Un long chassé croisé de chasseurs de primes (Photo The Weinstein Company)
Dans le dernier opus de Tarantino, Les Huit Salopards, la capture d’une femme criminelle est l’enjeu de plusieurs hommes -les uns moins fréquentables que les autres- mais on ne comprend pas tout de suite de qui elle est vraiment la proie, et pourquoi.
L’action commence lentement sur les routes désertes du Wyoming. Ces chemins qui semblent ne mener nulle part, ne sont pas seulement le lieu de rencontre de tous les brigands. Ils sont aussi fréquentées par les chasseurs de prime… à moins que ceux-ci ne soient les mêmes que ceux-là. Comme resurgis du précédent film de Tarantino, ces justiciers d’occasion (désormais officiellement des salopards), bravent le blizzard en direction de Red Rock avec leurs captures.
Chapitre I – Les images d’un film Blanc-Noir-Rouge, 19 / 20
Blanc
Le blizzard est le premier protagoniste de ce faux thriller, dont l’action se tient davantage dans les dialogues très théâtraux que dans les courses poursuites. Une tempête de neige fait rage, et les paysages d’une blancheur éblouissante sont traversés par un magnifique attelage de destriers de haute classe. L’art très maîtrisé de Tarantino est indéniable; chaque foulée, chaque angle de vue est calculé pour notre plus grand plaisir. La luminosité est aveuglante, le froid nous transperce, mais l’ambiance visuelle est signée d’une main de maître, et les plans sont tout simplement sublimes.
Un cadre grandiose, des images à couper le souffle (Photo The Weinstein Company)
Noir
Et puis il y a le noir, avec l’apparition qui tranche dans ces étendues de neige, du colonel Warren, combattant courageux mais aussi un peu douteux de la guerre de Sécession. Sa présence provoque un discours ponctué du signifiant « nègre » jusqu’à saturation. Plus tard, entouré de sept autres salopards, il évoluera dans la pénombre de cette auberge perdue en pleine montagne, dans un halo d’humour noir qui rase les murs, frôle les portes, et plane sous un plafond bien bas…
L’enfer c’est les autres, dans un huis clos de bandits en pleine montagne le pire n’est jamais décevant… (Photo The Weinstein Company)
Rouge
On l’attend depuis les scènes d’ouverture, en oubliant presque qu’il doit inévitablement débarquer tellement la première heure est longue et infiniment bavarde. Le bain de sang tarantinesque déferle enfin ! Les cervelles grillées à la carabine explosent, les bras sectionnés pendouillent, les visages sont recouverts d’abondantes giclées d’hémoglobine. Les armes à feu font bon ménage avec les globules rouges, elles apparaissent dans une symbiose parfaite qui n’en finit plus, digne d’un massacre à la tronçonneuse version 2.0. La maestro du très grand cinéaste de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction est à son comble.
Chasser les chasseurs… Quelles peuvent être les issues d’une telle mise en abime du du crime ? (Photo SND)
Chapitre II – La dénonciation du racisme, 10 / 20
La rencontre des chasseurs de prime et « des chasseurs de chasseurs de prime », a lieu dans l’auberge de Minnie, mais celle-ci est absente. La dénonciation de la discrimination envers les noirs, et du racisme encore très à vif -voire exacerbé par la reddition- confronte tous les opposants de l’abolition de l’esclavage. Tarantino pose le cadre d’un propos résiduel de son précédent opus Django. Ça sent le déjà vu, mais on espère que l’auto référence soit aussi fructueuse que l’allusion aux quatre filles de Pulp Fiction dans Kill Bill.
Mais le film coule et s’enlise dans des mauvais-bons sentiments, et dans le semblant d’une misérable plaidoirie contre la haine raciale. Les dents blanches et l’immense rire de Samuel J. Jackson l’excluent peut-être du discours très ségrégationniste qui persiste, mais le propos se délaie rapidement dans la banalité d’une dénonciation de base : vous avez traité les noirs en esclaves, vous ne perdez rien pour découvrir que sous leurs airs bêta, ils sont plus malins que vous.
Chapitre III – L’enquête teintée d’Agatha Christie, 13 / 20
C’est le cœur de l’intrigue, le moment où le film décolle enfin pour prendre son allure de croisière. Il est alors question de café empoisonné, d’arme planquée sous la table, de cadavres dans le puits, de diligence détournée, de fausse-identité, et de contrefaçon de l’autorité du président Lincoln. Le mystère façon Cluedo est joliment amené, mais l’issue reste caricaturale. C’était bien essayé, mais la simplification de l’enquête accapare le scénario bien plus qu’elle ne lui donne du tonus.
Les Huit Salopards aurait presque pu s’intituler Les Dix Petits Nègres. En effet, à l’instar des écrits de la noble Agatha, personne n’est ce qu’il dit qu’il est, et les salopards s’éliminent au fur et à mesure les uns les autres. Quant aux nègres, ils n’apparaissent que dans la profusion du signifiant dégradant sans le modérateur « petits ». La dizaine d’origine se trouve remplacée par le nombre de films à l’actif du célèbre réalisateur. Car effectivement, il se célèbre beaucoup lui-même dans ce dernier opus, même si cette auto-proclamation n’est pas toujours de très bon gout.
Double face, triple espion ou simple brigand opportuniste ? (Photo The Weinstein Company)
Chapitre IV – La philosophie de la vengeance expliquée au spectateur, 11 /20
L’œuvre de Tarantino est traversée par la déclinaison du concept de vengeance. Dans tous les scénarios qu’il nous a proposés jusqu’ici, les faibles peuvent devenir forts et les innocents des criminels ; mais aucun méchant n’y saisit jamais la chance de renouer avec sa bonté potentielle. Il n’y a définitivement ni leçon à apprendre de nos erreurs, ni rédemption possible pour l’humanité lorsqu’elle joue sa propre perdition. C’est ainsi que la vengeance et la violence deviennent les seuls avatars de l’absence de Justice.
Kill Bill relatait déjà l’histoire d’une vengeance, mais dans le cadre d’une fiction à grand spectacle. Ainsi, pour le dire rapidement, Black Mamba a davantage été héroïsée par tous les effets de cinéma qui en ont généré l’existence et l’action, que par le retour triomphal de la refoulée. Dans Inglorius Basterds, l’ambiguïté de la vengeance apparaît comme le ressort même du film, elle est d’ailleurs d’emblée signifiée par son titre. On peut aussi relever comment, avec Django, la vengeance calculée et magnifiée vient progressivement usurper la Justice en toute impunité et dans la jubilation la plus totale.
Existe-t-il une philosophie qui puisse faire droit à la vengeance au point de la magnifier à ce point là? (Photo SND)
Dans Les Huit Salopards, ce n’est pas directement l’histoire d’un règlement de compte qui se solde après de longues années d’injustice, mais bien plus frontalement un cours magistral d’éthique-politique, ou dit à la façon de Quentin, une leçon de non-morale. Il ne s’agit pas tant d’avancer dans cette progression infernale du moteur que constitue la vengeance, que de justifier le fil conducteur de tout l’œuvre de façon très didactique, en mode Shakespeare –ni plus ni moins. Tarantino s’auto-proclame dans une philosophie pontifiante de sa démarche : apologie perpétuelle de la vengeance, thèse à laquelle il reste pourtant très problématique d’adhérer.
Chapitre V – Retour à l’essentiel : la tarantinade pour tartiner le tout, 17 / 20
Western Spaghetti, film d’horreur, bribes de philosophie de l’absurde en acte, et quelques situations cocasses redonnent à ce film très imparfait et plutôt creux, le goût des tarantinos que l’on a tant aimés. De nombreuses scènes cultes sont au rendez-vous-même si elles s’imposent davantage pour elles-mêmes que pour servir un propos ou un récit.
Coups de théâtre, dialogues ciselés et plans hyper travaillés (Photo The Weinstein Compagny)
La scène de la provocation du vieux général sudiste est un régal. La fausse-vraie lettre qui resurgit en plusieurs étapes comme un running-gag est d’une grande puissance et renoue parfaitement avec la dimension très spécifique du sens du jeu chez le cinéaste américain. On ne peut sortir de cette très longue plongée en salle obscure sans rire encore à la seule idée de la scène de la négociation des primes. Nageant dans un bain de sang, les protagonistes marchandent sur les personnes mortes ou vivantes, existantes ou imaginaires, pour évaluer ce qu’elles peuvent rapporter dans un éventuel dénouement.Des scènes cocasses et délirantes; bref, inoubliables.
Même si l’on peut déplorer que l’ambiance soit plus à la blague qu’à l’humour, et que l’on soit davantage invité à profiter du comique qu’à prendre du recul sur quoi que ce soit, il y a bien quelques tirades et situations où l’on se surprend à rire de bon cœur. A défaut de subtilité, l’ensemble vire souvent à la clownerie, sympathique certes, mais sans effet de profondeur.
La Bande-Annonce
Mais l’ensemble -et surtout le dernier Chapitre construit sur la base d’un long flash-back, nous replonge dans ce talent au gout unique dont on ne se lasse pas, même dans cet opus qui manque de créativité et de nouveauté. La fresque qui balaie large, est bien plus restreinte que d’habitude, mais le huis clos a son charme, et les amateurs ne bouderont pas leur plaisir face à ce qui les a toujours fait vibrer dans les précédents films de Quentin, qu’il ait été bon, moyen ou excellent.
Mordue de ciné, de rock et d’expos peinture, passionnée de cuisine et pâtisserie, gourmande de BD, réseaux-sociaux-addicted, adepte croyante mais non pratiquante de la psychanalyse. Sinon, je déteste le fenouil, les piscines, discuter politique et les promenades dans la nature.
Au centre-ville, en zone rouge, l’heure de stationnement coûte désormais 2,10 euros, du lundi au samedi, de 9h à 19h. (Photo TM / Rue89 Strasbourg)
Depuis le 1er janvier, le stationnement est devenu payant à Strasbourg entre 12 heures et 14 heures. De même, le tarif des « titres de résidants » est passé de 10 à 15€ par mois. Au-delà de la colère des usagers et des commerçants, ces hausses illustrent les difficultés budgétaires de la municipalité et sa difficulté à associer la population aux décisions qui la concerne.
Place Saint-Pierre-le-Jeune à Strasbourg, samedi, 11 heures 15. Arnaud et sa femme garent leur voiture. Savent-ils qu’il vont devoir payer le stationnement pendant la pause méridienne ? « Super nouvelle ! Vous me l’apprenez ! » Tout comme Arnaud, nombreux sont les Strasbourgeois qui découvrent amèrement cette nouvelle politique du stationnement.
En effet, depuis le 1er janvier, se garer est désormais payant au centre-ville de 9h à 19h, du lundi au samedi. Les tarifs varient en fonction des zones rouge, orange ou verte, mais toutes sont concernées. De même, le tarif pour les résidants a été augmenté de 50%, pour passer de 10 euros mensuels à 15, et ce dans les dix zones. Comme beaucoup, Alain, habitant du quartier des Halles, l’a découvert au moment où il renouvelait son abonnement :
« 50% d’augmentation d’un coup comme ça sans prévenir, c’est trop ! Surtout quand on voit l’état des trottoirs et des chaussées. J’ai écrit un courrier à la Ville pour avoir des explications, mais je n’ai jamais eu de réponse. »
Étonnante discrétion
Et pour cause ! Cette mesure qui impacte pourtant fortement la vie quotidienne des Strasbourgeois n’a pas fait l’objet de communication spécifique de la part de la municipalité, ni auprès des habitants, ni auprès de la presse. Membre du conseil de quartier centre, une habitante se creuse les méninges pour se rappeler si ces questions ont même seulement été évoquées. Elle note, résignée :
« Le groupe de travail « mobilité » a surtout planché sur l’extension de la zone de stationnement payant. Mais la question du stationnement payant entre midi et deux n’a, dans mon souvenir, pas du tout été évoquée en assemblée plénière. Ce que je peux dire par contre, c’est que l’augmentation du forfait résidants est intervenue en pleine campagne de réabonnement annuel. Mon compagnon et moi avons payé l’ancien tarif, tandis que mes beaux-parents, qui se sont réabonnés deux semaines plus tard, ont payé le nouveau forfait ! Bien sûr, ni eux ni nous n’avons été prévenus en amont… »
C’est lors du Conseil municipal du 14 décembre 2015, alors que tous les regards étaient tournés vers les résultats du second tour des élections régionales, que l’augmentation des tarifs a été discrètement signifiée aux élus strasbourgeois, dans le cadre de la présentation du budget primitif de l’année 2016. La décision a été actée dans un arrêté tarifaire 2016, signé le 21 décembre 2015, soit une semaine à peine après la présentation de cette mesure aux élus.
Motivations environnementales mal comprises
Selon cet arrêté, cette hausse des tarifs doit « permettre une meilleure rotation des véhicules sur la voirie », tout en contribuant « au report modal vers des moyens de déplacement plus respectueux de notre environnement (transports en commun, vélos, autopartage, marche à pied) ». Ce serait donc une mesure visant à faciliter le quotidien, prise au nom du développement durable, une mesure réfléchie et responsable en ces lendemains de Cop 21.
L’ennui, c’est qu’il est difficile de plaider en faveur de cette interprétation. En effet, d’habitude prompt à tweeter compulsivement, le service communication de la ville n’a pas cru bon de le faire à ce sujet pourtant « concernant ». De même, selon les DNA, les agents de surveillance de la voie publique (ASVP), ceux-là même qui sont chargés de dresser les PV et de verbaliser les contrevenants, n’avaient pas été informés des nouvelles règles.
Une information que les équipes d’ASVP, croisées au siège rue d’Ingwiller, ce samedi matin, tempèrent sous couvert d’anonymat. « Nous avons certes été prévenus tardivement, mais nous avons été prévenus avant son entrée en vigueur », disent-ils en substance.
Dorénavant, les agents de surveillance de la voie publique devront travailler entre midi et 14 heures. (Photo : TM)
Une pétition recueille plus de 3 000 signatures
Incapable de sortir du registre politicien « les autres ont fait pareil ou pire », Pernelle Richardot, adjointe au maire (PS) en charge de la circulation et de l’éclairage public, est bien seule pour défendre la mesure auprès des usagers, des commerçants et restaurateurs, très remontés. En effet, une pétition ayant recueilli un peu plus de 3 000 signatures, une page Facebook suivie par 4 000 personnes et un site Internet ont été lancés en quelques jours par Stéphane Bourhis, conseiller municipal (LR) à Hoenheim, pour dénoncer « un impôt qui ne dit pas son nom ».
Sur la même ligne, l’opposition strasbourgeoise de droite dénonce aussi le secret et le précipitation. Fabienne Keller en tête. Dans un communiqué, l’ancienne maire de Strasbourg souligne « l’absence de débat transparent mettant devant le fait accompli l’ensemble des personnes concernées sans aucune annonce ou explication a priori ». Son collègue Jean-Emmanuel Robert surenchérit sur sa page Facebook :
« Je préférerais que la majorité explique que les caisses sont vides et qu’ils ont besoin de trouver un peu d’air, plutôt que d’avoir droit à cet argument fallacieux comme celui d’ailleurs de l’environnement pour le stationnement… Mais cette honnêteté les obligerait alors à devoir expliquer pourquoi les caisses sont vides. »
Extrait des recettes prévues au budget primitif 2016 de la ville de Strasbourg (capture d’écran)
Grappiller quelques millions supplémentaires
Difficile en effet de ne pas pas voir dans cette mesure une volonté de grappiller quelques millions pour présenter un budget 2016 équilibré, dans un contexte tendu, la hausse des impôts locaux ne comblant pas la baisse des dotations de l’État. En effet, à en croire le budget primitif, la hausse des tarifs du stationnement devrait rapporter 2,3 millions d’euros en 2016. Ce qui permettrait d’engranger 10,8 millions d’euros au total et ferait du stationnement la septième source de revenus de la ville.
À quoi serviront ces deux millions ? C’est l’une des questions que s’est posé le groupe local d’Europe écologie – Les Verts. Dans un communiqué, les militants plaident :
« Notre position est d’encourager les gens à prendre les transports doux, et progressivement de grandement limiter l’usage de la voiture dans le centre-ville, à la fois pour des raisons sanitaires, mais aussi économiques. [Mais] la seule punition ne peut être acceptable, en effet elle doit s’accompagner d’aides conséquentes aux transports doux. L’argent récupérée par cette augmentation tarifaire devra donc nécessairement être utilisée dans ce sens. »
Difficile néanmoins de savoir à quoi sera affectée la recette, de même que de comprendre pourquoi ces mesures tarifaires ont été noyées dans le budget, la municipalité ayant choisi de ne pas répondre à nos questions.
Les Violons barbares avec Didier Lockwood et Guo Gan (photo Alexandre Lacombe)
De l’Europe orientale à l’extrême-Orient, les Violons Barbares proposent un voyage sur la route de la soie. Une vision atypique et décalée, contemporaine avant tout et surtout virtuose. Le trio strasbourgeois s’offre même le luxe d’une création avec l’immense Didier Lockwood et le musicien chinois Guo Gan. A découvrir le 20 janvier au Point d’Eau d’Ostwald.
Leur premier rendez-vous musical a eu lieu juste après l’été, en septembre 2015. Une mini-résidence de création au Point d’Eau d’Ostwald pour ce quintette inédit qui érige l’acte de frotter des cordes en art absolu.
La force des cordes
Car pour ce spectacle exceptionnel dont la première sera alsacienne jeudi prochain avant une tournée française, certainement européenne, et quelques passages sur de grandes scènes jazz comme le prestigieux Jazz à Juan du 14 au 24 juillet prochains, ce sont les cordes de tous pays qui créent le lien entre les artistes et amènent à suivre le fil de leur aventure commune.
Le violon fantasque et tout-terrain du maître Lockwood, bien sûr, puis la gadulka bulgare de Dimitar Gougov, le morin khoor mongol de Dandarvaanchig Enkhjargal, l’erhu (vièle chinoise) de Guo Gan. Sans omettre l’apport des percussions enchanteresses de Fabien Guyot. Voici un avant-goût des compositions qui seront dévoilées sur la scène du Point d’Eau :
Un club des Cinq exceptionnel
Pour composer ce répertoire original, chacun des musiciens a apporté ses notes, ses idées, son histoire. Le quintette s’est pour cela retrouvé quelquefois, laissant reposer les esquisses, éclore de nouvelles trajectoires musicales dans un objectif de pélérinage sans frontières. C’est ainsi que la musique de ce Club des Cinq exceptionnel conduit dans les Balkans, en Chine, dans les steppes mongoles, au Maghreb, aux confins de l’Asie et du Moyen-Orient.
En exhale un parfum magique enivrant relevé de touches épicées à l’énergie punk incomparable. Assurément parce que Didier Lockwood incarne sur la planète Musique l’explorateur intrépide par excellence, parce que Guo Gan est cet élégant et généreux aventurier avide de partage, parce que les Violons Barbares sont les chantres d’un métissage à la grande et inestimable richesse (découvrir ici le concert des Violons Barbares en 2015 au Paléo Festival de Nyon en Suisse).
Lockwood, fan acharné des Violons Barbares
Les Violons barbares avec Didier Lockwood et Guo Gan (photo Alexandre Lacombe)
Les Violons Barbares, nés en 2008 dans le giron de l’Assoce Pikante strasbourgeoise (Electrik GEM, Maliétès, Hijaz Car, Boya, etc), ont publié leur second album Saulem Ai en janvier 2014, déjà repérés depuis trois ans par Didier Lockwood, dans le cadre de son festival Violons, Chants du monde de Calais. Une première programmation en 2011, une seconde en 2013, des ouvertures pour les concerts du violoniste et de son groupe et enfin la concrétisation de ce projet qui sera présenté au Point d’Eau. Nul doute que l’aventure ne fait que commencer pour les Violons Barbares et ce quintette de défricheurs sonores.
Après « Quelle Mytho », la famille rempile pour un nouveau titre (Photo NM / Rue89 Strasbourg)
Animatrice au CSC Neuhof depuis 7 ans, quinze ans de carrière dans le rap derrière elle, Jamila Haddoum mobilise famille et amis pour chanter contre les préjugés dans un nouveau clip, « Le Ter Ter ».
Ter ter, tèce, garde la pêche, hass : depuis des années, le vocabulaire des cités évolue, se répand. Accueilli avec perplexité chez les adultes et hors des quartiers, il est parfois la source d’incompréhension et de stigmatisation. Un phénomène contre lequel veut lutter Jamila Haddoum, animatrice au centre socio-culturel (CSC) du Neuhof et Jamylla à la scène, à son échelle et à sa manière… sur des notes de hip-hop.
Dans ce clip « Le Ter Ter », réalisé par la boîte de production Clair2Lune, Jamilla Haddoum se met en scène avec ses amis, ses deux jeunes garçons et les enfants dont elle s’occupe au CSC, pour démonter les idées reçues liées au langage, avec humour :
« Je travaille, j’habite ici : la cité ça me parle. Le ter ter, c’est le quartier, avec ses valeurs et ses galères. Mais aussi une façon de dire la maison, la famille. Les gens ont tendance à avoir des préjugés sur un jeune qui parle “mal” mais c’est juste le langage des quartiers, et pas une insulte. On a voulu jouer sur la blague à fond, en exagérant mais pour montrer que ce que l’enfant dit n’est pas forcément ce que l’adulte perçoit. À un moment, un petit chante qu’il “représente la tess, le bling et le pez” : en réalité, il parle des bonbons du même nom. Pour tourner le clip, j’ai demandé l’aide des enfants du centre : ils étaient ravis ! C’est une expérience intéressante pour tout le monde, ça leur donne une première approche des caméras, certains ont vaincu leur timidité et se sont bien amusés. »
Les enfants du CSC ont donné de la voix lors du tournage du clip (Document remis)
Une demande timidement prise en compte dans le quartier : le CSC dispense des cours de chant et d’écriture, l’association Sons d’la Rue qui proposent des enregistrements et organise le New Soul Contest, et c’est tout. Jamila Haddoum espère que la nouvelle équipe de l’espace Django Reinhardt s’impliquera plus dans la musique urbaine, afin que les jeunes s’approprient davantage ce lieu culturel.
Le rap, une passion difficile à abandonner
Pur produit du Neuhof, biberonnée par les titres de La Fonky Family, Rohff et Sniper, Jamila Haddoum s’est lancée très jeune dans le rap, dès l’adolescence, et déjà, en famille. Adolescente, elle chante dans le groupe Centre de Gravité, cinq filles dont sa petite sœur Chiraz, 8 ans à l’époque. Elle perce véritablement en 2000, en duo avec sa cousine sous le nom de Djiness.
Repérées par Big Nas, producteur parisien de leurs influences (elles feront même un featuring avec Rohff), elles tournent sur Strasbourg, Paris, soutenues par la radio RBS. Au terme de dix ans de titres diffusés à la radio puis sur Internet, un album prêt mais jamais sorti : les deux cousines abandonnent le micro pour se consacrer à leurs enfants. Jamila Haddoum se remémore en souriant leur dernier concert : en 2010, à Colmar, elles font la première partie d’NTM… enceintes toutes les deux.
Depuis 7 ans, Jamilla Haddoum encadre les 12-25 ans du CSC Neuhof (Photo NM / Rue89 Strasbourg)
Pas de faux adieux à la Sinatra, elle n’avait pas prévu de remonter sur scène… jusqu’à ce que Lyam et Yanis, ses fils, découvrent les vieux clips de leur mère, qui remplacent le classique dessin animé du soir. L’envie revient peu à peu :
« Je leur ai demandé s’ils voulaient qu’on fasse une chanson ensemble, et forcément, ils ont foncé. On est allés en studio, à la radio… Ça m’a vraiment fait plaisir de leur faire découvrir un monde dans lequel j’ai évolué pendant quinze ans. Pour moi c’était une passion : je ne me suis pas arrêtée parce que je le voulais, mais parce que dans la vie, il faut faire des choix. Et là, faire un titre avec mes enfants, ça m’a vraiment motivée. »
De cette première collaboration naît le titre « Quelle Mytho », en featuring avec Chiraz. Dans ce clip, la rappeuse se targue d’être épargnée par la maternité : pas de cernes, kilos envolés, soirées entre copines tous les week-ends… avant d’être rappelée à l’ordre par ses enfants, qui révèlent l’envers du décor.
Un engagement pour les jeunes et le quartier
Quand elle ne rappe pas, Jamila Haddoum s’implique. Comme beaucoup d’habitants du quartier, elle déplore la négativité du label « Neuhof ». Plus que le vocabulaire, c’est l’adresse qui peut tirer vers le bas. Elle relate une anecdote : à la recherche d’un emploi, elle postule pour être buraliste au centre-ville. Le contact passe bien, jusqu’au moment où elle donne son code postal. En ce sens, le message de « Ter-Ter » est simple : donnez nous une chance.
« C’est comme une étiquette qu’on n’arrive pas à enlever. Pourtant, le quartier a beaucoup évolué, il y a des initiatives positives, et après des années de Plan de rénovation urbaine (PRU), beaucoup moins de tours. Mais les gens restent bloqués sur l’image d’une époque qui est révolue. »
Au CSC, auprès des 12-25 ans, Jamila Haddoum encourage les jeunes à se dépasser, à monter des projets, notamment de voyages. En décembre 2015, elle se fait remarquer par les médias nationaux avec une vidéo incitant les gens à voter aux élections régionales. Scandalisée par les forts taux d’abstention au premier tour, et suite à des discussions avec son groupe d’adolescents, elle a vite dégainé sa caméra pour motiver le quartier à prendre les urnes.
Sa vidéo est vue plus de 80 000 fois et partagée en masse sur les réseaux sociaux.
Actuellement, un troisième titre est en préparation, toujours avec ses « bi-bouches ». Jamylla reprendrait-elle le dessus sur Jamila ? L’animatrice répond par la négative :
« Tant qu’on s’amuse ensemble et que ça plait à mes fils, pourquoi ne pas continuer ? Mais dès que ça deviendra une contrainte, s’ils en ont marre, stop : on est pas chez les Jackson Five ! »
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
Etude pour Cabane gaspésienne – Thibaut Honoré (photo CM-Rue89Strasbourg)
Dans le bel appartement bourgeois qui abrite la galerie Jean-François Kaiser au centre-ville de Strasbourg, treize artistes réinterprètent la forme religieuse du retable. Irrévérence, humour, évocations métaphysiques se croisent dans cette exposition variée qui met à l’honneur des artistes phares de la galerie et quelques nouvelles découvertes.
Dans la rue des Charpentiers à Strasbourg, le numéro 6 héberge pas moins de trois galeries. Au rez-de-chaussée, Jean-Pierre Ritsch-Fisch a pignon sur rue. Après avoir été son assistant pendant quinze ans, Jean- François Kaiser a eu envie d’avoir sa propre galerie et s’est installé à l’étage en janvier 2015, à côté de la galerie Yves Iffrig.
Il ne faut pas hésiter à sonner pour monter au premier, où M. Kaiser expose dans trois pièces tout en parquet et hauts plafonds les artistes qu’il repère tant au niveau local qu’international.
L’idée de l’exposition Retables est née de l’une des œuvres exposées, Laure, comme l’explique le galeriste :
« J’aime beaucoup Laure de Laure André, c’est cette œuvre qui m’a donné envie de faire une exposition thématique, l’été dernier. J’ai contacté plusieurs artistes, et la plupart ont réalisé une pièce exprès pour l’occasion. »
Le retable – en anglais altar piece (pièce d’autel) – est l’oeuvre picturale principale d’une église et représente différents moments de la vie du Christ. Les panneaux sont ouverts ou repliés selon les moments de l’année, l’extérieur peut également être peint, ou non. Ce jeu de montré-caché et la déclinaison d’un sujet sur plusieurs images offre une base formelle inspirante, que les artistes se sont appropriée chacun à leur manière.
Laure – Laure André (doc. remis)
Le minimalisme et le sacré
L’œuvre à l’origine de l’exposition, Laure, est un objet précieux en bois d’ébène laqué qui renferme un délicat découpage de papier. Tout en blanc, il évoque la spiritualité et fait référence aux travaux minutieux et méditatifs pratiqués par les moines. Les motifs réalisés avec la technique du canivet dessinent une croix, ou le plan d’une basilique. L’artiste a joué avec son prénom, qui désigne dans la tradition orthodoxe un lieu de rencontre et de prière pour des moines ermites. Une sorte de silence lumineux émane de cette œuvre à la fois contemporaine et pleine de références anciennes.
Triptyque de la Trinité, Joris Tissot (photo CM-Rue89Strasbourg)
Sur le mur perpendiculaire, Joris Tissot présente un dessin en triptyque minimaliste où l’on s’abîme facilement dans l’interprétation des symboles. Dans l’ordre, un crâne de buffle, un Christ crucifié vu d’un angle Dali-esque et un utérus – mort, spiritualité et vie ? – s’alignent dans une étonnante similitude de formes. Je rencontre l’artiste, 24 ans et griffonné de tatouages, devant son œuvre, et lui demande pourquoi ces éléments planent au-dessus d’un paysage dépouillé :
« J’aime les espaces vides, le calme, c’est comme un espace vierge pour la création. Les montagnes sur l’horizon, ce sont sûrement mes origines jurassiennes. Et les deux petits personnages qui cheminent ensemble, ce sont deux facettes de moi-même qui dialoguent quand je dessine. On les retrouve souvent sur mes dessins. »
Quant à l’interprétation, tous les chemins sont bons, et de nouveaux s’ouvrent en discutant avec des visiteurs.
La réflexion métaphysique peut continuer devant Obsur chemin dans les confins de Joseph Bey, cinq volets en bois noir constellés de nuées cosmiques, formant un petit monument aux mystères de l’univers…
Aurélie de Heinzelin (à l’arrière-plan, Joseph Bey)
Érotisme et héroïsme
Mais on trouve aussi des interprétations du retable truculentes et irrévérencieuses. Dans la version d’Aurélie de Heinzelin, des moines et des sœurs à l’air un peu grotesque s’avèrent être des personnages costumés, comme l’explique l’artiste :
« Mon monde pictural est un carnaval dans lequel tout est permis. Les mêmes personnages se retrouvent sur les panneaux extérieurs dans des scènes érotiques, issues de mes rêves et dont je ne connais pas la signification. J’ai emprunté une image de corps body-buildé sur internet qui est elle aussi comme un costume. Je suis plutôt bien élevée dans la vraie vie, mais dans ma peinture rien n’est censuré. »
The birth of Robin Hood, Tom Poelmans (doc remis)
Le belge Tom Poelmans préfère les (super)-héros aux figures religieuses, et l’un de ses dessins foisonnants de détails raconte La naissance de Robin des Bois. Tom décrypte ce titre :
« Je m’interroge sur ce qui a déclenché leur vocation chez les héros. Pour Robin des Bois, je l’ai imaginé contemplant le commun du peuple occupé à des activités banales, et décidant qu’il ne voulait pas d’une telle vie. »
Ce qui explique l’air pédant du personnage aux allures de Prince de Lu posté à l’avant-plan. D’un trait tantôt cartoonesque, tantôt faussement enfantin, le dessinateur écrit une légende dans le sens originel du terme, usant en ce sens aussi de la forme du retable comme support de biographies illustres. Mais il garde ses distances avec ces grandes références : un simple stylo bleu et un ton humoristique sont ses instruments de prédilection.
De nombreuses autres variations autour du retable sont à découvrir, dans un aperçu global des artistes de la galerie. Certains y ont déjà eu une exposition personnelle, pour d’autres, c’est à venir…
La curiosité est un moteur, et il ne faut pas s’arrêter quand elle nous amène à des choses qu’on ne comprend pas au premier abord. Une forme de divagation constructive qui peut aussi se laisser émerveiller par la beauté et le ressenti !
Pour sécuriser son avenir, le régime local a saisi l’Etat au plus haut (Capture d’écran)
Le 12 janvier, Daniel Lorthiois, président du Régime local d’assurance maladie d’Alsace Moselle, a adressé un courrier au Président de la République, François Hollande, pour défendre « le système solidaire du régime local en vigueur en Alsace-Moselle ». En cause, le statu quo préconisé au cours du mois de décembre 2015 par la mission parlementaire chargée de statuer sur l’articulation du Régime local avec la Loi de sécurisation de l’emploi du 14 juin 2013, qui rend obligatoire une mutuelle pour tous les salariés.
À ce jour, le régime local d’assurance maladie couvre 72 % des prestations minimales prévues par la complémentaire santé obligatoire, financées par les salariés uniquement. Maintenir un statu quo reviendrait, pour Daniel Lorthiois, à ce que ces mêmes salariés financent 14 % supplémentaires. Dans le reste de la France, en revanche, la cotisation des employés sera plafonnée à 50 % maximum.
« Certitude de la régression »
Afin de co-exister et de maintenir l’égalité, le conseil d’administration du régime local s’est prononcé en faveur d’une étendue des prestations « au niveau du panier de soins minimum, pour ses 2,1 millions de bénéficiaires, avec un financement pour moitié de la cotisation permettant ces prestations, pour les seuls salariés, par leur employeur. »
Dans son courrier, pressant le gouvernement d’agir en faveur d’un régime dont bénéficient retraités, invalides et ayant-droits, Daniel Lorthios rappelle à François Hollande des mots prononcés lors du 41e congrès de la Mutualité française : « La réforme est la condition du progrès et le statu quo, la certitude de la régression. »
Cet avis détonne dans la mesure où les parlementaires alsaciens avaient obtenu ce fameux « statu quo » pour… préserver le régime local.
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
Alexandre Papadopoulos, photographe alsacien (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Instituteur dans les campagnes alsaciennes pendant 30 ans, Alexandre Papadopoulos, 58 ans, se consacre désormais à la photo. Pendant deux ans, il a écumé les exploitations en bio et biodynamie, en plaine d’Alsace et dans les Vosges, à la rencontre d’une douzaine d’agriculteurs dont il a voulu comprendre la philosophie et montrer le rapport aux plantes et aux animaux. Interview et diaporama.
Rue89 Strasbourg : passer des classes de CP, CE1 ou CE2, à la photo à temps plein, comment cela s’est-il fait ? Pourquoi ce nouveau départ ?
Alexandre Papadopoulos : « Je suis né en Allemagne, mais j’ai grandi en Alsace et j’ai enseigné longtemps à Roppenheim. En parallèle, je fais de la photo depuis 1982. Je dessinais quand j’étais étudiant, mais j’ai découvert que la photo était plus rapide quand il s’agissait de fixer quelque chose. J’ai d’abord acheté un appareil photo argentique et du matériel de développement. J’ai testé la couleur, mais c’est le noir et blanc que j’ai décidé de pratiquer depuis. Actuellement, j’utilise un Olympus numérique de 2003.
Il y a trois ans, une fois mes enfants adultes, j’ai arrêté d’enseigner et je me suis lancé dans des projets photos. Depuis longtemps, je photographiais surtout des scènes de rues, à Strasbourg où ailleurs dans la région, mais en ne diffusant mes photos que de façon très ponctuelle, parfois dans la presse locale ou auprès d’associations, après des manifestations par exemple.
C’est grâce à la photo, aux rencontres qu’elle m’a permise, en plus de lectures, que je suis devenu militant, à Attac Strasbourg depuis 2004, mais aussi dans des collectifs contre le racisme d’Etat ou sur la question des migrants… La photo m’a permis d’approfondir mon regard sur les choses et sur les gens. »
Outre un projet photo autour du théâtre dans les communautés Emmaüs, vous vous êtes rapidement tourné vers l’agriculture. Comment avez-vous choisi les fermes à photographier ?
« Début 2014, après avoir fait des portraits de villageois et plusieurs autres choses, j’ai eu envie de me lancer dans un travail sur l’agriculture alsacienne. Même si j’avais une petite intuition sur ce que je voulais raconter, le sujet n’était au départ pas très précis. Ce n’est qu’au fur et à mesure que mon angle s’est affiné, pour concerner finalement les agriculteurs ayant fait le choix de modèles alternatifs.
Dans le village où je vivais, il y a avait 14 agriculteurs en 1990. Ils n’étaient plus que deux quand je suis parti [ndlr, le photographe s’est installé récemment à Mittelhausbergen, dans l’Eurométropole]. Ce qui m’intriguait aussi au départ, c’était les suicides chez les paysans, et plus généralement, la « condition agricole » aujourd’hui.
Endettement, prix en chute libre…
Pour démarrer, j’ai décroché mon téléphone et appelé un agriculteur que je connaissais à Oberroedern, Bernard Strasser, qui appartient à un GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) d’élevage bovin. C’est finalement le seul agriculteur en « conventionnel » que j’ai rencontré. Je l’ai trouvé très pessimiste, confronté à une forte concurrence, à des prix en chute libre et à un endettement important. Son activité était difficile à rendre en photo. L’agriculture productiviste, très mécanisée, c’est surtout des paysages vides ou des grosses machines. On a surtout affaire à des techniciens.
Puis, par une amie de la Confédération paysanne, j’ai démarché des paysans alsaciens en bio et biodynamie, en essayant de balayer tous les secteurs d’activité, le maraîchage, les céréales, l’élevage, la miellerie ou l’agriculture de montagne, afin d’avoir un panorama à peu près complet. »
En tant que photographe indépendant et surtout, sans antécédent ou commande précise, comment les agriculteurs vous ont-ils accueilli ?
« Quand je me présentais, on me demandait systématiquement « dans quel cadre » les photos seraient utilisées. J’ai dû rapidement réfléchir et m’orienter vers un projet d’exposition et de livre auto-édité.
Mais surtout, j’ai passé du temps dans la douzaine de fermes que je voulais photographier. Par exemple, je suis revenu plusieurs fois chez Arsène Bingert, producteurs de céréales et de choucroute à Erstein, avant qu’il ne devienne moins réticent au projet. Ce n’est que petit à petit aussi que j’ai convaincu Antoine Fernex de la ferme de Truttenhausen du sens de ma démarche. D’autres en revanche ont accroché tout de suite, comme Jean-Christophe Moyses à Feldkirch (Haut-Rhin), producteur de blé rustique.
« Ceux qui prennent leurs graines à pleines mains et ceux qui doivent mettre des gants »
Pour me faire accepter et bien comprendre l’activité des agriculteurs, j’ai participé à la vie de la ferme, en y allant parfois plusieurs jours d’affilée ou toutes les semaines, comme chez Rémi Picot à Pfaffenhoffen, dans son élevage ovins de La Bergerie. Chez lui, j’ai beaucoup appris, sur la biodynamie, les outils, les techniques… »
Quel regard portez-vous, après ce travail, sur l’agriculture alsacienne ?
« D’abord, je n’ai pas découvert l’agriculture, mais des agriculteurs. Ce qui m’a intéressé, c’est leur lien à la plante, aux animaux. Ce rapport est différent quand on est en conventionnel et qu’on ne peut toucher les graines de maïs qu’avec des gants parce qu’elles sont enrobées de pesticides, ou quand on peut, en bio, les prendre à pleines mains.
Et puis, je me suis finalement concentré sur ceux qui font autrement, qui ont, à un moment donné de leur parcours, été en rupture avec leur environnement familial, professionnel ou social. Et ce ne sont pas les plus nombreux. Leur métier demande de la passion, de ne pas compter ses heures, d’être multitâche. Il y a aussi la question de la reprise des exploitations (voir encadré), de la formation, avec la venue de nombreux stagiaires… En bio, l’agriculture nécessite beaucoup de main d’œuvre, ce qui fait du secteur un vivier d’emplois ! »
Alexandre Papadopoulos exposera ses photos en avril à la fête de l’agriculture paysanne chez Rémi Picot, puis à la médiathèque de Geispolsheim.
La façade des bains municipaux, classée au patrimoine historique (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
À l’issue de la consultation publique, l’adjoint au maire (PS) de Strasbourg, Olivier Bitz, retient que les Strasbourgeois sont très attachés aux Bains Municipaux et que l’ensemble peut servir de base pour les dispositifs autour du sport-santé de la municipalité. De son côté, la SPL Deux-Rives est chargée de proposer pour le conseil municipal de mars des scénarios pour la réfection de l’ensemble et la destination des équipements.
Dans l’épineux dossier de la rénovation des Bains Municipaux, rien ne doit être vendu, rien ne sera cédé, rien ne doit dépasser, rien ne doit manquer et rien ne doit gâcher l’existant. C’est ainsi que pourraient se résumer les observations émises par les Strasbourgeois lors de la consultation publique menée à l’automne par le maire de Strasbourg Roland Ries et par son adjoint Olivier Bitz.
Pas facile dans ses conditions d’avancer et pourtant, l’ensemble composé d’une piscine, de douches, de bains romains et d’un sauna se délabre et l’arrêté de péril guette si rien n’est fait. Lors d’un point devant la presse jeudi, Olivier Bitz, en charge de ce dossier depuis mai, a indiqué que les échanges avec les Strasbourgeois n’ont pas mobilisé les foules sur la gestion publique ou non des bains romains et du sauna, preuve selon lui que la municipalité n’a pas à maintenir « une activité de loisirs financée par le service public ».
Un lieu dédié à la santé publique
En revanche, les Strasbourgeois se seraient pris de passion pour le dispositif du sport-santé, c’est à dire les actions de la municipalité en faveur de la santé de ses citoyens par des programmes sportifs, comme le vélo sur ordonnance par exemple. Bien que volontariste dans ce domaine, la Ville ne dispose pas d’équipements dédiés, ni de locaux de référence. Pour Olivier Bitz, les Bains municipaux pourraient retrouver leur vocation d’origine :
« Bien entendu, nous n’avons plus besoin d’une centaine de douches pour l’hygiène de l’ensemble de la population comme c’était le cas du début du XXe siècle. Il nous faut simplement maintenir un service public à destination des personnes en situation de grande précarité. Pour autant, regrouper au sein de ces bâtiments les activités liées au sport-santé est une bonne idée. Nous transmettons l’ensemble des conclusions issues de cette consultation à la SPL Deux-Rives. »
Pas de travaux avant septembre 2018
Ces conclusions s’ajoutent au cadre fixé par la charte pour la rénovation, adoptée par le conseil municipal à l’automne et qui précise que les bâtiments ne peuvent être vendus, que l’accès à la piscine doit se faire aux mêmes conditions que dans le reste de l’Eurométropole, etc. La Société publique locale (SPL) Deux-Rives doit désormais proposer plusieurs scénarios au conseil municipal de mars, afin de financer cette rénovation estimée désormais à environ 30 millions d’euros. Pour Éric Bazard, directeur général de la SPL Deux-Rives, le travail a déjà commencé :
« Le cadre a été posé, maintenant il faut bâtir des « business plans » et chiffrer les choix possibles. Combien ça coûte de dédier un mètre-carré de surface au sport-santé, combien rapporterait un mètre-carré loués à des médecins, etc. Et une fois ces éléments posés, voir quels sont les équilibres possibles entre ce que la collectivité pourrait garder et gérer, et ce qu’elle pourrait louer. Tout ça dans une équation économique extrêmement tendue, mais ce sera au conseil municipal de trancher. »
Après ce conseil municipal, un scénario sera choisi et ensuite seulement, un « montage financier » sera ébauché. Puis viendront les travaux mais Olivier Bitz précise qu’ils ne pourront débuter avant septembre 2018, date de la fin de la rénovation de la piscine de Hautepierre.
Il aura fallu cinq ans à la justice pour boucler cette procédure… (Photo Anna / FlickR / cc)
Dans les affaires du tram de Bamako et de l’étude du Marché de Noël dans lesquelles le maire (PS) de Strasbourg, Roland Ries, était visé pour favoritisme, la chambre d’instruction de Nancy a envoyé aux parties une notification de fin d’information judiciaire. Comme il n’y a personne mis en examen, on s’achemine vers une ordonnance de non lieu.
Ouvert depuis 2010, force est de constater que ce dossier prenait la poussière dans un bureau de la chambre d’instruction du tribunal de Nancy, malgré la nomination successive de trois juges d’instruction. Finalement, c’est une quatrième juge, Zaïda Moulay, qui en hérite à l’automne 2015. Contrairement à ses collègues, elle procède à l’interrogatoire de six personnes entre fin novembre et fin décembre 2015 : Roland Boehler, les deux rédactrices de l’étude sur le Marché de Noël Diane Merran et Nicole Mutzig, l’ancien directeur de cabinet du maire Patrick Pincet et… deux élus du conseil municipal de Strasbourg : Mathieu Cahn et Éric Elkouby.
Deux brèves mises en examen
Pourquoi ces deux élus ? Parce qu’ils ont été cités dans les précédentes auditions, en tant qu’adjoints au maire en charge de l’animation pour Mathieu Cahn et des foires et marchés pour Éric Elkouby. À l’issue de leur interrogatoire de première comparution (IPC) le 30 novembre et le 3 décembre, elle décide de les mettre en examen « à titre conservatoire » pour « atteinte à la liberté d’accès et à la légalité des marchés publics ».
Mais après avoir entendu les autres personnes mises en cause, elle décide finalement de les placer sous le statut de « témoin assisté » le 24 décembre, comme le révèlent les DNA mercredi. Un statut qui ne permet pas leur renvoi devant le tribunal. En fait, fin décembre, la juge pense avoir fait le tour du dossier sans mettre en examen quiconque. Avant d’être mutée à Strasbourg, elle propose à son successeur à Nancy de notifier les parties de la fin de l’information judiciaire (art. 175 du code de procédure pénale), ce qui a été fait cette semaine.
Le Parquet et les parties civiles, dont l’association Anticor, ont trois mois pour envoyer leurs observations et éventuellement, proposer de nouvelles demandes d’actes. Ce qui semble peu probable étant donné l’inaction qui a caractérisé ce dossier pendant cinq ans. Sans personne mis en examen, on s’achemine donc vers une ordonnance de non lieu, c’est à dire la fin de la procédure judiciaire.
Roland Ries tenu éloigné de la procédure
Au final, Roland Ries n’aura été entendu qu’une fois, par les policiers en juin 2013, dans ces deux affaires, dont les informations ont été jointes à Nancy et sans qu’il ne soit ni mis en examen ni même placé sous le statut de témoin assisté. Mais il aura dû répondre de nombreuses fois à son opposition municipale, qui n’a cessé de lui demander des explications sur ces affaires avant sa réélection de mars 2014.
Éric Elkouby, actuel adjoint au maire en charge du tourisme, ne s’explique pas avoir été mis en cause dans ce dossier :
« Je suis complètement étranger à ces affaires. J’ai été mis en examen, à ma grande surprise, parce que des interrogatoires menées par la police indiquent j’étais présent à certaines réunions sur le Marché de Noël. Mais évidemment puisque j’étais en charge de l’occupation du domaine public ! »
L’élu de l’ouest strasbourgeois s’interroge que personne d’autre n’ait été entendu par la juge d’instruction. De son côté, Mathieu Cahn, actuel adjoint au maire en charge de la politique événementielle, rappelle que s’il a bien signé le bon de commande de l’étude sur le Marché de Noël, il n’en était pas à l’origine :
« Il y a éventuellement eu un dysfonctionnement dans les services dont j’avais la charge à ce moment là, mais à aucun moment il ne m’a été fait grief d’une quelconque intentionnalité dans ce dossier. »
L’étude du Marché de Noël avait été facturée 30 000€ mais 70% de la somme avait été récupérée par Robert Herrmann, alors premier adjoint en charge de la coordination du Marché de Noël lorsqu’il a découvert qu’elle ne consistait qu’en quelques conseils dispensés sur quatre pages. Quant au volet Bamako, trois cabinets ont été rémunérés près de 50 000€ collectivement et Roland Boehler a facturé un rendu graphique près de 8 000€.
Les Padox vont envahir Strasbourg pendant les Giboulées : aurez-vous la chance de les rencontrer ? (Photo Cie Houdart-Heuclin)
Renaud Herbin, directeur du TJP et metteur en scène, a dévoilé le programme 2016 des Giboulées, biennale internationale du spectacle vivant qui se tiendra du 11 au 19 mars à Strasbourg et dans l’Eurométropole. Après le TJP, c’est au tour du festival de souffler ses 40 bougies, en orbite autour des arts de la marionnette, dans leur diversité, à l’attention de tous les publics. Un mot d’ordre : soyez curieux !
La biennale des Giboulées, rebaptisée Corps-Objet-Image à l’arrivée du nouveau directeur, est enrichie en 2016 par les notions affichées de « Marionnette », « Espace », « Figure », « Texte » et « Matière ». Telles un palimpseste, les Giboulées de Renaud Herbin fonctionnent à l’instar de ses saisons au TJP : par accumulation plutôt que par remplacement. Renaud Herbin l’affirme, en ce quarantième anniversaire :
« L’instinct d’André Pomarat, de faire un festival autour de la marionnette, se justifie encore aujourd’hui. »
Il se pose en héritier plutôt qu’en réformateur, avec la volonté d’ouvrir en grand les accès à de nouveaux espaces, – parfois, il faut bien le reconnaître, aussi éloignés de la marionnette que des spectacles pour enfants – . Il propose des Giboulées augmentées, à l’image des « marionnettistes qui sont sortis des castelets pour se mettre eux-mêmes en jeu, et passer du figuratif à la matière. »
La marionnette comme pôle de suggestion et de réflexion, « l’air de rien »
Deux choses essentielles sont à retenir pour rassurer les nostalgiques et les fans de marionnettes (et enthousiasmer les autres) :
il y a plein de spectacles pour les enfants, et ce dès 1 an. Il y a une vraie place aussi pour des spectacles s’adressant aux adolescents et aux adultes.
cette biennale gravite sans hésitation autour de la marionnette, même si la définition de celle-ci s’allonge et s’étire pour devenir celle « des Arts de la marionnette », qui inclue la manipulation d’objets et de matières, des interrogations sur l’espace et des créatures protéiformes, à l’image de l’élégante et étrange créature de Benoit Schupp qui orne tous les programmes des Giboulées.
Une fois que l’on a rassuré les anxieux, il faut cependant y ajouter les remarques suivantes : Renaud Herbin revendique le fait de ne pas montrer des spectacles « faciles », mais souhaite présenter des œuvres « ouvertes », dont le sens ne s’impose pas au spectateur, questionnant la relation à l’autre et à l’étranger. Il le formule avec finesse dans son éditorial du programme des Giboulées :
« [Ces œuvres] font confiance à notre capacité d’interpréter et avivent notre désir de ce que l’on ne connaît pas encore. »
Lutter contre les peurs qui nous régissent à l’heure actuelle : le message de Renaud Herbin se pose aussi comme politique. Il oppose à ces peurs des choix de spectacles qui racontent la diversité culturelle, les doubles identités, l’étrangeté, l’initiation et les rites chamaniques. La tête très hautement perchée, les deux pieds solidement plantés dans la matière, tout ça « l’air de rien ». C’est aussi le sujet de la deuxième édition de la revue COI, éditée par le TJP, autour du thème « Alter, l’autre de la matière », qui sera lancée le samedi 12 mars au TJP Petite Scène.
Un fête à vivre ensemble : appel à bénévoles et à participants
Cet anniversaire se pose clairement comme une fête, à laquelle le public est largement appelé à participer, pas seulement en tant que spectateur. Plus de trente compagnies accueillies, dix lieux sur Strasbourg et l’Eurométropole, du Préo d’Oberhausbergen à l’Espace K, dix pays représentés, 75 représentations, dont des spectacles chez les structures partenaires : le Maillon, Pôle Sud, le TNS.
La biennale voit les choses en grand pour cette édition, et l’équipe du TJP est à la recherche de bénévoles curieux et motivés pour accueillir le public, accueillir les artistes et participer activement à la vie du festival. Une première réunion aura lieu le 4 février à 18h30 au TJP Petite Scène, contacter Hélène Grandemange pour en savoir plus.
Renaud Herbin annonce aussi qu’en se signalant rapidement auprès du TJP il est peut-être encore temps de faire partie du gang des Padox (photo de couverture) dirigés par la Compagnie Houdart-Heuclin, qui sillonneront et habiteront Strasbourg pendant la biennale. Voilà une façon unique d’arpenter sa ville en changeant de perspective.
Des spectacles qui parlent d’ailleurs
À point nommés lorsque l’on parle de déchéance de nationalité et d’accueil de réfugiés, les spectacles proposés pendant les Giboulées racontent l’espace immense, complexe, rugueux et fertile des identités multiples. Dix pays sont représentés.
Le Liban est une terre d’asile pour Éric Deniaud, inspiratrice des Paysages de nos larmes, qui évoque le dénuement de Job dans un Beyrouth en mouvement perpétuel de destruction et de reconstruction. C’est la même compagnie Kahraba qu’on retrouvera pour Géologie d’une fable, qui cherche l’origine des fables, en remontant d’un auteur à l’autre jusqu’au Moyen-Orient, explorant un travail minutieux et sculptural à partir d’argile.
Le Cantique des oiseaux d’Aurélie Morin va lui aussi puiser dans les mythes perses pour une traversée initiatique, presque spirituelle, dans un royaume subtil d’ombres découpées et projetées.
« Made in China » (Photo Si Yin Lei)
Made in China annonce sans détour ce qui le constitue : la double identité, laotienne et chinoise, de Dorothée Saysombat, est mise à l’épreuve du burlesque et d’une multitude d’objets, avec Nicolas Alline : un événement à Strasbourg, selon Renaud Herbin, car la compagnie termine là sa tournée française avant de repartir en Chine.
Le spectacle franco-brésilien Blanc de Vania Vaneau, danseuse d’exception, poursuit cette idée d’accumulation, mais il s’agit cette fois de tout ce qui peut recouvrir le corps humain : vêtements, tissus, peintures, pigments. La transformation est là, par la transe du mouvement dévorant et du contact aux objets et aux matières.
« Blanc » de Vania Vaneau (Photo Gilles Aguilar)
Les collaborations franco-allemandes permettent d’aller creuser encore plus loin du côté des marionnettes : partenaires de jeu, elles parlent et interrogent la réalité de la relation à l’autre, dans Je te regarde de Jarg Pataki et Alexandra Badéa (vidéo ci-dessous, en allemand, le spectacle sera surtitré), mais aussi dans The ventriloquists convention de Gisèle Vienne, du Puppentheater de Halle et de Dennis Cooper (vidéo ci-avant, en anglais, le spectacle sera surtitré).
Maniacs d’Ulrike Quade pousse cette réflexion à l’extrême, en invitant une poupée hollandaise, ou « poupée d’amour », sur la scène et dans le désir d’un homme : la poupée, « c’est l’existence en attente, suractivée par le simulacre et l’illusion ». Zerstörung cherche une autre forme d’extrême en abordant la question de la destruction, de la mise à l’épreuve des objets, dans une nouvelle proposition poétique de Pierre Meunier et Marguerite Bordat avec les étudiants du Figurentheater Stuttgart.
Explorer les paysages
Le thème est cher à Renaud Herbin. Les paysages, les villes et les campagnes, notre espace intime et public, notre environnement familier et mystérieux, en constante évolution, est toujours une occasion de s’interroger et de s’émerveiller. Plusieurs spectacles des Giboulées interrogent ce rapport à l’espace.
C’est évidemment le cas de Villes, collection particulière, de la compagnie québecoise Théâtre de la pire espèce (vidéo au début de l’article), qui répertorie avec humour les villes selon leurs qualités, dressant un inventaire poétique, magique et low-tech à partir d’objets et de matières. C’est aussi le cas de la compagnie strasbourgeoise Médiane, qui relate l’expérience de paysages danois avec le conte musical Horizons.
« Horizons » de la Cie Médiane (Document remis)
Nick Steur vient des Pays-Bas pour collecter des cailloux à Strasbourg. Si si. Avec Freeze, il collecte en chaque endroit où il est accueilli des pierres qu’il montera ensuite avec la participation du public, en une sculpture unique. Renaud Herbin parle de lui comme de l’un des « chamanes de cette biennale ». Il y aurait « quelque chose de métaphysique » dans cette expérience, – à vivre donc.
Plan B de la Compagnie 111 tente, carrément, d’échapper aux lois de la physique, en faisant l’éloge du plan incliné. Acrobaties, jonglage et danse soutiennent la performance pleine d’humour et de poésie des quatre interprètes. Encore une heure si courte, de la légendaire Claire Heggen et sa Compagnie Théâtre du Mouvement, est aussi une fable d’acrobaties au milieu d’une matière de plus en plus chaotique.
Le monde du théâtre d’objets est abordé dans les spectacles The Telescope de l’anglais Tim Spooner et dans le Petit Théâtre d’Objet des Philosophes de la Compagnie Houdart-Heuclin. The Telescope explore à la loupe ce qui ne peut être vu à l’oeil nu, tandis que la Compagnie Houdart-Heuclin donne à voir la dimension symbolique de l’objet.
Métamorphoses et illusions
L’utilisation de la marionnette, de la matière transformable, de la distorsion des réalités, chiffonne les idées reçues et permet de libérer l’imaginaire, en faisant fi de l’impossible. C’est la transformation, le rite de passage, le chemin libérateur. Renaud Herbin nous invite, à travers ces spectacles, à abandonner les certitudes au profit d’expériences nouvelles : les Giboulées seraient la drogue du chamane pour passer vers un monde nouveau ?
Je brasse de l’air de Magali Rousseau est une performance mécanisée : infiniment fragile et délicate, ces articulations apprennent à voler. Les Corbeaux de Josef Nadj et Akosh Szelevényl est aussi une tentative de se décoller du sol, qui passe par la métamorphose animale et la peinture, ritualisant la transformation du corps humain. L’animal est carrément monstrueux (et amoureux) lorsque l’on parle de Squid de David Girondin Moab, « marionnette céphalopodique à l’intelligence supérieure ».
Opus 2 – Chroma (Document remis)
Opus 2-Chroma de la Compagnie D’à Côté, invite tous les publics, même les plus petits à partir de 1 an, à venir faire l’expérience de la couleur. Variation autour de la lumière, de l’espace et du son, Opus 2-Chroma consacre l’abstraction. Comme le précise Renaud Herbin : « l’abstraction est tout sauf un problème pour un tout-petit. »
« Anywhere » (Photo Alessia Contu)
Here lies Shakespeare l’affirme : Shakespeare est un imposteur, pour peu qu’il ait jamais existé. C’est le postulat de base de contes baroques et surréalistes, ayant comme personnages principaux Shakespeare (on fête cette année les 400 ans de sa mort), une pomme de terre et un brontosaure. Prometteur!
Anywhere cherche du côté de la mythologie, en s’inspirant librement de Oedipe sur la route d’Henry Bauchau. Une marionnette de glace s’altère et se détériore au fur et à mesure de l’histoire : magique et sombre.
Lombric et Reflector forment l’ensemble Tout est parfait, de la Compagnie L’Empreinte de le Vouivre, bien connue des habitués de la Semencerie à Strasbourg. Formes courtes et sans paroles, elles font dialoguer les mécanismes subtils et complexes de Joseph Kieffer avec la danseuse Marie-Pan Nappey. Elles sont mises en musique par Jean-Charles Mougel. Extatique, quel que soit l’âge!
Deux spectacles de Renaud Herbin
Les Giboulées commencent avec une création de Renaud Herbin, Milieu, pour l’occasion, et parce que « c’est important d’être en création pendant un festival dédié à la création ». Aux prises avec une marionnette à fils enfermée dans un espace clos, Milieu est une réflexion humoristique autour de la notion de castelet, et de la lutte pour s’en échapper.
Le festival est aussi l’occasion de remontrer Actéon, pièce créée en 2013, qui raconte une initiation mythologique à l’art de la chasse, qui ne se passe pas comme prévu. Mêlant marionnettes figuratives et confrontation à la matière, Actéon est en quelque sorte à l’image de la réflexion que Renaud Herbin porte autour des Arts de la marionnette.
Des jeunes créateurs, des parcours dans la ville
En plus de workshops, de rencontres et d’expositions (tout le programme est ici), le TJP accueille des parcours artistiques in situ, comme c’est le cas sur le Campus de l’Esplanade, à l’Atrium, en partenariat avec le SUAC, pour Troublantes apparences. En allant à la rencontre des petites formes dans des vitrines, symboles d’un temps qui passe inéluctablement, on pourra y voir Angélique Friant, Alice Laloy et Arnaud Louski-Pane.
Le festival sera aussi l’occasion d’accueillir le Collectif 23H50, issu de l’École Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières en 2013, pour trois formes courtes et éclectiques : Existe, L’Os (vidéo ci-dessus) et Grasse Carcasse, ce dernier étant inspiré de la bande-dessinée Blast de Manu Larcenet.
Enfin, dans le cadre de la biennale Hors les Murs, et légèrement en amont du début du festival, la Compagnie Degadezo présente la création de Contactfull, conférence en corps et en mots, au Repère à Schirmeck les 26 et 27 février.
Indépendante, coordinatrice de projets et rédactrice, je travaille dans le champs des droits humains, du développement et de la culture, au niveau international mais aussi en local à Strasbourg.
À l’occasion de la présentation de ses voeux à la presse mardi en début d’après-midi à Strasbourg, le nouveau président de la toute nouvelle grande région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, Philippe Richert (LR), a détaillé l’organisation territoriale de son administration.
Strasbourg sera bien la capitale régionale et le siège du conseil régional. Dans un communiqué, Philippe Richert précise que l’exécutif, la commission permanente et les commissions thématiques se tiendront à Strasbourg. Metz accueillera les séances plénières.
Trois « maisons » et des agences sur le territoire
Les anciens locaux des conseils régionaux de Metz et de Châlons-en-Champagne seront converties en « maisons du Conseil régional où toutes les directions régionales seront représentées avec, à Châlons et à Metz, un secrétaire général ». Philippe Richert promet qu’il n’y « aura pas de mouvement contraint de personnel ».
En outre, la Région prévoit de créer des « agences territoriales » pour répondre aux besoins de proximité exprimés par les citoyens et les fonctionnaires territoriaux. Il devrait y en avoir 3 en Alsace, 4 en Champagne-Ardenne et 4 en Lorraine.
19 directeurs de services
Concernant l’organisation des services, les responsables des directions seront répartis entre les trois « maisons de la Région » : 4 à Châlons-en-Champagne, 7 à Metz et 8 à Strasbourg.
Philippe Richert a réitéré son intention de donner une « place plus importante aux citoyens » dans les affaires régionales publiques. Il a assuré que le choix du nom de la région, pour se débarrasser du trop long Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, donnera lieu à une large consultation publique, en plusieurs étapes. Une méthode sera proposée lors de la prochaine séance plénière, mercredi 27 janvier.
Et dans un élan de « transparence », Philippe Richert a annoncé que les commissions permanentes seront ouvertes à la presse et au public.
Au Forum de bioéthique, l’objectif est que les citoyens s’emparent de ces questions complexes (Photo Marie-Pauline Bay / Febs)
Quand on a ses humeurs, est-on bipolaire ? Quand on naît avec un sexe indéterminé, est-on une fille, un garçon ou autre chose ? Où est la frontière entre le normal et la maladie, c’est le thème du sixième forum européen de bioéthique, qui se tiendra au centre de Strasbourg du 25 au 30 janvier. Beaucoup de questions essentielles au programmes, dont les élus restent pourtant prudemment à l’écart.
Discuter, échanger, mettre des thèmes ardus mais essentiels en débat sur la place publique, c’est la vocation du Forum européen de bioéthique (Febs), prévu à Strasbourg du lundi 25 au samedi 30 janvier. Cette manifestation, qui rappelle une nouvelle fois qu’elle n’est pas un colloque de santé restreint aux professionnels, a pris pour thème « le normal et le pathologique » cette année, après la fin de vie, l’argent, le cerveau…
Et chaque année, des centaines de personnes se pressent à l’Aubette et à la librairie Kléber pour écouter les conférences de spécialistes et poser leurs questions. Ces conférences pourront d’ailleurs être suivies en direct et en vidéo sur Rue89 Strasbourg.
Pour le Pr Israël Nisand « il ne se passe pas une année sans que je ne change d’opinon sur un sujet » (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
« S’interroger sur les limites, les frontières et les définitions »
Cofondateur du Febs, le Pr Israël Nisand, chef du pôle obstétrique des Hôpitaux de Strasbourg, détaille les raisons qui ont abouti au choix du thème 2016 :
« Avec “Le normal et le pathologique”, le Forum revient à l’essence même de sa raison d’exister : s’interroger sur les limites, sur les frontières, sur les définitions. Qu’est-ce qui relève de la maladie et qui donc se soigne ou doit être traité, et qu’est-ce qui doit être laissé en l’état ? Ainsi, on diagnostique en vingt ans cinq fois plus de troubles bipolaires. Mais où est la limite pour diagnostiquer cette affection psychologique, qui nécessite des traitements lourds, par rapport à quelqu’un dont le caractère est parfois dépressif, parfois exalté ? »
Pour le Pr Nisand, « il ne se déroule pas une année sans que je ne change d’avis sur un thème » en participant aux conférences du Febs. Car c’est bien là l’objectif du Forum de bioéthique, que les avis soit entendus et confrontés sur des sujets souvent tabous, parce qu’ils touchent à l’intimité du corps ou des pratiques. Ainsi, deux conférences du samedi sont consacrées aux questions de genre et de sexe, avec des thèmes comme « qui décide et définit le genre ? » et « rencontre du 3e sexe » pour évoquer le sort des « indéterminés »…
L’ensemble des échanges sont filmés, et reproduits sur la chaîne YouTube du Febs. Pour Nadia Aubin, directrice du Febs, cette collection constitue désormais une encyclopédie sur la bioéthique, interrogée tout au long de l’année par tous ceux que ces sujets intéressent :
« Nous sommes le seul espace d’échanges grand public sur ces questions. Il existe des cénacles où des professionnels devisent, mais les citoyens n’y sont pas invités. C’est d’autant plus dommage qu’ensuite, les lois sont rédigées en fonction de leurs avis. Au Forum de bioéthique, nous proposons justement aux experts de rencontrer les gens et vice-versa. Il est essentiel que chacun d’entre eux s’empare de ces questions et se forge une opinion. »
Le Forum organise tout au long de l’année des rencontres dans les lycées et cette année, des lycéens de Barr sont invités à participer et à poser des questions qu’ils auront préparé en classe. Les sujets peuvent sembler éloignés des préoccupations des jeunes, mais pour Israël Nisand, leur participation est essentielle puisque ce dont il est question au Febs, « c’est du monde de demain ». En 2017, le thème du forum portera sur l’hybridation de l’homme par la machine.
L’accès aux quelques 50 conférences est gratuit. Le Febs est soutenu par la Ville, l’Eurométropole de Strasbourg et la Région Alsace à hauteur de 230 000€.
Note : Rue89 Strasbourg est partenaire du Forum européen de bioéthique.
La « Porte de lumière » à l’entrée de la rue du Vieux-marché-aux-poissons est devenue le symbole du marché de Noël de Strasbourg. (Photo : Yannick Perez / Rue89 Strasbourg / cc)
L’association des Vitrines de Strasbourg et son directeur Pierre Bardet organiseront-ils les prochaines Illuminations de Noël des rues commerçantes de Strasbourg ? Après que Pierre Bardet a échappé à un contrôle interne sur le financement de l’opération, ce sont les élus municipaux eux-mêmes qui vont se pencher sur sa gestion.
Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg, l’a promis lors du conseil municipal du mois de novembre. L’utilisation des 300 000 euros d’argent public alloués chaque année à l’association des Vitrines de Strasbourg pour l’organisation des illuminations de Noël doit être étudiée en assemblée plénière du conseil municipal d’ici février. En novembre, Rue89 Strasbourg révélait qu’une partie de ces fonds sert en réalité aux frais de fonctionnement de l’association elle-même et pas à l’opération directement. Notre article montrait aussi que le budget prévisionnel que l’association communique depuis plusieurs années à la Ville pour statuer sur sa participation est bien supérieur aux dépenses réellement engagées.
A priori, l’utilisation d’une partie de la subvention municipale aux illuminations pour financer les frais généraux de l’association, dont près de 49 000 euros de salaires, ne choque pas Alain Fontanel, en charge du dossier depuis un an. Et ce, même si la convention passée entre la Ville et les Vitrines stipule que ces fonds publics doivent servir exclusivement aux frais directs de l’opération :
« L’opération Illuminations de Noël mobilise fortement le personnel de l’association des Vitrines. Il est donc naturel qu’une part des dépenses de fonctionnement de l’association soit directement imputée à cette opération, dans le respect de la convention financière. La Ville doit respecter l’autonomie et les choix de gestion interne de toutes les association sous peine de prise illégale d’intérêts. Le contrôle des rémunérations relève de la compétence des instances de direction de l’association qui ont cette année approuvé les comptes à l’unanimité, tout comme les années précédentes, avec des présidents successifs différents. Il nous appartient par contre de vérifier chaque année que le montant des rémunérations du personnel de l’association imputé au compte-rendu financier des illuminations de Noël soit proportionné à la prestation fournie. »
Vers une régie municipale directe ?
Pour l’élu socialiste, la question posée aujourd’hui est d’évaluer s’il est toujours opportun de déléguer la mise en lumière de la ville aux Vitrines :
« Les éléments dont nous disposons ont toujours amené la Ville à estimer que la réalisation en régie municipale de cette activité lui coûterait beaucoup plus. J’ai toutefois souhaité que nous puissions vérifier de manière objective deux points : le coût global réel actuel de l’opération et celui dans le cadre d’une autre organisation. C’est pour cela que j’ai proposé, lors du conseil municipal de novembre, la mise en place d’un groupe de travail sur ces questions en début d’année 2016. Ce groupe de travail doit permettre de bien préparer la présentation qui sera faite en commission plénière. »
La Ville aide les commerçants à financer les illuminations de Noël via l’association des Vitrines qui centralise la subvention publique et la leur redistribue en partie. Les Vitrines centralisent aussi la majeure partie des frais de ces illuminations et ceux de leur soirée de lancement.
Depuis l’opération 2013, la Ville a demandé aux Vitrines qu’elles lui fournissent un compte d’exploitation spécifique à l’événement pour contrôler l’usage de sa subvention. Une exigence à laquelle Pierre Bardet, qui s’occupe seul de la gestion de l’opération, a bien eu du mal à répondre. La Ville a dû attendre jusqu’en juillet 2015 pour obtenir les documents concernant Noël 2013 et Noël 2014. En conséquence, elle n’a pas versé l’intégralité de sa participation votée pour ces deux années.
Pour 2013, deux comptes d’exploitation contradictoires
Pourtant, l’association avait fait établir un compte d’exploitation de l’opération 2013 dès décembre 2013. Et contrairement à celui présenté à la Ville qui affiche un déficit d’environ 7 000 euros, le premier document concluait à un bénéfice de 112 000 euros. Les deux pièces, rapportant la même opération, ont pourtant été réalisées par le même cabinet d’expertise comptable. Entre les deux, un changement de présidence de l’association.
En 2011, René Tourette, de la Cloche à fromage, laisse la tête de l’association après une dizaine d’années de service bénévole aux côtés du président directeur général de la structure, Pierre Bardet. Le chocolatier Michel Pirot lui succède. Ancien militaire, il entend redresser les comptes de l’association qui, à son arrivée, paie d’après lui 5 000 euros d’agios annuels à la banque.
Le commerçant lance des commissions thématiques et décide de faire réaliser des bilans spécifiques à chaque opération portée par l’association pour avoir une visibilité sur son activité, dont un des Illuminations, qui lui paraissent « opaques ».
Mais après 18 mois en fonction au bureau, Michel Pirot est subitement destitué lors de l’assemblée générale de l’association fin 2013, tout comme son vice-président et soutien André Fischer. Écoeurés, tous les autres membres du bureau démissionnent. Le marchand de thé et chocolats Gwenn Bauer prend la présidence de l’association. Le projet de commission sur les Illuminations est définitivement enterré.
Une commission interne avortée
D’après Michel Pirot, sa volonté de transparence a eu raison de sa présidence :
« En plus de mon intention de limiter la rémunération de Pierre Bardet, notre projet de commission sur les Illuminations le gênait. Il s’est arrangé pour en reculer la mise en place de mois en mois jusqu’à l’assemblée générale qui nous a évincés. »
Le comité de direction précédent cette assemblée générale avait validé le bilan que Michel Pirot et son bureau avaient fait établir pour l’opération Illuminations. Ces derniers comptaient en tirer les conséquences :
« Nous avions décidé de ne rien dire en AG à propos du bénéfice de 112 000 euros et de convenir de ce qu’on ferait de cet argent plus tard. Nous avions deux pistes en réflexion : ajuster la subvention municipale à la baisse et redonner une partie de bénéfice aux commerçants. Nous avions aussi songé à inclure un mois de salaire au compte d’exploitation suivant. »
Le compte d’exploitation des Illuminations 2013 commandé par l’équipe de Michel Pirot. Les frais affectés à la manifestation Illuminations sont présentés hors TVA de 20 %. (doc remis)
Finalement, le compte d’exploitation des Illuminations 2013 commandé par Michel Pirot tombe aux oubliettes. Pour justifier de l’utilisation de l’intégralité de la subvention municipale de 300 000 euros, le cabinet d’expertise comptable Mazars établit un an et demi plus tard une nouvelle version du document justifiant de 110 000 euros de frais généraux associatifs alloués à l’opération. Soit à peu de chose prêt le montant du bénéfice identifié dans le premier document.
Un document « détourné »
Cet arrangement met en colère Yves Lequen, ancien trésorier des Vitrines démissionnaire en décembre 2013 :
« Nous avons découvert dans la presse l’existence de ce nouveau compte d’exploitation pour la Ville. Les comptes de l’association pour l’année 2013 engagent notre bureau qui était alors aux responsabilités. Le document initial que nous avions fait établir par le cabinet Mazars a été détourné alors qu’il avait été approuvé et voté en comité de direction. La deuxième version mentionne 12 400 euros de frais de déplacements, près de 15 000 euros d’affranchissement et téléphone, à quoi ces sommes correspondent-elles alors que nous avions un abonnement téléphonique illimité ? »
Pour Michel Pirot, ces frais de structure sont « de la gonflette » pour financer le salaire de Pierre Bardet :
« Le nouveau compte d’exploitation est un document fait pour garder 100 000 euros dans les coffres des Vitrines. Les Illuminations sont aujourd’hui le prétexte à l’existence des Vitrines et les cotisations des commerçants ne suffisent pas à payer le salaire de Pierre Bardet. »
En 2012, le coût de la rémunération annuelle de Pierre Bardet s’élevait en tout pour l’association à 182 570 euros, pour une rémunération nette de 8 080 euros par mois. Pour la même année, les près de 400 commerçants cotisants à l’association lui avaient rapporté moins de 148 000 euros.
Pierre Bardet, interrogé sur l’emploi de la subvention publique, répond par l’intermédiaire d’une note du cabinet comptable de l’association :
« Le budget est une estimation faite a priori et qui diffère nécessairement des dépenses réelles constatées a posteriori. Il convient de rappeler que la subvention de la Ville est inférieure aux dépenses réelles directement affectées à la manifestation. »
Pour Noël 2013, le compte d’exploitation présenté à la Ville indique 436 000 euros de frais directs affectés aux Illuminations une fois la TVA incluse (363 000 hors taxe). Selon l’interprétation suggérée par le cabinet comptable, si les 300 000 euros de subvention municipale couvrent exclusivement ces frais, alors il faudrait comprendre que les 260 000 euros facturés aux commerçants servent, pour moitié, à financer les frais généraux de l’association.
Pierre Bardet, directeur charismatique
D’après Michel Pirot, le temps est venu de mettre en place une délégation transparente pour la gestion des Illuminations, confiée aux Vitrines depuis toujours par tradition sans délégation de service public :
« Où sont les appels d’offres ? Où sont les comparatifs entre électriciens ? Où est leur mise en concurrence ? Il n’y a pas de recours aux marchés publics alors que l’association paie désormais l’impôt sur les sociétés. Est-ce bien encore cette association qui doit gérer le dossier ? N’est-il pas grand temps que la Ville fasse un marché public et confie ça à une société ? Je ne suis pas favorable à ce que Pierre Bardet se retire de l’organisation artistique des Illuminations, mais peut-être de son organisation financière. Il a un génie créatif mais ce n’est pas un gestionnaire. »
René Tourette, président des Vitrines jusqu’en 2011, met en garde contre un écartement du charismatique Pierre Bardet de la gestion des Illuminations.
« La rémunération de Pierre Bardet est constitué de son salaire et de primes pour des objectifs basés sur des éléments chiffrables. S’il partait, l’animation baisserait et le dynamisme commercial aussi. Il faut savoir que les vedettes qui participent à la soirée de lancement des Illuminations viennent souvent pour rien, par simple amitié avec Pierre Bardet. La Ville de Bordeaux dont il est originaire a déjà cherché à le récupérer. »
Des « créations » sur catalogue
Pierre Bardet choisit la majorité des luminaires sur catalogue auprès de l’entreprise Blachère qui fournit aussi les illuminations de Noël de nombreuses autres villes en France et même au-delà. Ses créations sont des agencements de modèles que Blachère commercialise autrement.
La porte de lumière de la rue du Vieux-marché-aux-poissons par exemple est une exclusivité pour Strasbourg conçue à partir d’ours largement exploités ailleurs. L’arbre qui sert de base à l’arbre bleu de la place Gütenberg aussi existe ailleurs qu’à Strasbourg, même si sa couleur a été créée à la demande spécifique de Pierre Bardet et que ses dimensions sont plus grandes.
Christine Blachère-Allain Launay, directrice de la communication de l’entreprise, explique :
« Pierre Bardet fait des créations exclusives pour la Ville. Il explique ce qu’il veut et nous mettons un designer à sa disposition puis lui présentons un devis. »
Pour l’entrepreneur, l’implication de Pierre Bardet est une chance précieuse pour Strasbourg :
« Il ne faut pas minimiser le rôle des hommes et des femmes qui font les décorations, contrairement à l’appel d’offre très sec d’une collectivité. L’engagement de Pierre Bardet est un grand accompagnement pour la ville. C’est toujours une difficulté de trouver la personne sur place qui va porter les illuminations, faire les ajustements. Le cas de l’association subventionnée de Strasbourg n’est pas unique. Ce mode de gestion des illuminations se fait aussi sur les Champs-Elysées à Paris et dans d’autres villes en province. Ce qui est unique c’est l’enthousiasme de Pierre Bardet à porter le projet. »
Les élus municipaux partageront-ils ce constat ? Où chercheront-ils à minimiser le coût des décorations de Noël en ce temps de disette budgétaire ? La balle est désormais dans leur camp.
Un nouveau cap a été franchi dans la querelle qui oppose la SPA Strasbourg à l’association Éthique et Respect Animal (ERA). Le 30 octobre, l’association composée d’anciens bénévoles de la SPA a déposé plainte contre X, par le biais de sa représentante légale Fanny Roederer, pour des faits qui se sont déroulés au sein de la Société Protectrice des Animaux : « atteintes volontaires à la vie d’un animal » et « mauvais traitements dus à de mauvaises conditions d’hygiène ».
De graves accusations
Selon ERA, un nombre trop important d’euthanasies, en particulier dans le secteur chatterie, ont été opérées par la SPA de Strasbourg. Lorsqu’un chat perdu rentre à la fourrière, la SPA recherche son propriétaire, puis s’il n’est pas réclamé, l’animal peut être euthanasié sous 8 ou 10 jours. Concernant les animaux à l’adoption, c’est à l’appréciation du refuge.
Fanny Roederer s’explique sur les soupçons de l’association :
« Quand nous avons quitté la SPA, à l’été 2014, il y avait 350 chats. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’une centaine. On travaillait à la chatterie, et quand le nouveau conseil d’administration a été élu, en mai 2014, on a tout de suite constaté une grande différence de traitement. On a mis un an et demi avant de déposer la plainte, parce qu’il nous fallait accumuler des preuves tangibles, des chiffres, des images, ce qu’on a pu faire grâce à d’autres bénévoles. Les trois quarts ont quitté la SPA depuis. Nous comprenons l’euthanasie, elle est inévitable. Mais quand on a du personnel, des moyens, comme c’est le cas à Strasbourg, son usage massif n’est pas justifié. »
Les anciennes bénévoles dénoncent également des conditions d’hygiène « déplorables » : un même chiffon utilisé pour nettoyer plusieurs cages, des blouses non lavées, des chats malades mélangés aux félins vaccinés…
En attendant l’enquête
Ayant coupé tout contact avec la SPA, l’association ERA est dans l’attente de la décision du parquet, qui décidera ou non d’ouvrir une enquête. Faute de quoi, l’association, toute jeune, devra attendre cinq ans pour éventuellement se constituer partie civile.
Journaliste en formation, de passage chez Rue89 Strasbourg pour se faire les griffes. Intéressée par la politique, la culture et les sujets de société.
À Lille, la Tente des glaneurs distribue 700 portions d’invendus sur le marché de Wazemmes. (Photo La Tente des glaneurs Lille).
Récupérer les fruits et légumes invendus avant qu’ils ne partent aux ordures et les offrir aux personnes dans le besoin. C’est le but de la Tente des glaneurs. L’association, qui lutte contre le gaspillage alimentaire, devrait s’installer d’ici quelques mois sur le marché de la Marne à Strasbourg.
Il n’est pas tout à fait 13h, ce mardi matin. Et sur le marché, boulevard de la Marne, les commerçants commencent déjà à remballer leurs étals. Les maraîchers empilent des caisses vides, ou presque, de fruits et légumes. Les derniers curieux font un rapide tour à travers le reste des stands mais, les clémentines, pommes et autres salades ont déjà été raflées.
Dans les poubelles avoisinantes, un tas d’ordures commence à se former. Cartons, morceaux de carottes et feuilles de salade verte s’entassent tristement.
C’est ce moment là que choisissent généralement les glaneurs pour tenter leur chance : étudiants, personnes en difficulté ou engagées contre le gaspillage alimentaire, passent de vendeur en vendeur, espérant récupérer quelque choux invendus et autre banane, ne répondant pas aux critères de beauté habituels.
Le but : sauver des produits qui, finiraient aux ordures, bien que consommables. Et s’offrir, par la même occasion, le luxe de récupérer des aliments frais, quand on n’en a pas les moyens.
Les futurs glaneurs de Strasbourg se sont exercés à l’exercice du tri et du ramassage avec leurs homologues de Lille. (Photo La Tente des glaneurs Lille).
Un projet dans les cartons depuis un an
Une trentaine de « tentes des glaneurs » en France
Aider les personnes connaissant une précarité alimentaire et lutter contre le gaspillage des denrées, telles sont les ambitions du réseau d’associations, la Tente des glaneurs. Le gaspillage alimentaire est évalué à 7 millions de tonnes de denrées, jetées chaque année, soit 30 kg par habitant (voir infographie au bas de l’article).
Pour y pallier, Jean-Loup Lemaire, ancien cuisinier gastronomique, fonde, en 2010, l’association, première du nom, chargée de récupérer les invendus sur le marché de Wazemmes de Lille, le deuxième plus grand d’Europe. Six ans plus tard, la Tente des glaneurs du Nord a redistribué près de 375 tonnes d’aliments et s’est exporté un peu partout en France (Grenoble, Caen, Paris…) et à l’étranger (Belgique, Espagne).
À Strasbourg, l’association « la Tente des Glaneurs » a officiellement vu le jour en septembre 2015. Bien qu’à cause d’un retard dans ses démarches administratives, elle ne soit pas encore active.
L’aventure commence début 2015. L’association Éco-conseil, qui vise à former des individus souhaitant mener à bien des projets environnementaux, organise un colloque sur l’anti-gaspillage. Pendant trois jours, chercheurs, associations, juristes et autres entrepreneurs se sont réunis à École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg (ENGEES) pour réfléchir à des solutions face au gaspillage alimentaire.
La possibilité de la création d’une « tente des glaneurs » strasbourgeoise voit le jour, se souvient Serge Hygen, éco-conseiller, docteur en sciences de la terre et responsable du projet :
« Nous avons retenu ce projet car il était intéressant et réalisable. Un groupe d’étudiants a planché sur le sujet et un chantier d’application, pour juger de la faisabilité, a été financé par l’Eurométropole ».
Deux initiatives regroupées
Au même moment, un groupe d’étudiants de l’INSA (Institut national des sciences appliquées) s’intéresse au projet et contacte Jean-Loup Lemaire, créateur de l’association lilloise.
Il aura fallu que ce soit lui qui fasse le lien entre les deux groupes strasbourgeois, intéressés par le même projet: les jeunes éco-conseillers et les étudiants de l’INSA.
Le projet prend alors de l’envergure. Une bonne nouvelle pour le tas d’aliments jetés, boulevard de la Marne, chaque samedi. L’étude, menée par les jeunes éco-conseillers, se poursuit sur le terrain. Ils se rendent sur les marchés de la ville afin de vérifier si les stocks pourront suffire et les marchands souhaiteraient participer à une telle initiative. Serge Hygen explique :
« Après notre étude, nous sommes arrivés à la conclusion que seul le marché de la Marne était suffisamment important pour justifier la présence d’une tente des glaneurs. À Lille, il y a 700-800 portions d’aliments distribuées pour 300 personnes qui font la queue. Sur les 700 commerçants, une bonne vingtaine donne ses invendus : fruits, légumes, pains mais aussi fleurs. À Strasbourg, il faudrait donc qu’au moins 15-20 marchands soient prêts à participer. »
Arman donne déjà les invendus de ses fruits et légumes aux glaneurs strasbourgeois. (Photo AF / Rue89 Strasbourg / cc).
Les commerçants peu enclins à donner
Derrière leurs étals, dans les allées du marché de la Marne, les avis sont plutôt mitigés, du côté des commerçants. Si certains avouent déjà donner régulièrement fruits et légumes aux étudiants ou aux personnes en besoin, comme Arman, qui ne lésine pas sur les clémentines et pommes gratuites, d’autres émettent des réticences certaines. Le principe de récupération des denrées va sans aucun doute demander à l’association de la Tente des glaneurs une pédagogie vis-à-vis des commerçants.
Astrid, productrice locale, voit souvent des jeunes à la fin du marché les samedis matins. Pour elle, la question du don des invendus ne se pose même pas :
« Ils ont un paquet de cigarette dans une main et un iPhone dans l’autre. De l’argent, ils en ont, ou alors c’est aux parents de les aider. Il y a des produits pas chers en plus, les carottes par exemple, à 1,40€ le kilo, même ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent peuvent se les permettre. Nous, en tant que producteurs locaux, les factures, on les reçoit. On ne peut pas toujours tout donner. »
Une autre maraîchère préfère, quant à elle, faire profiter ses employés des invendus, tandis que pour son voisin, la décision est contrastée :
« C’est assez facile de tendre le bras et de demander les produits gratuitement. Derrière, nous passons par plusieurs étapes de travail. J’avais déjà fait l’expérience en donnant à des associations, mais il fallait amener les denrées jusqu’à leur local, et c’était vraiment compliqué. Après, je ne suis pas fermé à tout. Si je vois quelqu’un qui est dans le besoin, je vais faire un geste. On reste humain malgré tout. »
Les Strasbourgeois ont pu profiter des conseils du créateur de la première association, Jean-Loup Lemaire. (Photo La Tente des glaneurs Lille).
Un intérêt commun ?
Même lors de l’université d’automne, organisée l’an dernier, les limites et les risques ont été évoqués : aucun justificatif, aucune carte ne sont demandés aux publics de la Tente des glaneurs, comme on pourrait le faire aux Restos du cœur. Victor Moniot, vice-président de l’association Strasbourgeoise, précise :
« Il s’agit aussi d’aider les oubliés du système, pour citer Jean-Loup Lemaire. Certaines personnes ont honte de se rendre dans des associations d’aide alimentaire. Le but est de soutenir et de redistribuer de manière équitable, aux personnes qui sont dans le besoin, tout en limitant le gâchis. Les profiteurs et pique-assiette ne vont pas faire la queue pendant deux heures pour obtenir un cabas de fruits et de légumes. »
Autre argument non-négligeable : les collectivités territoriales sont tenues de débarrasser les déchets, tant des particuliers que des commerçants sur les voies publiques. En contre-partie, chacun paie une taxe.
Pour les déchets non-ménagers, il s’agit de la « redevance spéciale ». Si celle-ci est obligatoire depuis 1993, cela ne fait quelques années qu’elle s’installe véritablement à Strasbourg. Les commerçants du marché de la Marne ne devraient donc plus y échapper longtemps. Pour Claire Noyer, présidente de la Tente des glaneurs de Strasbourg, c’est dans l’intérêt des commerçants de se débarrasser ou de réduire leurs déchets.
Un commerçant devra en effet payer cette redevance en fonction du volume et de la fréquence de ramassage des déchets. Ne souhaitant pas communiquer sur le sujet, le service de collecte des déchets de l’Eurométropole n’a cependant pas précisé le calcul du montant de cette redevance spéciale.
Après le ramassage des invendus, vient la redistribution équitable, sous les recommandations de Jean-Loup Lemaire. (Photo La Tente des glaneurs Lille).
Lancement au printemps
Les membres de la Tente des glaneurs, espèrent également recréer du lien social : personnes âgées, handicapées, en difficulté et étudiants, tous pourront ainsi se côtoyer tous les samedis matins. Une réunion entre les membres de la Tente des glaneurs et l’association de quartier est d’ailleurs organisée afin que le projet soit soutenu par un maximum de monde. Claire Noyer, présidente de l’association justifie :
« Notre réseau se constitue en majorité d’étudiants et nous aimerions l’élargir de manière à avoir un nombre de bénévoles assez important pour pouvoir ouvrir toutes les semaines. Nous souhaiterions recruter de nouveaux membres, qu’ils soient motivés par la lutte contre le gaspillage alimentaire, la volonté de s’impliquer dans la vie de leur quartier ou même celle de venir en aide aux personnes dans le besoin. »
Pour l’heure, l’association attend le retour de leur demande de subvention, d’un montant de 3 500€. « Un dossier qui suit son cours », selon l’Eurométropole. Ceci permettra l’achat d’une tente, de tables et autres chariots.
Pour se former, les futurs glaneurs ont également participé à une session avec leurs homologues de Lille et à un briefing du créateur, Jean-Loup Lemaire. La Tente des glaneurs de Strasbourg ambitionne d’ouvrir ses toiles au printemps de cette année.
Journaliste en formation, de passage à Rue89 Strasbourg pour exercer sa plume lors d’un stage.
Intéressée par les sujets de société, la culture, l’environnement…