Trois opérations antiterroristes ont été menées au même moment à Strasbourg et Vendenheim (Capture d’écran France 3 Alsace)
Le 21 novembre, les forces de l’ordre débarquent dans l’appartement d’un homme de 80 ans à Strasbourg. Choqué par la violence de l’assaut, l’homme fait un malaise et doit être hospitalisé. Son appartement est dévasté. La famille musulmane témoigne du traumatisme subi… pour une fiole de bicarbonate de sodium et une barbe.
Samedi 21 novembre, vers 16h, le RAID, la police judiciaire et la Brigade de recherches et d’intervention (BRI) investissent la maison d’un homme de 80 ans et de sa fille, âgée de 46 ans, déficiente mentale, dans le quartier de la Montagne Verte à Strasbourg. Ils cherchent des armes et de la drogue.
Lorsque l’octogénaire entend les détonations faisant exploser sa porte, il se lève brusquement et s’évanouit : il revenait tout juste d’un séjour à l’hôpital pour un problème rénal et une infection pulmonaire. Mis debout par les forces de l’ordre, il est finalement menotté au sol avec sa fille. Tous deux sont ensuite confinés dans une pièce du logement, tandis que la perquisition se poursuit.
Le logement venait d'être fraîchement rénové. La famille n'espère plus un remboursement de l'assurance (Document remis).
Au final, pas d’interpellations, ni drogues, ni armes. Restent des dégâts matériels très importants, l'appartement fraîchement rénové a été rendu inhabitable, et un choc psychologique difficilement réparable. Les membres de la famille (*) acceptent l'état d'urgence en France mais ne comprennent pas pourquoi ils ont été traités comme des terroristes, sur de simples soupçons.
Le bicarbonate de sodium pris pour de la drogue
Car l’origine de cette perquisition musclée remonte au contrôle de deux frères de cette famille à la douane tunisienne. De retour de vacances deux jours après les attentats de Paris, ils sont fouillés : une fiole de bicarbonate de sodium attire l’attention. Contrôlés une nouvelle fois en Italie, ils sont stoppés à la frontière suisse puis finalement autorisés à rentrer en France.
Seulement le plus jeune des deux frères, en instance de divorce, doit retourner en Suisse, rendre visite à sa fille qui vit à Bâle avec sa mère. Accompagné de son frère et d’un ami, ils repassent la frontière et sont arrêtés. Des traces de poudre en provenance de la fiole de bicarbonate sont retrouvées dans les rangements de la porte de la voiture. L’aîné de la fratrie raconte :
"Les douaniers ont pris le bicarbonate de sodium pour de la drogue alors que mon frère l’utilise pour des problèmes d’estomac. Ils ont été arrêtés au faciès. Mon frère et son ami portent la barbe, mon autre frère non. Mais dans le contexte actuel… Ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment."
Car l’un des deux frères à bord du véhicule pratique un islam inspiré du salafisme, un choix religieux que son père et le reste de sa famille ne partage pas, mais respectent.
"Laissez-mon père tranquille"
Interrogés la journée et la nuit du vendredi, ils donnent l’adresse de leur père à Strasbourg. Ils sont relâchés le lendemain matin. Entre-temps, les autorités suisses préviennent le parquet de Strasbourg qui diligente la perquisition le samedi après-midi. Le frère aîné raconte :
"Les policiers posaient des questions à ma soeur : "qui a dormi ici ?", "où sont cachées les armes ?", etc. Ils lui ont même fait signer le procès-verbal alors qu’en raison de son handicap, ça aurait dû être à son tuteur de le faire. Elle a quand même engueulé les fonctionnaires de police qui étaient là en leur disant de laisser notre père tranquille et qu’il était malade.
Le domicile voisin d’un autre de mes frères a aussi été perquisitionné. Mais à ce moment-là, seule sa femme et ses trois enfants étaient présents. Elle s’est mise à la fenêtre pour prévenir les forces de l’ordre qu’il y avait trois enfants. Son visage était visé par des lasers rouges…"
La détonation pour ouvrir la porte d'entrée du domicile a surpris l'octogénaire qui a fait un malaise (Document remis).
"J'ai un frère salafiste mais nous avons tous grandi à l'école de la République et nous avons pris des chemins différents. J'ai un frère qui est batteur dans un groupe de blues à Strasbourg et je travaille dans l'industrie pharmaceutique... Nous sommes une famille musulmane française typique. Cette opération a été une gigantesque erreur et on se trompe radicalement en nous traitant tous de terroristes."
Au commissariat de Strasbourg : "Revenez demain"
En revenant de Suisse dans la soirée de samedi, les deux autres frères se présentent au commissariat de Strasbourg : "nous sommes là, prenez-nous", disent-ils aux policiers. Leur frère aîné raconte la suite :
"On leur a répondu "Écoutez il est tard, revenez demain". Voilà. Ils y sont retournés le lendemain, on n'a pas voulu les recevoir. L’un de mes frères, le barbu, a forcé le passage pour voir un des chefs qui leur a simplement dit qu’ils seraient bientôt convoqués."
Reste un sentiment d’incompréhension et de gâchis car les dégâts matériels causés lors de la perquisition pourront difficilement être remboursés par l’assurance de la famille : état d’urgence oblige. Quant aux deux frères, ils attendent toujours leur convocation.
D'après la préfecture du Bas-Rhin, 35 perquisitions administratives ont été effectuées dans le département depuis le début de l'état d'urgence.
À l'échelle nationale, les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur, datés du 30 novembre, font état de 2000 perquisitions administratives, 529 garde à vue (dont 317 concernant les manifestants du 29 novembre) et 300 assignations à résidence (dont 24 pour des militants écologistes).
(*) Aucun prénoms, ni noms ne sont révélés, à la demande de la famille, qui souhaite préserver sa tranquilité.
Journaliste indépendante et professeur d'éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J'aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d'ailleurs.
Un sondage réalisé fin novembre par Elabe crédite Florian Philippot (FN) de 34% d’intentions de vote au premier tour des élections régionales en Alca, loin devant Philippe Richert (LR) qui n’obtiendrait que 28%.
Les sondages se suivent à l’approche du premier tour des élections régionales dimanche. Mais ils ne se ressemblent pas, puisque pour Elabe, qui a interrogé 1 000 personnes vivant en Alsace – Lorraine – Champagne – Ardennes entre le 26 et le 30 novembre pour Les Échos, Florian Philippot (FN) arriverait largement en tête au soir du premier tour avec 34% des suffrages exprimés. Même avec une marge d’erreur de trois point, ce score est le meilleur crédité par un institut de sondage pour le numéro 2 du Front National.
Philippe Richert (LR), jusque là favori, n’arrive que loin derrière avec 28% des intentions de vote. Puis vient Jean-Pierre Masseret (PS), Sandrine Bélier (EELV) et Patrick Péron (FdG) avec 5%. Les listes autonomistes dont Unser Land en Alsace obtiendraient 3% des votes exprimés, comme Laurent Jacobelli de Debout La France.
Au second tour, victoire du FN en cas de triangulaire
Selon Elabe, cette avance de Florian Philippot lui permettrait de remporter l’élection au second tour en cas de triangulaire, avec 35,5% des voix. Philippe Richert n’atteignant que 34% dans ce cas de figure et Jean-Pierre Masseret faisant le plein des voix de gauche, c’est à dire seulement 30%. Mais si ce dernier se retire, et que les voix de gauche se reportent sur Philippe Richert, alors Florian Philippot n’obtiendrait que 44% des voix dans un duel.
Ce sondage est le premier à évoquer une victoire du Front National lors de ces élections régionales dans l’Est de la France. Le parti d’extrême-droite surfe sur les angoisses des Français à la suite des attentats, et a axé sa campagne sur la sécurité quand bien même ce n’est pas une compétences des futurs conseils régionaux.
Avenue du Général-de-Gaulle, Esplanade, 1970′ – au fond, Neudorf-est (Delcampe)
Au bout de la rue, la ville. – Tours, béton, étudiants, tram. L’Esplanade est l’un des quartiers les mieux identifiés de Strasbourg. Structuré autour de l’avenue du Général-de-Gaulle depuis les années 1960, l’ensemble se compose d’un campus et de quelque 330 immeubles résidentiels, pour 13 000 habitants. Or, avant, l’Esplanade n’était qu’une place vide, autour de laquelle gravitaient casernes et militaires.
Difficile d’imaginer qu’il y a à peine plus de 50 ans, le quartier de l’Esplanade tel qu’on le connaît (plan ci-dessous) n’existait pas. A sa place, des dizaines de casernes, où vivait une garnison importante jusque dans les années 1950. Ce n’est qu’en 1958 que la Ville de Strasbourg rachète ces 170 hectares de terrains militaires devenus obsolètes après-guerre, alors qu’est entérinée la réconciliation franco-allemande et lancée la construction européenne. Soixante-quinze hectares sont alors destinés à la création de logements, 17 hectares sont attribués à l’Université et 13 hectares à l’aménagement du parc de la Citadelle.
Plan du quartier de l’Esplanade – 2015 (Google Map)
1681-1685 : 3 000 ouvriers construisent la citadelle
Retour en arrière. 1681 : Strasbourg se rend au roi de France Louis XIV, qui charge Sébastien de Vauban de repenser l’enceinte défensive de l’ex-ville libre d’Empire. En moins de deux mois, Vauban rend un mémoire manuscrit au roi, dans lequel il prescrit la création d’un barrage sur la façade ouest de la ville (l’actuel barrage Vauban à la Petite France) et la création d’une citadelle à l’est, afin de garantir la sécurité de la ville à côté germanique, où seuls des marécages séparent Strasbourg du Rhin. Au nord et au sud, les fortifications construites fin XVIème sont maintenues en l’état.
Entre Strasbourg et sa citadelle, une esplanade militaire – plan en relief 1830-1856 (Wikiwand)
Entre 1681 et 1685, 3 000 ouvriers sont chargés de bâtir, sous la direction de l’ingénieur Jacques Tarade (une rue porte son nom dans le quartier), cette citadelle pentagonale, avec des pierres venues des Vosges, arrivées à Strasbourg par le canal de la Bruche, creusé exprès pour l’occasion. Dans cette citadelle, des garnisons sont installées et séparées de la ville par une esplanade en pente douce pouvant servir de glacis, des casernes et un hôpital militaire – l’actuelle Cité administrative Gaujot.
L’Esplanade en 1852 ; 1913 sous le Reichland ; et aujourd’hui (Archives Strasbourg, Google maps)
L’Esplanade, un terrain bordé de bâtiments militaires
D’après le « Dictionnaire historique des rues de Strasbourg » (Le Verger, 2012), sur le plan de 1852 (ci-dessus), l’Esplanade commence après l’actuelle rue du Général-Zimmer, qui longe arsenaux et ateliers. L’actuelle rue René-Descartes (face à la fac de droit) est l’ancienne avenue puis allée de la Citadelle (1852, 1872). Elle fixait la limite sud de l’esplanade, occupée par les magasins de bois et de chauffage et bâtiments du génie.
Sur le plan de 1913, l’Esplanade et l’ancienne citadelle constituent un grand terrain d’un seul tenant avec en bordure des bâtiments militaires (dont l’actuel lycée Jean-Rostand boulevard de la Victoire, installé dans l’ancienne caserne Saint-Nicolas, construite au XVIIIème siècle) et un groupe de bâtiments important au centre (Kaiser-Wilhelm-Kaserne).
Siège de 1870 : la citadelle est en partie détruite
Car, entre-temps, le siège de Strasbourg par les Allemands en 1870 a fait des dégâts. Une grande partie de la citadelle est détruite (dessin et photo ci-dessous) puis démantelée, exceptée 700 mètres de murs d’escarpe et des fossés, ainsi qu’une porte au sud-est de l’édifice, tandis que des casernes sont bombardées puis reconstruites (cartes postales de 1915).
En 1870, pendant le siège de Strasbourg, la citadelle est en partie démolie (Wikiwand)Vers 1915, pendant la 1ère Guerre mondiale, des troupes allemandes sur l’Esplanade (Delcampe)
Après la Seconde Guerre mondiale, alors que la ville s’est étendue au nord (Neustadt) en sortant de ses murailles historiques sous la période allemande, l’esplanade militaire et ses casernes vieillottes tendent les bras aux bâtisseurs. Après le rachat des terrains par la Ville, la construction de l’ensemble démarre à partir de 1960, sous la direction de l’architecte Charles-Gustave Stoskopf.
À la place des casernes, les facultés de l’Université
Rapidement, les terrains des casernes, proches de la Krutenau, sont hérissés de bâtiments universitaires, dont deux sont emblématiques : la faculté de droit (1962, architectes Roger Hummel et Alfred Kronenberger) et la tour de chimie (1962, architecte Roger Hummel).
« Le premier, apprend-t-on sur le site Strasbourg.eu, avec sa façade en arc de cercle faisant face à la cathédrale, marque l’extrémité Est de la rue René-Descartes et la continuité avec la vielle ville. Le second, avec ses 15 étages et ses 69,9 mètres, est le deuxième édifice le plus élevé de Strasbourg après la cathédrale (142 mètres). Il fait également la jonction entre « l’ancienne » université de la Neustadt et le campus ».
Vers 1970, une fois la construction du nouveau quartier achevée – en haut à droite, la fac de droit ; en bas à gauche, le pont Churchill détruit en 2005 (Delcampe)
À la place de l’Esplanade militaire, 6 000 logements
Bordée d’habitations de 13 étages à partir de 1963, l’avenue du Général-de-Gaulle (dénomination de 1970) débouche quant à elle sur le rond-point de l’Esplanade (dénomination de 1963, qui évolue en « place de l’Esplanade » en 2007, avec le prolongement du tram vers Neudorf). Dès 1982, plus de 6 000 logements et 13 000 habitants, pour seulement 328 immeubles, jouxtent le nouveau campus. Le parc de la Citadelle, lui, est dessiné par le paysagiste Robert Joffet et réalisé en 1967 sur l’ancienne friche militaire.
Aujourd’hui, un quartier dense, mais aéré et vert (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Entre les années 1960 et 80, l’espace se structure autour de rues portant les noms de villes et capitales européennes qui intègrent progressivement le Conseil de l’Europe, installé à Strasbourg en 1949. La rue de Boston, par exemple, part du rond-point de l’Esplanade et longe le parc de la Citadelle par le nord.
Elle est ainsi dénommée depuis 1963, trois ans après le jumelage entre Strasbourg et cette ville de la côte Est des Etats-Unis. Idem pour la dénomination de la rue de Stuttgart en 1962, dont le jumelage avec Strasbourg date de la même année. Autres exemples avec les rues d’Ankara et Istanbul, Nicosie, Stockholm ou Oslo, Palerme, Milan et Rome, Copenhague ou Londres.
Un centre commercial peu attractif
Depuis son aménagement, le secteur compte en son sein un centre commercial (photos ci-dessous), « dont l’architecture et les dimensions ont rapidement posé problème, précise-t-on sur Wikipédia. Peu entretenu du fait d’une structure juridique complexe, il s’avère insuffisamment attractif malgré son parking gratuit [ndlr, il est désormais payant], face à la Place des Halles et à Rivétoile, ouvert en 2008 dans le secteur voisin du Bassin d’Austerlitz ».
Le centre commercial de l’Esplanade, un peu désuet (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
L’épine dorsale du quartier, l’avenue du Général-de-Gaulle, est connue quant à elle pour ses œuvres d’art, sculptures d’artistes du XXème siècle, réalisées entre 1947 et 1991 et installées avec l’arrivée du tram en 2000. Deux œuvres de Jean Hans Arp sont installées dans les plates-bandes, tandis qu’une quinzaine de bronzes complète l’ensemble (ci-dessous).
Des œuvres d’art du XXème siècle parsèment l’avenue du Général-de-Gaulle (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
L’escalier hélicoïdal du pont Churchill a disparu
Enfin, dans la continuité de l’avenue du Général-de-Gaulle, l’allée Jean-Pierre Lévy, du nom d’un chef de la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, est plus récente (2007). Avec les lignes E et C du tram en son centre, elle sillonne entre les immeubles là où le pont routier Winston-Churchill, construit en 1965 et démoli en 2005, surplombait des espaces délaissés en-dessous. A noter que l’escalier hélicoïdal qui permettait aux piétons de monter sur le pont, conservé pendant quelques années après démolition du pont, a sauté avec le début du chantier de l’INET.
Selon un sondage de BVA pour la presse régionale, la droite est en tête et progresse dans les intentions de vote en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne. Le FN est au coude à coude.
Dans un nouveau sondage pour la presse quotidienne régionale, l’institut BVA prévoit pour l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne une légère avance de Philippe Richert (LR) au premier tour, avec 34%, suivi de très près par Florian Philippot (FN) crédité de 33%. Suivent, mais très loin derrière, Jean-Pierre Masseret (PS) avec 17%, puis Sandrine Bélier (EELV) 4%, Patrick Péron (FdG) 4%, Unser Land et autonomistes 3,5%, Laurent Jacobelli (DLF) 2,5%, David Wentzel (UPR) 1% et Julien Wostyn (LO) 1%.
Au second tour, on se dirigerait selon BVA vers une triangulaire le 13 décembre. Philippe Richert (LR) totaliserait 39% d’intentions de vote, Florian Philippot (FN) 35% et Jean-Pierre Masseret (PS) 26%.
62% des Français « intéressés »
Ce sondage a été effectué sur 10 842 personnes en France dont 1 401 en ALCA, inscrits sur les listes électorales. Il présente une « marge d’erreur » de 2,5 points, autrement dit ce sondage prévoit que le FN puisse être en tête au premier tour en ALCA.
Selon BVA, 62% des Français se déclarent « intéressés par les élections régionales », un score en progression de 6 points en comparaison à octobre. Ce niveau d’intérêt se situe très en dessous de celui mesuré pour les élections municipales de 2014 (76%) et entre celui déclaré pour les élections départementales de 2015 (64%) et celui relatif aux élections européennes de 2014 (60%), ce qui laisse présager d’une forte abstention.
L’institut de sondages ne parvient pas à mesurer l’impact des attentats du 13 novembre sur le vote des Français aux élections régionales. 52% des sondés déclarent qu’ils voteront « en priorité en fonction d’enjeux régionaux contre 53% en octobre. » Cependant, la part de sondés qui sanctionneront l’exécutif gouvernemental « régresse de 3 points à 24% alors que 9% voteront pour soutenir le
Président de la république et le gouvernement (+1 point) ».
Jean-Pierre Masseret lors du lancement de sa campagne des régionales à Toul en septembre (Photo Campagne Masseret)
La tête de liste socialiste pour les Régionales en ALCA aurait pu être qualifiée pour l’équipe de France d’athlétisme. Sa passion pour la politique l’a emportée. Jean-Pierre Masseret est un professionnel des batailles électorales. Et il adore ça. Fils de mineur, inspecteur des impôts, marathonien, l’homme est à la tête du conseil régional de Lorraine depuis 2004.
Il avait bien fait rire l’assistance lors du débat des têtes de liste le 10 novembre. Quand, lancé dans une démonstration aussi complexe qu’abstraite, avec son ton professoral et son air convaincu, Jean-Pierre Masseret expliquait son plan pour concilier centralisation et décentralisation, grande région et proximité, il est coupé net par Florian Philippot. « Excusez-moi Monsieur Masseret y a un problème qui me… ». Jean-Pierre Masseret, du tac-au-tac, posant la main sur le bras de son adversaire frontiste : « Qu’est-ce qui vous chipote mon ami ? »
Et voilà le frontiste, désarçonné, bredouillant, devant un public qui ne l’acclame plus mais qui ricane : « Oui il y a quelque chose qui me chiffonne… » Florian Phillipot se ressaisit rapidement, reprend ses roulements d’yeux exaspérés, parle de priorité régionale pour la viande dans les cantines scolaires, mais continue à donner du « Monsieur Masseret », quand le socialiste balance du « rassure-toi, rassure-toi Philippot, j’ai pas de crainte à ton endroit ».
Terroir socialiste
Voilà donc Jean-Pierre Masseret. Le socialiste à l’ancienne, qui campe volontiers le sage à côté du frontiste turbulent. Cheveux gris, lunettes noires, indéfectible sourire en coin. Né en 1944 à Cusset, dans l’Allier, il vient d’un milieu modeste sur lequel il ne s’étend pas. Masseret est fils d’un mineur de charbon du bassin de Commentry :
« Ce fut la première commune du monde à élire un maire socialiste, Christophe Thivrier, un ancien mineur, en 1882. Et il devint le premier député socialiste. Mon père devait être syndiqué mais j’ai été le premier de la famille à m’encarter dans un parti. C’est l’école de la République qui m’a donné envie de m’engager. J’y ai appris la citoyenneté, ses valeurs, et découvert de ce qu’a pu représenter la révolution de 1789 pour les libertés individuelles, les droits. »
Après une maîtrise de droit international à la faculté de Clermont-Ferrand, il rejoint l’école nationale des impôts à Paris et devient inspecteur « parce qu’à l’époque, on était rémunéré pour présenter un concours. Et il y avait plus de places que de candidats. Une fois reçu, on devait s’engager à rester dix ans dans l’administration sinon il fallait rembourser. Alors je suis resté et j’ai été nommé à la direction de l’enregistrement à Metz en 1967 ».
Voilà comment Jean-Pierre Masseret atterrit en Lorraine, une région qu’il ne quittera plus.
« À l’époque, on en parlait comme du Texas français. J’ai vu l’effroyable disparition de la sidérurgie et des mines de fer, de la chimie. J’ai vécu le choc de la désindustrialisation, la mondialisation. Alors je me suis engagé aussi pour défendre les intérêts des Lorrains et des Mosellans. »
36 ans de mandats divers et variés
Il est élu pour la première fois en 1979 conseiller général dans le canton de Montigny-lès-Metz. Et depuis, il a toujours été titulaire d’un mandat. Sénateur de Moselle en 1983, il est alors le plus jeune élu du palais du Luxembourg à 39 ans. Cette même année, il devient conseiller municipal d’opposition à Metz et trois ans plus tard, il siège dans l’opposition au conseil régional de Lorraine.
En 1995, il est parachuté à Hayange, où il conquiert la mairie, avant de laisser son fauteuil deux ans plus tard à son premier adjoint Philippe David. Masseret rejoint en effet le gouvernement de Jospin en tant que Secrétaire d’État à la défense en charge des Anciens combattants où il initie le Mémorial Alsace-Moselle de Schirmeck. Il exerce différents mandats au niveau européen, fait partie des instances dirigeantes du PS.
En fait, Masseret est de presque tous les combats : voir la liste longue comme le bras ici. Pour les primaires socialistes de 2006, il soutient Ségolène Royal et en 2011, son choix se porte sur Hollande :
« Royal était d’avant-garde, sur la démocratie participative, l’ordre juste. Elle défendait des choses particulièrement fines et très intéressantes. Ensuite, Hollande était le plus apte à réunir le contenu des propositions socialistes dans un monde très ouvert. Aujourd’hui, si j’ai une critique à formuler à l’égard du gouvernement, c’est sur l’absence de formulation pédagogique. Il faut inscrire la politique dans une histoire, une réalité, une perspective. Il faut la raconter et la décrire, être dans la pédagogie de l’action pour s’opposer à l’impatience du citoyen. »
Jean-Pierre Masseret, lors du débat des têtes de liste du Grand Est, à la Librairie Kléber en novembre (Photo Pascal Bastien)
Vercingétorix et Tarzan
Quand on lui demande pour quelle personnalité politique il a le plus d’admiration, il répond « Vercingétorix », « le Gaulois qui a mis la pâté au Romain Jules César et qui, trahi par les siens, a fini par croupir à Alesia ». Dans la fiction, c’est Tarzan. En 2004, Masseret rafle la Lorraine à Gérard Longuet, réélu en 2010 et il candidate aujourd’hui, à 71 ans, à la présidence de l’ALCA. Philippe David, ex-maire d’Hayange, décrit « un grand politicien » :
« Je le connais depuis les années 1970, il était secrétaire fédéral du PS. C’est un bon animateur, quelqu’un de très intelligent, qui capte très vite. Puis c’est un vrai battant, il n’aime pas la politique, il l’adore. Et s’il n’y a pas de bataille, ça ne l’intéresse pas. On a gagné de 11 voix sur nos adversaires et ensemble nous avons aménagé le centre-ville d’Hayange. C’est un homme chaleureux, humaniste. Il avait un très bon contact avec les Hayangeois alors que c’était un parachuté ! »
Philippe David perd la ville en 2014, qui bascule aux mains du FN. Il suffit de prononcer « Hayange » pour entendre Jean-Pierre Masseret soupirer :
« J’ai beaucoup de regrets et d’amertume. Je constate que lorsque la gauche est divisée, elle ouvre la porte au FN. Nous avions repris cette mairie à la droite grâce à une liste d’union composée à pour moitié de socialistes et pour moitié de communistes. La division a été fatale. Il faudrait que les électeurs portent aujourd’hui un regard critique, regardent les choses comme elles sont. La gauche respecte toujours les valeurs républicaines, ce que la droite ne fait pas. Le citoyen aujourd’hui est à la fois dans une démarche d’affirmation individuelle tout en désirant plein de choses immédiatement. Cette absence de recul et d’analyse de l’opinion publique sur les réalités vécues pénalisent la gauche et le PS car on attend toujours plus d’eux. On en exige tellement qu’on ignore ce qui a été fait. C’est frustrant et parfaitement injuste. »
L’épisode douloureux de la gare de Vandières
En tout cas, une chose n’a pas été faite en Lorraine : la gare d’interconnexion TER/TGV de Vandières. Une gare de la LGV Est promise à chaque campagne, jamais construite. Une gare qui fait couler beaucoup d’encre. L’ensemble des collectivités de droite et de gauche s’étaient engagées à la construire en signant un protocole additionnel en 2000. En attendant, une gare provisoire à Louvigny est sortie de terre, implantée en rase campagne, non connectée aux rails du TER.
Et puis, le provisoire s’est éternisé jusqu’à ce que soit remis en question l’investissement nécessaire à la construction de Vandières. Jean-Pierre Masseret rappelle :
« Sur ce dossier, la droite s’est mise dans une attitude politicienne, elle a voulu bordéliser le sujet en parlant de gaspillage. J’ai donc décidé qu’il serait tranché par les électeurs. »
Jean-Pierre Masseret a organisé une consultation publique début 2015. Et comme pour le référendum loupé de Philippe Richert sur la collectivité unique d’Alsace, ils ne furent pas assez nombreux à voter et le peu qui se sont exprimés, étaient contre. Jean-Pierre Masseret a d’abord annoncé qu’il se rangeait à cet avis avant de revirer : s’il remporte l’ALCA, il promet encore une fois de la construire. Une annonce qui a surpris ses amis mais pas tant que ça, explique l’un d’entre eux, Dominique Bossuat :
« Je n’imaginais pas qu’il dirait cela… En même temps, Jean-Pierre, s’il mûrit ses décisions longtemps, est capable d’être déconcertant. Il est un rien provocateur et il aime ça, prendre son interlocuteur à contre-pied. »
Increvable et gaga
Les deux hommes se sont rencontrés au stade messin en 1969. Masseret a été dix fois champion Lorraine du marathon, a dirigé la ligue d’athlétisme. « À 40 ans, il faisait 2h20 sur le marathon, c’est un excellent athlète. Il a donné un nouvel élan à la Ligue, l’a modernisée. Il est toujours égal à lui-même, ne se perd pas en palabres et en réunions interminables », se souvient son successeur à la présidence du club, René Comoretto.
Pour Dominique Bossuat, la politique a pris le dessus bien après ses meilleures années sportives en 1982-83 :
« À cette époque, il était presque invaincu en Lorraine. Il a gagné le marathon de Paris en vétéran. Quand il a été élu en 2004, il m’a demandé de le rejoindre au cabinet pour le conseiller sur les questions d’éducation en tant qu’ancien cadre de l’Éducation nationale. Il a besoin d’être entouré d’un petit cercle de proches qui l’aiment. C’est un ami fidèle, quelqu’un de simple, un humaniste viscéralement de gauche, attaché aux personnes… Et ça ne l’empêche pas d’être un fonceur, un bourreau de travail, un vrai compétiteur ! Il a l’habitude de dire que s’il s’arrête un jour, il meurt. Aujourd’hui, il est complètement gaga de ses deux petits-enfants. »
Le candidat confirme. « Oui, pour eux, je modifie mon emploi du temps. Ils sont ma priorité. je pourrais tout abandonner ». Pour l’heure, hors de question d’abandonner cependant. Même en queue de peloton, Jean-Pierre Masseret se maintiendra dans le cas d’une triangulaire au deuxième tour :
« La droite est phagocytée par les idées d’extrême-droite, on ne peut pas compter sur elle pour résister à l’extrême-droite. Il faut que le peuple soit défendu par des hommes de progrès, il doit y avoir des hommes et des femmes de gauche dans l’hémicycle. »
En campagne, l’homme va au contact, les électeurs « exposent leur quotidien ». Les attentats sont dans toutes les bouches mais Jean-Pierre Masseret estime qu’ils « devraient logiquement amener un regain de participation » lors du scrutin :
« Nous appelons le citoyen à marquer son refus des actes terroristes en allant voter. C’est l’affirmation d’un mode de vie, de valeurs. »
Ce fan de musique classique et de chants grégoriens goûte assez peu au plaisir de la table. Hygiène de vie de sportif oblige. Grand lecteur, il aime la philosophie, les policiers, les romans. Son ami Joël Berger, ancien directeur général des services du conseil régional de Lorraine, qui l’a rencontré aux impôts à Metz, révèle l’existence d’un livre jamais publié. « Je l’ai écrit il y a longtemps, quand j’étais au gouvernement, confie Masseret. Je voulais que la République soit appréciée des citoyens, qu’elle appelle l’engagement. C’était comme un appel à l’intelligence collective ». Le titre ? La République attentionnée.
En partenariat avec Voxe.org, comparez les programmes des candidats aux élections régionales en Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA).
Choisissez de comparer deux programmes dans l’application ci-dessous. Sélectionnez deux candidats, puis un thème et leurs propositions apparaîtront, en tout cas pour ceux qui en ont et les ont exprimées.
L'application a vocation à être étoffée en fonction des réponses des candidats. Tous les responsables de campagne ont été contactés, certains sont plus réactifs que d'autres.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d'abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Florian Philippot pense que l’avenir de la région doit passer par la fermeture des frontières (Photo Arnaud Scherer / Loractu.fr)
Florian Philippot, candidat FN aux élections régionales en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne (ALCA), a détaillé son programme lors d’un meeting mercredi à Hayange en Moselle. Peu de mesures concrètement applicables par un conseil régional, mais il a beaucoup été question de sécurité, un domaine qui échappe aux futures régions.
Donné en tête dans un sondage publié avant les attentats par Le Parisien et BFMTV dans le Grand-Est, Florian Philippot (FN) a détaillé sa vision d’une région dirigée par l’extrême-droite lors d’un meeting mercredi à Hayange (Moselle), en présence de Marine Le Pen. Dans cette ville gagnée par le Front National en mars 2014 mais déjà bien minée par les scandales et les divisions internes, le numéro deux du parti d’extrême droite a assuré que « la campagne a repris parce que la démocratie est plus forte que le terrorisme ».
L’occasion pour lui de tout ramener à la sécurité, alors que le conseil régional n’a que peu de compétence en la matière. Mais qu’importe, pour Florian Philippot « la région doit prendre sa part dans la lutte contre le communautarisme et peut agir pour la sécurité » a-t-il dit à la tribune devant 700 à 900 sympathisants :
« Le pays doit arrêter l’accueil des migrants qui sont répartis dans nos villages en Lorraine ou en Champagne-Ardenne. En cas de victoire, je suspendrai les subventions accordées par le conseil régional de Lorraine (200 000 euros) et de Champagne-Ardenne (150 000 euros) aux villes qui accueillent des réfugiés. Cet argent ira aux anciens qui en ont vraiment besoin. »
Il a aussi dit sa volonté d’arrêter les subventions aux « associations communautaristes » sans en préciser leur nature mais ce n’est pas la peine, tout le monde a bien compris.
Sondage BFM TV : le FN en tête en ALCA
Après les attentats de Paris, Florian Philippot a fait apparaître une nouvelle proposition qu’il n’avait pas encore mise en avant dans sa campagne :
« Les lycées doivent lutter contre la radicalisation. Ils doivent signaler les élèves radicalisés. C’est aussi notre devoir. Le Conseil régional doit également réaliser un audit des fonctionnaires potentiellement fichés S. Ces personnels doivent être écartés des postes sensibles en lien avec la sécurité des habitants. »
Il a aussi été question de « fermer les frontières », mais comme Florian Philippot s’est rendu compte que la future ALCA en comptait quatre et de nombreux travailleurs frontaliers, le député européen du Front National a précisé que des « passes » leur seraient distribués.
Et une police de plus dans les transports
Sur le volet des transports, où là, la Région dispose de réelles compétences, Florian Philippot propose de créer une « police régionale des transports » qui veut davantage sécuriser les TER et les transports par autocar. La tête de liste frontiste a aussi dit son attachement à la sécurité aux abords des lycées avec un renforcement de la vidéosurveillance pour « lutter contre le racket et les trafics en tout genre ».
Le candidat s’est aussi opposé à une extension du concordat d’Alsace-Moselle à l’Islam et a promis « de le défendre » estimant qu’il peut être menacé lors de la fusion des trois régions. « Je m’opposerai aussi à la construction de la seconde mosquée gigantesque de Strasbourg » a-t-il fustigé, bien qu’il n’en aura absolument pas le pouvoir, en visant la reconstruction d’Eyyub Sultan.
Une taxe visant les poids-lourds étrangers
Sur le plan économique qui a occupé une plus petite partie de son discours, Florian Philippot a proposé l’application d’une « taxe visant les poids-lourds étrangers » traversant la future grande région. Il veut également que Metz devienne la capitale régionale avec le siège du Conseil régional, Châlons-en-Champagne la préfecture de région, un choix qui échappe au futur conseil régional mais tant pis, et voit Strasbourg en capitale économique de l’ALCA.
Selon lui, la région doit être un « accélérateur » de la création d’emplois et pour celà, il propose :
« La priorité doit être donnée aux produits locaux dans les cantines des lycées et les entreprises régionales doivent être préférées pour les marchés publics. »
Pour faire bonne mesure, Florian Philippot a également proposé de faire voter une motion excluant l’ALCA du futur traité transatlantique. Mais là, il a reconnu que ce serait « symbolique ».
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d'abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
En partenariat avec Pôle Sud, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner 5 invitations pour deux personnes pour Saga, le mardi 8 décembre à 20h30.
Jonathan Capdevielle – SAGA
Trois interprètes / France / Coproduction POLE-SUD
Traditions villageoises, esprits rôdeurs, et petits truands à la dérive, font résonner les montagnes qui ont vu grandir Jonathan Capdevielle. Corps et voix en écho s’imbriquent aux facéties de la nature, tissant d’étranges récits. Novateur dans cette démarche théâtrale et physique, le metteur en scène sait enchanter le spectacle, manier le rire, le terrible et l’improbable, parfois jusqu’à l’absurde.
On se souvient de lui dans Jerk. Solo pour un marionnettiste créé par Gisèle Vienne dont il accompagne la démarche depuis des années. On a pu lui découvrir d’autres facettes avec Adishatz/adieu, pièce qu’il a conçu entre vie réelle et fantasmée sur le registre de l’autofiction. Ses expérimentations ludiques se poursuivent dans Saga. Accueilli en résidence à Pôle Sud la saison dernière, Jonathan Capdevielle revient y présenter sa création désormais achevée. Dispositifs narratifs sophistiqués, corps tour à tour très incarnés où désincarnés, dotent le spectacle de personnages familiaux bientôt devenus les héros d’une tragédie rurale un brin loufoque. Avec un surprenant travail vocal et sonore, un minimalisme corporel forgé d’intensité, le metteur en scène se dédie à l’écriture scénique, troublant les frontières entre fiction et réalité. Quelque part entre le conte et le journal intime, se croisent de multiples voix, regards et témoignages composant un récit aux multiples dimensions
La Ville de Strasbourg a mis en ligne une caméra braquée sur le grand sapin place Kléber. Cette « webcam » permettra notamment de suivre, depuis chez soi, vin chaud en main, pantoufles aux pieds, l’inauguration de ce très perturbé 445ème marché de Noël vendredi 27 novembre à partir de 18h45. Initialement festif, ce coup d’envoi a été transformé en hommage aux victimes des attentats de Paris vendredi 13 novembre.
La webcam sur le sapin
(Vidéo fournie par la Ville de Strasbourg)
Le programme de la soirée inaugurale
18h45 : Début de la soirée d’inauguration
18h55 : Chant « Imagine » de Bo Johnson
19h03 : Chant « La Marseillaise » par Anggun
19h14 : Compte à rebours, illumination du grand sapin et de la ville
19h18 : Arrivée du Père Noël
19h26 : Karaoké sur écran géant avec l’hymne « Strasbourg Capitale de Noël » interprété par la chorale des Colibris et Anggun
L’extension du tramway vers Kehl, ici à l’Esplanade, reste le projet majeur de l’Eurométropole pour 2016 (Photo Eric S67 / FlickR / cc)
Direct. – Comme la Ville de Strasbourg, l’Eurométropole s’apprête à augmenter les impôts locaux en 2016. L’agglomération affirme n’avoir aucune autre solution pour maintenir ses engagements, face à la réduction de la dotation de fonctionnement allouée par l’État. À suivre en vidéo à partir de 8h30
Au centre administratif de Strasbourg, tous les agents redoutent cet instant : lorsque leur chef de service revient d’une séance de « commission de la sobriété ». Il se dit dans les couloirs qu’on peut juger de l’ampleur des sacrifices à venir rien qu’à la durée du silence qui règne dans le service lorsque le chef regagne son bureau. Depuis que cette commission, qui rassemble des élus et des responsables de l’administration, se réunit, l’Eurométropole affirme avoir débusqué « 2,5 millions d’euros d’économies pérennes ». Impressions, envois postaux, stylos, agrafeuses… Tout y passe, un sou est un sou.
C’est dire l’ambiance qui règne dans les étages du centre administratif. Mais 2,5 millions d’euros, sur un volume de 570 millions d’euros de dépenses de fonctionnement, ça ne suffira pas pour compenser les quelque 11,46 millions qui vont manquer chaque année à l’Eurométropole, dans le cadre de la baisse de la dotation générale de fonctionnement (DGF) que l’État impose à toutes les collectivités locales et territoriales.
Plus de compétences, moins d’argent
Autre problème : les compétences de l’agglomération s’accroissent, de pair avec le statut de métropole acquis l’an dernier. En 2017, l’Eurométropole s’occupera des routes sur son territoire et en 2018, elle gérera les milieux aquatiques. Pour autant, la collectivité prévoit de supprimer 500 postes de fonctionnaires sur l’ensemble du mandat (sur 7 200), pour garder la masse salariale stable. En 2015, elle ne devrait augmenter que de 0,8% et l’objectif est d’atteindre 0% de variation en 2016.
La cure est sévère. Mais la coalition gauche-droite aux commandes de l’exécutif aimerait conserver au moins un objectif de 200 millions d’euros d’investissements chaque année, contre 300 environ les années précédentes. Un montant « plancher » en dessous duquel, estime Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole, la collectivité « mettrait en péril le tissus économique local ».
Engagements passés, sobriété future
Par ailleurs, l’Eurométropole est engagée dans plusieurs programmes d’envergure : l’extension du PMC (24 M€ en 2016 pour un total de 79 M€), la 2ème phase de la LGV-Est (3,4 M€ en 2016 pour SNCF-Réseau), les extensions du tramway vers Kehl (14 M€) et Illkirch (4 M€)… En 2016, les élus tiennent à lancer la reconversion du site de la Raffinerie de Reichstett (0,4 M€ en 2016) et le projet urbain des Halles (0,3 M€ en 2016).
Dans ces conditions, il ne reste que deux leviers pour équilibrer les comptes : le recours à l’endettement et à la fiscalité. Mais l’encours de dette de l’Eurométropole s’élève déjà à 484 M€ fin 2014 et « devrait se situer autour de 520 M€ fin 2015 ». Même si le taux moyen est de 2,65% en juin 2015 et a tendance à baisser, ça commence à faire beaucoup pour une collectivité qui engrange 653 M€ de recettes.
Et donc, il reste… les impôts. Les trois scénarios proposés aux conseillers métropolitains ce vendredi prévoient 530 M€ d’investissement sur trois ans. Le premier montre les conséquences d’une stabilité fiscale, et aboutit à un endettement handicapant en 2018. Le deuxième scénario propose d’équilibrer les comptes grâce à 3% de fiscalité supplémentaire tandis que le troisième scénario propose un recours à 5% de fiscalité supplémentaire.
Suivre les débats en direct
Ces trois scénarios seront discutés dans le cadre du débat d’orientation budgétaire ce vendredi en conseil de l’Eurométropole, qui prélude le vote du budget le mois prochain. Vous pouvez suivre les débats ci-dessous à partir de 8h30.
Photo : Ville et communauté urbaine de strasbourg/cc
Strasbourg capitale de Noël ( Ville et communauté urbaine de strasbourg/cc)
A la veille de l’ouverture du Marché de Noël de Strasbourg, le préfet de région Stéphane Fratacci et l’adjoint au Maire Alain Fontanel ont précisé ce jeudi le dispositif de sécurisation de la manifestation.
Compte tenu du peu de temps qu’elles ont eu pour préparer la sécurisation exceptionnelle de l’évènement, les autorités se gardent la possibilité de faire évoluer leur dispositif dans un sens ou l’autre au fil des jours en s’adaptant aux différents retours des acteurs.
« Journées tests »
« Nous avons un raisonnement à quelques jours », explique le préfet. Alain Fontanel poursuit :
« Les trois journées à venir seront des journées tests. Il faudra que l’on adapte le dispositif à la fréquentation du marché de Noël, sur laquelle nous n’avons pas encore de visibilité. »
Les services de l’Etat et de la Ville prévoient des réunions quotidiennes pour réévaluer et adapter le dispositif de sécurisation du marché de Noël. Ils rappellent que celui-ci doit prévenir deux risques : celui d’une éventuelle attaque mais aussi celui de mouvements de foules et de paniques. Dans son application, les autorités veulent cependant tenir compte de « l’impératif de la vie quotidienne qui doit continuer ».
Des aménagements en réflexion
Après leurs réunions avec les commerçants mercredi, les autorités travaillent déjà à des mesures d’adaptation pour permettre aux professionnels de faire leurs livraisons en journée au départ de la grande île. Alain Fontanel évoque notamment comme solution de « favoriser l’utilisation de vélos cargos ».
Les autorités vont aussi réfléchir à aménager les restrictions à la circulation pour permettre à tous l’accès aux bureaux de vote du centre-ville lors des élections régionales des dimanches 6 et 13 décembre.
Piétons et cyclistes libres dans la grande île
Pour les personnes qui souhaitent accéder à la grande île pendant le Marché de Noël, quelques principes sont à retenir :
Tout stationnement y sera interdit. La circulation sera contrainte mais des solutions seront trouvées pour les professionnels et les résidents usagers de parking privés. Toutefois, tout le monde est invité à limiter au maximum l’usage de voitures. Le centre-ville sera accessible par six points d’entrées où les voitures autorisées seront fortement ralenties par les filtrages. Les piétons et cyclistes seront entièrement libres de circuler et n’auront pas de contrôles systématiques aux points de filtrage. A l’intérieur de l’île, tout le monde pourra être contrôlé, par des policiers, des militaires, ou des agents de sécurité privés. Chacun est invité à se munir d’une pièce d’identité.
Pétards interdits
Le préfet de région doit publier dès demain vendredi un arrêté complémentaire aux deux arrêtés déjà pris par la Ville. Cet arrêté prévoit de créer des zones protections dans lequel le séjour peut être contrôlé (grande île, gare centrale et abords, tous les sites où se tiennent des marchés de Noël). Pour prévenir tout mouvement de foule, il interdit le port, le transport et l’usage d’artifice de type pétards et d’armes factices dans ces zones, tout comme le droit de manifestation. Il habilite les agents de sécurité privés mobilisés à inspecter et ouvrir les sacs et à effectuer des palpations sur les personnes de même sexe. Cet arrêté interdit le survol aérien de la ville par tous drones ou avions. Il impose aussi des contrôles d’identité aux passagers et conducteurs de véhicules à vitres teintées pour pénétrer les sites protégés si tant est qu’ils soient par ailleurs autorisés.
Le Marché de Noël ouvrira vendredi à 14h. La cérémonie de mise en lumière du grand sapin place Kléber se déroulera à 18h45 et ne durera pas plus de 45 minutes. Le maire y prononcera un discours de sobriété. Alain Fontanel se veut rassurant et souligne :
« Il n’y a pas de menace spécifique sur Strasbourg, sinon nous n’aurions pas pris la responsabilité de maintenir le Marché de Noël. »
Les militaires de l’opération Sentinelle doivent arriver ce jeudi à Strasbourg. En plus des effectifs de patrouilles militaires, policières et privées mobilisées dans le centre-ville, de forts moyens humains de veille des caméras de vidéosurveillance installés en ville vont être mobilisés.
Philippe Richert, président de la Région Alsace, lors de l’inauguration du bras renaturé « le petit Rhin » en juin (Photo Pascal Bastien)
Élu conseiller général à 29 ans, Philippe Richert a gravi les échelons jusqu’à devenir ministre. Centriste et pragmatique, d’origines modestes et rurales, cet Alsacien du nord vise désormais la présidence de la région ALCA. Portrait d’un homme obstiné et prudent.
À une centaine de voix près, Philippe Richert ne serait peut-être pas le candidat de la droite et du centre pour la grande région, Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne (ALCA) ce mois de décembre. En 1982, ce professeur de sciences naturelles de 29 ans, suit le mouvement « Initiatives alsaciennes » du député Adrien Zeller, qui devient ensuite UDF. Dans son canton de 10 000 habitants de La Petite Pierre dans les Vosges du Nord, il détrône à la surprise générale le maire de Wingen-sur-Moder, Roger Deiniger (UDR), conseiller général depuis 10 ans, avec 51% des voix.
Philippe Richert est ensuite réélu sans discontinuer, jusqu’à ce qu’il se retire en 2008, avec des scores parfois au dessus des 80%. Même lorsque la victoire semble acquise, il prend soin de faire des campagnes de terrain, une habitude qu’il a toujours conservée. Populaire dans son fief, ce centriste a ensuite gravi rapidement tous les échelons ou presque, soutenu par sa famille politique, même après quelques accrocs.
Ancien ministre et député, et actuel vice-président de la région Alsace en charge du développement économique, François Loos se souvient :
« Il s’est très vite distingué grâce à son intérêt pour les questions environnementales, à une époque où ces sujets étaient déjà à l’ordre du jour, mais moins politiques. Il a par exemple créée l’Association pour la surveillance et la protection atmosphérique, l’ASPA [ndlr, il lui a donné une dimension régionale] en 1990. C’est en se démarquant ainsi qu’il a été élu plus jeune sénateur de France métropolitaine en 1992, à 39 ans. Seul un Kanak était plus jeune. »
Sa concurrente écologiste Sandrine Bélier, qui l’a côtoyé en tant que juriste puis directrice d’Alsace Nature, confirme cette sensibilité environnementale. Mais elle regrette aussi qu’il ait politisé le sujet, « en faisant passer les écologistes pour rétrogrades et décroissants, là où Adrien Zeller était plus consensuel ».
Issu d’un milieu modeste
Fils d’un père cantonnier et d’une mère au foyer, qui s’occupait du jardin et des quelques animaux du domaine familial, Philippe Richert met souvent en avant ses origines modestes et le fait qu’il ne sort ni de l’Ena ni de Sciences Po. À ce propos, le président de la Région Alsace note :
« Ces formations sont des accélérateurs. Ce n’est pas un rejet, il y a des personnes très compétentes qui en sortent, mais les gens ont horreur de ceux qui croient savoir. Ceux qui ne viennent pas de ces cursus ont des approches différentes de ceux qui répètent des schémas répétitifs. L’alternance est, par exemple, mal considérée en France. En Allemagne, les grands chefs d’entreprise et homme politiques en sortent tous. »
Depuis ses débuts, Philippe Richert entretient cette image d’homme de terrain, « plus crédible que d’autres quand il parle à des agriculteurs ou à des chefs d’entreprises », remarque un journaliste économique. Il a ainsi tissé son réseau. Réseau qui lui permet ensuite d’emmener avec lui, contre la fusion des trois régions, la chambre de commerce et d’industrie et les chambres des métiers et de l’agriculture en 2014.
Haltérophile dans sa jeunesse, resté un « rural »
Le professeur Richert n’a été que 12 ans au contact des élèves, de 1974 à 1986, avant de devenir principal adjoint à La Wantzenau, puis que la politique devienne son occupation à plein temps, une fois sénateur en 1992.
Haltérophile dans sa jeunesse, l’actuel président de la Région Alsace vit toujours à Wimmenau, village de 1 133 habitants. Bien qu’il dirige l’Alsace depuis Strasbourg, il est resté rural : « Ce sont aussi ses mandats, de sénateur et au département, qui exigent qu’il ait davantage travaillé avec la campagne », note Charles Sitzenstuhl, un de ses jeunes colistiers. Cet aspect lui joue des tours en 1995. Lors des élections municipales à Strasbourg, il est battu dès le premier tour par Catherine Trautmann (PS). Une « erreur de casting », se souvient son entourage.
Pas rancunier, il est, à la fin des années 2000, l’homme politique alsacien qui assume l’idée que Strasbourg est une locomotive pour l’Alsace, alors que tout le monde ne le pense pas ou ne le dit pas dans son camp. « Il a toujours joué le jeu de Strasbourg l’européenne », confirme Fabienne Keller, maire de Strasbourg entre 2001 et 2008.
Une position qui vaut souvent à Philippe Richert des compliments publics de la part du maire de Strasbourg Roland Ries (PS) et du président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS). Contrairement à son successeur au conseil général du Bas-Rhin entre 2008 et 2014, Guy-Dominique Kennel (LR), qui n’a pas les faveurs du tandem socialiste.
Au cours de sa carrière politique, Philippe Richert a eu de la chance (Photo Pascal Bastien)
1998, président du Bas-Rhin, 2010, ministre
Malgré le revers de 1995, Philippe Richert continue d’être soutenu par la droite et le centre alsacien. En 1998, il devient président du département du Bas-Rhin pour dix ans. En 2002, comme beaucoup d’élus UDF, il rejoint l’UMP.
Sur la scène nationale, l’Alsacien enchaîne les succès : au Sénat, il devient secrétaire dès 1995, vice-président de 2004 à 2008, puis questeur, c’est-à-dire en charge de la gestion de la Haute Assemblée, entre 2008 et 2010. En novembre 2010, il rejoint le gouvernement Sarkozy en tant que ministre des collectivités territoriales ou « ministre de l’Alsace« , raille-t-on à gauche après que la Région soit la seule dirigée par la droite depuis le printemps de la même année.
Pour un responsable associatif qui souhaite rester anonyme, « comme tous les hommes politiques qui sont arrivés haut, il a une capacité de travail incroyable, avec parfois des journées de 4 heures du matin à minuit. Idem pour Ries ou Bigot à gauche ».
L’intéressé explique son succès par un mélange « de chance et de travail » :
« Si, en 1992, Marcel Rudloff n’était pas nommé au Conseil constitutionnel et que son suppléant ne décédait pas la même année, je n’aurais peut-être pas pu faire mes preuves au Sénat. À chaque nouvelle échéance, on hésite à se présenter, mais il y a une forme de logique, d’approfondissement de l’engagement qui a toujours été à fond pour moi. L’important c’est de le faire en restant qui on est. »
« Pas la visibilité que mériterait sa carrière »
Pour le politologue strasbourgeois Philippe Breton, directeur de l’Observatoire de la vie politique alsacienne (Ovipal), Philippe Richert ne bénéficie pas de la visibilité que mériterait sa carrière locale et nationale :
« Il n’a pas de loi à son nom et les enjeux environnementaux sont peu médiatisés. Cette situation est d’autant plus paradoxale dans cette campagne face à Florian Philippot, qui est beaucoup à la télévision, mais a peu d’ancrage local. Philippe Richert n’est pas un idéologue, il préfère proposer des solutions techniques. Ce n’est pas seulement une stratégie, mais c’est un positionnement qu’il a toujours su garder. Il fait campagne de la même manière dans les trois régions. Il n’insiste pas sur les différences. »
La prudence explique ce parcours avec peu d’ennemis. Après avoir soutenu François Fillon pour la présidence de l’UMP en 2012, il n’a pas pris position pour la future primaire de la droite en 2016. Sur le mariage gay, il s’est fait très discret en 2013, contrairement à Fabienne Keller qui a soutenu la loi. Sur les réfugiés, il esquive autant que possible lorsqu’il est interrogé.
Et pour cause, il s’est toujours bien gardé d’alimenter la machine médiatique. Il note :
« Même au gouvernement, je n’allais pas sur les plateaux de télévision pour commenter de nombreux sujets, contrairement à d’autres. Qu’est-ce que ça apporte les petites phrases ? Des médias et après ? »
Ce qui ne l’a pas empêché de s’exprimer contre les propos de Nadine Morano à l’automne, sur la France, « pays de race blanche ». Il demande alors à Nicolas Sarkozy de la retirer de la liste aux élections régionales en Lorraine, qui accepte. « Ce n’était pas « moi ou elle », mais je ne pouvais pas faire campagne dans ces conditions. Les valeurs, ça ne se déclare pas, ça se prouve », dit-il en se rappelant l’épisode.
Le livre de 2009
En 2008, il quitte la présidence du conseil général du Bas-Rhin, soit-disant trop occupé par son rôle de questeur au Sénat. Mais, déjà, la question de la succession d’Adrien Zeller à la tête de la région Alsace se pose. Va-t-il rempiler en 2010 ou non à 64 ans ?
Début 2009, Philippe Richert écrit un livre, Passions d’Alsace. Il y détaille le projet de fusion des deux départements et de la région en une collectivité unique, une idée qu’il défend depuis les années 1990. À ces pages, il ajoute beaucoup de détails sur sa vie personnelle, son enfance, sa vision du rôle de l’élu. Alors qu’il n’a plus de mandat local, cet ouvrage permet aussi de mieux se faire connaître, lui qui a perdu la seule élection au suffrage universel en dehors de son canton.
Après le décès de Zeller, Richert hérite de la Région
Le décès prématuré, à l’été 2009, d’Adrien Zeller évite des échanges tendus autour de l’avenir. Si Philippe Richert dit avoir toujours eu de bonnes relations avec celui qui l’a lancé en politique, Philippe Breton et d’autres parlent de « zones grises » et d’une succession qui n’était pas acquise. Alors que le président de Région par intérim, André Reichardt, également président de l’UMP bas-rhinois vient du RPR, Philippe Richert met en avant sa filiation centriste avec Adrien Zeller, dont l’action est unanimement saluée en Alsace.
André Reichardt est populaire auprès des services de la collectivité, mais moins taillé pour une campagne qui s’annonce serrée. Il accepte le poste de premier vice-président après l’élection de 2010, tout en récupérant le poste de sénateur de Philippe Richert la même année.
Quant à François Loos, vice-président incontournable en charge du développement économique, également pressenti à l’époque pour prendre la suite de Zeller, il dit aujourd’hui qu’il se préservait pour les municipales de 2014 à Strasbourg. L’affaire est entendue lors d’une primaire, dans laquelle Philippe Richert est le seul candidat. Après des sondages défavorables, il remporte l’élection de 2010 avec 46% des voix, dans une triangulaire avec le PS (39%) et le FN (15%).
Le référendum de 2013 revient le hanter en 2015
En 2013, la droite ne gouverne plus à Paris et le projet de collectivité unique doit passer par un référendum. Après des mois d’une campagne minée jusque dans son propre camp, le projet de fusion obtient 58% de voix positives dans la région, mais échoue à convaincre dans le Haut-Rhin. Le seuil de participation général est également trop faible pour entériner la réforme institutionnelle. C’est l’échec.
Philippe Richert estime que l’histoire lui donne raison. « Si le oui l’avait emporté, la fusion actuelle avec les autres régions n’aurait pas eu lieu », ce qu’a confirmé une personne haut-placée du gouvernement à l’Express. D’autres voix s’élèvent pour accuser Philippe Richert d’avoir trop fait la campagne auprès des élus, pourtant peu prompts à mettre leur poste en danger, et non auprès des corps intermédiaires, davantage prêts à ce regroupement, qui promettait de sacro-saintes « économies ».
Plus gênant, cet épisode vient le hanter dans la campagne qui l’occupe actuellement. Le FN, mais aussi le parti régionaliste Unser Land, attaquent à répétition le positionnement de Richert qui « n’a pu empêcher le regroupement des régions ». Après des menaces sur internet à ce propos, une protection policière a même été proposée au président de Région, comme à certains élus PS, qui a refusé.
Pour Philippe Breton, le politicien a une part de responsabilité :
« Le premier texte sur le conseil d’Alsace était très identitaire. À ce moment-là, il a réveillé une identité politique alsacienne qui n’existait plus. Il a donné rendez-vous à une population qui a été déçue. Ils n’étaient pas tous ses électeurs, mais c’est une minorité bruyante, qui continue à se manifester aujourd’hui et à le prendre à parti. »
À ses proches, il dit depuis quelques années que passé 61 ans, il s’imaginait faire des barbecues dans son jardin. Mais, avec la fusion à trois votée en décembre 2014, la configuration tactique change. La droite espère l’emporter en Alsace, tandis que le FN sera fort en Lorraine et en Champagne-Ardenne.
D’un point de vue national, il aurait été embêtant que le président de la seule région conservée en 2010 ne se représente pas, qui plus est après un mandat sans problème majeur. Philippe Richert dit ne « pas vouloir être comme Martine Aubry (PS) à qui tout le monde reproche de ne pas y aller [ndlr, dans le Nord ndlr] par peur de perdre ». Il est investi par le parti dès février 2015. Aucun rival alsacien ne se met en travers de sa route.
Ces élections s’annoncent serrées, bien que Florian Philippot ait enchaîné des revers électoraux lors des élections législatives en 2012 et municipales à Forbach en 2014, avant de remporter les européennes (28,42% contre 21,73% pour l’UMP, mais aussi 9,52% pour l’alliance Modem/UDI sur la grande région). Par crainte de « faire le jeu du FN », certains acteurs qui ont croisé la route de Philippe Richert préfèrent « ne pas apparaître » dans ce portrait, pour ne pas lui faire de tort…
« Aujourd’hui, tous mes frères me soutiennent »
Le FN, Philippe Richert connait bien, son frère Emile, maire de Wimmenau entre 1983 et 1995, y a milité. En 1995, il fait campagne contre Marc Ruch, soutenu par Philippe Richert et son épouse Louise, future première adjointe. Il est présent aux régionales ou suppléant lors des législatives à des élections suivantes. En 2008, son frère inscrit même une fausse liste menée par Philippe Richert lors des municipales.
« Je viens d’une famille normale. On ne pense pas tous la même chose. Parfois on s’engueule, parfois non. Mais aujourd’hui, tous mes frères me soutiennent », commente la tête de liste. Philippe Richert, président normal ? Il sourit : « Je ne trouvais pas ça bête. Mais il ne fallait pas faire le coup du scooter ».
Philippe Richert en juin 2015. Déterminé ou obstiné ? (Photo Pascal Bastien)
Déterminé ou obstiné ? « Les deux »
Quant à sa personnalité, ses soutiens le disent « déterminé », ses détracteurs « têtu » ou « obstiné ». Parmi ses réussites, on compte le château du Haut-Koenigsbourg passé aux mains du Département, la création du Vaisseau à Strasbourg ou la ligne d’autocar en site propre vers Wasselonne (TSPO).
Cet automne, c’est un sujet de France 3 Alsace sur ses différents positionnements sur la fusion des régions qui a valu une colère en plateau à Philippe Richert. Ce dernier se reconnait dans ce tempérament, aussi bien tourné en qualité qu’en défaut :
« C’est les deux. Je prends du temps pour une décision, je me donne du temps, j’aime entendre les avis, même en dehors de mon camp. Il ne faut pas croire que les élus sont bourrés de certitudes. Quand je m’énerve, c’est l’exception, mais c’est possible de ne pas se rendre compte. Et je m’excuse toujours. »
Fusion avec le PS au second tour ?
Pourtant, sa marque de fabrique dans l’hémicycle de la Région, sont des débats plutôt apaisés et courtois. Même son adversaire, tête de liste départementale du PS, Pernelle Richardot, lui trouve des qualités :
« C’est un républicain, je partage ses valeurs de démocrate. Dans l’opposition, nous n’avons pas été maltraités. Bien qu’il agisse aussi avec ruse, en nous associant à des décisions pour nous coincer plus tard, comme la stratégie Alsace 2030… C’est quelqu’un de sanguin et solitaire. Je me reconnais dans l’homme de terrain, mais c’est quelqu’un qui croit que l’Alsace doit pleurnicher à Paris pour obtenir quelque chose.
Je crains aussi que ce soit le dernier homme politique de la droite alsacienne avec ces valeurs humanistes. Le renouvellement derrière lui est limité. Sur son mandat à la Région, je lui reprocherais de n’avoir pas anticipé la mutation industrielle de l’Alsace et de ne pas avoir fait de schéma régional des transports. »
Avec une liste « Unissons nos énergies », menée par un homme de consensus et de dossiers techniques, certains commentateurs s’interrogent sur une possible fusion avec la liste PS. Le président lorrain Jean-Pierre Masseret (PS) clame qu’il ne laissera jamais une assemblée politique sans élu de gauche. Info ou intox, on ne sait, mais Philippe Richert affirme qu’il a déjà fait imprimer les mêmes bulletins de vote pour le second tour que pour le premier.
Les organisations membres de la « coalition pour le climat » (leur page Facebook) dans le Bas-Rhin ont finalement décidé d’annuler leur participation à la marche mondiale pour le climat prévue dimanche en ouverture de la conférence mondiale à Paris (Cop 21).
Mardi, le président d’Alsace Nature, association membre de la coalition locale, appelait encore à manifester malgré l’état d’urgence :
« Le modèle occidental conduit à la dilapidation des ressources naturelles, au dérèglement du climat, à la violence et aux fractures et crises sociales. La crise climatique, défi majeur du siècle à venir, trouve ses causes dans l’exploitation infinie de ressources finies, telles que les énergies fossiles ou les terres rares. En Alsace, l’érosion de la biodiversité reste continue et les autorités persistent dans des choix d’aménagement incohérents, à l’instar de ce projet absurde de Grand Contournement Ouest de Strasbourg. »
Mais mercredi, le préfet du Bas-Rhin Stéphane Fratacci a publié un arrêté interdisant toutes les manifestations publiques du 28 au 30 novembre dans l’ensemble du département, sauf pour les Marchés de Noël déjà autorisés. Après un temps d’hésitation, la coalition locale pour le climat s’est résolue à respecter les termes de cet arrêté et à annuler la marche strasbourgeoise.
Les organisateurs appellent donc chacun à porter dimanche 29 novembre un message de soutien « Je marche pour le climat », à titre individuel (modèle à télécharger ici). Ceux qui tiennent à participer à un rassemblement collectif sont invités à participer à la marche de Fribourg-en-Brisgau (proche de Colmar), samedi 28, où les collectifs locaux ne sont pas soumis à une interdiction de manifester.
Y aller
Marche pour le climat, samedi 28 novembre à 11 heures, place de la Gare à Fribourg (Allemagne).
Jouer les cowboys chaque weekend, pour tenter de le devenir un jour (Photo Antoine Doyen)
Utiliser une communauté pour en raconter une autre, tel est le projet de Les Cowboys, magnifique premier film de Thomas Bidegain. Chaque époque sa chasse aux sorcières -ou aux indiens-, la figure de l’ennemi est variable, mais le combat du « cow-boy » qui s’y confronte reste identique. L’islam dans ses manifestations fanatiques marque le début de notre siècle avec fracas. La troisième guerre mondiale est-elle déjà déclenchée ? Tout dépend de notre réaction, de notre capacité à supporter la surprise et à saisir la portée des événements.
Dans Les CowBoys, film de Thomas Bidegain, Kelly, 16 ans, a subitement disparu. Pour Alain, son père, elle s’est faite kidnapper par l’ennemi, en l’occurrence son amoureux Ahmed. Mais il doit progressivement se rendre à l’évidence de ce qu’il refuse d’admettre : sa fille chérie s’est certainement enfuie de ce milieu où l’on se déguise en cow-boy tous les dimanches, pour vivre d’autres aventures plus exotiques et plus intenses. Il semble qu’elle ait choisi de se convertir à l’Islam et de porter un voile.
Un monde en mutations
Ce récit tragique d’un père qui veut récupérer sa fille à tout prix se trame sur fond de l’attaque du World Trade Center en septembre 2001. Cet attentat à la portée internationale est alors le paroxysme de l’horreur et de l’effondrement. Mais ce scénario simple et original, décrit aussi de façon récurrente l’état de choc qui persiste face à l’incompréhension totale que nous avons devant tous ces événements qui excèdent nos prévisions sur la réalité.
Un père déterminé à ne pas subir le nouvel ordre que lui impose à sa fille, ni encore moins à supporter celui qui cherche à dominer le monde (Photo Pathé Distribution)
L’hébétement et la surprise devant lesquels sont les parents face à l’évolution de leurs adolescents est un classique du genre, et il est parfois spectaculaire. Il est celui de la mère de cette jeune bourgeoise qui se prostitue alors qu’elle est encore mineure dans Jeune et Jolie de Ozon ; il est aussi celui du père d’Anne Franck qui découvre le célèbre journal de sa fille déportée, après la guerre.
C’est à partir de cet écart, de cette béance ressentie très singulièrement par un père qui perd pied, que Thomas Bidegain illustre l’incompréhension, le sentiment de peur et d’étrangeté qui règne à l’aube du XXIe siècle. Il nous met face à un monde qui explose de toutes parts, et qui connait de profondes mutations, les unes plus impensables que les autres.
Une famille « texane » en plein cœur du milieu de la France
Le célèbre scénariste des films De Rouille et d’os, Un prophète ou encore de Dheepan auréolé à Cannes, reprend l’univers des fêtes Country qui existent telles quelles dans la vallée du Rhône comme cadre réel et symbolique de son intrigue. Il montre comment la famille et tous les proches d’Ahmed sont tout désignés pour figurer les indiens. En effet, ils appartiennent à cette communauté qui croit à des valeurs archaïques, mais qui est surtout celle qui refuse de se plier à la supériorité de l’occident en général, et de l’Amérique (où sont apparus les premiers cow-boys) en particulier.
La Bande-Annonce
Les personnages du milieu très spécifique que Thomas Bidegain rapproche de son objectif ne sont pas des agriculteurs, mais des gens de classe moyenne qui vivent dans une zone enclavée par les montagnes. Ils évoluent dans un décor très faussement Far West, mais surtout relativement isolés du reste de la France et donc du monde.
Chez Alain et Nicole, les enfants s’appellent Kelly et « le Kid ». Tout est dit. Chaque week-end ils enfilent des chapeaux à larges bords et dansent sur des pas folkloriques originaux, chaussés de leurs santiags. Lorsque Kelly disparait de cet univers en carton-pâte, inventé de toutes pièces, c’est le monde entier qui s’écroule autour d’Alain.
Fuir un monde où tout le monde se déguise en héros, pour embrasser un idéal radicalement dépaysant (Photo Pathé Distribution)
Dans ce scénario que l’on espère réaliste, Thomas Bidegain suggère que deux générations seront nécessaires pour retrouver l’équilibre de ce qui a été bouleversé par la chute des Twins. Il faudra traverser du temps, revenir sur le passé et imaginer des nouvelles perspectives pour trouver sur la carte du quotidien cette indication si précieuse pourtant devenue floue: « vous êtes ici ».
D’un côté la destruction et la mort, de l’autre la vie
Alain fonce droit devant, de toutes ses forces, de façon brutale et entière. Il est prêt à tout, et même à tout perdre pour ne pas s’avouer dans l’échec et dans l’absence de toute maîtrise de ce qui se trame depuis bien longtemps à son insu.
Incarné par un François Damiens exceptionnel et subitement très viril en cow-boy, le Grand-Chef de la petite tribu subitement explosée, garde quand même une sensibilité qui le rend très attachant. Malgré toute la violence de cette figure profondément narcissique, quelque chose de fragile et d’émouvant se dégage de cette « crise ». Mais Alain paiera très cher de n’avoir jamais voulu s’avouer soumis à autre chose qu’à son désir, et de n’avoir pas su envisager de capituler.
Une mère aimante qui prend le parti de faire confiance à la vie et à sa fille (Photo Pathé Distribution)
Quant à Nicole, la mère, elle accepte d’emblée la disparition de Kelly comme un départ. Plutôt que de se morfondre, elle choisit de lui faire confiance. Elle est incapable d’interrompre la spirale dans laquelle Alain s’enferme, mais elle est du côté de la vie et retrouvera la protection et l’amour d’un autre homme. Plus tard, elle réalisera qu’elle s’est peut-être trompée en faisant un tel crédit de rationalité à sa fille, mais son erreur ne la dégrade pas à nos yeux, bien au contraire. Elle l’assume pleinement en recevant Shazhana la pakistanaise voilée dans sa maison, comme sa propre fille.
Dans la famille Western, qui est le véritable CowBoy ?
Le Kid qui commence par marcher sur les traces de son père, finit par poursuivre sa trajectoire sur un chemin qui lui est propre. Il se range à sa façon du côté de ceux qui sont prêts à perdre pour s’épargner du pire, en s’ouvrant à d’autres possibles que cette vie de provinciaux sclérosés. Il décide d’élargir son horizon afin d’apprivoiser l’altérité dominante, et retrouver une sérénité face à la brutalité des changements de l’ordre mondial.
Sur les traces d’un père dont la figure est narcissique, prendre le temps d’exister par soi-même (Photo Pathé Distribution)
Si Alain, se prenait pour un cow-boy, le Kid lui, va le devenir. Turban sur la tête, chevauchant un destrier arabe, il parcourt courageusement des terres inconnues. Il brave sa peur et l’échec de son père, pour les dépasser. La grande histoire rencontre alors celle de chacun. Pour le Kid, l’image des Twin qui s’effondrent en direct à la télévision, sont un clin d’œil de sa sœur. L’action terroriste le renvoie à ce qui a attiré Kelly au loin, tout aussi absurde que cela lui paraisse.
Un film sur la vie et sur le monde
En définitive, Les Cowboys retrace une histoire qui se déroule sur 15 ans, avec des moments forts et des dialogues tout simples de la vie de tous les jours, qui nous mettent à une distance très réaliste des personnages. Ce récit tragique et haletant prend progressivement de l’ampleur pour devenir une grande odyssée qui s’étend dans l’espace, dans le temps.
Ce film raconte l’histoire de gens « normaux », projetés dans le fracas d’un monde qui les dépasse. Il décrit la naïveté et l’ignorance des ceux qui pensent qu’avec de la colère et de la détermination, ils viendront à bout d’un fléau parce qu’ils l’ont fustigé, condamné, stigmatisé.
Les véritables cowboys restent isolés dans leurs rêves et leurs objectifs, irréductiblement seuls face au monde (Photo Antoine Doyen)
Beaucoup de choses sont dites sur le malaise, les angoisses et toutes les questions que l’avenir nous inspire. Mais les étapes qui nous mènent à la perspective d’une résolution se disent dans le cadre d’une narration très elliptique, toute en pudeur et en retenue.
Pour le duo Bidegain-Debré, être proche des gens c’est raconter leur monde, c’est donner du sens à leur l’histoire. Avec les transformations du Kid, ce récit tente de transformer une époque et ouvre un espace de possibles. Il nous invite à repenser la configuration géopolitique qui est devenue la nôtre à partir de problématiques qui, de personnelles deviennent collectives, voire universelles.
Les CowBoys, à voir à Strasbourg aux cinémas UGC Ciné-Cité et Star Saint-Exupéry.
Mordue de ciné, de rock et d'expos peinture, passionnée de cuisine et pâtisserie, gourmande de BD, réseaux-sociaux-addicted, adepte croyante mais non pratiquante de la psychanalyse. Sinon, je déteste le fenouil, les piscines, discuter politique et les promenades dans la nature.