de la voix « à ceux qu’on n’a pas envie d’entendre ».

« Je m’intéresse depuis plusieurs années à la parole des minorités et de ceux qu’on n’entend pas. Il y a ceux dont le message est indicible : les survivants de la Shoah ; il y a ceux qui ne sont plus là pour parler : les témoins de la première guerre mondiale ; il y a ceux qu’on n’est pas prêt à entendre, et puis il y a ceux qu’on ne veut pas entendre. C’est le cas des Roms. »

Gabriel Mattei et Claire Audhuy (Photo C.A. / DR)
Gabriel Mattei et Claire Audhuy (Photo C.A. / DR)

Une centaine de personnes au camp Hoche

Pour donner la parole à cette minorité apparue en France après l’adhésion de la Hongrie et de la Roumanie à l’Union européenne en 2007, Claire Audhuy est allée à la rencontre des habitants du camp Hoche. Situé sur un ancien camp militaire au sud de Strasbourg, cet « espace temporaire d’insertion » fait partie du dispositif de la mission Roms de la Ville de Strasbourg pour intégrer cette population et la sortir des bidonvilles.

Il accueille aujourd’hui près de 100 personnes en caravanes. La Croix rouge les accompagne pour la scolarisation des enfants, l’insertion professionnelle des adultes et, ultime étape, l’accession à un logement social. Des associations culturelles animent aussi la vie du camp. Depuis son ouverture en 2013, environ huit familles hébergées à l’espace Hoche ont déjà accédé à des appartements. D’autres ont déjà trouvé un emploi et attendent encore leur tour. D’autres ont préféré reprendre la route ou rentrer dans leur pays d’origine. D’ici la rentrée 2017, la Ville prévoit de déplacer l’espace Hoche à Cronenbourg car l’armée souhaite vendre son terrain.

En tout, Claire Audhuy a passé près de trois semaines avec les occupants de l’espace Hoche, étalées sur les trois mois de l’été.

« Il s’agissait de passer du temps là-bas, parfois à ne rien faire du tout. Je ne prenais pas forcément de notes sur tout ce qu’il se passait. Il ne s’agit pas de débarquer deux heures avec un enregistreur et de braquer tout le monde. J’ai pris le temps de saisir les envies qui passaient, les silences, les regards. »

Confidence pendant les trajets en voitures

Dans ce lieu ou la promiscuité fait loi, pas facile d’en venir aux confidences, surtout que la majorité des adultes ne maîtrisent pas le français.

« C’est avec les enfants que j’arrivais à communiquer le plus parce qu’ils vont à l’école. Et avec certains adultes qui ont suivi des cours de français. »

La Croix rouge a permis à Claire Audhuy d’accompagner des personnes dans leurs déplacements pour les rendez-vous à la prison ou aux bébés du cœur par exemple.

« L’espace Hoche, c’est le bout du monde, tu ne peux rien faire sans voiture et tout trajet prend bien 40 minutes. C’est dans ces temps-là que j’ai pu partager des moments plus intimistes avec les habitants. »

Offrir un petit chat

Dans la communauté de destins que Claire a croisés, des petits garçons rêvent d’amoureuse à qui ils offriraient un petit chat, ou de carrière de policier. Les petites filles sont des princesses sur des tapis volants. Les femmes enterrent leurs hommes avec leur portable, mais le téléphone ne décroche plus. Ceux qui ont obtenu un appartement reviennent le soir s’enivrer de la vie en collectivité. Et parfois les hommes se battent, pour rompre l’ennui.

(Photo Célia Constantinesco / Rue89 Strasbourg)
L’espace vaisselle de Hoche (Photo Célia Constantinesco / Rue89 Strasbourg)

Tout change très vite au camp. L’intégration se fait sur le fil du rasoir.

« L’environnement est rude pour les enfants. Ils jouent au foot à côté des voitures stationnées pour les passes. Ce n’est pas le but de la Ville de les garder dans cet espace d’insertion. Et j’ose espérer que ce n’est le but de personne de rester là-bas. J’ai rencontré des réalités de terrain assez violentes. Je pense par exemple à une famille à laquelle je me suis beaucoup attachée. Elle a inspiré cinq textes du spectacle. Un jour que j’arrivais par hasard, je prends de leurs nouvelles. Les enfants m’annoncent que l’un des papas de la fratrie est mort, que l’autre va sortir de prison et que la Maman a décidé que la famille allait quitter la France. Ils partaient le lendemain. Tout le travail d’insertion accompli tombait à l’eau comme ça. Je me suis interrogée sur l’avenir de ces enfants. Chacun d’entre eux s’était mis une barricade pour encaisser la rupture. Ils prenaient tout ça avec beaucoup de distance apparente. Moi, je trouvais ça plutôt pas mal ce qu’ils avaient esquissé à l’espace Hoche. Ils sont partis. D’ailleurs dans les gens que j’ai rencontrés là-bas, il n’en reste pratiquement plus aucun aujourd’hui. Si j’y retournais, ce serait une autre pièce. »

« Permettre un dialogue qui n’existe pas »

L’artiste espère que sa pièce puisse contribuer à changer les mentalités.

« J’ai voulu mettre en lumière le mode de fonctionnement des roms, leurs manières de réfléchir, pour finalement montrer que par-delà les différences, on se ressemble. »

Claire Audhuy (Photo : Claire Gandanger/ Rue89 Strasbourg / cc)
Claire Audhuy (Photo Claire Gandanger/ Rue89 Strasbourg / cc)

Fille et épouse de journalistes, Claire Audhuy a choisi le théâtre documentaire « pour toucher un public plus nombreux ».

« Je me sens proche du journalisme, mais je m’en distingue par mon mode de restitution de mes observations de terrain. J’ajoute un style personnel. J’apporte un peu de beauté au-delà des faits. Ce travail me permet d’aller vers les publics scolaires pour qui le spectacle vivant est plus ludique. »

L’auteur espère que son travail va contribuer à « permettre un dialogue qui n’existe pas aujourd’hui », alors que les Roms subissent dans la société un « profond mépris ».

« J’ai déjà pu le constater lors de mes interventions dans les collèges et lycées quand j’ai projeté aux ados des passages du Bulli Tour sur des rappeurs roms. Les élèves étaient choqués que ces Roms puissent être fiers d’être roms. La parole raciste était complètement libérée. »

Des porcs sur les fosses communes

Pour Claire Audhuy, le travail à faire dans la société sur la reconnaissance des Roms est énorme.

« Comme ils sont une minorité partout, il y a un consensus sur cette plus petite minorité. On a tous nos roms. Leur mémoire est complètement méprisée. Et c’est encore pire dans leurs pays d’origine. En République tchèque, savez-vous ce que sont devenus les camps de concentration réservés au Roms pendant la seconde Guerre mondiale ? Dans les années 70, l’un d’entre eux a été transformé en porcherie industrielle. Elle est toujours en activité aujourd’hui malgré la mobilisation des enfants de roms exterminés. Les porcs se promènent sur les fosses communes. L’autre camp est devenu un aquaparc. »

Mais Claire Audhuy veut croire dans la progression des jeunes générations.

Quand je parle avec les lycéens, je vois que leur racisme est assumé mais pas du tout construit. Rien n’est encore figé. »

 

#espace Hoche#théâtre documentaire

Le RSA contre le bénévolat illégal, vers du bénévolat… volontaire !

Le RSA contre le bénévolat illégal, vers du bénévolat… volontaire !

La délibération du Conseil départemental du Haut-Rhin visant à lier le versement du revenu de solidarité active (RSA) par le bénéficiaire à sept heures par semaines de bénévolat a été annulée par le tribunal administratif de Strasbourg ce mercredi 5 octobre. Le département compte néanmoins prévoir le bénévolat associatif comme politique d’insertion, mais il ne pourra obliger ses administrés.

Le tribunal administratif de Strasbourg a jugé que de conditionner le revenu de solidarité active (RSA) à sept heures de bénévolat par semaine est illégal. Le Conseil départemental du Haut-Rhin avait voté une délibération en février 2016 qui doit s’appliquer dès le 1er janvier 2017.

Pas d’examen par le Conseil constitutionnel

Le président du Haut-Rhin Éric Straumann (LR) avait demandé à ce que la question soit d’abord étudiée par le Conseil constitutionnel au titre de la « libre administration des collectivités territoriales ». Une demande refusée par le juge.

Lors de l’audience le 21 septembre, le rapporteur public Henri Simon avait rappelé que la question avait été tranchée par les Sages par la négative en 2011. Quand bien même les Départements doivent trouver les moyens de combler la différence entre la somme versée par l’État et celle qu’ils dépensent, cette situation n’est pas suffisante à caractériser un « changement de circonstances ».

Le tribunal administratif de Strasbourg, avenue de la Paix (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le tribunal administratif de Strasbourg, avenue de la Paix (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les conditions d’attribution déjà fixé

Sur le fond, le rapporteur public avait estimé que juridiquement, rien ne prévoyait dans la loi qu’un département puisse changer les obligations auxquelles un bénéficiaire est déjà tenu par la loi, notamment de chercher un travail. Sur ce point, il a aussi été suivi par le juge administratif. Le jugement mentionne que des engagements supplémentaires du bénéficiaire ne peuvent résulter que d’un « contrat librement débattu » avec le conseil départemental.

Après l’audience en septembre, Éric Straumann semblait un peu reculer en expliquant que tous les bénéficiaires ne seraient peut-être pas concernés. Mais sa volonté reste d’avoir des marges de ne manœuvre sur cette politique et ne pas être « un guichet ». Ce qui pourrait justifier un appel ou une délibération plus souple. Mais un éventuel appel à la Cour administrative d’appel de Colmar n’est pas suspensif en soi. Il faut y adjoindre une demande de sursis à l’exécution du jugement, qui sera étudié plus tôt, mais implique une procédure.

Vers du bénévolat… bénévole

Dans cette logique, le président haut-rhinois a réagi par communiqué en annonçant que le bénévolat sera adapté au cas par cas :

« D’ici la fin de l’année, le Conseil départemental du Haut-Rhin proposera ainsi un dispositif adapté et concerté ; près de 300 personnes, allocataires, associations et partenaires du secteur de l’insertion sont en effet associés depuis le printemps aux différents ateliers participatifs mis en œuvre par le comité de pilotage. Ce dispositif s’appuiera notamment sur l’inscription de l’action de bénévolat dans les contrats d’engagements réciproques qui lient aujourd’hui la Collectivité et les allocataires du RSA. »

Mais comme l’a rappelé le juge, il faudra que le bénéficiaire accepte de signer ce contrat, une position sur laquelle Éric Straumann risque de s’aligner lors de la rédaction des « modalités » comme il l’a expliqué à Franceinfo.

Le dossier peut rebondir dans les prochains mois. Éric Straumman, par ailleurs député de Colmar, a réussi à porter le débat au niveau national, ce qui amène les candidats de la primaire de la droite de se positionner sur le sujet, et peut-être modifier la loi un jour. Le Front national faisant souvent campagne contre le thème de ce qu’elle appelle « l’assistanat », la droite est tentée de vouloir ajouter des obligations aux bénéficiaires pour ne pas être dépassée sur ce point, partie intégrante de ses discours.

Pas d’obligation en vue dans le Bas-Rhin

Du côté du Bas-Rhin, le président Frédéric Bierry a été interrogé lors du Conseil de l’Eurométropole du 30 septembre où il était invité, s’il soutenait son homologue haut-rhniois dans cette démarche. Sans répondre « oui » ou « non », il a indiqué que sa collectivité « encourage » le bénévolat notamment pour les plus de 55 ans, sans le rendre obligatoire.

« Les gens sont rentrés dans un cercle vertueux et ont retrouvé de l’emploi », a-t-il déclaré en citant l’exemple d’une personne qui a officié au club de rugby de Cronenbourg. Avec deux présidents de droite, mais aux tempéraments politiques différenets, Haut-Rhin et Bas-Rhin vont encore se rapprocher sur une politique. À quand une fusion ?

À la Meinau, l’éreintante lutte contre la radicalisation et les préjugés

À la Meinau, l’éreintante lutte contre la radicalisation et les préjugés

Ancien de Guantanamo, Mourad Benchallali témoigne auprès de jeunes gens pour éviter qu’ils ne soient tentés par une aventure armée. Il était à Haguenau, invité par un centre socio-culturel et l’association de Strasbourg Éveil Meinau. Il raconte cette soirée sur son blog.

Sur son blog « Après Guantanamo » hébergé par Libération, Mourad Benchallali raconte qu’il s’en est fallu de peu pour que sa rencontre à Haguenau avec des jeunes des quartiers populaires du Bas-Rhin ne soit une nouvelle fois annulée. En tout cas, le public a été accueilli par une voiture de police, et les jeunes ont été fouillés à l’entrée, ce qui a tout de suite mis l’ambiance.

Mourad Benchellali a été l’un des premiers détenus français du camp de Guantánamo. Aujourd’hui formateur dans l’insertion, il s’est retrouvé, contre son gré, pendant deux mois dans un camp d’entraînement d’Al Qaida en 2001 alors qu’il était en voyage en Afghanistan. Capturé par l’armée pakistanaise, qui l’a remis aux Américains, il parcourt la France avec l’intention de témoigner, pour éviter que d’autres jeunes fassent « la même erreur que lui. » À Haguenau, il a témoigné avec Saliou Faye, imam à la Meinau à Strasbourg :

« Ce guide spirituel est devenu une figure incontournable et respectée, il a même reçu l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du mérite pour son travail à l’Association Eveil Meinau. A chacun de ses prêches il invite les fidèles à “la lutte contre soi-même, ses passions et surtout à ne pas tuer des innocents”. »

Mourad Benchellali avec plusieurs participants de la soirée à Haguenau (Photo Mourad Benchellali / Libération)
Mourad Benchellali avec plusieurs participants de la soirée à Haguenau (Photo Mourad Benchellali / Libération)

Travail d’analyse sur le quartier de la Meinau

Il y avait aussi Hamed Ouanoufi, éducateur au centre socioculturel de la Meinau :

« J’ai grandi à la Meinau. Quand j’ai appris que certains étaient partis en Syrie, pire quand certains y sont morts ça a été un choc. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, qu’il ne fallait pas rester sans rien dire. »

Mourad Benchallali raconte qu’Hamed Ouanoufi a fait « un travail d’analyses et de réflexions avec quelques adolescents du quartier autour du procès de sept jeunes originaires de Strasbourg jugés pour être partis faire le djihad en Syrie » :

« On a assisté au procès et repris les déclarations des jeunes. On a écouté leurs motivations de l’époque, leur naïveté aussi. Tout ça pour que ça puisse servir d’exemples pour les autres. »

Selon Mourad Benchellali qui cite Hamed Ouanoufi, l’état d’esprit des jeunes de la Meinau ne cesse de se dégrader :

« Ils ont de plus en plus le sentiment qu’ils ne sont plus libres de leur parole, qu’ils ne peuvent plus dire ce qu’ils pensent, qu’ils sont “fliqués”. Les débats sur la fiche S, le traitement médiatique du quartier et même l’état d’urgence. La parole est verrouillée. Il faut que les jeunes puissent de nouveau dire ce qu’ils pensent, afin que l’on puisse ensuite en débattre avec eux. »

« Si tu aimes Daech, dis-le ! Mais dit aussi pourquoi ! »

Mourad Benchellali répond souvent aux jeunes : « si tu aimes Daech, dis-le ! Mais dit aussi pourquoi ! Ce qui permet d’amorcer le débat, pour déconstruire les représentations, casser l’image mystique, le concept idéologique de cette entité destructrice. » Hamed Ouanoufi constate de son côté :

« Les questions identitaires et le sentiment d’appartenance des jeunes sont des sujets qui nous reviennent comme des boomerangs. Les discriminations à répétition ont fissuré le tissu social de notre pays. On ne peut plus accepter le deux poids deux mesures, la question de la citoyenneté et se confronter à la question de la réalité du quotidien. Comment se sentir citoyen à part entière quand je suis traité comme un citoyen de seconde catégorie. »

De son côté, Mourad Benchellali conclut en constatant que, dix ans après, il ne s’est toujours pas pardonné d’avoir été aussi naïf.

#Eveil Meinau#Hamed Ouanoufi#Mourad Benchellali

« On est des geeks, pas des délinquants ! »

« On est des geeks, pas des délinquants ! »

À la barre. – Il y a les multi-récidivistes, habitués des prétoires et des condamnations, et ceux qui ne savent pas trop ce qu’ils font là, devant la 7ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Strasbourg. C’était le cas de deux passionnés de jeux vidéos, accusés d’escroquerie au Cash Express de Schweighouse-sur-Moder, où ils travaillaient au service achats.

Ils sont quatre à comparaître ce jeudi-là, quatre jeunes hommes âgés de 24 à 29 ans. Ils n’ont pas tous joué le même rôle dans ce « réseau » que la gendarmerie a rapidement démonté au premier trimestre 2016, après quelques interrogatoires et SMS récupérés.

Le « dur » de la bande, un agent de sécurité aux yeux baissés et rougis

D’un côté, il y a Christophe K., Lorrain de 29 ans, le crâne blond quasi-rasé, les yeux baissés et rougis, vêtu d’une chemise à carreaux, de jeans trop larges et de lourdes chaussures noires. Père de deux enfants et « soutien de famille », l’homme a longtemps travaillé dans l’industrie, après un CAP boucherie. Il comparaît pour avoir volé 13 tablettes informatiques, alors qu’il était agent de sécurité chez Auchan, dans la galerie commerçante de Schweighouse-sur-Moder, à côté de Haguenau. Déjà condamné plusieurs fois pour vol ou usage de produits stupéfiants (un joint), quand il était mineur ou tout jeune adulte, c’est le « dur » de la bande.

À ses côtés, Alexis S., 24 ans, a tout du dandy de galerie marchande : baskets Converse aux lacets violets, pantalon chino, chemise, veste et gilet de costume près du corps, cravate et boucles d’oreilles. Lui travaillait au moment des faits chez Micromania, un magasin de jeux vidéos situé juste en face du Auchan. Ce qu’on lui reproche : avoir écoulé plusieurs des tablettes volées chez Auchan par Christophe K. dans un troisième magasin de la même galerie commerçante, Cash Express, une enseigne de reprise et revente d’appareils.

Des prix de rachat de consoles gonflés pour récupérer des jeux

Viennent ensuite Said S. et Soufian L., employés par Cash Express. Ils ont racheté les tablettes mais ce n’est pas ce qui leur est reproché par le tribunal. Ils sont en fait accusés d’une toute autre petite escroquerie, découverte à l’occasion de l’affaire des tablettes : pendant quelques mois, ils ont gonflé les prix de reprise de consoles pour se garder sous le coude quelques jeux d’importation rares. Âgés de 28 ans, les deux jeunes hommes portent des pantalons de toiles larges, des sweat-shirts gris et noir, et une certaine naïveté sur le visage. Alors que Christophe K. et Alexis S. comparaissent assistés chacun d’une avocate, Saïd et Soufian sont seuls.

On reprend du début. L’affaire commence en février 2016 par une plainte du supermarché Auchan contre son agent de sécurité, qui vient de se faire pincer en train de voler une « tablette multimédia », repérée par une caissière dans l’un de ses cabas. Ce que la caissière ne sait pas, c’est que Christophe K. n’est pas en train de voler une mais trois tablettes, dont deux qu’il confie, dans la panique, à Alexis S., dans le magasin d’en face, Micromania.

« Sous les packs d’eau, les tablettes ne sonnent pas »

Une enquête démarre et, très vite, les gendarmes se rendent compte que ce vol n’est pas une première : des jeux vidéos, divers objets (comme un peignoir) et 10 tablettes ont déjà disparu chez Auchan, « passées sous des packs d’eau pour que ça ne sonne pas ». Christophe K. assure : « C’est un truc qu’un collègue m’a montré dès mon premier jour à Auchan », une astuce qui fonctionne surtout pour les caisses automatiques, où l’on scanne soi-même ses achats.

En 6 mois environ, le jeune homme se fait rembourser certains produits sans ticket de caisse. Sur les 13 tablettes volées, promet-t-il, il en offre huit en cadeau à la famille et aux amis et deux sont écoulées par Alexis S., qui joue les intermédiaires avec Cash Express, où il revend les objets volés. Le premier aurait pu gagner au maximum 6 000€ à la revente, d’après l’enseigne Auchan, quand le second n’aurait encaissé que 50€, ayant reversé le reste de sa part dans le fonds de caisse de Micromania.

Des jeux pour la console XBox de Microsoft (Photo MHeinzel / FlickR / cc)
Des jeux pour la console XBox de Microsoft (Photo MHeinzel / FlickR / cc)

« Je créditais la carte de fidélité de ma femme pour pas que les points se perdent »

En creusant un peu, les gendarmes découvrent des manœuvres pas très claires, chez Micromania comme chez Cash Express. Alexis S. explique :

« Chez Micromania, on scanne des magazines au lieu de scanner des jeux du même montant, on remet des trucs en rayon pour faire plus de volume, gonfler les statistiques du magasin… On est formé à ça par le gérant [ndlr, qui n’était pas à l’audience]. Comme lui, j’ai créé une carte de fidélité au nom de ma femme et quand des clients ne voulaient pas de carte de fidélité, des Allemands par exemple, je créditais cette carte pour pas que les points se perdent. »

Le jeune homme encaisse ainsi environ 500€ de bons d’achat en 6 mois – une arnaque qui lui est reprochée par le tribunal. De leur côté, chez Cash Express, Said S. et Soufian L. rachetaient des consoles au prix fort (« pour ne pas léser les clients ») afin de conserver pour eux-mêmes des jeux en langues étrangères que le magasin ne reprenait pas. Soufian L., plus à l’aise que son ami, raconte :

« On est des collectionneurs ! Moi, par exemple, je suis fan de jeux japonais. En rachetant une console et des jeux au prix maximum de reprise de la console seule, on a pu récupérer des jeux pour nous que le magasin ne rachète pas normalement. On n’a pas le droit de racheter nous-mêmes directement un jeu, c’est interdit dans notre contrat… Et cette pratique existait déjà avant notre arrivée ! »

« Au service achats, on est sur un siège éjectable »

Les deux jeunes hommes, diplômés en informatique, n’ont pas toujours été au service achats – « un siège éjectable avant de se faire virer », note Said S., amer. Ils y ressentent une pression importante. C’est encore Soufian L. qui dénonce :

« Ce sont les acheteurs – nous – qui sont responsables si un produit est défectueux, même 3 jours ou 3 mois plus tard… On n’a pas de retenue sur salaire, mais on nous refuse des primes s’il y a trop de retours. Alors, pour ne pas trop se faire engueuler, on a réparé des ordinateurs et on les a remis en rayon. »

Un fait également montré du doigt par la justice. Et pourtant, les deux jeunes n’encaissent pas un centime pour eux-mêmes, ni dans cette histoire de rebuts remis en rayon, ni dans celle des tablettes. « On ne savait même pas qu’elles étaient volées… » Seulement quelques jeux récupérés sous le manteau. « Des objets ont été surcotés, et puis, parce qu’ils étaient invendables, leur prix a été diminué au détriment de Cash Express, accuse l’avocate de leur employeur. « Question d’image » aussi, plaide-t-elle.

« Une officine de détention d’objets d’origine plus ou moins frauduleuse »

L’image de Cash Express, la représentante du ministère public n’en fait qu’une bouchée : « Une officine de détention d’objets d’origine plus ou moins frauduleuse », juge-t-elle, pour qui les responsables de « ce joli petit trafic » doivent tous être sanctionnés. « Monsieur K. n’est pas la tête pensante d’un réseau, défend son avocate, il a juste voulu mettre du beurre dans les épinards. » Rejointe par Said S. qui lance comme un appel à l’aide : « On est des geeks, on passe notre temps à jouer ! On a des diplômes, on est pas des délinquants ! »

Tous sont condamnés à du « sursis simple », une peine de prison qui ne sera pas effectuée, à moins que l’un d’eux ne soit à nouveau condamné dans les 5 ans : Christophe K. à 6 mois pour vol, Alexis S. à 4 mois, Said S. et Soufian L. à 3 mois, pour escroquerie. Ils ont tous perdu leur emploi.

Une contamination au virus zika diagnostiquée à Schiltigheim

Une contamination au virus zika diagnostiquée à Schiltigheim

Le Département du Bas-Rhin indique qu’une personne résidant à Schiltigheim a été diagnostiquée atteinte du virus zika. Ce virus n’est pas très dangereux mais il provoque des malformations aux foetus lorsque la personne contaminée est enceinte.

Selon un communiqué du Département du Bas-Rhin, un cas suspect d’infection au virus zika a été diagnostiqué à Schiltigheim le 30 septembre. Le lieu de résidence de la personne malade est situé au cœur du quartier des malteries, déjà colonisé par le moustique tigre, principal vecteur du virus. Cette contamination a été importée selon l’Agence régionale de santé, contractée par exemple lors d’un voyage. En France, tous les cas de contamination au virus zika sont importés, selon le dernier bulletin de l’Institut de veille sanitaire.

Le quartier des materies à Schiltigheim est déjà surveillé par le Syndicat de lutte contre les moustiques du Bas Rhin (SLM 67) qui a confirmé la présence de moustiques adultes visibles dans de nombreux jardins. Pour toutes les maisons concernées, les habitants ont été contactés samedi ou lundi. Et dans la matinée de mardi, un traitement a été pulvérisé dans un périmètre limité.

Le moustique tigre est vecteur du virus zika (Photo Frankieleon / VisualHunt / cc)
Le moustique tigre est vecteur du virus zika (Photo Frankieleon / VisualHunt / cc)

Il n’y a pas grand chose à faire

Le Département précise qu’il n’y a « aucune mesure particulière à prendre, si ce n’est de supprimer les eaux stagnantes pour ne pas favoriser la pullulation du moustique tigre. »

Le virus zika n’est pas très dangereux, aucun symptôme n’est apparent dans 80% des cas selon l’Institut Pasteur. Mais il provoque des malformations aux foetus lorsqu’il s’attaque aux femmes enceintes. Les bébés peuvent souffrir de microcéphalies, un mauvais développement de la boite crânienne qui a des conséquences neurologiques très graves et permanentes.

Avec Alsace Nature, demandez 100 euros par jour à Manuel Valls pour vos poumons

Avec Alsace Nature, demandez 100 euros par jour à Manuel Valls pour vos poumons

La taxe poids lourd, souvent appelée « écotaxe », devrait être en vigueur depuis le 1er janvier. L’association écologiste Alsace Nature a écrit au Premier ministre Manuel Valls, car elle estime le préjudice de l’abandon de l’écotaxe à 100€ par jour par personne. À la manière des « class actions » américaines, elle propose aux Alsaciens de faire de même.

Les portiques d’écotaxe peuplent les autoroutes d’Alsace et ailleurs en France. Leur but était de faire payer les transporteurs polluants, c’est-à-dire chaque poids-lourd, pour inciter les entreprises à chercher d’autres modes de transport plus écologiques et de financer des infrastructures. Ils devraient fonctionner depuis le 1er janvier comme le prévoit la loi votée, mais les modalités n’ont jamais été mises en place suite aux destructions des infrastructures en Bretagne. Résultat : bon nombre de camions préfèrent les autoroutes gratuites alsaciennes à celles d’Allemagne, où une taxe poids lourds est en place depuis 2005.

Alors que le colloque « qualité de l’air : un défi européen » s’est tenu le 4 octobre à Strasbourg, l’association Alsace Nature estime que la mise en place de cette taxe aurait contribué à améliorer la situation. Tous les habitants de l’Eurométropole vivent au-dessus des normes de pollution de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Elles sont plus strictes que celles de l’Union européenne, déjà dépassées pour environ 1 000 personnes vivant principalement aux abords de l’A35 et de la route du Rhin.

27 800 euros au 4 octobre

L’association estime le préjudice « moral » à 100 euros par jour de retard, soit 27 800 euros à la date de colloque et donc de son courrier. Sur son site, elle propose un modèle-type de sa lettre pour que chaque citoyen qui le souhaite écrive au Premier Ministre Manuel Valls pour réclamer la même chose.

Les portails écotaxe devraient fonctionner depuis le 1er janvier (Photo murielle29 via Visual Hunt / CC BY-SA)
Les portails écotaxe devaient fonctionner depuis le 1er janvier (Photo Murielle29 / FlickR / cc)

Pour l’association, c’est aussi, sans surprise, l’occasion de rappeler ses propositions alternatives à la future rocade de payante de 24 kilomètres à l’ouest de Strasbourg, le GCO :

« La réduction à la source de cette pollution qu’aurait déjà entraînée la taxe Poids-Lourd, ainsi que le développement des transports sur rail pour les marchandises et des transports collectifs pour les automobilistes pendulaires sont, entre autres, des moyens bien plus efficaces que la construction de nouvelles infrastructures routières pour améliorer la qualité de l’air à Strasbourg et dans le reste de la région. »

Volotea relie Strasbourg à Dubrovnik, en Croatie

Volotea relie Strasbourg à Dubrovnik, en Croatie

La compagnie aérienne low-cost Volotea annonce dans un communiqué qu’elle va proposer en juin 2017, au départ de Strasbourg, une liaison avec Dubrovnik, la ville touristique et balnéaire de Croatie.

Présente depuis 2012 à l’aéroport de Strasbourg, Volotea n’est pas pour rien dans le redressement de la fréquentation de la plate-forme d’Entzheim. Dans un communiqué de presse, la compagnie aérienne low-cost annonce qu’elle ouvre une 13e destination au départ de la capitale alsacienne, vers la capitale balnéaire de la Croatie, Dubrovnik. Cette ligne sera opérée au rythme d’une liaison par semaine à partir de juin 2017.

Installée sur la côte dalmate, Dubrovnik a longtemps été concurrente de Venise, avant d’être conquise par la Sérénissime à l’occasion de la 4e croisade. La ville sera ensuite conquise par les Turcs en 1358. Elle garde de ce passé tumultueux d’importants vestiges militaires datant du Moyen-Âge et de la Renaissance, ce qui en fait une destination très prisée.

Selon Volotea, la compagnie espagnole représente 27% du trafic total de l’aéroport de Strasbourg. Elle s’accorde de « de très bons résultats (…) avec un taux de recommandation de 91% et un taux de ponctualité de 84%. » Volotea dessert dix villes en France depuis Strasbourg (Bordeaux, Nantes, Montpellier, Biarritz, Ajaccio, Bastia, Marseille, Figari, Toulouse et Nice), deux en Italie (Palerme et Olbia) et donc une en Croatie (Dubrovnik).

En 2016, Volotea prévoit d’atteindre plus de 3,4 millions de voyageurs, un chiffre en augmentation de 40% par rapport à l’année précédente.

#Dubrovnik

Experts et maires vont réfléchir à la transformation de l’A35 en boulevard urbain

Experts et maires vont réfléchir à la transformation de l’A35 en boulevard urbain

Que faire de l’autoroute gratuite qui traverse Strasbourg ? Près de quatre ans avant la mise en service, au plus tôt, d’une autoroute de contournement, le GCO, les premières réflexions vont être menées par les maires des communes traversées par l’A35 et des experts « loyaux ».

Le président de l’Eurométropole de Strasbourg, Robert Herrmann (PS), l’avait annoncé lors de notre soirée sur le Grand contournement ouest (GCO) : un groupe de travail va plancher sur la future transformation de l’autoroute A35 en boulevard urbain. Cette requalification devrait prendre des années et coûtera au moins 150 millions d’euros, que l’État est censé financer. Les premières tranches de travaux ne devraient cependant par débuter avant la mise en service du GCO.

Le contrat signé entre Vinci (Arcos) et l’État, prévoit un démarrage du GCO le 30 septembre 2020. À moins que des retards ou les recours juridiques retardent, voire annulent ce chantier. Mercredi 28 septembre, des habitants ont bloqué des travaux de sondage des sols près de Kolbsheim, une commune farouchement opposée à l’autoroute qui impactera ses terres agricoles et son château. Le maire Dany Karcher envisage un arrêté pour « interdire ceux qui détruisent et protéger ceux qui protègent », même si un tel texte risque d’être retoqué au contrôle de légalité du préfet. Vendredi 30 septembre, Vinci avait quitté les lieux.

Sur toute la longueur du tracé

En théorie, la requalification de l’autoroute qui transperce Strasbourg du nord au sud doit englober toute la longueur du tracé. Du nord aux abords de Vendenheim, quelques hectomètres avant le grand échangeur (A4, A35 et A355) reconfiguré par rapport aux plans déclarés « d’utilité publique » en 2008, jusqu’à l’extrémité sud, c’est-à-dire à Duppigheim, près de l’aéroport d’Entzheim.

Le groupe de travail sera piloté par l’Agence d’urbanisme de Strasbourg (ADEUS), que préside Robert Herrmann. Il s’agira en fait de deux groupes : le premier à teneur politique avec les maires des communes sur le tracé de l’A35 ; le second, plus technique, sera composé d’experts et d’acteurs de ce sujet. Ces deux groupes devront rendre compte ponctuellement de leurs travaux aux habitants, voire intégrer leurs remarques.

Filé sur l'autoroute A36 (Photo Thomas Bresson / FlickR / cc)
Filé sur l’autoroute A36 (Photo Thomas Bresson / FlickR / cc)

Des personnes « loyales »

Le collège technique sera composé de personnes « loyales ». Sous-entendu, l’association Alsace Nature, fervente opposante à l’autoroute n’y sera pas associée. Qu’en sera-t-il de celle des usagers des transports en commun (l’ASTUS), aussi opposée au GCO ?

Pour le groupe « politique », on imagine la position délicate des maires opposés au GCO, mais dont la commune pourrait être laissée de côté en pratiquant une politique de la chaise vide. En l’état, Vendenheim est la plus menacée par un encerclement, avec le GCO à son nord et à l’ouest, l’A35 à l’est et sa zone commerciale au sud. Un abattement des glissières de sécurité et la mise en place de carrefours sur l’actuelle A35 permettrait au moins une ouverture à l’est et vers Strasbourg.

Que faire des espaces inutilisés aujourd’hui ?

La question principale de ces groupes sera de déterminer l’usage des lots situés près de l’actuelle autoroute : logements, commerces, parcs… Pour le moment, la feuille de route est quasi-vierge. Pour l’Eurométropole, le rétrécissement de la chaussée (on compte jusqu’à huit voies de circulation à certains endroits) est une perspective à long terme (entre 2020 et 2030) d’augmenter la valeur de ses terrains, d’améliorer le cadre de vie et surtout, de ne plus couper la ville en deux.

Un des enjeux sera de déterminer où lancer les premiers travaux, soit « là où ce sera le plus urgent », selon Robert Herrmann, ce qui ne pointe pas forcément vers le centre de l’autoroute, mais par exemple à Vendenheim. L’arrière de la gare présente aussi un secteur d’intérêt, où plusieurs projets ont déjà été imaginés par le passé et où d’autres pourraient naître.

Strasbourg compte notamment s’inspirer de Montréal qui détruit une partie de ses viaducs autoroutiers. Une technique qui sera nécessaire pour le tronçon entre Cronenbourg et l’entrée du quartier de l’Elsau , ainsi qu’à la Vigie, où l’autoroute est surélevée par rapport à la chaussée.

La CCI pas très chaude

On ne connait pas d’opposants déclarés à la requalification en soi, les désaccords portant plutôt sur l’efficacité du GCO à réduire le trafic. Certains, dont les écologistes de la majorité à la Ville et la métropole de Strasbourg pensent que mettre des feux et des passages piétons est impossible tant la circulation continuera à être importante. Lors de notre débat sur le GCO, le maire de Pfettisheim, Luc Huber, regrettait qu’une requalification ne soit une méthode pour pousser les voitures à emprunter le GCO, payant, ce qui maintient difficile l’accessibilité en voiture de Strasbourg.

Plus étonnant, la Chambre de commerce et de l’Industrie (CCI), qui a fortement œuvré pour la relance du GCO après son abandon en 2012 n’est que moyennement convaincue à court terme par cette idée pourtant « vendue » politiquement avec la renaissance du projet.

Abaisser le trafic massivement

Dans son document sur l’accessibilité pour Strasbourg publié en mai 2016, la CCI juge une telle requalification « longue, onéreuse et complexe ». D’après ses calculs, un boulevard de deux fois trois voies peut accueillir 50 000 véhicules par jour (l’avenue des Vosges est traversée par 30 000 véhicules) . Or, même avec les projections les plus optimistes le trafic sur l’A35 serait abaissé d’environ 160 000 à 135 000 véhicules par jour avec l’arrivée du GCO, ce qui pourrait donnait envie… à de nouveaux automobilistes de revenir sur l’A35.

D’ici là, elle souhaiterait qu’un accès poids lourds vers le port du Rhin soit réalisé par le nord, en plus des projets routiers déjà lancés (rocade sud, VLIO). Pour la question de l’A35 en soi, sur lequel l’objectif est d’abaisser le nombre de véhicules « des deux tiers voire des trois quart », elle propose entres autres des transports en commun sur la bande d’arrêt d’urgence, qu’il faudrait donc élargir, une voie réservée aux co-voiturage et même l’interdiction, ou du moins un péage plus cher que le GCO, des voitures qui traversent Strasbourg mais ne s’y arrêtent pas. Pour cette dernière proposition, la CCI s’interroge « sur la faisabilité technique et juridique ».

La CTS reçoit de nouvelles rames de tram pour franchir le Rhin

La CTS reçoit de nouvelles rames de tram pour franchir le Rhin

La première rame du nouveau tramway devant être utilisé sur la ligne D entre Strasbourg et Kehl est arrivée lundi matin de La Rochelle.

Commandée en 2014 par la Compagnie des transports strasbourgeois à l’usine Alstom de La Rochelle, la première des douze rames de tramways Citadis est arrivée lundi matin au dépôt du transporteur public de Cronenbourg. L’acheminement en deux moitiés par transport routier a posé quelques problèmes peu avant l’arrivée :

Prêtes pour l’Allemagne

La nouvelle rame une fois assemblée sera testée pendant trois mois avant sa mise en circulation commerciale prévue pour début 2017. Selon un communiqué de la CTS, ces essais doivent permettre de vérifier la conformité et l’endurance de la rame (fonctionnement des systèmes informatiques, de freinage, de sécurité, de maintenance…). Les onze autres rames seront progressivement livrées et mises en exploitation jusqu’à l’été 2017.

Le nez du nouveau tram avait fait l'objet d'un vote public en 2014 (Photo CTS)
Le nez du nouveau tram avait fait l’objet d’un vote public en 2014 (Photo CTS)

La CTS précise que ces rames ont été conçues pour être en conformité avec la réglementation en vigueur sur le territoire allemand (BOstrab), et seront prioritairement affectés à la ligne D. Mais ils pourraient être amenés à circuler sur tout le réseau de la CTS.

Ces nouveaux Citadis peuvent transporter plus de voyageurs (288 places contre 270 dans les Citadis actuels), et disposent de meilleurs aménagements pour les personnes à mobilité réduite (sièges adaptés, boutons de porte plus accessibles, zones réservées aux usages en fauteuils roulants). Le design de l’avant du tramway avait fait l’objet d’un vote public fin 2014.

 

One Vote, un site internet pour annoncer la couleur aux députés

One Vote, un site internet pour annoncer la couleur aux députés

Jean-Sébastien Scharf, promoteur immobilier à Strasbourg, lance lundi un site pour améliorer le dialogue entre élus et citoyens. Dans One Vote, les citoyens sont invités à s’exprimer sur chaque projet de loi en discussion à l’Assemblée. Quant aux députés, ils seront invités à écouter ce que leurs électeurs pensent de leurs travaux.

Jean-Sébastien Scharf, plus connu à Strasbourg pour ses promotions immobilières, se désole en constatant l’éloignement des citoyens de la politique. Comme il bénéficie de quelque aisance financière, il lance lundi 3 octobre un site appelé « One Vote« , dont l’objectif est de permettre aux citoyens de prendre part aux débats parlementaires en cours.

Le principe est simple : lorsqu’une loi est en préparation à l’Assemblée nationale, une entrée est créée sur One Vote. Les internautes peuvent alors commenter cette loi et « voter » pour ou contre. À la fin du débat parlementaire, les résultats sont envoyés, pour chaque circonscription, aux députés. Dans l’esprit de Jean-Sébastien Scharf, One Vote pourrait servir d’outil permanent de consultation de l’avis des électeurs :

« Je ne suis pas pour la dictature de la démocratie directe, les élus nous représentent, ils ont le droit d’être en désaccord avec une partie de leur base électorale, même si elle est majoritaire. Mais prenons le cas de la Loi Travail, on a vu sur Internet des pétitions mais où les citoyens ne pouvaient simplement déclarer que leur opposition. Quant à Facebook, il est difficile voire impossible d’y mener un débat d’idées sérieux. Au final, Internet et les réseaux sociaux n’aident pas beaucoup à la diffusion des enjeux législatifs, ni au dialogue entre les élus et leurs électeurs. »

L'interface de One Vote est assez minimaliste (capture d'écran)
L’interface de One Vote est assez minimaliste (capture d’écran)

Vous avez un e-mail de votre député

À la fin du débat parlementaire, le député peut utiliser One Vote pour envoyer un email à tous les participants inscrits de sa circonscription et qui ont voté sur une loi :

« Cela permettra aux élus d’expliquer leur vote aux citoyens. Ils le font déjà, au travers de leurs lettres d’activité parlementaire mais qui les lit ? Là, ils pourront envoyer un e-mail à des gens qui se seront informés sur la loi en discussion, et qui auront exprimé un avis. À chaque projet de loi, il y aura donc une remontée de commentaires de la part des internautes vers le député, et un avis de la part du député envoyé aux internautes, on aura donc des échanges et c’est bien ça le but. »

One Vote est conçu comme une succession de forums, très simples, un pour chaque projet de loi. Les internautes peuvent publier leurs commentaires sous chaque intitulé d’une loi en discussion, il n’y a aucune explication, aucun résumé, « par souci d’équité », indique Jean-Sébastien Scharf. Mais le résultat est que le site est très austère. Il faut déjà avoir une bonne idée des projets de loi en cours de discussion car la seule aide qui est fournie par One Vote est… un lien vers le projet de loi in extenso sur le site de l’Assemblée Nationale, un texte incompréhensible pour le commun des citoyens.

Pas de business model

Entièrement autofinancé, Jean-Sébastien Scharf s’est donné un budget de 25 000€, One Vote n’a pas de « business model. » Piochant les projets de loi directement depuis les bases de données de l’Assemblée Nationale, le site est prévu pour fonctionner sans apport manuel, avec un budget de fonctionnement minimal. Jean-Sébastien Scharf se laisse un peu de marge pour évoluer sur cette question :

« Si le site atteint une certaine audience, alors peut-être que je mettrai de la publicité. Et je réfléchis aussi à des solutions pour proposer du marketing ciblé, par exemple pour des partis politiques. D’autres pistes peuvent être envisagées mais la priorité, c’est de faire en sorte qu’un maximum de gens participent et que les députés jouent le jeu. »

Dans sa phase de lancement, One Vote ne cible que les débats à l’Assemblée Nationale, délaissant les étapes au Sénat. Mais Jean-Sébastien Scharf a bien l’intention de dupliquer One Vote si les internautes s’emparent de cet outil, par exemple pour des version locales au niveau des régions ou des métropoles.

Demonstration à Madrid pour le 5e anniversaire du 15M (Photo Adolfo Lujan / FlickR / cc)
Demonstration à Madrid pour le 5e anniversaire du 15M (Photo Adolfo Lujan / FlickR / cc)

Une procédure d’inscription renforcée

Pour que les votes soient significatifs, empêcher une manipulation et assurer au débat une certaine tenue, One Vote fait valider l’adresse e-mail à chaque nouvel inscrit ainsi que son numéro de téléphone portable. Jean-Sébastien Scharf propose également aux internautes de renseigner leurs thématiques préférées (transports, sécurité, éducation…) ainsi que la couleur de leurs derniers votes, et d’indiquer s’ils sont adhérents à un parti politique.

Des informations sensibles, très rarement demandées sur Internet, mais Jean-Sébastien Scharf assure être en conformité avec les préconisations de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil). S’il réussi à constituer un fichier d’utilisateurs suffisamment étoffé avec de telles données, il aura peut-être trouvé son business model.

De Musica au Maillon, Rodolphe Burger fait sa rentrée à Strasbourg

De Musica au Maillon, Rodolphe Burger fait sa rentrée à Strasbourg

Rodolphe Burger sera à Musica mercredi avec son groupe historique, Kat Onoma. Puis il sera accueilli par la Licra et le Maillon en novembre pour une date unique autour du Cantique des Cantiques à la Cathédrale. Descendu de Sainte-Marie-aux-Mines, le musicien touche à tout alsacien squatte avec bonheur la rentrée culturelle strasbourgeoise.

Co-fondateur du groupe Kat Onoma – d’abord appelé Dernière Bande- en 1980, Rodolphe Burger est connu comme le loup blanc sur la place musicale alsacienne. Originaire de Colmar, il passe aujourd’hui l’essentiel de son temps à Sainte-Marie-aux-Mines, où il a initié le festival C’est dans la vallée.

Rencontre avec Rodolphe Burger à Strasbourg (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Rencontre avec Rodolphe Burger à Strasbourg (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

Adepte d’une guitare électrique aux vibrations planantes, Rodolphe Burger puise son inspiration dans la littérature et les écrivains. Il continue aujourd’hui à arpenter des sentiers en forme d’obsessions, aux côtés de ses compagnons d’armes d’hier et de demain : Alain Bashung, Philippe Poirier, Olivier Cadiot – pour ne citer qu’eux. Rencontre avec un rockeur du cru, à la boucle rebelle grisonnante sur santiags et chemise à pois.

Rue89 Strasbourg : Il y a eu les Bibliothèques idéales, maintenant Musica, bientôt le Cantique des Cantiques à la Cathédrale avec le Maillon : c’est une rentrée « Rodolphe Burger à Strasbourg » ?

Rodolphe Burger (R.B.) : [rires] C’est un hasard mais j’en suis ravi. Je me suis rendu compte que j’avais été plutôt absent de Strasbourg dernièrement. J’ai tourné dans la plupart des villes de France avec mon dernier album solo, mais pas à Strasbourg. C’est peut-être lié au festival que j’organise à Sainte-Marie-aux-Mines : les gens se disent, bon, il a déjà Sainte-Marie, ça suffit quoi…[rires]

La Cathédrale c’est sinon un fantasme, au moins un vieux rêve. Pas par chauvinisme, mais parce que réellement elle est sublime ! Non seulement je trouve que c’est la plus belle, mais en plus on se faisait la réflexion avec Olivier Cadiot l’autre jour qu’à Strasbourg il n’y a pas eu la même erreur qu’à Reims ou à Paris, avec des parvis très grand. La Cathédrale ici est au cœur de l’action, ça grouille de vie autour. C’est beau de découvrir cette immense cathédrale sans avoir de recul.

Rue89 Strasbourg : Que faites-vous à Musica ?

Aux débuts du festival Musica, à l’époque de Laurent Bayle, Kat Onoma avait joué dans l’ancienne Laiterie – avant que cela ne devienne une salle de rock. Laurent Bayle avait fait venir des tonnes de sable, pour des raisons acoustiques et parce que ça créait une espèce d’ambiance incroyable… On se souvient avec émotion de toutes ces jeunes filles qui avaient enlevé leurs chaussures et qui étaient pieds nus dans le sable [rires]… C’étaient les débuts de Kat Onoma, vers 88/89. Et nous avons fait notre dernier concert avec Kat Onoma à l’Opéra avec Musica : un grand souvenir aussi.

Cette année Musica nous a fait la proposition de venir jouer avec Philippe Poirier, qui faisait aussi partie de Kat Onoma. C’est un spectacle qui s’apelle Play Kat Onoma, et qui a donné lieu à un disque sorti sur mon label. On avait créé ça à la faveur d’une résidence à la Maison de la Poésie à Paris, dans une sorte de laboratoire dans les sous-sols… J’ai donc invité Philippe [Poirier] à re-visiter avec moi le répertoire de Kat Onoma. Notamment les chansons inspirées du poète américain Jack Spicer, en particulier sur le disque Billy the Kid. Ré-interpréter, comme nous l’avons toujours fait à Kat Onoma.

« Ré-interpréter, comme nous l’avons toujours fait à Kat Onoma. »

Nous avons travaillé aussi avec le musicien Julien Perraudeau, qui m’accompagne dans toutes mes aventures du moment. Nous avons fait un album et très peu de concerts, dans nos terres d’accueil habituelles : la Bretagne, Paris et l’Alsace. Cette fois-ci à Musica c’est encore une autre formule, avec notamment Roméo Poirier, le fils de Philippe, à la batterie.

Ce concert sera en deuxième partie de soirée. Il sera précédé d’une création récente, Billy the Kid I love you. A partir de l’album Play Kat Onoma et d’images cinématographiques de westerns américains, Loo Hui Phang a écrit le texte. C’est un dispositif avec à la fois des images, un texte en voix off et du dessin exécuté en temps réel par Philippe Dupuy et Fanny Michaëlis. Jean-Dominique Marco était intéressé par ce lien fort entre la musique, l’image, le dessin…

Rue89 Strasbourg : Que vous inspire la figure de Billy the Kid ?

A vrai dire ce n’est pas tellement la figure en soi qui nous inspire. Même si à Kat Onoma nous avons toujours développé un imaginaire un peu « américain ». Nous sommes plus partis du texte singulier de Jack Spicer que de la légende de Billy the Kid en elle-même. Jack Spicer est une sorte de comète incroyable. Il écrivait dans les années 50/60. On ne peut le rattacher à aucune tradition. Il vient un peu avant les poètes Beat, il en a influencé certains.

Rue89 Strasbourg : Vous aviez travaillé Le Cantique des Cantiques pour Alain Bashung, pour son mariage. Depuis vous l’avez repris, vous l’avez fait vôtre. Que reste-t-il d’Alain Bashung dans ce spectacle ?

Il est impossible d’oublier Alain, et en un sens c’est un hommage. C’est une manière de le rappeler. Mais c’est aussi l’évolution d’une histoire qui est, de part en part, improbable. Tout y est improbable, comme le fait qu’Alain m’ait un jour appelé pour me demander de l’aider pour son mariage. Il voulait faire une cérémonie dans une église, sans qu’elle soit religieuse ou officielle. Avec sa femme Chloé Mons ils ont trouvé une église dans le Nord. Alain était très scrupuleux. Il voulait donc qu’on enregistre une maquette qu’on allait présenter au prêtre pour le rassurer.

Il se trouvait que mon ami Cadiot venait de traduire Le Cantique des Cantiques pour la Bible Bayard. Olivier Cadiot s’était choisi les « beaux morceaux », dont Le Cantique des Cantiques qui est quand même l’un des plus beaux textes de la Bible du point de vue littéraire… J’étais ébloui par sa traduction. Qu’on aie ou pas une éducation religieuse, ce sont des textes que nous avons tous dans l’oreille. Lire ce texte revu par un écrivain qui travaille l’os de la langue, c’est comme si ça brillait d’un nouvel éclat. Je comptais donc proposer ce texte à Alain et Chloé.

« Boucle hypnotique »

J’avais travaillé la nuit d’avant, avec mon sampler, sur une musique qui laisse beaucoup de place à la parole. Une boucle hypnotique qui installe une durée. Ils sont arrivés, je leur ai passé le texte pour faire un essai – nous n’avons pas pu nous arrêter. Nous avons fait l’intégrale. C’était surréaliste. On est allé le faire écouter au curé, il était ravi. Puis nous l’avons refait « en vrai » à leur mariage devant une centaines d’invités. On aurait pu en rester là.

Mais Alain a aimé ça. Dire ce texte sacré dans la tradition juive et dans la tradition chrétienne, mais qui a aussi une énorme importance en littérature, fondateur de la poésie lyrique. On peut le lire comme de la poésie amoureuse. Bref, dire ce texte d’amour, sur de la musique, dans ce format qui dure 25 minutes : ça a été un vrai trip pour Alain. Il avait envie que ça continue d’exister. Nous l’avons donc sorti sur album, en même temps que L’imprudence. Et puis nous l’avons joué ensemble plusieurs fois, dans des églises, des petits endroits, au Temple de Sainte-Marie.

Du Cantique des Cantiques à Mahmoud Darwich, l’évidence du désir

À la mort d’Alain, on m’a proposé plusieurs fois de le reprendre, notamment en Avignon où je l’ai fait avec deux acteurs. Mais c’est surtout quand j’étais en résidence à Sète que j’ai eu envie de reprendre Le Cantique des Cantiques en y ajoutant l’hébreu, et de le mettre en miroir avec un texte de Mahmoud Darwich. Je ne l’avais pas rencontré mais j’étais sensé travailler avec lui, via Jean-Luc Godard et Elias Sanbar. Il est le traducteur de Mahmoud Darwich.

Quand il a entendu notre version du Cantique des Cantiques, il a tout de suite pensé au texte de Mahmoud Darwich qu’il venait de traduire chez Gallimard, S’envolent les colombes. On devait faire des choses ensemble, à Ramallah. C’est resté inachevé. À Sète j’ai donc eu envie de proposer cette mise en parallèle et de former un groupe autour de ça. Je voulais mettre en écho, sur la même scène, l’hébreu, l’arabe et le français.

Le Cantique des Cantiques de Rodolphe Burger (Photo Sebastien Klopfenstein)
Le Cantique des Cantiques de Rodolphe Burger (Photo Sebastien Klopfenstein)

Rue89 Strasbourg : Comment est-ce que ces langues se répondent les unes aux autres, musicalement ?

Nous sommes dans un format : une sorte de love song très long. Comme un slow qui durerait entre 20 et 40 minutes. Ce n’est ni de la chanson, ni de la lecture ou de la récitation. C’est autre chose. Le Oud est très présent bien sûr, qui renvoie au Moyen-Orient. Mais nous ne sommes pas dans une évocation orientaliste : c’est une musique d’aujourd’hui, avec une base électronique, une guitare électrique… Nous voulions sortir la poésie de Mahmoud Darwich de cet orientalisme exotique dans lequel elle est parfois enfermée.

Rayess Bek et Ruth Rosenthal ont découvert avec moi qu’en regardant de très près le texte, on y décelait beaucoup de choses inédites. Et puis Darwich connaissait Le Cantique des Cantiques en hébreu par cœur. Il vénérait ce texte qui selon lui inaugurait la poésie amoureuse – celle-ci étant la grande affaire de Darwich. La poésie amoureuse au sens le plus sensuel et prosaïque du terme. Chez Darwich l’amour n’est jamais éthéré, platonique ou transcendant. C’est vraiment l’amour sensuel, torride.

Rue89 Strasbourg : Ces textes sont effectivement de l’ordre du désir charnel, mais on les évoque aussi régulièrement pour parler de la paix. Comment fait-on le lien entre l’idée du désir sensuel et celle de la paix ?

Ce n’est pas évident : on peut se représenter la scène amoureuse aussi comme une scène de combat. Darwich n’est pas un pacifiste béni oui-oui. Il n’ignore pas la dimension de la guerre. Entre les deux textes nous passons un extrait de film de Godard, qui s’appelle Notre musique. Cela a été tourné à Sarajevo. On y entends la voix de Darwich, qui parle avec une journaliste israélienne. Il parle de guerre plus que de paix. Il dit aussi que le combat qui compte, c’est celui de la poésie.

Qui gagne ce combat, le vainqueur ou le vaincu ? Il y a une vraie hauteur de pensée, qui est devenue extrêmement rare aujourd’hui. On le laissait parler parce que c’était une figure un peu intouchable dans tout le monde arabe, une superstar de son vivant. Il avait une parole d’une liberté incroyable. Il n’y a rien d’idyllique chez Darwich, ni dans la paix ni dans l’amour.

#Kat Onoma#rodolphe burger

Gagnez des places pour le festival du piano à Erstein

Gagnez des places pour le festival du piano à Erstein

Le musée Würth à Erstein propose aux lecteurs de Rue89 Strasbourg de gagner des places pour trois concerts au festival de piano qu’il organise les week-ends des 28 au 30 octobre et du 3 au 6 novembre.

Envie d’un peu de paix intérieure ? Le musée Würth à Erstein organise un festival de piano, avec la participation de solistes internationaux et d’interprètes brillants de la région, les week-ends des 28 au 30 octobre et du 3 au 6 novembre. Le musée a confié la direction artistique de ces rendez-vous à Vincent Larderet, salué pour son « incroyable sensibilité lyrique » et sa sonorité orchestrale « faisant surgir du clavier le mirage d’un orchestre. »

Né des week-ends qu’organisait le musée depuis 2010, ce festival s’est doté de master class et de conférences pour atteindre une trentaine de rendez-vous. Il a l’ambition de devenir un festival régional important autour du piano classique, avec un répertoire faisant appel à Beethoven, Brahms, Schumann, Chopin, Liszt, Debussy, Ravel, Prokofiev ou Albéniz, et des airs d’opéra où le piano se substituera à un grand orchestre, et des œuvres plus rares et originales.

En partenariat avec le Musée Würth, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner des places pour trois concerts :

    4 places au récital d’inauguration du festival – concert de Vincent Larderet le 28 octobre à 20h30, 10 places à la Master classe de Michel Dalberto – samedi 29 octobre à 17h, 20 places au concert Jeunes Talents / acte II (3 élèves sélectionnés lors des master classes) le 6 novembre à 17h.

Le concours

Nadia Bolz-Weber à Strasbourg : « L’Église a toujours été pour les losers »

Nadia Bolz-Weber à Strasbourg : « L’Église a toujours été pour les losers »

Pasteure rock’n’roll et tatouée, Nadia Bolz-Weber est connue pour son argot et ses paroles provocatrices.  Elle est venue prêcher à la paroisse Saint-Guillaume de Strasbourg à l’occasion de l’inauguration de l’antenne des croyants inclusifs d’Alsace, une Église protestante qui concilie liturgie  et homosexualité.

« Sanctifié·es par erreur ?! Prêcher la Grâce aux égaré·es », c’est le nom de la conférence que Nadia Bolz-Weber, pasteure, est venue donner jeudi 8 septembre à la paroisse protestante Saint-Guillaume de Strasbourg. Une centaine de fidèles, dont une bonne partie de jeunes pasteurs et étudiants en théologie, sont venus voir et écouter la marraine de la nouvelle antenne des « croyants inclusifs d’Alsace. »

Nadia est la fondatrice d’une paroisse luthérienne pour les « paumé·es » à Denver aux États-Unis. Alcoolique et toxicomane abstinente, elle expose ses failles au risque de choquer ou de déplaire.

Une église tordue

C’est dans l’église la plus tordue de la ville – le clocher de Saint-Guillaume est asymétrique – que Nadia entame son prêche moderne et mordant. Elle parle de régime, de yoga, de Facebook, de hipsters, et de la mort aussi. Elle revient avec sincérité sur une enfance difficile, empoisonnée par une maladie auto-immune, et partage ses questionnements existentiels :

« Quand j’ai lancé mes premières études bibliques dans un bar, des blogueurs ont tout de suite parlé de moi parce que j’étais tatouée. Des personnes branchées venaient, mais jamais régulièrement. Les seuls fidèles, c’étaient quelques paumés. Ils étaient là chaque semaine et ils auraient été disponibles n’importe quel autre jour de la semaine. Je me disais : pourquoi je n’attire pas les gens “cool”, comme moi ? Jusqu’à ce que je réalise : quel genre de personne peut penser ce genre de conneries ? »

Le côté badass de Nadia, c’est un petit peu son programme de relations publiques. Derrière ses tatouages, sa carrure impressionnante et son langage rude, cette pasteure hors normes cache une femme sensible, attachée aux formes traditionnelles de la liturgie tout en étant une fervente militante LGBTQ (lesbien, gay, bisexuel, transgenre, queer) :

« Il est important de prendre conscience que les LGBTQ ont toujours fait partie de l’Église, et qu’ils ne sont pas un problème. Ce n’est pas eux qui ont besoin de nous, mais nous qui avons besoin d’eux. Dieu a pris le décision que tu sois ce que tu es, nous n’avons pas de décision à prendre à propos de leur identité sexuelle. »

We Are The Church de Ange van Broekhuizen (VO)

« Jésus lui-même aurait pu être homosexuel »

Christophe Kocher

Ce sont les propos homophobes en réaction au « Mariage pour tous » qui sont à l’origine de cette soirée. Ces propos, tenus par des gens qui se réclament du christianisme et relayés dans les médias, ont fait honte au pasteur de la paroisse Saint-Guillaume, Christophe Kocher. Depuis, il souhaite réaffirmer haut et fort l’accueil inconditionnel de l’autre, tel qu’il est. Un accueil dans les églises qui ne va pas toujours de soi :

« Jésus lui-même aurait pu être homosexuel, on s’en fout de son orientation sexuelle. Ça ne dérange que les bien-pensants qui condamnent l’homosexualité mais qui souvent oublient que les prêts à intérêts sont interdits dans la Bible. On peut toujours justifier ce qu’on veut. »

Christophe Kocher, pasteur de la paroisse Saint-Guillaume, membre fondateur de l'Antenne des Croyants Inclusifs (photo LL / Rue89 Strasbourg)
Christophe Kocher, pasteur de la paroisse Saint-Guillaume, membre fondateur de l’Antenne des Croyants Inclusifs Photo : Lizziz Lambert / Rue89 Strasbourg

Selon lui, créer une simple association ne permet pas d’aller aussi loin que de créer une antenne inclusive. C’est à dire une entité pleinement intégrée à l’UEPAL (Union des églises protestantes d’Alsace et de Lorraine) qui permet de prendre position et de pouvoir signer des communiqués de presse officiels en tant que paroisse. Christophe Kocher veut aussi donner une nouvelle image de l’Église :

« L’Église ne doit plus être un endroit réservé aux vieux où les jeunes s’emmerdent. Quand je me présente en tant que pasteur, les gens imaginent que je vais être quelqu’un de chiant et que je vais chercher à les endoctriner. J’aime bien les surprendre, être là où on ne m’attend pas. »

Une nouvelle génération de pasteurs rock’n’roll

Une démarche qui semble porter ses fruits. Son initiative est suivie notamment par Joachim, 29 ans, tatoué lui aussi, cheveux long, de grands yeux bleus et un piercing à l’arcade. Il fait partie du comité de l’antenne et il  a repris des études de théologie après un master en Art du spectacle, il y a un an.

Fils de pasteurs, il a travaillé dans des associations et milité à AIDES avant s’intéresser à nouveau à une Église dans laquelle il ne se retrouvait plus depuis quelques années.

Joachim et Déborah (photo LL / Rue89 Strasbourg)
Joachim et Déborah (photo LL / Rue89 Strasbourg)Photo : Lizzie Lambert / Rue89 Strasbourg

Sa compagne, Déborah est comédienne et pasteure à mi-temps. Look pin-up, issue d’une famille protestante, elle n’a jamais douté de sa foi et commence ses études en théologie directement après le Bac :

« Je suis venue comme j’étais. Ma mère flippait un peu que je ne sois pas dans les conventions de l’Église, mais être soi-même n’est pas un problème. Ma plus grande difficulté, c’est mon propre jugement sur moi. Cette soirée fait partie des événements encourageants, d’autant plus que mon petit frère de 18 ans vient de faire son coming out. »

Au delà des religions

Si l’Église ouvre ses portes à tous, c’est également une invitation destinée aux personnes d’autres confessions. Ce soir là, le chantre Yacov Weil, fils de rabbin, kippa sur la tête, est venu clore la soirée avec des chants hébraïques de sa voix envoûtante. Cet artiste globe-trotter balade partout sa volonté d’ouverture d’esprit au delà des frontières culturelles et religieuses :

« J’apporte quelque chose au niveau du champ sacré qui s’adresse aux âmes, pas aux institutions, ni aux lois ou aux dogmes. Je m’adresse aux humains. »

Le chantre Yacov Weil (photo LL / Rue89 Strasbourg)
Le chantre Yacov WeilPhoto : Lizziz Lambert / Rue89 Strasbourg

Dans le public, les uns ferment les yeux, les autres lèvent les paumes des mains vers le ciel pour se laisser emporter par la musique spirituelle de Yacov. Ce soir là, beaucoup de croyants pratiquants sont présents mais aussi quelques athées. Juvenal Ntandikiye, de tradition catholique, a perdu la foi. C’est sa lutte inébranlable contre les discriminations qui l’amène à se rapprocher de l’antenne inclusive de Saint-Guillaume :

« Après un acte sexuel, j’ai été condamné à mort. Je me suis dit : si Dieu me lâche, moi aussi je le lâche. J’ai été rejeté par les miens. Si j’avais eu la chance de rencontrer des gens ouverts pour me soutenir ça aurait été probablement moins dur à vivre. »

Juvenal, est devenu séropositif alors qu’il faisait ses études en Chine en 1988. Originaire du Burundi, il est renvoyé dans son pays où il est condamné à de la prison pour son homosexualité. Sur place, aucune prise en charge contre la maladie n’est possible. Malgré tout, il survit. En 2009 il s’installe à Strasbourg, et depuis lors, lutte contre les discriminations faites aux personnes atteintes du VIH.

Après le mariage pour tous, le culte pour tous ?

Parmi les paroissiennes les plus âgées, le prêche de Nadia ne surprend pas plus que cela. Comme à son habitude, Denise, 80 ans, rentre rapidement chez elle après le culte, elle manque d’embarquer un bout du portail en repartant au volant de sa petite voiture, tandis que Mireille confie être ouverte à ce genre de conférences atypiques.

Ce soir, le prêche se conclut de manière très classique par une bénédiction, quoique revue à la sauce Nadia Bolz-Weber :

« Bénis soient les agnostiques, ceux qui doutent, ceux qui ne sont pas sûrs, ceux qui sont dans la pauvreté spirituelle, ceux qui n’ont rien à offrir, les petits enfants qui triment pour avancer plus vite, les pauvres d’esprit, ceux qui ont enterré leur bien-aimé et dont les larmes peuvent remplir un océan, les mères qui ont perdu leur enfant en fausse couche, les sans mère, ceux qui sont dans la tristesse, ceux que personne ne remarque, les prostituées, ceux qui font le linge, les éboueurs, les paumés, les bébés, ceux qui sont oubliés, ceux qui sont au placard, les chômeurs, ceux qui ne sont pas représentés, les ados qui coupent leurs bras, les faibles, les accusés à tort, ceux pour qui la vie est dure, les sans-papiers, ceux qui n’ont pas de lobbyistes pour les défendre, les personnes qui prennent des décisions économiques désastreuses pour les autres, les femmes qui récoltent des fonds, ceux qui sont plein de bonté car ils ont tout compris. »

L’antenne des croyants inclusifs va organiser divers événements pour sensibiliser à l’accueil inconditionnel des croyants au sein de l’église, en particulier des personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres. La paroisse protestante Saint-Guillaume organise déjà depuis plusieurs années une messe sur ce thème lors de la Gay Pride de Strasbourg.

Au Conseil de l’Eurométropole, le grand oral de Frédéric Bierry

Au Conseil de l’Eurométropole, le grand oral de Frédéric Bierry

À partir de 15h, le président du Conseil départemental du Bas-Rhin va rencontrer une assemblée de l’Eurométropole de Strasbourg, prompte à critiquer ses choix en son absence. Ensuite, il sera question de transport vers le port, de finances et de chantier. Suivez la séance en direct.

Pour une fois, il ne sera pas question de l’incinérateur Sénerval au conseil de l’Eurométropole de Strasbourg. Ce dossier reviendra néanmoins dans l’hémicycle avant la fin de l’année. La séance du 30 septembre aura une formation curieuse. D’abord à 14h, le format « commission permanente », avec une partie des élus, fermé au public et à la presse, puis la séance publique retransmise en vidéo à partir de 15h.

Frédéric Bierry en guest-star

Elle commencera par la réception du président du Conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry (LR). Lors de cette rencontre à sa demande, l’élu de la vallée de la Bruche devra présenter les actions de sa collectivité sur le territoire de l’Eurométropole.

Son vice-président Jean-Philippe Maurer, élu d’opposition « Les Républicains » à Strasbourg, mais chargé de représenter les intérêt de l’agglomération strasbourgeoise au Département doit souvent essuyer les reproches des décideurs de Strasbourg et ses environs. Parmi les crises les plus récentes, celle du CD 67 d’arrêter de financer l’hébergement d’urgence.

En décembre, ce sera au tour du président de l’Eurométropole, Robert Herrmann, (PS) de se rendre au Département pour présenter ses actions. « Cela risque d’être plus facile pour moi, je n’enlève pas de subventions », pointe-t-il. Dans ses efforts pour Strasbourg, le Conseil départemental met souvent en avant que Strasbourg concentre la majeure partie des dépenses sociales (RSA, allocation handicapés, mineurs isolés, etc) du Bas-Rhin ou qu’il finance les baisses de taxes à l’aéroport de Strasbourg. Dans l’hémicycle strasbourgeois, Frédéric Bierry saura-t-il présenter des arguments innovants ?

Pôle d’administration publique

L’un des gros chantier, au sens propre, sera celui de la reprise des travaux du pôle d’administration publique (PAPS-PCPI – lire notre article). En attendant que les responsables des fissures soient déterminés, ce qui a bloqué le chantier plus de deux ans. L’Eurométropole et ses co-finaneurs paient les consolidations et la fin des travaux ce qui entraîne un surcoût de 16,5 millions d’euros. Un éventuel remboursement risque de prendre des années, notamment car le bureau d’études visé, RFR, a fait faillite. L’Eurométropole et ses partenaires espèrent que les mandataires et les assureurs soient sommés de rembourser ces malfaçons si la justice l’ordonne.

Il sera aussi question d’améliorer l’accessibilité au Port de Strasbourg les jours ouvrés, notamment avec des pistes cyclables supplémentaires, l’amélioration des dessertes en bus et du site internet Optimix qui met en relation des entreprises pour organiser du co-voiturage. Utile, quand on sait que beaucoup de nouveaux habitants de Strasbourg vont peupler ce secteur, ce que les milliers de participants au week-end « À la conquête de l’Est » les 23 et 24 septembre ont pu constater.

Une meilleur note pour les finances, l’opposition de droite en étau

Enfin, il sera question de finances et la vice-présidente en charge de ces questions Caroline Barrière (PS) a le sourire. L’agence de notation de l’agence Fitch a amélioré la note de la Ville et de l’Eurométropole de « AA perspective défavorable » à « AA perspective stable ». La note maximale est AAA. Dans ses appréciations, l’agence relève que la dette correspond à moins de 120% des recettes de fonctionnement à moyen terme (116,5% en 2016), ce qui selon ses critères, rend les emprunts soutenables, notamment car beaucoup sont « peu risqués ». Les recettes ont été améliorées entres autres grâce à deux hausses successives de la fiscalité locale ou de prix des services publics (transport, piscine, patinoire, etc.).

Normalement, de bonne notes permettent d’emprunter à taux bas sur les marchés financiers, même si cela ne se répercute pas toujours de manière automatique. Une éventuelle baisse ne changera pas les investissements de l’Eurométropole, mais pourrait permettre de « moins fiscaliser que prévu » selon le président Robert Herrmann. En tout cas, selon ce dernier, cela clôt le débat d’un audit « qui coûterait de l’argent » réclamé par l’opposition sur l’état des finances de Strasbourg. C’était l’un des souhaits du président de groupe « Les Républicains » et maire de Reichstett, Georges Schuler qui se verrait bien rejoindre la majorité gauche-droite, sans être suivi par ses collègues dans cette demande.

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Aller plus loin

Sur Strasbourg.eu : l’ordre du jour du conseil de l’Eurométropole du 30 septembre 2016 (PDF)