Après l’annonce de l’utilisation de l’article 49-3 par Manuel Valls, pour faire passer la « Loi Travail », les syndicats ont lancé un appel à manifester jeudi 12 mai. Cette sixième manifestation, malgré une météo capricieuse, a rassemblé près de 1 000 personnes. Hormis une manifestation sauvage à la fin, aucun n’incident n’est à déplorer.
La « Loi Travail », telle qu’elle était rédigée, déchirait la gauche. Faute d’une majorité suffisante pour la voter, le Premier Ministre, Manuel Valls, a décidé d’utiliser l’article 49-3 de la Constitution, pour la faire passer en force. La motion de censure n’ayant pas été votée, le gouvernement ne sera pas renversé et la loi adoptée.
Suite à cette décision, plusieurs syndicats ont lancé un appel à manifester ce jeudi 12 mai. A Strasbourg, le départ a été donné à 14 heures, place Kléber.
Il y avait plus de parapluies que de banderoles pour cette sixième manifestation contre la loi travail. (Photo Pablo Desmares / Rue89 Strasbourg)
Si à Paris, Rennes et Nantes, les manifestations ont été entachées de heurts avec les forces de l’ordre, à Strasbourg, il n’en est rien. Le millier de manifestants a suivi le parcours dans le calme. Certains chants utilisés depuis le début de la mobilisation contre la loi travail ont à nouveau résonné dans les rues strasbourgeoises tandis que de nouveaux slogans, plus ou moins imaginatifs, ont fait leur entrée dans le champ lexical des manifestants : « Le temps est pourri, le Gouvernement aussi ! », ont scandé plusieurs centaines de personnes, sous une pluie battante.
Certains manifestants sont partis en manif sauvage avant d’être stoppés par plusieurs barrages policiers. (Photo Pablo Desmares / Rue89 Strasbourg)
Manifestation « sauvage » en marge de la manifestation
Après s’être à nouveau rassemblée place Kléber, à la fin de la manifestation, la majorité des manifestants est restée discuter quelques minutes avant de se disperser. Un groupe d’une centaine d’individus a alors décidé de partir en manifestation « sauvage », c’est-à-dire non déclarée. Banderoles et parapluies devant, ils ont marché près d’une heure dans les rues de Strasbourg, menés par la tête du peloton, qui des fois, ne savait plus où en donner.
A plusieurs reprises le cortège s’est retrouvé face aux forces de l’ordre qui leur barraient la route. Noms d’oiseau d’un côté, coups de matraque contre les boucliers en signe d’intimidation d’un autre. Les deux partis se sont jaugés du regard à plusieurs reprises, sans pour autant rentrer en confrontation directe.
Après un bref face-à-face avec les forces de l’ordre, les manifestants ont préféré reculer. (Photo Pablo Desmares / Rue89 Strasbourg)
Au moment où les tensions entre manifestants et forces de l’ordre étaient au plus fort, ils n’étaient séparés que de quelques mètres. Muni d’un mégaphone, un policier leur a alors demandé aux « jeunes » de « reculer dans le calme ». Ces derniers ont obtempéré avant de rebrousser chemin, à la recherche d’un parcours vierge de policiers. C’est ainsi qu’ils ont rejoint la place Kléber. Après que certains manifestants aient investi le Starbucks, tous se sont dispersés dans le calme.
« Vous parliez de l’apéro dans vos slogans tout à l’heure », lance un homme des renseignements généraux pour taquiner les quelques manifestants qui restaient sur la place. « Si vous ne nous tapiez pas dessus peut-être qu’on pourrait prendre l’apéro avec vous », lui rétorque sans se démonter une manifestante.
La loi travail doit encore passer devant le Sénat, avant de revenir devant les députés en deuxième lecture, le 17 mai. La prochaine manifestation est déjà prévue pour le 19 mai.
Après un premier comité de pilotage, le fonctionnement concret de la future salle de consommation de drogue devient plus clair. Cet établissement expérimental, le premier en France, ouvrira ses portes à l’automne 2016 sur le site de l’hôpital civil.
Le choix des mots est sensible. Les six intervenants venus présenter à la presse les modalités de la future salle de consommation de drogue de Strasbourg ont martelé que le terme de « salle de shoot » est à leurs yeux inapproprié. Ils utilisent le nom de « salle de consommation à moindre risque » (SCMR), car celle-ci vise à sortir les consommateurs de leur dépendance avec un accompagnement médical.
La SMRC se situera sur le site de l’hôpital civil (NHC), mais pas directement dans ses murs. Les locaux seront ceux de l’ancien établissement de chirurgie thoracique, aujourd’hui désaffecté. L’ouverture est prévue pour la mi-octobre 2016.
La première salle de France
Si le calendrier est tenu, il s’agira du premier établissement de ce type en France. Paris et Bordeaux se sont aussi portées volontaires pour une telle expérimentation. Ces salles, où des substances illicites seront donc apportés de l’extérieur, sont devenues légales avec la loi de Santé, promulguée en janvier 2016. Cet essai se déroulera sur six ans. Il existe des centres similaires en Suisse ou en Allemagne.
Le maire de Strasbourg Roland Ries (à droite) : « le terme de salle de shoot me parait totalement inadéquat. » (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
« L’équipe sera composée de 15 équivalents temps plein (ETP) : majoritairement des infirmiers et des travailleurs sociaux, accompagnés par un médecin, un psychologue et un psychiatre dans le cadre de vacations. Il y aura aussi un agent de sécurité et une équipe administrative. »
Sur site, 7 à 8 personnes seront présentes permanence. L’ouverture se fera 365 jours par an et six heures par jour, l’après-midi et en début de soirée. La structure compte accueillir environ 120 passages par jour une fois à sa pleine mesure.
Un volet insertion professionnelle
Alexandre Feltz, adjoint au maire en charge de la santé (sans étiquette), ajoute que le lieu « ira plus loin » que ses obligations, car l’association « Tapaj » (Travail alternatif Payé à la journée) assurera aussi un volet de réinsertion professionnelle.
L’emplacement de la future salle de consommation à moindre risque, au milieu de la carte de l’hôpital civil (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
« Les usagers seront plus tranquilles. Dehors, ils sont entourés de dealers ou d’autres consommateurs qui peuvent leur voler leur drogue. Ici, ils pourront se poser et dialoguer. Elles bénéficieront d’un parcours pour les accompagner. »
Amener ses propres substances
Les consommateurs devront apporter leurs propres substances. Elles seront examinées, mais le diagnostic ne sera pas en temps réel. Il servira à mieux connaitre les produits en circulation et leur composition. En revanche, des équipements comme des seringues stérilisées seront mis à disposition pour diminuer les risques d’infection (notamment à l’hépatite C).
Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) ne cache pas que les discussions avec le procureur de la République n’ont pas toujours été facile. « Ce n’est pas un blanc seing à la consommation », précise Michel Senthille qui a fait de la lutte contre la drogue une de ses priorités en Alsace, une des régions les plus concernées par le trafic de drogue.
Il faudra donc trouver un équilibre aux abords de l’établissement pour que les personnes victimes d’addiction puissent entrer sans être inquiétées, sans que que cela ne devienne un nouveau lieu de trafic. « L’expérience à l’étranger montre que ce n’est pas le cas », abonde l’adjoint Alexandre Feltz.
Un fonctionnement pris en charge par l’Assurance maladie
Le budget de fonctionnement (800 000 à 900 000 euros annuels) sera pris en charge par l’Assurance maladie. L’aménagement est, lui, financé par la Ville de Strasbourg (150 000 euros), l’Agence régionale de Santé (150 000 euros), les hôpitaux de Strasbourg (50 000 euros) et l’Eurodistrcit (50 000 euros).
Plan de situation. Cliquez sur la photo pour agrandir.
Un contentieux avec la Ville avait poussé la Maison Mimir, lieu social autogéré, à fermer ses portes en septembre 2015, pour un an. Aujourd’hui, les occupants lancent une campagne de financement participatif pour payer les travaux nécessaires à la réouverture de leur maison.
En janvier 2010, quelques personnes investissent une maison inhabitée alors depuis onze années, située juste derrière les bains municipaux de Strasbourg, au 18 rue Prechter. Ces premiers « squatteurs » sont des personnes sans domicile ainsi que des travailleurs sociaux, dont certains ont élu domicile dans cette bâtisse de 1555, aujourd’hui appelée la Maison Mimir.
Leur but était alors d’aménager un lieu social autogéré et d’en faire un endroit habitable, de rencontre et de création artistique. Petit à petit, plusieurs centaines de personnes ont rejoint le projet en donnant de leur temps ou en participant aux activités. Avant la fermeture en septembre 2015, ils étaient plus de 2 000, chaque année, à franchir la porte de la Maison Mimir.
À l’arrière de la maison, la façade reverra ses colombages visibles après les travaux, qui mettront en avant le patrimoine du lieu.
En 2013, l’occupation devient légale lorsqu’un un bail emphytéotique est signé avec la mairie. Les « Mimiriens » (ndlr : ceux qui fréquentent et/ou font vivre la Maison Mimir) pourront garder leur maison durant vingt ans, jusqu’en 2033, contre 300 euros en tout et pour tout.
Mais à la mi-2015, la police constate que les normes de sécurité ne sont pas respectées et que de l’alcool y est vendu, ce qui n’était pas prévu. Les occupants prennent la décision de fermer pour un an, le temps de prendre du recul pour mieux revenir. Ce retour ne pourra se faire qu’une fois les travaux réalisés. Pour l’un d’eux, c’est vital :
« On a toujours dit que c’était « prix libre » ici, les gens donnaient ce qu’ils voulaient. Là on a besoin de cet argent pour avancer, faire les travaux nécessaires pour la réouverture de la Maison Mimir. »
« Aujourd’hui, Mimir a 6 ans. Elle a appris à parler et peut vous demander de l’argent »
Outre les quelques faits anodins reprochés à l’association, c’est le bâtiment lui-même qui est pointé du doigt. En effet, s’il veut pouvoir accueillir du public, il doit être, entre autres, aux normes qui incombent à ces lieux : les normes ERP (établissements recevant du public).
Pour ce faire, les membres de Mimir travaillent en collaboration avec l’Atelier NA et ont d’ores et déjà complètement vidé la maison pour y débuter les travaux. Pour l’architecte – qui a souhaité garder l’anonymat – ce n’est pas une mince affaire :
« Il y a 320 m² de superficie, c’est énorme. Il faut tout refaire et surtout, le moins cher possible. On fait tout nous-mêmes ou alors, lorsqu’on a besoin d’artisans, ce sont des personnes qui nous aident bénévolement mais on essaie de réduire les coûts au La première chose à faire, c’est la mise aux normes ERP du rez-de-chaussée et de la salle à l’extérieur pour pouvoir rouvrir. La sécurité en cas d’incendie, l’accessibilité, l’isolation… Tout le monde a un discours écolo, et là on veut le concrétiser et faire une maison passive, qui consomme très peu d’énergie. »
La Maison Mimir a entièrement été vidée pour le début des travaux, qui n’attendent plus que la campagne de financement participatif décolle.
Un financement participatif de 7 000 à 100 000 euros
Pour financer ce projet, l’association a lancé une campagne de financement participatif (ou crowdfunding en anglais) sur internet. En parallèle, chacun peut apporter à la Maison Mimir des matériaux utiles aux travaux, comme l’explique une Mimirienne :
« On a lancé une collecte de bouchons de liège pour l’isolation, on en a déjà un peu mais ils nous en manque encore beaucoup. Il y a la campagne de financement participatif aussi qui est importante. Aujourd’hui, Mimir a 6 ans. Elle a appris à parler et peut donc demander de l’argent. »
Sur le site de financement participatif Ulule, la Maison Mimir présente son projet, son histoire. Chacun peut y participer en offrant la somme qu’il souhaite, ou des bouchons en liège. Huit paliers dans les travaux ont été prévus : dès 7 000€ collectés, le lieu pourra rouvrir.
Avec 70 000€, la maison sera entièrement rénovée. Mieux, avec 100 000€, les Mimiriens envisagent de refaire tout le bâtiment à neuf, avant d’ouvrir un nouveau lieu. « On peut toujours rêver » ont inscrit les porteurs du projet à côté de ce palier.
À la Robertsau, l’association des commerçants et artisans, l’Acar, est tombée dans l’oubli. Depuis des années, Pierre Bardet reste seul aux manettes pour gérer l’argent public qui y transite.
Rue Boecklin, dans le quartier de la Robertsau au nord est de Strasbourg, rares sont les magasins qui connaissent encore l’existence de leur association des commerçants et artisans de quartier, l’Acar. Et pour cause, l’association dirigée depuis 1988 par Pierre Bardet, actuel directeur général des Vitrines de Strasbourg, n’a plus fait parler d’elle depuis plusieurs années comme le relate un article du blog de la Robertsau. L’homme continue pourtant à l’utiliser pour financer les illuminations de Noël du quartier, en toute opacité.
En septembre 2013, Pierre Bardet organisait la dernière braderie commerçante du quartier, jusqu’alors tenue chaque année. Certains commerçants, sous l’impulsion de la fleuriste Etamine, contestaient cette organisation dans une pétition alors que l’association n’avait plus réuni ses membres depuis des lustres. En réponse, Pierre Bardet annonçait qu’il allait passer la main, trop pris par ses activités aux Vitrines. Mais depuis, plus de nouvelles et l’association existe toujours.
Plus de procès verbaux depuis 1986
Difficile de remonter l’historique de l’association, qui semble s’être évanouie dans la nature depuis de nombreuses années. Dans le registre du tribunal d’instance de Strasbourg, les procès verbaux concernant l’Acar s’arrêtent en 1986, lors de l’élection du bureau présidé à l’époque par Jean-Philippe Beck. Aucune trace de l’arrivée de Pierre Bardet, qui tenait alors un commerce de décorations dans le quartier, à la présidence de l’association en 1988.
« En sommeil » d’après Pierre Bardet, l’Acar n’a plus de bureau. Et la situation ne date pas d’hier. Après recherches, le dernier trésorier de l’association a quitté ses fonctions en 2003. Aucune trace du dernier secrétaire général. Quant au dernier vice-président, l’horloger Claude Kamper, il se souvient d’avoir démissionné « il y a huit ou neuf ans ». Pour lui, ce départ marque la fin de l’association :
« L’association est à l’abandon depuis. Pour moi l’Acar, ça n’existe plus. »
La rue Boecklin, centre commercial du quartier de la Robertsau. (Photo MM / Rue89 Strasbourg / cc)
Opacité vis-à-vis des commerçants
Parmi les commerçants les plus anciennement installés à la Robertsau, ceux qui ont connu l’époque active de l’Acar, on se souvient surtout d’avoir rapidement arrêté de payer les cotisations, alors que l’association organisait peu de choses pour eux et n’avait pas de vie associative.
Pascal Jung, tapissier décorateur, témoigne :
« Mon père était l’un des membres fondateurs de l’Acar dans les années 1970. Je me souviens d’une époque avec de nombreuses manifestations, des braderies, des soirées festives et un comité qui tournait. J’ai repris l’entreprise mon père à l’époque où Pierre Bardet a pris la présidence de l’association. Et très vite, dès le milieu des années 1990, il n’y a plus eu que des appels de cotisations, et plus d’assemblée générale annuelle. L’association est devenue une affaire entre quelques initiés. Deux ou trois années de suite, lors de l’appel à cotisation, j’ai demandé à Pierre Bardet qu’il tienne une assemblée générale. Il m’a dit qu’il le ferait mais ce n’est jamais venu. La dernière fois, je lui ai même dit que je lui donnerai ma cotisation lors de l’assemblée générale. Ce à quoi il a répondu que je n’y serai pas convoqué si je ne payais pas ma cotisation. J’en ai déduit qu’il n’avait pas la volonté de réunir une AG et comme je ne cautionnais pas cela, je suis parti. Pour moi c’était une volonté d’opacifier la gestion et c’est ce manque de transparence qui m’a fait quitter l’Acar. »
Pierre Bardet lui-même est incapable de donner la date de la dernière assemblée générale de l’Acar :
« Je ne sais plus. Nous n’en avons plus fait par manque de temps comme beaucoup d’autres associations. Dans tous les cas, les commerçants étaient très contents que je m’occupe de tout pendant très longtemps. »
Pas de transparence sur les illuminations du quartier
Si les associations ne sont pas tenues légalement de tenir des assemblées générales annuelles, elles s’y engagent normalement par souci de transparence, surtout lorsqu’elle reçoivent des fonds publics. Par ailleurs en droit local, une association doit se composer d’au moins trois membres pour être maintenue. Or aujourd’hui, Pierre Bardet gère seul la subvention municipale de l’association, perçue via les Vitrines de Strasbourg au titres des Illuminations.
L’Acar continue en effet de fonctionner pour organiser les illuminations de Noël de la Robertsau, concentrées dans la rue Boecklin. Elle est l’une des rares associations de commerçants strasbourgeoises de quartier à gérer ses illuminations directement, plutôt que d’en laisser le soin à l’association des Vitrines de Strasbourg, pourtant gérée elle-même par Pierre Bardet.
Une part de la subvention municipale toujours versée
À ce titre, les Vitrines reversent donc à l’Acar chaque année une part de la subvention municipale dévolue aux Illuminations. Mais cet arrangement est complètement opaque, Pierre Bardet n’ayant jamais présenté de facture justificative des dépenses concernant la Robertsau aux Vitrines de Strasbourg.
Pour les derniers Noël, cette subvention publique à l’Acar est estimée à au moins 5 000 euros annuels. Dans les informations fournies à la Ville pour Noël 2014 pour justifier l’emploi de la subvention, les Vitrines annoncent un coût de 9 000 euros pour les illuminations de la Robertsau. En novembre 2015, Pierre Bardet déclarait à Rue89 Strasbourg que la part de subvention pour un quartier périphérique comme la Robertsau devait couvrir 45% du coût réel de ses illuminations.
Dans les faits l’Acar percevrait donc une subvention plus importante que prévue. Et même beaucoup plus, puisque Pierre Bardet assure aujourd’hui que les 9 000 euros de coûts annoncés pour son association ne sont qu’un montant prévisionnel et que dans les faits, les dernières opérations ont coûté beaucoup moins : « près de la moitié », précise-t-il.
Pierre Bardet promet de réagir
Comment l’association finance-t-elle le reste à charge de ses illuminations ? Elle n’a jamais demandé aux commerçants de participations. Pierre Bardet assure que l’Acar roule aujourd’hui grâce à la trésorerie qu’il lui reste, fruit de partenariats passés notamment. Il refuse d’en dévoiler la somme :
« C’est une information que je dois aux commerçants, pas aux médias. Je voulais passer la main à quelqu’un, qui ensuite n’était plus disponible. C’était difficile de trouver un volontaire. Mais je vais le faire. L’association va être relancée cette année. Je vais prendre le taureau par les cornes et tout va être remis sur les rails. »
Ce mardi 10 mai, Manuel Valls a été autorisé à utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour faire passer la « Loi Travail », évitant ainsi d’avoir recours au vote des députés. Dans la soirée, après une « AG interluttes », environ 150 manifestants se sont rassemblés place Kléber avant de partir manifester dans les rues strasbourgeoises toute la soirée.
Sur la place Kléber, les manifestants ont discuté quelques minutes avant de la quitter pour une manifestation sauvage dans les rues de Strasbourg. (Photo Pablo Desmares)
À Strasbourg, après une Assemblée générale (AG) interluttes au Molodoï, une centaine de personnes s’est dirigée place Kléber à 20 heures. Après quelques minutes, le cortège décide de partir en « manif sauvage » suivi par des véhicules des forces de l’ordre.
Dans le calme, le cortège a rejoint la place Kléber, entonnant des chants pour protester contre la loi travail et l’utilisation de l’article 49-3 de la ConstitutionÀ l’Esplanade (photo Lizzie Lambert)
Rejoint par d’autres manifestants spontanés, le cortège prend de l’ampleur, accompagné avec des chants contre le 49-3 et les coups de klaxons d’automobilistes.
Le président François Hollande (PS) jugeait que l’article 49-3 est « une brutalité » et « un déni de démocratie » lorsqu’il était dans l’opposition en 2006. Des propos qui motivent les opposants à cette pratique, pourtant constitutionnelle.
Boulevard de la Victoire (Photo Lizzie Lambert / Rue89 Strasbourg)
Quelques minutes plus tard, des policiers ont escorté la troupe qui a défilé de Grand’ Rue, puis jusqu’à l’Université, avant de revenir par la petite France, la place Kléber et la place Broglie. Certains d’entre eux distribuaient des tracts aux passants et aux riverains qui, attirés par l’animation, ont ouvert leurs fenêtres. Les manifestants ont défilé jusqu’à plus de minuit.
La SNCF a présenté sa nouvelle grille horaire et tarifaire pour le lancement de la ligne à grande vitesse (LGV), qui permettra de relier Strasbourg et Paris en 1h46 à partir du 3 juillet.
La SNCF a décidé de limiter les hausses de prix pour le lancement de la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) le 3 juillet. Prévue pour le 3 avril, mais retardée suite au tragique accident à Eckwersheim sur un train d’essai le 14 novembre 2015, la mise en service se fera le 3 juillet.
Les nouvelles installations en Alsace et en Lorraine (106 kilomètres) permettront de rallier Paris en 1h46 contre 2h20 jusqu’ici. Cette baisse du temps de parcours se répercute vers d’autres destinations : Lorraine TGV en 38 minutes, Champagne-Ardenne TGV en 1h18, Luxembourg en 1h39, Bruxelles en 3h38, Rennes en 4h59, Marseille ou Bordeaux en 6h06 (voir carte ci-dessous)
Avec ce meilleur temps de trajet, Éric Vande Gehuchte directeur de l’axe TGV Est espère « toucher un nouveau public ». Concurrencée par le covoiturage, l’autocar ou même les offres 100% Eco de la SNCF (15€), la direction de la ligne Est, rebaptisée « l’Européenne », a décidé de limiter la hausse des tarifs pour attirer ces nouveaux voyageurs, bien que la fréquentation ait « bien résisté en 2015 », dixit son directeur. La hausse de prix sera « en moyenne » de 3 euros par billet d’après Éric Vande Gehuchte. Elle pourra aller jusqu’à 11% en seconde classe pour les voyageurs de dernière minute lors des horaires de pointe et sans carte de réduction (rajouter 6 euros pour la 1ère classe). Cette hausse ne concerne pas les secteurs qui ne connaissent pas de gain de temps de trajet (Paris-Reims ; Paris Nancy et Paris-Metz).
Les billets non-échangeables et remboursables Prem’s restent à 25€ (prix d’entrée). Ils représentent 14% des billets vendus en 2015, biens qu’ils ne soient pas tous au prix d’appel. Pour les détenteurs d’une « Carte jeune » il sera désormais possible d’avoir 10% de réduction supplémentaire sur ces tickets. Quant à l’offre TGV Pop, testée sur 10 week-end entre septembre et novembre, qui permet de voyager pour 25 euros, « nous réfléchissons à un retour sur la ligne » a simplement répondu Éric Vande Gehuchte, pour qui ce service « a permis de toucher de nouveaux clients, qui n’auraient pas voyager en train sinon ».
Un TGV duplex (sur deux étages) en gare de Paris (photo Nelso Silva / Flickr / cc)
Objectif + 7000 passagers en 2020
En raison de l’enquête sur les lieux de l’accident de novembre, le temps de parcours ne sera pas tout de suite optimal. Il sera dans un premier temps de 1h46 dans le sens Paris- Strasbourg et de 1h49 dans l’autre car le train doit changer de voie. Environ 80% des TGV circuleront en moins de 2 heures. À partir de décembre 2016, la ligne pourrait circuler à pleine vitesse. Pendant ce temps, les hausses de prix ne seront pas répercutées sur les trains dont le gain de temps est inférieur à 20 minutes.
En 2020, la SNCF anticipe 700 000 passagers de plus sur la ligne, soit 12,8 millions de voyageurs au total. La fermeture de la liaison Strasbourg- Paris Orly par Air France risque d’augmenter les parts de marché du TGV, bien que les élus locaux et l’aéroport de Strasbourg effectuent un important lobbying auprès d’Air France pour rouvrir la desserte vers l’autre aéroport parisien, Roissy Charles de Gaulle. Rejoindre l’aéroport de Roissy en train prendra désormais 1h49.
1000 places de plus par jour et autant de trains
Pour absorber cette nouvelle demande, la SNCF maintient les 16 allers-retours par jour en Paris et Strasbourg, mais augmente la capacité d’environ 1 000 places par jour, en faisant circuler plus de rames sur deux étages. Le premier train vers Paris partira à 6h46 et le dernier à 20h31 (20h57 le vendredi et 21h39 le dimanche). Dans l’autre sens, le premier départ se fera à 6h37 et le dernier à 20h40 (21h55 les vendredis et dimanches).
D’un montant de 2 milliards d’euros, la LGV Est a été financée à hauteur de 26,47% (soit 532 millions d’euros) par Réseau ferré de France (devenu SNCF Réseau). Le reste des contributions a été apporté par l’État, l’Europe, le Luxembourg et les collectivités locales.
Sherlock Holmes revient au cinéma, sous les traits de l’immense Ian McKellen, une adaptation du roman Les abeilles de Mr. Holmes de Mitch Cullin. Le film interroge sur le bilan qu’on peut dresser à l’aune de sa vie.
Le cinéma contemporain semble ne plus être qu’un vaste recyclage de mythes. Les histoires de chevalerie s’accessoirisent avec des sabres lasers, les dieux de l’olympe vivent à Mégalopolis ou Gotham et ils portent du Lycra. Dans ce paysage pop où s’agglutinent des figures archi-connues, Sherlock Holmes se tient sur la première marche du podium.
La figure du détective omniscient crée par Arthur Conan Doyle à la fin du XIXème siècle réapparait à intervalles réguliers, sous les traits de Benedict Cumberbatch dans une adaptation TV très modernisée, sous ceux de Robert Downey Jr. dans une version incompréhensible et pétaradante signée Guy Ritchie. Et comme les mythes font des petits, on s’intéressera sous peu à sa progéniture, son grand-oncle, ses bisaïeuls et ses modèles historiques.
Ian McKellen ajoute un grand rôle à sa filmographie (dr)
Holmes au bout du chemin
Mr. Holmes, réalisé par l’américain Bill Condon, est une énième extrapolation de la vie de Sherlock. En l’occurrence, le récit prend place en 1947 et met en scène un détective âgé, réfutant quelque peu sa légende et son association avec un Watson alors disparu. Usé, en bout de course, il s’attaque pourtant à une dernière enquête.
Si le dénominateur commun de l’exploitation forcenée des personnages légendaires était une sorte de jeunisme, le film de Condon a le mérite de prendre le contre-pied de cette tendance. Son Mr. Holmes ne s’attache pas à un ex-super héros condescendant. Ian McKellen, membre illustre de la Royal Shakespeare Compagny et comédien rompu aux figures érodées par le temps, interprète un homme dépassé par sa légende et dubitatif quant à ses propres capacités.
Le film devient donc rapidement une réflexion sur l’âge, sur le vernis qui vient embellir les faits passés. Sherlock y lutte contre sa propre réputation, antagoniste bien plus terrifiant que Moriarty, et s’efforce simplement de se hisser à la hauteur des espoirs fondés en ses capacités.
Une image éloignée du mythe de Holmes (dr)
À la fois classique et solide
Nourrie par un doute perpétuel, Mr. Holmes est une oeuvre soignée et très classique dans laquelle Sherlock Holmes, vieillard vulnérable et versatile, se trouve simplement humanisé.
Mais s’il dénote dans la production cinématographique contemporaine, ce classicisme n’a rien de négatif, et il est ici sublimé par la partition de Carter Burwell.
Le grand compositeur, souvent associé à l’univers des frères Coen, enchaine récemment les grandes compositions. En début d’année, il avait déjà parfaitement mis en musique Carol, le chef-d’oeuvre de Todd Haynes. Pour Bill Condon, il signe une bande-originale empreinte de mystère et de mélancolie. Le film y gagne une paisible aura. Il s’affirme avec la force tranquille de ceux qui choisissent de faire profil bas pour aborder un très grand personnage.
Auteur, journaliste, accessoirement enseignant en cinéma à l’Unistra et, last but not least, programmateur du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg.
La prochaine édition du festival Ososphère n’aura pas lieu à la Coop au Port du Rhin, mais à nouveau à la Laiterie comme l’an dernier. En cause, les difficultés de la Ville de Strasbourg pour sécuriser l’ensemble des bâtiments.
Le festival des cultures électroniques Ososphère aura lieu à Strasbourg les 23 et 24 septembre et les 30 septembre et 1er octobre mais… à la Laiterie, sous le format des seules Nuits Électroniques. L’exposition éponyme, prévue à l’automne pourrait se dérouler au Port du Rhin, mais à l’extérieur de l’ancien siège de la Coop.
Car il n’est plus question de laisser entrer du public dans ces immenses bâtiments construit par Coop Alsace entre 1911 et 1964, et achetés par la Ville en mars 2015 après le démantèlement de la chaîne de distribution alsacienne. Leur état général s’est trop dégradé. Et depuis l’an dernier, les pompiers, qui instruisent les dossiers pour les commissions de sécurité, ne veulent plus entendre parler de manifestations publiques dans des bâtiments industriels désaffectés.
Beaucoup de temps et beaucoup d’argent
Pour que les concerts d’Ososphère reviennent à la Coop, comme entre 2012 et 2014, il faudra que les bâtiments soient certifiés « ERP » (établissement recevant du public), c’est à dire qu’ils répondent à un ensemble de normes de sécurité et de prévention d’incendie, comme les centres commerciaux par exemple. Mais transformer des friches industrielles, inoccupées pendant de longues périodes, en bâtiments ERP prendra beaucoup beaucoup de temps et d’argent.
Adjoint au maire (PS) en charge de la culture, Alain Fontanel précise :
« Les diagnostics complets ne sont pas encore achevés, mais les premiers éléments en notre possession font valoir un bâtiment dans un état plus dégradé qu’on ne le pensait. Il y a des interrogations sur la solidité de certaines colonnes, des renforts seront nécessaires par endroits, les éléments structurels ne sont pas protégés en cas d’incendie, il faut refaire l’étanchéité, etc. Actuellement, les spécialistes recommandent qu’il n’y ait pas plus d’une personne à la fois sur les coursives… Il faudra quelques millions pour que le bâtiment soit ERP. On attend le plan guide de l’architecte Alexandre Chemetoff avant l’été. L’objectif est qu’au moins le bâtiment principal soit prêt à l’automne 2018 ».
Le siège historique de la Coop au Port du Rhin (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Directeur de la SPL Deux-Rives, Éric Bazard confirme :
« Certains bâtiments sont dans un tel état qu’on risque de les perdre si on n’agit pas vite pour les sécuriser, notamment assurer leur étanchéité. Pour certains, leur destination n’a pas encore été définie mais il faut quand même les sécuriser. À la louche, la seule sauvegarde des bâtiments devrait coûter entre 5 et 8 millions d’euros. Une fois que le plan guide d’Alexandre Chemetoff sera rendu, les élus devront choisir les priorités et à ce moment-là, on en saura plus sur l’avenir précis des bâtiments. »
Thierry Danet, grand architecte en chef de l’Ososphère, a donc repensé son festival, qu’il avait dû replier en urgence l’an dernier. Cette fois, ce ne sont pas deux mais quatre Nuits Électroniques qui sont programmées, dans un format pensé pour les deux salles de la Laiterie.
L’ambition d’un festival total intacte
Son objectif est toujours de proposer un festival qui mêle expressions artistiques et musicales au même endroit et au même moment, mais en biennale :
« Tous les deux ans, il y aura une édition complète et forte d’Ososphère, avec concerts et exposition en même temps. La première sous ce format devrait avoir lieu en septembre 2018 à la Coop… si le site est prêt à nous accueillir à ce moment là. Dans l’intervalle, on maintient une édition désynchronisée, avec des Nuits électroniques et une exposition dans un lieu emblématique de la ville. »
Pilotée via la SPL des Deux-Rives, la Coop doit devenir un « lieu d’animation, de création et de diffusion » des musiques actuelles, ouvert sept jours sur sept. L’ensemble accueillera à terme la programmation de la Laiterie, ainsi que des salles de répétition à partir de 2019. Une fois le site dépollué et sécurisé, la Ville estime qu’il restera 70 000 m² exploitables, dont 40 000 m² de surface bâtie.
Pour la sixième fois, jeudi 12 mai à 14h, les syndicats appellent à une manifestation pour dénoncer la loi réformant le code du travail, présenté par la ministre (PS) du Travail, Myriam El Khomri.
Alors que le gouvernement a engagé sa responsabilité mardi devant les députés, les syndicats prévoient une forte mobilisation jeudi. Ils mobilisent contre ce texte depuis plus de deux mois. Le projet de loi doit encore passer devant le Sénat, puis revenir devant les députés en deuxième lecture le 17 mai.
Le départ de la manifestation strasbourgeoise est prévu à 14h place Kléber. Sept syndicats et organisations appellent à manifester, dont la CGT, FO, la FSU, Solidaires, l’UNEF, l’UNL et la CNT.
Avec « Questionnez vos élus », posez vos questions aux 14 candidats à l’élection de la législative partielle qui se tiendra à Strasbourg les 22 et 29 mai. Une synthèse des meilleures réponses sera publiée sur Rue89 Strasbourg.
Comme à chaque élection désormais, Rue89 Strasbourg vous propose un exercice de démocratie participative. En partenariat avec l’association la FACEP (French Association for Civic Education and Participation) et son site Questionnez vos candidats, posez directement vos questions aux 14 candidats (tous masculins) à l’élection législative partielle de Strasbourg.
Les réponses publiées avant le premier tour
La première circonscription du Bas-Rhin appelée à voter s’étend du quartier du conseil des XV, aux quartiers ouest (Hautepierre, Elsau, Koenigshoffen) de Strasbourg, en passant par son centre. L’élection se déroulera les dimanches 22 et 29 mai. Le successeur d’Armand Jung (PS) ne sera désigné que pour un an, avant les élections législatives générales de juin 2017.
Philippe Richert : « L’État propose des formations plus générales et les régions plus spécifiques, presque sur mesure. Passer un accord « oblige » les deux à s’entendre au niveau de Pôle Emploi. Tout n’est pas idyllique, car avant qu’on dise que « ce serait bien que les Régions pilotent », Pôle Emploi avait déjà lancé des appels d’offres pour ne pas prendre de retard. En 2015, 500 000 formations avaient été proposées, là l’objectif est d’en organiser le double. Ça ne s’improvise pas, donc ils avaient anticipé. En dehors de cela, le modèle de concertation est désormais automatique.
Que l’État accepte de transférer le milliard d’euros de la formation entièrement aux Régions, qui font ensuite le pilotage change la donne. Cela s’est bien passé car on est sorti des postures d’un côté comme de l’autre. J’avoue que Manuel Valls (Premier ministre) et Myriam El Khomri (ministre du Travail) ont bien joué le jeu, alors que nos premiers échanges étaient plutôt vifs. Ensuite c’est allé très vite, en un mois. Une fois l’opération terminée, dans 12 à 15 mois, il restera une habitude de travailler ensemble dans toute la France. C’est un bilan positif que l’on va pouvoir engranger pour la suite.
De 49 000 à 75 000 formations
Pour le demandeur d’emploi, il n’y a pas de changement majeur, mais plus de moyens. En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, on va passer de 49 000 à 75 000 formations et un budget supplémentaire de 75 millions d’euros. Par ailleurs, l’État lance des formations pointues, trop ciblées pour être déclinées au niveau des régions. Évidement, ce n’est pas parce qu’on propose des formations que ça va multiplier le nombre de postes proposés. Mais lorsqu’il y aura une reprise économique, et les derniers indicateurs sont positifs, il faudra que les demandeurs d’emplois soient prêts. »
Vous avez pris la présidence de l’Association des Régions de France (ARF) suite aux régionales. Quelles vont être vos revendications ?
« De manière générale, il fallait revoir les relations. L’ARF ne doit pas être une amicale de présidents de régions. La réforme territoriale a été faite de manière très désorganisée, pour être gentil. Mais le gouvernement a dit qu’il fallait des régions puissantes. Donc maintenant, le débat c’est comment faire, alors que l’État a encore un comportement très centralisé. Par exemple, lorsque les fonctionnaires ont été augmentés (1,2% en 2 ans, ndlr), c’est la ministre qui a décidé sans les régions, les départements ni les agglomérations. En Allemagne, ce serait la révolution.
En 2012, on avait eu des déclarations initiales positives du nouveau gouvernement qui n’ont pas été suivies d’effet. On doit être dans une nouvelle relation pour que la décentralisation aille plus loin. Nous avons mis en place une plateforme co-écrite. On précise comment on va travailler sur certains sujets comme la formation professionnelle, l’Éducation, le développement économique… Puis, avec les ministres concernés on décline des propositions.
« Alain Vidalies n’en a rien à faire de l’ARF »
Par exemple, que les Régions gèrent les « fonds libres » pour l’apprentissage et en discutent ensuite avec les partenaires sociaux, alors qu’avant c’était l’inverse. On a aussi des discussions sur les lycées professionnels, les pôles de compétitivité, une partie de régionalisation des fonds Programme d’Investissements d’Avenir (PIA). Jusqu’ici 50 millions d’euros étaient régionalisés, là ce sera 500 millions. On voit que les régions prennent de l’ampleur. Mais tout le monde ne joue le jeu. Alain Vidalies, secrétaire d’État des Transports, dit par exemple qu’il n’en à rien à faire de l’ARF, quand bien même les consignes de Matignon sont différentes. »
Mais est-ce que cela va durer s’il y a un nouveau gouvernement en 2017 ?
« Manuel Valls a dit à la presse que ce qui a été fait ne pourra plus être gommé. On le retrouve aussi dans la façon de travailler. Parmi les nouveaux présidents de Région, ceux de droite sont tous nouveaux en dehors de moi. Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Hervé Morin Bruno Retaillau, Christian Estrosi ont un profil très pointu. Et beaucoup d’entre eux ont laissé tomber leurs mandats nationaux pour se consacrer à leur région. Cette nouvelle génération apporte un retour médiatique sur les territoires tout à fait nouveau.
« On ne peut plus passer 6 ans à réformer, puis 6 ans à défaire »
Alors ça ne veut pas dire que tout est gagné. Lorsqu’un candidat à la primaire de la droite passe ici ou ailleurs, évidemment il veut faire plaisir en disant à ceux qui veulent entendre « mais bien entendu, on va faire ce que vous souhaitez ». Sauf que ce que l’on souhaite diffère d’un endroit à l’autre et on voit très bien que revenir sur tout ce qui a été fait sera très difficile. La plupart des gens ne croient pas deux secondes qu’on va revenir sur la réforme territoriale.
Il faut que notre pays arrête d’imaginer qu’il a du temps à perdre et soit au rendez-vous de sa modernisation. On ne peut pas passer 6 ans à réformer, 6 ans à défaire, 6 ans à refaire. Le conseiller territorial c’était bien, la TVA sociale, c’étaient de bonnes mesures. Et après on dit « si on avait su on l’aurait remis en place. » On doit être au service de nos concitoyens, pas d’un parcours personnel. C’est aujourd’hui ce qui est en train de s’inscrire. Le gouvernement doit tenir compte des présidents de régions qui deviennent plus exigeants.
Cette réforme va avoir plus de conséquences que ce qu’on imagine. Et c’est parfois difficile à accepter pour certains, comme les Départements, car en France la spécialité c’est de ne rien changer. Mais avec les synergies qui se mettent en place, il va pouvoir y avoir des impulsions. »
Il y avait aussi le projet d’avoir plus de marges de manœuvre financières, comme en maîtrisant un impôt…
« Le Premier Ministre m’a donné un accord pour une fiscalité propre aux Régions. Mes collègues présidents ont souhaité que le débat sur les modalités soit reporté à la loi de Finances 2017. Il y aura donc ensuite un fléchage fiscal, pour financer développement économique que les départements abandonnent. Mais ce n’est pas un transfert. »
Que va devenir l’Agence de développement d’Alsace (Adira) pilotée par les deux Départements alsaciens ?
« Que l‘Adira fusionne Bas-Rhin et Haut-Rhin, je trouve c’est une bonne chose. D’ici un an, on aura l’occasion de faire le point car la compétence sera entièrement dévolue aux Régions, partagée avec les agglomérations, qui ici en Alsace sont tout à fait partenaires. On ne va pas se chamailler aujourd’hui. Ce qui compte c’est de garder l’efficacité. Un outil existe, mais il y a besoin d’une réflexion à l’échelle de la région, qui se fera lors du débat sur le schéma régional de développement économique d’innovation et d’internationalisation (SRDEII).
La Région étant chef de file, on n’imagine pas que les Départements fassent l’animation et que la Région paie tout. Les conseils départementaux ne paient plus l’innovation et le développement. Mais j’imagine ça en termes partenariat, car il est légitime que sur le terrain les Départements soient aux côtés de la Région et des agglomérations. On n’est pas pressé. Je n’ai pas de problème avec ça. »
Philippe Richert : « On est sorti des postures » (photo JFG / Rue89 Strasbourg.com)
Premier impératif du budget : pas de rupture
La Région Grand Est va adopter son premier budget en juin. Quelles ont été vos premiers choix ?
« La priorité etait qu’il n’y ait pas de rupture : que tous les salaires soient versés, que les politiques continuent, que les demandeurs de formation ou les chefs d’entreprises aient leurs dossiers toujours instruits. La deuxième a été l’organisation sur le terrain. Tout cela a été fait. Maintenant nous arrivons au stade des stratégies d’intervention pour l’avenir. Le budget est encore imprégné des anciennes politiques. On ne va pas remettre en cause les contrats signés avant 2016 par les anciennes régions.
L’un des points urgents est celui des politiques sportives, car les clubs envoient leur budget à leur fédération avant septembre. On va donc rapidement présenter nos dispositions pour cette année, avant de sans doute les revoir pour la saison 2017/2018. »
À l’avenir, votre budget sera en augmentation ou plus léger ?
« Le résultat final sont des additions et des soustractions. Il y aura par exemple plus de crédits européens : 1,8 milliard d’euros sur 6 ans. Dans le budget supplémentaire cette année, on va rajouter les 75 millions de la formation des chômeurs et diminuer d’autres crédits inscrits par prudence en début d’année.
On a aussi négocié avec les 10 départements de reprendre le transport scolaire et interurbains à partir de 2017. Cela représente 280 millions d’euros par an. Mais des agglomérations vont grandir comme Reims et ses 140 communes et donc en reprendre une partie. En même temps, nous continuons des ajustements sur l’organisation du personnel. Plusieurs directeurs sont partis et ne sont plus remplacés. Sur la vingtaine de directeurs, environ dix viennent d’Alsace et dix des deux autres régions. Nous aurons huit directions à Strasbourg, huit à Metz et quatre à Châlons, ce qui est proportionnel au personnel.
En 2017, on devrait être à 2,7 ou 2,8 milliards d’euros contre 2,5 en 2016. À périmètre constant, on dépensera moins. Mais le périmètre de nos actions grandit, donc le budget aussi. »
Principal chantier : le haut débit
Passé le stade de l’harmonisation des budgets quels seront les grands projets à l’échelle de la Région lors du mandat ?
« Le principal chantier va être celui du très haut débit, c’est-à-dire décliner sur les 10 départements ce qu’on avait initié en Alsace fin 2015. La Moselle est un cas à part, car le Département fait lui même les investissements est est assez loin dans ses projets, mais il s’inscrit dans notre stratégie commune.
En Alsace, le déploiement commencera en 2017 et durera six ans. Dans les autres départements, le lancement est pour 2018 avec un déploiement sur six à sept ans. Cela représente 1,5 million de prises au total (500 000 en Alsace) pour environ 1,5 milliard d’euros. On est dans ce nouveau rôle de la Région : garder les identités anciennes, et autour de projets structurants, donner une identité nouvelle. C’est concret, c’est solide, c’est ambitieux pour donner une nouvelle dynamique. Emmanuel Macron (ministre de l’Économie) a indiqué que nous sommes la région la plus connectée de France avec ce projet.
Peu de visibilité sur les TER
Sur le TER, on a plus de mal à avoir de visibilité à cause des informations que ne donne pas la SNCF (Philippe Richert vient d’être nommé à sa demande au conseil de surveillance, ndlr). Et il y a de grandes différences selon les territoires. En Champagne-Ardenne, sur la ligne Givey-Charleville, il existe des portions où on roule à 10 km/h. C’est insupportable. »
« On ne peut pas chasser tous les lièvres à la fois. La priorité est allée aux grands choix de l’organisation de la Région, de son administration du nom, du siège, etc. L’objectif est de reprendre la compétence des routes nationales, mais c’est-à-dire l’ensemble : les crédits, le personnel et la gestion d’une taxe transit. Nous pouvons demander l’expérimentation.
Deux autres régions, Aquitaine-Poitou-Charente-Limousin et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénéennes seraient intéressés. Pour l’instant, l’État botte en touche. En Allemagne, la taxe poids-lourds, à peu près similaire, permet de disposer de 4,5 milliards d’euros. Cette somme permet de moderniser les autoroutes, les voies fluviales ou les voies ferrées. »
« Le FN cherche à prouver qu’il existe »
Quelles sont les relations de travail avec les deux autres partis du conseil régional, le Front national et le Parti socialiste ?
« Le FN est là pour démontrer qu’il est différent. Son jeu est de prouver qu’il existe, avec des attaques violentes, des propos déplacés. Mais il n’a pas de propositions réelles. Dans les commissions thématiques, ses élus s’expriment, mais ne participent pas aux votes. Cela permet ensuite d’intervenir en commission permanente ou en séance plénière et de donner le sentiment qu’ils travaillent. C’est aussi parce qu’ils ne peuvent pas se mettre d’accord entre eux sur la manière de voter.
Avec le PS c’est différent, ça se passe bien, je peux même dire très bien, Même si parfois il y a aussi des besoins d’existence en séance. C’est un jeu classique en politique. À titre personnel, j’ai déjà dit que trouve que ça ne sert à rien de s’opposer sur des dossiers alors qu’on sait qu’on est relativement proche. Ce que je regrette, c’est le temps passé à s’opposer, alors qu’on a besoin de construire. On est dans un pays qui a pris des claques importantes. Il serait temps de comprendre qu’il est temps de construire au-delà des clivages. La minorité a parfois de bonnes idées et la majorité n’est pas obligée d’imposer sa vision des choses systématiquement.
On me dit parfois que je gère « à l’Alsacienne ». C’est vrai que ce sont des méthodes de travail que j’ai mises en place avant. Cela met peut prendre un peu de temps, mais je ne désespère pas que cela prenne, même avec les élus de la majorité de Lorraine et de Champagne Ardenne. C’est vrai que je suis exigeant sur la rigueur, notamment sur les dépenses de fonctionnement, pour dégager des marges manœuvre pour investir. Quand les collectivités n’investissent pas, nos territoires perdent en compétitivité par rapport à nos voisins. Il faut être pertinent par rapport aux Länder allemands ou au Luxembourg. »
« Dans les lycées, la Région est représentée par la majorité »
Vous n’avez pas voulu que le FN siège dans les lycées. Pourquoi ?
« J’assume totalement. Dans les conseil d’administration des établissements, il y a un ou plusieurs représentants de la Région, la collectivité qui finance, avec les représentants des professeurs, des parents d’élèves et de l’administration. Quand il y en a un ou deux conseillers régionaux, c’est quelqu’un de la majorité, conformément à la proportionnelle puisqu’on a plus de 50% des sièges dans l’hémicycle. Un conseiller régional représente la Région et ses décisions, pas soi-même, sa sensibilité ou la stratégie électorale de Marine Le Pen.
Tant que je vois le FN se comporter comme il se comporte, je ne souhaite pas qu’il me représente dans les lycées. Ils sont systématiquement dans la posture et ne votent aucune disposition pour les associations de défense des quartiers ou sur les solidarités. Si je les envoie dans des lycées avec des familles défavorisées, qu’est-ce qu’ils vont me faire ? Tout le monde n’est pas issu du même moule. Je pense que cette diversité mérite d’être respectée. Jean-Pierre Masseret (co-président du groupe PS) était d’accord avec ce principe. »
Entre les deux tours des élections régionales vous aviez évoqué l’association des formations éliminées aux futures décisions de la Région. Comment ?
« J’avais d’abord rencontré les anciens candidats puis les partis qui ont fait entre 5 et 10%, parfois même un peu moins, au premier tour. Les écologistes (EELV), les nationalistes (Debout La France) et le Front de gauche sont venus. Les autonomistes (Unser Land) ont décliné l’invitation. On a abordé la manière de travailler ensemble et des dossiers précis.
On a convenu de se rencontrer, parfois juste parti par parti et d’autres fois tous ensemble. On va les associer à des débats comme le SRDEII et le schéma régional d’aménagement et du développement durable du territoire (SRADDT) qui sont de grandes orientations stratégiques, comme s’ils faisaient partie du conseil régional pour que leur position soit entendue. Ça s’est passé dans un climat constructif et tout le monde a accepté ce mode de travail. »
Un plan de lutte contre le moustique-tigre a débuté le 1er mai dans le Bas-Rhin. Le Département coordonne des mesures de prévention et de repérages. Mais il faudra s’habituer à vivre avec cet insecte désormais installé en Alsace.
Il est présent dans 30 départements français. Dans le Bas-Rhin, une procédure pour limiter la prolifération de l’espèce du moustique-tigre a débuté le 1er mai. Les communes de Schiltigheim, Bischheim et Strasbourg-Neudorf font l’objet d’une surveillance particulière.
Sur l’échelle de détection du moustique-tigre allant de 0 (absence de moustique) à 5 (épidémie), le Bas-Rhin a été classé au niveau 1, ce qui signifie qu’on y a constaté la présence de l’espèce mais que ce n’est pas encore le moment de céder à la panique.
Les trois maladies virales susceptibles d’être transmises par l’insecte sont le chikungunya, la dengue et les affections liées au virus zika. Cependant, le risque de tomber malade après s’être fait piquer reste « très faible » selon le mot de Françoise Pfirsch, responsable des risques scientifiques du Syndicat mixte de lutte contre les moustiques du Bas-Rhin.
Le moustique-tigre n’est pas le seul moustique rayé de la région (photo : Pixabay)
Surveillance et prévention
Le plan de surveillance financé par le Conseil départemental du Bas-Rhin à hauteur de 49 500€ s’appuie sur trois points :
Des mesures de surveillance entomologique, de l’insecte,
Des mesures de surveillance des cas de maladies,
Des mesures de prévention et de lutte pour éviter la prolifération des moustiques.
Concrètement, le syndicat de lutte contre les moustiques du Bas-Rhin cherche à suivre l’évolution de l’espèce sur le territoire et contrôle les cas de maladies déclarés par les médecins traitants.
Des pièges ont été posés aux endroits susceptibles d’accueillir les larves de l’espèce, particulièrement les zones d’eaux stagnantes.
La carte des emplacements des pièges posés dans le Bas-Rhin (Photo : Conseil départemental / doc remis)
Le dispositif comprend un site web, www.signalement-moustique.fr, invitant les personnes à déclarer, si elles la suspecte, la présence du moustique-tigre.
Ce plan de lutte cherche à freiner la prolifération de l’espèce. Les autorités sanitaires recommandent aux particuliers de supprimer ou de protéger les zones d’eaux stagnantes de leur domicile (placer une simple moustiquaire sur un tonneau d’eau empêchera la reproduction du moustique).
Son aspect physique ne permettant pas de le différencier d’un autre (il n’est pas le seul moustique à motif tigré de la région), c’est davantage la période à laquelle il pique qui permettra de l’identifier. Contrairement aux moustiques « classiques », le moustique-tigre chasse dès la fin d’après-midi.
Évolution de la colonisation de la métropole par le moustique tigre (document EID Atlantique)
En 2016, deux cas de zika et un cas de dengue déclarés dans le Bas-Rhin
Le moustique-tigre est un vecteur de maladies seulement dans le cas où il a piqué au préalable un homme touché par cette maladie. Si le moustique n’est porteur d’aucun virus, la piqûre restera anodine. En 2016, deux cas d’infection au virus zika et d’un cas d’infection de dengue ont été diagnostiqués dans le Bas-Rhin, mais il n’a pas été possible de déterminer si ces infections avaient pour origine la piqûre d’un moustique.
Françoise Pfirsch et Amélie Michel, responsable du pôle santé et risques environnementaux de l’Agence régionale de santé (ARS), rappellent :
« À l’heure actuelle, il nous est quasiment impossible d’éradiquer cette espèce de notre territoire. Il va falloir apprendre à vivre avec et c’est pourquoi nous mettons en place cette campagne de sensibilisation visant à informer les concitoyens du problème. Le but est qu’ils mettent en place de nouvelles habitudes afin de maintenir à son plus bas niveau le nombre de moustiques ».
Les « intermittents en lutte » de Strasbourg et des étudiants ont profité de la journée portes ouvertes du Parlement européen dimanche pour dénoncer « l’Europe de la précarité » lors d’un happening.
Une dizaine d’intermittents du spectacles, actuellement engagés dans des négociations sur leur régime indemnitaire, ont profité de la journée portes ouvertes du Parlement Européen de Strasbourg dimanche pour évoquer devant les visiteurs « l’Europe de la précarité » grâce à un petit happening. Ils étaient également accompagnés par quelques étudiants opposés à la loi réformant le Code du travail.
Dans un stand improvisé aux couleurs européennes, les intermittents ont joué du pipeau et distribué des tracts :
« L’Union européenne travaille au profit des lobbies et au détriment des peuples qui la composent. Nous ne pouvons supporter de voir les pays de l’Union Européenne fermer leurs frontières une à une, face à la tragédie des réfugiés, dans une logique autocentrée, trahissant la promesse initiale d’un ensemble de nations unies dans la diversité. Nous ne pouvons supporter de voir l’Union Européenne voter des directives qui ne protègent pas les lanceurs d’alerte. Face aux urgences sociales, climatiques, et économiques, et nous appelons tous les citoyens européens à se mobiliser lors de la prochaine session de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, du 20 au 24 juin 2016 pour faire pression sur les institutions européennes, par tous les moyens légaux, afin de faire évoluer positivement, les droits de l’Homme, la démocratie, la protection des minorités et l’état de droit ».
Une « précarité institutionnalisée partout » en Europe
Interpellation directe des députés par les étudiants
Parmi les étudiants, certains ont passé les portes du Parlement européen et profité d’une séance de rencontre avec des députés pour les interpeller directement :
Étudiants et intermittents appellent les « citoyens strasbourgeois » à participer à une nouvelle assemblée générale interprofessionnelle, visant à évoquer la convergence des luttes en cours, mardi 10 mai, à 19h au Molodoï à Strasbourg.
Kaysersberg, Kientzheim et Sigolsheim ont été les premières communes alsaciennes à fusionner, comme la loi le permet. Mais quelques semaines seulement après l’installation du nouveau conseil municipal de Kaysersberg-Vignoble, deux des trois anciens maires se déchirent en public, provoquant la démission d’une vingtaine de conseillers et… de nouvelles élections.
L’histoire était belle. Kaysersberg, Sigolsheim et Kientzheim, trois villages de la vallée de la Weiss en Alsace, entourés par les grands crus, se mariaient dans un décor de carte postale. Les trois maires, de sensibilités politiques différentes, avaient su passer outre leurs différences pour fusionner leurs communes et profiter, grâce à la loi Pélissard, d’une hausse de leurs dotations de fonctionnement.
Le scénario était simple : le maire écologiste de Kaysersberg, Henri Stoll, devenait le maire de la commune nouvelle, appelée Kaysersberg-Vignoble qui regroupe 5 000 habitants, tandis que le maire UDI de Sigolsheim, Thierry Speitel-Gotz, en devenait son premier adjoint en charge des finances.
Dans les divorces, c’est toujours les finances qui posent problème
Mais l’histoire se termine mal, quelques semaines après la fusion, lors d’une réunion portant sur le budget, Thierry Speitel-Gotz tape du poing sur la table du haut de son mètre quatre-vingt. Selon lui, le maire de Kaysersberg ne lui transmettrait pas toutes les informations relatives au budget, alors qu’il est en charge des finances.
Il dit ne pas avoir été consulté par Henri Stoll qui voulait investir un million d’euros dans une école. D’autre part, le maire-délégué de Sigolsheim voulait aménager le parking de l’Espace Pluriel, une infrastructure de sports et loisirs, pour 300 000 euros. Selon Richarde Traber dans L’Alsace, sur cette somme, 200 000 euros seront consacrés à un autre projet. Thierry Speitel-Gotz déclare :
« Henri Stoll est quelqu’un qui dépense sans compter. Moi je suis quelqu’un qui fait des économies. Kientzheim et Sigolsheim n’ont plus rien à dire sur le budget. »
C’est à partir de ce moment-là que des clans ont commencé à se former au sein de la municipalité. D’un côté les pro-Speitel, de l’autre les pro-Stoll. Au comptoir d’un café de Kaysersberg, Albino Da Silva, déplore la situation :
« C’était beau sur le papier, mais aujourd’hui on s’aperçoit qu’il y a une véritable guerre des chefs, des clans. »
Fusionner pour faire des économies
En fusionnant, l’Etat garanti aux petites communes de ne pas diminuer leurs dotations pendant trois ans. Sans cette opération, Sigolsheim aurait perdu 100 000 euros par an de dotations à partir de 2017 et Kaysersberg 400 000 euros par an.
Lors d’une réunion publique, jeudi 28 avril, Thierry Speitel-Gotz, maire-délégué de Sigolsheim, était accompagné d’une parties des conseillers municipaux démissionnaires. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
C’est ce qui a motivé, début 2015, Thierry Speitel-Gotz de proposer à ses voisins de fusionner. Joseph Fritsch, maire de Kientzheim, comme Henri Stoll, est tout de suite partant :
« Au niveau de notre commune, c’était clair qu’il fallait qu’on crée une commune nouvelle, mais à une condition : que ce soit avec Kaysersberg. C’est sûr que c’est un avantage. Entre le budget de Kientzheim seul et le budget des trois villages réunis, il faut juste rajouter un zéro… »
Les trois hommes et leurs conseillers municipaux se réunissent pendant un an pour discuter des modalités et des projets à mettre en oeuvre lors de la fusion. Le premier janvier 2016, les trois communes se marient officiellement.
Deux égos difficilement conciliables
Henri Stoll, écologiste, est à la tête de Kaysersberg depuis vingt-deux ans. En 2013, celui qui tutoie quasiment toutes les personnes qu’il rencontre, s’était enfermé dans une cage tous les jours pendant une heure pour soutenir José Bové. En 2011, il s’était présenté contre Nicolas Hulot pour la présidence d’EELV, parcourant les plateaux de télévision avec sa cravate en bois.
« Vous ne pouvez pas me prendre en photo, parce que je ne suis pas photographiable dans cet état. Peut-être que si, quand je joue de la guitare », a accepté le maire de Kaysersberg qui est « dégoûté » de la situation. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Thierry Speitel Gotz lui aussi maire de sa commune depuis une vingtaine d’années, avait fait parler de lui au moment du vote pour le mariage pour tous. Fervent militant de la cause homosexuelle, l’homme grisonnant s’est marié avec son compagnon en 2013, après avoir reçu deux douilles par courrier en guise de menace.
Thierry Speitel Gotz est à l’initiative du projet de fusion Kaysersberg-Vignoble. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Deux voisins de Kientzheim ne s’étonnent pas de l’opposition des deux deux hommes :
« Dès le départ, on savait que ça ne marcherait pas, car chacun pense à son égo. Les déballages publics ça n’arrange rien, il faut apprendre à se respecter. »
Car c’est bien l’égo des deux hommes qui les font tous deux camper sur leurs positions. Le maire-délégué de Sigolsheim râle :
« Il faut du respect mutuel pour que ça fonctionne, mais avec le maire de Kaysersberg ce n’est pas possible. »
En face, le Henri Stoll critique son rival :
« Aussi longtemps que ce type là sera dans un conseil municipal, il n’y aura pas la paix. »
« Politiquement, j’ai peur que Monsieur Speitel se soit tiré une balle dans le pied pour quelqu’un qui a des ambitions colmariennes », commente Albino Da Silva, kaysersbergeois. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Les deux hommes ont tous les deux organisé des réunions publiques pour dénoncer le camp d’en face. Jeudi 28 avril, Thierry Speitel-Gotz l’avait fait devant 500 personnes venues écouter ses arguments, reproductions d’emails assassins à l’appui :
« Pour moi, la commune nouvelle c’était garder dans chaque commune un conseil communal. C’est ce conseil qui réfléchit aux projets et qui, lorsqu’il est prêt, le porte à la commune nouvelle qui le juge et le valide. Lorsque je l’ai proposé, une seule personne m’a soutenue. On n’a pas su partager les pouvoirs et c’est ça qui n’a pas marché. »
E-mails assassins affichés en public
D’après plusieurs habitants, Henri Stoll « ne met pas les formes ».
“La décision de démissionner à été très difficile à prendre. Mais continuer comme ça, non. On ne peut pas discuter, on a toujours tort”, témoigne Richarde Traber. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Thierry Speitel-Gotz s’en plaint et assure avoir été insulté par Henri Stoll. Il imprime un e-mail écrit par le maire de Kaysersberg le 6 mars :
« Je n’en peux plus de ce salaud. Je vous propose donc que nous nous retrouvions lundi soir à 18h dans la salle de la mairie de Kaysersberg pour voir comment faire pour empêcher ce nuisible de nuire. (…) Ce type est totalement fou et sans vergogne. »
Henri Stoll réagit :
« Il sait se faire plaindre, alors qu’il est la cause de tous les soucis. Dans les e-mails, on se dit les choses comme ça. Il est totalement faux. »
« Je connais les deux caractères forts. Et je savais que ça ne marcherait pas », explique Madame Marck, kientzheimoise. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Thierry Speitel-Gotz « veut la place de maire »
Ce serait Thierry Speitel-Gotz contre tout le monde à en croire Henri Stoll. Joseph Fritsch, maire-délégué de Kientzheim et plutôt en retrait dans cette histoire, semble y croire :
« Disons qu’au début un choix a été fait. Le maire de Sigolsheim avait dit qu’il se mettait en retrait jusqu’en 2020. Entre temps, les choses se sont envenimées. Il ne pouvait pas attendre. Il veut la place de maire. Je pense qu’il ne voulait pas la place de numéro deux. »
Cette affaire n’a pas tardé à exaspérer une partie du conseil municipal. Aussi bien que le 14 mars, dix-neuf conseillers ont démissionné: dix de Sigolsheim, cinq de Kientzheim et quatre de Kaysersberg. D’après Henri Stoll, ces conseillers font partie de l’opposition et ont été entraînés par Thierry Speitel-Gotz qui voulait de nouvelles élections.
Le conseil municipal est dissout, puisque les démissionnaires représentent plus d’un tiers des conseillers élus. Le maire-délégué de Sigolsheim n’a quant à lui pas démissionné afin de continuer à recevoir les informations provenant du conseil.
« Je suis vexé d’avoir appris dans la presse que de toute façon nous étions des conseillers municipaux qui ne s’y connaissent pas et qui ne travaillent pas », a déclaré Eric Pelus. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
« Plus sain de provoquer de nouvelles élections »
Éric Pelus explique ce qui l’a amené à déposer sa démission :
« J’ai pu vivre à quel point la politique est difficile à mener, surtout quand des groupes qui n’ont jamais travaillé ensemble doivent le faire à cinquante-trois. Ayant atteint ce point de non-retour, je trouve plus sain de faire de nouvelles élections. Dans ce Western local, il nous faudra un nouveau Lucky Luke. »
Ces nouvelles élections auront lieu en juin. Pour l’heure, Henri Stoll n’est pas sûr de se représenter. De son côté, le maire délégué de Sigolsheim ne semble pas vouloir s’arrêter là et se représentera aux élections.
Mais cette affaire, risque de « faire reculer les autres fusions », selon Joseph Fritsch :
« Le gros problème que l’on va avoir c’est qu’il y aura un grand déballage lors des élections et ça laissera des traces. Je pense qu’il y a des communes qui vont être réticentes, qui vont y réfléchir à deux fois ».
Le premier janvier 2016, treize communes nouvelles avaient élu leurs maires. Kaysersberg-Vignoble était la première à se mettre en place.
Des textes dans la langue de Molière pour un blues-rock à la farouche énergie live. Jeune groupe strasbourgeois néanmoins expérimenté, Vaudou Joséphine dévoile son univers mardi 10 mai au Mudd Club.
Un rock brut et intense entre ombres et lumière. A partir de ces quelques mots extraits de la bio officielle de Vaudou Joséphine, on imagine alors la puissance d’un trio guitare-basse-batterie, porté par un chant tout aussi enlevé, cheminant hors des sentiers battus. Dans ce périple aventureux nimbé de mystère, entre chien et loup sur une lande vierge de toute présence humaine, les quatre acolytes nous conteraient des parcours de vies cabossées, des histoires sordides sans échappatoire ou, au contraire, de lourdes confessions que seule une once d’espérance pourrait un tant soit peu alléger.
le groupe strasbourgeois Vaudou Joséphine (photo Daodtanphoto)
La recette parfaite de l’ambivalence
Sur fond de guitare bluesy et de rock écorché, c’est l’univers noir des frères Coen qui prend vie, précisément celui de No Country for Old Men. On y accollerait bien aussi J’ai toujours rêvé d’être un gangster de Samuel Benchetrit. Car chez l’un comme chez l’autre s’installe une atmosphère particulière et diffuse où s’imbriquent ces sentiments universels que sont l’amour, la haine ou l’amitié.
Vaudou Joséphine met également en lumière ce creuset d’influences où Johnny Cash croise Alain Bashung tandis que John Lee Hooker, Jim Morrison ou Bob Dylan s’associent à Brel ou Gainsbourg ou que Jack White et Seasick Steve rivalisent d’inventivité pour électrifier plus encore leur blues déjà bien incendiaire. Réunis, tous ces ingrédients s’avèrent parfaits dans la recette de l’ambivalence.
Vaudou Joséphine, c’est donc le mariage d’un côté sombre et mystique à une part plus lumineuse (et très féminine). Illustration sonore avec ces cinq compositions des Strasbourgeois.
Cinq morceaux sur une vingtaine de compositions originales déjà existantes, sans omettre deux inédits qui seront proposés mardi prochain sur la scène du Mudd Club. Vaudou Joséphine mise en tout cas énormément sur la scène et l’expérience du live pour exprimer son propos – son tout premier concert remonte au 21 juin 2015 sur la grande scène de la fête de la musique de Haguenau.
« Vivre sans loi ni dieu »
Son set électrique s’échelonne sur deux bonnes heures de concert, un petit peu moins en acoustique, et pour l’heure, le groupe n’a publié aucun disque ni mini-album. Les Strasbourgeois préfèrent travailler le live, Franck Sbinne (chant, guitare et harmonica), Jean-Baptiste Coudert (guitare), Romain Lepage (basse) et Jonathan Leroy (batterie) ayant déjà bien roulé leur bosse dans plusieurs autres formations.
Avec leur rock bluesy écrit en français, les quatre acolytes restent bien fidèles à l’identité artistique qu’ils ont su construire et qu’ils entendent consolider. Leurs cinq compositions – Ma tête, Street on Fire, Antidouleur, Lucie, Tout seul – plaident entièrement en leur faveur, accrocheuses et bien groovy, flirtant par moments avec la jouissance rageuse d’un blues électrique crasseux susceptible de déclencher un séisme. Mais plutôt que la violence d’un « règlement de compte à coups de chaîne », Vaudou Joséphine se fait anar et philosophe, pour « vivre sans loi ni dieu » et « partir sans adieu ».