Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

La mère d’un enfant handicapé témoigne : « Je vis cette absence d’accompagnant comme une maltraitance »

La mère d’un enfant handicapé témoigne : « Je vis cette absence d’accompagnant comme une maltraitance »

Les conditions de travail et la faible rémunération des AESH fait de l’école inclusive une promesse vaine. Témoignages d’accompagnantes livrées à eux-mêmes et de mères démunies et parfois, à bout de force.

« Depuis que mon enfant va à l’école, j’ai dû arrêter de travailler ». Alors que son fils, atteint de troubles autistiques, est en classe de CE1, Clarisse doit parfois venir le chercher lorsqu’il fait des crises. « Sa scolarisation a toujours été compliquée, mais on a commencé à voir la lumière au bout du tunnel quand une AESH formée lui a été attribuée », poursuit-elle.

En 2005, la loi pour l’égalité des chances des personnes handicapées instaure le droit « pour chacun à une scolarisation en milieu ordinaire au plus près de son domicile, à un parcours scolaire continu et adapté ». 13 ans plus tard, Clarisse tient à ce que cette promesse soit respectée pour son enfant. « Je veux qu’il aille en classe avec les autres enfants. Laisser les élèves handicapés entre eux, ce n’est pas ça l’inclusion. Il faut que mon fils soit accepté tel qu’il est », insiste-t-elle.

À l’école maternelle Reuss du Neuhof Photo : Aline Fontaine / Rue89 Strasbourg / cc

Un accompagnement réduit

Les AESH, personnels de l’Éducation nationale, sont recrutés pour « favoriser l’autonomie des élèves en situation de handicap », précise la Maison départementale pour les personnes handicapées (MDPH) du Bas-Rhin. Mais le nombre d’AESH ne suffit pas à couvrir les besoins d’accompagnement dans le département. Selon une enquête ouverte par le syndicat FSU67-SNUipp début septembre, au moins 60 élèves qui ont droit à un suivi par une AESH sont sans accompagnement.

Depuis plus de 15 ans, Isabelle accompagne les élèves en situation de handicap. « J’ai été AED, puis AVS, puis ASH et enfin, AESH », raille-t-elle au téléphone, citant les nombreux changements d’acronymes qui désignent tous sa profession :

« Quand j’ai commencé, j’accompagnais un élève, 100% du temps. Cette année, j’en accompagne trois. On a tendance à penser que c’est déjà bien que les élèves soient accompagnés, mais il faut voir la qualité de cet accompagnement… »

Léa (le prénom a été modifié), également AESH dans le Bas-Rhin, précise :

« On travaille avec des enfants présentant tous types de handicap, de l’autisme au handicap moteur, les maladies génétiques, les enfants haut potentiel intellectuel, avec des troubles de l’attention et de l’hyperactivité, des dyslexiques, dyscalculiques. On peut avoir des enfants dans plusieurs niveaux, de la maternelle au lycée, parfois dans la même journée. Ca nous oblige à faire beaucoup de gymnastique en peu de temps. »

« On doit prioriser l’accompagnement des plus handicapés »

Léa ressent une pression de plus en plus forte lié au manque de personnel qualifié face à l’augmentation du nombre de demandes d’accompagnement :

« Il m’est arrivé de suivre un enfant, de voir sa progression, de le voir avancer et de ne plus pouvoir le suivre l’année d’après. Alors que c’est justement quand il y a du progrès qu’il ne faut pas le lâcher. J’ai l’impression qu’on doit prioriser l’accompagnement des plus handicapés. Les autres n’ont qu’à se débrouiller tous seuls. Alors que ce n’est pas du tout ça, l’essence de mon métier. »

Partant du même constat de l’augmentation de sa charge de travail, Juliette (le prénom a été modifié), AESH depuis plus de 10 ans, est plus virulente. « On est de véritables vaches à lait », assène-t-elle :

« Les écoles font leur cuisine interne pour que tout se passe bien avec les moyens qu’on leur donne. On nous demande de tout faire, de courir d’une classe à l’autre, de s’adapter aux élèves en peu de temps. Changer d’élève accompagné, ce n’est pas comme changer de bureau… Les enfants ressentent qu’on est surmenées. »

Une formation de 60 heures

Pour devenir AESH, une formation initiale de 60 heures est nécessaire avant la prise de poste. « Avec des modules spécifiques pour certains handicaps tels que l’autisme, et une formation continue basée sur le volontariat », précise Véronique Weibel, inspectrice de l’Éducation nationale chargée de l’adaptation scolaire et de la scolarisation des élèves handicapés.

« Entre ce qu’on vous vend sur le flyer et la réalité du terrain, il y a un monde », assène l’AESH Isabelle :

« On imagine que notre métier consiste à faire de l’accompagnement aux devoirs avec des enfants en difficulté scolaire. Mais ce n’est pas du tout ça, il s’agit d’enfants en situation de handicap. »

La conséquence de cette brève formation, selon les AESH interrogées, se résume en un mot : démissions. « Dès la rentrée, on m’a dit que l’AESH assignée à mon fils avait démissionné », témoigne Carole (le prénom a été modifié), maman d’un jeune garçon autiste, scolarisé dans une école maternelle de l’Eurométropole.

D’après le syndicat des professeurs des écoles FSU67-SNUipp, 70 AESH ont démissionné pendant l’été 2023 et un cinquième des AESH quitte l’Éducation nationale chaque année. « Les personnes trouvent un emploi mieux rémunéré ou avec de meilleures conditions de travail », appuie Agathe Konieczka, co-secrétaire départementale du syndicat. Un chiffre que Jean-Pierre Geneviève, directeur académique du Bas-Rhin, trouve élevé… sans être en capacité de fournir des statistiques sur la longévité des carrières d’AESH au sein de son académie.

800 euros par mois et un travail dans un supermarché

Juliette comprend tout à fait les raisons de ces démissions. Après plus de dix ans à son poste, elle gagne un peu plus qu’un SMIC pour des semaines de 39 heures. « Heureusement qu’il y a les vacances pour se reposer, souffle-t-elle, il faut vraiment aimer ce métier pour y rester ».

Pour son emploi d’AESH, en travaillant quatre jours par semaine, Léa touche 800 euros par mois, soit entre 29 et 35 euros par jour. « En plus, je travaille dans un supermarché trois fois par semaine et l’intégralité des vacances scolaires pour pouvoir boucler mes fins de mois », poursuit-elle.

« Si on fait ce métier, ce n’est ni pour l’argent ni pour la reconnaissance. C’est pour les enfants et pour leur être utile. Nos conditions de travail se dégradent, celles des enseignants aussi. Et ce sont les enfants et les parents qui pâtissent de tout ça. »

« Je vis cette absence comme une maltraitance »

Côté parents en effet, l’accompagnement de leurs enfants par une AESH qualifiée et disponible permet de retrouver confiance en l’école. « Mon fils a droit à une AESH pendant 12 heures par semaine, mais il a clairement besoin de quelqu’un à temps plein », soupire Carole (le prénom a été modifié).

« Mon fils est autiste et il appréhende le changement, donc je casse ma tirelire pour qu’il soit dans un établissement privé où il y a plus de moyens. Dès la rentrée, il n’y avait pas d’AESH. On n’arrête pas de me dire que quelqu’un va venir, mais je ne sais jamais quand. Je vis cette absence d’accompagnant comme une maltraitance. »

Carole se bat encore pour qu’une personne accompagne son fils à l’école. « C’est pour ça que je ne veux pas qu’on puisse m’identifier », précise-t-elle. Toutes les personnes anonymisées dans cet article ont peur que leur témoignage les pénalise. « Dans mon contrat, il est marqué que je ne dois pas critiquer l’institution (l’Éducation nationale, NDLR), » appuie l’AESH Léa.

Bagarre juridique et investissement financier

Le fils de Sabrina vient d’entrer au lycée. Selon la MDPH, il a droit à un accompagnement individualisé par une AESH. Mais c’est simplement après avoir menacé le rectorat de Strasbourg de les attaquer en justice et passé des dizaines d’appels au ministère de l’Éducation nationale qu’elle a obtenu un accompagnement effectif. « C’est fatiguant de se bagarrer pour faire respecter ses droits. Tous les parents n’ont pas cette énergie. Il n’y a pas d’égalité », regrette-t-elle.

Alors que le fils de Clarisse va bénéficier d’un accompagnement plus limité que l’année dernière en 2022/2023, la mère apporte toujours à l’école, en début d’année, du matériel adapté à son fils : déroulés visuels, contrats motivationnels, boîte sensorielle, casque anti-bruit, élastique de chaise, coussin de chaise, élastique de chaise… Le but : que l’enfant continue d’apprendre même quand aucun AESH n’est présente.

« Je me suis formée pour être capable de lui apprendre à lire et à écrire. On a équipé notre maison avec une pièce dédiée à son apprentissage pour les moments où c’était trop difficile d’aller à l’école », raconte-t-elle. En tout, elle et son conjoint ont dépensé plus de 14 000 euros entre l’aménagement d’une pièce Snoezelen (colonnes à bulles, fibre optique, musique douce…), le recours à des personnels de santé libéraux (éducatrice spécialisée, psychologue, psycho-motricienne, orthophoniste…) et le matériel prêté à l’école pour être en mesure de donner à leur enfant un cadre d’apprentissage adapté à ses besoins.

D’autre parents au bout du rouleau

Naïma a aussi arrêté de travailler lorsque son fils a été diagnostiqué autiste. « S’il n’est pas accompagné, mon fils ne peut pas aller à l’école, ça ne se passe pas bien », poursuit-elle. « Il fait des crises et a l’autonomie d’un enfant de quatre ans », poursuit-elle.

L’enfant est supposé aller neuf heures par semaine en classe, mais Naïma doit souvent venir le chercher. Parfois, elle renonce même à l’amener à l’école. « L’équipe enseignante fait tout ce qu’elle peut. Mais c’est moi qui dit à l’AESH comment se comporter avec mon fils. Elle ne sais pas comment le gérer. Il peut être très virulent dans ses crises et elle est toute petite. Il faut de la force », soupire-t-elle.

Souffrant d’un accompagnant défaillant, la mère de famille préfère que son fils soit pris en charge à l’hôpital plutôt qu’à l’école. « À l’hôpital de jour, ils sont formés et je sais que je n’ai pas à leur expliquer comment faire », poursuit-elle. Désormais, Naïma espère que son fils obtiendra une place dans un institut médico-éducatif plutôt qu’à l’école pour obtenir enfin un temps de répit et consacrer quelques heures par semaines à sa fille aînée, dont elle n’a pas le temps de s’occuper depuis la naissance de son petit frère.

Une mobilisation prévue le 3 octobre

Mardi 3 octobre, plusieurs syndicats appellent à manifester pour l’amélioration des conditions de travail des AESH dans le Bas-Rhin. « Pour que les choses changent, il faudrait qu’on arrête toutes ensemble de travailler », conclut Juliette : « Il faut que l’État n’ait pas le choix de regarder la réalité en face et qu’enfin on nous entende ». Pourtant, certaines AESH savent d’ores et déjà que manifester leur coûterait trop. « On est déjà si peu payés que faire grève n’est pas possible pour moi », déplore Léa.

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Pénurie d’AESH : rentrée ratée pour des dizaines d’enfants en situation de handicap dans le Bas-Rhin

Pénurie d’AESH : rentrée ratée pour des dizaines d’enfants en situation de handicap dans le Bas-Rhin

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Disparition de Lina : une information judiciaire ouverte pour « enlèvement ou séquestration »

Disparition de Lina : une information judiciaire ouverte pour « enlèvement ou séquestration »

Lina, âgée de 15 ans, a disparu samedi 23 septembre à proximité de Plaine, alors qu’elle marchait en direction de la gare de Saint-Blaise-la-Roche pour prendre le train vers Strasbourg. Un important dispositif de recherche est déployé pour la retrouver. Deux juges d’instruction ont été saisis ce 1er octobre, ce qui donnera davantage de moyens à l’enquête.

Fanny a appelé la gendarmerie pour signaler la disparition de Lina, sa fille de 15 ans, vers 14h samedi 23 septembre. Cette dernière devait se rendre à la gare de Saint-Blaise-la-Roche depuis la commune de Plaine, où elle habite, pour prendre un train à midi en direction de Strasbourg. Lina parcourait à pied les 2,9 kilomètres séparant son domicile de la gare. Son petit ami qui l’attendait sur le quai à Strasbourg, a prévenu la mère de la jeune fille, ne la voyant pas descendre du train à l’heure d’arrivée prévue.

Une « enquête en disparition inquiétante » a été immédiatement ouverte par le parquet de Saverne. Des investigations ont été lancées après l’alerte, avec des fouilles sur l’itinéraire emprunté par Lina et des auditions de membres de sa famille et de ses amis. Pour l’heure, la procureure de Saverne Aline Clérot « n’écarte aucune piste ».

Aucune activité bancaire sur son compte

La jeune fille n’a pas donné signe de vie depuis samedi 11h20, heure à laquelle son petit ami a reçu un message vidéo de sa part. La procureure de Saverne a précisé mardi soir lors d’une conférence de presse que le téléphone de Lina a cessé d’émettre à exactement 11h22. Les fouilles n’ont pas permis de le retrouver. Elle a également ajouté :

« Deux témoins ont vu Lina sur le trajet de la gare entre 11h15 et 11h30. Sur son itinéraire, aucune trace sur la chaussée ou le bas-côté n’a été observée à cette heure évoquant la survenance d’un accident de la route. »

Les premières recherches ont permis de démontrer que Lina n’était jamais montée à bord du train pour Strasbourg. La mineure n’apparaît pas sur les vidéos exploitées des caméras de vidéosurveillance placées à l’intérieur des rames du train qu’elle devait prendre et dans la gare de Strasbourg. L’absence de caméras à la gare de Saint-Blaise-la-Roche ne permet pas de vérifier si elle est arrivée jusque là.

Aucune activité bancaire sur son compte n’a été constatée depuis sa disparition. De plus, son entourage n’a déclaré « aucune fugue récente ou ancienne permettant d’accréditer une disparition volontaire », selon la procureure de Saverne.

Plusieurs ratissages sans résultats

Depuis samedi, une équipe cynophile, un hélicoptère et des drones sont intervenus pour tenter de retrouver Lina. Lundi, une centaine de bénévoles ont participé à une battue avec la gendarmerie dans le secteur de Plaine. Mardi matin, 380 personnes se sont retrouvées pour une deuxième recherche, toujours sans succès.

D’autres opérations se sont poursuivies mercredi 27 septembre. Quinze gendarmes ont ratissé une zone à proximité de la commune de Rothau, à une dizaine de kilomètres de Saint-Blaise-la-Roche. Parallèlement, sept plongeurs de la compagnie binationale fluviale de Strasbourg ont sondé deux plans d’eau, notamment l’étang du Breux, près desquels passe la piste cyclable que Lina a probablement emprunté samedi. La procureure de Saverne a indiqué dans un communiqué de presse qu’aucune de ces interventions « n’a permis la découverte d’éléments utiles à l’enquête ».

Ce jeudi 28 septembre, dés 10h30, 80 gendarmes étaient au nord et au sud de l’étang du Breux. Ils ont effectué des recherches jusqu’à 15h près des communes de Plaine, Saulxures et Saint-Blaise-la-Roche, sans trouver aucun élément ou indice utile à l’enquête.

Une information judiciaire ouverte

Vendredi 29 septembre, les gendarmes ont procédé à des vérifications des traces ADN sur 6 véhicules (toutes des Renault Clio bleues ou grises), et réalisé des fouilles de maisons à Wildersbach et à Rothau ainsi que dans les bennes de la déchetterie de Saint-Blaise-la-Roche. Les enquêteurs ont aussi vérifié les images de vidéosurveillance de la supérette Proxy où Lina a entamé un stage il y a trois semaines selon une employée interrogée par les DNA. Une longue perquisition dans une maison à Diespach a eu lieu durant le week-end.

Dans un communiqué publié ce 1er octobre, la procureure de Saverne Aline Clérot et la procureure de Strasbourg Yolande Renzi ont annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour « enlèvement ou séquestration de plus de 7 jours ». Deux juges d’instruction du tribunal judiciaire de Strasbourg ont été cosaisis pour diriger les recherches dans l’affaire de la disparition de Lina, ce qui donnera plus de moyens et de possibilités aux enquêteurs. La section de recherches de Strasbourg et le groupement de gendarmerie du Bas-Rhin sont toujours en charge de l’enquête. Le parquet de Saverne s’est dessaisi de l’affaire au profit du parquet de Strasbourg, « en raison de la complexité de l’affaire ».

La gendarmerie de Schirmeck a lancé un appel à témoin lundi matin, décrivant Lina au moment de sa disparition : 1,60 mètres, cheveux blonds mi-longs, robe grise, doudoune et converses blanches.

La gendarmerie de Schirmeck appelle toute personne susceptible d’avoir des informations utiles à l’enquête en cours à la joindre au 03 88 97 04 71.

Liquidation du groupe Pierre Schmitt : les salariés reprennent Velcorex, le patron fait appel

Liquidation du groupe Pierre Schmitt : les salariés reprennent Velcorex, le patron fait appel

Le tribunal judiciaire de Mulhouse a accepté jeudi 28 septembre la reprise de Velcorex par une société coopérative formée par une partie des anciens salariés. Leur ancien patron, Pierre Schmitt, fait appel en arguant que l’entreprise seule ne peut survivre.

Alors que le groupe textile Pierre Schmitt, implanté dans le Haut-Rhin, est confronté à sa liquidation, sa filiale spécialisée dans les tissus, Velcorex, pourrait être reprise par ses salariés. La chambre commerciale du tribunal judiciaire de Mulhouse a accepté jeudi 28 septembre la reprise de l’entreprise par une société coopérative formée par une partie des anciens salariés, rapportent les Dernières nouvelles d’Alsace.

Le président du groupe qui porte son nom, Pierre Schmitt, sur le site de l’entreprise Emanuel Lang en 2020. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc

Pour assurer la reprise de l’entreprise basée à Saint-Amarin et le maintien de ses 85 emplois, 52 salariés ont formé une société coopérative et participative (Scop), dont ils partagent le capital et le pouvoir décisionnaire. Les autres filiales du groupe Pierre Schmitt, les sociétés Emanuel Lang à Hirsingue et Philéa à Soultz-Haut-Rhin, sont en revanche liquidées par le tribunal.

« Cette scop est une aberration totale »

Le patron du groupe, Pierre Schmitt, a fait appel de la décision du tribunal et demande un sursis d’exécution pour bloquer la constitution de la Scop Velcorex et la liquidation de ses deux sociétés. « Cette scop est une aberration totale, les trois entreprises sont un tout », explique Pierre Schmitt au téléphone :

« Ce projet est un non-sens économique. Ça n’a aucun sens de revenir sur le vieux périmètre de Velcorex, aucune viabilité économique et aucune crédibilité. Le tribunal a sacrifié une filière d’avenir pour une solution de repli et je pense qu’on aura assez d’arguments pour le démontrer (en appel). »

Sans être plus précis, le président du groupe Pierre Schmitt assure qu’il parviendra à réunir les moyens financiers manquants pour éviter le démantèlement du groupe et les liquidations.

Contre « les rétentions de réfugiés », un Cercle de silence samedi et un débat

Contre « les rétentions de réfugiés », un Cercle de silence samedi et un débat

Pour protester contre les détentions de migrants, une poignée de Strasbourgeois se réunissent une fois par mois depuis 2008 au sein des Cercles de silence. La prochaine édition de cette discrète manifestation est prévue samedi mais la pertinence de cette opposition mutique sera ensuite débattue.

Visuellement, ils font presque partie du panorama de la place Kléber. Chaque 30 du mois, des « cercles de silence » se sont tenus depuis 2008 pour protester contre le placement d’étrangers sans titre de séjour dans des centres de rétention administrative. Le prochain Cercle de silence est prévu samedi 30 septembre à 18h, toujours au centre de la place Kléber.

Le déroulé est simple : les manifestants, tracts en mains, se disposent en cercle, suffisamment visible pour que les passants se rendent compte qu’il se passe quelque chose. Ce rassemblement mutique ne dure qu’une trentaine de minutes. À l’issue cette fois, les militants débattront de la pertinence de cette forme de protestation, qui attire de moins en moins de participants.

D’une centaine à quinze personnes

« Dans les premiers temps, on était facilement une centaine », raconte l’un des organisateurs de ces cercles de silence, Pierre Greiber. « Maintenant, c’est plutôt 15 ou 20. » Même si ce constat porte à croire que l’enthousiasme s’érode, Pierre Greiber reste convaincu que ces manifestations silencieuses sont utiles :

« Je crois qu’on touche quand même des curieux avec nos tractages. Et puis, je ne vois aucune raison politique d’arrêter puisque la situation des réfugiés ne s’est pas améliorée. Elle continue de s’aggraver même. Quant à la forme, s’il existe une forme de militance qui soit efficace pour faire bouger le gouvernement, je veux bien être prévenu. »

La plupart des participants aux cercles de silence sont également engagés dans d’autres collectifs ou associations venant en aide aux étrangers, aux migrants ou aux réfugiés. C’est le cas pour Pierre Greiber, qui est également co-président de la Cimade Grand Est. Pour lui, comme pour d’autres militants, le Cercle de silence est un outil parmi d’autres, qu’ils rechignent à abandonner.

Une cinquantaine d’étudiants mobilisés contre la hausse des frais pour les étrangers en master

Une cinquantaine d’étudiants mobilisés contre la hausse des frais pour les étrangers en master

Une cinquantaine de personnes, en majorité des étudiants était rassemblée, mardi 26 septembre, au campus de Strasbourg pour dénoncer la hausse des frais de scolarité des étudiants extra-européens.

Devant le Nouveau Patio, une petite foule d’étudiants tenait un rassemblement bruyant, ce mardi 26 septembre. L’ambiance est chaleureuse, jusqu’à ce que le calme se fasse lors de la première prise de parole. Un des membres du syndicat Solidaires Étudiant-e-s donne le mot d’ordre : dénoncer la hausse des frais de scolarité pour les étudiants extra-européens et empêcher son passage en conseil d’administration, qui doit avoir lieu à 14h. « On va faire en sorte que cette mesure ne passe jamais à Strasbourg », poursuit un membre de l’Alternative étudiante Strasbourg (AES), mégaphone au poing.

Rassemblement devant le Nouveau Patio contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers venant hors d’Europe. Photo : Emma Viola / Rue89 Strasbourg / cc

Pascal Maillard, secrétaire académique du Snesup-FSU, un syndicat de l’enseignement supérieur, ajoute :

« C’est une décision triplement discriminatoire. Elle instaure une inégalité entre les étudiants français, de l’Union européenne et tous les autres étudiants du monde. Elle établit une différence entre les étudiants favorisés qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas. On peut utiliser les termes de discrimination et de xénophobie. Dans tous les cas, cette mesure a des effets racistes. »

« Les étudiants internationaux sont les boucs émissaires »

Le 19 septembre, la fin de l’exonération des frais d’inscription en master pour les étudiants étrangers hors Union Européenne avait déjà été votée en Commission à la formation et à la vie universitaire (CFVU) à Strasbourg. Cette initiative signifie que les étudiants extra-européens devront désormais débourser 3 770 euros pour suivre des cours à l’Université de Strasbourg en master, contre 243 euros pour un étudiant européen.

Cette initiative s’intègre au plan « Bienvenue en France », annoncé par le Premier ministre en 2018. Souhaitant attirer plus d’étudiants internationaux – l’objectif est d’en accueillir un demi-million d’ici 2027 – le plan repose sur une politique de visa simplifiée et la mise en place de frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-européens, dits « extra-communautaires ».

Après plusieurs prises de parole entrecoupées d’applaudissements, le groupe, souhaitant rentrer dans le bâtiment fermé et protégé par des vigiles, se divise pour occuper toutes les portes d’entrée. Quelques élus siégeant au conseil d’administration se retrouvent mêlés aux étudiants et à leurs slogans « Facs fermées aux intérêts privés, facs ouvertes à tous les étudiants ».

Loi votée en conseil d’administration

Au final, le conseil débutera à 15h10. La délibération actant la hausse des frais en master est adoptée dans la foulée ; elle s’appliquera à partir de l’année scolaire 2024-2025.

Dans un communiqué de presse, l’Université de Strasbourg assure que tous les gains « seront exclusivement consacrés à des programmes d’accueil des étudiants étrangers ». Elle précise que 500 étudiants seront concernés en 2024-2025 et environ 1 100 les années suivantes.

La décision votée par le conseil d’administration exonère les étudiants de licence, l’Université de Strasbourg souhaitant que le « plus grand nombre d’étudiants internationaux extracommunautaires » continuent d’accéder à l’enseignement supérieur. Pour les étudiants extra-européens inscrits en master en 2023-2024 qui s’inscriraient en 2024-2025, l’Université assurera une exonération partielle des frais d’inscription pour les ramener à ceux des étudiants nationaux, jusqu’à l’obtention du diplôme.

Pascal Maillard pense qu’il reste possible de faire tomber la décision :

« Certains membres souhaitaient siéger au conseil d’administration mais n’ont pas pu siéger. (…) Les étudiants élus au conseil d’administration envisagent pour cela de déposer un recours au tribunal administratif. »

Une porte-parole des Soulèvements de la Terre censurée dans un lycée : « Cette demande vient du ministère »

Une porte-parole des Soulèvements de la Terre censurée dans un lycée : « Cette demande vient du ministère »

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Pour avoir insulté Emmanuel Macron à Sélestat, deux manifestants condamnés à 400€ d’amende

Pour avoir insulté Emmanuel Macron à Sélestat, deux manifestants condamnés à 400€ d’amende

Deux hommes ont été condamnés à une amende de 400€ pour « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. » Ils avaient insulté Emmanuel Macron lors de son déplacement à Sélestat en avril 2023.

C’était le premier déplacement des « cent jours » d’Emmanuel Macron après l’adoption au forceps de la réforme des retraites. Pour communiquer sur sa proximité avec le terrain, le président de la République avait choisi de s’inviter dans le village de Muttersholtz, dans une entreprise travaillant le bois. Après avoir visité l’usine, le président s’était ensuite rendu à Sélestat, pour une rencontre plus « authentique » avec le public.

Moins sages que prévus, les Sélestadiens ont réservé à ce dernier un accueil mouvementé. Entre les huées, les louanges et les selfies, quelques personnes s’étaient illustrés par des insultes et des doigts d’honneur à l’attention d’Emmanuel Macron. Une jeune femme a été placée en garde à vue pendant 23 heures pour un doigt d’honneur. Et mercredi 27 septembre, deux hommes ont été condamnés à des amendes de 400€, dont 300€ avec sursis pour l’une et 200€ pour l’autre, relatent les Dernières nouvelles d’Alsace citant le parquet de Colmar.

Emmanuel Macron s’était fait copieusement huer lors de son déplacement à l’hôtel de ville de Sélestat. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89Strasbourg / cc

Les deux hommes ont opté pour une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité pour « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. » Dans cette procédure, le procureur propose une peine qui peut être acceptée ou non par l’auteur des faits. Cette procédure a été proposée à une troisième personne qui ne s’est pas présentée. Elle sera jugée en avril pour des faits similaires devant le tribunal correctionnel.

Au conseil municipal, l’étonnante charge des ultras du FCOSK 06

Au conseil municipal, l’étonnante charge des ultras du FCOSK 06

Le conseil municipal, c’est un peu comme un match de foot où chaque groupe tente de marquer des points dans l’opinion. Retour sur des instants politiques de lundi, dont une soudaine fièvre pour le football amateur.

Lundi 25 septembre, le conseil municipal de Strasbourg a duré presque 14 heures, ce qui a laissé amplement le temps aux élus de faire valoir leurs différences. Retour sur une sélection de ces instants plus ou moins politiques mais toujours théâtraux.

À la recherche de la déclaration d’intérêts de Jean-Philippe Vetter

En se présentant au conseil municipal pour rendre son dernier rapport d’activité, le déontologue Patrick Wachsmann s’attendait sûrement à une ambiance moins tendue. Passés les remerciements unanimes, les élus municipaux ont tout de suite repris les hostilités. Dans cette ambiance électrique, une intervention fait sortir la majorité de ses gonds : celle de Jean-Philippe Vetter.

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Stocamine : Droit de réponse du groupe Séché Environnement

Stocamine : Droit de réponse du groupe Séché Environnement

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L’explosion de la précarité à Strasbourg met les associations de solidarité sous tension

L’explosion de la précarité à Strasbourg met les associations de solidarité sous tension

Le Secours populaire, les Restos du cœur ou encore Strasbourg action solidarité constatent une forte augmentation du nombre de personnes qui ont besoin d’aide et craignent de ne plus réussir à répondre. La Ville et l’Eurométropole vont débloquer 305 000 euros pour soutenir ces associations.

« En septembre 2021, quand on distribuait 300 repas lors d’une maraude un mardi soir, on postait le chiffre sur les réseaux parce que c’était énorme. Maintenant, on distribue près de 800 repas. C’est intenable, je ne sais plus comment alerter sur cette situation », s’alarme Valérie Suzan, présidente de Strasbourg action solidarité (SAS).

Chez les responsables d’associations de distribution alimentaire, les témoignages préoccupants se succèdent. Tous constatent une augmentation massive du nombre de personnes qui leur demandent de l’aide. Valérie Suzan poursuit :

« Mardi (19 septembre), on a donné 790 repas. Les gens qui viennent vers nous sont épuisés. Il y a des familles, des enfants, des personnes gravement malades… On ne va pas tenir longtemps à ce rythme là. Il faut que les responsables politiques se mettent autour d’une table et que les choses bougent. »

Les associations strasbourgeoises distribuent de plus en plus de denrées alimentaires. Photo : Marcade / Secours Populaire

La demande augmente partout

« Tout le monde trouve ça normal qu’on distribue des repas, on fait partie du paysage, mais ça ne tient qu’à un fil en réalité », signale Patrick Gruber, président des Restos du cœur du Bas-Rhin :

« Les associations comme nous sont indispensables alors qu’elles ne tournent que grâce à des bénévoles qui ont une charge croissante. En 2023, nous avons environ 1 800 personnes inscrites à la Meinau contre 1 300 en 2022. À Bischheim, on est passé de 1 100 en 2022 à 1 500 en 2023. À Haguenau de 250 à 540. Entre 2021 et 2022, on avait déjà augmenté notre activité de 30% en passant de 2,2 à 3 millions de repas distribués au total dans le Bas-Rhin. Cet été, on a encore 25% d’activité en plus par rapport à 2022. »

Le Secours populaire du Bas-Rhin a fourni une aide alimentaire (un panier de denrées tous les mois ou toutes les semaines selon les situations) à 9 716 personnes dans le Bas-Rhin en 2022, dont 2 429 familles, ce qui représentait une augmentation de 19% par rapport à 2021, année pendant laquelle une hausse de 25% comparé à 2020 avait déjà été observée selon son directeur, Camille Vega :

« Cet été, lors de distributions alimentaires quartier Laiterie, nous avons distribué avec l’association Abribus 22 214 repas contre 13 347 lors de la session 2022. »

Certaines associations tiennent un rythme important pour répondre à la demande. Photo : Marcade / Secours Populaire

« Des bénévoles le vivent mal »

L’association Abribus a relayé ses craintes dans un communiqué jeudi 21 septembre : « Nous nous joignons aux constats terribles et aux alertes exprimées par de nombreuses associations nationales ces dernières semaines. Jamais Abribus n’a distribué autant de repas que lors de la saison 2022-2023. »

L’association expose avoir distribué l’hiver dernier plus de 50 000 repas en 92 sorties, soit une moyenne de 543 repas par soir, avec des pics à près de 800 diners servis. Cela représente une augmentation de 44% relativement à la saison 2021-2022 et de 163% par rapport au niveau d’avant crise sanitaire d’après Abribus.

Quant aux Petites roues, elles distribuaient au maximum 70 repas en 2021 le vendredi soir place de la gare, mais environ 150 depuis fin 2022 selon leur présidente Sabine Carriou :

« Et on n’en a pas assez pour tout le monde, il y a 200 personnes qui demandent ces derniers temps. Le fait de ne pas être en mesure de répondre à toutes les personnes qui viennent, ça crée un moment de panique, c’est très dur. Des bénévoles le vivent mal et ne reviennent plus à cause de ça. Nous avons décidé de faire une pause cet été afin de repenser l’organisation des maraudes au vu de l’augmentation de la demande. Des bénévoles cuisineront toute la journée et non plus seulement l’après-midi, afin d’arriver à produire entre 200 et 250 repas. »

Caritas remarque que de plus en plus de personnes de plus de 60 ans demandent de l’aide. Photo : Pascal Montary / Secours Populaire

Des étudiants, des retraités…

Au Secours populaire et aux Restos du cœur, outre des personnes sans-abri, de nouveaux profils comme des étudiants, des retraités ou des travailleurs précaires demandent de l’aide depuis la pandémie en 2020. Patrick Gruber indique qu’avec l’inflation, « les bénéficiaires sont obligés de choisir entre se chauffer ou manger, acheter du carburant ou des aliments ».

Selon Gautier Traber, chargé de communication de Caritas, des auto-entrepreneurs et des personnes au Smic sollicitent désormais l’association caritative :

« En 2022, 4% des personnes accueillies déclaraient des ressources mensuelles supérieures à 1 200€. 17% des personnes qui venaient demander de l’aide avaient un niveau de formation supérieur [au bac], contre 15% en 2021 : l’obtention d’un diplôme n’est plus un rempart contre la pauvreté. La proportion des bénéficiaires de 60 ans a progressé, notamment ceux qui touchent une très petite retraite ou le minimum vieillesse (953,45€ par mois pour une personne seule). »

Des associations en difficulté financière

La majorité de ces associations fonctionnent grâce à des dons de particuliers ou d’entreprises. Patrick Gruber explique que les Restos du cœur achètent « 40% de ce [qu’ils] distribuent grâce aux dons, 30% avec un fonds européen (d’aide aux plus démunis, NDLR) et les 30% restants correspondent à des récupérations gratuites chez des grossistes ou dans des supermarchés ».

Mais avec la demande de produits à bas prix, les supermarchés vendent de plus en plus de produits proches de la date de péremption en faisant des réductions. « Avec l’augmentation des frais d’essence et de tous nos achats, nous avons un déficit de 400 000 euros entre mai 2022 et mai 2023 », poursuit Patrick Gruber, qui s’inquiète aussi d’une baisse du nombre de bénévoles :

« On a 650 bénévoles contre 750 il y a un an. La plupart sont des retraités et certains sont en difficulté financière et ne peuvent plus faire de bénévolat. D’autres doivent garder leurs petits enfants parce que ça coûte moins cher que la crèche… Nous avons besoin de personnes qui peuvent se mobiliser les jours de semaines pour faire les collectes et tenir les permanences. »

Les associations de solidarité font un travail essentiel mais ne fonctionnent que grâce à des bénévoles. Photo : Marcade / Secours Populaire

Médecins du Monde n’arrive pas à suivre

Du côté du Secours populaire, l’association est contrainte de réduire ses rations : « Par exemple, une famille qui recevait un pack de lait il y a un an ne reçoit plus que 4 bouteilles », illustre Camille Véga.

D’après une enquête commandée par la Ville de Strasbourg et réalisée dans la semaine du 20 au 26 mars, sur 400 individus interrogés lors de distributions alimentaires, 46% étaient sans-abris. Nicolas Fuchs, coordinateur régional de Médecins du Monde, avoue que son association n’arrive pas à suivre l’intégralité des sites où vivent des sans-abris avec sa soixantaine de bénévoles :

« Il y a une multiplication de petits campements, qu’on ne connait pas tous, en plus du squat Sarlat au Neuhof et du bidonville de Cronenbourg. Nous n’avons pas encore pu nous rendre au parc du Glacis, où une cinquantaine de tentes ont été installées. »

Depuis plusieurs années à Strasbourg, le dispositif d’hébergement d’urgence est saturé sans que l’État ne crée suffisamment de places d’hébergement d’urgence, malgré les alertes des associations.

Des personnes hébergées mais sans cuisine

Toujours selon l’enquête menée en mars 2023, 53% des personnes interrogées lors de maraudes avaient une solution d’hébergement : 20% avaient un logement et 33% étaient installées dans des foyers ou des chambres d’hôtels, souvent sans cuisine. Une situation « absurde » selon Sabine Carriou qui estime que des cuisines permettraient « de diminuer la pression sur les associations ».

Le Secours populaire est contraint de rationner davantage. Photo : Pascal Montary / Secours Populaire

Pour répondre à cette situation de crise, la municipalité va apporter 305 000 euros aux associations de solidarité. En plus d’une enveloppe du Centre communal d’action sociale (CCAS) de 150 000 euros qui sera débloquée cet automne, la Ville a voté lundi 25 septembre une subvention de 100 000 euros spécialement dédiée au Secours populaire (45 000 euros), à la Banque alimentaire (45 000 euros) et aux Restos du cœur (10 000 euros). Elles devraient également se voir attribuer 55 000 euros supplémentaires suite au conseil de l’Eurométropole du 6 octobre.

Des épiceries solidaires pour diminuer les files d’attentes

Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités, estime qu’il s’agit d’une aide d’urgence à court terme et indique travailler à la mise en place de nouveaux dispositifs pour « réduire les files des distributions alimentaires », en soutenant des épiceries solidaires comme La Caravelle tenue par Caritas à Cronenbourg.

L’élue évoque aussi des réflexions au sujet d’une « sécurité sociale de l’alimentation » :

« Un modèle similaire existe à Montpellier, ou des personnes cotisent plus ou moins selon leurs revenus pour accéder à des produits dans des épiceries solidaires ou des boutiques partenaires. »

Contactée par Rue89 Strasbourg, la Région Grand Est indique n’avoir pas voté de fonds supplémentaires en 2023, mais alloue déjà 10 000 euros par an à la banque alimentaire du Bas Rhin depuis 2020 (100 000 euros en tout en 2023 pour les 10 banques alimentaires du Grand Est). En revanche, la Collectivité d’Alsace a décidé d’augmenter son soutien « aux épiceries et associations d’aide alimentaire de 375 955 euros en 2022 à 478 929 euros en 2023 ».

Clestra en cessation de paiements

Clestra en cessation de paiements

Après trois mois de grève, le P-DG de Clestra Metal a annoncé mardi en comité d’entreprise qu’il déposerait le bilan de la société mercredi 26 ou jeudi 27 septembre. Plus de 120 salariés sont concernés tandis que les actifs de l’entreprise de cloisons ont été transférés dans d’autres sociétés du groupe Jestia.

Rémi Taïeb, le P-DG de Clestra Metal, a convoqué un comité d’entreprise extraordinaire mardi 26 septembre. Ordre du jour : le dépôt de bilan de cette usine de cloisons amovibles d’Illkirch-Graffenstaden, dont la quasi totalité des ouvriers sont en grève depuis début juillet. 125 salariés devraient perdre leur emploi : tous les ouvriers.

Une vingtaine de salariés, cadres et administratifs, ont été invités à rejoindre Clestra New, une autre entité créée après la reprise en octobre 2022 de Clestra par le groupe Jestia, la holding de la famille Jacot. La marque Clestra, l’outil industriel ainsi que les brevets ont également été transférés au sein du groupe Jestia, qui prévoit d’occuper une nouvelle usine, rue de Rochefort au Port du Rhin à Strasbourg.

La cessation de paiements de Clestra Metal, renommée durant l’été Unterland Metal, devrait être notifiée à la chambre commerciale du tribunal de Strasbourg mercredi 27 ou jeudi 28 septembre. Il ne s’agit pas d’une surprise puisque lors de la dernière médiation au ministère de l’Industrie (lire notre reportage), la direction de Jestia avait évoqué qu’il ne restait plus que « 5 ou 6 jours de trésorerie ».

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« Ville à hauteur d’enfants », démocratie participative, œuvre éphémère : les principaux points votés par le conseil municipal

« Ville à hauteur d’enfants », démocratie participative, œuvre éphémère : les principaux points votés par le conseil municipal

Lundi 25 septembre, les élus municipaux ont fait leur rentrée politique. Après un long temps de débats en première partie de journée, des délibérations plus consensuelles ont été votées au fil de l’après-midi.

« Vous avez prévenu à la maison que vous ne rentrerez pas ce soir ? » Avec un rire sonore, l’élu référent du Neudorf, Antoine Dubois prévient les équipes techniques : le conseil municipal du lundi 25 septembre sera long et explosif. Les deux premiers points à l’ordre du jour – un débat sur les émeutes et une présentation du déontologue – prennent d’emblée plus de cinq heures aux élus. 

S’ensuit une série de délibérations plus consensuelles, sur l’attribution d’aides par la Ville de Strasbourg aux victimes des catastrophes naturelles au Maroc et en Libye. D’autres sujets consensuels suivent : l’adoption d’une charte « Ville à hauteur d’enfants » et la création d’une commission de la démocratie participative.

Solidarité internationale à l’ordre du jour

Retour sur l’actualité internationale. Après les deux premiers débats du conseil, les élus reviennent sur plusieurs crises ayant mobilisé la solidarité internationale. 

La première concerne les populations arméniennes victimes de l’Azerbaïdjan, vivant dans le Haut-Karabakh ou l’ayant fui en ce mois de septembre 2023, après une opération militaire éclair : la Ville prévoit une subvention de 10 000€. 

Pour les victimes du séisme ayant frappé le Maroc le 8 septembre, deux subventions sont votées pour un total de 15 000€. La même somme est octroyée en soutien aux victimes des inondations meurtrières en Libye. Les trois délibérations sont adoptées à l’unanimité. 

Ville à hauteur d’enfants

Après avoir obtenu le label « Ville amie des enfants » par l’Unicef en 2010, la municipalité voulait poursuivre son effort à l’égard des très jeunes Strasbourgeois. Elle a adopté à l’unanimité une charte « Ville à hauteur d’enfants », inspirée par les travaux de Francesco Tonucci, l’initiateur du réseau international « Villes des enfants ».

La Ville s’engage ainsi à « adapter l’univers urbain à leurs besoins, en rééquilibrant les usages et en leur permettant de circuler librement et d’explorer de manière active le milieu dans lequel ils vivent ». Autrement dit, la présence des enfants sera prise en compte dans toutes les discussions concernant l’espace public.

Création d’une commission « Démocratie participative »

Sujet passionnel dans l’hémicycle, la démocratie participative a enfin sa commission dédiée. La délibération a été présentée logiquement par l’adjointe chargée du sujet, Carole Zielinski.

La commission aura pour but de « traiter des sujets liés à l’actualité de la participation citoyenne et des dispositifs de démocratie locale ». À chaque fois qu’elle sera consultée, elle donnera ses avis et ses propositions sur le sujet. 

Au centre, l’adjointe chargée de la démocratie locale, Carole Zielinski. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89Strasbourg / cc

La commission sera constituée d’un membre de chaque groupe politique, plus la maire. Le co-président du groupe « Centristes & progressistes », Pierre Jakubowicz (Horizons) a demandé que la présidence de la commission revienne à un membre de l’opposition, sans succès. 

Aides alimentaires et lutte contre l’exclusion

Autre point consensuel : l’attribution des subventions d’aides alimentaires. Un montant de 100 000€ est voté par la ville de Strasbourg, réparti entre trois associations : 45 000€ pour le Secours populaire, 45 000€ pour la Banque alimentaire et 10 000€ pour les Restos du Cœur. 

Plus tard au cours du conseil, une autre délibération concernant la « lutte contre l’exclusion » est également adoptée. Le montant de la subvention votée s’élève à 1 144 000€, il sera divisé en plusieurs parts : plus de 627 000€ pour payer le dispositif de 500 places d’hébergement d’urgence, co-financé avec l’Eurométropole. Plus de 500 000€ servent à financer plusieurs structures caritatives.

Plus contestée, la délibération votée portant sur le versement des subventions aux associations sportives a fait des remous dans l’hémicycle. Pour cause : Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) et Pierre Jakubowicz estiment que 21 000€ est un montant trop faible pour la subvention allouée au FCOSK 06, le club de foot de Koenigshoffen et Cronenbourg qui a brillé sur les terrains lors de la saison passée.

Commande d’une œuvre d’art éphémère, place du Château

Dans le cadre de la désignation de Strasbourg comme étant la « Capitale mondiale du livre », la municipalité souhaite commander une œuvre d’art éphémère pour l’été 2024. Celle-ci sera installée sur la place du Château, à l’endroit même ou la structure « Nementon » s’était effondrée au début de l’été, qualifiée de « Kapla géant » par la conseillère d’opposition Anne-Pernelle Richardot (PS).

L’œuvre qui sera commandée devra présenter « un univers artistique immersif évoquant l’univers du livre » et intégrant un « dispositif scénique » permettant d’accueillir du public. Le montant prévisionnel avancé est de 300 000 € hors taxe. Le point a été adopté avec 48 voix pour et 12 abstentions.

La Collectivité d’Alsace accepte un tarif augmenté pour les nouveaux résidents des maisons de retraite

La Collectivité d’Alsace accepte un tarif augmenté pour les nouveaux résidents des maisons de retraite

Jeudi 21 septembre, la Collectivité européenne d’Alsace a pris la décision d’autoriser l’augmentation des tarifs résidentiels pour les nouveaux entrants de certaines maisons de retraite publiques. Pour l’opposition, c’est un abandon de l’équité pour les résidents et une forme de privatisation.

Après avoir déjà accordé l’augmentation du prix de la journée en maison de retraite de 2% en octobre 2022, puis de 3% en janvier 2023, la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) va autoriser les établissements à augmenter leur prix à la journée. Selon la CeA, entre les revalorisations salariales, l’explosion des coûts alimentaires et énergétiques, les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ont vu leurs dépenses considérablement augmenter. En 2023, un résident doit débourser en moyenne 69,67 euros pour une journée en chambre simple en Alsace.

Fin du tarif unique pour tous dans les Ehpad

Lors de la commission permanente du jeudi 21 septembre – une instance de délibération non publique –, la CeA a adopté un texte permettant aux établissements publics et associatifs volontaires de signer une « convention d’habilitation à l’aide sociale », leur permettant de définir un tarif de journée plus élevé de quelques euros – un ou deux – pour les nouveaux résidents non bénéficiaires de l’aide sociale. Ce nouveau tarif pourra s’appliquer dès lors qu’une convention sera signée entre un Ehpad et la CeA.

Les Ehpad d’Alsace accueillant moins de 50% de bénéficiaires à l’aide sociale sont concernés par cette initiative : sur les 217 établissements alsaciens, moins de dix en sont exclus. Parmi tous ces Ehpad, une quinzaine se trouvent dans « des conditions de trésorerie difficiles » et devront appliquer ces tarifs différenciés selon Karine Pagliarulo, vice-présidente (LR) de la CeA en charge de la santé et de l’accompagnement des personnes âgées.

À l’Ehpad de Cronenbourg, en mars 2022. (Photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg).

Dégager des moyens financiers

C’est la première fois qu’un tarif unique pour tous cède la place à un tarif différencié dans les Ehpad d’Alsace. Ces derniers, fortement impactés par l’inflation économique, doivent assumer des dépenses beaucoup plus importantes au niveau des énergies, de la restauration et de la masse salariale.

Frédéric Bierry, président (LR) de la Collectivité d’Alsace, assure que cette « convention d’habilitation à l’aide sociale » offrira une « souplesse budgétaire au gestionnaire » tout en continuant à « garantir une offre d’accueil pour les bénéficiaires de l’aide sociale et responsabiliser le gestionnaire qui sera comptable de sa politique tarifaire. » Par ailleurs, pour garder un tarif adapté, la CeA contrôlera les prix de journée proposés avant de signer les conventions.

Karine Pagliarulo insiste :

« On veillera au préalable que les établissements aient utilisé toutes les ressources possibles avant de faire une demande de tarif différencié. »

« Une forme d’abandon des Ehpad » selon l’opposition

Florian Kobryn, conseiller d’Alsace dans l’opposition écologiste, s’inquiète de l’isolement des Ehpad face à la mise en place d’un tarif différencié :

« On vient faire exploser un système solidaire. Avant, il y avait l’idée d’e’une cogestion entre un Ehpad et la Collectivité d’Alsace. Là, les Ehpad vont se retrouver seuls, en première ligne pour faire passer la pilule d’une augmentation du tarif à leurs résidents et leurs familles. »

Le président du groupe d’opposition à la CeA dénonce ainsi une « libéralisation du secteur », marquant « la fin d’un service public » et appuie : « C’est un choix politique ».

Un manque de prise de responsabilités de la CeA pointé du doigt

Dans un communiqué de presse, le groupe d’opposition interpelle sur les tarifs actuels des chambres d’Ehpad : en moyenne 1 900 euros par mois, lorsque la pension de retraite moyenne nette est de moins de 1 500 euros. Il ajoute que trois personnes éligibles à l’aide sociale sur quatre n’y font pas appel.

Incendie de Wintzenheim : un rapport accablant pour la société Oxygène

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