À la Neocast, qui s’est déroulé fin avril à Strasbourg, les bénévoles ont été très sollicités par l’organisation de l’événement… En t-shirt orange, il n’en fallait pas plus.



C’est un trou de bitume où murmure un ruisseau, une petite rue, bordée de voitures en stationnement, à l’entrée du quartier du Neudorf à Strasbourg. À première vue, elle n’a rien de spécial. Pour comprendre l’esprit de cette rue, il faut y passer aux beaux jours, à l’heure de l’apéro et du retour du boulot. On a alors de fortes chances de tomber sur une tablée de voisins en train de discuter, boire et manger sur le trottoir tout simplement.
Les habitants de la rue du Ruisseau-Bleu ont un jour décidé de profiter de ses rives pour s’y rencontrer. Il y a quinze ans exactement, Patrick et son voisin Jürgen se sont jetés à l’eau en organisant la première fête de rue (la Baignade du Ruisseau-Bleu). Depuis le rendez-vous est devenu annuel et un festival pour enfants (le GrossauGosse) a vu le jour il y a six ans.
Pendant quatorze ans, ces voisins ont géré ces événements de façon informelle, sans créer d’association « pour permettre une certaine liberté d’initiative ». Par ailleurs, ils précisent ne disposer et n’avoir besoin d’aucun budget. Et c’est finalement la création d’un jardin partagé, en 2014, qui les a contraints à se constituer en association pour gérer le morceau de terrain mis à disposition par la Ville de Strasbourg. La spontanéité en a pris un coup au passage car cette gestion administrative a, pour un temps, créé des tensions dans le groupe.
Certains immeubles sont plus impliqués que d’autres, vers le fond de la rue surtout. Cela n’empêche pas les problèmes de cohabitation « même s’ils sont souvent plus faciles à résoudre quand on se connaît déjà », précise David.
Si le noyau dur est composé de trentenaires, les événements organisés montrent bien à quel point les échanges sont intergénérationnels. Le Festival GrossauGosse, par exemple, est animé par des habitants bénévoles, et de tous âges, qui invitent les enfants et leurs parents dans leur appartement pour un spectacle ou un atelier (cuisine, poterie, tag…).

Passer dix minutes dans la rue du Ruisseau-Bleu, c’est assister à un chassé-croisé de voisins qui se donnent des nouvelles et se rendent des services. La solidarité existe. Ici on trouve toujours quelqu’un pour prêter sa voiture, réparer un vélo, partager un repas, jouer de la musique. Lizzy a même obtenu un CDI grâce à un voisin ! « Ici on ne se sent jamais seul », nous dit Julien.
Un appartement se libère ? Il ne restera pas vide longtemps. Les matelots ne quittent pas le navire facilement : on passe du 5 au 12 de la rue, du 1er au 3e étage, mais on ne part que si la vie l’oblige. Tous ensemble, ils redéfinissent le vivre ensemble, en ville.
Gratuité et autogestion sont les maîtres-mots des activités organisées par les habitants de la rue. Elles doivent être ouvertes à tous et dans l’idéal organisées par tous. La fête de la Baignade, qui a lieu une fois par an en juin, en est le plus bel exemple. Une réunion permet de coordonner le minimum nécessaire (location du matériel, création des affiches, porte à porte…) et le soir même chacun met la main à la pâte pour préparer les grillades, animer la fête et ranger collectivement à la fin.
La fête est ouverte à tous les Strasbourgeois mais il ne faut pas espérer y trouver des stands de boissons ou de merguez. Rien ne s’achète, tout se partage. Alors pensez à apporter un bouteille ou une salade !

Difficile de se frayer un chemin entre les étals de tissus et de fruits et légumes samedi midi sur le parking de l’ancienne médiathèque d’Hautepierre, à l’ouest de Strasbourg. Un doux parfum de menthe fraîche a pris possession des lieux. Comme toute les semaines, le marché bat son plein. Au bord, des femmes inspectent des tissus orientaux. L’appareil photo fait fuir les clientes.

Plus loin, au milieu de l’allée centrale, des commerçants chargent déjà un caddy de fruits et légumes à brader. À peine le temps de les installer, à deux euros les dix, les derniers petits artichauts du jour s’arrachent.
Dans la foule, Derbabe Zabdi regarde la scène. Le marchand ambulant de bijoux fantaisie n’a encore pas eu de chance aujourd’hui. Sur place depuis 6h, lui et son épouse n’ont pas obtenu d’emplacement. Six mois qu’ils tentent leur chance chaque samedi, en vain malgré leurs démarches administratives :
« Avant, nous étions en région parisienne. Le commerce y était très facile. Depuis six mois que nous sommes à Strasbourg, nous n’avons pas réussi une seule fois à vendre nos bijoux au marché de Hautepierre. A chaque fois c’est pareil, on nous dit qu’il n’y a plus de place ».
Derbabe nous attire sur le chemin qui longe l’ancienne médiathèque, à travers les stands improvisés des vendeurs à la sauvette d’herbes fraîches et autres montres à bas prix. Il peste :
« Une fois que les placeurs sont partis, les gens s’installent à la sauvette sur les places qu’on nous a refusées, et il n’y a plus aucun contrôle. Si ça continue comme ça, moi aussi je vais venir avec un petit chariot et je vais vendre au noir comme ça… »

De l’autre côté, la place André Maurois paraît bien calme. Les stands de quincaillerie, tissus et autres jouets attirent moins les chalands. Seul le stand de poulet rôti, halal, fait encore des affaires. Pour le vendeur de pain non plus, le marché n’est pas fini. Il ravitaille son étal en baguettes de pain blanc.
Un militant tracte pour l’UDI, proximité de l’élection législative partielle oblige. À côté de lui, Ramzi fait la quête pour le chantier de la mosquée du quartier. Comme lui, des bénévoles de la mosquée de Hautepierre appellent aux dons à chaque point clé du marché. Mais aujourd’hui, les recettes sont maigres :
« C’est normal parce qu’on est à la fin du mois, les gens n’ont plus rien. Il faut savoir que 85% des gens d’ici n’ont pas de travail. Ils vivent du chômage ou du RSA. Ils donnent autour du 6 ou 7 du mois, quand les allocations tombent ».
Un homme tend un billet de 50 euros à Ramzi. Ce n’est pas un donateur mais un vendeur. Il veut faire de la monnaie. Ramzi l’éconduit. Il a déjà fait l’appoint à un commerçant et son reste de pièces n’atteint pas cinq euros.
En cette fin de marché, c’est le parking face à la médiathèque qui attire définitivement l’animation. Là où sont concentrés tous les vendeurs de fruits et légumes.

Yrmani, garde un cabat plein, en retrait de la foule, pendant que son épouse fait les courses. Le couple vient chaque semaine de Schirmeck. Il est 13h et c’est l’heure de pointe explique l’habitué :
« C’est maintenant que les gens arrivent, à la fin du marché, quand tout est bradé. Il y a trop de monde ici, mais c’est le meilleur marché ».

« 1 euro le kilo ! Deux euros le cageot ! », annoncent les commerçants de tous les coins de la place. Il faut réagir vite pour faire des affaires. À l’arrière d’un étal, une commerçante se débarrasse sur le trottoir de ses marchandises les plus abîmées. Une dizaine de femmes les inspectent pour dégoter ce qui en vaut encore la peine.
Ici pas de bio ni de fruits exotiques. Le luxe, c’est le raisin ou le citron, à 2,80€ le kilo. Les produits viennent d’Espagne ou du Maroc. Là, les pommes et les tomates bradées sont déjà passées de mains en mains et font pâle figure. Ailleurs, elles sont encore fermes, et l’affaire est bonne.
Un commerçant explique :
« On casse les prix progressivement. En fin de marché, nos produits ne sont plus aussi beaux, on ne peut plus en demander autant. Et ça permet à tout le monde de pouvoir manger, même aux plus pauvres. «

Au fil du temps, les prix sont cassés jusque sur les étals, les vendeurs effacent les prix marqués à la craie. À 13h30, difficile de trouver à manger à plus d’un euro le kilo. L’auteur de ces lignes lâche l’appareil photo et se prend au jeu. Résultat des courses : deux avocats, un kilo de nectarines, un kilo de tomates , rouges et fermes, et un kilo de kiwis pour 3,60 euros.
Marché de Hautepierre, tous les samedi de 7h à 13h, place du Maillon, maille Irène et place André Maurois, tram A arrêt Cervantès.
Sur Rue89 Strasbourg : Marché de Hautepierre : 25 commerçants menacés d’explusion
Sur Rue89 Strasbourg : au marché du boulevard d’Anvers, une tente des glâneurs contre le gaspillage

Avec sa barbe, son pull en laine, son sourire et sa générosité, Léonard Mandavy nous reçoit chez lui, à Schiltigheim, comme il recevrait des amis, autour d’une tasse de café. C’est peut-être un hasard mais peut-être un symbole pour un artiste avec des chansons engagées comme A l’ouest rien de nouveau, Les dents de sagesse, ou encore Le repas des députés : il habite rue Jean-Jaurès.
Ainsi, ce chanteur atypique n’a pas hésité lorsqu’une amie avec laquelle il a l’habitude de jouer des chants révolutionnaires lui a proposé de se produire en concert bénévolement pour le premier week-end de Nuit Debout à Strasbourg. Pour autant, celui que ses amis appellent Léo ne se décrit pas comme quelqu’un d’engagé :
« J’ai des opinions politiques de gauche, mais je n’arrive pas à la cheville des gens engagés ! Ce n’est pas moi qui vais coller des affiches, distribuer des tracts… J’ai des chansons qui peuvent être considérées comme engagées, mais je ne crois pas qu’une chanson puisse changer le monde. Les chansons marquent plutôt la mémoire du passé : des changements ont lieu et les chansons arrivent après-coup. »
Parmi la trentaine de chansons de son répertoire, toutes ne sont donc pas engagées :
« J’en ai sur l’amour, les amis, la famille, j’en ai sur la misère sociale, et j’en ai des anti-libérales, pacifistes, féministes… J’écris une chanson quand j’ai vraiment quelque-chose à exprimer. C’est bête à dire, mais certains artistes que je connais ne le font pas. »
Pour Léonard Mandavy, une bonne chanson est avant-tout une chanson qui raconte une histoire… Et si possible, avec de l’humour, comme Le Goûter où un gamin ne se laisse pas faire à la récré :
« Ma manière de créer, c’est d’illustrer. J’ai besoin d’avoir une image que j’ai très envie de raconter. Souvent, ce sont des choses exagérées voire exubérantes, et toute ma chanson se met en place, en tendant vers cette image. »
Ainsi, les auditeurs les plus attentifs de Chanson de pirate s’apercevront que la captive se sert du sexe d’un membre de l’équipage comme d’une épée…
« Pour Le repas des députés, où un invité casse l’ambiance avec ses idées, ce qui m’a donné envie d’écrire, c’est que, souvent, dans notre société, on refuse des idées progressistes au nom du pragmatisme. Pourtant, le progressisme et le pragmatisme peuvent aller ensemble. Et en plus, ce sont deux mots qui riment. »
Justement, l’autre particularité de ses chansons, surtout pour notre époque, c’est qu’il les écrit en vers…
« Dans mes vers, je fais attention à respecter la syntaxe, comme dans le langage de tous les jours. Malgré les vers, un chanteur m’a dit un jour que je donne l’impression que je parle quand je chante. Quand je suis sur scène, je ne recherche pas la performance vocale, j’ai toujours envie que le public comprenne mes chansons, apprécie les textes… »
Peut-être par leur forme fixe, quelques-unes de ses chansons peuvent rappeler des airs de Georges Brassens. Mais quand on lui soumet cette comparaison, voici sa réponse :
« Quand on veut créer son propre style, on ne le sort pas du néant, on se nourrit de différents artistes. C’est vrai que j’ai consommé beaucoup de Brassens, mais je n’ai pas écouté qu’un seul chanteur. Je me suis inspiré de Boris Vian et de Dick Annegarn pour leur côté fou ou surréaliste. Le trait que j’ai beaucoup aimé chez Clarika, c’est le côté matérialiste. Pour parler de vérités comme le bonheur, elle utilise des objets concrets, comme je le fais dans 9 m². Et les chants de lutte historiques, que j’ai découverts grâce à un atelier de la chanteuse-accordéoniste Nathalie Suzanne à la Maison Mimir, m’ont aussi beaucoup inspiré. »

Enfant, il a été influencé par les goûts de son père, chanteur de hard-rock dans sa jeunesse, et de sa mère, préférant la musique de Barbara , Dalida, ou Cesaria Evora. Ce n’est donc que, quelques années plus tard, qu’il a découvert Brassens, seul :
« Mon côté Brassens, c’est le format guitare-chant, et les mots pas si courants que j’utilise, mais compréhensibles. Nous avons tous un rapport aux mots actifs ou passifs. Le rapport actif, ce sont les mots qu’on connaît et qu’on comprend. Le rapport passif, ce sont les mots que l’on ne connaît pas forcément, mais que l’on comprend, et Brassens en utilisait beaucoup. Pardon, je théorise… »
Il faut dire que cet étudiant en lettres prépare le concours pour devenir professeur des écoles… Il l’a déjà passé avec succès en 2010, mais Léonard Mandavy n’a jamais enseigné parce qu’il ne se sentait pas prêt à encadrer une classe à 23 ans. Depuis, ses expériences en animation périscolaire l’ont convaincu de sa capacité et de son désir d’enseigner. Tout en souhaitant conserver une place importante pour la musique en parallèle.
Concernant son parcours musical, Léonard Mandavy a commencé par se former un an à la guitare auprès d’un professeur de jazz, Claude Janet, qui lui a surtout appris à apprendre :
« Au départ, je jouais du rock puis je me suis mis à la chanson française progressivement parce que j’aime écrire. Et la chanson française a un côté plus pratique : on peut répéter seul ou à plusieurs, n’importe quand et n’importe où… »

Ses premières notes en tant que chanteur ont été jouées en soirée, dans la rue, dans des concerts en appartement, sur des scènes de cafés, de festivals, de petites salles… De 2012 à 2015, il a formé un groupe, Les Venus en caoutchouc, avec deux amies, Nathalie Suzanne et Juliette Cordel. À cette époque, Léonard Mandavy se produisait entre Nancy et Strasbourg. Il chantait alors des reprises, déguisé en femme, telle une troisième Venus… Peut-être une manière de se protéger du trac, peut-être un héritage de sa pratique du théâtre.
Depuis un an, il se produit seul en concert, en chantant ses propres chansons, sans se déguiser, même s’il lui arrive souvent d’être accompagné. Jeudi 5 mai au Molodoï, dans le cadre de la Release Party avec Justine Bahl et d’autres artistes, ce sera à nouveau le cas. Il sera sur scène avec un ami, Waldemar Szymanski, un chanteur à guitare comme lui (voir Don Giovanni ou Dos à dos).
Un concert à ne pas manquer pour ceux qui souhaitent les découvrir sur scène… En effet, les occasions ne sont pas si fréquentes puisque la date suivante est seulement fixée au 14 juillet à La Guinguette du rhin. Au total, depuis ses débuts avec Les Venus en caoutchouc, Léonard Mandavy ne s’est produit qu’une quarantaine de fois dans la région en quatre ans, soit seulement une dizaine de dates par an…
« Mais je ne me démène pas pour en chercher… La plupart, je les obtiens par le bouche-à-oreille : ce sont des personnes qui m’ont vu quelque-part qui m’en proposent, ou des copains de copains de copains… »

De même, il n’a pas encore sorti d’album ni créé de site internet, même si une partie de ses chansons sont disponibles sur internet. On peut quand même suivre son actualité sur sa page Facebook. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir une courbe de nouvelles chansons exponentielle… Sa dernière création met ainsi en scène Sherlock Holmes :
« J’ai imaginé qu’un homme arrive chez Sherlock Holmes parce que sa femme, Lady Frances Shoscombe, a disparu. Au fur et à mesure qu’il raconte les faits au détective privé, le public est censé comprendre que sa femme s’est tout simplement cassée parce qu’il était trop insupportable ».
La prochaine devrait s’intituler « L’exécuteur testamentaire » :
« Je veux faire une chanson sur un ouvrier qui léguerait à sa mort tout ce qu’il avait à son patron qui l’a viré. Le truc, c’est qu’il n’aurait pas grand-chose, à part son cancer, les poings dans la gueule qu’il a pris lors de l’occupation de l’usine, et ainsi de suite… Mais ce n’est encore qu’une idée. »
Et la suivante « L’épopée de l’emploi… » :
« Elle raconterait l’histoire de quelqu’un qui se renseigne sur un nouveau boulot auprès de professionnels… Sauf que, à chaque fois qu’il leur demande si se lancer dans la même voie professionnelle qu’eux est une bonne idée, on lui répond « non, non, surtout pas… » Et au final, il ne ferait pas grand-chose… »
Ceux qui fréquentent la scène Slam strasbourgeoise pourraient donc les découvrir bientôt…
« C’est le lieu où je vais tester mes textes brut pour voir l’effet sur le public, avant de les jouer en chansons. C’est aussi le moyen d’avoir sa dose régulièrement (chaque troisième mardi du mois au Kitsch’n bar à partir de 21h) quand on a besoin du plaisir de monter sur scène. »

Quand on lui demande une bonne raison d’assister à un de ses concerts, voici ce qu’il répond :
« D’un côté, je pense qu’on rit, que j’arrive à faire rire en parlant de choses graves, et que c’est drôle sans être grotesque. De l’autre, comme il y a du fond dans mes chansons, on ne repart pas avec l’impression d’avoir perdu son temps… »
Et voici ce que répond Juliette Cordel, qui se produisait en concert avec lui à l’époque des Venus en caoutchouc :
« Il raconte des contes en chantant, souvent engagés, avec beaucoup d’humour, et une morale sous-jacente. Il y a toujours du sens derrière. En concert, il fait des blagues entre les chansons. Dans son humour, il a un petit côté Philippe Katerine, mais en plus intellectuel. Et il a en même temps l’intelligence d’un Brassens : ses textes sont en vers, avec des mots compliqués, et vachement bien structurés ».
Au petit jeu des comparaisons, à vous désormais de vous faire votre propre idée.

Qu’est-ce que cette sphère entre la cathédrale et le château des Rohan à Strasbourg ? C’est le signe du soutien de Strasbourg pour la candidature de la France pour accueillir l’Exposition universelle en… 2025. En attendant, une exposition parcourt 16 grandes villes de France, et fait étape à Strasbourg jusqu’au 8 mai.
L’installation rassemble des stéréoscopes offrant des vues des précédentes éditions des Expositions universelles, un film en 3D portant sur les enjeux du projet pour la France, une projection nocturne sur la sphère et un photocall pour soutenir la candidature du pays sur les réseaux sociaux. Le but premier est de fédérer les strasbourgeois autour de ce projet commun.

Pour Roland Ries, cette candidature a deux principales caractéristiques :
« L’objectif est d’associer Paris à l’ensemble des autres régions françaises et ne pas se cantonner à une seule ville pour accueillir l’Exposition universelle. La grande nouveauté, ce serait que cela se passe à échelle nationale. La deuxième caractéristique, c’est une exposition d’un genre nouveau notamment en matière de numérique où la France souhaite mettre tout son savoir technologique au service de l’événement ».
Le projet s’oriente autour de trois grands axes :

Grâce à la participation de 27 entreprises et grandes associations, la candidature française devrait être autofinancée. La France est pour l’instant le seul pays à avoir officialiser sa candidature. Le BIE (Bureau International des Expositions) rendra sa décision en 2018.

Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole et adjoint au maire de Strasbourg en charge du centre-ville s’était déjà rendu place de la République, il y a trois semaines, pour discuter avec les membres de Nuit Debout, lors de leur Assemblée générale (AG) journalière. Il leur avait alors expliqué que les installations pérennes ne pourraient être autorisées.
Le mouvement avait pris la décision de rester tout de même et la vie place de la République avait repris son cours. La municipalité et Nuit Debout dialoguaient cordialement. Jusqu’à hier soir.
L’élu est revenu et comme il l’avait dit la première fois, « chacun devra prendre ses responsabilités mais la place doit être libérée », racontait mercredi matin un des participants au mouvement, présent pour démonter le campement. Il ne comprenait pas pourquoi il leur est demandé de partir :
« Il nous a dit que c’était pour les commémorations du 8 mai que l’on devait libérer la place avant ce midi mais c’est bidon comme prétexte ».

Malgré une certaine rancoeur, une vingtaine de membres de Nuit Debout se sont données rendez-vous mercredi matin pour évacuer les affaires jugées « vitales » et démonter le campement de fortune qui y était installé depuis maintenant presqu’un mois. Dans l’après-midi, des policiers sont venus vérifier que le campement avait bien été démonté. Une personne, extérieure à Nuit Debout, a été interpellée à la suite d’outrages à l’encontre des agents.
Si les Deboutistes regrettent, mais suivent tout de même cette demande de la Ville, Les Républicains du Bas-Rhin se félicitent de la libération de la place publique. Dans un communiqué, Laurent Furst, président de Les Républicains du Bas-Rhin et Georges Schuler, secrétaire général, demandent que la place de la République soit désormais « protégée » :
« Les Républicains du Bas-Rhin demandent à ce que cette place soit désormais protégée de toute nouvelle installation. Place symbolique de Strasbourg, la place de la République est celle qui accueille les manifestations patriotiques et l’hommage « à nos Morts ». Elle doit être respectée en tant que telle et ne laisser la place à aucun détournement. La statue qui y figure nous rappelle un devoir de mémoire. Celui de Strasbourg pour ses fils tombés au combat. L’installation de structures militantes et engagées n’y a donc pas sa place ».
Pas sûr que la Ville suive les demandes de Les Républicains, pas sûr non plus que Nuit Debout reste à l’écart. La réutilisation de la place de la République dès que possible est toujours au programme du mouvement. Dans la soirée de mercredi, Robert Herrmann a précisé qu’il ne tolérerait plus d’installations et qu’il ferait appel à la police pour les enlever.

À VOIR SUR
YOUTUBE
Vidéo Kronenbourg
Les brasseries Kronenbourg ont demandé une nouvelle fois à Éric Cantonna de mettre ses talents d’acteurs au service de la promotion de la bière en partie brassée à Obernai. Dans cette nouvelle publicité, tournée en mars à Epfig, on voit l’ancien footballeur de Manchester incarner une espèce de secouriste dont l’unique remède semble être quelques rasades de 1664. La vidéo met en scène deux bergers allemands, qui sont parfois appelés « alsatian dogs » en anglais. Les chiens sont équipés de tonnelets remplis de la bière blonde, à la façon des saint-bernard qui eux réchauffaient les montagnards perdus à grands coups de rhum (selon une légende largement controversée).
En 2013, Éric Cantona avait déjà servi la cause de la bière en mettant en valeur cette fois les fermiers alsaciens, de véritables stars de jet set dans la mise en scène. Cette fois, il n’est plus question de lamborghinis dans les cours de fermes, mais l’image de l’Alsace renvoyée à l’étranger reste proche des clichés : rurale, traditionnelle, etc.
Sur YouTube : voir la vidéo sur la chaîne de Kronenbourg

Parmi toutes les œuvres ambitieuses et passionnantes que proposait la sélection cannoise en 2015, il n’y avait, en tout et pour tout, qu’un seul film d’horreur. Un petit film indépendant retenu à la Quinzaine des réalisateurs, section parallèle et récent refuge du film de genre, Green Room.
Cette œuvre, signée de l’américain Jeremy Saulnier, sort sur les écrans français près d’un an après sa présentation sur la Croisette, et elle vient démontrer que le grand cinéma ne s’embarrasse pas toujours d’un grand scénario, qu’il est possible de marquer la rétine des cinéphiles avec l’affrontement débridé et linéaire de punks et de néo-nazis au détour d’un couloir sombre.

Green Room s’ouvre sur les déambulations d’un petit groupe punk-rock sur la côte ouest. Les musiciens en fin de tournée se produisent dans une salle perdue dans la forêt, au milieu d’une poignée de skinheads qui tolère péniblement leur présence. Après la prestation, au moment de s’esquiver, ils assistent à un meurtre. La salle de concert se mue alors en un vaste tombeau sans issue.
Jeremy Saulnier propose un film de siège, sur le modèle d’Assaut de John Carpenter. Mais il fait évoluer le sous-genre quelque peu éculé vers un naturalisme salutaire. Green Room surprend et choque dans son rapport à la violence, dans son âpreté et dans sa sécheresse.
Le réalisateur s’était révélé un an plus tôt avec Blue Ruin, film de vengeance qu’il confesse volontiers comme étant bien plus personnel. Et cette première œuvre laissait déjà entrevoir une nette tendance à la paranoïa et un refus total des conventions. Son vengeur à la barbe hirsute n’avait rien du héros classique. À l’heure de porter les coups, il tremblait, reculait, échouait.
Les petits punks de Green Room n’ont pas un rapport à la survie plus idéalisé. Ils souffrent, tentent, avancent, reculent. Surtout, ils meurent salement, ils crèvent hors champ et le cinéaste vient révéler leurs blessures béantes comme une sentence, le temps d’un furtif gros plan.

À l’heure de l’horreur post-moderne et du cynisme débridé, Saulnier frappe là où ça fait mal. Ses héros, des post-adolescents d’ordinaire surreprésentés dans le cinéma d’horreur, ne sont jamais iconisés. Il n’y a pas de célébration d’une violence désamorcée par des jets de sang numériques. Il n’y a pas de pathos, pas d’attachement. Green Room est un jeu de massacre désensibilisé. Le spectateur n’y ressent aucun tiraillement à la mort de l’un ou l’autre protagoniste. Il perçoit simplement la barbarie inhérente au coup de machette, la terreur face au chien qui s’avance crocs dénudés.
Jeremy Saulnier fait simple, sans être simpliste. On pourra arguer du fait que montrer des fascistes massacrant des nihilistes relève de l’argument politique. Mais si Green Room se trouve être une œuvre symptomatique d’une époque troublée, c’est sans doute pour sa justesse dans l’appréhension d’une violence soudaine, inexpliquée et inexplicable. Ici, le mal provoque l’hébétude, à tel point que l’on ne cherche plus à en expliquer la source. Il n’est plus question que de ses conséquences.
Au-delà d’un genre, au-delà de l’horreur, Green Room est un film de terreur.

Le pari « Ma Voix » est en marche à Strasbourg. À la deuxième réunion à Strasbourg, fin mars, les chances de succès étaient encore floues. Samedi 16 avril, 16 candidats des quatre coins de la France ont pourtant tenté leur chance pour participer à l’élection législative partielle des 22 et 29 mai. Un tirage au sort place de la République a désigné le candidat et Daniel Gerber, 55 ans, est sorti du chapeau. Le concept de Ma Voix, ou #MaVoix sur Twitter, est simple : pas de personnification et des députés qui appliqueront ce que demandent les internautes sur son site.
Son objectif est l’élection législative de juin de 2017, mais celle de Strasbourg sert de répétition. Quelques membres se retrouvaient au salon de thé « La Théière« , rue du Faubourg de Saverne. Ouvert depuis septembre et médiatisé par son café ou thé à moitié prix pour les seniors, l’établissement est trusté par les candidats : Éric Elkouby (PS) et Laurent Py (UDI) envisagent d’y organiser une réunion publique. « On ne refusera personne » promet le gérant Abel Ouali, soutien de Ma Voix.
Plus qu’une réunion, « ce qui marche le mieux ce sont les rencontres au bord des panneaux », explique Marc Philibert, très impliqué localement comme « une quinzaine » de Strasbourgeois. L’affiche est un miroir sur papier avec la question « qui vous représente le mieux ? » pour que le passant se voit dessus. Ironie du tirage au sort, l’affiche jaune figure entre celle du candidat PS et celui de « Les Républicains » (Jean-Emmanuel Robert), en septième position (sur 14 candidats). « Dans le centre-ville, il y avait juste Guillaume D’Andlau (sans étiquette) et Éric Elkouby. À Hautepierre on était les seuls », poursuit Marc Philibert au sujet du premier jour de collage, lundi 2 mai. Le dernier tiers des affiches sera collé mercredi 4 mai.

Les membres de Ma Voix ne sont pas des professionnels de la politique. Ils découvrent les règles d’une élection législative. Il faut ouvrir un compte de campagne, nommer un mandataire financier différent du candidat… Le plafond des dépenses est de 70 965 euros. Ce même compte peut être alimenté par celui du candidat, qui peut se faire rembourser jusqu’à 33 708 euros s’il obtient au moins 5% des suffrages exprimés.
Ces chiffres semblent abstraits pour les protagonistes. Dans leur cas, il n’y a qu’un compte avec un budget prévisionnel de 4 000 euros, financé par des dons déductibles des impôts à hauteur de 66%, comme n’importe quel don à un parti politique. Pas d’emprunt, ni de compte personnel. Le collectif affiche avoir déjà recueilli 3 100 euros depuis le 29 avril. Ce budget doit couvrir notamment l’impression de 300 affiches pour 1 000 euros, plus chères car cinq fois plus épaisses que les autres pour y intégrer le fameux miroir. Des affiches normales auraient coûté environ 300 euros. Le reste du budget doit servir à l’impression des bulletins de vote et des professions de foi.
Quant à Daniel Gerber, habitant d’Erstein, il se dit content de participer à une expérience qui commencer à fonctionner :
« J’avais envie de me lancer dans l’action citoyenne. Il y avait pas mal d’initiatives pour changer la politique, mais je me suis dit, ça suffit de parler, ici on agit. On a eu un peu de chance avec Nuit Debout, qui a permis de plus faire parler de l’initiative et de rencontrer des gens. Ce qui ressort, c’est que l’horizontalité, ça paie. »
Il était présent dès la deuxième réunion du collectif, tout simplement curieux. Il ne s’imaginait pas candidat. Fidèle à la démarche du collectif, il se met assez peu en avant. Il se définit quelqu’un de « toujours très intéressé par la politique » mais jamais encarté dans un parti . Il a un goût pour « les politiques alternatives », mais regrette que « personne n’en propose ».

S’il est élu, il promet qu’il respectera les décisions des citoyens exprimées sur le site web de #MaVoix, même si elles vont contre ses convictions personnelles. « C’est un engagement moral », dit-il. Quelle que soit l’issue du scrutin, il aura le droit de re-participer à un tirage au sort Ma Voix en 2017. Il pense même qu’il sera de la partie.
Côté personnel, Daniel Gerber a détenu plusieurs librairies spécialisées dans la bande dessinée. Une était sise rue du Jeu des Enfants à Strasbourg, une autre à Paris. Aujourd’hui sans emploi, il bénéficie du revenu de solidarité active (RSA) et « travaille sur un projet web ». Ses profils sur Twitter et LinkedIn indiquent qu’il est « sur le point de créer une coopérative d’artistes pour un projet collectif mêlant arts visuels et arts de l’écriture ».
Sa suppléante, Marie-Laure Teyssedre habite Le Mans. Un député n’a pas besoin d’habiter dans la circonscription où il est candidat, car il est sensé représenter la nation et non des intérêts locaux. Pour Daniel, habiter dans l’agglomération strasbourgeoise est néanmoins plus simple pour la campagne électorale :
« Au tirage au sort, c’était impressionnant, il y avait des gens de partout La Rochelle, Paris, Saint-Malo. C’est plus simple que le candidat soit à Strasbourg. On l’aurait accueilli, mais il aurait fallu organiser les allers-retours, concentrer l’action les week-ends, engager des frais de billet de train… »

Sans programme, si ce n’est de soumettre au vote toutes les décisions, difficile de participer à un débat entre candidats. Si l’opportunité se présente, Daniel Gerber et les autres membres de Ma Voix tranchent la question lors de la réunion :
« Il ne faut pas refuser l’invitation, ça ferait bizarre. Soit on vient à plusieurs, soit on fait un tirage au sort pour décider qui y va. »
Car la vision de Ma Voix est qu’une personne ne peut savoir répondre à tout. Son but est d’utiliser « l »intelligence collective ». Autrement dit, que chacun apporte des compétences dans son domaine. La manière de mettre en forme tout cela sur la plateforme est encore en chantier. Vaste programme, qui montre que même si la candidature strasbourgeoise est déjà une réussite en soi, Ma Voix est encore loin d’avoir réussi son pari.
Sur Rue89 Strasbourg : « Ma voix » veut présenter un candidat sans programme et tiré au sort à la législative partielle
Sur Libération.fr : Un candidat sort du chapeau à Strasbourg
Sur MaVoix.info : le site du collectif
Sur Rue89 Strasbourg : Le guide de survie à la législative partielle

Ancien président du conseil régional d’Alsace et élu à la tête de la nouvelle région Grand Est, Philippe Richert (LR) va avoir ses entrées dans les transports. L’élu alsacien a été nommé, à sa demande, au conseil de surveillance de l’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) SNCF. L’EPIC SNCF chapeaute ses deux activités : SNCF Réseaux (ex-RFF, c’est à dire les infrastructures) et SNCF Mobilités (le transport des voyageurs et des entreprises).
L’élu alsacien siégera en qualité de président de l’association des régions de France (ARF), une nouvelle qualité qu’il a obtenu suite à sa victoire face au PS et au FN au second tour des élections régionales de décembre 2015.
Dans une interview à Rue89 Strasbourg, Philippe Richert explique avoir fait cette demande pour plusieurs raisons, parmi celles-ci l’abandon d’investissements :
« La SNCF est en train de regarder si elle ne va pas abandonner les investissements sur les petits réseaux. L’État dit “la SNCF n’a plus les moyens, je ne veux pas payer pour le faire et donc tout ce qui est déficitaire on va arrêter”. Sauf que si on arrête cela, c’est un coup dur pour la mobilité des personnes et des conséquences économiques. Les silos qui se trouvent sur un réseau ferré et transforment les céréales seraient remis en cause.
Nous sommes là à regarder comment nous pouvons compenser l’inanité de ce qui s’est fait à la SNCF ces dernières années. Je pense que c’est en forçant la SNCF à se réformer qu’on lui permettra de ne pas être dépassée par d’autres partenaires le jour de l’ouverture à la concurrence. L’État et la SNCF veulent plutôt reculer ce moment. C’était prévu pour 2019, ils le demandent pour 2026. »

Autre reproche selon lui, le manque d’informations de la part de la société envers les Régions. Ces dernières doivent organiser les transports régionaux avec les TER :
« Comme la SNCF a un monopole, nous ne pouvons dialoguer avec d’autres pour les obliger à être plus performants. Mais si on ne nous transmet pas les informations on ne peut pas mettre en place l’exploitation du réseau.
Il existe au plan national l’ARAFER (Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières), qui est là pour avoir la vision la plus objective possible, mais même cette structures ne transmet pas tous les éléments d’informations. Au niveau de l’État comme de la SNCF, on est dans une situation difficilement acceptable. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai demandé à rentrer au conseil de surveillance de l’EPIC de tête de la SNCF. »
En février, Philippe Richert avait vivement critiqué le directeur de la SNCF Guillaume Pépy par courrier, lorsque la société a décidé de supprimer plusieurs TER pour trois mois, faute de conducteurs. Une décision sans consultation du conseil régional. Dans une interview au journal l’Union il avait indiqué en avril que « même si nous sommes passés de 31 suppressions à 12 et sur une période de 2 à 3 mois contre 4 à 6 initialement », la Région demandera une indemnisation.

Les syndicats appellent à une nouvelle mobilisation contre le projet de loi réformant le code du travail, ce mardi 3 mai à partir de midi. L’Assemblée nationale étudie à partir de ce mardi le projet de loi déposé par la ministre du Travail, Myriam El Khomri.
Rendez-vous est donné à midi place Kléber pour un rassemblement à l’initiative de la CGT. De leur côté, les « étudiants en lutte » prévoient une manifestation à partir de 14h. C’est la cinquième mobilisation syndicale contre ce projet de loi, dont les dispositions ont fortement varié depuis sa première présentation. Il est notamment question de faciliter les licenciements économiques pour les petites entreprises. Le Monde a publié une synthèse des articles retenus par la loi avant son examen.
La « loi travail » expliquée en patates (vidéo Le Monde)
Dans un communiqué, la CGT réfute cette loi et appelle à un nouveau code du travail :
« Le retrait du projet de loi travail est un préalable à l’ouverture d’une toute autre politique pour le progrès social. Il faut un code du travail du XXIe siècle sécurisant l’ensemble du monde du travail, offrant aux jeunes de ce pays un avenir autre que la précarité généralisée ».
Depuis deux mois, les manifestations et les grèves égrènent l’actualité sociale. C’est à l’issue d’une manifestation contre la « loi travail » qu’est né le mouvement Nuit Debout.
Manifestation contre la « loi travail », mardi 3 mai à partir de midi, place Kléber à Strasbourg.

Du 3 au 13 mai 2016, Maëlle Dequiedt et Mathilde Delahaye, deux élèves metteures en scène en troisième année du groupe 42 de l’école du Théâtre national de Strasbourg (TNS) présentent leurs projets itinérants.
Pour l’une, réinterprétation du conte de Charles Perrault “Le petit chaperon rouge” d’après le texte de Claudine Galea, “Au bois”. Pour l’autre, un montage entre deux ouvrages de Charles Pennequin qui donnent naissance à “Babil au bord des villes”.
Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg, a donné pour consigne aux élèves la réalisation d’un spectacle itinérant, à la forme légère et déplaçable, avec très peu d’éléments de décor (l’ensemble doit pouvoir rentrer dans une voiture Kangoo).
Maëlle Dequiedt a choisi le collège Lezay-Marnésia de la Meinau, dans un ancien atelier de menuiserie aujourd’hui rénové. Elle a voulu un texte accessible à tout public, ce qui répond au désir de Stanislas Nordey souhaitant démocratiser le théâtre. “Au bois” répondait à cette problématique.
« C’est un thème facilement adaptable à un large public. Il reprend les figures emblématiques du conte « Le petit chaperon rouge » en y apportant certaines modifications. Ici, la mère est au coeur de la pièce. Le petit chaperon rouge est toujours présent et le troisième personnage est le bois ».
La pièce traite donc différents sujets, le thème de la femme est largement abordé mais il est également question de la relation mère-fille, des désirs inassouvis et des rêves d’émancipation.

Maëlle Dequiedt a sa propre vision de l’exercice :
« Monter un spectacle ici, c’est déplacer la manière dont on a appris à faire du théâtre depuis deux ans ».

La metteure en scène et les comédiens sont allés à la rencontre des collégiens. Par un dialogue simple, ils discutent du métier d’acteur, du théâtre dans sa globalité et du texte choisi par Maëlle Dequiedt que les adolescents ont eu l’occasion de lire. Cet échange révèle de nouveaux enjeux, notamment pour Laure Werckmann, l’une des comédiennes :
« Nous sommes toujours impliqués, peu importe les circonstances. Répéter ici crée une belle excitation, une émulation artistique et culturelle. Nous nous demandons comment faire pour que le théâtre rentre dans le paysage de ces élèves, pour qu’ils sachent que c’est également un art qui leur appartient et qui permet de se réunir pour penser le monde. Il faut leur montrer que ça peut aussi se passer ici, dans leur établissement scolaire ».
Dialoguer avec ces jeunes leur ont permis de revenir à l’essentiel de la pièce : la rendre compréhensible et lisible par tous reste le premier enjeu. Cependant, Maëlle Dequiedt indique qu’elle ne souhaite pas pour autant renoncer à l’exigence et à la précision et que son spectacle ne sera pas simplifié parce que des adolescents vont y assister.
Les différentes représentations se dérouleront au collège Lezay-Marnésia (le 3 mai), à l’espace culturel Django Reinhardt (le 7 mai) , à l’Albatros; centre socio-culturel de Lingolsheim (les 9 et 10 mai), à la salle polyvalente de Rouffach (le 11 mai) et dans la salle de Peinture du TNS (les 12 et 13 mai).
Pour l’ensemble des représentations, Maëlle Dequiedt a souhaité placer les 60 spectateurs en cercle, autour des comédiens. Une autre représentation est également prévue à la maison d’arrêt de l’Elsau.
Mathilde Delahaye, la seconde élève metteure en scène, et Quentin Maudet, chargé de la régie, ont choisi la carrière de l’usine à chaux de Dahlenheim.

C’est un montage entre deux textes du poète contemporain Charles Pennequin qui a donné naissance à “Babil au bord des villes”. Le premier s’intitule “La ville est un trou” et le second “Comprendre la vie”.
Pour parler de ces textes, Mathilde Delahaye indique :
« C’est une poésie sonore, une écriture qui parle et qui est faite pour être jouée dehors ».
L’histoire raconte le chemin de Grognard (interprété par Félicien Graugnard), un harangueur de foule qui arpente les bords de villes. C’est un militant de la pensée qui cherche à dresser le portrait de son époque. Depuis sa cabane surélevée, il s’adresse et manifeste devant le groupe de 50 spectateurs. Toujours armé de son parachute, il tend vers un potentiel envol.
Le public a toujours accès à la parole de Grognard, peu importe son intensité et malgré que celui-ci puisse se trouver à 300 mètres d’eux. La metteure en scène décrit ce personnage :
« C’est un mec d’aujourd’hui qui pose de grandes questions. Il tape là où ça fait mal. À tel point qu’il est parfois difficile d’aborder certains sujets. Il revendique une forte dimension militante ».

Les lieux choisis pour la représentation de “Babil au bord des villes” sont le parking de l’usine Peugeot à Dannemarie (le 3 mai), l’usine à chaux de Dahlenheim (les 4 et 5 mai), le champ du château d’eau à Brumath (le 7 mai), la rue de l’artisanat à Ingwiller (le 10 mai), la carrière Wienerberger à Lixhausen (les 11 et 12 mai) et l’ancienne filature d’Erstein (le 13 mai).
Pour découvrir l’ensemble du programme de “L’autre saison”, rendez-vous sur la programmation en ligne. Les représentations de “Au bois” et de “Babil au bord des villes” se dérouleront du 3 au 13 mai 2016. L’entrée est libre sur réservation, informations sur le site du TNS.

À Strasbourg, tous les soirs à 19 heures place de la République, une vingtaine de personnes se réunissent pour discuter, échanger, débattre et voter. C’est l’édition locale du mouvement « Nuit Debout », un phénomène politique inspiré par les Indignés espagnols, né à Paris le 31 mars à l’issue d’une mobilisation contre la réforme du code du travail. Le mouvement est aussi porté par le réalisateur François Ruffin, auteur du film Merci patron !, qui avait aussi appelé à rester éveillé au soir du 31 mars. Nuit Debout est présent à Strasbourg depuis le mardi 5 avril.
Chaque soirée débute par assemblée générale, l’AG, appelée aussi « agora » par ses membres. Chacun est libre d’y prendre la parole, il suffit de lever la main pour la demander. Une vingtaine de personnes se retrouvent ainsi à Strasbourg, un chiffre en baisse par rapport aux débuts du mouvement il y a un mois.
Chaque soir, certaines personnes sont volontaires pour modérer le débat, le recentrer lorsque cela est jugé nécessaire. Le « facilitateur » ou animateur permet le bon déroulement des discussions lors du « temps de parole libre », qui dure en général jusqu’à 20h30. La fonction est tournante, Nuit Debout n’a pas de chef ni de représentant. Inspirés par les Indignés espagnols, les Deboutistes se méfient de la personnalisation des discours même si, en coulisses, une poignées de membres plus motivés que d’autres se relaient aux fonctions essentielles.

À 20h30, les personnes présentes se séparent en différents « groupes de travail », deuxième temps. Il existe à ce jour plusieurs groupes de travail dits « habituels », c’est-à-dire qui se réunissent presque tous les soirs, en fonction du nombre de personnes présentes place de la République.
D’autres groupes de travail peuvent aussi se créer ponctuellement suite à la proposition d’un participant. À Paris, Nuit Debout compte plus de 20 commissions.
A 22 heures, une fois la réflexion dans les différents groupes de travail terminée, c’est le troisième temps, celui de la restitution, des propositions et des votes.
Une personne se charge de tout centraliser, les propositions qui émanent des groupes, mais aussi les décisions votées, à l’unanimité, par Nuit Debout. Si une proposition ne satisfait pas l’ensemble des personnes présentes, elle est à nouveau discutée lors de l’agora puis revotée. Au bout trois fois, il n’y a toujours pas d’unanimité, les propositions sont acceptées si elles rassemblent plus de 75% des voix. Le vote se fait à main levée.
Nuit Debout utilise ce moyen pour prendre des décisions afin d’être certain que ces dernières satisferont la majorité de ses membres. Par exemple, lorsque la Ville avait demandé au mouvement de déplacer le campement pour les commémorations militaires, les deboutistes avaient voté la décision de suivre la demande des autorités. Certaines personnes étaient contre mais la décision émanait de la volonté de la plupart des présents lorsque la discussion avait eu lieu.

Dans chacun des groupes de travail, un secrétaire retranscrit les échanges qui ont eu lieu, avant de publier un compte-rendu, sur un site web collaboratif sous forme de « pad ». Un « pad » est un document accessible à tous sur internet, chacun peut y écrire, échanger, continuer une discussion une fois l’AG terminée. Les compte-rendus des AG sont publiés sur les réseaux sociaux et sur les pads dans la même optique. Cela permet à ceux qui le souhaitent de suivre et participer à la mobilisation sans pour autant être tous les soirs place de la République, et surtout, de se tenir informé de ce qu’il se passe à Nuit Debout.
Une dizaine de personnes volontaires gèrent la page Facebook du mouvement à Strasbourg. Certains en sont administrateurs, d’autres sont éditeurs. Ces derniers ne peuvent que publier du contenu et répondre aux messages sur la page quand les premiers ont bien plus de possibilités et peuvent créer des événements mais aussi « décider » ce qui a sa place sur cette page, ou non, dans le sens où il peut créer du contenu, mais aussi en supprimer. Une charte est d’ailleurs à l’étude afin de savoir quelles informations peut relayer le mouvement.
Le site internet de Nuit Debout rassemble tous ces pads et donne une plus grande visibilité au mouvement. On y retrouve son actualité, ses actions, son programme… Il est géré par des personnes appartenant au « pôle informatique » de Nuit Debout à Paris.

Les sourires étaient de rigueur lundi matin sous une tente dressée derrière le Maillon, au Wacken à Strasbourg. Le maire (PS), Roland Ries, et le président (PS) de l’Eurométropole, Robert Herrmann, étaient accompagnés par les responsables de Bouygues Immobilier, Altarea Cogedim, Adidas et du Crédit Mutuel pour lancer le début des travaux de construction du quartier d’affaires international (QAI).
Et si les élus avaient le sourire, c’est parce que ce projet, un chantier majeur des municipalités socialistes, revient de loin. Annulé une première fois en plein été 2012 à cause d’une absence de marques d’intérêts majeures, il aura fallu les vélléités d’Adidas de s’extraire de Landersheim pour trouver finalement un premier occupant. L’équipementier sportif européen va occuper, en les louant à Groupama, les 4 855 m² sur 8 niveaux du bâtiment B1, en 2018.

De son côté, le Crédit Mutuel va installer sa filiale informatique Euro-Informations, dans les 18 493 m² sur 13 niveaux du bâtiment B2. Mais eux achètent évidemment. À noter que le groupe bancaire ne déplace pas son data-center, juste les bureaux. Le promoteur peut ainsi afficher un bâtiment qui sera certifié « BEPOS », c’est à dire capable de produire plus d’énergie qu’il n’en consomme.
Les deux premiers lots de bureaux étant complets, la municipalité accélère et a lancé la phase de consultation pour choisir les attributaires des lots 3 et 4. Ils seront dévoilés à la fin du mois de mai, avant le prochain conseil municipal. Les projets architecturaux seront connus en octobre. Roland Ries a appelé la commission européenne à choisir Strasbourg pour implanter une partie de l’administration du Parlement européen, une réserve de 30 000 m² lui est dédiée.

Quant aux logements, environ 250 prévus sur 18 000 m² pour la première tranche, Altarea Cogedim assurait lundi matin que la pré-commercialisation était « encourageante ». Le programme complet prévoit en outre 10 000 m² d’hôtels et de résidences hôtelières et 2 000 m² de commerces et services de proximité, en rez-de-chaussée des immeubles de bureaux. Les premières livraisons sont attendues à la fin de l’année 2017.
Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur le quartier d’affaires international de Strasbourg

Quand il parle des relations qu’entretient Alis (pour Association des locataires indépendants de Strasbourg) avec CUS Habitat, Jamel Rouchdi est intarissable. Pour lui, c’est clair, l’association est « ostracisée » par le bailleur social de l’Eurométropole. Pourquoi ? Parce qu’elle serait trop « communautaire ».
C’est en tout cas ce qu’a déclaré dans les DNA le président de CUS Habitat, Philippe Bies, lors de l’entrée d’Alis au conseil d’administration du bailleur social en avril 2015. Philippe Bies, par ailleurs député (PS) du Bas-Rhin, pointait alors l’absence de femmes sur la liste d’Alis et une « campagne communautaire ».
Alis, association créée quelques semaines avant le scrutin, ne compte que des membres issus de l’immigration. Car d’après le récit de Jamel Rouchdi, sa « bande de copains » et lui-même ont commencé par toquer à la porte d’autres associations existantes quand ils ont souhaité s’engager en faveur des locataires. Faute de pouvoir intégrer leurs listes, ils ont créé leur propre structure. S’ils sont tous d’origine maghrébine, ils réfutent être une association communautariste.
Depuis, les règles d’attribution de moyens financiers aux associations ont été modifiées en 2015. Elles sont définies par le Plan de concertation locative (PCL), un document qui régit la relation bailleur/associations. D’après celui-ci, une somme de 40 000€ est répartie chaque année entre les associations, au prorata des résultats obtenus aux élections.
Jusqu’ici, chaque association élue recevait l’enveloppe allouée en début d’année puis l’utilisait. Seul un budget et un rapport d’activité leurs étaient demandés pour justifier leurs dépenses. Avec le nouveau PCL (période 2015-2017), ce fonctionnement s’est inversé. Désormais, les associations doivent présenter des devis ou des factures pour chaque dépense envisagée ou réalisée, avant que CUS Habitat ne lui verse la somme concernée.
À l’instar d’Alis, plusieurs interlocuteurs estiment que ce changement a été fait sur mesure pour éviter de lui octroyer d’emblée une enveloppe budgétaire. En plein contexte de crainte du terrorisme islamiste, des doutes seraient apparus quant au véritable emploi de cet argent (environ 9 000€) par l’association.
Marcel Wolff, représentant de la CGT au conseil d’administration, relate :
« Il a été question de leur faire barrage. J’ai été le seul à m’y opposer au sein du conseil d’administration. Quelle que soit la base de cette association, même religieuse, on ne peut pas l’exclure alors que 800 personnes ont voté pour elle. Cela ne me paraissait pas être la bonne démarche ».
Jean-Bernard Dambier, directeur de CUS Habitat depuis le 1er avril, préfère ne pas se prononcer sur cette question, mais reconnaît avoir connaissance de ces « rumeurs qui courent sur Alis ». D’après lui, les règles de financement n’ont été modifiées que pour des motifs administratifs :
« Nous sommes soumis à des organismes de contrôle – la Chambre régionale des comptes et l’Agence nationale de contrôle du logement social – qui demandent de justifier la manière dont nous utilisons nos fonds propres et nos subventions. Les associations devaient donc justifier de manière plus précise ce qu’elles font ».
Reste que pour la jeune Alis, réaliser des dépenses sans disposer de budget est plus que délicat. Pour avancer des frais, Jamel Rouchdi et ses partenaires doivent faire appel à leur argent personnel. L’Association consommation logement et cadre de vie du Bas-Rhin (CLCV), née d’une scission avec une autre structure en 2014, se trouve dans une situation semblable. Globalement, les associations interrogées évoquent un système lourd et contraignant, souvent chronophage et proche des « comptes d’apothicaire ».
Depuis le scrutin de décembre 2014, d’autres sujets de tension sont apparus au sujet des associations représentées au conseil d’administration de CUS Habitat. Notamment, la question de l’attribution des sièges au sein du bureau de CUS Habitat et en commissions de travail. Jusque là, les deux associations élues – la CSF et la CNL – s’entendaient pour se répartir équitablement les places.
Fin 2014, bien que n’étant pas arrivées premières en nombre de voix, ce sont elles seules qui ont obtenu les quatre sièges à pourvoir. Alis et la CLCV – qui était arrivée en tête au scrutin – sont restées sur la touche. À l’époque, Josiane Reibel avait dénoncé son « évincement ». D’après le bailleur, l’attribution s’était pourtant déroulée dans les règles.
Mais pour Jamel Rouchdi, la liste des problèmes rencontrés ne s’arrête pas là : malgré de nombreuses demandes par courrier, mail et téléphone, l’association n’a toujours pas pu accéder à des panneaux d’affichage dédiés dans les halls d’immeuble, ni pu bénéficier d’un local associatif. Les premiers sont pourtant prévus par la loi, pour permettre aux associations élues de communiquer auprès des habitants.
Les représentants d’associations interrogés racontent avoir toujours dû « se débrouiller » pour coller leurs affiches ça et là, sur les portes d’immeuble ou les murs. Quitte à repasser plusieurs fois pour s’assurer qu’elles n’aient pas été arrachées. Car dans la plupart des bâtiments de CUS Habitat, le seul panneau d’affichage vitré systématiquement installé est destiné à la communication du bailleur.
Jean-Bernard Dambier reconnaît qu’il n’est « pas simple » de répondre au cadre légal sur cette question, mais affirme que cela n’avait « jamais été contesté » jusqu’à présent. La question devrait cependant être rediscutée en juin avec les différentes associations. Côté local, il est en revanche péremptoire :
« Nous n’avons pas de local associatif disponible. Quant aux locaux commerciaux, bien qu’il ne soit pas toujours évident de trouver des commerçants dans les quartiers, ils ne sont pas destinés aux associations. Par le passé, certains appartements transformés en locaux ont pu être attribués, mais nous ne le faisons plus. Ou alors pour du stockage, mais pas pour accueillir du public ».
L’autre association récemment créée, la CLCV, vient pour sa part d’en obtenir un… auprès d’un autre bailleur.
Alis est-elle spécialement visée par ces difficultés ? Non, estime le secrétaire général de la Confédération syndicale des familles (CSF), Colin Riegger. D’après lui, bien que l’association « soit identifiée comme musulmane », CUS Habitat ne cherche pas à l’ostraciser. À son sens, Alis est confrontée à un rapport de force association/bailleur classique :
« Pour nous, le fait d’avoir des salariés et une base militante ne s’est pas fait du jour au lendemain. Alis n’affronte rien qui ne fasse pas partie du quotidien habituel d’une association ».
Reste que pour dénoncer sa situation, Alis a voulu profiter de l’encart d’expression libre qui lui est alloué chaque trimestre dans le magazine du bailleur social, À deux pas. Mais son texte, prévu pour le numéro d’automne 2015, n’a pas été publié. Raison invoquée par le directeur de CUS Habitat : il relevait de la diffamation. Il relate qu’il a été demandé à l’association de préciser ses propos et de procéder à des modifications. Alis n’a pas donné suite à cette demande : elle considère que cette « tribune est libre » et que son texte respectait le cadre légal. Elle juge donc avoir été « censurée ».
Malgré tous ces sujets de tension, Jean-Bernard Dambier soutient vouloir le contact et l’échange avec Alis. Pas sûr que Jamel Rouchdi et ses co-associés soient convaincus par le discours.

Photographes, vidéastes ou les deux, Laurent Odelain et Delphine Gatinois se connaissent depuis longtemps. Ils n’en sont pas à leur première collaboration, et celle-ci s’est faite comme sur une envie soudaine, en un temps record. Début mars 2016, ils lancent un appel à participation pour quiconque aurait envie de performer et de donner corps à leur idée.
Qu’est-ce qui relie ces deux artistes ? Au-delà du médium photographique, ils partagent un goût pour un léger décalage du réel. Aussi, la mise en scène fait partie de leur démarche : tout en laissant plus ou moins de marge au hasard, ils construisent leurs images au préalable, avec des gestes de plasticiens et de performeurs.

Delphine affectionne les costumes, et transforme radicalement des hommes, des chevaux ou même des palmiers avec des constructions en divers matériaux. Elle a réalisé plusieurs séries en Afrique, où elle interprète mythes et rituels traditionnels avec un esthétisme à la fois sophistiqué et dépouillé.

Pour Laurent, c’est le paysage qui sert de déclencheur à des actions photographiées ou filmées. Le milieu naturel s’étend autour d’un protagoniste – souvent l’artiste lui-même, qui va interagir en semblant obéir à une réaction libre, instinctive. Les objets y jouent aussi un rôle important en suscitant des actions : lancer, frapper, ramasser… Ces performances sont guidées par le geste primitif et la reconnexion au naturel.

Après une période de création plastique en atelier et l’élaboration d’une forme de synopsis, les artistes emmènent une petite troupe de volontaires dans les Vosges pour une journée de tournage.
Les seuls accessoires sont spectaculaires : d’immenses coiffes abstraites, aux tons rouges et jaunes, surmontent les corps anonymes habillés de noir. Le paysage a été soigneusement choisi, il est tout aussi important que les personnages : des sommets rasés, des bleus, des verts, des nuages à perte de vue sur lesquels se détachent les figures vivantes.
Les différentes formes de leurs casques pointent toutes vers le ciel, tandis que les corps crapahutent sur le sol tels des fourmis. A la fois liées et indépendantes, elles traversent de grands espaces, se déplacent en colonne non pas militaire, mais où chacun semble suivre ses propres pensées traduites en gestes. Elles créent des formes en mouvement, comme obéissant à quelque mystérieuse mission.
Dans des plans plus serrés, une ou deux créatures isolées évoluent, avec des errances, des parades, des combats silencieux. En se laissant happer dans la longueur du film, on ressentirait presque le vent, la température, l’odeur de l’herbe et de la terre. On résonne dans la même loi naturelle que ces insectes humains, dont les actions semblent d’une évidence impénétrable.

A la fois making-of, bases et témoignages du film, les coiffes sont posées au sol dans la première salle, dispersées comme des souches sur un sommet vosgien. Aux murs, deux exemples choisis des photos des artistes complètent l’esquisse d’un univers commun. Le titre Démâter désigne la totalité de l’aventure et de ses artefacts, comme un projet dans lequel on s’embarque avec la volonté de se laisser porter par les vents imprévisibles de la création, puis de sa présentation au public.
Au final, on ressort avec le sentiment rafraîchissant d’une balade sur les sommets, étrangement libératrice car elle a eu lieu dans monde parallèle mais bien réel.