La brasserie artisanale la Mercière quitte Niederhausbergen et l’Eurométropole. En conflit permanent avec le maire Jean-Luc Herzog (voir tous nos articles), Franck et Imène Julich quittent à regret la commune où tout à commencé.
Leur maison est désormais vendue. Ils trouvent refuge à Cosswiller, près de Wasselonne, où des travaux sont en cours. Les deux brasseurs avaient besoin d’une unité de production plus grande et de réaménager leur boutique.
Un moment festif
Malgré le pont du 15 août qui se profile, Imène Julich, tient à marquer le coup samedi 12 août avec toutes les bonnes volontés et soutiens qui le souhaitent :
« Ce sera un moment festif, type auberge espagnol. Chacun ramène à manger et nous on fournit les boissons jusqu’à 15 heures. Ensuite tout le monde démonte symboliquement la tente (où la bière était brassée ndlr). »
Le 12 août, dernier verre de bière à Niederhausbergen avant l’arrivée à Cosswiller (photo La Mercière)
Une fête d’installation fin septembre
Pendant le déménagement et les travaux, la production sera brassée chez un autre brasseur. L’installation est prévue autour du 6 septembre. Cette migration est rendue possible par un financement participatif où 975 personnes ont participé au printemps. La Mercière a ainsi récolté 85 321 euros, soit plus que son objectif de 70 000 euros.
Une fête d’inauguration des nouveaux locaux à Cosswiller, où les donateurs recevront leurs contrepartie, est déjà prévue du vendredi 22 au dimanche 24 septembre.
Un espace dédié à la réalité virtuelle, mêlant loisirs et usage professionnel, est en cours de d’élaboration à Strasbourg ou ses environs. Il s’agirait de l’un des premiers établissement de ce type en France.
Passionné de réalité virtuelle, Laurent Schott, 34 ans, avait l’habitude de présenter cette technologie de manière bénévole sur des salons. Et puis, à l’automne 2015, entre échanges avec des utilisateurs et un ami qui deviendra son associé, il a trouvé dommage qu’il n’y ait pas de lieu permanent en Alsace pour « d . . .
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Depuis 2009, Alain Schneider, un Alsacien de 32 ans, a ouvert 22 musées du chocolat à travers l’Amérique du Sud, ainsi qu’une brasserie et deux bars au Pérou. Maintenant, il veut souffler un peu…
Rien ne prédisposait Alain à devenir entrepreneur lorsqu’il a atterri au Nicaragua en 2009. Ingénieur, il s’était donné un an dans ce pays avec sa compagne Clara-Isabel, avec l’idée de vivre de petits boulots et de bénévolat. Mais, Alain s’est retrouvé manager d’un hôtel, suite à une rencontre avec le propriétaire de l’établissement.
De retour en France, rien ne l’intéresse plus alors que de retourner en Amérique du sud car il a un pressentiment. Dans l’hôtel qu’il gérait au Nicaragua, Alain a installé un « chocolate grinder », une machine à torréfier le cacao. Et dans la réception de l’hôtel, il avait concocté un petit coin dédié au chocolat pour les visiteurs. Gros succès.
En octobre 2010, le couple reprend l’avion, direction le Pérou. Le couple a l’idée d’ouvrir un « musée du chocolat », à Cuzco l’ancienne capitale des Incas et l’une des villes les plus touristiques du pays. Aussi étonnant que ça paraisse, ça n’existait pas.
Inauguration du Choco Museo à Cuzco au Pérou. (doc remis)
De « un musée » à » une chaîne de musées »
Le concept est simple : l’entrée du musée est gratuite et du chocolat péruvien ainsi que des produits dérivés attendent les visiteurs à la sortie : tablettes, thés, vêtements, produits de beauté… La rentabilité est rapidement au rendez-vous. Clara-Isabel et Alain auraient pu s’en contenter, mais ils décident d’ouvrir un deuxième musée en Colombie. Puis un troisième au Guatemala. À ce jour, 22 musées du chocolat ont été ainsi ouverts dans tous les pays producteurs de cacao d’Amérique du sud.
Alain revient sur les premiers jours :
« Tous les musées ont été financés par notre apport initial. Le propriétaire de l’hôtel au Nicaragua, Clara-Isabel et moi avons mis chacun 8 000 euros. Puis le musée s’est très rapidement auto-financé. Dès que nous avions suffisamment de fonds, on a ouvert un nouveau musée, puis encore un autre et ainsi de suite. »
À leur débuts, Clara Isabel et Alain sont seuls à tenir le musée, avec l’aide d’un autre employé. À chaque ouverture de musée, la gestion a été confiée à des stagiaires de son école d’ingénieurs de Lille, puis à des managers locaux. Actuellement, la société emploie environ 200 personnes dans les différents musées.
Les Choco Museo sont composés d’une partie interactive qui permet d’apprendre de manière ludique la transformation de la plante de cacao en grains de cacao. Un espace sur l’histoire du cacao dans le monde, ainsi qu’un autre sur l’histoire du cacao dans le pays dans lequel se trouve le musée. Les musées proposent également aux visiteurs de découvrir la fabrique puis un atelier où il peuvent apprendre en deux heures à créer du chocolat à partir de grains de cacao.
Atelier de fabrication du chocolat, Granada au Nicaragua. (doc remis)
Alain précise :
« Le principe des Choco Museo, c’est qu’on utilise le cacao du pays, on le transforme dans le pays avec des machines et des gens locaux pour les vendre dans ce même pays. L’idée c’est de faire le plus de transformations possibles dans le pays d’origine afin que toute la valeur ajoutée y reste. On pourrait imaginer que dans le futur, la Suisse et les pays européens n’aient plus aucun accès aux grains de cacao mais uniquement à la pâte par exemple, c’est à dire à une version qui a été transformée dans le pays d’origine. »
Boutique de vente des produits dérivés, Antigua, Guatemala. (doc remis)
Pour garnir ses rayons, Alain a mis en place toute une ligne de production dédiée :
« Nous avons plus de 150 références : des barres de chocolat noir, blanc ou au lait, avec à chaque fois une quinzaine de saveurs différentes, des saveurs du pays. Nous fabriquons aussi des confitures de chocolat avec des fruits ou des noix du pays. Des liqueurs auxquelles on ajoute différentes saveurs : banane , fraise, coco, que des goûts naturels. On fait aussi des produits de beauté. Je peux citer également le thé de cacao, fait avec la peau des grains qui a des propriétés vraiment intéressantes. »
« Holà soy Alain Schneider »
Les Choco Muséo, une entreprise « libérée »
Mais ce n’était pas encore suffisant pour Alain, qui a créé en parallèle une brasserie artisanale, à Lima au Pérou, baptisée Nuevo Mundo. La première bière sort des fûts en juin 2014. Aujourd’hui, l’entreprise propose 40 bières différentes, dont sept en bouteilles. La production a atteint les 10 000 litres par mois, dont 4 000 sont commandés par des bars et restaurants péruviens.
Dans cette effervescence, Alain s’est séparé de sa compagne, malgré la naissance de leurs deux enfants : Amaz en 2014 et Algezira en 2016. Du coup, Alain freine :
« Jusqu’à leurs 5 ans, les enfants développent leurs capacités cognitives, ils ont besoin d’amour, de tendresse, de temps. Du coup j’ai décidé de me libérer de la charge opérationnelle de mes entreprises en revendant toutes mes parts à mes associés. Aujourd’hui, les Choco museo n’ont plus de chef, c’est devenu une entreprise libérée. Tout est géré dans des groupes de travail, chacun peut choisir son salaire. Pour ma part, je me ressource. »
En fait, Alain a déjà créé une nouvelle entreprise. Cette fois, c’est une société de conseil, adossée à un site web pour aider les étrangers à créer leur entreprise au Pérou. C’est sûr qu’il a deux trois avis qui doivent valoir de l’or…
Nouveau gouvernement signifie nouveaux dossier à rouvrir. Réélu député à Colmar, Éric Straumann (LR) a interpellé la nouvelle ministre des Affaires européennes, l’ancienne directrice de l’ÉNA à Strasbourg Nathalie Loiseau, sur la relance de l’Écotaxe en Alsace lors d’une audition en commission le 20 juillet.
Cette contribution pour les transporteurs était un sujet . . .
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Faut-il appeler l’occupation d’une partie du tracé du Grand contournement de Strasbourg (GCO) une « Zone à défendre » (Zad) ? Ce terme assez récent renvoie à des installations durables et à durée illimitée en opposition à un projet. C’est aussi une ultime manière de se faire entendre pour des militants qui estiment que le débat démocratique n’est pas toujours possible.
Les très technocratiques enquêtes publiques, par exemple, remontent à plusieurs années et ne tiennent pas compte du nombre de contributions. Dans le cas du GCO, elle s’est déroulée en . . .
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Des opposants au projet de Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg se sont installés de manière durable sur un point du tracé. Il s’agit de la première occupation illimitée contre ce projet d’autoroute payante, les prémisses d’une zone à défendre (Zad) avant les travaux.
Depuis le samedi 5 août, le tracé des Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg connaît sa première occupation pérenne et illimitée. Il y a avait déjà eu des occupations temporaires de quelques nuits ou d’un week-end. Mais cette fois-ci, il n’y a pas de date de fin. Enfin si… « Lorsque le projet sera annulé », lancent en cœur les quelques occupants sur place, en reprenant la réponse qu’aurait formulée aux gendarmes le maire de Kolbsheim, Dany Karcher.
Le lieu choisi n’est pas une surprise. À côté du moulin de Kolbsheim, les deux week-end d’occupation par le collectif « des Bishnoï » (une figure indienne pacifique) se sont tenus à cet emplacement. Avec la forêt du Krittwald, près de Vendenheim au nord, ce lieu est l’un des rares espaces naturels le long des 24 kilomètres de la future autoroute payante. Le reste du parcours est surtout composé de champs agricoles.
Sur un futur remblais
Cet espace à la limite avec Ernolsheim-Bruche est aussi en contrebas par rapport au Kochersberg. Un relief qui obligera la construction d’un remblais d’une quinzaine de mètres.
Le Grand contournement ouest (GCO) doit passer à côté de du moulin de Kolbsheim, au milieu d’une forêt. Les opposants sont installés sur la zone à gauche, le long du chemin (capture d’écran, vidéo de présentation par Vinci)
Le lieu est appelé par ses nouveaux habitants « zone à défendre (Zad) du Moulin ». La question de s’opposer sur le terrain est un sujet de débat récurrent parmi les opposants.
Une demi-douzaine d’occupants
Nous nous y rendons sans prévenir qui que ce soit. Cinq personnes sont sur place. Elle sont rejointes en cours d’après-midi par une sixième. Ils habitent Kolbsheim ou Strasbourg. Le terrain en question est une parcelle privée, celle du châtelain du château de Kolbsheim qui a donné son autorisation. Cinq tentes et une roulotte en bois sont disposées autour d’une table en bois, des chaises et les cendres d’un feu de camp.
L’accueil est cordial. Yoam, l’un des participants, s’occupe des présentations :
« Nous ne sommes d’aucun collectif ou groupe, juste là en tant que citoyens prêts à s’opposer physiquement mais pacifiquement. Même si d’ailleurs on pense qu’il faudra faire preuve d’inventivité dans notre action et pas juste rester face-à-face. »
Les prochains travaux préparatoires, des sondages géotechniques et archéologiques, doivent reprendre en septembre. Mais le groupe commence déjà à scruter ce qu’il se passe dans les environs. Car il y aurait déjà un peu d’agitation en août poursuit Éloïse, une autre occupante :
« Il y a déjà eu de l’action. Il y a par exemple des ponts de chantiers déjà déposés à côté du pont historique qui n’est pas assez solide pour les engins, sans que l’on n’ait vu d’autorisation. On a aussi entendu parler d’un arrêté préfectoral en cours d’élaboration qui doit bloquer la route fin août alors que les travaux sont seulement sensés reprendre en septembre. Ou encore des repérages. »
Le remblais doit aller à hauteur du toît de la maison, indestructible car classée (photo JFG / Rue89 Strasbourgp.
Visites fréquentes des gendarmes
Les cinq individus ont déjà eu la visite des gendarmes. La première était une prise d’identité « classique », mais la suivante les a quelque peu surpris relate Éloïse :
« Ils étaient cachés dans la forêt. On a dû jouer à cache-cache avec eux. J’en ai rigolé tellement la situation était absurde. »
Mais l’anecdote n’a pas fait rire son père :
« Cette manière de faire m’a énervé. D’habitude les gendarmes sont corrects, mais là ce n’est pas normal. Ils ne pouvaient plus partir en courant quand on les a vus et étaient gênés. Ils ont juste dit bonsoir et sont partis. »
Ces opposants ont décidé de filmer les gendarmes (ce qui est autorisé dans l’exercice de leurs fonctions) en raison des contrôles fréquents et pour éviter que les situations s’enveniment. Étonnés par la fréquence des contrôles, voire les demandes incongrues (« Ils ont demandé nos numéros de portable ! »), ils relèvent le matricule des agents.
Ces Bas-Rhinois ont l’habitude des forces de l’ordre, déjà croisées lorsqu’ils dormaient à la cabane de Kolbsheim. Ils ont aussi participé aux contre-argumentaires lors des présentations du projet dans les mairies par le concessionnaire Vinci au printemps.
« On n’a rien à cacher », déclare les occupants au moment de poser sur une photo (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Un blog en gestation
Conscients que tout le monde n’est pas inscrit sur le réseau social Facebook, les occupants vont bientôt lancer un blog d’information sur leur action.
Très informés sur le calendrier des travaux, ils estiment que le projet arrive à un point de bascule qui nécessite une mobilisation plus marquée, comme le résume Éloïse :
« Il y a eu beaucoup de monde aux marches tout l’hiver. Mais c’est la sortie du dimanche et après tout le monde rentre chez soi. Mettre une banderole devant sa maison, ce ne sera pas suffisant. Ici le maire informe sur ce qu’il de passe, nous soutient moralement et même avec de la logistique, mais c’est dommage que les autres n’en fassent pas de même. »
Comme la plupart des opposants, ils estiment que le GCO ne résoudra pas les problèmes d’accessibilité en voiture à Strasbourg, car il y aura « toujours des personnes qui souhaitent entrer le matin et sortir le soir ». Ils se sont d’ailleurs déjà fait répondre que faire sauter les bouchons « n’est pas l’objectif » du GCO, ce qui figure en effet dans dans le rapport de l’enquête publique.
Ils plaident entres autres pour un service de transports publics performants, souvenirs à l’appui :
« Quand j’allais au lycée à Strasbourg, je n’avais qu’un bus le matin et un le soir, quelle que soit l’heure de mes cours. Si je commençais tard, je poireautais, si je finissais tôt aussi. Moi je n’avais pas le choix, mais cela incite à prendre sa voiture », se rappelle Éloïse.
Ce matériel dans la forêt servirait aux futurs travaux préparatoires (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Passage de la députée
La députée de la circonscription Martin Wonner (LREM) s’est discrètement rendue sur place samedi soir. Lors de la campagne elle avait exprimé son opposition personnelle au projet, tout en affirmant que sa seule personne ne pourrait pas suffire à l’annuler. Elle plaide pour réévaluer la situation avec les différentes parties prenantes (Région, Département et Eurométropole).
La nouvelle référente bas-rhinoise du parti, Laurence Vaton, s’est déjà dite opposée au projet, mais son prédécesseur le néo-député Bruno Studer y est quant à lui favorable. La République en Marche n’a pas de position officielle sur le sujet.
Au-delà de l’opposition sur le terrain, certains opposants espèrent que le nouveau ministre de la transition énergétique Nicolas Hulot propose un moratoire. C’est l’engagement qu’il a pris sur le cas emblématique de l’aéroport contesté de Notre-Dame-des-Landes, conformément à la promesse du président Emmanuel Macron. D’autres « pauses » ont aussi été décidées pour le tunnel Lyon-Turin ou l’autoroute A45 entre Lyon et Saint-Étienne.
De manière générale, le gouvernement a mis en avant la fin de grandes infrastructures coûteuses pour privilégier l’entretien et la modernisation de celles existantes, ainsi que de prioriser les transports du quotidien. Des décisions que les opposants aimeraient voir déclinées localement. Lors d’une visite de soutien, le député européen José Bové (EELV) avait affirmé que Nicolas Hulot lui avait personnellement promis « une remise à plat ». Son cabinet avait démenti.
Côté concessionnaire, après les forages préparatoires en forêt, les travaux effectifs sont programmés à partir de l’hiver. Vinci doit également présenter un dossier sur les recréations d’espaces naturels, en compensation de ceux détruits. La mise en service de l’autoroute est prévue pour l’automne 2020.
Le nombre de foyers français sans Internet diminue chaque année. Mais certains, comme Mona, font de la résistance. Une précarité numérique qui complique les démarches administratives et la recherche d’un emploi, comme l’explique cette mère de famille.
Une à deux fois par semaine Mona, 41 ans se rend à la médiathèque de Sélestat. Elle s’y installe pour profiter des 20 minutes de connexion à Internet gratuites. Comme chez près de 15% des Français, chez Mona, il n’y a pas Internet.
Il y a les ondes d’abord, qu’elle ne supporte pas et qui lui donnent mal à la tête. Surtout, cette mère célibataire d’une petite fille de 9 ans se méfie de la toile :
« Je ne veux pas que ma fille soit trop sur Internet, sinon elle y passerait des heures. Je veux qu’elle avance dans ses études. En plus, il y a des choses qui ne sont pas adaptées pour les enfants : de la violence, de la vulgarité… Les enfants n’ont pas besoin de grandir trop vite. Et puis on ne sait jamais à qui on parle sur un ordinateur. Il y a des adolescents qui ont souffert, car des photos intimes avaient été diffusées à leur insu. Internet ça devrait être beaucoup plus contrôlé. »
Mona refuse d’avoir Internet chez elle, avant tout pour protéger sa fille de 9 ans. (Photo: MP/ Rue89 Strasbourg)
Des aides sociales uniquement par Internet
Pourtant, difficile de se passer du web en 2017. La dématérialisation de l’administration pousse les usagers à renoncer aux guichets pour se battre avec leurs claviers et leurs souris. Demander une aide au logement ou la prime d’activité n’est, par exemple, possible que sur Internet. Et pour toute demande de rendez-vous à la caisse d’allocations familiales (CAF), c’est également par le web que ça se passe. Pour ceux qui n’ont pas Internet chez eux, les administrations en installent des ordinateurs… dans les agences. Mais l’accès est limité aux heures d’ouverture.
Il en est de même à Pôle emploi qui dispose de bornes informatiques. C’est ainsi que Mona a pu s’y inscrire, étant donné qu’elle ne dispose d’aucune connexion à son domicile. Originaire de Strasbourg et sans emploi, elle est venue s’installer à Sélestat dans l’espoir de trouver du travail. En vain. Autrefois Mona était coiffeuse. La mode qui change et les formations à répétition l’ont poussées à se réorienter. Et si elle revendique son choix de ne pas avoir d’ordinateur, son manque de maîtrise informatique, elle le sait, la pénalise :
« À chaque fois que je postule quelque part, on me demande si je sais taper à la machine et je me sens mal, je dis que non. Par exemple en tant que caissière, il faut se servir de la machine. On a pas le droit à l’erreur, ça va trop vite. J’ai trouvé une annonce pour travailler au drive d’un supermarché. Mais il fallait maîtriser l’informatique. Je ne m’en sens pas capable, j’ai peur de tout bloquer. »
Pas complètement réticente
Pour pallier son manque de pratique, Mona s’est inscrite à un cours d’informatique proposée par Les Restos du Cœur à Sélestat. Elle y a appris les bases d’utilisation d’un ordinateur : l’allumer, l’éteindre, lancer un logiciel de traitement de texte ou encore effectuer une recherche sur le web… Malgré tout, la mère de famille ne semble pas avoir gagné en confiance. Elle ne postule à aucune offre d’emploi requérant la maîtrise, même basique, de l’informatique, par crainte de commettre une erreur.
L’informatique a envahi nos pratiques quotidiennes: rechercher un itinéraire, faire ses achats, consulter son compte en banque. Mais cette révolution numérique a laissé sur le bord de la route certains citoyens, un peu dépassés. La précarité numérique accentue les inégalités, notamment face à l’emploi. Pour cette raison, la souriante brune à la voix timide, regrette que sa fille, scolarisée à Sélestat, n’apprenne pas plus à se servir d’un ordinateur à l’école.
D’ailleurs si Mona est méfiante vis-à-vis du web, elle n’y est pas totalement réticente et y voit quelques avantages. Attachée à l’écologie, elle qui se déplace principalement à vélo, voit en Internet une solution pour réduire nos déchets. Elle s’offusque à l’occasion des journaux gratuits et autres prospectus trop largement diffusés, leur préférant leur version en ligne :
« Je vais sur Internet surtout pour trouver du travail. Je regarde aussi Le Bon Coin pour chercher un appartement. Parfois, je regarde des vidéos de chats ou d’autres animaux. Un jour ma fille m’a demandé pour regarder une vidéo d’un spectacle d’enfants sur YouTube, donc on est allées à la médiathèque pour la voir. »
Exclusion dans la cours de récréation
Peu à peu Mona et sa fille se connectent donc à la toile et y découvrent ce monde virtuel où les Français passent en moyenne 18 heures par semaine. Se connecter, c’est aussi une façon d’être en phase avec le reste de la société.
Damien Gleitz, créateur et responsable de l’association « Desclicks – l’Informatique Solidaire » à Schiltigheim, a l’habitude des publics méfiants et qui n’ont pas les moyens d’avoir Internet. Pour lui, les relations sociales peuvent en pâtir :
« Les personnes qui n’ont pas Internet peuvent se sentir exclues. Pour les enfants aussi, c’est parfois difficile. Nous, à notre époque, si on ne regardait pas un épisode à la télé, le lendemain on était largué dans la cours de récréation. Là c’est pareil, les conversations débutées la journée se poursuivent sur Internet. »
Alors que les réseaux sociaux ont déjà séduit de nombreux internautes (33 millions d’utilisateurs de Facebook en France), Mona, elle, garde ses distances:
« Facebook je crois que c’est bien pour faire des rencontres, mais moi je préfère rencontrer les gens pour de vrais, dans la rue. Sur Internet ils peuvent mentir. Et puis il y en a qui s’affichent trop, qui mettent leur liste d’amis, je trouve que c’est trop. »
Mona est aujourd’hui à la recherche d’un équilibre. Pas encore prête pour avoir Internet à la maison, mais consciente de ne pouvoir totalement y échapper.
Depuis plusieurs année la pratique du cricket se développe à Strasbourg au grès de l’arrivée de réfugiés d’Asie centrale, où c’est un sport national. Le club neudorfois US Egalitaire mise sur une équipe d’Afghans pour structurer ce sport à Strasbourg.
Saddam regarde la fin du match. Photo : Crédit : CG/Rue89 Strasbourg/cc
Sur le bord du terrain de l’US Egalitaire à Neudorf, Saddam, 17 ans, assiste concentré à la fin du match qui oppose son équipe les Strasbourg Royalls aux Pakistanais du Prince Cricket Club. Les deux équipes jouent leur place en finale du tournoi. « J’aime trop jouer au cricket », explique-t-il en français dans un grand sourire. « On va gagner Inch’Allah. » Le jeune afghan explique qu’il est arrivé en France il y a deux ans et demi. « Je suis venu à pieds. » Après un an passé en foyer, il a obtenu un appartement à Saverne. Il a appris le français au collège et au lycée. « Avec les Pakistanais, on parle ourdou. Sinon on parle français. »
Saif remonte le score de la demi-finale. Photo : Crédit : CG/ Rue89 Strasbourg /cc
Rompre l’ennui des foyers
Un peu plus loin, des supporters afghans s’enthousiasment pour les dernières minutes de jeu. Saif, le capitaine des Strasbourg Royals, remonte le score à chacun de ses tires emmenant son équipe vers une victoire de plus en plus certaine. Abdel, 28 ans, ne parle pas encore français. Il nous explique en anglais qu’il a été transféré de la jungle de Calais à Strasbourg il y a neuf mois. Dans l’attente de papiers, il n’a pas encore accès à des cours de français pour le moment. Le tournoi de cricket est un rayon de soleil dans son long été.
« On vient supporter notre équipe. Sinon, le reste du temps, on n’a rien à faire au foyer. On s’ennuie beaucoup. »
Des supporter des Strasbourg Royalls. Photo : Crédit : CG/Rue89 Strasbourg/cc
« On va jouer pour Strasbourg ! »
Exclamations et embrassades sur le terrain, cris de joie sur la touche, les Strasbourg Royalls ont bien gagné leur place en finale. Zazaï, 20 ans, rejoint le banc. Heureux, il a très envie de parler. Le jeune réfugié afghan est lui aussi venu à pied en France.
« Je suis arrivé le 27 février 2014. J’ai traversé 9 pays pour venir, mais je n’ai pas eu à prendre de bateau, heureusement. A mon arrivée, j’étais à l’hôtel et je ne connaissais personne. Des Pakistanais m’ont parlé du cricket. J’ai rejoint l’équipe il y a deux ans. Je me suis fait des amis grâce à ce sport. »
Après un passage en foyer, le jeune homme est lui aussi désormais en appartement et va commencer à la rentrée un CAP d’électricité en apprentissage pour faire ensuite un bac professionnel.
« Bien sûr, j’ai rencontré du monde au lycée, mais en général ce n’est pas facile de rencontrer des français. Beaucoup de gens n’ont pas confiance en nous. On nous prend pour des Talibans. Alors que si on est arrivés ici, c’est justement parce qu’on a tous fui les Talibans. »
Pour la finale le 6 août contre les United Friends, tous les joueurs ont invité les éducateurs de leurs foyers ou anciens foyers.
« On va jouer pour Strasbourg ! Si on gagne, on va faire la fête. »
L’équipe des Strasbourg Royals et ses supporters après leur victoire en demi-finale. Photo : CG/Rue89 Strasbour/cc
Débuts à Hautepierre
Quelques jours plus tard Saif, le capitaine du Strasbourg Royalls, nous rejoint pendant sa pause dans un café strasbourgeois. Le pachtoune est cuisinier depuis 5 ans. En ce moment, il travaille dans un restaurant de sushis. « J’ai appris le français en travaillant », assure-t-il. En Afghanistan, il était berger. Arrivé à Paris en mars 2010, il a fait partie du premier convoi de demandeurs d’asile afghans amené à Strasbourg l’été suivant.
« Nous étions 22 personnes. On nous a installés dans un foyer rue de Soultz. »
L’été 2011, Saif fonde avec ses acolytes une équipe de cricket, les Afghan Brothers.
« On a commencé à jouer sur un terrain à Hautepierre. Les Pakistanais avaient déjà une équipe de gens qui habitaient depuis longtemps à Strasbourg. A l’époque, nous n’avions pas d’argent pour le matériel. On jouait avec une simple balle de tennis. Lors de notre premier match contre les Pakistanais on a enfin pu jouer avec une hardball. Mon équipe a presque perdu, mais à la fin j’ai remonté le score et on a gagné. Après cela on a décidé d’acheter du matériel. On s’est tous cotisés, 30 euros chacun, et on a passé commande à un ami qui se rendait au Pakistan : on a pu avoir deux ou trois battes, et des protections. »
De 4 à 10 équipes en six ans
A partir de cet été-là, la tradition s’instaure : Indiens, Sri Lankais, Pakistanais et Afghans se rencontrent chaque été. Les matchs se jouent à Hautepierre et sur le terrain de L’US Egalitaire.
« Dans mon équipe, tous n’avaient pas de papier. On n’avait rien, mais on jouait au cricket. C’est un sport très populaire là d’où l’on vient. Les Afghans et les autres réfugiés d’Asie centrale habitent dans des foyers. Ils restent chez eux et ne voient personne. Il faut sortir, se rassembler. »
Au fil des années le tournoi grossit à mesure que de nouveaux réfugiés arrivent à Strasbourg. Quatre équipes de cricket existaient à Strasbourg en 2011. Six ans plus tard, elles sont dix. Le tournoi de cricket a débuté il y a 3 ans.
« Avant, c’était un ami bangladeshi qui s’en occupait. Cette année, j’ai pris la responsabilité. »
Rentrer dans la légalité
Entre temps, le tournoi est devenu officiel, sous la tutelle du Club neudorfois US Egalitaire. L’été dernier, en plein tournois, Anne-Marie Kleemann, la présidente du club, interpelle le capitaine des Afghan Brothers en action sur le terrain de son club, sans autorisation. Elle leur apprend qu’ils occupent illégalement le terrain et leur proposent d’intégrer les joueurs dans son club et de faire les démarches pour les équiper et obtenir les autorisations d’utiliser les terrains.
Pas facile pour les jeunes réfugiés d’accepter de payer une licence à 80 euros. Tous n’ont pas encore de papiers ni ne travaillent. La plupart d’entre eux échelonnent alors leur paiement sur plusieurs mois. Les autres équipent ne souhaitent pas faire partie de la nouvelle section cricket de l’US Egalitaire. Mais toutes profitent des autorisations pour les terrains pendant le tournoi. Les Afghan Brothers, quant à eux, ont changé depuis le nom de leur équipe pour les Royalls Strasbourg. « On aimerait faire découvrir le cricket à Strasbourg », assure Saif. Pour l’heure, impossible pour lui de garantir des créneaux réguliers pour enseigner son sport au sein du club, malgré les nombreux Strasbourgeois déjà intéressés.
« Je travaille tous les dimanches, j’ai dû négocier dur avec mon patron pour avoir quelques dimanches de libres pendant le tournoi cet été. »
Une équipe pour l’exemple
Grâce à l’US Egalitaires, les Strasbourg Royalls ont obtenu cette année une subvention de la mairie pour s’acheter des équipements complets commandés au Pakistan. Le club leur a aussi fourni des chaussures et des tenus à l’effigie de leur équipe. Sur son maillot noir ciglé de son nom, Saif a choisi le numéro 67 :
« 67 comme Strasbourg. J’ai appris beaucoup ici. J’ai envie de rester ici, c’est chez moi maintenant. »
Pour Anne-Marie Kleemann, la démarche d’intégrer les Strasbourg Royals dans le club est sa première expérience d’accueil d’étrangers réfugiés.
« C’est une façon d’accueillir l’autre à travers le sport. Tout sportif qui a envie de pratiquer son sport doit pouvoir le faire la tête haute et pas illégalement. Si on ne commence pas à structurer, on ne pourra jamais faire quelque chose d’officiel. On veut leur montrer que l’on peut accepter le cricket en France et qu’en structurant un sport on peut arriver à le développer. Les Strasbourg Royalls donnent l’image d’une équipe. J’espère que leur exemple fera comprendre à tous les autres l’intérêt de prendre une licence. »
Saif voit encore plus large. Grâce aux réseaux sociaux, il est entré en contact avec d’autres équipes de réfugiés, notamment dans le Nord de la France. Cet été, il a organisé deux matchs amicaux avec le Strollers cricket club d’Illkirch qui rassemble des Africains du Sud, des Anglais, des Pakistanais et des Indiens plus fortunés et plus âgés que ses coéquipiers. Prochain objectif : trouver des sponsors pour pouvoir se déplacer et rencontrer des équipes d’autres villes.
Après neuf saisons d’absence, le Racing Club de Strasbourg Alsace retrouve la Ligue 1 ce samedi 5 août à Lyon. À l’occasion de la reprise du championnat, Rue89 Strasbourg est allé à la rencontre de supporters qui n’ont rien lâché, soutenant leur club jusqu’en cinquième division.
Le Racing Club de Strasbourg Alsace (RSCA) renoue avec l’élite du football français samedi 5 août face à l’Olympique Lyonnais. Que de chemin parcouru depuis cette année 2011, marquée par le dépôt de bilan et la rétrogradation en CFA 2. Pourtant, même en cinquième division, beaucoup ont décidé de suivre le club coûte que coûte. C’est le cas de Daniel, Greg, Guillaume, Kevin et Sébastien.
Pourquoi sont-ils restés? « Pour ne pas laisser mourir le club ». Tous invoquent le même « Amour avec un grand A », comme le dit si bien Kevin, un jeune agent en approvisionnement de 27 ans. « Le Racing avant d’être une équipe de foot, c’est un Club, une institution, un mode de vie en quelque sorte ». Pour Greg aussi, « un club de foot c’est pour la vie ». Le vice-président de la Fédération des supporters du Racing, l’association qui regroupe tous les kops créée en 2011, n’a loupé aucun déplacement du club depuis quatorze ans. Il a d’ailleurs publié « Neuf fois le tour de la Terre pour mon club » en septembre 2016, qui raconte toutes ces années. « Je me suis toujours défini comme un inconditionnel du Racing, peu importe les résultats et l’équipe. » Avis que partage Sébastien, supporter du club depuis son plus jeune âge : « Les seuls qui restent dans un club au fond c’est les supporters, les joueurs et dirigeants ne sont souvent que de passage. »
Il y a à peine six ans, le club a bien failli disparaître, compte tenu de ses gros problèmes financiers. Quatrième de National en 2011, le club atterri en CFA2 la saison suivante. Sébastien, 27 ans, se rappelle « l’ambiance d’enterrement » qui régnait à la fin de la saison 2010-2011:
« J’ai vraiment pensé que c’était la fin du Racing. Mais fallait voir le monde qui s’est déplacé à Forbach pour le premier match en CFA 2 en août. Et la semaine suivante, rebelote à la Meinau, on a fait 6 000 places. Plus que certains matchs de première division ! À partir de ce moment-là je me suis dit que plus rien ne pouvait nous arriver. »
Kevin, par amour du Racing, s’est investi très jeune dans l’association Kop Ciel. (Photo KCB)
Liberté, simplicité, convivialité
En amateur, ces passionnés découvrent une ambiance qui leur était jusqu’ici inconnue « On était l’attraction des 5e, 4e et 3e divisions » raconte Sébastien, pour qui le Racing « n’avait rien à faire là ». Guillaume, abonné depuis 2005, se souvient: « les déplacements ressemblaient à des excursions où on découvrait des petits villages d’Alsace. En fait, on avait l’impression de voir des matchs de préparation. »
Pourtant les meilleurs souvenirs de nombre de supporters remontent à cette période-là. « Il y avait un gros sentiment de liberté dans et autour des stades où le Racing jouait, » raconte Kevin, vice-président du kop « Ciel et Blanc ».
« On se rend compte que le football amateur, c’est des mecs qui gagnent autant que nous, qui jouent par amour du maillot et que le côté néfaste, bling-bling et starlette du foot business avait disparu. »
Greg confirme:
« On retrouvait le foot du dimanche, avec les bénévoles qui s’occupaient des grillades, de la buvette… le vrai foot quoi! On se retrouvait dans des stades où on pouvait jouer, nous en tant qu’amateur, le dimanche. La convivialité, la simplicité, l’absence de problèmes sécuritaires ou de dérives du foot business, c’était tout ça à la fois. J’ai vécu ces années en amateur comme une vraie bouffée d’air. »
« On n’était plus habitué aux victoires »
Et qu’importe si le spectacle n’était pas toujours au rendez-vous. « On s’ennuyait à certains matchs, mais heureusement qu’il y avait les copains en tribune, ça a pas mal aidé, » confie Kevin, qui s’est fait de nombreux amis lors de matchs. « Sur le terrain c’était laborieux oui », renchérit Guillaume, « mais au niveau humain c’était très fort. On était super bien accueilli, on discutait avec les présidents de clubs. C’était un peu comme une grande fête du village. Il m’est même arrivé de repartir avec des bouteilles de vins en cadeaux ».
« Tout le monde s’est pris au jeu. » poursuit le trentenaire. « Le Racing gagnait souvent, les joueurs marquaient pas mal de buts, ça nous faisait du bien. On n’était plus habitué aux victoires. Et puis il y avait un nouvel élan, on avait l’impression de se retrouver en famille. Les 100 gugusses qui étaient présents chaque semaine, c’était des vrais passionnés. »
Daniel président du KCB. Le groupe compte cette année un peu plus de 200 abonnés, un record depuis sa création. (Photo: LG/ Rue89Strasbourg)
« Le public a aidé à renverser des montagnes »…
Et ces passionnés ont fait du bien au club. « Les joueurs sur le terrain ont tout donné pour les supporters, par exemple les jeunes du centre de formation qui se défonçaient sur le terrain en CFA2 et CFA, » raconte Kevin.
« Ça criait, ça poussait dans les tribunes et c’était clairement un plus, » ajoute Sébastien, qui ne s’imagine plus voir un match du Racing ailleurs qu’en tribune supporter. Pour Daniel, président du Kop Ciel et blanc depuis cinq ans, c’est une certitude: « le public a aidé à renverser des montagnes. »
En plus des matches, ses responsabilités de président lui prennent quelques heures le soir en semaine. Un peu de travail administratif, notamment pour l’organisation des déplacements. Cette année encore plus, vu que le nombre de membre a presque doublé par rapport à l’année dernière soir un peu plus de 200 membres.
… et à recruter
Guillaume, chauffagiste de métier, préfère nuancer:
« À certains moments oui, quelques tarés qui crient dans un coin ça a pu donner un coup de fouet aux joueurs. Mais là où ça a vraiment joué, c’est au niveau du recrutement. Voir que le public était derrière le club même dans les moments les plus difficiles, ça a permis au Racing de garder son image de marque et de rester médiatiquement vivant. On a pu recruter des joueurs qui n’auraient pas forcément considéré le Racing sinon. »
Pour certains, ce club leur permet de se rattacher à l’identité alsacienne. « Le Racing fait partie de l’ADN de tout Alsacien. Nous sommes très fiers de notre région et nous avons tendance à nous attacher à des symboles régionaux. Et parmi les plus importants, il y a le Racing, » explique Daniel. Originaire de Pffafenhofen il met trois quarts d’heure pour se rendre au stade. Certains font encore plus de route. « J’ai des amis qui viennent de Colmar et Wissembourg. Les supporters viennent des quatre coins d’Alsace ».
Pour Greg, cela va plus loin:
« Il y a une part de fierté et d’identité alsacienne, parce que le Racing est un porte-drapeau de la région. Mais au delà de ça, je pense que c’est un club anti-dérive, loin du foot business. Un club populaire, proche de ses supporters avec des dirigeants accessibles. Au final, tout le monde se retrouve dans le club. »
Pour autant, tous continuent d’appeler le club, « Racing Club de Strasbourg », son nom historique, en laissant tomber le terme « Alsace » à la fin, rajouté en 2012 sur insistance du conseil régional. Début 2016, le logo a d’ailleurs été légèrement retouché, pour davantage coller à celui de 1976, remis au goût du jour en 2006. Le A du sigle RCSA s’est effacé.
Logo du RCS 1976-1985 et 1988-87.
Logo RCS de 1976 remis au goût du jour pour les saisons entre 2006 et 2012.
En 2012, la Région Alsace participe au financement du club. Le RCS devient RCSA et le A d’Alsace s’insère en bas de l’écusson et le mot « Alsace » remplace « Football ».
Depuis 2016, retour au RSC au centre du logo, où le « A » est supprimé.
Une proximité avec les supporters, même en Ligue 1?
Pour nos cinq supporters, ces années en amateur ont permis de créer des liens très forts, de nouer une certaine complicité entre les fans et les joueurs. « On espère que cette convivialité ne va pas disparaître maintenant que le club est de retour dans l’élite, » avoue Guillaume, qui se rappelle (presque avec nostalgie) de l’époque où les joueurs étaient parfois intimidés par la ferveur des supporters.
Les fans sont plutôt confiants. « Le club essaye de faire en sorte que ça continue. Notamment Marc Keller (l’actuel président du club). Il est à l’écoute des associations et c’est une personne de la région avant tout passionné par le Racing » explique Kevin, ravi de voir l’ancien joueur de Strasbourg à la tête du club depuis 2012. « C’est un président proche des supporters, » ajoute Guillaume. « Il savait que pour revenir au niveau professionnel, il fallait s’appuyer sur le travail, la rigueur mais aussi les supporters. Keller a voulu revenir à l’ancrage local, qui avait été oublié pendant les années de flambe ».
Un exemple du « tout pour le supporter », le Fan’s day mis en place par Marc Keller en 2003. Importé d’Allemagne, notamment de Karlsruhe où le président strasbourgeois a joué dans les années 1990, l’événement annuel a pour objectif de créer du lien entre les joueurs et les fans, de « rapprocher les membres de la famille » comme dit Greg, qui aurait rêvé que cet événement existe quand il était enfant.
« On retrouve l’ambiance bon enfant des années en amateur, avec la buvette, les saucisses et les tartes flambées, » raconte Guillaume, pour qui le Fan’s Day est un incontournable de l’année. « C’est important de voir les joueurs, de se retrouver entre supporters, de se réapproprier le stade. C’est un peu comme retourner à la maison avant la reprise du championnat ». « Ça permet d’entretenir une certaine convivialité et une ambiance foot populaire qu’on aime tant » ajoute Kevin, qui a plusieurs fois tenu le stand du KCB à l’occasion du Fan’s Day. L’événement attire chaque année plus de monde à la Meinau et serait révélateur des valeurs du club pour Greg. « Cette proximité, ces liens forts de créés font maintenant partie de l’histoire et de l’identité du club. Seul un changement de direction peut vraiment casser cette relation » pour ce supporter de 35 ans.
Cependant, tous ne considèrent pas l’actuel président comme le sauveur du Racing. C’est le cas de Paolo, un supporter de 32 ans qui a pris ses distances quand Marc Keller et son groupe d’investisseurs ont repris les rennes du club. Selon lui, le bilan de du dirigeant est « très limite »:
« Il faut juger ce que Marc Keller fait depuis cinq ans, pas seulement sur les deux montées successives. Tout le monde a tendance a oublié qu’on a quand même fini 16e en 3e division avec Keller à la tête du club (le Racing avait été repêché in-extremis en 2014 NDLR). On a passé trois saisons ennuyeuses en National, alors qu’on avait un des meilleurs budgets, un fort engouement et pas grand monde en face. »
Il s’étonne de la « Kellermania », mais continue de suivre et supporter (d’un peu plus loin) le Racing. Il aimerait que l’engouement populaire autour du RCS permette aux fans de s’associer financièrement au club, comme cela se fait dans certains clubs d’Allemagne, d’Italie voire le modèle des « socios » du FC Barcelone. Même si pour ce dernier club, il voit une dérive « foot-buisness » peu souhaitable à la Meinau.
Des chiffres qui parlent d’eux mêmes
« Les gens ont soif du Racing » comme le dit Paolo. Et cette « soif » transparaît dans les chiffres: Le club pourra compter plus de 15 000 abonnés pour la saison, un record. Il y a quelques années, avec la déception des performances sportives et les problèmes financiers, personne ne voyait venir ce scénario, comme l’explique Guillaume: « Quand on a été rétrogradé en CFA2, beaucoup sont partis parce qu’ils en avaient marre des défaites et qu’il n’y avait plus tellement de spectacle sur le terrain. Et le spectacle, ça fait entièrement partie du foot. » Heureux de voir l’emballement autour du club, Greg se souvient: « Il n’y a pas si longtemps, on était seulement 50 à déplier les sièges en CFA2 pour le confort des spectateurs. Les chiffres aujourd’hui, c’est génial. Il n’y a qu’à voir la ferveur pour le match contre Lyon samedi. On a jamais été plus de 150 à se déplacer à Lyon et là en deux heures on apprend que les 2000 places attribuées ne sont pas suffisantes. Il faut savourer ça. »
C’est avec une certaine fierté que Sébastien donne lui aussi des chiffres: « Avec 15 000 abonnés sur un peu moins de 30 000 places à la Meinau, on atteindrait le troisième taux de remplissage après Marseille et Lille ». Pour l’assistant social strasbourgeois, cet engouement s’explique notamment par l’arrivée d’une nouvelle génération de fans, des jeunes qui n’ont pas forcément connu la Ligue 1, et qui veulent faire partie de l’aventure.
Place à l’avenir
Tous s’accordent sur l’objectif de la saison: le maintien. « Les matchs s’annoncent compliqués, le niveau est particulièrement élevé. Il faudra être tout aussi soudé que les dernières années, si ce n’est plus. Pour l’instant on vise le maintien. Mais dans quelques temps on pourra rêver plus grand », affirme Daniel avec prudence. Quant à Sébastien, il ne veut pas s’enflammer :
« On a tendance à mettre la charrue avec les bœufs au RSC. C’est le revers de la médaille de ce club de passionnés. Il y beaucoup de ferveur, d’engouement populaire mais beaucoup d’attente aussi. Le public est exigeant, il va falloir faire preuve de tolérance cette année. »
Premier test de tolérance, ce samedi 5 août, où plus de 2000 supporters chanteront « Allez les Bleus et Blancs » au parc OL de Lyon.
Cris de victoire au collectif « Un cœur pour la Robertsau » ! Icade lâche l’affaire du Foyer Saint Louis. Le promoteur immobilier se retire du projet. La Ville se dit prête à ouvrir de nouvelles discussions sur ce lieu devenu emblématique.
Le promoteur immobilier Icade laisse tomber son projet de 37 logements à la place du foyer Saint-Louis à la Robertsau (lire tous nos articles). La paroisse catholique n’arrivant plus à gérer l’établissement, elle l’avait vendu pour la somme de 2,7 millions d’euros, afin d’en construire un plus petit et moderne.
La Ville de Strasbourg annonce dans un communiqué que le maire Roland Ries (PS) et Nicole Dreyer (PS), l’adjointe du quartier « prennent acte de cette décision d’Icade » et qu’elle « ouvre de nouvelles perspectives pour l’avenir de ce site ».
Une partie de la majorité se réjouit
Un brin plus enthousiaste, Philippe Bies, président du groupe PS à Strasbourg, a souligné qu’il s’agissait d’une « bonne nouvelle ». Signe que tout le monde ne partageait pas la décision du maire et de certains adjoints au sein de la municipalité.
Comme quelques-uns de ces collègues, il s’était discrètement absenté de l’hémicycle lors du vote au conseil municipal de mars 2016 pour valider la vente, selon la technique connue du « parti pisser » lorsque l’on est en désaccord avec une décision de son groupe. La délibération avait rassemblé peu de voix (33 votes pour, 17 contre, 2 abstentions, et 13 conseillers municipaux absents).
L’adjoint au maire Eric Schultz (La Coopérative), la vice-présidente du nouveau groupe La Coopérative, Édith Peirotes, qui s’était exprimée contre cette décision en séance, ou encore le conseiller municipal d’opposition Thierry Roos (apparenté LR) ont eu des réactions similaires.
Le foyer Saint-Louis est un gouffre énergétique, mais des habitants y sont attachés (Photo Emmanuel Jacob / Blog de la Robertsau)
Le collectif se réjouit
Cette nouvelle réjouit le collectif « Un cœur pour la Robertsau » qui souhaitait que la Ville use de son droit de préemption pour en faire un lieu de vie, au centre du quartier. Une demande à laquelle la municipalité s’est toujours refusée. Une nouvelle « concertation » de plus d’un an avait pourtant été relancée début 2015, mais le collectif avait contesté sa sincérité. Le projet n’avait bougé qu’à la marge.
Le collectif avait attaqué toutes les décisions dont les permis de détruire, déjà délivrés. Il reste donc vigilant quant à leur annulation cet été et espère qu’un projet de lieu de vie sera imaginé. Les quatre recours et les probables délais suspensifs qui en auraient découlés ont peut-être découragé le promoteur immobilier, qui n’a pas indiqué les raisons de son choix. Le collectif pensait notamment avoir détecté des vices de forme dans l’autorisation de la vente par la Préfecture.
De nouvelles possibilités
Cette nouvelle donne pourrait « faire l’objet d’une nouvelle concertation dans le respect des objectifs du Plan local d’urbanisme (PLU), des enjeux de centralité de ce terrain de propriété privée et des contraintes financières de la collectivité », ajoute la Ville de Strasbourg dans son communiqué. À la rentrée, « un travail avec le Conseil de quartier, les associations et collectifs concernés sera lancé, sur ces bases, à la rentrée ».
Peu avant l’annonce officielle, l’ancien président de l’Eurométropole (ex-CUS) de Strasbourg et Robertsauvien Robert Grossmann avait rencontré le maire à ce sujet. Membre du collectif, il se réjouit de ce retournement de situation surprise :
« Le communiqué permet de penser que le foyer sera sauvegardé. Je voudrais saluer l’action du collectif à l’origine des recours qui ont sans doute découragé Icade. »
Les sièges de la gare de Strasbourg ont été remplacés par des terrasses commerciales. Il est néanmoins possible de s’y installer sans commander. Cet important changement étant peu indiqué, ces espaces seront réaménagés à l’avenir.
Les sièges bleus légèrement inclinés sous la verrière de la gare de Strasbourg ont disparu. Depuis le milieu de l’été, une partie de cet ancien espace est laissé aux terrasses des enseignes « Le comptoir de Maître Kanter » et « Meet&Go ».
Au comptoir d’informations, les agents indiquent que ce retrait est « une décision de Paris », c’est-à-dire de la direction, et signalent qu’il est possible de s’installer gratuitement aux terrasses, sans consommer.
Ca ressemble à une terrasse payante, mais il est possible de s’installer sans consommer. C’est indiqué à l’avant par une affichette. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une petite pancarte l’indique
En effet, une affichette devant les nouvelles terrasses précise cette possibilité. Pas très grande, elle n’est écrite qu’en français et propose de donner son avis sur cette nouveauté.
Mais de loin, une terrasse n’est pas aussi engageante que les sièges habituels, présents dans de nombreuses gares de France, quand on ne souhaite pas consommer. Sous la verrière, tout le monde n’est pas averti de la mesure et on retrouve d’ailleurs des usagers assis par terre ou sur les petites marches de l’ancienne façade. Mais aussi quelques personnes attablées sans consommation.
Alors heureux ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Passagers perdus
Sur le quai numéro 1, Wine John Robert, un touriste australien qui ne parle pas français a trouvé refuge sur l’un des bancs face aux rails :
« Je ne sais pas si mon train part d’ici. Je ne suis là que parce que c’est le seul endroit pour s’asseoir. J’ai trouvé bizarre de ne pas trouver de siège, c’est vrai. J’ai même hésité à m’asseoir sur ma valise dans le hall. C’est inhabituel pour moi, car en Australie, on ne peut pas accéder à un quai sans billet. »
Wine est Australien, il n’a pas compris que les terrasses étaient accessibles sans payer. Il n’a trouvé de banc que sur le quai. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une gratuité bientôt mieux indiquée
Florence Kraemer, directrice de la gare de Strasbourg reconnait qu’il y a des marges de progression sur la signalétique. Mais elle voit dans ce changement une amélioration :
« Ce qu’on doit travailler c’est d’indiquer clairement que l’on peut s’installer en étant consommateur ou non, même avec son propre sandwich ou sa boisson. Il est aussi possible de venir sans billet, pour attendre quelqu’un. L’espace a l’air plus petit, mais il y a 70 places contre 50 par le passé. Ce que l’on offre, c’est une possibilité en plus, avec des boissons et de la petite restauration, pas quelque chose en moins. Il y a aussi des tables, alors qu’il n’y en avait pas avant. C’est un premier pas vers une attente plus agréable. »
Néanmoins ces chaises et tables ne sont qu’accessibles qu’aux heures d’ouverture des deux commerces, soit de 6h à 20h30. La gare est de son côté ouverte de 4h45 (5h les week-ends) à une heure du matin. « Une amplitude horaire large » et en début et en fin de journée les sièges seraient moins utilisés, justifie Florence Kraemer.
Loyers inchangés
Les loyers des commerces n’ont pas été augmentés. En revanche, une augmentation de leur chiffre d’affaires est espérée, sachant qu’une partie est reversée à la SNCF, plus précisément à la filiale Retail & Connexions.
Éric Tonnelier, directeur du Développement à l’Agence Gares Est Européen, précise que l’installation est provisoire pour des questions de sécurité, avant d’être plus avenante :
« L’installation s’est faite sous la supervision des pompiers. La configuration actuelle est provisoire avec ce petit mobilier incombustible. Une étude est lancée pour pouvoir installer un espace plus large, plus agréable et mieux indiqué, le tout dans les conditions de sécurité de la grande verrière, qui sont assez strictes. »
Tout le monde n’a pas compris que les nouvelles terrasses sont accessibles à tous (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Astus et Fnaut circonspects
L’Association des usagers des transports urbains de l’agglomération strasbourgeoise (ASTUS) et la section Grand Est de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) ont déploré la situation dans un communiqué, où ils fustigent une décision « sans aucune vraie concertation avec les représentants des usagers / clients / voyageurs » :
« Il est à craindre que, subrepticement, la possibilité d’usage gratuit disparaîtra : il faudra alors payer pour s’asseoir, comme il faut payer de longue date pour aller aux toilettes, de plus en plus cher (0,50€, puis 0,70€ et maintenant 0,80€), aucun des cafés n’offrant de toilettes gratuites, contrairement aux autres cafés de la place ou d’autres gares dans d’autres villes ! »
L’association s’interroge aussi sur l’attitude des commerçants, lorsque ces espaces accessibles à tous seront pleins et qu’un client « demandera légitimement à s’asseoir pour consommer ».
Avec les « ubérisés » de l’économie. – Jérôme garde des animaux quand il ne travaille pas. Avec le site DogBuddy, il peut proposer ses services de « pet-sitter » aux propriétaires d’animaux. Un système bien pratique pour ce jardinier sans emploi, mais qu’il est loin de cautionner.
Airbnb semble avoir fait de nombreux émules. Après la version éducation, le célèbre site de location d’appartements a aussi un équivalent pour chiens, DogBuddy. Ce site propose de mettre en relation des propriétaires d’animaux avec des « pet-sitters » – comprendre des baby-sitters pour animaux – pour différentes prestations : promenade, hébergement de jour et de nuit. Parmi ceux qui proposent de s’occuper du toutou des autres, on trouve Jérôme, la trentaine et de longues dreadlocks agrémentées de perles.
Il transparaît chez ce jardinier de formation une nature amicale et généreuse. C’est ce trait de caractère qui l’a poussé à s’inscrire sur DogBuddy. Ça et le conseil d’une de ses amies, déjà utilisatrice du site :
« J’ai connu Dog Buddy par une amie. J’étais en vacances chez elle en Vendée, elle y a un terrain où elle a monté sa boîte de garde d’animaux. Elle fait aussi des gardes via DogBuddy et elle m’a dit : “toi qui aimes bien les chiens, tu pourrais faire ça, c’est un petit truc.” Je trouvais ça cool alors voilà. »
C’est avant tout pour passer du temps avec des animaux que Jérôme a décidé de devenir pet-sitter. (Photo Morgane Carlier / Rue89 Strasbourg)
Un Airbnb pour chiens
C’est en décembre que Jérôme, qui n’avait jamais eu recours aux plate-formes de services pour travailler, s’est inscrit sur DogBuddy. Depuis, il a eu une quinzaine de clients, dont quelques réguliers. Le site de DogBuddy ressemble beaucoup à celui d’Airbnb : le propriétaire d’un chien y fait une recherche par ville et par date qui lui permet d’accéder à une liste des pet-sitters disponibles en fonction de ses critères. Leur localisation s’affiche sur une carte. Chaque profil mentionne le tarif proposé selon la prestation, affiche généralement une courte présentation de la personne et les éventuels commentaires laissés par de précédents usagers. À Strasbourg et dans les environs, ils sont une vingtaine à proposer leurs services.
Ce type d’échange, où un propriétaire confie son animal à un inconnu le temps d’une promenade ou pour plusieurs jours, implique une grande part de relationnel et de confiance mutuelle. Plus, en tous cas, que dans le cadre d’une course Deliveroo ou Uber. Dominique, propriétaire de deux chiens et un des clients réguliers de Jérôme, le confirme car « on ne confie pas son animal à n’importe qui ».
Pour Jérôme, l’expérience a été plutôt réussie jusqu’ici :
« Tous les propriétaires sur qui je suis tombé sont sympas. Parfois ils vont à un mariage le week-end et ils ramènent de la bouffe ou alors une petite bouteille de vin. Et il y en a avec qui je m’entends mieux, qui m’ont déjà donné un canapé ou des meubles, des trucs comme ça. En général ils sont tous contents, ça s’est toujours bien passé. »
Un système de notation à sens unique
Il pointe néanmoins du doigt l’asymétrie qui existe dans cette relation, au détriment du pet-sitter, notamment le système de notation et de commentaires :
« Il y a peu de gens qui notent et qui mettent des commentaires. Au total, j’ai dû en avoir deux. Ce qui est bizarre, c’est que les gens peuvent noter alors qu’ils ne sont pas là pour voir comment ça se passe avec leur chien. Tout marche un peu comme ça dans le numérique de toute façon. Je pense qu’il faudrait que nous, les pet-sitters, on puisse aussi donner, pas des notes, mais des commentaires sur les propriétaires pour éviter que, si tu tombes sur une tête de con ou un mauvais animal, les autres pet-sitters ne se fassent pas piéger. En fait, on subit un peu. Mais c’est pareil, si un mec dit qu’il vient chercher son animal un dimanche à 13h puis qu’il se pointe à 19h, toi tu gâches toute ton après-midi. Qu’est-ce que tu fais après ? Bah rien, c’est pour ta pomme. Une fois, il y a quelqu’un qui m’a fait ça, mais il m’a payé une journée de plus sans que je lui demande rien, donc je lui ai dit “C’est bon, c’est cool”. Mais il y en a d’autres un peu moins honnêtes qui pourraient en profiter. »
Moins de 100 euros par mois
Jérôme gagne moins de 100 euros par mois en moyenne avec son activité de pet-sitter, qui est très aléatoire. Le mois de juillet a été particulièrement creux, lui rapportant seulement 40 euros. Pas suffisant pour vivre, mais l’argent n’est pas sa principale motivation dans son activité de pet-sitter :
« Je fais ça d’abord pour les animaux. Ça me fait un petit appoint donc autant en profiter mais c’est tout. »
Ce complément venait compenser des indemnités de chômage qu’il recevait jusqu’à fin juillet. Malgré ses nombreuses candidatures, il n’a pas réussi à trouver un emploi dans les espaces verts comme il le fait chaque année, notamment à la mairie d’Entzheim. Diplômé du CFPPA de Montravel, un centre de formation aux métiers agricoles, il s’est inscrit dans une agence d’intérim dans l’espoir de trouver des missions jusqu’à l’hiver.
Sur DogBuddy, les propriétaires d’animaux peuvent choisir entre différents profils de pet-sitter. (Capture d’écran du site de DogBuddy)
Sur DogBuddy, il peut fixer lui-même ses prix, mais il se cale la plupart du temps sur la recommandation émise par le site. Il n’a diminué ses tarifs qu’une fois, en juillet, quand il s’est aperçu que la demande avait diminué. L’argent est collecté par le site puis lui est versé sur son compte, après le prélèvement d’une commission de 18% pour les premiers clients, un peu moins quand le partenariat se renouvelle. C’est le seul échange qu’il a avec la plateforme :
« Il n’y a pas vraiment de contrôle en fait. Des pet-sitters peuvent avoir de mauvais antécédents avec des animaux, on ne sait pas, c’est au petit bonheur la chance. N’importe qui peut s’inscrire. Il n’y a aucun échange avec les gestionnaires de la plateforme. »
Un regard critique sur l’économie numérique
La commission qui est prélevée, en plus de contribuer aux finances du site, sert aussi à cotiser à une assurance vétérinaire qui couvre les pet-sitters pendant la durée de leur garde et leur évite d’avancer les frais en cas d’incident. Tous les prestataires de plate-formes de services ne sont pas protégés de la même manière et ça, Jérôme en a bien conscience, lui qui porte un regard plutôt sévère sur cette économie :
« J’ai utilisé Deliveroo deux-trois fois mais je ne le fais plus parce que c’est pas cool pour les livreurs, ça viole le droit du travail. Je trouve que c’est dommage pour ceux qui n’ont pas trop le choix et qui continuent à se faire exploiter encore plus, c’est dégueulasse. Ils devraient être protégés. Quand tu fais du Deliveroo, tu mets un peu ta vie en danger à chaque fois que tu montes sur ton vélo. Tous les autres métiers ont des codes, c’est protégé, encadré, et là c’est un peu à l’arrache, c’est pas correct. Avant on faisait ça à scooter, maintenant il faut un vélo et t’as moins de droits parce que tu roules à vélo, c’est pas normal. Donc moi j’essaie de ne pas trop participer à leur grosse société dégueulasse. »
Les réseaux sont nombreux mais ceux qui proposent des échanges de savoir, beaucoup moins. Apprendre et faire apprendre, c’est l’opportunité d’étendre et de transmettre ses compétences mais aussi de défendre des valeurs comme le partage et la diversité. Petit aperçu des réseaux d’échanges de savoir à Strasbourg.
Converser en italien contre une visite de Strasbourg, apprendre à cuisiner des pâtisseries marocaines contre une initiation à la couture, s’initier à l’harmonica contre une leçon de roller… Les réseaux d’échanges de savoirs permettent de mettre en contact des individus qui souhaitent transmettre et recevoir des connaissances ou des compétences particulières. Dans ce modèle alternatif d’échange, l’argent disparaît, ce qui oblige les individus à se rencontrer et à partager.
Tableau des offres et des demandes de l’association « Troc Savoirs ». (Photo « Troc Savoirs » de Strasbourg / Facebook)
L’association Troc Savoirs de Strasbourg
Troc Savoirs est le réseau d’échanges réciproques (RER) de Strasbourg. L’association propose aux adhérents de transmettre une compétence et en retour d’apprendre à faire quelque chose de nouveau. Une seule condition est requise pour adhérer à l’association : être à la fois demandeur et offreur. Vous n’avez pas de talents particuliers ? Pas d’inquiétude, le collectif vous aide à mettre un nom sur vos aptitudes. Leur slogan : « tous savants et ignorants ». Pour Mirelle Desplas, directrice de l’association, il n’y a pas de petits ou grands savoirs, tout le monde est mis sur un même pied d’égalité.
Leur site web met en relation, via un médiateur, les membres de l’association en fonction de leurs offres et de leurs demandes. Ces échanges ne sont ni monnayés, ni calculés en nombre d’heures (tous les savoirs ne demandent pas le même temps d’apprentissage). Ainsi un savoir transmis donne accès à l’apprentissage d’un savoir. Les offres et les demandes sont nombreuses, voici quelques exemples : rédaction de CV, aide en mathématiques, initiation au théâtre, atelier d’arabe écrit, apprentissage aux jeux d’échec… En plus de ces échanges individuels, des ateliers collectifs sont également proposés.
Concernant le futur de l’association, Mireille Desplas souhaiterait plus de jeunes et d’actifs, qui faute de temps, participent moins aux échanges.
• Pour s’inscrire, envoyer un e-mail sur le site web de l’association pour prendre contact avec l’équipe, carte d’adhérent 10 euros/an, échanges gratuits.
L’accorderie de Strasbourg
Portée par l’association Zamma’ Dac, l’accorderie de Strasbourg est née en 2015. Les Accorderies sont des réseaux d’échanges de services mais aussi et surtout de savoirs, présents dans toute la France. Lutter contre la pauvreté et l’exclusion sont les principales missions du collectif. En faisant du temps la monnaie d’échange et non l’euro, le réseau permet aux personnes en difficulté d’accéder à des services auxquels ils n’auraient pas eu accès en temps normal.
Arts manuels, musique, informatique, cuisine, balade, bricolage, sports… En échanges individuels ou collectifs, la palette des savoirs recherchés et des talents proposés est fournie. Ici, une heure passée à partager ses compétences équivaut à une heure où pour apprendre de nouvelles compétences. Afin d’inciter les adhérents à participer à la vie de la communauté, les heures de services rendues à l’association sont également comptabilisées.
• Pour s’inscrire, contacter le collectif par téléphone au 09 80 79 32 13 et prendre rendez-vous avec l’équipe, inscription gratuite + 15h d’échanges offertes, site web.
Strasbourg espère voir des petites barques de tourisme fleurir sur ses canaux et ses rivières l’Ill et l’Aar. Le port de plaisance miniature se situerait à la Petite France, sur le quai Woerthel, à côté des anciens ponts couvert.
En ce sens, la municipalité vient de publier un appel à projets sur le portail Alsace Marché publics.
Permis nécessaire au sud . . .
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Avis aux amateurs de vins. L’entreprise strasbourgeoise Wine Cluster lance ce mardi 1er août deux services de livraison de vins à domicile, Strasdrink et Box de vigneron. Objectif: faire découvrir des domaines viticoles bios et indépendants de l’Alsace. À commander avec modération.
A partir du 1er août, une nouvelle entreprise va tenter d’un peu bousculer la livraison de vins à Strasbourg. Wine Cluster (« grappe de raisin » en anglais) lance deux services de livraison de vins alsaciens : « Strasdrink », un système de livraison à vélo de vins et de boissons artisanales et « Box de vigneron », un abonnement mensuel pour découvrir deux ou trois bouteilles de vins chaque mois.
« Rapprocher les consommateurs des vignerons »
Tout commence en décembre 2016. Arnaud Tarry, ingénieur en informatique, cherche des domaines viticoles typiques d’Alsace pour son mariage. Amateur de vins depuis une dizaine d’année, il peine à trouver des vignerons qui ne vendent pas dans les circuits de grande consommation. De là naît l’idée de créer une plateforme qui permettrait de faciliter la mise en relation des œnophiles et des vignerons indépendants. Arnaud Tarry concerte son entourage et avec deux amis, il crée la société Wine Cluster dès avril 2017.
L’entreprise strasbourgeoise opte pour un fonctionnement coopératif : elle appartient aussi bien aux fondateurs et investisseurs qu’aux salariés et fournisseurs. Les producteurs viticoles sont des actionnaires de l’entreprise, ce qui leur permet d’être impliqué dans les prises de décisions. Personne n’est majoritaire dans cette Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC).
Outre le fonctionnement coopératif, Wine Cluster repose sur le système des 3″É » : « un système écologique, économique et éco-responsable qui privilégie un circuit court entre producteurs et consommateurs », précise son fondateur, Arnaud Tarry. Cet intermédiaire de vente « qui n’est pas un négociant classique » vise à« rapprocher les consommateurs des vignerons ». Un service de proximité qui se passe d’intrants chimiques puisque 90% de la cave de Wine Cluster est certifiée Agriculture biologique. Certains agriculteurs partenaires ont par ailleurs opté pour la biodynamie.
Jean-Michel Deiss, référence en biodynamie en Alsace, présente la composition du sol du grand cru Altenberg de Bergheim. Le domaine Marcel Deiss est partenaire de la Box du vigneron. (Photo: Arnaud Tarry)
Une « box » pour œnophiles
Pour découvrir régulièrement de nouveaux domaines alsaciens, Wine Cluster lance d’une part Box de vigneron. Ce service de livraison mensuelle sur abonnement, permet de déguster chaque mois des vins régionaux. Les bouteilles proviennent d’une vingtaine de domaines alsaciens tous indépendants et hors des circuits conventionnels de distribution.
Trois abonnements existent. Allant de 24,99 à 54,99 euros par mois (auxquels on ajoute 4,99 euros de livraison), chaque box contient pour le moment deux et à terme trois bouteilles de vins ainsi qu’une présentation des domaines et des vins du mois.
L’abonnement se veut équitable et coopératif: ce sont les producteurs viticoles qui fixent eux-mêmes les tarifs des bouteilles de vins et le contenu des box s’adapte en fonction des propositions des vignerons. 70% du prix de la box revient aux producteurs et 30% à la coopérative, pour couvrir les frais de fonctionnement et de colisage. Depuis avril, près de 180 personnes se sont pré-inscrites .
Les vins du domaine Zinck à Eguisheim pourront être livrés par Strasdrink à partir du 1er août. (Photo: Arnaud Tarry)
La livraison express de vins… à vélo
Wine Cluster s’inspire par ailleurs des plateformes de livraison à domicile comme Deliveroo et Foodora. Elle a crée une autre service, Strasdrink, qui propose des livraisons express à vélo de boissons locales. Vins, crémants, bières, jus de pomme, thé fermenté ou maté, une centaine de boissons peuvent être livrées tous les jours de 10h à 22h. Elles arrivent en une heure et à température, prêtes à être dégustées. Comme pour Box de vigneron, les producteurs (douze viticulteurs et cinq producteurs de boissons artisanales) définissent leurs prix de vente à Strasdrink et valident les prix de vente pratiqués sur le site, compris entre 1,95€ à 62€. Les commandes se font sur le site, il n’existe pas d’application, mais un projet est en cours de développement.
Les premiers mois, Arnaud Tarry et ses associés se chargeront eux-même de la livraison à Strasbourg Grande-Ile, Cronenbourg ainsi qu’à Schiltigheim. Mais d’ici octobre, le périmètre pourrait être élargi et des coursiers devraient être embauchés. À la différence des bikers Deliveroo, « rémunérés au lance-pierre » selon Arnaud Tarry, les livreurs Strasdrink seront salariés et non auto-entrepreneurs. Ils bénéficieront donc d’un salaire fixe et de couvertures sociale et retraite. Ce statut de salarié expliquent le coût de livraison plus élevé que sur d’autres plateformes de type Uber (5 à 7€ sur Strasdrink contre 2,50€ Deliveroo).
Des nouveautés à venir dans l’année
Wine Cluster compte exporter ses services à d’autres régions sur le long terme. Plus tard dans l’année la petite entreprise devrait ainsi lancer Citywine, une service de stockage de vins pour citadins et professionnels de la restauration. L’application pour smartphone prévoit aussi une encyclopédie collaborative, nommée « Eva ». Elle permettra notamment de donner de son avis sur des vins, recommander des bouteilles, et de souscrire aux différents services de Wine Cluster.
Pour permettre l’organisation de centres aérés pendant l’été, la Ville de Strasbourg prête les locaux de plusieurs écoles aux associations de centres de loisirs qui en font la demande, dont des associations religieuses. Gratuits et sans contrepartie, ces prêts interpellent des associations de parents d’élèves.
La sonnerie de fin d’année scolaire a retenti le 7 juillet. Finie l’école, place aux centres aérés. Ils sont nombreux à accueillir les enfants à Strasbourg cet été : 15 accueils de loisirs en juillet et 13 en août sont organisés par la Ville pour les 3-6 ans et près d’une trentaine d’associations proposent leurs propres centres aérés. Si certains possèdent leurs propres locaux, d’autres se sont installés dans les écoles publiques.
La municipalité met en effet à disposition les locaux des écoles publiques, gratuitement, aux associations détentrices de l’agrément jeunesse et sport (officiellement appelé « agrément jeunesse et éducation populaire ») qui en font la demande. Selon Julie Araneder, directrice de l’Enfance et de l’Education à la Ville de Strasbourg :
« Dès qu’une association a l’agrément jeunesse et sport, elle bénéficie de la location gratuite des locaux publics. C’est une tradition, je ne sais pas de quand cela date. En revanche, l’association a l’obligation de valoriser cette occupation sous forme d’avantages en nature, de les déclarer au titre de subvention de la Ville. »
Bien que gratuits pour ces associations, l’usage des locaux par des armées de bambins déchaînés implique une consommation d’eau et d’électricité, par exemple pour la cuisine collective lorsqu’elle existe. Ce coût, ainsi que le nettoyage par son propre personnel, est supporté par la Ville, qui assure qu’il est difficile à évaluer car les consommations d’eau et d’électricité pour les quelques semaines d’utilisation estivale s’intègrent dans la consommation annuelle.
Près de 300 enfants sont parfois attendus dans les écoles. (Photo Christian Bachellier / Flickr / cc)
Des craintes de dégradation
À l’heure où chaque agent de la Ville est sous la pression de la redoutée « commission de la sobriété », cette générosité étonne. Mais surtout, le prêt des locaux occasionne parfois quelques tensions avec les utilisateurs habituels.
Comme à l’école de la Robertsau, occupée du 10 au 28 juillet par le centre de vacances de l’association Jeunesse Loubavitch, issue d’un courant juif orthodoxe. Près de 300 enfants de tous âges y sont installés. Manon Graff, secrétaire de l’Association des parents d’élèves indépendants (APEI) de la Robertsau, s’inquiète :
« On a eu de mauvais échos suite au passage du centre Loubavitch à l’école Schwilgué. Il y a eu des dégâts matériels. »
Daniel Benech, le directeur du centre de loisirs, reconnaît qu’il a pu y avoir des dégâts par le passé mais se veut rassurant :
« Nous souscrivons à une assurance avant le début du centre de loisirs. Les enfants sont des enfants… Il peut arriver qu’il y ait une vitre cassée, mais ça arrive rarement. »
Les associations qui ont l’agrément jeunesse et sport bénéficient de l’accès gratuit aux locaux. (Plume Médiathèques / Flickr / cc)
Du côté de la municipalité, Françoise Buffet, adjointe au maire en charge de l’éducation, indique n’avoir jamais « eu de problème avant concernant la remise des locaux dans leur état d’origine. » Mais la Ville recommande tout de même de fermer les armoires à clé, voire de les retourner contre le mur. Françoise Buffet précise :
« Dans certains salles, on met de côté dans les placards les jouets et le matériel pédagogique. Ça simplifie les choses au moment de l’état des lieux de sortie, parce qu’eux-mêmes apportent leurs propres outils et jouets, donc ça évite de les mélanger. »
Nettoyage d’été plus compliqué
La Ville a également conseillé aux enseignants de ranger leurs affaires, mais à la Robertsau, le manque de place et de temps (le centre de vacances commençait seulement trois jours après les vacances scolaires) a rendu cette opération difficile.
Autre désagrément : le nettoyage annuel des écoles a lieu habituellement en juillet. Avec l’organisation d’un centre de vacances, c’est impossible. À la Robertsau, lors des premières discussions entre la Ville, les représentants de l’association Loubavitch et de l’APEI, la municipalité avait suggéré de reporter ce nettoyage aux vacances de la Toussaint. Un peu léger, sachant qu’il faut en général quatre à cinq semaines pour nettoyer les locaux du sol au plafond. Finalement, le responsable technique du site est parvenu à obtenir qu’il soit effectué en août. Les agents ont alors appris en juin qu’il devaient avancer leurs congés d’août à juillet, en perdant au passage pour certains leur réservation de vacances. Cinq renforts seront aussi ajoutés pour que tout soit terminé avant que les enseignants investissent les classes fin août.
Qui peut bénéficier des locaux d’une école publique ?
Du côté de l’APEI de la Robertsau, la location d’un bâtiment public à une association religieuse orthodoxe est un autre aspect qui dérange :
« Les locaux appartiennent à la Ville de Strasbourg, mais pour nous c’est une école laïque de la République, et qui doit donc être ouverte à tous. Or sur le site de Gan Israël [dédié au centre de vacances], on apprend que l’association sépare les garçons et les filles. Nous estimons qu’une association doit être ouverte à tous et favoriser la fraternité. »
Sur cette question, Daniel Benech précise :
« Tous les enfants de l’Eurométropole de Strasbourg peuvent y participer dans la mesure de nos possibilités d’accueil. Les garçons et les filles ne sont pas séparés, ils ont des activités différentes. »
Une vingtaine d’associations, dont une majorité d’associations de centres socio-culturels, utilisent les écoles de Strasbourg durant l’année. Durant l’été, outre l’école de la Robertsau à l’association jeunesse Loubavitch, la Ville de Strasbourg prête les écoles Erckman Chatrian et Gutenberg à l’association familiale Montagne Verte (AFMV), l’école de la Musau à la confédération syndicale des familles et l’école Schoepflin à l’association du CSC Fossé des Treize.