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Mardi au Mudd, le hardcore frais et efficace de Piedbouche

Mardi au Mudd, le hardcore frais et efficace de Piedbouche

Piedbouche est un jeune groupe de hardcore déjanté et explosif de Strasbourg. Après la sortie de leur premier mini-album, ils investissent le Mudd Club aux côtés de leurs potes de LMDA et du groupe phare mexicain Thell Barrio pour une soirée qui se promet d’être jouissive. Ça va être la bagarre !

C’est Stef, alias DJ Captain’Acab, qui a invité le meilleur groupe de hardcore latino du moment, Thell Bario, pour faire bouger le Mudd et Strasbourg en cette période estivale. Se joignent à eux un trio que j’aime beaucoup, LMDA, qui envoie du lourd avec sa Power Violence délicieuse de rage et de puissance, et Piedbouche, parfaits représentants du dynamisme dévorant qui anime la scène hardcore strasbourgeoise. Ça se passe mardi 1er août, au 7 rue de l’Arc-En-Ciel. Et d’ici-là, on va faire un peu plus connaissance avec Owen, Nem, Q et Charlie, les quatre mignons petits gars de Piedbouche.

Piedbouche
Piedbouche. (Photo Trasher)

« Du two-step, du side to side et du beatdown pour faire le ouf dans le pit »

« Formé il y a plus d’un an, Piedbouche est un quatuor strasbourgeois fun et décadent. Il se compose d’Owen à la basse, de Nem à la guitare, de Q à la batterie et de Charlie au chant. Cette bande de potes enchaînent les concerts depuis 2016 et ils ont sorti, le 7 juillet, leur tout premier mini-album (EP), Hyenas, l’aboutissement de plus de six mois de travail. »

Est-ce que vous pourriez nous présenter rapidement votre style musical ?

« Ouais … Mais c’est chaud ! Bon, au départ, quand on a commencé, on nous a mis l’étiquette hardcore beatdown à cause de notre nom. Mais finalement, on s’est rendu compte qu’on balançait plutôt un hardcore relativement classique. Avec du two-step, du side to side et des passages beatdown pour faire le ouf dans le pit !

On essaie vraiment de garder ce côté énergique, droit dans la gueule. Pas de solos ou de trucs fou. On arrive, on envoie et on se casse, tout en gardant une espèce d’énergie positive. Rester à la base du punk hardcore (HxC) quoi, de l’énergie, de la bonne ambiance et de la violence. »

Quelles sont vos différentes influences, les groupes qui vous plaisent ?

« Ça, c’est du dossier. Il y aurait beaucoup trop de choses à dire… Certains d’entre nous sont plus dans un trip beatdown pur et dur, alors que d’autres sont dans un délire plus old school ou punk hardcore. On a même des influences qui n’ont strictement rien à voir avec le hardcore ! On peut te citer quelques groupes qui nous parlent : Madball, Terror, Nasty, First Blood, Get The Shot, Hatebreed…

En fait, si tu devais tomber sur ce qu’on écoute quand on part ensemble en concert, tu péterais un plomb tellement c’est varié ! »

Y a-t-il d’autres choses qui vous inspirent ? Il me semble que le cinéma vous parle pas mal par exemple.

« C’est vrai qu’on a un gros délire avec les films d’actions des années 80 et 90, ceux avec Stallone, Schwarzy, tu vois le genre. On n’a jamais vraiment poussé le vice à fond dans cette direction, mais il y a deux ou trois passages de notre EP qui en sont clairement inspirés. »

« Jouer au Mudd, une première pour nous »

Est-ce que vous pouvez me parler un peu de Hyenas, votre premier EP ?

« Ouais, bien sûr ! On a officiellement sorti notre premier EP en version physique et digitale depuis le 7 juillet, et on est super content ! Il s’appelle Hyenas. Il est composé de sept titres, dont un featuring avec Jay de SpitBack qui déboîte ! On en est super fier, autant pour le son qui a été assuré par notre pote Max, l’ancien batteur de SpitBack, à son studio MGProZikTion, que pour le boulot de dingue qu’a fait Clément TNTi sur le visuel des hyènes pour la pochette et les t-shirts. Merci à eux deux, big up !

Il faut dire qu’il est tout frais mais on a déjà eu des retours qui font plaisir ! Le plus dur reste à faire maintenant : défendre notre EP sur les routes ! »

Quels sont les concerts que vous avez le plus aimé faire pour le moment ?

« C’est chaud, tu veux qu’on se prenne la tête avec des gens ? (rires) Écoute, on a déjà joué avec des groupes assez connus comme Siberian Meat Grinder ou Thell Barrio. Mais l’un de nos meilleurs souvenirs reste la date qu’on a fait à Dijon l’année dernière avec Reign Over et SWR : c’était terrible ! On a aussi fait des super soirées en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Et puis, forcément, jouer à domicile, à Strasbourg, ça reste quelque chose d’assez émouvant. C’est toujours la classe de voir tous tes potes soutenir la scène ! Franchement, c’est que du positif en ce moment… On rencontre à chaque fois des bons groupes, des gens très sympas, c’est vraiment cool ! »

Piedbouche

Et comment vous sentez-vous à l’approche du concert au Mudd Club ?

« On est super excité ! On n’a encore jamais joué au Mudd, ce sera une première pour nous ! On a vraiment hâte, surtout qu’on a déjà assisté à la race de concerts là-bas, c’est une salle incontournable à Strasbourg ! Donc on attend que ça.

En plus c’est vraiment chouette d’avoir l’opportunité de jouer une nouvelle fois avec un groupe de cette ampleur, Thell Bario, surtout pour une formation récente comme la nôtre ! Même avant de partager une scène avec eux à Fribourg, on les écoutait déjà beaucoup et on a toujours apprécié leur style. On est d’autant plus heureux que Stef ait pensé à nous pour cette date puisque nous allons pouvoir jouer avec nos copains du groupe Le Mal des Ardents. Bref, un très beau moment en perspective. »

Avez-vous d’autres concerts prévus dans les prochains temps ?

« Oui, pas mal d’ailleurs. On va bouger à Rumilly, près d’Annecy, début septembre, au Full Of Hate Festival où on jouera une nouvelle fois avec la SpitBack family. On ira également à Limoges fin septembre. On a plusieurs dates sous le coude pour la fin de l’année. »

Et quels sont vos projets en cours ou à venir ?

« On est en train de prévoir un premier clip. On trouve que c’est important de présenter nos morceaux sur un format vidéo car ça donne vraiment une autre dimension à notre musique. En plus, on ne va pas se mentir, on adore ça ! Quelques vidéos sont déjà disponibles sur notre chaîne YouTube, mais ce sont les versions démo de nos chansons. Il vaut donc mieux attendre encore un peu pour les clips des versions définitives présentes sur l’EP. »

Piedbouche
Piedbouche : ils ont l’air sages comme ça, non ? (Photo Will Mariani)

« Un truc qui t’arrive en pleine gueule sans prévenir ! »

Quel regard posez-vous sur la scène locale ? On peut dire qu’elle est assez riche et dynamique, quel est votre avis ?

« C’est clair que, niveau organisation de concert, on a de quoi faire sur Strasbourg ! Encore faut-il que le public suive… Ce qui n’est jamais donné. On connait pas mal de types qui se déchaînent pour faire de Strasbourg une ville où tu peux assister à des concerts de qualité toutes les semaines.

D’ailleurs, nous organisons des « Strasbourg Hardcore Shows » le plus souvent possible, histoire de développer une scène hardcore dans notre belle ville. On essaye de programmer des groupes locaux et d’autres venus de plus loin, aussi bien d’Europe que d’ailleurs ! Parce que des groupes de musique sur Strasbourg, il y en a un paquet, mais orientés HxC ça devient plus compliqué…

Après, c’est toujours compliqué de jouer au centre-ville, il faut bien le reconnaître… Le bruit, les voisins, tout ça… C’est des prises de tête à n’en plus finir, mais on n’a pas le choix, on doit faire avec. Nous, tout ce qu’on souhaite, c’est voir de plus en plus de monde se bouger pour assister aux concerts, voir de plus en plus de groupes HxC sortir de l’ombre et pouvoir faire de plus en plus de soirées de dingues avec des gens cools ! »

Et on termine par la plus importante des questions, c’est quoi ce nom de groupe ?

« En fait, avant que Charlie rejoigne le groupe, on avait un autre chanteur. Et pendant un concert de Spitback, celui-ci dansait dans le pit qui était vraiment minuscule. Dans l’élan, il a levé son pied un peu trop haut, pied qui s’est délicatement écrasé en plein sur la bouche de Nem… Ce qui lui a valu quelques dents pétées. Pendant ce même concert, Owen a fait un side-to-side et a aussi malencontreusement envoyé son pied dans la tronche d’un pote qui est batteur dans DCA (groupe de Beatdown de Metz). Lui s’en est tout de même mieux tiré ! Et depuis, on s’appelle comme ça, parce que ça nous fait marrer. « Pied-bouche » c’est un terme assez souvent employé dans le hardcore, et puis ça reste en tête !

En plus, vu qu’on tient à placer dans nos chansons des passages en français, on voulait absolument un nom à consonance francophone. Et puis ça va bien avec la direction qu’on voulait donner au groupe : un truc qui t’arrive en pleine gueule sans prévenir ! »

#LMDA#Piedbouche

Gagao lève 700 000€ et s’installe à Paris et Bordeaux

Gagao lève 700 000€ et s’installe à Paris et Bordeaux

Gagao a réussi une levée de fonds de 700 000 euros. L’enseigne de « coffee shop bio et équitable » fondée en 2014 à Strasbourg va ouvrir de nouvelles boutiques à Paris et à Bordeaux et une application pour concevoir et réserver ses consommations.

Plus de trois ans après son ouverture, la cacaotéria Gagao vient de réussir une levée de fonds de 700 000 euros afin de permettre et soutenir sa croissance. Pour son président, Stéphane Gross, le recours à ce type de financement était une évidence :

« L’accès aux financements classiques de type bancaire est réservé aux sociétés qui ont fait leurs preuves. Les nouvelles sociétés, les start-up qui doivent prouver qu’elles sont viables n’y ont pas accès. C’est pourquoi nous avons eu recours à une levée de fonds. »

L'enseigne de cacaotéria s'apprête à ouvrir de nouveaux points de vente. (BR/Rue89Strasbourg)
L’enseigne de cacaotéria s’apprête à ouvrir de nouveaux points de vente. (Photo BR / Rue89 Strasbourg)

L’ouverture de nouveaux points de vente

De nombreux investisseurs ont répondu à l’appel, qui seront regroupés dans un comité consultatif sans pouvoir de décision dans l’entreprise. Parmi eux, une quinzaine de particuliers, des fonds régionaux (ADER et A2I), des banques (BPI, Caisse d’Épargne d’Alsace) et la Région Alsace. Cette levée de fonds intervient alors que Gagao s’apprête à lancer de nouveaux projets, explique son président :

« Notre objectif est de pouvoir réaliser plusieurs projets de manière autonome financièrement et démontrer l’efficacité de notre modèle économique. Concrètement, ça se traduit par l’ouverture et le financement de quatre nouveaux points de vente à Paris, Strasbourg et Bordeaux. »

En plus de l’ouverture de ces nouveaux points de vente (dont un à la gare de Strasbourg dès septembre 2017), l’enseigne travaille sur le développement de sa gamme de produit. Des viennoiseries bios devraient ainsi voir le jour à la rentrée, un produit que Gagao se targue d’être le seul à proposer.

Digitaliser l’expérience client

Stéphane Gross envisage aussi de « digitaliser l’expérience client » :

« En utilisant les nouvelles technologies, on vise à améliorer l’expérience du client. On veut effacer l’acte de choix, de paiement : depuis son portable, l’usager pourra créer sa propre boisson personnalisée. Il la paiera directement et n’aura plus ensuite qu’à venir la chercher. On se débarrasse de l’accessoire pour valoriser le produit. »

L’enseigne souhaite également étendre son réseau en franchises, qui se limite actuellement à trois boutiques. Stéphane Gross, qui a déjà repéré deux locaux à Strasbourg, est désormais à la recherche d’entrepreneurs pour développer le réseau Gagao.

#Gagao

Baisse des APL : qu’en est-il à Strasbourg ?

Baisse des APL : qu’en est-il à Strasbourg ?

Alors que le gouvernement a annoncé son intention de diminuer les aides au logement de cinq euros par mois à partir de l’automne prochain, petit tour d’horizon de la situation à Strasbourg.

Au 31 mars 2017, d’après les données de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) du Bas-Rhin, 55 827 personnes bénéficiaient d’aides au logement (dont les APL) à Strasbourg. Parmi elles, 18 127 étudiants, soit près de 32% de l’ensemble des bénéficiaires.

Un tiers du loyer étudiant

Ces derniers perçoivent en moyenne 161,11 euros par mois. Sachant que le loyer moyen d’un logement étudiant est de 447 euros à Strasbourg, cette somme n’est pas négligeable : elle en représente plus d’un tiers (36%). Au total, près de 31% des étudiants strasbourgeois sont concernés par le versement d’une aide au logement.

« Si à 18, 19 ans vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève cinq euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? », a lancé la députée LREM Claire O’Petit, interrogée par Le Huffington Post. Les internautes se sont fait une joie de lui répondre, en postant des photos des courses qu’ils font pu faire avec cinq euros.

Plus de 30% des étudiants strasbourgeois sont concernés par les APL. (Photo Academia Christiana / Flickr /cc)
Plus de 30% des étudiants strasbourgeois sont concernés par les aides au logement. (Photo Academia Christiana / Flickr /cc)

Mais les étudiants sont loin d’être les seuls bénéficiaires de ces aides. On trouve 37 700 autres bénéficiaires aux profils multiples à Strasbourg : des personnes isolées sans enfant (50% des bénéficiaires non-étudiants), des couples avec ou sans enfant ainsi que des familles monoparentales. La CAF leur verse une allocation mensuelle moyenne de 223,42 euros.

3 349 620 euros par an en moins à Strasbourg ?

Tous seront impactés par la décision gouvernementale, car le Gouvernement ne vise pas que les Aides personnalisées au logement (APL), les Aides de logement à caractère social (ALS) et à caractère familial (ALF) sont aussi concernées.

La CAF du Bas-Rhin n’a pas été en mesure d’estimer exactement la baisse des dépenses que cette mesure engendrera, car le nombre d’allocataires fluctue au cours de l’année. Néanmoins, en se basant sur le nombre de bénéficiaires et sur le montant de l’allocation mensuelle moyenne, on obtient une somme indicative de 279 135 euros par mois, soit 3 349 620 euros par an.

Jeunes, Musulmans et Strasbourgeois, ils sont fatigués des clichés

Jeunes, Musulmans et Strasbourgeois, ils sont fatigués des clichés

Rencontre avec trois jeunes musulmans de Strasbourg, qui plaident pour un retour aux sources spirituelles loin des dérives commerciales du ramadan, et pour renforcer les liens interreligieux.

C’est avenue de la Forêt noire, dans le bâtiment de l’Aumônerie Universitaire Protestante de Strasbourg, qu’a lieu la rencontre avec les jeunes musulmans de l’association Coexister (Voir encadré ci-dessous).

Sara, Ahmed et Hassan recoivent dans un local simple : un bureau, une table basse, des armoires, des chaises. Entre les fenêtres, une affiche de l’association. Au dessus d’une petite banquette, une petite bibliothèque suspendue. Les jeunes cumulent les casquettes : étudiants, bénévoles, musulmans pratiquants, jeunes adultes, et pour Hassan, jeune papa. Il vient à peine de passer la trentaine et ce soir-là, il a emmené son fils de un an avec lui. En quelques secondes, Sara l’a adopté.

À 22 ans, elle est étudiante en licence d’anglais et elle cumule avec un service civique à l’association Coexister. Cela lui permet de concilier facilement plusieurs facettes de sa vie. Sur le campus, elle se fond dans la masse des étudiants et sort avec ses amis et sa meilleure amie. Même si elle concède que ça n’a pas toujours été facile avec elle :

« Ma meilleure amie est athée. On était beaucoup en conflit. Mais maintenant ça va mieux. Avoir des personnes différentes, c’est ça qui rend plus riche. »

C’est aussi cela qu’elle est venue chercher dans Coexister, où elle endosse le rôle de la croyante, avec son turban sur la tête qu’elle garde à la fac. Elle nous parle de son rapport à la religion, qui apparaît en filigrane dans sa vie de tous les jours (elle dit « faire la base »), et qui s’intensifie par périodes, par phases :

« Moi je suis les cinq piliers de l’Islam, c’est-à-dire le jeûne, la prière, la zakat (l’aumône aux plus pauvres), la profession de foi, et, à l’avenir, le pèlerinage. Je vais à la mosquée surtout à l’Aïd, donc au moins deux fois par an, et parfois quand j’en ressens le besoin, je prie, ou je lis le Coran. Et tout ça est exacerbé pendant le ramadan. »

« En fait, ça veut dire quoi être pratiquant ? »

Ahmed-Burek, qui débute une licence maths-physique-chimie, n’a que 19 ans, et sur la question de la pratique, il est plutôt philosophe. Il se voit d’abord comme un étudiant lambda, qui respecte certains préceptes dus à sa religion :

« En fait ça veut dire quoi être pratiquant ? C’est très subjectif. Pour certains, ne pas avoir de relations avant le mariage, c’est être super pratiquant. Pour moi c’est juste normal, c’est comme faire ses prières. Ce n’est pas être trop à fond, c’est juste être croyant. »

Même son de cloche du côté d’Hassan, qui pointe que la pratique est fluctuante et qu’il est difficile de savoir ce que c’est, d’être beaucoup ou peu pratiquant. Il définit son rapport à la foi comme un élément intégrant de sa personne, mais pas toujours investi. Il y revient de temps en temps, par la prière notamment :

« C’est une notion assez relative. Il y a des moments où on pratique plus que d’autres : dans l’épreuve, dans la joie… Pendant le ramadan aussi, il y a une ambiance spéciale ».

Le ramadan pour se rebooster

C’est pendant ce mois de jeûne du ramadan qu’ils retrouvent leurs proches, mais aussi eux-mêmes. Ahmed raconte qu’il aime cette ambiance, meilleure dans la communauté en France qu’en Turquie par exemple, le pays d’origine de ses parents :

« Ici on va se rencontrer à la mosquée, je vais retrouver mes amis le soir et on mange tous ensemble. Mais avec le jeûne, il y a aussi la spiritualité qui se ressent vraiment. Et puis ça fait réfléchir, on pense aux gens qui n’ont rien à manger. »

Sara trouve des côtés positifs à ce véritable challenge :

« En fait le jeûne est constamment là, c’est vraiment physique, mais c’est ça qui est bien. C’est aussi un moment pour demander pardon à Dieu, se recueillir. »

Hassan trouve que c’est le côté éprouvant qui réunit les foules et ravive la flamme :

« Il y a vraiment une dimension spirituelle, une vraie motivation à se lever aux aurores. Même si la fin du mois est difficile, il y a quelque chose qui se passe. On voit par exemple que les mosquées sont pleines, alors que d’habitude, seules trois, quatre rangées sont occupées. »

Entre deux partiels, les jeunes musulmans de Coexister plaident pour un retour à l'essentiel (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Entre deux partiels, les jeunes musulmans de Coexister plaident pour des fêtes religieuses moins commerciales (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Des fêtes religieuses moins commerciales

Mais les jeunes regrettent les dérives du ramadan. Ils racontent que, comme de nombreuses fêtes religieuses, l’enjeu s’est commercialisé. La forme peut prendre le pas sur le fond et les temps de convivialité frôlent parfois l’exagération sur les quantités de nourritures. Sara plaide pour une fête moins commerciale :

« En fait c’est tous les soirs Noël ! Il y a une bonne ambiance et tout, mais il y a un côté surconsommation. Pendant le ramadan, la consommation des familles augmente de 30% ! C’est tout un business. Moi justement j’essaye de calmer les choses. Le ramadan c’est un retour à ma ligne, c’est mon moment détox ! »

Hassan l’assure, les jeunes s’en rendent compte et n’en veulent plus :

« Nous, la génération d’aujourd’hui, dans notre couple et notre nouvelle famille, on ne fait plus d’énormes repas à la tombée de la nuit. Il y a une prise de conscience dans la jeunesse musulmane, une volonté de revenir à l’essentiel. »

Surtout, Sara veut rappeler qu’il n’y a pas que le jeûne. Le ramadan est là pour rappeler les exigences de sobriété et l’importance d’épurer un peu son quotidien :

« Le ramadan c’est plein de choses, faire attention à son langage, ne pas avoir de relations sexuelles, etc. »

Finalement c’est Ahmed qui résume le mieux leur pensée sur le mois de jeûne. C’est un « pic de foi » qui rappelle la sobriété et la piété que les croyants musulmans devraient toujours adopter :

« En fait, ce que dit Sara, ce sont des comportements qu’on doit avoir toute l’année… Mais le ramadan, ça nous rebooste un peu. »

Nourrir sa foi à partir de l’éducation

Ils n’attendent cependant pas le ramadan pour avoir cette réflexion sur leur foi. Tous trois éduqués dans la foi musulmane et ayant des familles pratiquantes, ils expliquent se l’être appropriée, pour en faire le fruit d’un cheminement personnel, et pour réussir à concilier la spiritualité avec les challenges d’une société moderne, notamment les avancées scientifiques.

Ahmed, le scientifique de la bande, raconte être passé par des questionnements et tout un cheminement de recherche :

« On m’a toujours dit que sciences et religions étaient contradictoires. Vers 13 ans j’ai eu des questions, sur l’évolution, tout ça. J’ai fait beaucoup de recherches, j’ai eu de longues discussions avec mes professeurs… Et au final, mon avis est que les deux ne sont pas incompatibles. »

Pour lui, il y a plus d’acquis que d’héritage. Être un adulte croyant consiste à prendre du recul sur la religion, à être capable de la critiquer :

« En fait on est né dans cette foi et on a appris des choses comme au catéchisme, mais après on se fait sa propre opinion. Croire qu’on est musulman parce que les parents sont musulmans, c’est simpliste. On va forcément se remettre en question à un moment, surtout dans la société d’aujourd’hui. »

Pour Sara, ce sont ces mêmes doutes qui renforcent ensuite la foi :

« Ma famille est croyante et j’ai eu cet héritage là, une base, une éducation sur les textes. Si on ne se remet pas en question, on suit les parents de manière stupide. Les questionnements, c’est ça qui nous fortifie. »

Pour Hassan, il peut y avoir des dérives, et il regrette que certains puissent avoir une pratique trop dogmatique, trop attachée au texte littéral, sans interprétation ou adaptation à l’époque actuelle :

« Dans ma famille, tout le monde est plus ou moins pratiquant, plus ou moins exigeant. Certains ont vraiment une religion « héritée », sans se poser la question de ce qui relève de la religion et de la culture. Il faut avoir confiance en nos parents, mais aussi mettre une certaine distance. »

La lecture et le partage font partie intégrante de la mentalité "Coexister" (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
La lecture et le partage font partie intégrante de la mentalité « Coexister » (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Quand la laïcité efface les religions

C’est ce questionnement, cette volonté d’ouverture, qui les a poussés à rejoindre une association comme Coexister, où ils disent pouvoir partager quelque chose de spirituel, même avec des pratiquants d’autres confessions. À cette époque où le risque de repli sur soi et de stigmatisation est de mise, ils veulent s’engager pour la laïcité, mais « la vraie » à leurs yeux, celle qui « garantit à tous la possibilité de pratiquer sa religion. »

Ce n’est pas les anecdotes qui manquent aux trois bénévoles pour illustrer leur méfiance vis à vis des interprétations de la laïcité. Hassan rappelle le cas d’un rabbin dont on a refusé l’entrée dans un bureau de vote à Toulouse car il portait une kippa. Ahmed raconte qu’un professeur de fac n’a pas voulu faire cours car une des étudiantes était voilée. Sara enrage un peu sur les débats réguliers qui reviennent et qui mettent en contradiction deux de ses facettes, étudiante et musulmane :

« La loi de 2004 sur le voile à l’école a entre autres été mise en place car on estime qu’un enfant ne doit pas être mis sous influence. Pourquoi alors ce débat sur le voile à la fac, qui concerne des adultes ? Les gens croient que la laïcité veut dire « pas de religion », mais non ! La laïcité cela veut dire que l’Etat est neutre, pas les gens ! »

« Quelle idée de se mettre un bout de tissu sur la tête ? »

Pour Ahmed, c’est un climat entretenu partout, y compris chez les principaux responsables publics :

« Quand Attika Trabelsi de l’association Lallab a débattu avec Manuel Valls à l’Émission Politique, il a dit “qu’est-ce que c’est que cette idée de se mettre un bout de tissu sur la tête ?” Ces gens-là participent à créer la confusion et l’incompréhension. »

Les trois jeunes ont vraiment senti un changement du regard porté sur eux depuis la série d’attentats qui a touché l’Europe et la France. Ahmed a rencontré des gens qui, ignorant sa confession, se sont lancés dans des diatribes sur les Musulmans « infiltrés en France », essayant de le convaincre, lui et les gens autour.

Hassan explique qu’au bureau (il est fonctionnaire), la donne a clairement changé :

« J’ai senti un changement au travail, dans les discussions avec les collègues etc., on sent une animosité. On entend les gens parler dans les couloirs, on sent une certaine tension. »

La grande mosquée de Strasbourg. Sara, Ahmed et Hassan se redent surtout aux cultes en période de ramadan. (Photo Claude Truong-Ngoc / wikimedia / cc)
La grande mosquée de Strasbourg. Sara, Ahmed et Hassan se rendent surtout aux cultes en période de ramadan. (Photo Claude Truong-Ngoc / wikimedia / cc)

« Se justifier, c’est relou »

Et comme souvent quand il y a crise, les femmes sont les premières concernées. Ahmed pense que les plus touchées sont les femmes voilées. Sara semble vraiment épuisée du climat qui pousse à la suspicion autour des Musulmans :

« Il y a une fixation sur les Musulmans. Dans mon environnement ça va, à Strasbourg, entre étudiants, ce sont des milieux ouverts. Mais si j’étais à la campagne, je le sentirais je pense. Ma mère le sent au travail aussi. Elle est voilée et travaille dans une crèche. Elle a peur de se faire renvoyer maintenant. Les gens commencent à soulever des questions et ont de nouvelles exigences, en insistant pour qu’il y ait du porc à la cantine par exemple. »

Elle regrette un climat nourri par les représentations faites dans l’imaginaire collectif :

« Dans les médias, c’est vraiment l’incompréhension qui règne. À la TV, tu vois que les gens qui font des conneries te ressemblent physiquement. Le pire c’est sur Internet, je regarde les commentaires. Je me dis mais pourquoi pensent-ils ça ? Les gens se défoulent sur une communauté, pourquoi ? Alors que la proportion des Musulmans en France c’est quoi, 6-7% ? (une récente enquête l’estime à 5,6%, NDLR) Il faut toujours se justifier, expliquer. C’est relou. »

« La reconnaissance de la différence de l’autre »

Du coup, ils se réjouissent du fait qu’une association comme Coexister favorise la communication. Car plus que le vivre ensemble, simplement se fréquenter et se passer à côté les uns des autres, les membres de Coexister veulent montrer que des activités communes sont possibles, une construction à plusieurs, une valeur ajoutée.

L’association leur permet une activité sociale à la fois en tant que musulman, mais aussi simplement en tant que jeune, qui veut participer à des temps conviviaux avec d’autres jeunes, croyants ou athées. Les événements organisés par l’association en attestent : visite de l’église orthodoxe serbe de Koenigshoffen, visite du Struthof, « kawaa » mensuel (rencontres sur différents thèmes autour d’un café avec l’association partenaire Kawaa)…

Pour Hassan, c’est la meilleure manière de s’engager dans l’associatif religieux. Et cela fait partie de la solution pour changer les esprits :

« J’avais déjà un parcours dans les associations musulmanes, mais là j’ai décidé de venir à Coexister. Dans notre communauté, chez les Musulmans, on parle beaucoup d’aller vers les autres. Avec tout ce qu’on prend dans la tête, c’est essentiel ».

Il pointe l’hypocrisie de l’universalisme à la française :

« Il faut se rendre à l’évidence : en France, on est multiculturel, alors comment on fait pour vivre ça ? Par exemple en faisant ce que fait Coexister. La base, c’est la reconnaissance de la différence de l’autre. »

Autour d’un kawa par exemple.

Gardons « En Marche » démocratique et décentralisé !

Gardons « En Marche » démocratique et décentralisé !

Les adhérents de « En Marche » ont jusqu’au dimanche 30 juillet pour voter les statuts constitutifs du mouvement fondé par Emmanuel Macron. Mais certains membres fondateurs dénoncent une dérive autocratique et centralisatrice du parti, rebaptisé « La République En Marche » (LREM). Ils appellent à voter « non », comme Gérard Bouquet, conseiller municipal et communautaire de Schiltigheim.

Au commencement, « En Marche » était une promesse de renouveau.

Organisé comme un mouvement citoyen, libérant la parole dans des réunions de campagne très suivies pendant la campagne présidentielle, il a incontestablement soulevé l’enthousiasme. Beaucoup y voyaient un changement de méthode par rapport à de vieux partis politiques épuisés par leur pratique du pouvoir et ce qui apparaissait comme une sclérose de leurs structures. Et de fait, les réunions par comité local ou comité thématique, ont été de grands moments de partage démocratique entre des participants issus de familles politiques et de milieux très diverses, avec beaucoup de personnes non-encartées.

Le principe d’une adhésion gratuite au mouvement avait sans doute favorisé l’afflux d’inscription, jusqu’au chiffre revendiqué actuellement de 370 000 adhérents. Quelques doutes sur la gouvernance avaient commencé à apparaître sur la procédure jugée opaque de sélection des candidats aux législatives. De fait, il n’a jamais été possible de connaître clairement les critères de choix de la commission Delevoye.

Une fois passée l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République et d’une majorité absolue de députés EM à l’Assemblée Nationale, le temps est venu de structurer le mouvement.

Les adhérents, membres depuis plus de trois mois, sont donc appelés à donner leur avis, entre le 23 et le 30 juillet, sur des statuts de ce nouveau mouvement rebaptisé LREM (La République en Marche).

Emmanuel Macron alors qu'il était
Emmanuel Macron alors qu’il était « En Marche » à Nevers en janvier (Photo Ville de Nevers / FlickR / cc)

Une structure non-démocratique, centralisée avec des référents « préfets »

Sans entrer dans le détail de cette proposition de statuts, elle appelle une critique ferme, tant le mode de fonctionnement proposé est centralisateur et non-démocratique. Par principe, pour qu’un mouvement soit démocratique, ses représentants doivent en être élus. Or ce n’est pas ce qui ressort de ce projet.

En effet, sous le prétexte de ne pas reproduire les errements des anciens partis politiques, la direction de LREM et sans doute l’Élysée, proposent une centralisation et une confiscation totale du pouvoir au détriment des adhérents. Deux points appellent notamment la critique.

D’abord celui de la nomination des référents territoriaux, qui, au lieu d’être élus par les adhérents, sont nommés par la direction du parti, sans que le mode de désignation apparaisse dans les statuts. Censés assurer l’ancrage territorial du mouvement, ils assureront en fait l’ancrage parisien du mouvement au niveau local.

Une Chambre des Lords, plutôt qu’un parlement

Deuxième sujet de contestation : le mode de désignation des instances nationales ; conseil et bureau exécutif. Le conseil, « parlement de La République En Marche », n’est pas élu par la Convention, instance qui réunit l’ensemble des adhérents. Il regroupe l’ensemble des parlementaires, des représentants des territoires (élus et référents territoriaux) ainsi que, pour 20% de ses membres des adhérents tirés au sort. Donc pas d’élection pour ce qui est censé être un « parlement » !

Au niveau supérieur, le bureau exécutif, qui constitue l’organe exécutif du mouvement est bien désigné par le Conseil, mais seulement à hauteur de vingt membres sur trente, les dix autres issus de la « société civile » (?) étant désignés par les vingt membres élus. Un mode de cooptation qui représente un risque fort de « copinage » et de pression du gouvernement.

Comme le dit très bien dans son communiqué du 24 juillet le collectif appelé « La démocratie en marche », qui a introduit un recours pour vice de forme devant le tribunal de Créteil : « les statuts proposés cantonnent (…) les adhérents à un rôle de supporteur et les excluent de la gouvernance, aussi bien locale que nationale. »

Et de fait avec ces nouveaux statuts, les adhérents n’élisent aucun de leurs représentants, tout est confisqué au niveau national par une nouvelle oligarchie non-élue du mouvement.

Pas d’argent pour les acteurs de la victoire

Enfin, dernier sujet de contestation et non des moindres, le financement du parti. LREM a décidé que ses 3 200 comités locaux, répartis dans toute la France, devront subvenir eux-mêmes à leurs besoins, alors que le parti touchera 20,5 millions d’euros de subventions publiques chaque année !

L’autonomie des comités locaux consacrés par les statuts va donc jusqu’à une autonomie financière incompréhensible, quand on considère la part fondamentale qu’ils ont pris dans la victoire électorale et la nouvelle fortune du mouvement !

L’ex-ministre Corinne Lepage, qui a rallié le futur chef de l’Etat dès janvier 2017, l’exprime très bien lorsqu’elle écrit : « une des grandes novations d’Emmanuel Macron, c’est d’avoir suscité le renouvellement de la base militante. Leur dire aujourd’hui qu’ils auront zéro pouvoir et zéro argent, ce n’est pas démocratique et cela ne correspond pas à l’élan suscité. »

Un aveuglement de débutants face à un nouveau « centralisme démocratique » ?

Peut-être que dans leur enthousiasme encore vivace, la majorité des adhérents approuvera les nouveaux statuts, parfois sans doute sans les avoirs lus, mais une structure aussi jacobine et non-démocratique ne pourra que causer très vite des difficultés de fonctionnement et surtout décourager l’action des militants les plus actifs.

Reproduire un « centralisme démocratique » qu’on croyait révolu est une erreur. Pour garder son dynamisme, LREM doit rester un mouvement démocratique et décentralisé.

Voilà pourquoi, malgré les aspects positifs de la proposition de statuts, comme son ambition européenne, la possibilité de rester membre d’un autre parti ou l’autonomie des comités locaux, j’ai voté contre et appelle les adhérents à les refuser.

Plus que les « baronnies », c’est le centralisme qui est à craindre.

Questions sur le passage des lycées du Grand Est aux manuels numériques

Questions sur le passage des lycées du Grand Est aux manuels numériques

Une cinquantaine de lycées, dont 13 en Alsace, passeront aux manuels numériques à la rentrée. Tous les élèves et tous les enseignants n’utiliseront plus que des tablettes et des ordinateurs. La démarche ne fait pas l’unanimité et de nombreuses questions se posent.

Dès la rentrée, 31 000 lycéens du Grand Est, 11 700 en Alsace, n’auront plus à emmener de livres dans leurs cartables tous les matins. À la place, ils emporteront simplement une tablette ou un ordinateur portable, et peut-être un bloc-notes pour s’échanger des mots doux. Une cinquantaine de lycées (49, dont 13 en Alsace) ont été sélectionnés par la Région Grand Est pour devenir des « lycées 4.0 ». On ne sait pas bien à quoi correspond ce chiffre, mais en résumé, l’objectif est de permettre l’utilisation du numérique à toutes les étapes de l’enseignement : cours, manuels, notes, contrôles… et bientôt les examens. Plus de papier.

Et ce n’est qu’une première étape, a indiqué le président de la Région Grand Est, Philippe Richert (LR). Dans quatre ans, tous les lycées auront atteint ce stade « 4.0 ». Annoncée en mars dans une relative discrétion, cette première phase est devenue très réelle pour les parents d’élèves, qui ont reçu début juillet un document les invitant à choisir pour leurs enfants une tablette ou un ordinateur, afin de bénéficier d’une aide financière de la Région. Mais aussi pour les enseignants, qui n’ont souvent pris conscience de l’ampleur des changements qu’en fin d’année scolaire.

Du côté des associations de parents d’élèves (FCPE, PEEP), on déplore une mise en oeuvre trop rapide de cette démarche, qui n’a pas été testée, qui peut coûter cher et dont les bénéfices ne sont pas prouvés. De nombreuses questions se posent. En voici quelques unes avec leurs réponses par la Région Grand Est et les commentaires des associations de parents d’élèves.

Pourquoi avoir lancé cette opération de numérisation des outils pédagogiques ?

Région Grand Est : « l’Éducation nationale est engagée dans un vaste plan appelé « école numérique« . Les collèges seront progressivement amenés à passer au numérique. Il est donc logique que la Région, chargée de l’équipement et de l’entretien des lycées, accompagne la démarche de l’État. 90% des enseignants estiment que les élèves sont plus attentifs avec des contenus interactifs, dont ils maîtrisent les codes. L’enseignement par les outils numérique donne envie aux élèves de s’impliquer davantage. »

FCPE : « Les bénéfices d’une utilisation du numérique dans la délivrance de connaissances ou de savoir-faire n’ont absolument pas été prouvés. C’est même l’inverse. Pour l’ingénieur Philippe Bihouix, le numérique est nuisible à l’acquisition des fondamentaux et fait perdre le goût de l’effort. Une récente étude de l’Université du Michigan a montré que l’ordinateur, plutôt que d’aider, est une source de distraction pour les étudiants. Nous avons demandé un moratoire jusqu’à l’année prochaine. »

Est-ce que les élèves ne vont pas avoir des problèmes d’attention s’ils sont derrière un ordinateur connecté ?

Région Grand Est : « L’idée n’est pas de mettre les élèves pendant huit heures devant un écran. Les enseignants solliciteront toujours l’attention de la classe, pour suivre le cours au tableau. Il s’agit simplement des ressources pédagogiques, qui sont numérisées. Les élèves n’auront à sortir leur ordinateur que lorsqu’ils devront consulter ces ressources ou écrire. »

FCPE : « La question d’utiliser Internet en cours pour faire autre chose (réseaux sociaux, consultation sites, jeux videos…) que de consulter un livre numérique va fatalement se poser. Rappelons que dans les lycées, les téléphones portables sont interdits en cours. En outre, allumer un ordinateur prend plus de temps qu’ouvrir un livre, sans compter les bugs et les problèmes de pannes informatiques qui vont se poser. »

Des ordinateurs de 372€ à 1 056€

Pourquoi avoir choisi de passer tous les élèves d’un lycée en même temps ?

Région Grand Est : « Étant donné l’ampleur des changements, et des investissements en matériel et supports pédagogiques, il nous est apparu plus simple et plus cohérent que tous les élèves et tous les enseignants au sein d’un même lycée passent au numérique en même temps. »

PEEP : « Le passage au numérique dans les classes à examens (premières, terminales) génère un stress supplémentaire dont les élèves se seraient bien passés. Puisqu’il s’agit d’une expérimentation, il aurait été tout à fait possible de débuter par les classes de seconde et de convertir les lycées en trois ans. Cette procédure va beaucoup trop vite et on aura aucune marge de manoeuvre si quelque chose se passe mal. »

De quel équipement informatique ont besoin les élèves ?

Région Grand Est : « Les élèves doivent disposer d’un ordinateur portable récent. La Région a passé un marché pour proposer aux familles trois modèles avec des prix négociés (voir ici les descriptifs des trois modèles avec les prix). Il s’agit d’une tablette HP X2 210, avec clavier amovible à 372€, un ordinateur portable HP X360 G1 à 452€ ou un ordinateur plus puissant, adapté aux logiciels techniques, un HP Zbook 15u G4 à 1 056€. Les commandes peuvent être passées jusqu’au 30 juillet pour une livraison à la rentrée, ou plus tard (ils seront alors reçus après la rentrée). La Région propose également une assurance contre le bris, le vol, etc. de l’ordinateur, de 59€ à 85€ pour trois ans. »

Tous les élèves devraient passer aux livres numériques en 4 ans (Photo Frédéric Bisson / FlickR / cc)
Tous les élèves devraient passer aux livres numériques en 4 ans (Photo Frédéric Bisson / FlickR / cc)

Prise en charge jusqu’à 225€

De quelle aide financière peuvent disposer les familles ?

Région Grand Est : « Les familles dont le revenu mensuel ne dépasse pas 6 000€ peuvent bénéficier d’une aide pour acquérir les modèles ci-dessus, de 50% du prix, plafonnée à 225€. Il est possible de payer à crédit, tous les mois pendant un à trois ans, avec un surcoût. Pour bénéficier de cette aide, les familles doivent passer commande de leur matériel via le site dédié, avant le 30 juillet pour être livrés à la rentrée dans le lycée. »

FCPE, PEEP : « Cette aide, bien qu’appréciable, va mettre plusieurs familles dans l’embarras. D’abord, même si le coût d’acquisition est réduit, il reste important et nombre d’élèves risquent de se retrouver sans équipement à la rentrée. Que va-t-il se passer pour eux ? Aucune aide ne répond aux besoins annexes : housse de protection, logiciel anti-virus… En outre, les familles avaient pris l’habitude de revendre leurs livres aux classes suivantes. Désormais, ces familles se retrouvent avec des livres qu’elles ont acheté mais ne peuvent pas revendre. »

De quels équipements supplémentaires vont disposer les lycées et à quel coût ?

Région Grand Est : « Dans chacun des lycées concernés, le réseau d’accès à Internet sans fils (WiFi) sera développé, nous prévoyons de connecter un million de mètres-carrés avec un millier de bornes. Plus de 450 vidéos projecteurs et des tableaux interactifs seront installés là où ils manquent. Les lycées sélectionnés pour cette première phase sont déjà correctement équipés. La Région Grand Est consacre 4 millions d’euros pour équiper les lycée de cette première phase. »

FCPE, PEEP : « Il y a un grand oubli, c’est le courant ! La Région n’a pas prévu de câbler les tables des élèves en prises électriques. Or un ordinateur portable se décharge vite. »

Qu’en est-il de l’équipement informatique des lycées ?

Région Grand Est : « Le nombre d’ordinateurs fixes va baisser de 72 000 à 30 000, ce qui permettra d’économiser sur les coûts de maintenance. »

Qu’en est-il des livres numériques ?

Région Grand Est : « Les livres numériques sont des adaptations spécialement conçues pour les ordinateurs et les tablettes des livres traditionnels. Ils proposent en plus des contenus multimédias, tels que des cartes interactives et des vidéos. Les enseignants auront accès à une base de données de plus de 6 000 ouvrages numériques et travaux dirigés. Chaque établissement dispose d’un budget annuel pour acheter les licences, évaluées à 7€ par élève et par livre par an. Ces licences sont entièrement financées par la Région, à hauteur de 3,3 millions d’euros sur 4 ans, via un cofinancement européen. Tous les ouvrages peuvent être téléchargés, pour être consultés n’importe où même sans connexion. »

FCPE, PEEP : « Les licences à 7€ par an ne sont que des ouvrages statiques, des PDF. Les ouvrages enrichis en éléments multimédias coûtent bien plus cher, de l’ordre de 20€ par élève et par an. On risque de se retrouver avec des élèves qui n’ont qu’à zoomer sur des PDF mal adaptés. »

Les élèves auront-ils accès à des espaces de travail partagés ?

Région Grand Est : « Les élèves auront accès à un espace numérique de travail (ENT), sur lequel ils auront accès à l’ensemble des travaux pédagogiques et à la correspondance entre les professeurs et les parents. Ces ENT existent déjà mais ils sont différents d’une ancienne région à l’autre. La Région Grand Est va harmoniser l’ENT dès cette année pour l’ensemble des lycées. »

Qu’en est-il des données personnelles des élèves ?

Région Grand Est : « Aucune donnée personnelle n’est transmise à aucun opérateur ni aucune plate-forme tiers dans le cadre de cette opération. Aucune donnée d’usage n’est recueillie. »

Vous avez des questions ? Posez les en commentaires et nous y répondrons.

Avis favorable pour l’extension du tram vers Koenigshoffen

Avis favorable pour l’extension du tram vers Koenigshoffen

La commission d’enquête publique a rendu un avis favorable à l’extension du tramway de Strasbourg vers le quartier de Koenigshoffen, à l’ouest. Le tracé proposé par la Ville est contesté par un collectif d’associations d’habitants des quartiers traversés.

La Ville de Strasbourg a publié sur son site les conclusions de la commission d’enquête publique sur l’extension du tramway vers Koenigshoffen. Après 38 jours d’enquête et huit semaines d’étude, les commissaires enquêteurs ont rendu à l’unanimité un avis favorable au projet, assorti d’une réserve et de trois recommandations.

Ils valident l’extension de la ligne F de 1,7 km, en passant par la rue du Faubourg-National, à condition que l’Eurométropole s’engage à prolonger cette ligne dans une seconde phase « au plus tôt ». Le projet ne prévoit pour l’instant qu’une ligne s’arrêtant au début de Koenigshoffen, au niveau de l’allée des Comtes. Une seconde phase doit prolonger la ligne jusqu’à l’arrêt François Mitterand.

Ils recommandent en outre la mise en place de vigiles « Cityveille » aux heures de pointe aux principales stations, l’utilisation des rames avec la capacité de transport la plus importante (400 places) aux heures de pointe sur la ligne B et la mise en place d’une signalétique pour aiguiller vers la gare centrale les usagers descendant à l’arrêt « Faubourg National. »

Ces recommandations font écho à quelques unes des revendications du collectif « Pour le tram à Koenigshoffen », composé de nombreuses associations des quartiers traversés. Pour ce collectif, le tracé validé par la commission d’enquête ne répond pas aux besoins des habitants de l’ouest de Strasbourg, justement parce qu’il n’est pas relié à la gare. En outre, le quartier de l’Elsau sera insuffisamment desservi (voir les articles précédents).

Tracé du tramway vers Koenigshoffen (doc Eurométropole)
Tracé du tramway vers Koenigshoffen (doc Eurométropole)

Débuts des travaux en novembre

Dans un post sur Facebook, Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg (LREM) et président de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), s’est félicité de la décision de la commission d’enquête :

« Après plus de cinq ans de débats, cette nouvelle desserte de tram va enfin pouvoir entrer dans sa phase opérationnelle avec la signature, à la rentrée, de l’arrêté préfectoral de déclaration d’utilité publique du projet. Le chantier, conduit par la CTS, devrait démarrer dès le mois de novembre, avec les diagnostics archéologiques et les sondages géotechniques immédiatement suivis des premiers coups de pioche. La mise en service, tant attendue, de cette ligne est quant à elle prévue pour le mois de juin 2020. »

Alain Fontanel indique par ailleurs que l’Eurométropole respectera la réserve et les recommandations des commissaires enquêteurs :

« L’extension ne peut en effet se concevoir que dans sa globalité avec deux étapes interdépendantes. Elle permettra de réduire les temps de parcours vers le centre-ville et d’améliorer la régularité des transports pour les habitants de Koenigshoffen. Elle constitue une opportunité de requalification des espaces publics traversés (avenues, faubourgs et places) dans les deux quartiers concernés (Gare et Koenigshoffen). Les déplacements en modes doux seront, par ailleurs, améliorés avec la création de nouveaux itinéraires cyclables et plusieurs cheminements piétons. Un engazonnement de la plateforme et la plantation de près de 200 arbres accompagneront également ce projet. »

Pour le président de la CTS, cet avis est un « point d’équilibre » après des années de débats. Le collectif avait notamment investi dans une contre-expertise, afin de prouver que le tracé proposé par les associations, par la gare centrale, était viable. Porte-parole du collectif, Pierre Ozenne s’est dit « très déçu » par la décision de la commission d’enquête et a indiqué que le collectif allait décider dans les jours à venir des suites à donner. La déclaration d’utilité publique étant un acte administratif, elle est susceptible d’être attaquée devant le tribunal administratif.

Cinq semaines pour un Marché de Noël 2017 à géométrie variable

Cinq semaines pour un Marché de Noël 2017 à géométrie variable

Comme Rue89 Strasbourg l’annonçait début juillet, le Marché de Noël 2017 débutera le vendredi 24 novembre jusqu’au dimanche 24 décembre. Et deux marchés sur huit continueront une semaine de plus, jusqu’au samedi 30 décembre : la place de la Cathédrale et la place du Château. Premier adjoint au maire de Strasbourg, Alain Fontanel (LREM) a annoncé ces dates sur Facebook mardi soir.

Une semaine de plus ! (Photo Pathien / FlickR / cc)
Une semaine de plus ! (Photo Pathien / FlickR / cc)

Cinq semaines sinon rien

Cette solution d’un Marché de Noël à géométrie variable permet à Strasbourg de proposer cinq semaines de festivités, tout en ne sollicitant les forces de sécurité supplémentaires de l’État que sur quatre semaines. La sécurité des places de la Cathédrale et du Château sera assurée par la Ville de Strasbourg, avec un filtrage aux points d’accès comme par exemple pour les Illuminations de la cathédrale.

Jusqu’en 2015, la durée du Marché de Noël, qui s’étendait alors jusqu’à la place Austerlitz, était de cinq semaines. Mais depuis les attentats, le Marché de Noël est replié dans l’enceinte de la Grande Île, afin de faciliter les opérations de filtrage du public.

La question des dates commençaient à embarrasser les professionnels du tourisme, qui ne savaient pas quoi répondre aux tours operators qui programment le Marché de Noël de Strasbourg à l’autre bout du monde. Depuis 2016, la fréquentation est repartie à la hausse, malgré les contraintes de sécurité.

Pourquoi la Grande braderie de Strasbourg est tellement mieux que celle de Lille

Pourquoi la Grande braderie de Strasbourg est tellement mieux que celle de Lille

Samedi 29 juillet, le centre-ville de Strasbourg héberge la Grande braderie. Organisée depuis 1958, cette gigantesque foire commerciale à ciel ouvert reste moins connue que son équivalent lillois. Moins réputée n’étant pas synonyme de moins intéressante, Rue89 Strasbourg a comparé -en toute objectivité bien sûr- les deux événements.

Deux métropoles européennes. Deux événements majeurs. Un seul titre : celui de meilleure braderie de France.

Braderie commerciale d’un côté, marché aux puces de l’autre

En Alsace, la Grande braderie, organisée par les Vitrines de Strasbourg (l’association des commerçants de la ville), se targue d’être la « plus grande braderie commerciale de France ». À Lille, la Ville se charge de l’organisation du « plus grand marché aux puces d’Europe ».

Avec 8 000 exposants à Lille contre 450 à Strasbourg, l’avantage numérique est clairement en faveur de la capitale des Flandres. Il faut dire que les deux villes ne jouent pas dans la même division. Seuls les commerçants ont le droit d’exposer à Strasbourg (une petite brocante est toutefois organisée place Broglie, où participent une trentaine de particuliers). Lille propose quant à elle une braderie moins commerciale et « plus authentique » avec de nombreux espaces réservés aux stands des habitants. L’emplacement de vente est d’ailleurs gratuit pour les résidents et les commerçants sédentaires lillois, une exception en France.

• Résultat: 1 point pour Lille. L’événement, qui s’étale sur 80 km de trottoir est bien plus conséquent chez les ch’tis.

Accessibilité de la Grande Île samedi 29 juillet (doc Ville de Strasbourg)

L’affluence : trop, c’est trop

Plus d’exposants à Lille mais également plus de visiteurs. Environ 150 000 personnes sont attendues samedi à Strasbourg pour la 59e édition de la Grande Braderie, contre 2,5 millions dans le Nord le premier weekend de septembre. Une affluence certes seize fois supérieure à celle de Strasbourg mais qui peut très vite agacer. Avec tout ce monde, s’approcher des stands peut s’avérer être un parcours du combattant dans certaines rues. À Strasbourg, on peut encore avancer pour accéder aux étals.

• Résultat: 1 point pour Strasbourg parce qu’un quart d’heure pour faire 200 mètres, même dans le joli Vieux-Lille, c’est long. Trop long.

invités grande braderie
Les invités d’honneur sont devenus l’image de marque de la Grande Braderie.

Des animations imbattables

À Strasbourg comme à Lille, bonnes affaires riment avec ambiance festive. Concerts, foire aux manège, et semi-marathon entourent le marché aux puces lillois. L’incontournable à Lille reste néanmoins les moules frites, dont plus de 500 tonnes sont englouties en un week-end.

À Strasbourg depuis dix ans, c’est la présence d’invités d’honneurs qui séduit tout autant que les prix soldés. « La venue d’artistes est rentrée dans les institutions. Deux mois avant la braderie on me sollicite déjà pour savoir qui viendra fin juillet, » explique Pierre Bardet, directeur des Vitrines de Strasbourg.

Après Frédéric François pour l’édition 2016, quatre personnalités de la télévision feront le show cette année : Christophe Licata (danseur vedette de Danse avec les stars), Louisa Rose (finaliste de The Voice 2016), Elsa Esnoult (chanteuse et actrice des Mystères de l’amour) et Brice Conrad (chanteur pop, né à Pfulgriesheim). L’inauguration de la braderie se fera samedi à midi sur la place Gutenberg avec un spectacle mêlant danses et chant.

À 15h30, un deuxième spectacle un peu plus long aura lieu place Kléber. Les artistes se prêteront à une séance de dédicaces avant de déambuler dans les rues de Strasbourg.

• Résultat: Égalité. Impossible de choisir entre les moules-frites et des personnalités comme Frédéric François.

L’été, c’est une bien meilleure idée

Les Vitrines de Strasbourg organisent la Grande braderie le dernier samedi de juillet, dernier jour des soldes. Des remises s’appliquent sur des prix déjà réduits, difficile de faire de meilleures affaires. À Lille, il faut attendre le premier week-end de septembre. Juste avant la rentrée, chiner et flâner peut redonner un peu le moral… encore faut-il que le beau temps soit au rendez-vous, ce qui n’est pas gagné dans le Nord, une région où « ça drache » (qu’on peut traduire par « il pleut des cordes »).

• Résultat: +1 pour Strasbourg. Cette année, la météo s’annonce d’ailleurs plus que clémente, avec 28°C et un ciel dégagé.

Au terme d’une rencontre serrée -et dans l’objectivité la plus totale- c’est donc la Grande braderie de Strasbourg qui l’emporte face à celle de Lille 3 à 2.

Pas de voitures ni trams dans le centre samedi

Pour se rendre à l’événement de samedi , il faudra prendre quelques précautions. Pendant la braderie, la circulation et le stationnement en voiture dans l’enceinte de la Grande-Île est interdite. Il faut donc sortir les voitures des parkings, privés, en ouvrage ou en voirie avant 4h30 le samedi !

Modifications circulation CTS Braderie
A l’occasion de la Grande Braderie samedi 29 juillet 2017, le centre-ville sera inaccessible en tramway. (CTS / document remis)

Le tramway ne pénétrera pas non plus le centre-ville. Plusieurs lignes sont scindées en deux branches, du début du service jusque vers 22h30 environ :

    La ligne A circulera de Parc des Sports à Rotonde (accès au centre-ville jusqu’aux Halles avec les bus de remplacement au départ de Rotonde), puis de Étoile Bourse à Illkirch-Graffenstaden. La ligne D circulera de Poteries à Rotonde (accès au centre-ville jusqu’aux Halles avec les bus de remplacement au départ de Rotonde), puis de Etoile Bourse à Port du Rhin/Kehl. La ligne B circulera de Lingolsheim Tirgaertel à Faubourg National, puis de Hoenheim Gare à République. La ligne C circulera uniquement entre Neuhof Rodolphe Reuss et République.  La ligne F ne circulera pas. La ligne E circulera normalement.

Les stations Gare Centrale, Ancienne Synagogue Les Halles, Homme de Fer, Langstross Grand’Rue, Porte de l’Hôpital, Alt Winmärik, Broglie, Faubourg de Saverne et Place d’Islande ne seront pas desservies samedi dans la journée. Le fonctionnement des lignes de tram reprendra normalement dès que les accès au centre-ville seront rouverts aux alentours de 22h30.

Certaines modifications sont à prévoir au niveau des bus dès vendredi soir 22h (sont concernées les lignes 4,6, 14/24 et la ligne de nuit N1). Samedi, les bus empruntant des itinéraires traversant le centre-ville seront détournés. Une navette spéciale effectuera des liaisons entre les stations bus-tram Etoile Polygone et Porte de l’Hôpital via Etoile Bourse toutes les 10 à 15 minutes environ entre 8h et 20h30.

Hoenheim débarque sur Facebook… mais n’accepte pas les commentaires

Hoenheim débarque sur Facebook… mais n’accepte pas les commentaires

Le service jeunesse de la Ville de Hoenheim au nord de Strasbourg a lancé une page Facebook pour s’adresser à son public. Mais les codes du réseau social n’ont pas encore pénétré la collectivité…

Attention, la Ville de Hoenheim se lance dans la communication 2.0, le web, les Internets et toutes ces sortes de choses bizarres. Afin d’inviter un « large public » à ses événements, le service jeunesse de cette ville du nord de l’Eurométropole de Strasbourg a mis en ligne en juin une « page Facebook. » C’est la première et la seule présence officielle de cette ville de plus de 10 000 habitants sur le réseau social.

Mais dans un post mis en avant sur la page, la Ville de Hoenheim a tenu à préciser dans une « charte » de 4 500 signes (!) les conditions d’utilisation de cette page. Et à Hoenheim, on ne plaisante pas avec Facebook. Les administrateurs précisent :

« Cette page Facebook est un support de communication au même titre que le site internet www.ville-Hoenheim.fr ou le magazine municipal “Vivre à Hoenheim”. (…) Les échanges sur cette page feront donc l’objet d’une modération à posteriori. À ce titre, il a été décidé de supprimer systématiquement tous les commentaires. »

La Ville de Hoenheim a-t-elle besoin d'un petit stage "community management" ? (Photo Sarah Marshall / FlickR / cc)
La Ville de Hoenheim a-t-elle besoin d’un petit stage « community management » ? (Photo Sarah Marshall / FlickR / cc)

« Communiquer, pas discuter »

Bigre. La Ville de Hoenheim aurait-elle peur qu’une horde de trolls de l’Internet vienne pourrir ses précieux posts Facebook ? À l’heure d’écrire ces lignes, la page totalisait 59 « fans ». Ou craint-elle de simplement devoir répondre aux questions ? Quoiqu’il en soit, Hoenheim a encore deux-trois trucs à apprendre en termes de communication à l’ère des réseaux sociaux.

Ainsi sur un post, des personnes intéressées par un événement se « taguent » mutuellement pour s’inviter et se notifier, comme il est d’usage sur Facebook. N’ont-elles pas lu la charte, savent-elles que ce comportement à la limite de la cyber-criminalité les expose, selon la charte, à un « bannissement définitif » ? Un autre demande « à quel âge » s’adresse un atelier de magie, que va-t-il lui arriver ? Quelques heures après, ces commentaires ont effectivement été effacés.

Claude Fabre, adjoint au maire en charge de la jeunesse à Hoenheim, détaille ses choix pour Internet :

« Notre objectif, c’est de communiquer, pas de discuter. La page est gérée par les élus et des bénévoles, nous testons pour voir si ce système de communication peut remplacer des flyers, des affiches, etc. Puisque les jeunes sont sur Facebook, on s’est dit qu’on allait utiliser une partie des fonctionnalités du réseau social. Si les gens veulent commenter, il ont le site internet de la Ville. »

Gare au bannissement définitif

Et effectivement, le site ville-hoenheim.fr propose… un formulaire. Les administrés qui voudraient commenter une manifestation sportive, féliciter les danseurs de la troupe Mistal Est ou s’enquérir des âges requis pour les ateliers peuvent toujours l’utiliser.

Le reste de la charte mérite aussi une lecture approfondie. Outre les interdictions discriminatoires habituelles, les administrateurs listent d’autres « règles élémentaires de courtoisie », comme par exemple aucune critique des élus ou de la municipalité, comme ça c’est clair. Et pas non plus de liens vers des sites dont le contenu est accessible sur abonnement (donc pas de liens vers les articles de l’édition abonnés de Rue89 Strasbourg par exemple)…

Bref, Internet c’est bien, mais méfions-nous quand même. En préambule, Hoenheim indique que « cette charte a été rédigée afin que cette page puisse être un lieu d’échange agréable pour tous. » On le sent bien.

#Claude Fabre

Laurence Vaton, nouvelle référente « En Marche » pour le Bas-Rhin

Laurence Vaton, nouvelle référente « En Marche » pour le Bas-Rhin

Dans un communiqué, « La République En Marche » indique que Laurence Vaton, conseillère municipale de Strasbourg, a été nommée nouvelle référente du parti d’Emmanuel Macron pour le Bas-Rhin. Elle succède à Bruno Studer, qui a structuré le mouvement dans le département depuis sa création en mars 2016, et qui a été élu député de la troisième circonscription en juin.

Très "en marche", Bruno Studer passe la main à Laurence Vaton comme référent pour le Bas-Rhin (doc remis)
Très « en marche », Bruno Studer passe la main à Laurence Vaton comme référent pour le Bas-Rhin (doc remis)

Laurence Vaton est également conseillère de l’Eurométropole. Ex-Modem, elle fait partie des rares élus strasbourgeois issus d’une liste de droite, celle de Fabienne Keller (Les Républicains) à avoir choisi de rejoindre En Marche en février. En juin, elle a quitté les groupes de l’ancienne maire de Strasbourg au conseil municipal et au conseil de l’Eurométropole pour rejoindre les nouveaux groupes « En Marche » peu après.

Alors que la popularité d’Emmanuel Macron baisse suite à ses premières confrontations avec l’exercice du pouvoir, Laurence Vaton va devoir coordonner les comités locaux créés avant la campagne présidentielle et confirmer l’ancrage territorial du mouvement En Marche. Elle devra aussi gérer les critiques contre les dérives autocratiques du mouvement, nettement moins démocratique dans ses nouveaux statuts qu’à ses débuts, selon des critiques de plusieurs adhérents fondateurs.

Pour permettre la rénovation de la Maison Rouge, la place Kléber va devoir reculer

Pour permettre la rénovation de la Maison Rouge, la place Kléber va devoir reculer

La Maison Rouge place Kléber bénéficiera en mai 2018 d’un ravalement de façade total. Petit hic : le projet de rénovation prévoit d’annexer le parvis pour en faire des entrées directes de commerces, alors que cet espace fait partie du domaine public.

Vendredi 16 juin, Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, son premier adjoint Alain Fontanel (LREM) ainsi que l’adjoint Paul Meyer (Coop.) se sont rendus sur le parvis de la Maison Rouge, place Kléber à Strasbourg, pour soutenir le projet de rénovation de ce bâtiment emblématique par son propriétaire, la société immobilière Jean-Louis Loeb-Picard. Petit problème, ce même parvis appartient toujours au domaine public, il est illégal d’y construire quoique ce soit avant un déclassement.

Un contentieux qui remonte à 1912

Ce n’est pas la première fois que la Maison Rouge projette de se rénover au détriment de l’espace public. En 1912 déjà, ce qui fût à l’époque un des hôtels les plus luxueux du centre-ville de Strasbourg avait fait la demande d’installer une terrasse. Cette demande refusée en 1912 puis acceptée en 1919, impliquait déjà l’occupation de l’espace public aujourd’hui surplombé par le centre commercial.

Le 1er décembre 1970, l’hôtel ferme définitivement. Trois ans plus tard, le 14 août 1973, la démolition commence et donne place à la Maison Rouge telle qu’elle existe aujourd’hui, pensée par l’architecte Herrenschmitt et construite de 1976 à 1978. Si, entre la démolition de l’hôtel et la construction du complexe commercial, trois années ce sont écoulées, c’est parce qu’à nouveau le problème de l’espace public du parvis s’était posé.

Le 8 janvier 1974, le tribunal administratif de Strasbourg donne raison à une association de riverains et surseoit aux permis de construire, ce qui aura pour effet de retarder de deux ans le début des travaux. Dans ses considérants, le tribunal administratif d’alors précise :

« Considérant d’autre part, que l’édification d’une construction surpomblant le domaine public, en avançant en partie jusqu’à cinq mètres, et prenant appui sur ce domaine aurait pour effet d’apporter à l’état des lieux des changements très difficiles à modifier en cas de d’annulation desdits permis […], que les conséquences de l’exécution des permis attaqués sont ainsi de nature à justifier une décision de sursis. Par ces motifs; il est sursis à exécution des deux permis de construire délivrés le 15 mars 1973 par le préfet du Bas-Rhin pour l’édification de deux constructions accolées place Kleber à Strasbourg […]. »

La façade wilhelmienne de la Maison Rouge était jugée parfois comme un laborieux exercice de style (Photo archi-wiki / cc)

Finalement les travaux débuteront en 1976, « un massacre » de la façade wilhelmienne dont se souviennent les anciens strasbourgeois, difficilement imaginable aujourd’hui alors que la Ville s’enorgueillit de faire figurer des bâtiments similaires au patrimoine mondial de l’Humanité.

Un peu de place Kléber en moins

Le nouveau projet de rénovation prévoit d’annexer complètement l’espace surplombé par le centre commercial. L’agence d’architectes en charge du projet explique que « cette modernisation permettra de redonner une image attractive à la Maison Rouge dont le parvis était devenu triste et mal fréquenté. » Ils prévoient de privatiser cet espace, pour le transformer en un accès direct aux commerces.

Pour Edouard Loeb, directeur des immeubles Jean-Louis Loeb-Picard depuis 3 ans, la question de l’espace public est de l’ordre du détail et il préfère se concentrer sur le projet architectural porté par l’agence DRLW :

« On ne peut pas transposer des questions des années 70 à celles d’aujourd’hui. La place Kléber n’a plus rien à voir. De nos jours, la place est complètement piétonne et il faut donc absolument ancrer le bâtiment au sol de manière esthétique. En ce qui concerne le déclassement de l’espace public, toutes les démarches administratives seront réalisées. On n’est pas dans un projet qui permet la moindre approximation. »

Négociations avec la Ville et enquête publique

Les biens classés dans le domaine public sont inaliénables. Pour commencer cette rénovation, il faudra donc obligatoirement que l’espace soit déclassé, puis vendu par la Ville. Il existe deux conditions au déclassement des biens du domaine public. D’abord, il faut que le bien ne soit plus affecté à l’usage du public et ne remplisse plus sa mission de service public. S’agissant d’une bordure de la place la plus connue de Strasbourg, ce point sera délicat à mettre en oeuvre. Cet espace de quelques mètres, jugé « mal fréquenté » par la société immobilière, reste cependant un point de rencontre et d’abri pour les Strasbourgeois, comme un prolongement de la place Kléber.

Ensuite, un acte administratif de déclassement doit être pris, après une enquête publique, préalable à une délibération du conseil municipal. Comme pour toute procédure de ce type, les habitants et les riverains seront invités à s’exprimer sur ce morceau d’espace et leurs observations déboucheront sur un avis, consultatif, du commissaire enquêteur.

Nul mention de cette étape dans les communications du maire et des élus qui ont présenté le projet de rénovation, car comme l’explique Jean-François Lanneluc, directeur de cabinet de Roland Ries, cette enquête publique n’est qu’un détail administratif :

« Il y a des négociations en cours avec la société Jean-Louis Loeb-Picard pour céder cet espace, nous ne sommes pas encore tombés d’accord sur le prix. C’est assez normal dans ce genre d’opérations. Mais nous parviendrons à trouver un accord, je suis confiant. Quant à l’enquête publique, elle aura lieu et là aussi, je suis confiant sur son issue car la place Kléber est déjà un immense espace public et que le parvis n’apporte rien alors que le projet de rénovation redonne une cohérence au bâti. »

En 1973, la grue qui a démolit la Maison Rouge de 1928 avait été victime de sabotage.

Comment Thomas, étudiant, s’est exposé sur le marché des profs particuliers

Comment Thomas, étudiant, s’est exposé sur le marché des profs particuliers

Avec les « uberisés » de l’économie. – Thomas est un étudiant à plein temps à Strasbourg. Pour ses menus frais, il propose ses services de professeur particulier sur une plateforme dédiée, Superprof. Mis sur le marché des profs particuliers, Thomas a découvert un monde qu’il n’a aucune envie de rejoindre…

Sachez-le, il existe un Airbnb des cours particuliers. La plateforme s’appelle Superprof et Thomas est l’un de ces centaines de jeunes (et moins jeunes) à disposition en Alsace, prêts à donner des cours particuliers en quelques clics. À 20 ans, il va entrer en master 1 de physique, et, depuis un an et demi, il donne des cours de soutien à des lycéens, la plupart du temps en terminale.

Car Thomas ne se transforme en « superprof » qu’en période de vacances scolaires. Tout le reste de l’année, il est étudiant à temps plein à l’université de Strasbourg :

« J’ai plus de 35 heures de cours par semaine et au fil des années, les cours sont devenus de plus en plus ardus. Du coup, je ne rends mon annonce visible que pendant les vacances scolaires et en général au mois de mai, quand j’ai fini les cours et que les lycéens préparent le bac. »

Une matière, un lieu, un prix… hop un prof

Son annonce, on la trouve en faisant défiler les différentes têtes qui s’affichent sur l’écran de l’application. Le principe est très simple : sur le site rose et blanc directement inspiré d’AirBnb, il suffit de taper la matière recherchée et le lieu. Le site propose même de se géolocaliser. Ensuite, il est possible de trier selon la distance, selon si on se déplace ou si on veut un cours à domicile et bien sûr selon le tarif… Une fois tous les critères remplis, il n’y a plus qu’à faire ses courses.

Il suffit de cliquer sur « Réservez un cours », et là, il faut s’inscrire, et rien que pour cela, payer 29€. C’est la seule « commission » que la plateforme prélève. Thomas explique que malgré les apparences, Superprof ressemble plus au « Bon Coin » dans son fonctionnement, car ensuite tout est réglé à l’amiable entre l’élève et le professeur :

« C’est vrai qu’on est un peu dans une période de « délire ubérisé », mais en fait là, c’est plus du Bon Coin ou du Bla Bla Car en version prof, que du Uber. Moi je me suis inscrit facilement, il faut juste une photo, une description, et puis je mets mes propres tarifs. Ensuite on me paye en cash, et je ne déclare rien. Bon de toute façon, je ne gagne pas assez pour déclarer quoique ce soit. »

Il explique que son revenu pour payer son loyer en colocation de 335€ lui vient principalement de ses parents et de l’allocation logement, qui se limite à 95€ par mois. L’an dernier, il n’a eu qu’une élève régulière, qu’il voyait deux fois 2h par mois.

Jusqu’à 1 000€ d’argent de poche en un mois

Au début, il avait fixé son tarif à 12€ de l’heure, mais s’est vite ravisé :

« Même les parents des élèves trouvaient que c’était trop peu, du coup ils me donnaient 15. Mais pour mon élève régulière, je faisais 25€ les deux heures. Donc j’avais un peu d’argent de poche, de l’ordre de 50€ par mois. »

C’est au mois de mai 2016 que son costume de Superprof lui a rapporté plus :

« D’un coup j’ai eu beaucoup d’élèves « de la dernière chance », en galère pour le bac de maths, qui m’ont pris des fois 20h d’un coup. Résultat, sur le mois de mai et la moitié du mois de juin, je me suis fait un peu plus de 1 000€, à 15€ de l’heure. »

Soit environ 67h de travail, en plus des quarts d’heures de préparation qu’il tient à effectuer pour chaque cours :

« On ne peut pas venir comme ça les mains dans les poches, cela se sent vraiment si on est à l’arrache ».

Une plateforme qui lui permet de faire ce qu’il aime facilement

Pour Thomas, Superprof permet d’améliorer ses vacances, mais il assure le faire aussi par pur plaisir. Il se dit passionné par la physique et les maths, et, s’il se destine à la recherche, le master qu’il entreprend permet aussi de préparer le CAPES, et cela l’enthousiasme :

« Professeur particulier, cela reste un peu la seule activité intellectuelle qu’on peut faire en « job d’été » et c’est une activité enrichissante, c’est plaisant à faire. En plus, je me destine un peu vers l’enseignement donc c’est parfait. Pour moi, cela reste un job qu’on faisait un peu dans le cercle privé, on était le cousin qui venait aider un peu. J’aime bien cette mentalité. Je suis jeune en plus, avec les lycéens on est dans une relation de potes, presque. L’an dernier je n’avais qu’un an de différence avec la plupart. »

Il est satisfait de ces sites qui permettent de garder un côté beaucoup plus artisanal et plus simple :

« Cette plateforme, je trouve ça pas mal, ça te met juste en relation avec plus de monde. J’avais réfléchi à entrer à Acadomia, mais c’est spécial, c’est plus stressant, on a moins l’impression d’être prof particulier, mais plus « vrai prof ». Et les tarifs pour les parents reviennent chers : ils payent 35€ de l’heure, et toi, tu ne touches que 17 ou 20. Je préfère être sur Superprof, j’ai l’impression de garder ce côté privé. »

Avec le côté marchandise en plus. Thomas le concède, ces nouvelles techniques « d’ubérisation » poussent à devoir se vendre.

Thomas prépare toujours ses cours à l'avance, la plupart du temps des séances pour préparer le bac (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Thomas prépare toujours ses cours à l’avance, la plupart du temps des séances pour préparer le bac (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

« C’est moi la marchandise »

Les profs ont plusieurs moyens pour se différencier les uns des autres et attirer l’élève en perdition : sur chaque profil, il est précisé si les diplômes du prof ont été vérifiés, s’il fait des cours en face-à-face et en webcam également, et quel est son temps moyen de réponse. Thomas s’est vite rendu compte qu’il devrait s’adapter aux exigences du site s’il voulait paraître crédible :

« Quand on reçoit un message il faut vite répondre, car Superprof affiche le temps de réponse sur le site, ça met une sacrée pression. Un jour, j’ai traîné et répondu deux jours après, et mon profil disait que je répondais en moyenne en 36h… »

Surtout, comme sur Airbnb, Tripadvisor et Uber, les « clients » donnent un avis sur le prestataire, et le notent avec des étoiles. Thomas est partagé à ce sujet :

« C’est vrai que le site exagère, il faut se vendre, mais moi, je ne mets rien de spécial en avant. Il faut juste bien faire son travail. Au final, tout le monde met cinq étoiles de toutes façons. Par contre, le site m’a encouragé à évaluer mes élèves sur le site, car ils y ont aussi un profil. Je trouve ça bizarre. À la limite, c’est moi la marchandise, pas eux. »

La bataille des prix… jusqu’à l’obligation de gratuité

Et la bataille fait rage, car tous les moyens sont bons pour se distinguer. Certains en imposent avec leur double diplôme de biologie et d’enseignement. Le site permet aussi de publier des recommandations, « un peu comme sur LinkedIn », explique Thomas. Certains sont même professeurs agrégés et semblent se consacrer entièrement aux cours particuliers, en témoignent leurs prix, qui peuvent monter jusqu’à 50 ou même 100€ de l’heure.

Les prix, c’est un peu à double tranchant, selon Thomas :

« Au début je proposais un tarif assez bas, mais je me suis rendu compte que ça donnait l’impression que je me dévalorisais, et ça donnait peu de crédit à mes capacités. Du coup, j’ai regardé sur le site, qui nous indique la moyenne des prix pratiqués, autour de 20€ de l’heure. Maintenant je suis monté à 17. Mon but n’est pas de faire payer trop les élèves. Certains payent de leur poche. »

Mais la pression ne s’arrête pas là. Pour faire comme tout le monde, Thomas a dû proposer son premier cours gratuit :

« Le site te force presque à proposer la gratuité du premier cours. Ils m’ont envoyé un message en disant que 90% des autres profs le font, que ça améliorerait mes chances d’être choisi, etc. Bon au final ça ne me dérange pas tant que ça, car je fais toujours un premier cours juste pour apprendre à connaître la personne. »

Il suffit de jeter un œil sur la plateforme pour constater qu’effectivement, tous les « superprofs » offrent leur premier cours… et répondent en moins d’une heure.

Sur la plateforme, il suffit d'entrer ses critères pour pouvoir ensuite faire ses courses" (Capture d'écran du site superprof.fr)
Sur la plateforme, il suffit d’entrer ses critères pour pouvoir ensuite « faire ses courses » (Capture d’écran du site superprof.fr)

La « vraie ubérisation », très peu pour lui

Malgré toutes ces pressions, Thomas relativise et se défend de participer à une plateforme qui le précariserait :

« Superprof reste juste un moyen. Mais les jobs comme Deliveroo, Uber et tout, ça je n’y touche pas. Il faut se mettre en auto-entrepreneur, et on dépend trop des prix de la plateforme. En outre, prof particulier, ça a toujours été un emploi précaire. »

Lui qui « lit le Monde diplomatique » se tient informé de cette tendance, qu’il déplore :

« Il faut voir chez Uber, maintenant les chauffeurs militent pour être reconnus comme salariés, comme subordonnés à la plateforme. Et dans un autre registre, même BlaBlaCar a bien dérivé. Avant ils prenaient une commission dérisoire, on gérait avec le chauffeur, c’était plus artisanal. Maintenant, sur un trajet à 25€, ils rajoutent 5€ de commission, je trouve ça énorme. »

En comparaison, son « job d’été » le satisfait pleinement, et il compte bien continuer. Malgré un emploi du temps de plus en plus chargé, et un semestre à l’étranger l’an prochain :

« En mai 2018, je ne pourrais pas faire comme d’habitude car je serai en Allemagne. Mais j’aurais un gros creux de janvier à mars, alors c’est là que je rendrai à nouveau visible mon annonce. Ça marchera sûrement moins bien, mais on verra. »

Mais à terme, il rendra probablement son costume de superprof :

« Ce genre de job, même Deliveroo ou tous ces nouveaux trucs, je pense que c’est bien quand on est étudiant, et temporairement. Mais au-delà, non, ce n’est pas durable. »

Thomas a encore quelques années devant lui avant de rendre son tablier d’étudiant et de professeur particulier… avant de, peut-être, exercer ce métier à plein temps, sans devoir se vendre ou espérer mériter cinq étoiles.

Nouveaux tarifs Primo et Presto des trains régionaux : ce que ça change

Nouveaux tarifs Primo et Presto des trains régionaux : ce que ça change

Deux formules permettent d’économiser sur les tarifs des billets des trains régionaux (TER) du Grand Est : Primo pour les moins de 26 ans et Presto pour tous les autres. Ces cartes et abonnements permettent d’obtenir des réductions de 30 à 50% en semaine et jusqu’à 70% les week-ends.

Il aura fallu près de deux ans à la Région Grand Est pour harmoniser les tarifs des trains régionaux, qui concerne désormais des trains qui vont de Strasbourg à Reims. À la rentrée, la tarification des trains express régionaux (TER) Grand Est s’articule autour de deux classes d’âge : les moins de 26 ans et les autres. Terminés les tarifs liés au statut : étudiants, salariés…. Les voyageurs n’auront plus besoin d’attestations scolaires ou patronales pour bénéficier d’abonnements.

Primo : 50 à 70% de réduction pour les moins de 26 ans

Deux formules sont proposées pour les moins de 26 ans, la carte et l’abonnement Primo. La carte Primo correspond à l’évolution de la carte Tonus. Pour 20€ par an (10€ exceptionnellement tout le mois de septembre), elle permet d’acheter des billets à tarifs réduits pendant un an sur l’ensemble du réseau TER Grand Est. Les détenteurs de la carte Primo bénéficient de 50% de réduction en semaine, comme le permettait déjà la carte Tonus. Cependant, la nouvelle carte donne également droit à 70% de réduction le week-end par rapport au tarif normal.

Parallèlement à cette carte, la Région lance l’abonnement Primo, qui permet aux 12-26 ans de circuler à tarifs réduits sur un trajet TER Grand Est de leur choix. Le jeune usager peut choisir entre un abonnement hebdomadaire (valable sept jours consécutifs), mensuel (du premier au dernier jour du mois) ou annuel (les mensualités étant calculées sur la base de 10,5 mois payés pour 12 mois circulés, 1,5 mois d’abonnement est donc offert).

L’abonnement Primo peut également être associé à un ou deux abonnements aux services de transport en commun de certaines villes de la région, pour bénéficier d’une réduction. Des accords ont été conclus avec la CTS à Strasbourg, Trace à Colmar, Soléa à Mulhouse, Stan à Nancy, la Met’ à Metz et Imagine à Epinal.

Presto : 30 à 70% de réduction

Les personnes de plus 26 ans peuvent souscrire à l’abonnement et à la carte Presto, qui fonctionnent de la même manière. L’abonnement Presto se décline sous les mêmes formules hebdomadaire, mensuelle et annuelle. Il peut également se combiner avec un ou deux abonnements aux services de transport en commun dans les principales villes du Grand Est.

En fait, la carte Presto est l’évolution de la carte Réflexe, seul le nom change. Pour 30€ par an, elle donne droit à 30% de réduction en semaine et 70% de réduction le week-end sur le tarif du billet de train. Trois accompagnateurs peuvent voyager avec ce tarif réduit les samedis et les dimanches.

Les titulaires des actuelles cartes Tonus et Réflexe n’ont aucune démarche particulière à effectuer pour bénéficier des nouveaux tarifs à la rentrée. Les cartes Tonus et Reflexe restent valables jusqu’à la fin de leur validité.

Les abonnements Primo/Presto: combien ça coûte?

Les abonnements Primo et Presto sont définis selon un barème kilométrique propre à chaque abonnement. La nouvelle gamme tarifaire du Grand Est prévoit deux barèmes distincts :

    Un barème pour les abonnés Primo. Le prix sera en moyenne 20% moins cher qu’actuellement, assure la Région, avec des variation en fonction des anciennes régions. En Lorraine, où les prix étaient déjà les moins chers dans la nouvelle grande région, les prix ne devraient pas varier. Un barème pour les abonnés Presto, basé sur l’actuelle courbe d’abonnement de travail d’Alsace et de Lorraine. Le montant des abonnements est donc inchangé pour les salariés d’Alsace et de Lorraine. Pour la Champagne Ardenne, le montant de l’abonnement sera inchangé pour les courtes distances et sera moins cher pour les trajets longs.

Pour un même trajet, le prix varie aussi en fonction de la formule retenue (hebdomadaire, mensuelle ou annuelle). Ainsi, le coût d’une formule hebdomadaire est proportionnellement supérieur à celui d’une formule mensuelle ou annuelle. A titre d’exemple, pour un abonnement Presto en seconde classe reliant Colmar à Strasbourg, la formule hebdomadaire coûtera 35€, la formule mensuelle 125,80 € et la formule annuelle 110,10 € par mois. Par ailleurs, pour les salariés, 50% des abonnements Primo et Presto peuvent être pris en charge par leurs employeurs.

A compter du 1er septembre, les tarifs des trains régionaux seront harmonisés à l’échelle de la région Grand Est. (Photo Jérôme Bassin/ Flickr / cc)

Des tarifs solidaires légèrement modifiés

Les tarifs pour les demandeurs d’emploi, les personnes en formation et les personnes à faibles ressources évoluent également. Le billet Formation-Emploi Grand Est remplace les Pass Emploi et Pass Formation, et la Carte Solidaire succède au Pass Mobilité. Des justificatifs sont à fournir pour ces nouveaux tarifs solidaires.

Le billet Formation-Emploi Grand Est permet aux demandeurs d’emploi de profiter d’un tarif préférentiel. Grâce à un document délivré par Pôle Emploi ou les missions locales du Grand Est, les chômeurs peuvent bénéficier de 80% de réduction pour se déplacer pendant deux jours dans le cadre de leur parcours d’insertion professionnelle (entretiens d’embauches, participation aux concours, forum des métiers, formations etc.). Ce document doit être présenté avec le titre de transport à chaque contrôle.

Pour les personnes à faibles ressources, les conditions d’accès sont modifiées avec la création de la carte Solidaire TER Grand Est. Gratuite et valable un an, cette carte offre 80% de réduction, comme le faisait déjà l’ancienne offre, le Pass Aide Mobilité. Mais contrairement à l’ancien Pass, ce ne sont plus les revenus qui sont pris en compte. Pour avoir droit au nouveau tarif solidaire, il faut être bénéficiaire de la CMU-C (Couverture Maladie Universelle Complémentaire). Une attestation délivrée par la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) doit être envoyée par voie postale pour obtenir la carte Solidaire TER Grand Est. Toutefois, les Pass Aide Mobilité en cours de validité restent valables.

Des billets pour multiplier les trajets

Les carnets de billets, auparavant seulement valables dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, sont désormais applicables à toute la région Grand Est. Les réductions restent les mêmes (25% de réduction en 2ème classe pour le carnet de 10 billets et 40% d’économie en 1ère classe pour les carnets de 5 billets). Le tarif Mini-Groupe permet quant à lui de bénéficier de 50% de réduction par personne pour des groupes de 2 à 5 personnes, les week-ends et jours fériés, sur un trajet simple ou un aller-retour.

1 676 trains circulent quotidiennement sur le réseau Grand Est en 2017, transportant chaque jour 165 000 voyageurs. Avec ces nouveaux prix, la Région, principal financeur des trains régionaux, espère voir le nombre d’utilisateurs augmenter. La Région Grand Est n’est pas la seule à avoir défini une nouvelle gamme tarifaire. Un équivalent sera lancé en Bourgogne Franche-Comté à la fin de l’été.

Les aides aux handicapés, ce parcours du combattant

Les aides aux handicapés, ce parcours du combattant

Pour bénéficier d’une aide, financière ou non, quand on est confronté à une situation de handicap, mieux vaut bien s’accrocher. Instruction d’un dossier interminable, commissions peu transparentes, interlocuteurs multiples… Plongée dans l’univers à méandres de la Maison départementale du handicap (MDPH).

Le 7 juin, deux mamans d’enfants handicapés sont montées en haut d’une grue à Strasbourg, pour alerter les pouvoirs publics sur leurs difficultés à obtenir de l’aide. Pourquoi en sont-elles arrivées là ?

C’est que la procédure que doivent suivre les personnes handicapées ou leurs proches pour obtenir une compensation est très complexe, longue et fastidieuse. Tout débute à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Cette émanation du Conseil départemental, instituée par la loi de 2005 sur l’égalité des chances, se présente comme un « guichet unique. » Ses agents sont chargés de centraliser les demandes, d’instruire les dossiers et de les rediriger vers les institutions compétentes (parmi lesquelles la Caisse d’allocations familiales et l’Éducation nationale).

La MDPH est financée par le Conseil départemental, l’État, l’Éducation nationale ainsi que la Direccte et la Direction régionale de la jeunesse et des sports.

La Maison départementale des personnes handicapées est l'interlocuteur principal des demandeurs. (Photo Morgane Carlier / Rue89 Strasbourg)
La Maison départementale des personnes handicapées est l’interlocuteur principal des demandeurs. (Photo Morgane Carlier / Rue89 Strasbourg)

Étape n°1 : un dossier complexe à monter

Pour faire une demande de compensation auprès de la MDPH, il faut d’abord monter un dossier. En plus des documents administratifs usuels (voir ci-contre), le demandeur doit remplir une rubrique intitulée « Projet de vie », que la loi de 2005 décrit ainsi :

« Les besoins de compensation sont inscrits dans un plan élaboré en considération des besoins et des aspirations de la personne handicapée tels qu’ils sont exprimés dans son projet de vie, formulé par la personne elle-même ou, à défaut, avec ou pour elle par son représentant légal lorsqu’elle ne peut exprimer son avis. »

En cas d’interrogation sur la marche à suivre, la MDPH dispose d’un numéro vert (0 800 747 900). Malheureusement pour les usagers, ce service s’avère difficile à joindre. Dans le cadre de la réalisation de cet article, nous avons pu le constater. Mardi 20 juin, nos cinq appels sont restés sans réponse ou ont été mis en attente, toutes les lignes étant saturées. Une situation qui permet de mieux comprendre la détresse de certains parents et demandeurs. Bénédicte Autier, directrice de la MDPH du Bas-Rhin, reconnaît ce problème :

« On a un taux de décroché qui reste insuffisant aujourd’hui [moins de 30%]. C’est un de nos projets d’améliorer l’accueil téléphonique. Une fois que les usagers joignent un chargé d’accueil, ils sont très satisfaits de la qualité de l’appel, mais ce qu’on doit améliorer c’est l’accès à un chargé d’accueil. »

À ce standard téléphonique défaillant s’ajoute un site internet plutôt rudimentaire, qui ne permet pas, par exemple, de suivre l’avancement de son dossier, comme c’est le cas notamment en Gironde ou dans l’Essonne. Pour avoir des renseignements, les usagers n’ont alors d’autre choix que de se tourner vers le numéro vert, ce qui ne contribue pas à son désengorgement.

En 2016, la MDPH du Bas-Rhin a reçu 62 053 nouvelles demandes. Une charge de travail conséquente pour la centaine d’agents qui travaillent à l’enregistrement des dossiers. Au 31 décembre 2016, l’institution comptait 67 897 bénéficiaires, un nombre en hausse de 6,7% par rapport à l’année précédente, d’après la directrice. À partir du moment où le dossier est déposé complet à la MDPH, les services ont quatre mois pour l’instruire, le délai légal fixé par la loi. En 2016, la MDPH du Bas-Rhin a traité ses dossiers en 3,6 mois en moyenne…

Étape n°2 : une évaluation peu transparente

Après son enregistrement à la MDPH, le dossier passe entre les mains d’une équipe pluridisciplinaire d’évaluation, qui « évalue les besoins de la personne et propose les compensations », explique Bénédicte Autier. Elle est composée de membres de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), une instance qui a un rôle majeur dans le processus de décision final, de médecins et d’experts. Ces derniers changent pour s’adapter à la situation de handicap de la personne : les dossiers d’un déficient moteur et d’un déficient intellectuel ne seront ainsi pas évalués par les mêmes médecins.

À partir du dossier et du projet de vie exposé par le demandeur, l’équipe d’évaluation émet un avis. Elle peut soutenir la demande ou exprimer une réserve. Le cas échéant, elle peut proposer une autre compensation à la personne, qui peut l’accepter ou venir défendre sa position devant la commission des droits et de l’autonomie.

La détermination d’une situation de handicap relève de la prise en compte de plusieurs facteurs, détaille la directrice de la MDPH du Bas-Rhin :

« Selon la loi de 2005, il n’y a pas de handicap mais il y a des situations de handicap. Ça va donc être la difficulté ou l’impossibilité pour une personne d’accéder à des activités sociales en raison de troubles qui sont d’ordre médicaux et qui causent une situation de handicap. Le premier temps, c’est déjà de considérer la situation dans un environnement donné, et les répercussions de cette situation au vu de l’accès aux activités sociales. C’est dans cette difficulté que se crée la situation de handicap. On évalue les besoins de la personne dans son environnement et on va proposer des compensations très individualisées qui viennent compenser ce besoin et faciliter l’accès aux activités sociales. »

C’est la « délivrance d’une compensation qui institue de fait la reconnaissance du handicap », ajoute-t-elle. L’évaluation de la situation de handicap d’une personne donne lieu à l’estimation d’un taux d’incapacité, classé en trois niveaux : inférieur à 50%, entre 50 et 79% et supérieur à 80%. Une estimation qui n’est pas toujours très claire, d’après Estelle Hoffer, maman d’un petit garçon atteint de déficit de l’attention et d’hyperactivité (TDAH), qui est montée sur la grue en juin :

« Ils vont nous dire où on se situe par rapport aux 50% réglementaires, mais c’est tout. »

Une fois que l’équipe pluridisciplinaire d’évaluation a rendu son avis sur le dossier, elle le transmet à la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées.

Les membres de la direction de la MDPH (dont Raphaël Eyl-Mazzega, directeur adjoint) et Bénédicte Autier (en rouge, directrice) reconnaissent quelques dysfonctionnements à la MDPH. (MC / Rue89 Strasbourg)
Les membres de la direction de la MDPH : de g. à d., Raphaël Eyl-Mazzega, directeur adjoint, Brigitte Prost, de la commission des droits, Bénédicte Autier, directrice, et Muriel Stutzmann, de la cellule recours. (Photo MC / Rue89 Strasbourg)

Étape n°3 : une commission discrète

C’est l’étape cruciale dans l’étude du dossier. En effet, la CDAPH est la seule instance compétente pour accorder et définir les compensations. Raphaël Eyl-Mazzega, directeur adjoint de la MDPH du Bas-Rhin, précise :

« La composition de la CDA est définie par décret. Vous avez systématiquement quatre élus du Département, des représentants des différents services de l’État, des services d’assurance maladie, de la CAF, des représentants des usagers, des syndicats… »

Parmi ses 23 membres, on trouve, entre autres, Eric Elkouby et Michèle Eschlimann pour représenter le Département, le directeur général de l’agence régionale de santé, le directeur académique des services départementaux de l’Éducation nationale, le président du conseil d’administration de la CAF, une représentante de parents d’élèves ainsi que des représentants d’associations de personnes handicapées. Cette diversité d’acteurs est censée permettre une représentation de tous les types de handicap.

À l’aide de l’évaluation faite par l’équipe pluridisciplinaire et du dossier du demandeur, cette commission décide (ou non) d’accorder une compensation. La directrice de la MDPH du Bas-Rhin Bénédicte Autier  ajoute :

« Sur demande, les familles qui le souhaitent peuvent être reçues et entendues par la commission des droits et de l’autonomie en séance plénière. »

Cette possibilité, si elle existe, n’est semble-t-il pas mise en avant auprès des usagers. Estelle Hoffer affirme qu’on ne lui a jamais indiqué qu’elle avait ce droit. Elle n’a reçu une invitation à y participer qu’après être montée sur la grue et avoir négocié avec les agents de la préfecture.

Après avoir étudié le dossier, la commission prend une décision qu’elle n’est pas tenue de justifier. Le demandeur en est simplement informé et, si la décision ne lui convient pas, il a le droit de formuler un recours.

Étape n°4 : des recours très juridiques

« Toute décision peut faire l’objet d’un recours », indique Muriel Stutzmann, responsable de la cellule recours de la MDPH. Sur les 61 351 demandes qu’elles a instruites en 2016, la MDPH du Bas-Rhin a recensé 2 180 recours, soit environ 3,5%. Selon la situation, plusieurs possibilités s’offrent au demandeur mécontent. Parmi elles, le recours gracieux et le recours pour contentieux (auprès du tribunal compétent). Dans ces deux cas de figure, la personne a la possibilité de défendre sa demande. Elle peut mettre en avant les éléments qu’elle estime insuffisamment pris en compte par la commission. Le dossier est alors réétudié par une nouvelle équipe avant d’être présenté devant la CDAPH en session plénière.

Estelle Hoffer a eu affaire à cette commission l’année dernière, lorsque sa première demande d’auxiliaire de vie scolaire pour son fils de huit ans a été rejetée. Pour expliquer cette décision, la présidente de la commission lui a déclaré, avec un certain manque de tact, que son fils n’était « pas assez handicapé. » Une explication que cette maman a toujours du mal à digérer, étant donné l’impact que cette situation a sur son quotidien. Elle déplore un manque de transparence dans le fonctionnement de l’institution, mais surtout le peu de reconnaissance des troubles de l’attention en tant que handicap.

Pour les situations les plus critiques, deux autres solutions sont possibles : la conciliation et la médiation. La MDPH propose ainsi aux demandeurs de passer par le biais d’un tiers, une personne bénévole et extérieure à l’institution, qui va jouer le rôle de médiateur en les aidant à revoir le dossier et à comprendre ce qui a pu conduire au rejet de leur demande. À partir de septembre 2017, une médiatrice, elle aussi bénévole, sera présente pour s’occuper des situations les plus litigieuses, « où la communication entre l’usager et l’administration ne se fait plus du tout. »

Étape n°5 : des compensations accordées mais pas mises en œuvre

Si la commission des droits et de l’autonomie de la MDPH est la seule compétente pour accorder les compensations, ce n’est pas la MDPH qui s’occupe de leur mise en place. Pour reprendre l’expression de son directeur adjoint, Raphaël Eyl-Mazzega, la MDPH est un « sablier » qui enregistre les demandes, les valide ou non et les redirige vers ses différents partenaires, selon les situations : l’Éducation nationale pour les auxiliaires de vie scolaire, la CAF pour certaines prestations financières, etc. La mise en place de la compensation n’est toutefois pas obligatoire, comme le souligne Bénédicte Autier :

« Quand la commission des droits et de l’autonomie (CDA) propose un droit, l’usager est dans toute sa liberté pour le mettre en œuvre ou pas. Le fait d’avoir un droit à compensation n’engage pas la mise en œuvre. La CDA notifie des droits à compensation, l’usager les met en œuvre ou pas. »

Autrement dit, le demandeur peut refuser la mise en œuvre effective de la compensation qui lui est proposée s’il le souhaite. Ce cas de figure reste toutefois assez rare dans la mesure où « la compensation répond à un besoin », explique Bénédicte Autier.

Consciente des problèmes qui émaillent son fonctionnement, la Maison de l’Autonomie (MDA, qui regroupe la Maison départementale des personnes handicapées et des personnes âgées) a lancé un programme d’amélioration, sous le slogan « Pour une MDA plus efficace et plus humaine ». Parmi les pistes envisagées : améliorer le taux de décrochage du standard, remettre le site internet à neuf et renforcer le traitement des dossiers dans une logique d’efficacité. Pour l’instant, la MDPH met en avant la réfection de l’accueil physique, au rez-de-chaussée du bâtiment, terminée il y a peu. Gageons qu’elle ne suffira pas à calmer les esprits échauffés par de longs mois d’attente et des décisions non motivées.

#mdph

Signaler les piqûres de tiques et faire avancer la recherche, il y a une app pour ça

Signaler les piqûres de tiques et faire avancer la recherche, il y a une app pour ça

Pour lutter contre les tiques et les maladies qu’elles transmettent, comme la maladie de Lyme, des chercheurs ont besoin de données. L’INRA a créé une application pour smartphones, afin que les victimes de piqûres de tiques puissent transmettre lieux et photos, et en apprendre plus sur cet acarien.

La lutte contre les tiques s’organise ! Depuis le 15 juillet, l’application pour smartphones « Signalement-Tique » permet d’alimenter une base de données à partir d’une piqûre de tique sur soi ou son animal de compagnie. Le but de cette application créée par l’Institut national de recherches agronomiques (INRA) avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) est d’associer les citoyens à la recherche sur ces acariens. Très présentes en Alsace, les tiques sont encore mal connues et les maladies qu’elles propagent, comme la maladie de Lyme, encore moins.

L’application permet à l’utilisateur, une fois connecté, de « géolocaliser » sa piqûre, de la prendre en photo et il est ensuite possible d’envoyer l’acarien par courrier aux scientifiques. Les données collectées permettront de mieux comprendre les facteurs de risques occasionnant des piqûres : zones à tiques, météo favorable, végétation propice… Les données recensées pourront servir à l’élaboration de cartes de présence des tiques.

L’application Signalement tique est disponible sur les plateformes AppStore (Apple) et PlayStore (Android).

Un outil de prévention

Les données collectées seront également mises à disposition de tout organisme de recherche qui en ferait la demande. A titre d’exemple, le Centre National de Référence Borrelia, situé à Strasbourg, pourra se servir des données collectées pour faire avancer ses propres recherches.

L’animal est le second vecteur de maladies humaines après le moustique. La tique se fixe à la peau pour se nourrir de sang et peut, à ce moment, transmettre virus, bactéries et parasites. Elles sont ainsi responsables de la transmission de la maladie de Lyme avec 27 000 nouveaux cas par an, en France.

L’application, gratuite, est également conçue comme un outil de prévention et d’information.  On y apprend par exemple à reconnaître une tique mais la bonne manière de les retirer de la peau ou encore à surveiller d’éventuels symptômes. Une maladie de Lyme qui n’est pas diagnostiquée ni traitée à temps peut provoquer d’importantes complications.

Une tique de Cayenne (Photo Visual Hunt)
Une tique de Cayenne (Photo Visual Hunt)

Rapprocher les citoyens et les scientifiques

L’application « Signalement-Tique » (disponible sur l’AppStore pour les iPhones et sur le PlayStore pour Android) a été créée dans le cadre d’un projet nommé Citique. Il s’agit d’un projet de recherche participatif, qui inclut une participation des citoyens. Doté de deux millions d’euros, ce projet est inspiré par des recherches similaires en Suisse et en Allemagne. Outre l’application, le projet prévoit l’organisation d’une campagne de communication autour des tiques, mais aussi de stages auxquels les citoyens pourront participer en Lorraine.

Jean-François Cosson, chercheur à l’INRA Grand-Est à Nancy et responsable du projet, détaille :

« Signalement-Tique a pour but de créer des liens entre les chercheurs et les citoyens. Cela permet de montrer comment nous faisons nos recherches. Par exemple, beaucoup de personnes pensent que la science doit apporter des réponses solides et ne comprennent pas la culture du doute. Il arrive que de nouvelles données viennent contredire nos théories, ça ne nous étonne pas mais c’est parfois difficile à percevoir pour les non-scientifiques. »

Quatre jours après son lancement, l’application a déjà reçu plus de 1 000 déclarations.

#INRA