Bernard Glath, 84 ans, prêtre ouvrier et militant CGT.
Ouvrier du BTP, secrétaire-général de la CGT et prêtre, Bernard Glath a fait sienne la maxime d’Antoine Chevrier, « j’irai au milieu d’eux et vivrai leur vie ». Toute sa vie, il a vécu et milité au côté des plus humbles, les ouvriers et habitants du quartier des Écrivains.
Le rendez-vous est donné à la maison des syndicats, au troisième étage, dans le petit bureau de la CGT construction, bois et ameublement. À 84 ans, Bernard Glath assure toujours les permanences du mercredi. Il reçoit et conseille les salariés. « Je vois de plus en plus de personnes brisées par le harcèlement. Le monde du travail est devenu extrêmement violent, c’est la honte de notre société », constate le syndicaliste.
Aux murs du bureau, des affiches dénoncent les morts au travail, la faiblesse des salaires et l’exploitation des travailleurs. Pourtant, nous ne sommes pas venus parler des combats de la CGT, mais de la vie de Bernard et de son parcours de prêtre ouvrier. « Il doit en rester une dizaine toujours en activité. » Peut-être par crainte qu’on le prenne pour une relique d’un autre temps, il enchaîne : « Des prêtres tout court, il n’en reste plus beaucoup.Si seulement l’Église nous autorisait le mariage, on n’en serait pas là ! » Bernard Glath : prêtre, syndicaliste et iconoclaste.
Avoir vingt ans dans les Aurès
Bernard Glath est né à Strasbourg en 1939 dans une famille très croyante, « traditionnelle, mais pas traditionaliste ». Dans cet environnement où la religion est valorisée, à l’âge de 10 ans, il se dit que prêtre est un bon choix de carrière. « Je n’ai pas eu de révélation, mais les vicaires de la paroisse étaient simples et impliqués. J’ai eu envie de faire comme eux. » Adolescent, ses idées le situent à droite de l’échiquier politique.
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Thomas et David Schmidt de Bad JuicePhoto : Philippe Mazzoni / doc remis
Le duo strasbourgeois Bad Juice dévoile son troisième album, Amour Noir, mardi 14 mai à la Laiterie, en première partie d’Howlin’ Jaws. L’occasion de présenter ce groupe atypique dont l’univers s’est étoffé avec les années.
David, 50 ans, et Thomas Schmidt, 47 ans, sont avocat et dentiste à Strasbourg. Mais depuis plus de dix ans, ils ont une autre vie, sur scène et derrière des lunettes noires : ils forment la colonne vertébrale de Bad Juice, un groupe de garage rock qui dévoile mardi 14 mai à la Laiterie son troisième album : Amour noir.
Pour cet opus, David et Thomas Schmidt sont allés jusqu’à Berlin pour l’enregistrer, dans l’écrin du Candy Bomber Studio du Tempelhof, où ils ont pu bénéficier des conseils et de l’expertise de la chanteuse de rock Gemma Ray. Le résultat est un condensé d’impressions tirées d’œuvres de fiction tels que Dahlia Noir, City On Fire… Des univers sombres ou dystopiques, voire désespérés, soulignés par les guitares et les batteries très rock primal du duo. Avec les arrangements de Gemma Ray qui renforcent ce sentiment, l’ensemble est à la fois musicalement puissant et riche en émotions. Certaines compositions rappellent Joy Division ou The Doors.
Noirs nuages sur Amour Noir
Si cet album est si sombre, c’est aussi peut-être dû à sa naissance. L’attentat du 11 décembre 2018 est survenu lors d’une des premières sessions de travail sur cet album, contraignant les deux musiciens à rester bloqués au studio de la Laiterie jusqu’à trois heures du matin. « Les confinements liés au covid en 2020 et 2021 ont peut-être aussi teinté les textes, indique Thomas Schmidt, qui parlent de séparation, d’angoisse, de l’isolement, de pertes… »
David et Thomas Schmidt ont été rejoints pour cet album par le guitariste Nick Wernert, qui accompagne Thomas Schoeffler Jr, et par Zeynep Kaya, la chanteuse du groupe Hermetic Delight. Une consécration pour David et Thomas Schmidt qui, malgré leurs emplois du temps déjà bien chargés, s’astreignent à répéter chaque semaine pour atteindre ce niveau professionnel.
Vintage sans poussière
« On produit du guitare / batterie, indique David Schmidt. Gemma voulait un peu d’ouverture sur les arrangements, pour provoquer une ambiance particulière. » Bad Juice a aussi fait son chemin. D’un terreau blues à ses débuts, le groupe flirte avec le pop-rock sur certains des morceaux de ce quatrième album. David et Thomas se laissent un peu porter, tout en restant fidèles à une esthétique « fifties » : « On aime bien l’idée de jouer des trucs crades avec des looks de garçons bien élevés. »
Ce côté vintage, les deux Strasbourgeois le revendiquent complètement : « Ce sont des textes très écrits, et que nous produisons sur scène avec une débauche d’énergie, précise David. On joue sur scène comme si on avait 17 ans. Je ne sais pas trop pourquoi, mais on ne sait pas faire autrement et quand il y a de vieux rockeurs dans le public, ils adorent ça. » Malgré les difficultés du secteur, le duo a tenu à sortir ce troisième album en vinyl, dans le même esprit rétro.
Flora Giros, présidente de La Station LBGTQIA + Alsace, lors de la manifestation de visibilité lesbienne le 27 avril 2024.Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg
Alors qu’un projet de loi veut interdire les transitions pour mineurs et qu’un livre transphobe vient d’être publié, La Station LGBTQ+ organise une manifestation pour les droits des personnes transgenres à Strasbourg le samedi 4 mai à 17h.
Pour la première fois à Strasbourg, le samedi 4 mai à 17h, une marche est organisée pour répondre à l’offensive réactionnaire contre les droits des personnes trans en France. Au niveau national, 800 personnalités et collectifs ont appelé à un mobilisation le 5 mai pour répondre aux « attaques contre les droits trans et reproductifs » :
« La question des droits reproductifs (avortement, contraception, PMA) et des droits liés à la transition sont indissociables puisqu’ils relèvent de la revendication historique de nos mouvements sur le droit à disposer librement de son corps : ils doivent être défendus de façon conjointe. »
Tribune publiée dans Politis, 29 avril 2024
À Strasbourg, la présidente de l’association La Station LGBTQIA+ Flora Giros est à l’initiative de cette mobilisation.
Rue89 Strasbourg : Quels sont les évènements qui ont déclenché cette manifestation ?
Flora Giros : Habituellement, les manifestations trans à Strasbourg prennent la forme de commémorations ou de rassemblements comme la journée de la mémoire trans, le 20 novembre. Cette fois-ci, la marche est une réponse contre une proposition de loi déposée par Les Républicains et le Rassemblement national, qui veulent interdire les transitions de genre chez les mineurs. Elle fait suite à un rapport qui préconisait d’interdire les transitions aux moins de 25 ans. Il y a aussi eu la publication d’un livre intitulé Transmania et écrit par Marguerite Stern et Dora Moutot (cette dernière est visée par une plainte pour « injure publique et incitation à la haine » suite à des propos tenus à l’encontre de la maire transgenre Marie Cau, sur le plateau de Quelle Époque, ndlr). L’affichage publicitaire de ce livre a été retiré de l’espace public à Paris.
« Le recul de nos droits aux USA a commencé par le même type de législation »
Flora Giros, présidente de l’association La Station LGBTQIA+
Cette proposition de loi et la sortie de ce livre dépeignent toutes deux une vision fantasmée de l’identité trans et tentent de faire pencher l’opinion publique dans cette direction. Pourtant, la transphobie est interdite par la loi (et punie jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, ndlr).
Nous en avons marre de n’être jamais représentées dans les médias et les espaces de débat. Et nous avons peur que nos droits soient de plus en plus réduits comme ça a été le cas aux États-Unis. Là-bas désormais, il est interdit d’être trans dans certaines situations, pour travailler avec les enfants par exemple. Le recul de nos droits aux USA a commencé par le même type de législation que celle de la proposition de loi. C’est pour cela que nous voulons prendre la parole et l’espace public.
Cette proposition de loi consiste en un article unique, qui modifie le code de la santé publique et interdit pour les mineurs « tout traitement médical et hormonal de transition de genre ». Très concrètement, quelles seraient les conséquences de ce texte ?
Interdire les traitements médicaux et hormonaux signifie condamner les médecins qui le feraient malgré tout. Cette loi vise non seulement à réduire nos droits mais également à punir le corps médical qui voudrait aider un ou une mineure trans. C’est pour cela que nous encourageons les médecins à nous rejoindre dans la contestation de cette proposition de loi.
« Si cette loi passe, des enfants vont mourir »
Il faut savoir que les mineurs de moins de 16 ans peuvent uniquement prendre des bloqueurs de puberté, qui portent mal leur nom car si le mineur arrête le traitement, sa puberté reprend. Il faudrait les appeler des retardateurs de puberté. Avoir accès à ces médicaments diminue le risque de dépression et le risque de suicide des mineurs trans.
Entre 16 et 18 ans, seule une opération de transition est autorisée (la mammectomie ou ablation des seins) et des traitements hormonaux. Mais c’est très rare, en France seuls 300 mineurs ont recours à ces traitements, sur 300 000 enfants trans. Pas de quoi parler d’une « épidémie » de transition de genre…
Si cette loi passe, des enfants vont mourir. Dans ma génération, nous sommes beaucoup à avoir tardé à transitionner faute d’information et d’accès aux soins. Les enfants, si on leur enlève ce droit, seront moins bien dans leur identité et transitionneront plus tard, ce qui serait un retour en arrière.
La plupart des jeunes font uniquement une transition sociale, qui est aussi essentielle pour les enfants. C’est-à-dire qu’on les genre de la bonne façon et qu’on utilise leur prénom choisi, à l’école par exemple. Ce sont des choses qui participe au bien-être des personnes trans.
Enfin il est important de noter que les traitement hormonaux utilisés pour les transitions n’ont pas été inventés pour les personnes trans. Ils sont utilisés par exemple pour les enfants intersexe, sans leur consentement. C’est le comble que ces médicaments soient donnés de force à quelqu’un qui n’en veut peut-être pas et interdits à ceux qui en ont besoin.
On comprend qu’une partie du fantasme autour de l’identité trans est nourrie par l’absence des personnes concernées dans les espaces de débat.
On parle tout le temps de nous, mais sans nous. Ça a toujours été comme ça pour les minorités en général. Il y a 30 ou 40 ans, peu de gays et de lesbiennes étaient représentées. Il y eu une évolution et il y en aura encore mais ce n’est pas simple pour autant. D’autant plus que les personnes trans qui arrivent au pouvoir, en politique par exemple, auront tendance à être conservatrices pour compenser le fait qu’elles viennent d’une minorité.
« J’aimerais seulement qu’on puisse être entendues »
Dans la sphère médiatique nous sommes rarement invitées, même sur le service public, et je ne pense pas qu’on sera un jour représentées sur des chaînes comme Cnews qui sont pourtant très regardées. J’aimerais seulement qu’on puisse être entendues, répondre à tout ce qui est dit sur nous. Nous sommes les seules en mesure de dire ce que c’est, d’être trans, de le vivre.
Plus largement, les personnes trans devraient être invitées pas uniquement pour parler de leur identité mais même sur d’autres sujets. On peut aussi avoir un point de vue intéressant, comme n’importe qui.
Vous revendiquez également de nouveaux droits lors de la marche du 4 mai. Quels sont-ils ?
À Strasbourg, nous avons choisi de faire référence à la proposition de loi de Mélanie Vogel (sénatrice EE-LV des français de l’étranger, nblr), qui veut faciliter le changement de genre à l’état civil. Pour le moment, une personne qui veut changer de genre sur ses papiers doit passer par le tribunal. C’est une procédure particulièrement humiliante et lente, pendant laquelle on peut nous demander des preuves médicales de notre transition. Souvent, nous n’avons pas les moyens d’être accompagnées par un avocat. La sénatrice aimerait faire en sorte qu’on puisse changer de genre directement à la mairie, comme c’est le cas pour un prénom par exemple.
Le collectif Footeureuxses organise un match de football géant à 11 h place Kléber, dimanche 5 mai.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg
Le collectif Footeureuxses organise un match de football géant et des activités sportives à partir de 11h le dimanche 5 mai. Cette manifestation contre les Jeux olympiques Paris 2024 aura lieu place Kléber à Strasbourg.
L’équipe de football queer et militante des Footeureuxses organise un match de foot sur la place Kléber le dimanche 5 mai de 11h à 15h. L’événement s’inscrit dans la continuité de la manifestation du collectif Retour de Flamme à l’occasion du 1er-Mai (lire notre reportage). Au programme de la journée, d’autres activités sportives non compétitives : un chamboule-tout, du ping-pong et du limbo ou encore des courses de relais.
L’événement sert aussi de manifestation politique puisqu’il servira à exprimer une opposition aux Jeux olympiques de Paris. Dans un communiqué, le collectif dénonce les conditions d’organisation des JO 2024 et « les discriminations sexistes, transphobes et plus largement queerphobes » de la compétition. Les organisateurs et organisatrices critiquent aussi un « événement qui met en lumière la politique mortifère de l’Etat Français qui, pour briller au niveau international expulse, saccage et déloge une partie de la population de Paris » :
« Les Jeux olympiques de Paris ne sont pas une grande fête mais le symbole d’un monde qui pour une course de 800 mètres est prêt à dépenser des millions, exploiter des travailleur·euses sur les chantiers et détruire encore plus l’environnement. »
Journaliste indépendant basé en Alsace, je m’intéresse de près à l’écologie et aux entreprises du territoire alsacien. Membre du collectif Enketo depuis mai 2025, j’enquête sur les pollutions chimiques des industries.
Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté deux recours contre la délibération du conseil municipal étendant le périmètre du stationnement payant. Ils avaient été formés par les élus d’opposition Pierre Jakubowicz et les socialistes.
Vendredi 12 avril, la politique municipale s’est invitée au tribunal administratif de Strasbourg. Deux recours contre l’extension du périmètre du stationnement payant et la modification des tarifs étaient étudiés par trois juges administratifs. Le premier formé par Pierre Jakubowicz, conseiller municipal d’opposition (Horizon) et le second par le groupe socialiste du conseil municipal, Catherine Trautmann en tête.
Vendredi 3 mai, le tribunal administratif a décidé de rejeter les deux recours contre la délibération du 20 mars 2023. Dans un communiqué envoyé immédiatement après l’annonce du rejet, Pierre Jakubowicz a annoncé sa décision d’interjeter appel devant la Cour d’appel administrative de Nancy.
Pour faire annuler la délibération, Pierre Jakubowicz soutenait que la note explicative n’était pas assez détaillée et que les élus du conseil municipal n’avaient donc pas été suffisamment bien informés sur cette décision. Le tribunal ne l’a pas suivi sur ce point, considérant que la note explicative, bien que distribuée en noir et blanc, donnait accès à une version dématérialisée en couleur qui répondait aux nécessités d’information.
L’élu Horizon arguait également que le principe d’égalité devant le service public était menacé par les nouveaux tarifs. Les trois juges ont rappelé que ce principe avait été formulé et maintenu par une loi sur les mobilités, votée le 24 décembre 2019 et qui encadre la délibération contestée.
Pas de vice de procédure
De son côté, le groupe des élus socialistes, représenté par Me Pierre-Etienne Rosenstiehl, soulevait aussi un manque d’information des élus. Ils évoquaient un vice de procédure en éludant les conséquences de l’augmentation de tarifs sur la délégation de service public. Pour le groupe socialiste, la « très forte augmentation des tarifs est un cadeau fait au délégataire », (la collecte du paiement du stationnement en voirie est affermé à Streeteo, NDLR). Les questions d’égalité d’accès au service public des citoyens ont aussi été évoquées.
Le tribunal a reconnu des manques d’information, notamment des études de faisabilité qui n’ont pas été communiquées aux élus, mais qui ne sont selon lui « pas de nature à entacher d’illégalité la décision prise ». Quant aux conséquences pour Indigo – Streeteo, le tribunal note que les élus socialistes ne s’en sont pas inquiétés avant le conseil municipal de mars 2023 et que ces conséquences ne forment pas l’objet de la délibération attaquée.
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La porte d’entrée du camp du Struthof à NatzwillerPhoto : Stéphane Bouley / FlickR / cc
Quatre organisations juives appellent à un rassemblement dimanche 5 mai à Strasbourg, en souvenir des victimes alsaciennes de la Shoah.
Une commémoration en hommage aux victimes alsaciennes de la Shoah est prévue dimanche 5 mai à partir place Broglie à Strasbourg. L’événement est co-organisé par quatre institutions juives alsaciennes : le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Alsace, le Consistoire israélite du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, et l’Union juive libérale de Strasbourg à l’occasion de Yom Hashoah, une journée dédiée au souvenir des victimes de la Shoah qui débute en 2024 dimanche 5 mai et dure jusqu’en soirée du lundi 6 mai.
Dimanche, la journée débutera à 10h par des prises de parole de représentants de la Ville de Strasbourg, de la Région Grand Est et de la Collectivité d’Alsace, ainsi que des quatre institutions juives. Ces allocutions seront suivies de chants et de l’allumage de six bougies, représentant les six millions de victimes juives du nazisme et les 600 000 victimes roms.
À partir de 11h, une lecture participative des plus de 4 000 noms des Alsaciens juifs victimes de la Shoah est prévue.
Journaliste indépendant basé en Alsace, je m’intéresse de près à l’écologie et aux entreprises du territoire alsacien. Membre du collectif Enketo depuis mai 2025, j’enquête sur les pollutions chimiques des industries.
Mahamat, Dina et leur frère, accompagnés de Me Houver et du consul du Tchad, Gilbert Leon Gless.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Dans un contexte tendu lié à l’approche des Jeux olympiques, mardi 30 avril, le tribunal administratif de Strasbourg a suspendu la radiation de deux agents de sécurité privée qui n’avaient pas pu se défendre.
« Mon contrat de travail a été suspendu, sauf que toute ma famille compte sur moi pour la nourrir. J’ai trois enfants. » À la barre du tribunal administratif de Strasbourg, mardi 23 avril, deux hommes contestent en procédure accélérée des décisions du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). L’établissement public sous tutelle du ministère de l’Intérieur a décidé, les 22 mars et 5 avril, de leur retirer soudainement leurs cartes professionnelles.
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Et c’est parti pour le marathon du printemps ! À Strasbourg jusqu’en juillet, les propositions culturelles vont s’enchaîner. Voici nos préférences pour le mois de mai 2024.
L’Orée 85, tiers lieu festif au bord d’une écluse de la Meinau, organise depuis deux ans des soirées karaoké pleines de bon esprit et de bienveillance pour les voix hésitantes. C’est souvent n’importe quoi, et c’est ce qui fait le charme de ces soirées mais mardi 7 mai à partir de 19h30, ce sera différent puisque l’équipe organise une Karaorée Academy.
L’Orée 85 s’est construit une solide réputation d’accueil pour les talents approximatifs. Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
En quatre épreuves (détaillées ici), jusqu’à 16 équipes aux talents approximatifs vont rivaliser jusqu’à une finale pleine de pièges. Il est nécessaire d’inscrire son équipe, composée au minimum de deux personnes, via ce formulaire.
Strasbourg accueille une partie de la seconde édition du festival de musique blues On The Mississippi du mardi 7 au samedi 11 mai. L’événement se présente comme une « odyssée aux origines de la musique afro-américaine », avec une série de concerts et de spectacles de danse à Strasbourg, au Point d’Eau à Ostwald et à Saint-Louis dans le Haut-Rhin. Porté par Sébastien Troendlé, pianiste lui-même et ambassadeur en Alsace de cette culture depuis 12 années, ce festival fait côtoyer des musiciens alsaciens avec d’autres talents internationaux. La principale soirée est prévue jeudi 9 mai au Point d’Eau avec des concerts du guitariste de Louisiane D.K. Harrell et de la chanteuse de gospel de Chicago Elsa Harris.
Teaser du festival On the Mississippi
À noter le mardi 14 mai, le concert gratuit, sur invitation, de Howlin’ Jaws à la Laiterie. Un trio parisien de rock qui a notamment plu à la rédaction de Rock & Folk, Rolling Stone et de Télérama. Belle unanimité pour une production très classique, hurlante à souhait, sous une avalanche de guitares et de toms… Une plongée dans les années 70 mais la soirée vaudra aussi pour le premier groupe, les Strasbourgeois de Bad Juice, qui viennent de sortir leur troisième album, lui aussi très énervé mais plus subtil. On en reparlera.
Scenes from the very end of the universe de Bad Juice Asli ErdoganPhoto : Carole Parodi / Wikimedia Commons / cc
L’auteure turque Asli Erdogan sera présente au cinéma Star le dimanche 12 mai à 21h pour la projection du film Phrases inachevées. Le documentaire du réalisateur Adar Bozbay retrace la vie de l’autrice turque et des lieux qui ont influencé son écriture. Il est question de la Turquie bien sûr, mais aussi des geôles turques où Asli Erdogan a été emprisonnée et de l’Allemagne, terre d’exil qu’elle compare à une prison semi-ouverte.
Cette biographie de la romancière et activiste turque raconte notamment la tragédie du déracinement quand il empêche l’écrivaine de continuer à écrire. Le débat suivant la projection aura lieu en présence d’Asli Erdogan, du réalisateur Adar Bozbay ainsi que la journaliste Naz Öke. L’événement est organisé par la jeune association Culturex, créée pour « transmettre les peines, les joies, les pratiques de la vie quotidienne et l’érosion culturelle des personnes qui ont été soumises à la migration forcée ».
Territory de Sdorvia Desko
Le Kitsch n’bar, notre brasserie de cœur, fête ses 15 années de frites délicieusement molles et de bières amoureusement servies le samedi 18 mai. Mais ce ne sera pas au Kitsch, trop petit pour accueillir « trois concerts, un DJ, des jeux, des tatoos, un photomaton et d’autres surprises ». Ce sera à la Grenze de recevoir Ben Armessen (folk reggae chanson), Batofreat (afrobeat) et Sdorvia Desko (hip-hop funky trash) à partir de 17h et jusqu’à 2h.
Le vernissage des Ateliers ouverts, un grand moment de la convivialité strasbourgeoise. Photo : Alex Flores / doc remis
Et avec les beaux jours, ce sont aussi les ateliers d’artistes qui fleurissent chaque année. Les Ateliers ouverts proposent de rencontrer 403 artistes dans 145 lieux en Alsace les week-ends des 18 et 19, 25 et 26 mai. À Strasbourg, trois « méga-ateliers » sont aménagés pour l’occasion en supermarchés artistiques : le Bastion XIV rue du Rempart avec 44 artistes, le Parc Gruber à Koenigshoffen avec 41 artistes et la Coop au Port du Rhin avec 33 artistes. Six expositions collectives sont organisées, dont trois à Strasbourg : au Bastion XIV, au Garage Coop et à l’atelier Les Pleines, 22 rue La Fayette à la Meinau.
Côté temps forts, il ne faut pas manquer le vernissage, vendredi 17 mai à partir de 18h, avec des concerts et un DJ set en fin de soirée, des food trucks et un bar bien achalandé, le tout dans l’ambiance assez unique de la cour du Bastion XIV. Ça se termine toujours trop tôt. Deux soirées festives sont aussi organisées à la Drêche, un atelier collectif du Parc Gruber à Koenigshoffen samedi 18 à partir de 16h et samedi 25 mai à partir de 18h. Un concert de « finissage » est programmé au Phare citadelle, samedi 25 mai à 19h.
Aucun répit pour les amateurs de musique, puisque le Merci Beaucoup festival est de retour samedi 18 et dimanche 19 mai 2024. Ce rendez-vous dédié à la musique électronique propose une sélection de DJs locaux et européens sur deux dancefloors au Port du Rhin, l’un en intérieur, l’autre en extérieur, mais aussi deux concerts de Justine Forever et Dur Chaton, le tout agrémenté d’une exposition, d’ateliers et d’activités liées au numérique.
Samedi, la programmation affiche Shubostar, Demi Riquísimo, DC Salas, Aneka, Callen, Françesco, Makar, Valentino et la strasbourgeoise Zhar. Dimanche, ce sont Audrey Danza, Justine Forever, Clint Bambou, Bim, Datis, le duo strasbourgeois Dur Chaton, Just Yasmine, Kleo et Perruche qui se succéderont sur scène.
La deuxième édition du rendez-vous des professionnels de la musique, Strasbourg Music Week, est prévu du mardi 21 au jeudi 23 mai mais cette fois, une partie des rendez-vous sont dédiés au public. Music Week propose ainsi de découvrir des artistes du Grand Est, de Belgique et du Luxembourg en showcases (c’est à dire de courts sets) mardi 21 mai au Molodoï (Las Baklavas, Amouë, Sirens of Lesbos, Laventure, Brenda Bliz) et mercredi 22 mai à La Grenze (Willow Parlo, The Lights, Crème Solaire, Protogonos, Chevalier Surprise).
Le teaser du Pelpass festival 2024.
La sélection des sorties du mois de mai ne saurait être complète sans évoquer le Pelpass festival, prévu du jeudi 23 au dimanche 26 mai au jardin des Deux-Rives. Pendant quatre jours, une fine sélection d’une cinquantaine de formations émergentes (voir le teaser ci-dessus) vont se succéder sous trois chapiteaux. Le site du festival va s’agrandir cette année pour donner plus de place aux bars et à la militente, le chapiteau dédié aux DJs, mais la jauge maximale reste autour de 3 500 personnes par soir. Une présentation plus détaillée de la programmation va suivre dans un prochain article.
Des manifestations en soutien à la Palestine ont lieu toutes les semaines depuis octobre à Strasbourg.Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Le collectif Strasbourg Palestine appelle à manifester samedi 4 mai au départ de la place Kléber pour exiger un cessez le feu dans la bande de Gaza, et exhorter le gouvernement à œuvrer en ce sens.
Inlassablement, chaque semaine depuis des mois, des manifestants défilent dans les rues de Strasbourg en soutien aux Palestiniens bombardés par l’armée israélienne. « Tous les samedis, il faut qu’il y ait une manif, qu’on continue d’en parler », explique Leïla Sihabi, du collectif Strasbourg Palestine, qui appelle à une mobilisation samedi 4 mai à 14h.
Le cortège partira de la place Kléber et fera un petit tour dans le centre-ville avant de revenir au même endroit. Des prises de parole sont prévues à la fin. « On pense vraiment que notre abnégation a un impact, que le pouvoir politique remarque que la population est sensible à cette cause, avec en plus l’occupation de Sciences Po », estime Leïla Sihabi :
« On attend une réponse ferme de la France pour un cessez le feu immédiat et permanent, pas juste des paroles. Ce qu’il se passe dans la bande de Gaza, tous ces morts, c’est intolérable. »
Un cortège festif et jeune en moyenne s’est séparé de celui de l’intersyndicale ce 1er mai à Strasbourg.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
1 500 personnes ont décidé de ne pas suivre le cortège intersyndical du mercredi 1er mai. Le collectif Retour de Flamme souhaitait proposer une manifestation plus joyeuse et dans le centre-ville.
Un mur de son crache devant de jeunes teufeurs, avenue de la Forêt-Noire. Scène peu habituelle pour ce quartier cossu de Strasbourg. Les riverains regardent depuis leurs balcons fleuris, l’air parfois amusés, parfois perplexes. Autour de 3 000 personnes se sont mobilisées pour participer à la manifestation du 1er-Mai, journée internationale des travailleurs et des travailleuses.
Le cortège est scindé en deux parties bien distinctes. Ambiance syndicale et traditionnelle devant, avec la FSU, l’Unsa, Solidaires, AES / FSE, FO, la CGT et la CFDT. Derrière, des militants, souvent plus jeunes, répondent à l’appel du collectif Retour de Flamme, créé pour l’occasion. Le groupe a déclaré un parcours alternatif, qui longe les quais. « On voulait être visibles et aller dans le centre-ville pour toucher plus de monde, donc on va bifurquer », explique simplement Léo :
« Il y a une volonté d’autogestion, de ne pas suivre des décisions prises par une intersyndicale si on n’est pas d’accord. C’est important pour nous d’organiser nos luttes. »
Léo souhaitait défiler dans le centre-ville.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
De son côté, l’intersyndicale se dirige vers le parc frontalier du Jardin des Deux-Rives, afin d’y rencontrer des homologues allemands. « Le droit des travailleurs est universel. Il faut construire des liens internationaux, notamment avant les élections européennes et dans ce contexte de montée de l’extrême droite », clame Mohamed Sylla, secrétaire général de l’Unsa 67.
Chloé, membre du même syndicat, gilet bleu sur le dos, assure que cette séparation des cortèges n’est pas un problème : « C’est leur volonté, ce n’est pas grave en soi que deux processions se forment au bout d’un moment. »
Une moitié choisit le cortège festif
Une interprétation confirmée par Lucille, du collectif Retour de Flamme. « On n’est pas contre les syndicats qui sont très importants dans les entreprises par exemple, ce n’est pas une opposition frontale. Mais je ne suis pas toujours d’accord avec leur stratégie, et je pense que c’est important qu’on ne soit pas obligés d’être encartés pour être écoutés », estime t-elle, un bonnet phrygien sur la tête.
Moult déguisements, pour ce carnaval engagé.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Rue de l’Observatoire, des écolos, des associations, des étudiants, des Gilets jaunes, des militants propalestiniens, soit environ la moitié des près de 3 000 manifestants se laissent entrainer par les sonorités et les couleurs du cortège de Retour de Flamme.
Six chars carnavalesques dénonçant les Jeux olympiques ont été fabriqués les jours précédents. L’un d’entre eux intègre une effigie de Gérald Darmanin, siglée « pas de migrants, pas de pauvres », en référence aux déménagements forcés de demandeurs d’asile et d’étudiants pour faire de la place aux futurs spectateurs des JO.
Des activistes ont bricolé plusieurs chars. Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Emmanuel Macron est aussi représenté, entouré de policiers dans une péniche Batorama sur une Seine pleine de déchets. « Pas d’retraites, pas de JO ! », lancent des militants. Selon Léo, l’opposition aux Jeux olympiques pourrait devenir un motif de mobilisation majeur ces prochains mois, d’où la nécessité d’avoir des revendications sur ce sujet d’actualité.
Clarisse, salariée d’une association, a suivi ce défilé comme la plupart des personnes non adhérentes à un syndicat. Elle pense que ces derniers fédèrent un autre public :
« On se complète. J’ai tendance à croire qu’il faut avoir un côté sympa pour attirer du monde, et arrêter de demander une sorte de pureté militante qui nous rend élitistes, donc j’aime beaucoup ce côté festif. »
En traversant la foule, difficile de ne pas trouver une ambiance à son goût. Sam et Sacha tapent du pied au rythme des basses. La vingtaine, look de teufeuses, elles revendiquent de ne pas se prendre trop au sérieux et d’être accueillantes : « Avec la musique, on attire des gens qui ne sont pas politisés, on s’ouvre à plus de monde. »
Quand les travailleurs sont aussi des teufeurs
Dan souligne que la rave mobile compte « divers profils dont des ouvriers », qui trouvent ici « une manière de manifester qui leur plait ». Il tient à rappeler que ce jour de mobilisation est aussi l’occasion de se rassembler contre la répression des free-parties, comme la manifestation avait été annulée quelques semaines plus tôt à cause de restrictions imposées par la préfecture.
Dan milite aussi contre la répression des free-parties.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Plus loin, dans un autre registre, une fanfare fait danser plusieurs dizaines de personnes au son de la désormais célèbre chanson À bas l’État policier. Des chorales enchainent leurs partitions, encouragées par les applaudissements des autres participants. Revenus sur les quais par le boulevard de la victoire, les manifestants scandent « Siamo tutti antifascisti », nous sommes tous antifascistes en italien.
L’Action antifasciste Strasbourg fait un pont entre les révoltes nécessaires dans les usines en France et en Palestine.
Tom, par ailleurs activiste d’Alternatiba, analyse l’importance de la création de coordinations hors des syndicats. « Pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, on savait dès le départ que manifester ne suffirait pas et qu’il fallait organiser plus de blocages. Donc on doit savoir agir indépendamment et revendiquer une certaine autodétermination », expose t-il.
De multiples fumigènes et feux d’artifices sont allumés sous un soleil de plus en plus chaud à l’approche de midi. Nurcan, membre d’une association kurde et turque, est ravie « de manifester avec la jeunesse, dans une bonne énergie » : « Ils sont vraiment contre le capitalisme et le fascisme, et on veut aussi insister là-dessus. »
Arrivés place Henri-Dunant près de la Petite France, les manifestants se dispersent rapidement, sans doute en partie attirés par le repas préparé au Molodoï, où un après-midi d’animations et de concerts les attend. « C’est dans ce genre de moments, en dehors des mouvements sociaux, qu’on doit se rencontrer, pour mieux se coordonner ensuite », se réjouit Tom.
Beaucoup de sourires, dans cette manifestation revendicative.
En moyenne entre 2019 et 2023, deux personnes sont mortes au travail chaque mois en Alsace. Un phénomène qui touche en particulier les secteurs du bâtiment, des transports et de l’industrie.
Souvent cantonnés à la rubrique des faits divers, les morts au travail constituent un phénomène de société. En France, en moyenne, deux personnes meurent chaque jour dans le cadre de leur emploi. Dans une enquête sur ce problème systémique, le journal Le Monde décrit une « hécatombe silencieuse ».
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Un projet d’expérimentation d’une légalisation du cannabis à Bègles a été présenté à l’État, jeudi 11 avril. La municipalité girondine a reçu le soutien de l’exécutif strasbourgeois, indique Rue89 Bordeaux.
Après plus d’un an à peaufiner son dossier, la ville de Bègles en Gironde a présenté à l’État un dossier visant à expérimenter une légalisation partielle du cannabis sur sa commune. Très restrictive, cette légalisation ne concernerait qu’un panel réduit de 100 habitants déjà consommateurs pour une durée de cinq ans, indique Rue89 Bordeaux.
Dans un lieu tenu secret, le consommateur pourra se procurer une quantité limitée à 30 grammes par personne et par mois, d’une herbe produite localement, dont la teneur en THC serait indiquée sur le pochon. La consommation se fera sur place ou à domicile.
Soutien des municipalités écologistes
À l’instar de la Suisse, qui expérimente une légalisation dans un réseau de sept villes, l’initiative girondine pourrait se reproduire ailleurs. L’initiative présentée par le maire de Bègles, Clément Rossignol-Puech (Les Écologistes), est ainsi soutenu par les municipalités écologistes de Bordeaux et de Strasbourg. Jeanne Barseghian (Les Écologistes) s’est prononcé à plusieurs reprises en faveur d’une « expérimentation locale ».
Présent à Bègles, Alexandre Feltz, médecin et adjoint à la maire de Strasbourg en charge de la santé, a déploré la « logique jusqu’au-boutiste mortifère de ce gouvernement qui mène nos jeunes à leur perte ». Il a rappelé que près de la moitié des Français a déjà goûté au cannabis, un taux de prévalence qui atteint 46% chez les jeunes, 15 points de plus que la moyenne européenne.
Et il n’y a aucune raison que cela change en Alsace, désormais dans une position « schizophrénique », poursuit l’élu strasbourgeois :
« Nous avons un tram transfrontalier qui en dix minutes nous emmène au centre de Kehl en Allemagne, qui expérimente depuis peu la légalisation du cannabis. 10% des Kehlois, soit environ 3 000 personnes, sont des Français, qui peuvent consommer légalement en adhérant à une association. Si on veut rester dans une logique sécuritaire, il n’y a pas d’autre choix que de fermer les frontières ou de mettre un policier dans chaque tram. »
Pour le Dr Alexandre Feltz, les avantages sanitaires d’une légalisation sont occultés par la caractérisation parmi les stupéfiants du cannabis. Il a rappelé que pour les adolescents dont le cerveau est encore en formation, pour les personnes travaillant sur des postes à risques ou ayant un terrain favorable au développement de maladies mentales, une grosse consommation, ou l’usage de produits fortement dosés en THC, la molécule psychotrope du cannabis, peuvent avoir des effets délétères.
Dès 6h mardi 30 avril, une quarantaine d’étudiants ont entamé le blocage d’un bâtiment de Sciences Po Strasbourg.Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg
Mardi 30 avril une quarantaine d’étudiants et étudiantes ont bloqué le bâtiment de Sciences Po Strasbourg de 6h du matin à 13h. Ils dénoncent une institution « complice du génocide » à Gaza et contestent la criminalisation des mouvements pour la paix.
6h30 dans le campus de l’Hôpital civil à Strasbourg, mardi 30 avril 2024. Une quarantaine d’étudiants et étudiantes masquées installent des barricades devant le bâtiment du Cardo, qui accueille l’Institut d’études politiques (IEP) – Sciences Po Strasbourg. À coup de poubelles, de grilles et d’autres mobiliers urbains, les accès au bâtiment universitaire sont bloqués.
Une coordination inter-IEP
Sur de grandes banderoles, des drapeaux palestiniens côtoient des inscriptions accusatrices : « Israël colonise et génocide, soutien = complicité », « Stop génocide », « Israël génocide, Sciences Po complice ». Le blocage a été décidé à l’échelle nationale avec tous les IEP, dans la continuité du mouvement de Sciences Po Paris qui s’est achevé dans la nuit du 24 au 25 avril 2024. L’université de la Sorbonne, à Paris, a elle aussi été occupée.
« On sait très bien que c’est surtout symbolique », explique une des étudiantes mobilisées. Car ce blocage se déroule pendant les vacances universitaires à Strasbourg, les locaux ne sont visités que par des étudiants souhaitant accéder à la bibliothèque. Mais pas de quoi décourager les militants et militantes des mouvements Sciences pro Palestine et du comité Palestine Unistras :
« C’est une coordination inter-IEP, pendant des mois notre mobilisation a été pacifique, on a essayé de parler mais nous n’avons pas eu de réponse satisfaisante de la part de la direction, donc nous passons au blocage. »
Un étudiant consulte ses pairs sur l’attitude à adopter en cas d’arrivée des forces de police contre le blocage.Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg
L’étudiante fait référence à une première assemblée générale de Sciences pro Palestine, le 3 avril. Selon les étudiants, un vote a décidé que le chef d’établissement n’était pas le bienvenu pour assister aux discussions d’organisation du mouvement :
« Suite à ce vote, on a dû partir de la salle qui nous avait été donnée pour la réunion. Depuis, nous devons nous réunir dehors car la direction refuse de nous laisser un lieu dans le bâtiment pour nous organiser. Alors que nous voulons simplement pouvoir parler et débattre librement. »
De même, la tenue d’une soirée-témoignages avec deux médecins de retour de Gaza, prévue dans les locaux de la faculté de médecine et que le comité Palestine Unistras a finalement dû relocaliser dans le centre socio-culturel du Galet, à Hautepierre. Contactée, la direction de Sciences Po Strasbourg n’a pas répondu a notre demande d’interview à l’heure de publier cet article. La communication de l’Université de Strasbourg avait indiqué auparavant que l’association n’avait pas rempli les conditions de sécurité pour l’utilisation de la salle, c’est à dire l’embauche de trois vigiles, à ses frais.
« Deux poids, deux mesures »
« Nous n’acceptons pas le deux poids deux mesures », enchaîne un étudiant. D’emblée, le parallèle est posé entre la réaction de Sciences Po après le début de la guerre en Ukraine. « Les partenariats avec les universités russes ont été tout de suite suspendus », appuie une étudiante. Elle admet que seuls « un ou deux étudiants » strasbourgeois sont en Israël, via un partenariat de Sciences Po Strasbourg avec l’université Herzliya, à Tel Aviv, mais ajoute-t-elle, « il est question du symbole ».
Le symbole avant tout
« Quand on dit Sciences Po complice, il faut voir que c’est une institution publique d’État, donc que c’est l’État Français qui est complice du génocide à Gaza », poursuit un autre étudiant. Vers 7h30, les militants et militantes se rassemblent pour s’organiser en cas d’arrivée de la police. Les idées fusent, les votes aussi. Un ouvrier tente de rentrer dans le bâtiment, la tension monte brièvement avant de retomber lorsqu’il accepte de repartir. Pendant ce temps, deux agents de sécurité installent de la rubalise pour empêcher l’accès à un endroit où le toit menace de s’effondrer.
Sous un ciel bleu de début d’été, les militants s’installent pour rester, assis en cercle pour surveiller leur blocage de chaque côté du bâtiment. « On sera là au moins jusqu’au début d’après-midi », précise l’une d’elle. À vélo, le député de Strasbourg-sud, Emmanuel Fernandes (LFI), arrive pour soutenir les manifestants :
« Il faut dénoncer le génocide en cours. Je suis à 200% à l’aise avec ce terme de génocide qui a été utilisé par la rapporteure spéciale de l’ONU sur ce qui se passe à Gaza. Il n’y a plus d’ambiguïté sur le terme. Il y a plus de 40 000 morts dont 15 000 enfants. Que la jeunesse se mobilise est salutaire, ça devrait gonfler notre pays de fierté. Ils soutiennent aussi leurs collègues de Paris qui ont été violemment délogés. On ne peut pas rester les bras ballants. »
Emmanuel Fernandes (LFI) s’est rendu devant le campus bloqué de Sciences Po Strasbourg ce mardi 30 avril. Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg / cc
Sur l’utilisation du mot « génocide », les étudiants rejoignent l’interprétation du député. « Il suffit de regarder le droit international », souffle l’un d’eux. « À Gaza, c’est une population entière qui est ciblée par les bombes, même civile, avec pour but un nettoyage ethnique », poursuit-il, arguant qu’il est surtout présent sur la blocage « en tant qu’être humain qui ne peut pas accepter ce qu’il se passe en Palestine » : « Après le 7 octobre, je ne pensais pas que ça irait si loin. Mais plus rien ne m’étonne désormais. »
Contre le pouvoir et l’institution
Toujours assis par terre aux environs de 8h30, les militants semblent bien installés. Et tous s’estiment concernés par les bombardements sur Gaza, même à des milliers de kilomètres. « On est aussi là pour dire que nous ne sommes pas d’accord avec ce que font nos représentants politiques », explique une autre étudiante, adossée à une barrière de fer :
« Ce n’est pas parce que notre président soutient Israël et son gouvernement d’extrême-droite que c’est le cas de tous les Français. Même en Israël, il y a des opposants à ce gouvernement et à ce génocide. Le tout, c’est de montrer que des voix s’élèvent contre ce massacre, que des peuples soutiennent les Palestiniens, quoi qu’en pensent leurs gouvernements. »
Ils dénoncent aussi la position du président de l’Université de Strasbourg, Michel Deneken, qui confondrait selon eux antisionisme et antisémitisme. « Bien entendu que nous sommes contre l’antisémitisme et contre toute forme de racisme, mais soutenir la Palestine, ça ne signifie pas être antisémite, au contraire », soutient l’étudiante. Elle déplore notamment que le simple fait d’arborer un drapeau palestinien soit parfois perçu comme un acte antisémite.
Les locaux de l’unité cohésion sociale de la DREETS sont abandonnés depuis mai 2023.Photo : TV / Rue89 Strasbourg
La préfecture compte détruire les biens de fonctionnaires de la DREETS exposés à l’amiante en mai 2023, lors de la rénovation de la cité administrative. Le maître d’œuvre Rabot Dutilleul est soupçonné de manquements par l’inspecteur santé et sécurité au travail en charge du dossier.
Le bâtiment A de la cité administrative Gaujot est vide, en ce mois d’avril 2024. Des morceaux de plafond, des sièges, des meubles et même des documents imprimés sont entreposés dans les couloirs et la cage d’escalier. Une porte coupe-feu verrouillée bloque l’accès au dernier étage. Derrière se trouvent d’anciens locaux de la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS).
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Au détour d’une visite à Strasbourg, vendredi 26 avril, Emmanuel Macron a réitéré son opposition à une sortie de l’Alsace de la Région Grand Est. En réponse, le président de la Collectivité d’Alsace, Frédéric Bierry, annonce la mise en place d’une nouvelle concertation.
Chaque mois d’avril, le président de la République instaure une nouvelle coutume : venir en Alsace pour recadrer Frédéric Bierry. Le 19 avril 2023, après une journée de visite à Sélestat ponctuée de huées et de casserolades, Emmanuel Macron confiait son hostilité à une sortie de l’Alsace de la Région Grand Est. Six jours plus tôt, le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Frédéric Bierry, avait pourtant lancé une « grande contribution citoyenne », visant à collecter des retours sur la forme que prendrait une future Région Alsace.
Au cours d’un passage à Strasbourg, vendredi 26 avril 2024, le président de la République a récidivé en se déclarant favorable à des transferts de compétences limités plutôt qu’à « faire de grands jeux institutionnels ». Un mouvement peu apprécié par Frédéric Bierry, qui rêve d’une collectivité de plein exercice, et pas d’un service délégataire sous tutelle de la Région Grand Est. Presqu’un cauchemar. Selon les Dernières nouvelles d’Alsace, la préfète du Bas-Rhin est chargée de présider aux discussions entre Franck Leroy, le président de la Région Grand Est, et Frédéric Bierry.
« On ne va pas passer 30 jours à discuter dans le vague », a assuré lundi Frédéric Bierry aux Dernières nouvelles d’Alsace, qui s’estime toujours porté par une consultation qu’il a lui-même organisée et qui plébisciterait une Région Alsace qui cumulerait les compétences régionales et départementales. Une expression populaire qui pour l’instant constitue le point culminant de cette odyssée institutionnelle dans laquelle le président de la Collectivité d’Alsace s’est lancé.
Prochaine date au calendrier : la présentation d’un rapport sur la décentralisation, que doit remettre vendredi 3 mai le député du groupe Renaissance Éric Woerth (ex-LR). Une partie du texte concernera la question alsacienne mais il s’agira surtout de relancer le « conseiller territorial », un élu siégeant à la fois au Département et à la Région, une idée un temps portée par Nicolas Sarkozy.