Le quartier d’affaires international devrait être la nouvelle vitrine du Strasbourg entrepreneurial (doc remis)
En direct. – Le conseil municipal de Strasbourg entérinera la cession des terrains du Wacken pour débuter la construction du quartier d’affaires. Mais le stationnement s’invitera dans les discussions…
Cette fois, c’est parti ! Le conseil municipal de Strasbourg devrait approuver dans sa séance de lundi, à suivre en direct ci-dessous, la cession des terrains municipaux pour permettre la constructions des deux premiers lots du quartier d’affaires international du Wacken. C’est le groupement Link City qui bénéficie des droits à construire des deux premiers bâtiments de bureaux (dont 4 855 m² pour Adidas et 18 493 pour l’autre immeuble) et Cogedim Est pour les 120 logements de l’immeuble d’habitation (8 996 m²).
Les actes de vente devraient être signés fin mars, la Ville s’enrichissant au passage de 8,78 millions d’euros. L’immeuble accueillant Adidas doit être achevé en janvier 2018, les deux autres à l’été de cette même année. Quant au silo de parking, il ne sera prêt qu’en septembre 2018. Dans l’intervalle, un terre-plein accueillera les voitures sur la réserve destinée au Parlement européen (lot E sur le plan ci-dessous).
Des délibérations seront nécessaires pour les autres lots (doc remis)
En fin de conseil municipal, le stationnement s’invitera évidemment dans les débats, à la faveur d’une interpellation de Jean-Emmanuel Robert (LR). Devant la presse la semaine dernière, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) a reconnu un « loupé » dans la communication sur les augmentations du coût du stationnement, qu’il attribue à la période chargée du Marché de Noël et des élections régionales. Pas sûr que ça suffise à éteindre l’incendie…
Le Pr Israël Nisand est responsable du pôle obstétrique des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Pour le Pr Israël Nisand, président du Forum Européen de Bioéthique, il est urgent d’interroger la question de la norme dans la pratique médicale, car les comportements et usages évoluent vite.
À partir de quand un deuil pourrait devenir pathologique ? Quelle norme pourrait valoir pour tous en matière de sexualité ? Être déprimés parfois et euphoriques à d’autres moments, est-ce prémonitoire d’un syndrome bipolaire ? Mais il y a pourtant des personnes véritablement bipolaires qui sentent venir de vraies crises et qui se savent malades au point d’accepter des traitements chroniques. À partir de quand peut-on dire qu’un enfant de trois ans est hyperactif et faut-il alors le brider en lui donnant un traitement ? Et où se situe la limite entre une passion et une addiction ?
La question de la norme est très présente chez les médecins qui ont besoin de savoir qui en sort pour déterminer un traitement et en fixer l’objectif. Les livres de médecine sont pleins de normes. Au dessus de telle taille, on est un géant et le nanisme commence précisément en dessous d’une taille bien définie. Il en va de même pour le poids, le rythme cardiaque, la capacité respiratoire, etc. Est-ce pathologique de fixer des normes et quelle est la manière de les déterminer ? Sont-elles valables quelle que soit la période et la société ou sont-elles changeantes et si oui au gré de quoi ?
Profusion de normes, développement de l’individualisme
Les sociétés occidentales et libérales sont confrontées à un mouvement contradictoire. La profusion des normes et même de la traçabilité de nos sociétés policées se heurte au développement de l’individualisme moderne où chacun est appelé à se développer à sa guise, donc à créer ses propres normes.
Or vivre ensemble, c’est bel et bien partager des normes communes et les faire évoluer d’un même pas. Le dernier changement de normes en France n’est pas passé inaperçu : permettre aux homosexuels de se marier s’ils le souhaitent, une modification de la norme commune qui n’a pas fini de faire débat. Et dans le domaine de l’identité sexuelle notre pays est aujourd’hui traversé par une sorte d’injonction contradictoire très forte entre le respect des individus, qu’on n’a pas le droit de stigmatiser, et la norme de notre société fondée sur la binarité sexuelle.
Faut-il accepter qu’il y ait, à l’instar de ce qui a été reconnu dans certains pays voisins, un sexe neutre. Il y aurait alors dans les cartes d’identité, M, F ou X. Et pourquoi, si des personnes le demandent, le leur refuser ? Au nom de quelle norme transcendante ? Au nom de quelle loi naturelle ?
Changements dans la norme sexuelle
Jusqu’à présent la naissance d’un enfant présentant une anomalie des organes génitaux externes donnait lieu à une véritable évaluation multidisciplinaire en urgence pour établir, avec les parents, ce qui pouvait être considéré comme la meilleure solution pour l’enfant, qu’il n’était pas question de consulter bien sûr. Cette évaluation terminée en faisait un garçon ou une fille. En dehors de cela, point de salut.
Cette assignation pouvait être problématique plus tard quand elle ne correspondait pas aux souhaits de l’enfant. Des voix fortes se font entendre aujourd’hui pour différer les actes chirurgicaux et, dans la mesure du possible, de ne pas effectuer cette assignation, vécue comme une manière normée « à l’ancienne » de définir la sexualité en masculin ou féminin. Le changement de norme opère donc un renversement des pratiques médicales qui vont jusqu’à faire différer par des traitements hormonaux la puberté pour respecter le trouble du genre d’un adolescent qui se sent mal dans son corps.
Ces sujets difficiles seront abordés cette année au Forum Européen de Bioéthique avec nombre d’experts et de penseurs qui y viennent très volontiers, non pas pour nous délivrer un prêt à penser, mais pour nous aider avec leurs arguments et leurs débats contradictoires, à nous fabriquer notre propre posture personnelle qui tient compte de nos valeurs et de nos histoires personnelles. Les progrès de la technique et de la biologie sont tels qu’il est nécessaire que les citoyens s’emparent de leur destin et de celui de leurs enfants, sans laisser les scientifiques et le marché en décider à leur place.
Jusqu’où ira t-on ? Que pourra t-on maîtriser ? Quel sera le monde de demain ? Gageons que vous serez nombreux dans les salles et sur internet à suivre ces débats passionnants.
Israël Nisand
Président du Forum européen de bioéthique
Cheikhmous Ali, lors d’un café-citoyen à Strasbourg. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Cheikhmous Ali n’a pas d’arme, pas de barbe mais lui aussi mène un combat pour la Syrie. Depuis 2011, cet archéologue syrien d’origine kurde, diplômé de l’université de Strasbourg, remue ciel et terre pour documenter les destructions du patrimoine de son pays et les pillages. Rencontre avec cet homme pressé, tenace mais lucide.
À côté de la machine à café, au deuxième étage de la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme à Strasbourg, c’est là que Cheikhmous Ali reçoit ses visiteurs. Dans le coin canapé, ce grand trentenaire a établi son bureau, au milieu des étudiants qui révisent leur examen à la dernière minute et ceux qui anticipent leur déjeuner. Après tout, il n’a besoin que d’une connexion internet pour échanger avec ses correspondants… en Syrie.
Tout un réseau d’universitaires, d’archéologues, d’étudiants et de contacts l’informent, souvent au péril de leur vie, sur les destructions dont sont victimes les monuments historiques de Syrie depuis le début du conflit en 2011. La Syrie, ce berceau de la civilisation où l’Humanité a appris l’agriculture et où se sont établis de colossaux empires, abrite des sites millénaires, des joyaux classés au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco.
Établi à Strasbourg en 2003 pour une thèse sur l’archéologie, Cheickhmous Ali devait retourner à Damas lorsque la révolution s’est enlisée. De sa douce voix, sans un mot plus haut que l’autre, Cheikhmous Ali commence par se confondre en excuses. Plusieurs fois il a dû repousser notre rendez-vous.
« Je ne devais partir à Paris qu’une journée pour participer à une table-ronde, finalement une autre s’est ajoutée, puis une réunion d’urgence au Louvre avec d’autres archéologues pour faire le point sur les destructions. La semaine dernière encore, une mosquée ottomane a été visée par l’armée russe. »
Un repérage méthodique
Dès les premiers moments de la révolution dans son pays, en mars 2011, il se met à relayer le mouvement populaire depuis Strasbourg. Avec quelques autres personnes, il organise des manifestations et met sa dernière année de doctorat de côté. De toutes façons, à cause de son activisme, Cheikhmous Ali n’aurait pas bénéficié d’un accueil très chaleureux de la part du régime.
A la Misha, Cheikhmous Ali s’est improvisé un bureau. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Vite, il découvre sur Facebook que des citoyens en Syrie s’improvisent journalistes et répertorient, ville par ville, toutes les arrestations, les attaques, les blessés, les morts. À partir de juin 2011, fleurissent les publications concernant les monuments et collines dans lesquels les snipers se cachent. En 2012, quand ses contacts locaux rapportent que les armées s’installent dans les bâtiments ou les bombardent, c’est le moment de réagir :
« Avec d’autres archéologues syriens éparpillés en Europe, nous avons décidé de rassembler toute cette documentation qui venait du public. Nous avons réalisé que ça devenait des archives et que nous devions nous mobiliser plus sérieusement. »
11 000 années parties en fumée
À une dizaine, ils fondent l’APSA (l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne). L’idée est avant tout de mener l’inventaire de tous les lieux endommagés :
« En Syrie, nous avons créé un réseau d’une trentaine d’archéologues. Ils partent toujours à trois-quatre et ne se rendent sur les sites qu’après avoir évalué le danger. Si c’est trop risqué, on annule les opérations. En Europe, nous réceptionnons toutes les infos, vidéos ou photos de fouilles, les documentons à l’aide de cartes, d’images satellites, d’explications historiques et les rendons publiques, en français, en anglais, en arabe. Sur place, les gens n’ont pas les moyens d’assurer cette communication. »
Avec l’aide d’une autre association, Cheikhmous Ali a pu se rendre en Turquie et faire sortir quelques-uns de ses collaborateurs de Syrie, afin d’étoffer le dispositif.
Ce trentenaire avoue qu’au début, son moral en a pris un coup quand il a vu, impuissant, les richesses archéologiques de la Syrie partir en fumée les unes après les autres ou devenir le champ de bataille des différents combattants : les citadelles d’Alep, de Damas, le Krack des Chevaliers ou encore les temples de Palmyre. Quand le minaret de la grande mosquée omeyyade d’Alep est tombé, Cheikhmous Ali a pleuré :
« J’ai travaillé là-bas pendant six mois en 2000. Nous avions creusé des fondations de 16 m pour injecter du béton afin de protéger le monument en cas de séisme, on n’avait pas pensé à la guerre… C’était la partie la plus importante, qui datait du XIe – XIIe siècle. Elle a résisté pendant des centaines d’années et en 2013, elle a malheureusement été détruite par des bombardements de chars. »
Le 4 septembre dernier, l’APSA rapportait la destruction par l’Etat islamique des célèbres tombeaux d’Elahbel, à Palmyre. (Document remis)
Intercepter les pillages
Selon son comptage, plus de 300 sites historiques syriens ont déjà été rasés, soit par l’État islamique soit à cause des combats. Pour Cheikhmous Ali, il faudrait que cesse l’occupation des lieux historiques et que la protection des musées ainsi que des sites archéologiques soit renforcée, mais il a bien conscience qu’il ne peut rien attendre des acteurs en Syrie, dont la priorité est de combattre l’adversaire, pas de préserver le patrimoine :
« La question humaine n’est déjà pas respectée, leur objectif étant de tuer l’autre. Quand on se fout des enfants qui meurent, le patrimoine, on n’y pense même pas. »
Avec ses collègues, Cheikhmous Ali essaie également de lutter contre les pillages et le trafic d’objets volés, dont profitent l’Etat islamique et le les habitants qui habitent près des sites, précise l’archéologue :
« Ils ont perdu leur travail et n’ont pas trop le choix. Ils creusent en espérant tomber sur une perle rare, c’est comme jouer au loto. Ensuite, ils vendent les pièces à des commerçants locaux, ou les transportent eux-mêmes vers les pays limitrophes et les vendent à d’autres commerçants, membres de mafia. C’est comme le trafic de drogue, tout se passe discrètement. »
Grâce à ses relais en Syrie, l’association traque les objets, vérifie leur authenticité, déniche les numéros de téléphone des heureux « propriétaires », scrute le moment où ces derniers partent pour le Liban et la Turquie. Une fois toutes ces informations traduites, elles sont envoyées à Interpol, à Lyon, qui s’occupe du reste.
À Gaziantep, en Turquie, l’association a contribué à la localisation de 168 objets volés. (Doc. remis)
La reconstruction, l’étape la plus dangereuse
Cheikhmous Ali n’a pas l’impression de se battre contre des moulins à vent. Son combat est entendu dans les médias, il est invité pour animer des conférences, des colloques, des cafés-citoyens de Strasbourg à Berlin, en passant par Rome, Bruxelles. Il sait que la société est sensible à tout cet héritage assassiné, mais regrette que les organisations internationales ne le soient pas autant :
« Pour l’instant des initiatives individuelles permettent de colmater les plaies, il faut que ces instances prennent conscience du besoin d’anticiper l’étape post-conflit. Des vieux quartiers sont menacés de disparaître. Chaque fois, je prends l’exemple de la Petite-France, mais imaginez que ses maisons soient endommagées et que les propriétaires déboulent avec des bull-dozers pour refaire quelque chose de neuf, vite-fait, on perdrait tout le corps historique de la ville. Donc s’il n’y a pas de projets, on va perdre des monuments. Et puis, reconstruire la Petite-France, ce n’est pas la même chose que l’Esplanade, il y a des règles à suivre. Pour cela, il faut des moyens et si la guerre s’arrête dans un mois, on n’a absolument rien. »
Pour cela, l’archéologue frappe à toutes les portes. À l’Unesco, Cheikhmous Ali, l’électron libre, a compris qu’on lui tendrait difficilement une oreille. L’institution ne peut collaborer qu’avec le gouvernement syrien représenté par la Direction générale des antiquités et musées, son statut ne lui permet pas de traiter avec l’opposition alors qu’une grande partie des sites menacés sont sous son contrôle :
« Pour l’Unesco, ce qui se passe en Syrie est identique à l’Irak, l’Afghanistan et la Libye. Alors que chaque cas est particulier. La Syrie se démarque depuis 2011 par l’implication de la population. C’est un grand bouleversement mais l’Unesco ne l’a pas compris. Alors, elle organise un stage à distance pour les fonctionnaires, mais pour les gens les plus actifs, qui risquent leurs vies pour apporter des renseignements, elle ne fait rien, les ignore complètement. »
Vers un master de la reconstruction
Cheikhmous Ali aurait peut-être trouvé une épaule au Parlement européen. Depuis novembre, il a rencontré à deux reprises des députés et leur a fourni, à leur demande, un dossier avec un projet de reconstruction. Derrière la tête, l’opiniâtre archéologue a aussi comme idée de créer un master à l’Université de Strasbourg à, l’attention d’archéologues syriens afin qu’ils se spécialisent dans la reconstruction, qu’ils viennent de là-bas ou d’Europe :
« L’enjeu serait de regrouper 40 à 50 étudiants et de proposer plusieurs spécialités : restitution des objets, édification des monuments, des quartiers, gestion des musées. Des experts interviendraient pour que la formation soit à 70% pratique. L’Université est prête à créer un diplôme spécial, ce qui est un effort remarquable. »
Reste à l’Union européenne de financer le projet : 3 à 4 millions d’euros. Cheikhmous Ali sait que la réponse ne viendra pas tout de suite, mais si elle est positive, il saluera un grand geste politique.
Le théâtre romain à Bosra est gravement endommagé par deux barils de TNT largué par les forces aériennes syriennes le 22 décembre. (Document remis)
Cheikhmous Ali peut compter sur de forts soutiens au sein du département d’archéologie de l’Université de Strasbourg. Philippe Quenet, le responsable actuel, a rencontré Cheikhmous Ali sur des fouilles archéologiques en Syrie avant qu’il ne vienne en France. Il est persuadé que son « sens inné de la diplomatie » lui permettra de remporter cette bataille.
Un musée refuge pour le patrimoine syrien
Le cerveau du jeune archéologue fourmille d’autres projets, comme la fondation d’un musée sur le patrimoine syrien « hors-les-murs », à Strasbourg ou ailleurs en Europe.
« C’est là où l’Unesco pourrait avoir un rôle à jouer. Il faudrait initier une procédure juridique avec l’Etat turc pour qu’on ne soit pas pris pour des pilleurs. Il faudrait aussi obtenir l’accord de l’Etat syrien de faire sortir des objets qui ne sont plus forcément sous son contrôle. Ce sera compliqué, mais je vais continuer à œuvrer pour. »
Cheikhmous Ali compte bien solliciter le musée archéologique de Strasbourg et le musée d’art moderne et contemporain pour valoriser au niveau local les objets d’Irak et de Syrie qui se trouvent déjà dans leurs réserves.
Avec l’association Alsace-Syrie, Cheikhmous Ali va mettre en place une exposition itinérante sur l’avant et l’après-destruction du patrimoine syrien. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
L’archéologue a beaucoup de rêves, mais il sait que le plus grand, celui de la reconstruction, ne pourra se réaliser qu’une fois le conflit terminé. Dans combien de temps ?
« Je ne sais pas. Pourquoi ils arrêteraient la guerre, les intérêts des acteurs étrangers sont si forts dans la région, autour du gaz, du pétrole. Même la reconstruction risque d’attiser les convoitises. Chaque pays voudra participer voire contrôler cette étape, construire des bases militaires. La Russie en avait une, maintenant deux, demain une troisième qui sait ? »
Depuis la France, Cheikhmous, le sage révolté, va continuer à penser librement, comme il le fait depuis le début sans subir aucune menace, mais il ne répondra pas aujourd’hui à toutes ces questions. Son téléphone sonne, il est déjà 13h15, il doit partir : à 13h30, il a rendez-vous avec Pôle emploi. Car Cheikhmous Ali vit en France de petits boulots, bien loin de son doctorat sur l’archéologie du 4e milliénaire en Mésopotamie et de son engagement bénévole pour la Syrie. Mais si un jour l’idée du master aboutit, son quotidien pourra se reconstruire lui aussi.
La plupart du temps je suis derrière une caméra, et parfois je la troque contre un stylo pour écrire sur des sujets de société qui ont trait au Moyen-Orient ou à la Roumanie.
Personne n’a été prévenu, mais depuis le 1er janvier, cela coûte plus cher de se garer à Strasbourg. Il faut désormais payer entre midi et 14h, tandis que les habitants voient leur forfait augmenter de 50%. Forcément, les automobilistes sont mécontents.
Des rues strasbourgeoises à la forêt de Sherwood, il n’y a qu’un pas (dessin Laurent Salles)
Doc Arnica reçoit et soigne des malades mentaux régulièrement. Et pour elle, le regard sur les personnes atteintes de ces maladies doit changer.
Jean a 48 ans, il est informaticien. Il vient me voir pour la première fois. Il arrive de la région parisienne pour un nouveau travail à Strasbourg. Il me demande de lui prescrire ses neuroleptiques et de lui recommander un psychiatre. Jean est schizophrène depuis de très longues années. Il est un peu anxieux vu les changements, mais va plutôt bien.
Mathilde a 30 ans, je la connais depuis son enfance. Il y a 10 ans, elle a fait un épisode délirant paranoïaque qui a duré plusieurs mois. Elle a pris un traitement pendant 2 ans, puis a décidé de l’arrêter en raison de ses effets secondaires : prise de 25 kg en 2 ans. Après l’avoir hospitalisée, je l’ai perdue de vue pendant ces deux ans là. Elle n’a plus jamais eu de symptômes. Elle a 2 enfants et travaille comme aide-soignante. Elle va bien.
Camille a 42 ans. Elle a une psychose et un handicap mental léger associé à des malformations osseuses sévères . Elle vit en foyer et travaille dans un ESAT (établissement et service d’aide par le travail). Elle se fatigue vite et a de plus en plus de mal à travailler. Son éducateur me l’amène pour faire un bilan. On s’oriente vers une admission en MAS (maison d’accueil spécialisée). Dans ce cas, elle ne travaillera plus et je me pose la question du bienfait de cette orientation. Elle est suivie par une psychiatre à laquelle j’adresse un courrier pour avoir son avis.
Francis a été passé aux neuroleptiques injectables
Francis est un nouveau patient de 50 ans, il est schizophrène et en très mauvais état général. Il s’est défenestré il y a quelques années et a beaucoup de mal à marcher en raison des séquelles de ses fractures des membres inférieurs et de la colonne vertébrale. Il est suivi en CMP de secteur (centre medico-psychologique) tous les mois. Il a une mauvaise santé somatique et ne consulte pourtant que peu à mon cabinet. Il ne fait pas les bilans prescrits et prend mal son traitement neuroleptique. Du coup, le psychiatre du secteur qui le soigne est passé aux neuroleptiques injectables. Je vais contacter l’équipe du centre pour que le bilan soit fait.
Amélie souffre de maladie bipolaire. Je l’ai hospitalisée pour la première fois à 14 ans alors qu’elle faisait une dépression sévère. Le diagnostic de bipolarité a été posé plusieurs années plus tard après un énième épisode dépressif. Sa scolarité a été chaotique, alors que c’est une jeune fille brillante. Dix ans plus tard, elle va toujours plus ou moins mal malgré un traitement très lourd. Amélie vit avec l’allocation d’adulte handicapé. Elle a essayé à plusieurs reprises de reprendre des études, mais elle fatigue trop vite pour continuer.
Anne a 38 ans et deux enfants, elle consulte alors que son deuxième enfant qui a deux mois pleure en permanence. Elle pleure aussi beaucoup et ne se sent pas être une bonne mère. Elle me raconte avoir fait une dépression après la naissance de son premier enfant il y a 5 ans. À l’époque elle a pris des anxiolytiques, mais n’a pas consulté de « psy » comme elle dit : « Je ne suis pas folle vous savez ». Elle est incapable de reprendre le travail. Elle a perdu 7 kg depuis la naissance et ne mange presque plus rien. La sage-femme, qui est passée plusieurs fois chez elle, lui a demandé de consulter. Je la convaincs de consulter un psychiatre et prolonge son congé de maternité avec un congé maladie. Le psychiatre appelé la verra très vite.
Quand les maladies mentales s’invitent dans l’actualité
Les dernières actualités concernant le pilote de la compagnie allemande qui a crashé volontairement son avion entraînant tout le monde dans la mort, alors qu’il avait une maladie mentale (psychose ? dépression ?) et le professeur de sport qui a emmené ses élèves au ski sur une piste interdite les entraînant dans une avalanche, après avoir été soigné pour dépression ont entraîné des commentaires affligeants de la part des journalistes ou des commentateurs de tout poil.
J’imagine l’impact que cela a pu avoir sur les patients qui se soignent et qui font tout pour vivre le mieux possible avec leur maladie. Il existe un traitement des médias totalement discriminatoire par rapport à la maladie mentale, avec des jugements à l’emporte-pièce, en ne connaissant encore rien du dossier médical des personnes incriminées. Pourtant la plupart des patients qui ont été malades un jour s’en sortent et vivent à nouveau le mieux possible, travaillent et élèvent leurs enfants.
Dès l’écart, c’est la sanction
À la moindre faute de leur part on leur ressortira la maladie mentale et le fait qu’il est irresponsable de les laisser travailler sans contrôle, voire travailler tout court ou élever leurs enfants. On entend régulièrement parler de leur potentielle dangerosité.
La dépression et la psychose (ou la schizophrénie qui est une forme de psychose) sont des maladies très différentes qui peuvent toutes être très graves, voire amener au suicide, mais beaucoup de patients se soignent et très rares sont ceux qui mettent en danger la vie d’autrui (ils mettent plutôt la leur en danger). Laisser planer ce doute en permanence pour tous les malades ou anciens malades est au moins maladroit voire carrément de l’ostracisme.
Et si on parlait enfin ouvertement au XXIe siècle de la maladie mentale sans y associer plus ou moins consciemment le terme de « fou dangereux » ?
Je suis Doc Arnica , docteure généraliste de quartier à Strasbourg, installée depuis 20 ans déjà . Le temps file... Je dis souvent que je suis une médecin de famille. J'adore ma ville, ma cathédrale, la cuisine, la bonne bouffe. Bref tout ce qui fait plaisir.
The One Armed Man, à l’affiche des Scènes d’Ici à la Laiterie (Doc. remis)
C’est un rendez-vous récurrent à la Laiterie. Les Scènes d’Ici reviennent samedi 30 janvier, pour une soirée de concerts entièrement gratuite avec une affiche quasi-exclusivement alsacienne et plusieurs nouveaux albums à découvrir. Rue89 Strasbourg vous propose sa sélection.
Quatre concerts au Club, quatre autres dans la grande salle. Voilà une soirée à huit entrées à la Laiterie à Strasbourg pour mettre à jour sa connaissance de l’univers musical alsacien du moment (et quelque peu lorrain, également) dans une veine pop, rock, folk et électro. Et pour ne rien rater, il faudra venir tôt, dès le premier concert.
20h30 au Club : The Loomings
The Loomings (Doc. remis)
Leur premier album a vu le jour en septembre 2015. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Everyday Mythology symbolise l’objet musical non identifié dans toute sa splendeur. Keywords, le morceau d’ouverture, nous fait pénétrer dans un univers totalement barré, entre furie percussive rock exprimée à la batterie, harmonies vocales, sonorités jazzy et saillies hip hop inattendues.
BLACK pose une ambiance angoissante doublée de fragrances dérivées d’un improbable opéra rock. C’est sans compter les huit minutes savamment débridées et extrêmement jouissives de l’idoine The Things that change ou la rencontre avec Lockjaw (A Mutant Dog) agrémentée d’un sample vocal de Led Zeppelin… On comprend alors mieux le lien que ce sextette strasbourgeois tisse entre ses diverses influences, de Zappa à Soft Machine en passant par Henry Cow (puis Art Bears), Prince, Steely Dan et les Beatles (lorsqu’ils n’étaient plus des gendres idéaux!).
Fermez les yeux et laissez vous porter durant environ une heure, Everyday Mythology est en écoute ci-dessous :
21h30 au Club : The Yokel
Joie de vivre entre potes bourlingueurs qui remercient la vie des cadeaux qu’elle leur fait. The Yokel, c’est ça, une bande d’amis unis aux joies simples, et la musique en est une. L’une des principales, même, porteuse de projets de surcroît pour ce trio messin qui érige folk enthousiaste et pop ensoleillée en mode de vie.
Déjà auteur de deux EP’s (The Yokel’s Puke en 2011 et Brain Dead Storming en 2012), sélectionné en ce début d’année pour la finale régionale Lorraine / Luxembourg des Inouïs du Printemps de Bourges et aussi retenu parmi les candidats du prix Ricard Live Music 2016, The Yokel prépare actuellement un premier album long dans un esprit mariant Dylan, Sufjan Stevens et Edward Sharpe & The Magnetic Zeros. Les sessions d’enregistrement viennent de débuter. Voici un extrait de l’univers de The Yokel, présent sur son second mini-album :
22h dans la Grande Salle : Pauwels
Un côté sombre et sépulcral, une plongée dans les entrailles d’une terre en ébullition. Voici Pauwels, un combo qui fait du bien via la débauche de décibels oscillant entre post-rock, noise et stoner. De l’instru qui déboite et qui se décline en trois albums : un premier, éponyme, en 2013, un deuxième (Elina) en janvier 2015 et le troisième, Kobal, en trois titres publiés au mois de décembre dernier. Et en live, voici ce que donne Pauwels :
23h30 au Club : The Silent Ones
The Silent Ones (Doc. remis)
Vous aimez les atmosphères en clair-obscur doublées d’ambiances cinématographiques dans lesquelles errent des fantômes et des créatures mystérieuses ? The Silent Ones est fait pour vous. Ce duo strasbourgeois, auteur en 2013 d’un EP vivifiant (The Lake) puis d’une seconde production fin 2015 (The Magical Party, sur l’excellent et exigeant label électro Kompakt), réunit le producteur-ingénieur du son Fred Traverso (déjà remarqué au sein des Kings Love Jacks) aux synthés, aux effets et à la programmation, et Aalik, chanteur-guitariste-bassiste-claviériste longtemps impliqué dans le collectif Soulfight.
Orfèvre d’une musique empreinte d’une électro faite d’effets de réverb’ et d’auto-tune à la tonalité métallique, The Silent Ones pose un monde ouvert à l’imaginaire.
Minuit dans la Grande salle : The One Armed Man
Pour clore cette première soirée Scènes d’Ici 2016, The One Armed Man présentera notamment ses nouveaux morceaux, extraits du futur disque, Paper Bird, à paraître le 26 février prochain. Après Black Hills, publié en 2014, et un premier EP éponyme en 2013, les Strasbourgeois reviennent avec dix titres puissants constituant la colonne vertébrale d’un concept album à l’atmosphère sombre et dramatique teintée d’une force de (sur)vie qui doit contrebalancer une terrible tragédie.
Illustration avec ce premier extrait de Paper Bird, Love is a Lonely Road :
Blues, stoner, rock : recette savoureuse pour un cocktail toujours aussi addictif et explosif ! The One Armed Man réussit une nouvelle fois son coup et Paper Bird muscle encore un peu plus le CV et la discographie d’un groupe aux sonorités indociles dont on se délecte avec toujours autant de plaisir.
Egalement sur scène…
Trois autres formations complètent la programmation de ce samedi 30 janvier. Rue89 Strasbourg vous avait déjà présenté ces groupes : Amoure (à 22h30 au Club) ainsi que Backyard Folk Club (à 21h dans la Grande Salle). A Second of June jouera aussi sur la scène de la Grande salle à 23h, fort de son nouvel album, Pastel Palace, sorti en novembre dernier.
Les volontaires peuvent passer jusqu’à 4 heures dans la chambre d’exposition (Photo NM / Rue89 Strasbourg / cc)
Comment traiter les allergies respiratoires ? Dans l’enceinte du Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg, Alyatec est un dispositif unique en France : une chambre d’exposition aux allergènes. Dans une salle stérile, une vingtaine de volontaires participeront à des études pour valider les produits de désensibilisation et de nouveaux traitements médicamenteux. Le premier protocole, portant sur les acariens, devrait être lancé courant février.
Sur le papier, l’idée peut paraître saugrenue, voire complètement masochiste. Des asthmatiques allergiques et autres sujets aux rhinites et conjonctivites s’enferment de leur plein gré dans une chambre. Des médecins les y exposent à un air où pullulent leurs ennemis invisibles : acariens, pollens, poils de chats… Pas de panique : ceci n’est pas une expérience sadique, c’est pour la bonne cause.
Co-pilotée depuis 2011 par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) et Alsace Bio Valley (pôle de compétitivité dans le domaine de la santé), financée à hauteur de 2,8 millions d’euros avec un partenariat privé/public, Alyatec a ouvert ses portes le 22 janvier, après un an de travaux. Le but de cette infrastructure : répondre à la demande de laboratoires pharmaceutiques et avancer dans la recherche sur les allergies respiratoires.
Grâce à la libération contrôlée d’allergènes, la chambre à provocation allergique de 65 m2 pourra tester l’efficacité de nouveaux traitements à un stade précoce. Qui plus est, en étudiant ainsi les réactions et symptômes d’un grand nombre de volontaires, les médecins s’affranchissent des contraintes en extérieur (comme la météo ou les épisodes saisonniers de pollens) qui peuvent fausser les diagnostics.
Des études commerciales pour générer des fonds
Une première batterie de tests, portant sur les allergies aux acariens, est prévue pour février, sur une quarantaine de sujets. Par la suite, le choix des allergènes étudiés sera dicté par l’importance de l’allergie dans la région et par la demande des laboratoires pharmaceutiques. Dans un premier temps, Alyatec compte se consacrer aux études commerciales pour valider de futurs traitements.
Lorsque suffisamment de fonds auront été générés, l’équipe du professeur Fréderic de Blay, chef du pôle de pathologie thoracique aux HUS, espère se consacrer à la recherche académique… qui paye un peu moins. Nathalie Domis, directeur des opérations, explique le déroulé des expériences pharmaceutiques :
« Divisés en deux groupes, les volontaires ingéreront un placebo ou la molécule proposée par le laboratoire. Dans la chambre d’exposition, les médecins observeront si les symptômes sont retardés ou bloqués. Il faut bien préciser qu’il ne s’agit pas d’un endroit pour les malades qui veulent se faire soigner, mais pour des patients volontaires afin d’avancer dans la recherche scientifique et académique. »
Le professeur Fréderic de Blay, chef du pôle de pathologie thoracique, porte le projet depuis 2011 (Photo NM / Rue89 Strasbourg / cc)
Trois passages sinon rien
Pour des résultats précis, les volontaires effectuent trois passages dans la chambre, à un mois d’intervalle. Ils sont ainsi exposés à trois doses différentes d’allergènes, afin de déterminer laquelle déclenche les symptômes. Et chaque séjour dans la chambre se déroule avec un modus operandi très pointu.
Une fois passée la porte, le volontaire est pris en charge par la secrétaire, qui remplit un dossier médical. Il rencontre ensuite le médecin allergologue, et effectue une prise de sang avec l’infirmière. Après un détour au vestiaire, il entre dans le sas vert, une pièce en dépression équipée de filtres qui éradiquent les perturbateurs ramenés de l’extérieur. Il enfile une combinaison stérile et c’est parti.
Le patient pénètre alors dans la zone dite d’exposition : dans une grande pièce bleue, en arc de cercle, vingt fauteuils qui rappellent la chaise de torture des cabinets dentaires, « mais bien plus confortables », assure Nathalie Domis. Il vaut mieux : le test peut durer de 10 minutes à 4 heures. Face aux sièges, en hauteur, un diffuseur déverse un brouillard de particules d’allergènes, qui ont été lyophilisées, puis diluées et enfin vaporisées.
Le sas est l’ultime étape avant d’affronter le brouillard de particules (Photo NM / Rue89 Strasbourg / cc)
Les volontaires sont équipés de petits appareils connectés pour mesurer leur souffle. À l’extérieur de la salle, les médecins contrôlent l’état de tous les participants sur deux grands écrans. Chaque siège est également équipé de capteurs qui enregistrent la taille des particules et leur concentration dans la pièce. Ces capteurs fonctionnent en permanence : pour le professeur Fréderic de Blay, c’est l’un des aspects innovants d’Alyatec :
« Il y a dix chambres d’exposition dans le monde, mais celle de Strasbourg est la seule qui assure un contrôle ininterrompu. Au Canada, par exemple, une salle accueille plus de 120 volontaires : la concentration peut être différente d’un bout à l’autre de la chambre, les sujets ne reçoivent pas la même exposition, et l’étude est faussée. »
Quand la question « ça va ? » prend tout son sens…
Sur des tablettes tactiles individuelles, chaque volontaire répond toutes les dix minutes à une série de questions : comment vous sentez-vous sur une échelle de 1 à 10, avez-vous les yeux qui piquent… Si le patient présente des symptômes gênants, ou souffre d’une baisse de souffle trop importante, il est aussitôt évacué par le sas, pris en charge par les médecins et envoyé en salle de repos pendant 6 heures.
Dans le cadre des allergies respiratoires, le risque le plus grave est de subir une crise d’asthme sévère, quand le souffle diminue de moins 50%. Dès qu’un volontaire chute à moins 20%, les médecins le sortent de la chambre. Le but de l’expérience n’est pas de mettre les patients en danger, précise Nathalie Domis :
« Nous sommes un véritable bloc opératoire, tout est sous contrôle. Et, dans le cas rarissime d’un vrai problème, nous avons une porte communicante avec le service de réanimation de l’hôpital. Respirer des particules allergènes pendant des heures, ça peut faire peur, mais ce n’est pas plus dangereux que de rester dans le grenier poussiéreux de votre grand-mère ou que de faire une sieste sous un tilleul sans son inhalateur. Les concentrations diffusées ici seront celles que l’on trouve à l’extérieur. Le but n’est pas de surexposer les gens. Alors oui, il faut être un peu masochiste, peut être, car on tousse, c’est désagréable… mais c’est pour la science ! »
Un défibrillateur est prêt à pallier toute situation d’urgence (Photo NM / Rue89 Strasbourg / cc)
Deux médecins, un externe et une infirmière seront présents en permanence. Si les études se multiplient, l’équipe pourra inclure jusqu’à dix personnes. Quant aux volontaires aux yeux qui pleurent et à la gorge irritée, ils recevront une compensation financière, en fonction du temps passé dans la chambre et du nombre de tests réalisés. Une journée classique parmi les particules d’acariens ou de poils de teckel sera indemnisée à hauteur de 150 euros.
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
Plusieurs habitants de la zone à défendre (ZAD) risquent l’expulsion (Doc remis)
Mise à jour : lundi 25 janvier, le tribunal de grande instance (TGI) de Nantes a donné raison au concessionnaire et autorisé l’expulsion des familles.
Le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (NDDL) près de Nantes est loin d’être enterré. Le 13 janvier, plusieurs milliers d’opposants étaient devant le tribunal de Nantes, en soutien à onze familles et quatre agriculteurs. Aéroports du Grand Ouest (AGO), filiale du groupe Vinci et concessionnaire du site, a demandé leur expulsion sous une astreinte journalière de 200 à 1 000 euros et une mise sous séquestre de leurs biens et cheptels s’ils n’obtempèrent pas.
Le juge des référés de Nantes doit rendre sa décision lundi 25 janvier à 14 heures. Le même jour à 16h, le collectif Alsace NDDL, la Convergence des luttes en Alsace et quatre autres associations appellent à un rassemblement en soutien à ces familles et agriculteurs, devant la préfecture du Bas-Rhin, place de la République à Strasbourg. Le collectif déclare vouloir montrer au gouvernement une opposition à ce projet de nouvel aéroport « unie dans toute la France ».
Y aller
« Solidarité d’Alsace pour dire non aux expulsions à Notre-Dame-des-Landes », rassemblement lundi 25 janvier à 16h, devant la Préfecture du Bas-Rhin, place de la République à Strasbourg.
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
« Small Town Boy » de Falk Richter (Photo Thomas AURIN)
Auteur, metteur en scène et chorégraphe, Falk Richter est aussi allemand et artiste associé au TNS. Il y présente Small Town Boy jusqu’au 26 janvier, une pièce pop, revendicatrice et hilarante sur les valeurs sociétales « en transition » et la façon dont les normes qui en découlent façonnent les destins individuels, amoureux et familiaux. Ultra-vitaminé et porté par des acteurs magnifiques.
Falk Richter est, comme Stanislas Nordey, un homme de théâtre qui puise directement dans l’actualité de la société pour élaborer ses créations. Son vécu est sa matière, ses questionnements sur les fonctionnements sociétaux et les rites familiaux sont sa quête. Comme chez le directeur du TNS, avec lequel il va collaborer pour Je suis Fassbinder en mars, la scène est pour Falk Richter le lieu de l’engagement, de la parole publique où l’acte artistique est forcément citoyen. Il est question ici de désir, d’intimité, de solitude, de sexualités diverses, – assumées ou contrariées-, mais aussi de droits humains et de politique. Le tout est infiniment tendre, précis, tendu et tenu.
Bronski Beat
Small Town Boy est d’abord une chanson de 1984 du groupe new wave britannique Bronski Beat (clip ci-dessous), qui abrita pour un temps le chanteur Jimmy Somerville. C’est l’histoire d’un jeune garçon en rupture avec son milieu d’origine, sa famille et sa petite ville de province, parce qu’il est homosexuel. Lui et ses camarades, exclus dans leur cocon oppressant, vont se mettre en quête de liberté en partant vers une grande métropole. Iconique dans le milieu gay, cette chanson a connu un succès interplanétaire.
C’est aussi le point de départ du spectacle éponyme de Falk Richter, créé à la suite d’une commande du Maxim-Gorki Theater à Berlin, avec et pour des comédiens de la troupe de celui-ci. Il en résulte un hymne à la ville de Berlin, à ses habitants dans leurs diversités, culturelles et sexuelles.
« I want to kiss like lovers do »
Tel un sous-titre, l’affirmation est inscrite sur un tableau noir à l’arrière du plateau, par l’un des comédiens. On en est encore au début du spectacle, mais cette phrase mythique extraite de Here comes the rain again de Eurythmics revient comme un battement de cœur lancinant jusqu’à la fin. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’amour, de désir, de solitude, d’incompréhensions. Sur le carrousel de la scène, les comédiens déroulent des situations graves et cocasses, passant avec un talent exceptionnel et une sincérité désarmante de la confidence intime aux acrobaties érotico-burlesques.
Il y a beaucoup de tendresse dans la façon dont Falk Richter écrit, puis dans la manière dont les comédiens du Maxim-Gorki Theater s’emparent de ses mots. La crudité du vocabulaire est contrebalancée par la finesse du jeu, une apparente provocation est nuancée par des sourires et des blagues. Les questionnements sociétaux qui en résultent se frayent un chemin, avec doigté, dans les esprits des spectateurs attentifs. Malgré le débit ultra-rapide des comédiens en allemand, et les sous-titres parfois succincts en comparaison, les spectateurs du TNS restent scotchés aux lèvres des cinq interprètes. Ils rient, beaucoup, fort, souvent.
La sexualité est au cœur du spectacle « Small Town Boy » (Photo Thomas AURIN)
Les sens en éveil
L’aspect fortement chorégraphié de Small Town Boy, pour lequel Falk Richter a collaboré avec Nir De Volff et Franz Rogowski, amène à la pièce une dynamique particulière : les corps des comédiens racontent leurs propres histoires, en même temps que les textes s’enchaînent. La musique aussi joue un rôle prépondérant, faisant appel à des tubes pops chantés en live (avec un certain brio!), qui viennent ajouter au spectacle une dimension intimiste et agréablement sentimentale.
Falk Richter affirme que par le travail de la danse et de la musique, il tient tous les sens du spectateur en éveil, et s’adresse aussi bien à son intelligence qu’à son corps et à ses émotions. Il tient à son message, il veut être sûr qu’il fasse son chemin, quel que soit le médium. Même l’odorat des spectateurs est sollicité : laissez-vous surprendre…
Des comédiens renversants (Photo Thomas AURIN)
Appel urgent
Small Town Boy a beau être drôle et glamour, c’est aussi une pièce qui dénonce et qui appelle à l’action, urgemment. Falk Richter se saisit de la puissance de la scène de théâtre pour en faire un porte-voix et interpeller les politiciens allemands, Angela Merkel en particulier, sur les violations de droits humains. Un plaidoyer particulièrement virulent dénonce les lois homophobes et liberticides de la Russie de Poutine, en demandant clairement à Angela Merkel de se positionner par rapport à ces questions lors de ses rencontres avec son homologue russe.
Précis et parfois cinglant dans ses textes, Falk Richter avoue se sentir de plus en plus libéré dans ses positionnements, même si cela lui a déjà valu un procès. Et s’il ne cache pas ses inquiétudes sur la dérive à l’extrême-droite et aux fondamentalismes religieux d’une frange de la population allemande (et européenne), il reste aujourd’hui confiant quant à l’évolution de la société vers plus d’ouverture aux différences, qu’elles soient culturelles ou sexuelles. Cet optimisme est contagieux et perce par les moindres pores du spectacle. C’est ainsi que, après deux heures de show sensationnel, le public du TNS offre aux comédiens et à Falk Richter, venu accompagner son premier spectacle à Strasbourg en tant qu’artiste associé, une standing ovation aussi chaleureuse et prolongée. Un expérience à partager, sans aucun doute.
Rencontre
Falk Richter sera présent pour une rencontre publique et gratuite au TNS le 5 février à 20h, dans le cadre de l’Autre saison du TNS. La soirée fera la part belle à l’écriture contemporaine et à des lectures de textes, mais aussi à des échanges avec le public. Une occasion supplémentaire de découvrir cet artiste dont nous n’avons pas fini d’entendre parler.
Indépendante, coordinatrice de projets et rédactrice, je travaille dans le champs des droits humains, du développement et de la culture, au niveau international mais aussi en local à Strasbourg.
Les macaques de Tonkéan sont l’une des principales attractions du zoo (Photo Zoo de l’orangerie)
L’association des Amis du Zoo de l’Orangerie n’a pas encore reçu de la Ville de Strasbourg le versement de sa subvention de fonctionnement pour l’année 2016, environ 270 000 euros. Et pour cause, la Ville ne l’a programmée qu’en février et n’envisage de payer qu’à condition que le zoo évolue. Ce qui n’est pas évident.
Les singes et les flamands roses, vedettes du zoo strasbourgeois de l’Orangerie, ont-ils du souci à se faire ? Albert Bour, le secrétaire général de l’association des Amis du Zoo de l’Orangerie, qui gère le parc, estime qu’il ne sera plus en mesure de payer les salaires des six employés à partir du mois de février. Il pourrait déclarer l’association en cessation de paiement.
En cause, le tout nouvel épisode d’un bras de fer avec la Ville qui a pris de l’ampleur l’année dernière. Alors que les critiques fusent parmi les associations de protection des animaux, une décision unanime est prise : le zoo doit évoluer pour survivre. Mais les Amis du Zoo et la Ville sont loin d’avoir accordé leurs violons. Quand les premiers réclament plus de moyens, la seconde rétorque qu’il serait temps d’être plus autonome.
Jusqu’à l’année dernière, les Amis du Zoo de l’Orangerie avaient recours à des emprunts pour payer les dépenses des derniers mois. En octobre 2015, la Ville avait même octroyé à l’association une rallonge de 40 000 euros. Son directeur, Nicolas Herrenschmidt, évoque alors un accord passé avec Olivier Bitz, adjoint au maire en charge des finances : la subvention serait dorénavant versée en une seule fois, et dès le début de l’année. Les 270 000 euros annuels ont bien été alloués en janvier 2015, mais cette année, c’est différent : la délibération sur la subvention du zoo aura lieu lors du conseil municipal de février.
Bras de fer et pressions
D’après Albert Bour, la Ville traîne volontairement des pieds :
« Nous nous sommes demandés s’il ne s’agissait pas d’une forme de pression. Nous aimerions simplement savoir quand aura lieu le paiement de toute la subvention ou même une partie, qui devait être versée au début de l’année. Si ça continue, sans pouvoir dégager de salaires, nous devrons contracter des emprunts, que nous ne sommes pas assurés d’obtenir, avec des intérêts et après ce sera la faillite. »
Mais en contrepartie de la rallonge d’octobre, l’association devait produire un plan de redressement pour 2016 : optimisation des recettes de la mini-ferme, mise en réseau avec d’autres zoos pour l’accueil des animaux exotiques, valorisation de leurs expériences scientifiques et de leur savoir-faire auprès de la conservation de la faune locale, etc.
Ce plan, la Ville l’attend encore. Christel Kohler, adjointe au maire et en charge du groupe de travail sur l’évolution du zoo, explique avoir relancé les Amis du Zoo plusieurs fois, sans résultat :
« Ils ont produit quelques éléments de mise en balance financière, avec le départ en retraite du directeur par exemple, qui allégera les charges du personnel. Mais nous n’avons encore reçu aucun document officiel, dont nous avons besoin pour voter la subvention et signer la convention. Les Amis du Zoo de l’Orangerie doivent pouvoir maintenir leur budget, en augmentant leur chiffre d’affaires sans avoir à demander des avances à la Ville chaque fin d’année. Il faut savoir qu’en 6 ans, la subvention a augmenté de 21%. De 211 000 euros en 2008, elle est passée aujourd’hui à 270 000, et c’est sans compter les 40 000 euros supplémentaires qu’ils ont perçu en 2015. C’est une augmentation énorme, dont bien peu d’associations peuvent se prévaloir. »
Vêtuste, désuet… toutes les parties sont d’accord : le zoo doit évoluer (Document Zoo de l’Orangerie)
Beaucoup d’employés pour un si petit zoo
Le zoo de l’Orangerie emploie 6 salariés, le directeur, Claude Rink, une secrétaire, et quatre animaliers, pour des charges de personnel qui s’élèvent à 240 000 euros, soit environ 80% du montant de la subvention allouée. Gratuit, le zoo engrange des recettes d’environ 22 000 euros, en provenance pour la majeure partie de la mini-ferme à l’entrée payante. Les enclos accueillant poneys et chèvres, qui devaient être achevés en 2012, nécessitent encore au moins sept mois de travaux.
Un manque de communication, justifie Albert Bour :
« Lors de la visite en novembre, nous avions eu un écho très favorable. Alors que, surprise, les élus ont adopté une position fermée. Avant toute réunion, ils avaient déjà décidé de ce qu’il fallait faire, avec des propositions fantaisistes, comme d’évacuer tous les animaux exotiques, dieu sait où, alors qu’ils nous appartiennent. C’était impossible de discuter, parmi tout un fatras d’associations : certaines étaient très bien et d’autres complètement extrémistes. Un zoo, c’est très réglementé, on ne peut pas y faire tout et n’importe quoi. »
Les lynx de Sibérie, apathiques ou invisibles, sont dans le viseur des critiques (Document Zoo de l’Orangerie)
Une plainte en cours et des rénovations en attente
Depuis des années, le zoo de l’Orangerie fait débat autant parmi les associations environnementalistes que les Strasbourgeois. Trop petit, vétuste, animaux apathiques ou stressés… En 2013, l’association Code Animal mène une enquête discrète et dépose une plainte pour maltraitance au motif que le zoo ne respecte ni les besoins physiologiques de ses animaux ni certaines normes de sécurité, comme « l’obligation de disposer d’une enceinte d’au moins 1,80 mètre de haut afin de protéger les animaux de tout trouble extérieur ».
Des accusations que les Amis du zoo qualifient de « plaisanteries » pour la plupart : les animaux sont bien traités, le public projette sur eux ses émotions sans connaître leurs besoins réels, affirment ses dirigeants… Mais ils concèdent que les oiseaux devraient pouvoir se dégourdir les ailes dans une grande volière, et que la clôture réglementaire, dont le tracé est en suspens, doit effectivement être construite.
Une gênante différence d’appréciation
Pour effectuer ces travaux cependant, il faudrait un budget important… et travailler de concert avec la Ville. Maintenant que le livre blanc est publié, il faut passer à la vitesse supérieure, estime Albert Bour :
« Le budget n’a pas encore été établi, il faut en discuter avec la Ville, ou se trouver des sponsors. Une chose est sûre, nous souffrons aussi d’une mauvaise communication : l’association ne rassemble que 105 membres, parce que l’écrasante majorité des gens pensent qu’il s’agit d’un zoo municipal. Et c’est bien là le problème : nous sommes l’exécuteur des objectifs de la Ville, pas une association classique qui a son propre projet. C’est donc à la la Ville de nous fournir les moyens pour qu’on les réalise. »
Une position « erronée », réplique Christel Kohler :
« Il est faux de prétendre qu’ils agissent uniquement dans le cadre d’une délégation. Les terrains appartiennent à la Ville mais il n’y a pas de cahier des charges, pas de prestataires en concurrence dans un projet de nature économique. Une convention qui détermine des objectifs généralistes est signée mais nous sommes bien dans le cadre d’une action subventionnée à la demande d’une association. »
Quant au livre blanc, il sera joint à la demande de délibération sur la subvention en février, comme la contribution de l’association à la concertation sur l’avenir du zoo… parmi d’autres. Car, comme conclut l’élue :
« Le zoo de l’Orangerie et son évolution concernent aussi tous les Strasbourgeois, la Ville, les associations naturalistes… Ce n’est pas à eux d’en définir l’avenir, unilatéralement. »
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
Jacqueline Sauvage a été condamnée à 10 ans de prison pour le meurtre de son mari.
Battue, violée et tyrannisée pendant plus de 45 ans par son mari, Jacqueline Sauvage, 66 ans aujourd’hui, l’abat de trois balles de fusil dans le dos le 10 septembre 2012. Le 3 décembre 2015, la cour d’assises du Loir-et-Cher la condamne en appel à 10 ans de réclusion criminelle. Une vaste campagne d’indignation est alors lancée pour demander la grâce de celle qui est devenue le symbole des victimes de violences conjugales.
295 000 signatures réclament une grâce présidentielle
En parallèle d’une manifestation place de la Bastille à Paris, le collectif Osez le Féminisme ! 67 appelle au rassemblement samedi 23 janvier à 14 heures, place Kléber à Strasbourg. Sur place, il sera possible de signer la demande de grâce présidentielle, lever des fonds pour améliorer le quotidien de Jacqueline Sauvage en prison, et de débattre autour de la législation sur la protection des victimes de violences sexistes et domestiques.
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
Les failles apparaissent partout sur les façades d’une trentaine de maisons à Lochwiller. (Photo Lochwiller se soulève)
Pour soulager les habitants de Lochwiller, ce village du Bas-Rhin qui se soulève, le préfet du Bas-Rhin a ordonné des travaux de colmatage, en imputant la faute à un forage géothermique creusé pour des particuliers. Mais, s’appuyant sur le code minier, ces arrêtés pourraient être annulés par le tribunal administratif de Strasbourg car… les particuliers ne sont pas mineurs.
L’affaire remonte à 2008, quand la famille Kandel s’installe à Lochwiller près de Saverne et décide de creuser un forage géothermique pour chauffer sa maison, ou à 2006, quand le lotissement de la colline du Weingarten est créé, ou carrément à l’ère secondaire (-200 millions d’années), quand l’érosion des monts alentours déposa des roches argileuses tout autour du cours d’eau qu’on appelle aujourd’hui le Dachgraben…
Car depuis 2010-2011, Lochwiller se soulève, de quelques centimètres par an mais suffisamment pour provoquer des failles dans les rues et des fissures dans les murs d’une trentaine de maisons et d’autres désagréments comme des inondations et des ruptures de canalisations. Après plusieurs enquêtes et des années de procédures, le préfet du Bas-Rhin désigne la famille Kandel comme étant à l’origine des désordres miniers à Lochwiller : leur forage géothermique à 140 mètres aurait conduit de l’eau jusque dans des couches argileuses à anhydrites, provoquant un gonflement du sous-sol.
T’as construit à Lochwiller ? C’est pas d’chance !
Une mine ? Où ça une mine ?
En janvier 2015, le préfet du Bas-Rhin publie un arrêté dans lequel il ordonne à la famille Kandel de réaliser des travaux de colmatage de son forage. En avril, le préfet publie un deuxième arrêté dans lequel il constate l’absence de colmatage et fait procéder aux travaux d’office aux frais de la famille Kandel. Seulement voilà, le préfet se fonde sur le Code minier pour prendre ces arrêtés, un code qui pourrait bien ne pas être applicable à la famille Kandel.
Lors d’une audience du tribunal administratif de Strasbourg mercredi matin, le rapporteur public, magistrat chargé de proposer une solution au tribunal, indiquait :
« Le code minier définit des gîtes géothermiques, c’est à dire des gisements de chaleur, qui peuvent être exploités après une phase de recherche. Or, la famille Kandel n’a pas cherché de gisement, elle a seulement exploité un phénomène naturel présent sur l’ensemble de l’écorce terrestre, à savoir que la température de la Terre croît en fonction de sa profondeur. Il n’y a pas d’accumulation de ressources. Par ailleurs, l’installation de la famille Kandel n’est pas une mine. Ils n’ont pas eu à procéder à des recherches, qui auraient été soumises à une autorisation. Quant à leur forage, compte-tenu de sa faible profondeur, une simple déclaration était nécessaire et elle a été faite. »
En conséquence, selon le rapporteur public, « le préfet ne pouvait pas se fonder sur le code minier », et il a proposé au tribunal administratif d’annuler ses arrêtés sur ce motif. Si le tribunal suit les conclusions du rapporteur public, ce qu’il fait dans la majorité des cas, alors le préfet devra trouver un nouveau bouc émissaire pour payer la facture des travaux de colmatage, qui sont engagés depuis juillet sur les deniers publics.
Courbes d’iso-gonflement (en cm) construites à partir des levés topographiques de mars et octobre 2013 (Archimed / Dreal Alsace)
Les problèmes à Lochwiller pas réglés pour autant
Mais surtout, il n’est pas certain que le colmatage soit la solution aux problèmes du sous-sol de Lochwiller. Les gypses formés par l’anhydrite au contact avec l’eau peuvent mettre des années à se former. Autrement dit, il est plutôt probable que le sol de Lochwiller continuera à s’élever… Pour Me Nicolas Fady, avocat de la famille Kandel, on ne peut pas coller l’ensemble des événements géologiques sur le dos de ses clients :
« Les expertises réalisées dans ce dossier parlent du forage comme d’une cause possible du gonflement, mais ils ne peuvent exclure une origine naturelle et imprévisible liée aux mécanismes d’érosion. Le préfet est allé un peu vite en désignant mes clients comme les responsables de cette situation. »
Trop tard de toutes façons, la famille Kandel a déserté sa maison pour s’installer dans une autre région. La cohabitation avec les habitants, excédés par l’apparition quotidienne de nouvelles fissures et les lenteurs administratives, n’était plus possible. Sur plus d’une trentaine de maisons fissurées, les occupants de cinq d’entre elles ont été indemnisés par le Fonds de garantie des risques miniers (FGAO).
Autre question posée par le raisonnement du rapporteur public, si la maison de la famille Kandel n’est pas une mine, alors qui est responsable en cas de dégâts provoqués par un forage géothermique à basse température ? Le magistrat a rappelé dans ses conclusions que le Code minier évoluait très vite depuis 2011, pour suivre les évolutions des technologies et les prescriptions du Grenelle de l’environnement, qui encourage la géothermie comme solution énergétique.
Il sera possible de voyager entre la gare de l’Est et Strasbourg en 1h50 contre 2h20 aujourd’hui. Les trains partiront plus tard de Strasbourg. Le temps de trajet vers d’autres villes à l’ouest, au nord et au sud sera aussi réduit (voir tous les horaires ici).
La rue de la Division Leclerc vide de voitures pendant le Marché de Noël (Photo Mathieu Piranda / Behance)
Dans un centre-ville vidé de ses voitures suite aux mesures liées à l’état d’urgence pendant le Marché de Noël, l’air de décembre a semblé plus respirable. Des études doivent paraître courant février, mais d’ores et déjà, l’expérience a fait école.
Le 18 janvier, les équipes de l’Agence pour la surveillance de la pollution atmosphérique en Alsace (Aspa) ont remballé leurs appareils de mesures dans le centre-ville de Strasbourg. L’agence débute désormais l’analyse de la pollution atmosphérique, notamment aux particules (PM10) sur presque trois mois, afin de comparer la qualité de l’air pendant la baisse de circulation, du 4 au 23 décembre au centre-ville de Strasbourg, aux périodes précédentes et suivantes.
Début décembre, l’Aspa avait installé une station de mesures idoine, rue de la Fonderie, tout près du Christkindelsmärik. Mais elle s’est mise à enregistrer des pics de pollution inquiétants, autant que si elle avait été placée à proximité de l’A35… avant que les techniciens ne se rendent compte qu’à quelques mètres à peine, un camion de CRS s’était garé avec le moteur tournant en permanence.
Des conditions météorologiques favorables
L’étude de l’Aspa sur l’impact de la limitation de la circulation au centre-ville sur la pollution est attendue en février, mais d’ores et déjà, Emmanuel Rivière, directeur adjoint, prévient que deux autres facteurs risquent d’altérer la fiabilité de l’étude :
« Avant Noël, il faisait très beau, avec un temps sec. Mais après la période du Marché, on est passé à un temps froid et pluvieux. Or la pluie influe beaucoup sur les mesures de la pollution. Il faut aussi garder en tête que sur la durée de l’étude, on a eu 15 jours de vacances scolaires, et donc un impact inévitable sur le trafic routier qui peut biaiser les résultats. »
À ce jour, les données brutes de l’Aspa ne laissent pas entrevoir une amélioration nette de la qualité de l’air à Strasbourg en décembre.
« Les gens ont apprécié ces quelques semaines plus saines »
Pour le Dr Thomas Bourdrel, radiologue à la tête du collectif Strasbourg Respire et cycliste quotidien, c’est sûr, ses poumons ont moins souffert durant la période sans voiture :
« L’air était meilleur pour les bronches, de nombreux Strasbourgeois l’ont constaté. D’ordinaire, on observe plusieurs pics de pollution en novembre et décembre, j’ai l’impression que cette année le nombre a diminué. Mais il n’a pas fait très froid, avec un vent régulier : les conditions étaient favorables à une évacuation de la pollution. On attend maintenant que la Ville tire les enseignements de ces mesures. Ce qui est dommage, c’est que seuls les commerçants qui protestent se font entendre, alors que les gens ont apprécié ces quelques semaines plus saines. Mettre en balance la santé de quelques commerces et celle des habitants… Il ne devrait pas y avoir de tergiversations. »
Le radiologue comme le directeur adjoint de l’Aspa sont d’accord : un centre-ville sans voitures, ou du moins avec davantage de zones piétonnes, ça fait toujours du bien à l’air, même si une bonne partie de la pollution atmosphérique subie au centre-ville de Strasbourg est importée, et qu’une autre provient des systèmes de chauffage. Cependant, Emmanuel Rivière n’attend pas de son étude des résultats très différents :
« La Grande Île de Strasbourg est déjà tellement vidée de ses voitures qu’il est délicat de tirer des conclusions des restrictions liées à l’état d’urgence en décembre. C’est une mesure qui aurait eu un réel impact sur la pollution dans une ville avec un important trafic routier en centre-ville. La restriction due aux mesures d’urgences est la finalisation sur quelques pourcents d’un plan à long terme. »
La circulation automobile à Strasbourg est en baisse globale (doc Ville de Strasbourg)
« Comme un fumeur qui arrête, il retrouve l’odorat »
Néanmoins, la Ville aussi a constaté une amélioration de la qualité de l’air pendant ce Marché de Noël interdit aux voitures. Premier adjoint au maire, Alain Fontanel (PS) pointe cette anecdote :
« Nous avons reçu des rapports d’odeurs de poubelles, nous avons cherché d’où ça pouvait bien venir avant de se rendre compte qu’en fait, ces odeurs avaient toujours été présentes mais qu’elles étaient masquées par la pollution automobile en temps normal. Nous étions un peu dans la situation du fumeur qui arrête et qui retrouve l’odorat, même si on ne sait pas encore le quantifier plus précisément. Pour autant, ça nous pousse à avancer sur plusieurs pistes quant à la circulation en ville : éviter les rotations pour le stationnement, passer la rue des Juifs en en zone de rencontre, aménager les quais, etc. »
La Ville débute deux études pour que des bornes interdisent l’accès à la Grande Île aux voitures dès qu’il n’y a plus de place dans les parkings du centre. Alain Fontanel précise :
« Lorsqu’on s’engage rue du Vieux-Marché-Aux-Poissons pour aller au parking Gutenberg, s’il est complet, on est reparti pour un tour via la rue de la Division Leclerc. Et on a perdu 10 minutes pendant lesquelles on a pollué et occupé la voie publique. Donc on pense à ajouter une borne là où il y avait un contrôle d’accès pendant le Marché de Noël, à côté de l’Ancienne Douane, qui se soulèverait dès que le parking Gutenberg est proche d’être complet. »
Quant aux quais, la Ville débute une concertation sur le réaménagement des voies Finkwiller à Bateliers, au sud de la Grande Île, pour que la voiture y cède un peu de terrain au profit des habitants des quartiers de la Krutenau et de la Petite-France et que le patrimoine y soit mieux mis en valeur. Les travaux devraient débuter l’année prochaine pour s’échelonner jusqu’en 2019. Mais ces aménagements s’accompagneront de mesures spécifiques, comme le précise Alain Fontanel :
« Nous pensons à des restrictions temporaires de la circulation, le week-end à partir du samedi après-midi par exemple, ou pendant le Marché de Noël ou la Braderie… »
Adopter un plan d’action global
De son côté, Gilles Huguet, président de l’association Piétons 67, rapporte que ses adhérents ont apprécié de « récupérer » le centre-ville, sans voitures ni gaz de pots d’échappement, plus de sécurité et un air bien meilleur. Pour Gilles Huguet, c’est un signe d’une évolution des choses : les centre-villes ne sont pas adaptés à la circulation automobile et il appelle à renouveler l’initiative.
Stéphane Giraud, directeur de l’association environnementaliste Alsace Nature, rappelle lui que, si lutter contre les pics de pollution par de petites initiatives est important, l’essentiel reste d’adopter un large plan d’action contre la pollution émise par la circulation automobile :
« Il y a beaucoup d’autres facteurs en prendre en compte, notamment ce qu’on appelle la gestion du dernier kilomètre pour les livraisons. Lançons des tests ! On nous dit qu’il faudrait interdire le transit des poids-lourds aux heures traditionnelles des bouchons : mettons ça en place et jugeons de l’efficacité de ce type d’initiatives. »
Car si l’état d’urgence a servi à quelque chose, c’est bien à montrer qu’il est possible de réduire drastiquement la circulation au centre-ville de Strasbourg.
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
Nous produisons des données, mais qui les exploite ? (doc remis)
À l’heure où tout transite par le numérique, que se passe-t-il lorsqu’on écoute les conversations ? Pour le savoir, une application conçue par deux artistes en résidence au Shadok à Strasbourg propose de se doter d’oreilles indiscrètes. L’expérience est troublante. Les Strasbourgeois sont invités à participer à sa création jusqu’au printemps.
Un micro, une connexion et hop, un dispositif espion est planté quelque part. À l’autre bout, quelqu’un écoute, retranscris, annote. Cette scène qui pourrait être issue d’un film d’espionnage se banalise à l’ère des dispositifs connectés, tous dotés d’un micro et d’une caméra. Cette hyperconnexion du quotidien, deux artistes strasbourgeois ont décidé d’en explorer les conséquences, afin, peut-être, d’alerter les citoyens sur le monde que nous sommes en train de tisser.
Voyeurisme sonore ou découverte des autres ?
Accueillis en résidence à Strasbourg en décembre, au Shadok, Gaëtan Gromer et Léo Henry ont mis en ligne une application pour smartphones, appelée « Nous Autres » (Apple AppStore, Google Play Store) dont l’objectif est double : mettre l’utilisateur dans le rôle de « l’écoutant » et faire appel aux Strasbourgeois pour qu’ils alimentent l’énorme base de données sonore qui sera dévoilée au printemps.
Une fois lancée, l’application pioche un son en fonction de l’heure et de la localisation de l’utilisateur, et diffuse un enregistrement qui semble provenir d’un immeuble voisin, d’un appartement ou d’une entreprise… Scènes du quotidien, une famille en train de prendre son repas, une mère qui change son enfant, un couple devant la télévision… Les sons se succèdent au gré des errances de l’utilisateur, transformant l’utilisateur en intrus. Comment va-t-il se comporter ? Sera-t-il rétif ou deviendra-t-il accro ?
Léo Henry et Gaëtan Gromer entendent laisser planer le doute sur la frontière entre la fiction et la réalité dans leur application (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Appel aux Strasbourgeois pour enregistrer leur vie
Les sons ont parfois été créés par Gaëtan Gromer et Léo Henry, au sein d’un « parcours sonore » qui sera disponible à Strasbourg le 10 avril. Mais ils peuvent tout aussi bien avoir été directement envoyés par d’autres utilisateurs, via la même application. « Nous autres » est une œuvre collective, participative, constituée par les sons produits et ceux récoltés mais aussi par les réactions et les parcours qui seront engendrés. Gaëtan Gromer refuse de tout dévoiler, pour préserver le mystère :
« Nous recréons une diffusion des sons en fonction de la typologie de la ville, mais nous n’avons pas l’intention de diffuser les sons à partir du lieu exact où ils ont été produits. L’idée est d’alerter sur la menace d’une société multi-surveillée, pas d’en créer une ! Nous avons besoin de Strasbourgeois, de tous les âges, de tous les milieux et de partout pour compléter la base de données sonore, qui compte déjà plus de 1 000 titres. Il n’y a pas de règles, tous les sons sont les bienvenus et nous les écouterons tous avant de les ajouter. De notre côté, nous avons prévu des morceaux qui emmèneront les gens… ailleurs. »
Ailleurs ? Ailleurs où ? Ça, c’est le domaine de Léo Henry, écrivain strasbourgeois, « apparu sur Terre en 1979 » et travaillé par la modernité :
« Nous allons entretenir l’illusion que ce que les gens écoutent se déroulent réellement au moment où ils l’écoutent. On a pensé à quelques trucs pour ça, mais on ne peut pas tout dire. Ce sera aux utilisateurs de se faire leur propre opinion, et nous, on observera ces comportements. »
Quelles données produit-on et qui les regarde ?
Car Gaëtan Gromer et Léo Henry ont bien hâte que leur application soit installée sur les smartphones de milliers de Strasbourgeois, avec comme objectif de regarder quelles sont les données que produit une telle communauté pour éventuellement, à nouveau produire une œuvre en les publiant. Gaëtan Gromer explique :
« Pour l’instant, notre application est très simple et basique. Elle ne se lance que sur sollicitation directe de l’utilisateur. Mais on peut tout à fait concevoir une application qui envoie les données de géolocalisation ou d’autres statistiques d’usage, ou bien une qui active le micro à l’insu de l’utilisateur par exemple… On pense aussi à ajouter des notifications, pour reprendre contact et voir comment réagiront les gens qui auront alors oublié l’application… On verra ce qu’on fera, une fois qu’on aura des milliers d’installations… La différence avec les applications existantes, c’est qu’on demandera clairement aux utilisateurs s’ils sont d’accord pour participer. »
Gaëtan Gromer et Léo Henry n’en sont encore qu’aux balbutiements, leur application est née en septembre et sort à peine de la version « beta ». Mais elle s’enrichit en contenu et en fonctionnalités à chaque résidence, que les deux artistes comptent bien multiplier. À l’heure des applications qui mesurent le rythme cardiaque, il faudra bien ça pour s’interroger sur les données que nous produisons et leur destination.
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.