Des points de contrôles mis en place pour sécuriser l’accès au centre-ville (Doc Ville de Strasbourg)
La circulation des véhicules sera proscrite dans la grande île ainsi que tout stationnement durant le Marché de Noël 2015. Les tramways ne marqueront pas l’arrêt place Broglie et des points de contrôle seront répartis le long des accès au centre-ville.
L’ambiance de Noël risque d’en prendre un coup. Car si le Marché de Noël est bien maintenu à Strasbourg du 28 novembre au 24 décembre 2015 malgré les attentats de Paris et l’état d’urgence, la manifestation est assortie d’une série de mesures de sécurité très importantes.
Circulation restreinte et stationnement proscrit
D’abord, toute circulation de véhicule sera interdite dans le périmètre de la grande île de Strasbourg, de 10h à 20h. Seuls les véhicules de secours ou pour les personnes à mobilité réduites (PMR) seront autorisés à pénétrer l’ellipse insulaire.
De plus, tout stationnement sur la voirie est interdit dans l’enceinte de la grande île, pour tous les véhicules à moteur (scooters compris). Les parkings Kléber, Gutenberg, Tanneurs et Broglie ne seront pas accessibles pendant toute la durée du Marché de Noël, sauf pour les abonnés.
Modifications d’accès aux véhicules Citiz (doc Citiz)
Des ajustements pour les résidents
Les résidents du centre-ville, disposant d’un abonnement auprès de la Ville de Strasbourg pour le stationnement de leur véhicule sur la voie publique (zones 2 et 3), pourront demander, sur justificatifs, un accès gratuit à ces parkings. Ils doivent pour cela se signaler par email aux services de la Ville à l’adresse dispositif-marche-noel@strasbourg.eu.
Ils pourront également stationner, sans supplément, dans les autres zones de stationnement payant. Dans un élan de mansuétude, la Ville offrira un mois de stationnement gratuit à ses abonnés lors de leur prochain renouvellement.
Les résidents titulaires d’un abonnement de parking sur les zones 2 et 3 vont pouvoir demander un accès à une autre zone. (doc Ville de Strasbourg)
Pour les livraisons, elles seront autorisées au centre-ville de 6h à 10h. À 11h, toutes les camionnettes doivent avoir disparu de l’ellipse insulaire et la municipalité précise qu’il « n’y aura pas d’exception ».
Quant aux vélos, il est demandé aux cyclistes de limiter leurs déplacements à l’intérieur de l’ellipse insulaire. Les vélos qui seraient attachés aux barrières mobiles de sécurité seront emmenés en fourrière, après une destruction du cadenas par les agents municipaux.
Pas de tramway place Broglie, restrictions d’accès à Homme de Fer
Le tramway continuera de circuler mais l’accès à certaines stations sera restreint. D’abord, la station de la place Broglie est fermée durant tout le Marché de Noël, en semaine, en soirée et les week-ends. Ensuite, les stations Homme de Fer, Grand’Rue et Porte de l’Hôpital ne seront pas desservies les samedis et dimanches, de 10h à 20h.
Quant aux bus des touristes, ils seront détournés pour que la traditionnelle procession de la place de l’Étoile vers le centre-ville soit évitée. Les autorités veulent éviter l’apparition de foules trop compactes, susceptibles d’être dangereuses en cas de mouvement de panique. À ce sujet, toute utilisation de pétards est interdit et des dégagements supplémentaires ont été prévus place Broglie et place de la Cathédrale.
Contrôles tous azimuts
Parallèlement à ces restrictions de circulation, les autorités de l’État et de la Ville ont mis en place un dispositif renforcé de contrôles pour assurer la sécurité du Marché de Noël. D’abord, des points de filtrage seront installés aux accès à la grande île, pour empêcher les véhicules non autorisés d’y entrer et contrôler ceux qui peuvent y accéder. Ensuite, les piétons seront également contrôlés : aux points de passage sans que ce ne soit systématique, mais aussi à l’intérieur du périmètre, par des patrouilles de policiers nationaux, municipaux ou par des militaires du dispositif Sentinelle ou même par des vigiles dans les magasins les plus importants.
Les autorités demandent aux Strasbourgeois et aux touristes de bien vouloir se soumettre à ces contrôles, dont ils pourront faire l’objet plusieurs fois par jour, et d’avoir ses papiers d’identité à portée de main. Directeur départemental de la sécurité publique du Bas-Rhin, le commissaire Jean-François Illy s’excuse « par avance pour les couacs inévitables », mais dit-il, « je suis garant de l’équilibre entre l’ordre indispensable et le désordre supportable ».
Un numéro vert pour s’informer
Des prospectus seront distribués aux touristes pour leur annoncer l’ensemble de ces mesures festives. Pour les Strasbourgeois, la Ville a mis en ligne un numéro vert (appel gratuit, 7j/7 de 9h à 18h à partir de mercredi) au 0800 43 60 60 pour que les Strasbourgeois puissent poser leur cas spécifique. Les professionnels peuvent appeler un second numéro vert, le 03 68 98 90 00 (7j/7 de 9h à 18h).
Les commerçants sont invités à prendre connaissance des mesures les concernant lors d’une réunion à la cité de la musique mercredi 25 novembre à 19h15 pour les non-sédentaires et à 20h30 pour les sédentaires.
Avant d’obtenir le statut de réfugié, un long parcours attend les migrants. Pour les aider, associations et bénévoles sont à leurs côtés. (Martin Leveneur / Flickr / cc)
À l’appel lancé début septembre par la ville de Strasbourg pour rejoindre le réseau des villes solidaires, les associations d’aide aux migrants ont répondu présentes. Deux mois après, aucun moyen matériel ni financier n’a été concrètement mis en place par la ville et sur le terrain, les associations n’ont aucune nouvelle concernant la répartition des 30 000 réfugiés annoncés par la France. Malgré le climat de tension provoqué par les attentats de Paris, les associations poursuivent leurs missions auprès des demandeurs d’asile et autres personnes confrontées à la précarité.
« Bonjour, vous aviez rendez-vous ? » Assise au fond de la salle d’attente de la Cimade, la personne hoche timidement la tête. Elle vient pour une adresse de domiciliation, étape essentielle pour déposer une demande d’asile à la préfecture. Elle est reçue à l’accueil. Le stagiaire qui la réceptionne s’excuse :
« Le bureau est trop petit. On va déménager. La réouverture de l’association est prévue le 27 novembre. On a déjà des rendez-vous pris jusque dans un mois. »
Le téléphone sonne toutes les deux minutes. Dans une salle, une personne d’origine africaine est reçue avec son enfant. Il joue avec de gros cubes en bois, tirés d’une caisse de jouets. Dans les locaux épurés qui donnent sur le quai Saint-Nicolas, la Cimade accueille les migrants. Cette notion floue et souvent mal comprise désigne les personnes étrangères qui viennent en France pour faire des études, travailler, rejoindre leur famille ou demander l’asile.
Plus de 1 200 personnes sont suivies ici chaque année. Beaucoup sont originaires d’Europe de l’est ou de Russie. Elles ne parlent pas bien français, parfois pas du tout mais il y a toujours quelqu’un parmi les bénévoles et les autres migrants pour aider à traduire. Avec trois permanences chaque semaine, les bénévoles tentent d’apporter une aide juridique aux personnes qu’ils reçoivent et d’atténuer la lenteur de l’administration. Étudiant à l’IEP, Louis s’est engagé dans l’association il y a plus d’un an :
« Je voulais du concret et me sentir utile. Parfois c’est difficile car on se sent impuissant. On est face à des gens en situation de grande pauvreté, vivant souvent dans la rue. On ne peut pas les aider de ce côté-là. »
Avec lui, une cinquantaine de bénévoles travaille à flux tendu. Des jeunes, des retraités mais aussi des gens actifs.
Aider oui mais s’engager ?
La vague d’émotion suscitée par la photo du petit Aylan, retrouvé mort face contre terre sur une plage turque, a ébranlé la communauté associative et citoyenne de Strasbourg. Des associations sont nées sur Internet, des initiatives ont été lancées par les citoyens, bientôt rejoints par la ville qui a mis en place un numéro vert pour orienter les bonnes volontés vers les associations déjà existantes.
L’association Singa répertorie les propositions d’aide en France sur son site internet
À la Cimade, la directrice régionale Françoise Poujoulet explique qu’elle n’a jamais reçu autant de propositions d’aide depuis septembre. Nadine, une bénévole retraitée, est chargée de recruter les nouvelles bonnes volontés. Plusieurs possibilités de bénévolat sont proposées allant de la sensibilisation à l’accompagnement mais l’engagement est relativement contraignant car il demande un investissement sur l’année et la participation à des formations sur le droit des étrangers. Certains candidats peuvent donc être rapidement découragés. Nadine préfère refuser ceux qui ne veulent consacrer que quelques heures par-ci par-là :
« On est toujours à la recherche de bénévoles. Le problème, c’est que les gens veulent donner mais pas s’engager. Or accueillir nécessite de s’investir et d’être à l’écoute. On reçoit même des formations pour gérer les problèmes. »
Des problèmes, que les bénévoles doivent souvent traiter au cas par cas. Un étage en dessous dans le même bâtiment, le collectif Casas s’occupe des demandeurs d’asile. Entre l’aide à la constitution des dossiers et les recours en cas de refus de la préfecture, environ mille personnes sont suivies chaque année. Pascale Adam, la directrice, explique :
« Quand vous recevez des personnes qui ont subi des violences, elles peuvent s’emmurer dans le silence ou manquer d’attention. C’est difficile de faire le dossier avec elles et s’assurer qu’elles comprennent ce qu’on leur dit. Il faut les mettre en confiance. »
Avec un psychanalyste, l’association organise une fois par mois un groupe de parole. Chacun soumet aux autres une situation particulièrement difficile à laquelle il a été confronté. Ensemble, ils réfléchissent à la manière de réagir.
Donner à tous ou ne rien donner du tout
À la permanence Arc-en-ciel de Caritas, Germain Mignot constate également une hausse des propositions d’aide depuis septembre. Parfois, il doit recadrer les bonnes volontés :
« Certaines personnes ne veulent donner qu’aux Syriens ou qu’aux réfugiés. D’autres veulent donner à tout le monde sauf aux réfugiés. Dans ce cas, on refuse et on explique aux gens que leurs dons ne s’adressent pas qu’à une catégorie de personnes mais qu’ils sont valables pour tous ceux qui sont en situation précaire. »
Pour l’association Alsace-Syrie, qui tente de trouver un toit pour les trois ou quatre familles syriennes qu’elle reçoit chaque semaine, difficile parfois de loger les hommes, comme l’explique le président Nazih Kussaibi :
« L’autre jour, une femme est venue et m’a dit qu’elle désirait accueillir un couple ou une femme avec un enfant qui pourrait jouer avec le sien. Je lui ai répondu que je n’avais pas de famille mais un garçon. Elle a refusé. Après quelques jours, elle a finalement changé d’avis. »
Au bout de la chaîne de solidarité, les réfugiés
Depuis la rentrée, l’université de Strasbourg a mis en place un dispositif pour les étudiants étrangers ayant le statut de réfugié. Il permet l’exonération des droits d’inscription pour ceux qui sont arrivés sur le territoire français depuis le 1er janvier 2015. 25 étudiants se sont inscrits : parmi eux, 12 Syriens, 12 Irakiens et un Iranien.
Âgés de 19 à 54 ans, ils ont tous un niveau universitaire assez élevé mais aucun d’entre eux ne maîtrise le français. Un deuxième groupe doit voir le jour au second semestre, pour accueillir la trentaine d’étudiants placée sur liste d’attente. Pour Mathieu Schneider, si le dispositif a eu autant de succès, c’est parce que l’université s’est mise en lien avec la communauté syrienne :
« Dès qu’on a traduit le communiqué de notre site en arabe et qu’on a fait passer le message via les téléphones portables de la communauté syrienne, les étudiants sont venus. Pour que l’aide soit efficace, il faut réunir les moyens d’un côté et trouver les personnes de l’autre pour que toute la chaîne soit construite. »
Comment gérer le coût de l’accueil ?
Jusqu’à présent, le dispositif est financé par l’université. Mathieu Schneider espère maintenant que d’autres établissements suivront l’initiative en France et qu’elle sera soutenue financièrement par la Ville ou le gouvernement car si la situation devait durer, l’université ne pourrait assumer seule ces dépenses.
Pour beaucoup de particuliers, l’accueil à domicile représente un coût difficile à supporter. Pasteure de la ville de Berstett, Anne-Christine Hilboldt-Croiset héberge gratuitement chez elle deux migrants syriens depuis le 1er octobre, le temps d’accomplir les démarches. Arrivés en France début septembre, ils ne touchent pour le moment aucune allocation et ne bénéficient pas du statut de réfugié. Elle regrette qu’aucune aide ne soit prévue par les pouvoirs publics pour encourager les initiatives des particuliers.
Début septembre, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a pourtant promis aux propriétaires publics et privés une aide de 1000 euros pour l’hébergement des réfugiés. Mais la mesure ne concerne que les 30 000 personnes que l’État s’est engagé à accueillir et non celles qui viennent en France par leurs propres moyens.
Avec les attentats, que va-t-il se passer ?
Revendiquées par l’État islamique, les six attaques à Paris ont jeté un froid sur la communauté syrienne réfugiée en France. À la préfecture, on se veut rassurant : l’accueil des réfugiés n’a rien à voir avec la lutte anti-terroriste. Le sous-préfet n’a reçu aucune consigne à ce sujet et la procédure d’accueil continue normalement.
Pourtant, la France a aussitôt rétabli le contrôle aux frontières et des partis politiques comme le Front national ont rapidement fait l’amalgame entre les réfugiés et les terroristes.
« Avec ce qui s’est passé, les gens sont paralysés. Ils ont peur, cela ne va pas arranger les choses. »
Même crainte auprès des deux réfugiés hébergés par la Pasteure :
« Avec les attentats de Paris, ils se sentent mal à l’aise et ont très peur que les gens les rejettent. Pourtant, ils ont justement fui Daesh et sont les premiers à condamner les terroristes qui sévissent dans leur pays. »
La Pasteure n’est pas rassurée : elle connaît une famille en Alsace qui a déjà reçu des menaces de mort pour avoir accepté d’héberger des réfugiés.
Il existe autant de sujets que de manières de les présenter. La difficulté est de trouver le bon format et d’oser aborder les thèmes qu’on ne maîtrise pas.
La foire d’art contemporain St’Art sera au Parc des expositions du 27 au 30 novembre. Cette année encore, elle sera accompagnée de Str’Off, une exposition plus accessible avec tout de même 45 artistes dont 24 régionaux. Ils ont tous travaillé autour du thème « Dans tous les sens ».
À quelques mètres de St’Art, la foire européenne d’art contemporain de Strasbourg, installée au Parc des expositions, il y aura une… exposition d’art contemporain au pavillon K, samedi 28 et dimanche 29 novembre. Cette seconde manifestation appelée Str’Off se veut être le pendant grand public de St’Art.
Le teaser
L’objectif de Str’Off est de permettre à plusieurs artistes locaux d’exposer pendant ce week-end propice à l’art contemporain, une quarantaine de dossiers, dont 24 Alsaciens, ont été sélectionnés par le jury d’Europartvision, l’association organisatrice. Contrairement à St’Art, ce ne sont pas les galeries qui louent des mètres carrés hors de prix, mais les artistes eux-mêmes, pour 20€ du mètre-carré.
« Constructor for adults »
Pour Viviane Reziciner, présidente d’EuropartVision, il n’est pas concevable que St’Art ne soit pas accompagnée d’un festival « off » :
« Toutes les grandes foires d’art ont un volet « off », généralement moins tourné vers les professionnels et plus vers le grand public. C’est indispensable à St’Art, dont les portes sont plutôt ouvertes à des artistes confirmés et internationaux. Il reste à trouver un équilibre économique, puisqu’on ne veut pas dépendre des entrées pour permettre à un maximum de gens de venir voir. On cherche un mécène, ou une forme de partenariat qui permettra de doter St’Art d’une véritable alternative pour tous, dans plusieurs endroits de la ville. »
En 2014, l’entrée à Str’Off était gratuite mais cette année, l’exposition doit demander 5€ aux visiteurs pour équilibrer ses comptes, le budget de la manifestation avoisine les 50 000€, essentiellement dus à la location du Pavillon K.
Str’Off est engagé dans l’exploration d’une trilogie sur le thème « Nos sens, dessus, dessous ». Cette année, les artistes ont travaillé sur « Dans tous les sens », avec des créations qui doivent inviter le public à l’échange et interpeller au moins deux sens. L’an prochain, il s’agira de plancher sur « A bout de sens ».
La France s’est engagée à accueillir 30 000 réfugiés. Fuyant l’Irak et la Syrie, beaucoup arrivent par l’Europe, comme ici, en Hongrie. (Crédit : Martin Leveneur / Flickr / cc)
Début septembre, la France annonçait son intention d’accueillir 30 000 réfugiés en deux ans. Comme d’autres villes, Strasbourg s’est portée volontaire pour prendre sa part du quota. Mais deux mois après l’annonce du maire de rejoindre le réseau des villes solidaires, six personnes seulement ont été accueillies par la Ville. La plupart des associations d’aide aux réfugiés ignorent encore leur arrivée.
En deux ans, la France doit accueillir 30 784 réfugiés, dans le cadre du plan européen de relocalisation des réfugiés, mis en place par la Commission européenne pour accueillir 160 000 demandeurs d’asile qui fuient la guerre ou la torture. Ils viennent principalement de Syrie, d’Irak ou d’Érythrée et ont déjà été enregistrés dans un autre pays européen.
La France s’est déjà engagée cet été à accueillir avant la fin de l’année le « quota Merkel », soit un millier de réfugiés en provenance d’Allemagne. Parmi eux, 600 demandeurs d’asile ont déjà été orientés vers la région parisienne, où leur demande est traitée de façon accélérée avant d’être renvoyés en province.
Pour répartir les arrivées, le gouvernement a créé six pôles d’accueil sur tout le territoire. Situés à Lyon, Bordeaux, Nantes, Metz, Besançon et en région parisienne, ces centres réceptionnent les demandeurs d’asile et traitent leurs dossiers. Si l’Ofpra leur reconnaît le statut de réfugié, ils sont ensuite répartis dans les différents départements.
À Strasbourg, c’est la préfecture du Bas-Rhin qui gère les arrivées. Le sous-préfet Jean-Luc Jaeg a pour cela été nommé coordinateur départemental par le préfet. Son rôle : structurer l’accueil, en concertation avec les différents acteurs impliqués par la question du logement, l’ouverture des droits sociaux, l’insertion professionnelle ou la scolarisation des enfants :
« Les choses vont s’accélérer car, à partir du mois de novembre, des quotas de migrants actuellement en Grèce ou en Italie vont arriver en France. L’accueil est planifié et le département est prêt à prendre en charge les réfugiés même si pour le moment, aucun effectif n’a été arrêté. »
À Strasbourg, six réfugiés arrivés du Moyen-Orient
Le 2 novembre, la Ville a pris en charge quatre personnes, d’origine irakienne. Trois hommes et une femme, âgés de 25-30 ans, exerçant des professions diverses : informaticien, professeur de mathématiques ou encore mécanicien. Venues d’Allemagne, elles ont été prises en charge dans un premier temps en région parisienne. Selon la préfecture, ce sont les premiers réfugiés arrivés à Strasbourg dans le cadre de relocalisation des 30 000.
Un couple les a rejoints lundi 16 novembre. Ils sont logés et pris en charge par Adoma, l’une des cinq associations de logement chargées par la préfecture de gérer l’accueil des réfugiés et demandeurs d’asile. Ces opérateurs sont les seuls habilités à recevoir des moyens financiers du gouvernement : selon la préfecture, le budget prévoit une enveloppe globale de 1 500 euros par réfugié pour le logement et 330 euros supplémentaires pour l’aide à l’installation.
Environ 35 logements répertoriés
Suite à l’appel lancé le 12 septembre par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à tous les maires de France pour leur demander de répertorier les logements disponibles, la Ville de Strasbourg a mené son enquête. Jean-Luc Jaeg dresse le bilan :
« Actuellement on a 35 logements que la Ville de Strasbourg a fait remonter. Ils sont déjà disponibles ou seront libérés avant le 31 décembre. Ils appartiennent à la Ville de Strasbourg ou aux bailleurs sociaux. Les communes environnantes ont également été sollicitées. Sur une dizaine de commune, on peut ajouter environ 15 logements. »
La taille de ces logements varie de la simple chambre à l’appartement familial. D’autres ont été répertoriés par la Ville de Strasbourg dans le privé comme le public pour être débloqués si nécessaires. Selon Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire (EELV) chargée de la solidarité, une centaine de places feraient ainsi partie du contingent. L’adjointe au maire se veut rassurante :
« On n’est pas comme en Allemagne. On a le temps d’accueillir les réfugiés, de les répartir. Au pire, il y a l’hôtel mais cela reste une solution de secours, à éviter pour ne pas entraver le marché immobilier et touristique. »
À la mairie, on passe le relais
Le 9 septembre, le maire Roland Ries (PS) avait annoncé que Strasbourg rejoignait le réseau des villes solidaires et s’engageait à accueillir les réfugiés rapidement. Depuis, un numéro vert a été mis en place par la mairie. En deux mois, il a récolté plus de 2 000 appels. À la question de savoir si les réfugiés sont déjà arrivés, le standard répond qu’il n’a pas de nouvelles mais prend volontiers toutes les propositions :
« Vous pouvez donner des vêtements, des chaussures, du petit mobilier ou des affaires de puériculture. Les affaires ne sont pas stockées à la mairie mais données aux associations partenaires qui les redistribuent ensuite. »
Car pour Marie-Dominique Dreyssé, l’accueil des réfugiés repose en grande partie sur le tissu bénévole et associatif de Strasbourg :
« L’Alsace est une région habituée à accueillir. Les Alsaciens eux aussi ont été réfugiés au moment de la guerre. Et puis, la présence des institutions européennes influence. Il y a beaucoup d’associations à Strasbourg et différentes religions s’entrecroisent. Tout cela joue un rôle. »
Des réunions, pour information
Les images liées à l’actualité ont aussi incité de nombreux Alsaciens à donner. La photo du petit Aylan, retrouvé mort sur une plage turque alors que lui et sa famille tentaient de rejoindre l’Europe, a fait le tour du monde et réveillé les consciences. C’est sur cet élan de générosité que les élus comptent désormais.
Depuis l’annonce du maire, deux réunions se sont tenues pour mettre en relation les bénévoles et les associations. La troisième, qui devait avoir lieu mi-novembre, a été annulée faute d’accord sur l’horaire. Leur but : canaliser les bonnes volontés et informer. Aucun moyen matériel et financier n’est toutefois prévu par la municipalité ou la préfecture, comme le précise Jean-Luc Jaeg :
« On est dans le cadre de la mobilisation citoyenne, pour ce qui concerne les dons matériels, l’aide ou l’accompagnement. Aucune aide aux associations ou aux particuliers n’est prévue car nous avons assez de logements et encore peu d’arrivées à gérer. »
Sur le terrain, aucune nouvelle des réfugiés
Contactées par téléphone, les associations, elles, n’ont pas entendu parler de l’arrivée des réfugiés. Sur les deux réunions, Germain Mignot, responsable de l’une des permanences d’accueil de l’association Caritas, n’a assisté qu’à la première :
« Les gens étaient assez mécontents car ils ont envie d’aider mais la mairie se contente de les envoyer vers des associations qu’ils pourraient trouver par eux-mêmes sur Internet. En dehors de ces réunions, aucune aide concrète ou financière n’a encore été versée et nous ne savons pas si les réfugiés sont déjà arrivés. »
Même constat pour Nazih Kussaibi, le président de l’association Alsace-Syrie. Il n’a pas attendu l’annonce de la mairie pour venir en aide à la communauté syrienne :
« Ici, on a de nouvelles personnes qui frappent à la porte toutes les semaines. Elles fuient les conflits en Syrie. Nous essayons de les loger avec notre propre circuit. Bien sûr, on a fait une réunion à la mairie au début mais il n’y a pas eu de suite sur le terrain. »
Aucune suite concrète mais de nombreuses propositions d’aide émanant des citoyens. Ces propositions concernent les dons mais aussi le bénévolat. Caritas a reçu beaucoup de bénévoles et n’a pour le moment refusé personne. Suite à l’annonce du gouvernement, aucune action supplémentaire n’a été mise en place mais l’association a continué ses missions habituelles : service de domiciliation postale, cours de français, accompagnement scolaire, vacances pour les plus démunis, accueil, écoute et aide aux démarches administratives. Ces actions s’adressent à toutes les personnes vivant dans la précarité. Parmi elles, 49% sont des migrants.
Les réfugiés… et tous les autres
L’urgence ne concerne pas seulement les réfugiés, mais également les migrants, venus en France à la recherche d’un travail, pour étudier ou demander l’asile. Depuis janvier 2015, près de 1500 migrants ont enregistré une demande d’asile dans le Bas-Rhin, un chiffre stable selon le collectif Casas, par rapport aux années précédentes.
En attendant que leur dossier soit traité, certains sont hébergés dans un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada). Selon l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), l’Alsace compte 14 Cadas et 12 centres d’hébergement d’urgence (Huda). Mais les places sont rares et beaucoup se retrouvent à la rue ou sans domicile fixe.
Contrairement à l’Allemagne, les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler. Ils touchent des allocations dont le montant a été diminué suite à une réforme de l’asile votée cet été. Ils ne recevront plus que 6,80 euros par jour au lieu des 11,45 euros prévus jusqu’à présent. Un supplément de 4,20 euros est accordé pour les familles, comme le confirme Leandro Montello, le directeur territorial de l’Ofii :
« Le changement est effectif pour les nouveaux demandeurs d’asile enregistrés depuis le 2 novembre 2015 et pour les demandeurs d’asile hébergés en Cada. Les premiers versements interviendront fin novembre. »
La réforme prévoit aussi de réduire le délai de traitement de la demande, qui s’étale souvent sur deux ans. Selon Eurostat, sur les 62 735 demandes d’asile déposées en France l’année dernière, 20 640 seulement ont été validées par l’Ofpra, soit environ une sur trois.
« Il n’y a pas de mauvais migrants »
Les migrants dont la demande est refusée se retrouvent souvent confrontés à une situation d’extrême précarité, comme ceux pris en charge par la Cimade qui gère en grande partie des migrants déboutés d’asile. Chaque année, près de 8 000 personnes sollicitent son aide. Parmi elles, seules 1 200 sont accompagnées. Avec deux salariés, deux stagiaires et une cinquantaine de bénévoles, l’association ne peut traiter toutes les demandes, comme l’explique Françoise Poujoulet, déléguée nationale de la Cimade sur le secteur Alsace-Lorraine :
« Les autres personnes se débrouillent par leurs propres moyens, sont réorientées ou laissées car ce sont des personnes pour qui on ne peut rien faire pour le moment. Avec la réforme de l’asile, la procédure ne sera pas forcément mieux adaptée. Généralement en France, quand on simplifie les choses, ça devient encore plus compliqué. »
Depuis le début des annonces concernant l’accueil des réfugiés, l’association met en garde contre le risque d’opposition des populations. Pour Françoise Poujoulet, il n’existe pas de mauvaises raisons de migrer :
« On ne peut pas dire qu’il y a de bons réfugiés, qui sont partis pour fuir un pays en guerre, et des mauvais migrants qui ont quitté leur pays pour des raisons économiques ou climatiques. Fuir devant la famine est tout aussi légitime que devant la guerre. »
Il existe autant de sujets que de manières de les présenter. La difficulté est de trouver le bon format et d’oser aborder les thèmes qu’on ne maîtrise pas.
Le marché de Noël de Strasbourg est maintenu sous haute surveillance (dessin Laurent Salles)
Après discussions entre la Ville de Strasbourg et la Préfecture, le marché de Noël de Strasbourg est maintenu. Les conditions de sécurités sont renforcées. Les nouveautés sont annulées, comme le marché de l’économie sociale et solidaire ou la crèche humaine. Il y aura aussi moins de chalet et des interdictions de circulation.
L’une des photos de l’exposition « Iron heroes », visite dans la galerie Apollonia (station Robertsau-Boecklin) jusqu’au 22 novembre (Crédit F. Zvardon)
Portraits d’Alsaciens en costume, paysages du vignoble, vues aériennes de Strasbourg… Frantisek Zvardon, artiste originaire de République Tchèque, photographie la région sous tous les angles depuis 30 ans. En Alsace, son travail est connu et bien rémunéré. Pourtant, difficile de « passer les Vosges ». Interview.
Rue89 Strasbourg : Vous avez fui la Tchécoslovaquie il y a 30 ans. Pourquoi avoir choisi Strasbourg ?
Frantisek Zvardon : « J’ai quitté l’actuelle République Tchèque en 1985, pour des raisons politiques. A l’époque, le pays était désespérément enchaîné au pouvoir communiste russe. Personne ne pensait alors que ça pourrait changer. Quatre-vingt mille intellectuels quittaient le pays chaque année depuis les années 1970. Au moment de la Révolution de velours, ne restaient là que ceux à qui la situation convenaient, des ouvriers, des employés… Quant à moi, la France me plaisait, par son histoire, son ouverture et ses valeurs. Et puis l’Alsace ressemblait un peu à ma région, la Moravie, et j’avais quelques contacts à Strasbourg.
Frantisek Zvardon, chez lui à Ittenheim – Novembre 2015 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Plus jeune, j’ai fait une école d’art d’assez haut niveau, à Brno. On nous y apprenait à regarder le monde, à comprendre les comportements humains évoluant dans une société – un apprentissage philosophique que technique. On travaillait en noir et blanc, il fallait que nos photos aient un sens. Pas artistique ou très personnel : un intérêt pour le plus grand nombre. Cette école m’a appris à essayer de résoudre quelque chose, à m’adresser à des gens.
« Besoin de voyager pour porter un regard sur le monde »
En tant que jeune photographe, j’ai commencé à travailler sur la bataille d’Austerlitz, gagnée par Napoléon en Moravie. Mais je me sentais limité à l’intérieur des frontières de mon pays et c’était extrêmement difficile d’aller à l’étranger, même en Pologne. J’avais besoin de voyager pour porter un regard plus global sur le monde. Petit à petit, j’ai commencé à être publié en Allemagne, puis j’ai reçu un prix à Vancouver – où je n’ai pas pu me rendre.
Dans mon pays, ce travail publié à l’étranger a commencé à se voir, à devenir suspect. J’ai été convoqué au commissariat, la police contrôlait de plus en plus souvent mes négatifs, presque tous les 15 jours. J’étais censuré si on voyait un enfant pleurer sur une photo après la mort de son chien… J’en ai eu ras-le-bol. Je me suis dit que si je voulais vivre de la photo, il fallait que j’aille m’installer dans un pays où j’avais la possibilité de m’exprimer, de montrer la réalité, cette vie plus riche que nos rêves…
Au Népal – 1995 (Crédit F. Zvardon)
Je suis parti avec ma femme et mon fils, on a nagé, marché, sans rien emporter, même pas un appareil photo. Quand on est arrivé à Strasbourg, on a été installés dans un appartement dans un immeuble réservé aux réfugiés, à la Robertsau. Pendant deux ans, j’ai appris la langue et j’ai travaillé quelques mois dans une usine. Mais j’étais un mauvais ouvrier, pas aussi productif que les autres – qui parlaient alsacien, ce qui ne m’a pas aidé à apprendre le français ! »
Déraciné, sans argent, comment avez-vous réussi à percer en tant que photographe ?
« Après l’usine, quand je me suis retrouvé au chômage, j’ai pris un peu de temps, acheté un appareil photo – un Linhof – avec une chambre 9×12 centimètres et des gros films que les photographes français n’utilisaient déjà plus. Le fait d’utiliser ce type d’appareil, qui permettait de sortir des grandes diapos à la qualité exceptionnelle, m’a permis de me démarquer quand j’ai commencé à démarcher les agences.
J’ai d’abord fait de l’illustration et quelques publicités pour des magazines. Et puis, par hasard, j’ai rencontré les frères Moock, Bruno et Patrick, qui venaient de monter « Mise au green », leur marque de vêtements. Je leur ai proposé de faire un tour d’Europe avec leur vache en carton, que j’ai placée dans des situations un peu drôles, sur la place Saint-Marc à Venise, sur le passage de la reine d’Angleterre à Londres…
Le livre que j’en ai tiré [Vache, 1992], qui racontait l’histoire de la marque, m’a fait connaître auprès d’un gros organisme laitier, pour qui j’ai fait un travail artistique autour de la consommation de lait aux États-Unis et au Canada. Ce travail a donné lieu à un livre en 1994, Les routes du lait, co-signé par plusieurs photographes, dont Raymond Depardon, et à une exposition qui a pas mal circulé en Europe. Ce travail m’a ouvert d’autres portes à Paris. J’ai travaillé pour une société suédoise de fabrication de papier, pour qui j’ai photographié des produits dans divers paysages pour des catalogues, des calendriers…
La vache en carton de la marque Mise au green baladée en Europe au début des années 1990 – Ici à Paris (Crédit F. Zvardon)La vache de « Mise au green » en Egypte (Crédit F. Zvardon)
Et puis j’ai rencontré Christian Riehl, fondateur en 1987 des éditions du Signe, spécialisé dans le domaine religieux. Pour lui, j’ai d’abord sillonné les couvents Dominicains en Europe, rencontré des moines très cultivés, qui m’ont beaucoup appris. A la fin des années 1990, on s’est ensuite lancé ensemble dans un grand projet, l’édition d’une Bible illustrée. Quatre volumes étaient initialement programmés, 18 ont finalement été édités, traduits en cinq langues et distribués dans 52 pays ! Pour cette Bible 2000, j’ai pris plus de 300 000 photos dans le monde entier. »
Depuis quinze ans donc, on peut dire que vous êtes un photographe « installé » régionalement ?
« C’est vrai. Depuis 15 ans, je publie à peu près un livre par an, dont beaucoup sur l’Alsace. Je pars, je reviens, j’essaie d’être toujours étonné par ce que je vois. J’ai besoin de partir loin pour me renouveler ici, en Alsace, où j’ai trouvé ma place. Même si une position n’est jamais acquise dans l’édition, je sens depuis quelques années une espèce de reconnaissance, surtout en Alsace. Dans la région, quand je vais dans une entreprise ou dans un village pour faire des photos, il y a toujours quelqu’un qui me connaît, qui dit posséder l’un de mes livres…
« Les Alsaciens » – 2009 (Crédit F. Zvardon)« Les Alsaciens » – 2009 (Crédit F. Zvardon)
« Je peux me permettre de poser mes règles »
Il faut avouer que quand on travaille en Alsace, la notoriété ne traverse que très difficilement les Vosges. Cela ne me gêne pas, au contraire, parce qu’à mon avis notre région est suffisamment riche pour y vivre de la photo. Dix, vingt photographes peuvent facilement se partager ce marché. Moi, je propose généralement à mon éditeur ou à plusieurs maisons d’édition la moitié d’un livre ou un livre entièrement réalisé. Je travaille rarement à la commande. Souvent, comme je sais quel format et quelles photos je souhaite montrer, je sais à qui m’adresser – le plus souvent au Signe ou à la Nuée Bleue. Comme les éditeurs savent que le livre se vendra – on est toujours, au minimum, rentrés dans nos frais, je peux me permettre de poser mes règles. »
Qu’est-ce qu’un livre qui rapporte de l’argent ?
« Un auteur gagne généralement 10 à 15% du prix de vente d’un livre. Mes livres à moi se vendent entre 3000 et 30 000 exemplaires. Le gâteau est généralement rentable pour le libraire, la maison d’édition et l’auteur. Une confiance s’est installée aujourd’hui : chacun sait qu’il sera au moins remboursé avec l’un de mes livres.
Château du Haut-Kœnigsbourg (Crédit F. Zvardon)Château de Saint-Ulrich – Haut-Rhin (Crédit F. Zvardon)Paysages d’Alsace (Crédit F. Zvardon)
« Pour une photo de château, je me lève parfois 20 fois à 4 heures du matin »
Et on en revient à mon école. Quand je propose quelque chose, je fais en sorte que ça intéresse des gens et que ce soit parfait. Je passe un temps démesuré sur chaque photo. Si je calcule le temps passé pour chacune, mon travail n’est pas rentable… Beaucoup de photographes pensent qu’en allant trois fois dans les Vosges, ils vont pouvoir faire un livre. C’est faux. Pour photographier un château, je me lève parfois 20 fois à 4 heures du matin pour être à l’aube à 60 kilomètres de chez moi, avoir la bonne lumière, la bonne météo, la brume, les vaches dans le pré… Il faut que la personne qui regarde la photo ait l’impression qu’elle découvre le paysage en direct, qu’elle éprouve le même plaisir que moi. Chaque photo est étudiée précisément à l’avance. Les heures de travail sont incalculables.
Et puis, il y a les livres qui demande 4 ou 5 heures d’hélico – le livre sur Strasbourg vu du ciel, édité à l’occasion du sommet de l’Otan – et ceux qui nécessitent des mois et des années de voyage, sur l’Ethiopie [Surma, 2006 ; Instants éternels, 2011] ou les aurores boréales. »
« Surma » (Crédit F. Zvardon)« Surma » (Crédit F. Zvardon)
Est-ce qu’un photographe peut devenir riche ?
« Pour devenir riche, comme Yann Arthus-Bertrand par exemple, il faut habiter à Paris. La France est très centralisée, alors quand on fait un truc à Paris, on a vite 40 publications dans la presse. En Alsace, on a un article dans les DNA ou un reportage à la télé régionale – c’est une question d’échelle ! On est dans un petit monde, mais ça ne me dérange pas du tout. Ici aussi, on fait des photos aériennes, des livres qui plaisent, c’est juste un choix de marché. Pour distribuer Aurora borealis (Editions du Signe, 2015) au niveau national, il faudrait une autre puissance médiatique. Mais finalement, même avec 3 000 exemplaires en Alsace, on s’y retrouve. Et on compense avec d’autres livres.
« Aurora borealis » (Crédit F. Zvardon)
Cela ne m’intéresse pas de forcer les choses. Les photographes sont très nombreux à Paris et pas forcément bien payés. Ici, une mission photo pour une entreprise peut être payée 3 500€. A Paris, où le marché est saturé, certains collègues doivent se contenter de beaucoup moins pour le même travail. En Alsace, les photographes savent qu’ils ne deviendront pas célèbres. Mais les gens aiment leur région et achètent volontiers des livres qui en parlent. Pour réussir, il faut avoir des idées et mener des projets jusqu’au bout… »
Certains jugent votre travail trop « commercial ». Jalousie ?
« Oui, j’ai parfois ce genre de retours… Des personnes pensent que je vis de commandes. Mais c’est faux, je provoque les choses. Quand j’ai une idée, je la concrétise le plus rapidement possible. Parfois, les jeunes photographes pensent que le succès vient comme ça, qu’il suffit de publier un livre personnel, artistique. Or, souvent, ils n’ont pas assez d’expérience pour publier quelque chose de philosophique. Ce que certains jugent comme étant des livres « commerciaux », moi je les appelle des livres « utiles ».
Ce n’est qu’après des années à faire des photos pour les gens qu’on peut commencer à engager un travail personnel… Il faut plus de modestie, d’abord prouver qu’on peut satisfaire un public, avant d’avoir une clientèle, des admirateurs qui vous suivent ; ça doit venir naturellement.
Place de l’Homme-de-Fer (Crédit F. Zvardon)La Petite France sous la neige (Crédit F. Zvardon)
Il y a 30 ans, je suis arrivé en France avec rien, ni amis, ni argent. J’avais juste mes idées, mes pensées. Je me suis concentré sur ce que j’avais, sans chercher à changer ce sur quoi je n’avais pas de prise. Aujourd’hui, j’ai une vie extrêmement riche. Pour moi, ça a fonctionné. Je ne vis pas pour l’argent ; l’argent m’a servi à voyager toute ma vie. J’ai plusieurs projets de livres, dont un en noir et blanc, plus autobiographique, sur le monde tel que je le vois. Et puis, je suis perfectionniste, alors je rêve encore d’un livre sur les paysages alsaciens… »
Le marché de Noël place Broglie est maintenu (Photo François Schnell / FlickR / cc)
Le Marché de Noël de Strasbourg est maintenu pendant le mois de décembre. Mais les nouveautés 2015, comme la crèche vivante et le marché « off » de l’économie solidaire, sont annulés. Le nombre de chalets a été revu à la baisse et des restrictions de circulation vont s’appliquer.
Depuis les attentats de Paris vendredi et la prolongation de l’état d’urgence en France, les préfets peuvent interdire ou annuler « à titre général ou particulier, les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre ». Le gouvernement a ainsi interdit la marche pour le climat prévue le 29 novembre à Paris et à Lyon, la Fête des lumières a été réduite à une seule soirée, le 8 décembre.
Annulation des nouveautés 2015
À Strasbourg, le maire Roland Ries (PS) et le préfet Stéphane Fratacci ont opté pour une voie médiane : maintenir un marché de Noël à Strasbourg, mais dans une version plus réduite. Annuler le Marché de Noël aurait envoyé un très mauvais signal, les dernières annulations remontent aux guerres mondiales.
De plus, il aurait fallu interdire par cohérence tout rassemblement public et toute manifestation à forte audience, comme les matchs du Racing club de Strasbourg ou de la SIG. Mais pour le maire Roland Ries, « la décision a été très difficile à prendre. »
Il a donc été décidé de limiter les risques au maximum et de ne pas en ajouter de nouveaux. Ainsi, toutes les nouveautés 2015 sont supprimées, dont la crèche vivante place du Château et le marché « off » de l’économie solidaire place Hans Arp.
Pour améliorer la circulation, de nouveaux axes latéraux sont prévus place Broglie (trois au lieu de un les années précédentes). L’arche au début de la place ne sera pas installée et une dizaine de chalets sont supprimés place Cathédrale pour faire plus de place et améliorer la circulation des personnes. L’accès à la plate-forme de la Cathédrale sera interdit.
Pas de manifestation à destination des enfants
L’ensemble des manifestations à destination des enfants sont annulées : le village des enfants place Saint-Thomas, la caravane des contes et la rencontre avec Saint-Nicolas place du Château. Tous les rendez-vous habituels place Kléber, le marché et les bouquinistes, ne pourront pas s’installer les samedis et les dimanches.
La cérémonie d’ouverture du 28 novembre aura bien lieu, avec le ministre de l’Intérieur, mais dans une forme plus sobre. En revanche, le Marché de Noël se terminera au soir du 24 décembre et non pas à la fin du mois de décembre.
De nombreuses restrictions liées à la sécurité
Il y aura des restrictions de circulation dans la grande île de Strasbourg. Les véhicules ne pourront pas accéder aux rues les plus proches des marchés et il n’y aura aucun stationnement possible. Un contrôle plus strict des livraisons sera également mis en place.
Des points de filtrage seront mis en place aux accès du Marché de Noël, les sacs seront fouillés. Des patrouilles mobiles pourront également procéder à des fouilles supplémentaires et les autorités demandent aux Strasbourgeois et aux visiteurs de bien vouloir se prêter à ces mesures de sécurité, qui risquent de se répéter.
Stations de tramway non desservies le week-end
Le tramway ne marquera pas d’arrêt aux stations Homme de fer et Broglie, les week-ends aux heures d’ouverture du Marché de Noël, soit de 11h à 20h.
Le personnel dédié au dispositif de vidéo-surveillance sera entièrement mobilisé. Des renforts « significatifs » de forces de l’ordre sont prévus pour assurer la sécurité du Marché de Noël : forces mobiles et militaires du dispositif Sentinelle. Certains commerces et grandes enseignes devront également avoir recours à des vigiles et à des agents de sécurité supplémentaires.
Pas de menace identifiée
À ce jour, il n’y a pas de menace identifiée par les services de sécurité contre le Marché de Noël de Strasbourg. Mais le préfet se réserve la possibilité de suspendre ou annuler la manifestation, en fonction de l’évolution de la situation. Les maires de Colmar, Gilbert Meyer (LR), et Mulhouse, Jean Rottner (LR), ont eux choisi de maintenir leurs marchés de Noël, jugeant leurs dispositifs de sécurité suffisamment adaptés.
Le conseil municipal de Strasbourg en octobre 2015 (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
En direct. – Reporté pour respecter le deuil national lundi, cet avant-dernier conseil municipal de l’année sera largement consacré au débat d’orientations budgétaires (DOB), pour préparer le budget de 2016, qui sera voté en décembre. Trois scénarios sont à l’ordre du jour et les deux plus crédibles prévoient une hausse de 2,5% des impôts locaux.
Le maire de Strasbourg et ses adjoints ont peu apprécié le report de la réforme de la dotation générale de fonctionnement (DGF). Selon les élus, le nouveau mode de calcul aurait été plus favorable à Strasbourg. Certes, l’argent versé par l’État pour le fonctionnement de la collectivité aurait continué de diminuer (-6,98 millions d’euros sur un total de 45,2 millions pour 2016), mais dans une moindre mesure et de l’ordre de plusieurs millions d’euros quand même.
Hélas pour la Ville, une mobilisation des maires défavorisés par la réforme et des projections tardives du ministère du Budget ont repoussé sa mise en place à un horizon encore inconnu. Le budget de fonctionnement s’établit donc à 337,8 millions d’euros.
C’est dans cette incertitude que l’exécutif présente trois scénarios de budget pour 2016 au conseil municipal. Tous trois obéissent au cadre du mandat 2014-2020, à savoir une diminution des dépenses de fonctionnement de l’ordre de 3% pour 2016, ce qui implique une stabilisation des dépenses de personnel (soit environ 800 postes non-remplacés, 10% des effectifs d’ici 2020), des subventions stables et une hausse des rentrées d’argent (prix des prestations, ventes immobilières, etc…).
Après avoir culminé en 2009, les dotations de l’État reviendront au niveau de 2000 dès 2016
Débattre entre trois hypothèses
Dans ces conditions, les élus débattront de trois hypothèses pour 2016 :
Aucune hausse d’impôts
Une hausse des trois impôts locaux de 2,5%
Une hausse des trois impôts locaux de 2,5% et la recherche de 5 millions d’euros de ressources pérennes supplémentaires
D’après les documents de présentation de la collectivité, le premier scénario parait peu probable, car il porterait la capacité de désendettement de la Ville à 17 ans dès 2018, là où la limite jugée raisonnable – bien que débattue – est souvent de 10 ans. La recherche de 5 millions de rentrées supplémentaires pourrait être évitée si la réforme de la DGF intervient tout de même en 2016.
Ces options prévoient toutes un niveau d’investissement de 350 millions d’euros entre 2016 et 2020 (87,5 millions d’euros par an en moyenne). Une baisse après les hauts standards de 2013 et 2014 (129 et 214 millions d’euros), liés à des dépenses de fin de mandat. Un total qui pourrait être diminué à 300 millions à l’avenir, selon l’évolution de la situation, mais qui laisserait plus de marges budgétaires à moyen terme.
Revers de ces investissements financés en majorité par des emprunts encore remboursés aujourd’hui, la dette passe à 247 millions d’euros, plus du double de 2013. Mais Strasbourg et l’Eurométropole demeurent 11e au classement des collectivités les moins endettées de France (1 805 euros par habitant), « soit dans les 20% les mieux loties » commente l’adjoint au maire en charge des Finances Olivier Bitz (PS).
Le maire Roland Ries (PS) rappelle que l’opposition est libre de proposer un quatrième scénario. Les élus de la droite et du centre ont justement regretté d’avoir des documents moins complets que les années précédentes, notamment sur le détail des recettes et des dépenses. Voilà qui promet un débat animé. Le budget sera, lui, présenté et voté en décembre.
Parmi les autres thèmes abordés dans le copieux ordre du jour (56 points), la modification du plan d’occupation plans des sols (POS), qui n’a pas reçu de réserves lors de l’enquête publique, la convention de réalisation du Grand contournement Ouest de Strasbourg (GCO) par Vinci, la mise à disposition de terrains pour des jardins partagés dans le Parc naturel urbain de Koenigshoffen ou encore le cas de l’argent versé aux Vitrines de Strasbourg pour les illuminations de Noël.
Une vue aérienne de l’accident (Photo F3 Alsace / Twitter)
Les résultats de l’enquête interne de la SNCF ont été communiqués ce jeudi : l’accident du TGV d’essai à Eckwersheim provient bien d’une vitesse excessive au moment d’aborder le virage. Le rapport technique exclut toute autre défaillance.
La rame d’essai du TGV a abordé le virage d’Eckwersheim au nord de Strasbourg samedi un peu après 15h à 265 km/h alors qu’il était prévu qu’elle roule à cet endroit à 176 km/h. Cette constatation a été tirée des enregistreurs (boites noires) et des appareils de mesure présents dans le train par la SNCF dans le cadre de son « enquête immédiate » et communiquée jeudi midi lors d’une conférence de presse à Paris.
Le TGV d’essai en provenance de Meuse-TGV a amorcé sa décélération un kilomètre trop tard à l’approche de Strasbourg. Il évoluait encore à 243 km/h au moment où la motrice a quitté les rails, juste avant le pont qui enjambe le canal de la Marne au Rhin. La motrice a alors percuté le pont, ce qui l’a cassée en deux mais n’a que légèrement blessé les occupants. Le train s’est alors déporté sur la gauche, a basculé et s’est disloqué. C’est lorsque l’avant-dernier wagon a percuté à son tour le pont que la majorité des victimes a trouvé la mort.
Sept personnes dans la cabine
Onze personnes sont décédées lors de cet accident, dont le directeur de la LGV-Est et le directeur des essais de la SNCF. Selon les conclusions des experts de la SNCF, c’est bien la vitesse excessive à l’approche de la courbe qui a fait dérailler le train. Les enquêteurs du transporteur excluent toute autre possibilité car ils n’ont pas relevé d’anomalie dans les infrastructures, ni dans la rame TGV ni dans la gestion du trafic sur cette voie encore fermée à la circulation. La rame accidentée effectuait le dernier voyage de validation de la seconde phase de la ligne à grande vitesse Est.
Elle contenait 53 personnes à bord, des techniciens de la SNCF ou affiliés mais aussi des accompagnants, proches des familles des agents mais qui n’étaient pas liés au protocole de test. L’accident a fait en outre 42 blessés. Seize personnes sont encore hospitalisées à Strasbourg, dont deux en réanimation.
L’enquête a également mis en évidence que sept personnes étaient présentes dans la cabine au moment de l’accident. Il reste à établir si l’attention du conducteur ou sa vigilance a pu être perturbée par ces personnes. Sur les causes de la vitesse excessive, le parquet de Strasbourg n’indique aucune hypothèse.
Le président de la SNCF, Guillaume Pépy, a détaillé une série de mesures pour éviter qu’un tel accident ne se reproduise. Il a rappelé que cette vitesse excessive avait été rendue possible car les protocoles de test désactivent une série de systèmes de sécurité qui sont en vigueur sur les trajets en exploitation commerciale. Quant à la date de livraison de la seconde phase de la LGV Est, Guillaume Pépy a indiqué qu’il fallait « se préparer » à un report de la date d’avril 2016, initialement prévue. La SNCF n’est pas en mesure à l’heure actuelle de fournir une nouvelle date.
Dans l’après-midi, procureur de la République adjoint de Strasbourg, Alexandre Chevrier, a indiqué se déssaisir du dossier au profit du parquet de Paris, en raison du grand nombre de victimes et de la complexité du dossier. La suite de l’enquête sera confiée à deux magistrats instructeurs du pôle des accidents collectifs et à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN).
Ils devront établir, outre l’enchaînement des faits, l’expertise des freins, boîtiers de vitesses, données, la raison de la présence de chacune personnes à bord, leur emplacement au moment de l’accident et la chaîne de responsabilités.
(Mis à jour à 15h30 pour inclure les éléments des parquets de Paris et Strasbourg)
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d'abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Strasbourg Capitale de Noël (Photo K Raw / FlickR / cc)
Alors que le conseil municipal de Strasbourg doit renouveler sa subvention à l’association des Vitrines de Strasbourg pour les Illuminations de Noël, Rue89 Strasbourg a consulté les comptes de l’opération pour les années passées. Résultat : sur 300 000€ d’argent public, 100 000 servent au fonctionnement de l’association des commerçants.
La Ville est-elle trop généreuse avec l’association des commerçants de Strasbourg pour les Illuminations de Noël ? Les Vitrines de Strasbourg doivent donner le 27 novembre le coup d’envoi de l’opération 2015. Arche de la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, arbre bleu et son ours géant de la place Gutenberg, pluie d’étoiles à l’entrée du centre commercial Rivétoile… Chaque année, c’est elles qui s’occupent d’organiser la mise en lumière des rues commerçantes pour la période du marché de Noël, grâce à la créativité du directeur de l’association, Pierre Bardet.
Par tradition, Strasbourg est la seule ville en France où ce sont les commerçants qui se chargent des illuminations de Noël et non la collectivité, à l’exception de la place Kléber et de son grand sapin et de la place de la gare. Pour autant, la Ville estime que cette action est une contribution majeure à la réussite du Marché de Noël qui attire 2 millions de visiteurs par an.
Elle soutient donc l’opération en versant chaque année une subvention à l’association des Vitrines de Strasbourg, coordinatrice de l’opération, 300 000 euros l’an passé. Mais avant le vote en conseil municipal de la subvention 2015, les questions s’accumulent sur le coût effectif de la manifestation et l’emploi de ces fonds publics.
Les Illuminations, l’activité phare des Vitrines
L’association des Vitrines de Strasbourg pèse plus de 870 000 euros de recettes d’exploitation en 2015. Avec plus de 700 commerçants adhérents, d’après son directeur, c’est l’une des plus grosses associations de commerçants en France. Les Vitrines s’engagent dans la défense des commerçants et leur offre des services comme le ramassage des cartons, des orientations juridiques, etc.
Mais surtout, elle organise de grandes animations commerciales : la grande braderie en juillet, la fête des vendanges à l’automne et les Illuminations en fin d’année. Avec un budget de plus de 550 000 euros l’an dernier, l’animation de Noël concentre néanmoins plus de 60% du budget global de l’association.
Le partenariat entre la Ville et les Vitrines pour les Illuminations ne fait l’objet d’aucune délégation de service public ni d’appel d’offre, pas plus que le choix des opérateurs par l’association. Il est régi par une simple convention renouvelée chaque année. Dans les faits, la Ville a eu bien du mal à contrôler l’application de ce contrat. La règle est simple, la Ville verse d’abord 90% de sa subvention à l’association puis les 10% restants après contrôle des comptes de l’opération.
Pour les Noël 2013 et 2014, ces comptes n’ont pas convaincu les services de la Ville qui a bloqué ces versements complémentaires. Après des années d’approximation, la Ville a exigé que l’association produise les comptes d’exploitation de l’opération. En juillet 2015, elle se les est enfin procurés pour les Noël 2013 et 2014. Rue89 Strasbourg a pu consulter ces documents, ainsi que le bilan financier de l’association. Et à les regarder de plus près, on est allés de surprises en surprises.
Extrait du document transmis par les Vitrines à la Ville de Strasbourg – Compte d’exploitation pour l’année comptable 2014-2015. Les frais affectés à la manifestation Illuminations sont présentés hors TVA de 20 % (doc Rue89 Strasbourg)
Le budget des Illuminations gonflé pour les élus
Première surprise, pour convaincre la Ville, les Vitrines communiquent sur un budget supérieur à leurs dépenses réelles. Pour décider de sa subvention aux Illuminations 2014, la Ville s’appuyait lors du conseil municipal de décembre 2014 sur un budget prévisionnel estimé par l’association des Vitrines à plus de 710 000 euros. Pourtant, dans le compte d’exploitation qu’elle a depuis fourni à la Ville, l’association ne justifie que de 550 000 euros de dépenses, TVA incluse.
Pour justifier cet écart, Pierre Bardet renvoie aux factures des installations traitées en gestion directe par les commerçants et qui n’entrent donc pas dans le compte d’exploitation de l’association. Mais même en ajoutant ces factures aux 550 000 euros de budget associatif de l’opération, il reste pour 2014 une différence de plus 112 000 euros. Pour l’opération 2015, l’association continue d’avancer un budget prévisionnel à 718 000 euros.
Strasbourg capitale de Noël. (Photo Sylvain Nawrocki/Flickr/cc)
Des commerçants refusent de payer
Dans quelle mesure les commerçants profitent-ils de la participation municipale ? En théorie, les Vitrines se chargent de coordonner l’organisation des illuminations et de répartir la subvention municipale entre les commerçants. Pour ce faire, les Vitrines peuvent procéder de deux façons : les commerçants peuvent traiter eux-mêmes avec l’électricien de leur choix, et les Vitrines leur reversent un pourcentage de leurs dépenses.
Mais la plupart du temps, les Vitrines offrent le service clé en mains aux commerçants et le leur facturent après déduction de la part de subvention qui leur revient. Dans ce deuxième cas de figure, difficile pour les commerçants d’avoir une idée claire du soutien public dont ils profitent. D’après Pierre Bardet, il existe une clé de répartition fixe de la subvention, définie avec la mairie :
« Nous aidons d’avantage les quartiers hors ellipse insulaire. Dans le centre-ville, les installations sont subventionnées à hauteur de 30% de leur coût tandis que dans les quartiers extérieurs, elles le sont à hauteur de 45%. »
Mais difficile de vérifier ces quotas dans la pratique. D’après nos informations, les proportions de subvention peuvent varier. Aucun bilan financier n’établit avec transparence le coût des illuminations d’une rue à l’autre. La méfiance et la grogne montent chez certains commerçants, qui refusent de continuer à payer.
L’éponge miraculeuse des frais de fonctionnement
Deuxième surprise, et non des moindres, l’association des Vitrines a affecté à sa discrétion en 2013 puis 2014 plus de 100 000 euros de son fonctionnement global au budget des Illuminations. Autrement dit, chaque année, le tiers de la subvention municipale part dans des frais de fonctionnement et non directement dans la mise en place de l’opération en elle-même. Les conventions financières passées entre la Ville et les Vitrines stipulent pourtant toutes :
« L’aide de la collectivité doit être exclusivement affectée aux dépenses liées directement aux activités dites “Illuminations de Noël” ».
Ces frais de fonctionnement se répartissaient en 2014 en 48 500 euros de salaires et 59 000 euros de frais de structures.
Dans ses attestations des comptes d’exploitation de l’opération, l’expert-comptable des Vitrines explique que les frais de personnel de l’association ont été affectés « sur la base d’une estimation du temps consacré par les salariés de l’association à la préparation et à la mise en oeuvre de celle-ci » et qu’une part des frais de structures de l’association a aussi été intégrée sur la base de la proportion des recettes générées par la manifestation dans les recettes globales d’activités de l’association.
Pierre Bardet, directeur salarié de l’association depuis dix ans, et auparavant président bénévole, conteste la somme de 100 000 euros de frais de fonctionnement et préfère mettre en avant l’implication de l’équipe salariée pour la manifestation :
« Nous travaillons deux ans à l’avance sur les illuminations. Une personne et demi et mobilisée toute l’année, plus des personnes en mission à temps partiel. Depuis septembre nous nous y consacrons tous à plein temps. »
Ce choix comptable permet aux Vitrines d’afficher non pas 100 000 euros de bénéfices sur la manifestation mais un déficit de plus de 7 000 euros pour Noël 2013 et du double pour Noël 2014.
12,5 smics par mois pour trois salariés
D’après nos informations, les adhésions des commerçants à l’association ne permettent pas de couvrir ses frais de fonctionnement, qui s’élevaient d’après les chiffres dont nous disposons à 353 000 euros pour la dernière année comptable, soit 40 % du budget annuel de l’association.
L’an dernier, l’association a dépensé plus du quart de son budget, 242 000 euros, en salaires. Cette somme équivaut à 12,5 smic par mois, charges incluses, pour 3 salariés à temps plein – le directeur Pierre Bardet et deux secrétaires – et quelques autres en CDD à temps partiel.
Dans son dernier compte d’exploitation de l’opération illuminations, l’association estime à 111 000 euros ses frais de structures pour une année, et en affecte 53% à l’opération de Noël.
La cité Ungemach, un emplacement de choix pour des pavillons très agréables (Photo Google Maps)
Avec l’instauration tardive du supplément de loyer de solidarité (SLS), le loyer de quelques familles des maisons de la Cité Ungemach, au Wacken, a triplé. Un changement jugé brutal, mais justifié par un renouvellement du quartier.
Entre le Parlement européen, le futur quartier d’affaires du Wacken et le Tivoli, la cité Ungemach est un cas unique en Europe. Construite en 1923 et 1928 par l’industriel et philanthrope alsacien Léon Ungemach (1844-1928), aussi élu au conseil municipal de Strasbourg depuis 1911, cette cité-jardin sur un terrain mis à disposition par la Ville, vise à donner des maisons avec jardins aux employés de son entreprise, la Société alsacienne d’alimentation.
Des spécialistes estiment aussi que ce patron voulait racheter sa conscience après avoir réalisé de grands profits en spéculant sur la nourriture lors de la Première Guerre mondiale, bien que son personnel ait toujours été bien traité. En 1950, ces logements sont donnés à la Ville de Strasbourg, qui s’occupe de la gestion des 140 pavillons à travers l’un de ses bailleurs sociaux, Habitation moderne. Le seul bâtiment non-résidentiel est la petite école maternelle au cœur des lotissements, à côté du parc de jeux. La cité est gérée via une fondation, c’est-à- dire qu’il s’agit d’une ligne à part dans le budget d’Habitation moderne et que l’argent doit y être réinjecté.
Le courrier du 12 mai
Le 12 mai 2015, une partie des habitants reçoit une lettre qui leur indique qu’à partir du 1er janvier 2016, ils devront s’acquitter du supplément de loyer de solidarité (SLS). Une disposition issue de la loi Boutin sur le logement, en vigueur depuis 2006, mais qui n’était pas appliquée sur ces logements jusqu’ici.
Ce surloyer concerne ceux dont les revenus (pondérés par le nombre d’enfants) dépassent désormais de 20% le montant qui permet de postuler à un logement social. L’argent perçu alimente un fonds national qui aide les bailleurs sociaux à réalimenter leurs fonds propres, lorsqu’ils construisent ou rénovent des logements.
Dans la Cité Ungemach, 31 familles sont concernées. Pour celles aux revenus les plus importants (environ 4 000€ par mois à deux), ce supplément se chiffre quand même à plus de 1 000€ par mois. Près du triple des 4,58€ le mètre-carré (hors charges) pour ces maisons unifamiliales à un étage de 100 à 165 m² (458 à 756€ par mois)
Un bras de l’AAr sépare la cité Ungemach des maisons luxueuses du Tivoli (photo Wilfred Helminger / Archi Wiki / CC)
Philippe Bies, député PS et conseiller municipal de Strasbourg, en qualité de président d’Habitation moderne depuis 2008, assume la décision :
« Avant mon mandat, il y avait des règles qui n’étaient pas toujours respectées. À l’occasion de renouvellement de la convention de gestion avec l’État qui date de 1997, nous nous mettons en règle. À Strasbourg, le SLS concerne 400 foyers sur 20 000 vivants dans le parc social. Les cas où l’augmentation est significative sont les familles dont les enfants ne vivent plus avec. Seules 7 familles ont déménagé à ce jour. »
Pour le président de l’association des habitants de la cité Ungemach (Ahcu), Michel Vigneron, il faut remonter la chronologie de ces dernières années pour comprendre la situation, qui a causé beaucoup de tensions et de larmes dans le quartier.
En 2013, des questionnaires sur les revenus
En septembre 2013 et 2014, des questionnaires sur la situation de chaque foyer sont envoyés. Les revenus et le nombre d’habitants sont demandés. C’est une première pour des habitants, qui vivent parfois dans le quartier depuis 1960, voire 1948. Autre nouveauté, les jardins de 6 ares sont désormais aussi loués, à 25€ par mois. À la fin de l’année, ce sont 300€ de plus qui peuvent faire la différence entre rester ou non dans le quartier. Une hausse, justifiée par la loi, peu appréciée en regard des locations d’un jardin partagé à la Ville pour 50€ l’année.
En fait, Habitation moderne s’est aperçu que les conditions d’admission dans ces logements n’étaient pas revues régulièrement. Les familles nombreuses des débuts se sont parfois transformées en un couple de retraités ou d’actifs au niveau de vie plus confortable que lors de leur arrivée.
Pour Michel Vigneron, président de l’association des habitants de la cité Ungemach, la décision a été une surprise :
« Tout le monde s’estimait chanceux de payer si peu. Mais c’est le genre de décision que l’on prépare et annonce des mois, voire des années à l’avance, avec des réunions et une information régulière. Là, on ne s’y attendait pas et cela vient de la part d’un élu que l’on n’a jamais vu dans le quartier. Six communes des Yvelines comme Trappes, Montigny, la Verrière ou encore Marne-la-Vallée (Seine Saint-Denis) ont décidé d’exonérer certains foyers de SLS pour préserver la mixité sociale. Et à Strasbourg, c’était possible dans le cadre du Plan local de l’habitat. Habitation moderne aurait aussi pu passer la Cité en parc privé et mettre des loyers à mi-chemin entre ceux actuels et ceux futurs. On accepterait de payer plus, si l’argent était ensuite redépensé dans la Cité, qui n’a jamais fait de vagues. Où va le million d’euros de loyers estimés versé tous les ans ? Nous n’avons pas la réponse, mais ce n’est pas ici. »
Des rénovations à 30 000€ par pavillon
Philippe Bies répond, qu’Habitation moderne a dépensé 30 000 euros par pavillon lors de la rénovation énergétique :
« Nous n’avons pas augmenté les loyers. Une participation est demandée le temps du prêt de 15 ans, comme le permet la loi, de 15€ pour les 2 ou 3 pièces et de 20€ pour les 4 pièces et plus, mais ces travaux se compensent largement dans la baisse des charges. C’étaient de vrais passoires énergétiques. »
En 2011/2012, les relations entre l’Ahcu, qui rassemble 100 des 140 familles du quartier, et Habitation moderne étaient encore très bonnes. Le bailleur, sur demande de l’association accepte de s’engager dans la rénovation des maisonnettes pour la cinquantaine de foyers volontaires. Une requête « par sensibilité écologique » et pour diminuer les factures de chauffage.
Autre changement, la durée des baux passe à 3 ans, là où elles se comptait en dizaines d’années avant. Surtout, Michel Vigneron et son association ne digèrent pas « le manque de considération pour leur quartier ». D’après une enquête de l’Ahcu, les familles ont dépensé à titre privé en moyenne 14 086 euros en travaux, toujours avec l’accord du bailleur social :
« Au tout début, les chambres étaient sans chauffage ou certains appartements sans toilettes. Aujourd’hui, le bailleur récupère des appartements dans un bien meilleur état, car cela a été payé par les locataires. Avec des baux courts, les occupants ne seront pas incités à engager des travaux privés. »
La place des Acacias, l’un des centre du quartier (photo Wilfred Helminger / Archi Wiki / cc)
Philippe Bies : « faites preuve de civisme »
Certains auraient même revendu tout le matériel prévu pour des travaux le lendemain de la réception de la fameuse lettre du 12 mai. Philippe Bies répond que le délai de notification était supérieur à 6 mois, donc plus favorable que dans le privé. Il ajoute que les cuisines équipées peuvent-être emmenées et que les travaux n’étaient pas toujours signalés à Habitation moderne.
Michel Vigneron a rencontré le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), qui se serait dit « sensible » à la situation, mais a renvoyé le dossier par délégation à Philippe Bies. Lors d’une demande de conciliation par lettre, Philippe Bies, a demandé aux habitants de « faire preuve de civisme ».
Michel Vigneron, démissionnaire comme l’ensemble de son association, est pessimiste sur l’équilibre futur du quartier qu’il quittera le 1er janvier :
« Les charges sont en moyenne de 260€ et la taxe d’habitation de 145€ par mois, car nous sommes dans une zone résidentielle. Ce sont 405€ par mois qui sont incompressibles. Nous payons notre eau, ce qui a surpris certains nouveaux arrivants. On ajoute le loyer et les dépenses alimentaires et on est rapidement au-dessus de 1 600€ par mois. On va se retrouver dans une situation où à la fois les plus modestes ne pourront pas payer leur loyer et où des personnes aux revenus moyens ne pourront plus y rester. La solidarité, on la vivait ici, car il y avait tous les corps de métier et que l’on s’entraidait, en échangeant des compétences. Il n’y aura aucune mixité, ce qui est pourtant le mot d’ordre en France et à Strasbourg. On avait senti que le vent commençait à tourner, mais on pensait que l’esprit de la Cité serait plus fort. »
En revanche, Philippe Bies considère ces aménagements justifiés :
« Je comprends le sentiment d’attachement et d’appropriation de la part de ceux qui sont là depuis des générations, mais il ne faut pas oublier que ces personnes étaient locataires et pas propriétaires. La mixité sera la même que lorsqu’eux ont pu entrer dans cette cité, avec leurs ressources de l’époque. La vocation de ce quartier est d’accueillir des familles de 3 enfants, aux revenus modestes. »
Les rumeurs d’une vente de l’ensemble du quartier à un promoteur privé, pour les transformer en de luxueuses maisons à côté des institutions européennes et du futur quartier d’affaires du Wacken rejaillissent régulièrement. Philippe Bies coupe court à toute spéculation. Strasbourg compte préserver la fonction de ce quartier.
Photo : Ville et communauté urbaine de strasbourg/cc
Strasbourg capitale de Noël (Photo Ville et Eurométropole de Strasbourg)
L’extension de l’état d’urgence en France au delà des 12 jours prévu par la constitution pose la question de la tenue du Marché de Noël. Le maire Roland Ries souhaite maintenir la manifestation, à condition que des « renforts militaires » soient accordés. La décision doit être prise avec le préfet du Bas-Rhin.
Suite aux attentats à Paris qui ont fait 129 morts et 352 blessés vendredi 13 novembre, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) a ouvert ce week-end la question du maintien ou de l’annulation du Marché de Noël. À l’issue du conseil municipal de lundi entièrement consacré aux événements, il a annoncé qu’il « souhaitait maintenir la manifestation, à condition de réunir les conditions de sa sécurisation ».
C’est la Ville et la préfecture qui décideront d’un commun accord du maintien ou de l’annulation de l’édition 2015 du marché de Noël. Le dernier mot revient au maire. Ainsi les maires de Colmar et de Mulhouse ont déjà décidé de maintenir le leur. Une première réunion de travail entre les services de la Ville de Strasbourg et de l’État doit avoir lieu mercredi 19 novembre mais aucune date n’a été communiquée pour la décision.
Sécuriser une telle manifestation est loin d’être simple : l’édition 2015 du marché de Noël prévoit douze marchés répartis à travers la ville, plus des lieux de rencontre, tous dans l’espace public. En 2014, plus de deux millions de visiteurs avaient foulé le sol strasbourgeois ce qui rend tout système de contrôle de sécurité très délicat à mettre en place.
Le premier adjoint au maire de Strasbourg, Alain Fontanel (PS), assure :
« Notre objectif est de pouvoir organiser le marché de Noël. Mais nous souhaitons d’abord vérifier avec les services de l’État et le ministre de l’Intérieur que les conditions de sécurité peuvent être remplies. »
Bernard Cazeneuve doit participer à l’inauguration
Il était justement prévu que Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur se rende au marché de Noël le vendredi 27 novembre pour son inauguration. Roland Ries doit s’entretenir avec lui dans les prochains jours. La Ville demande à l’État des renforts de police et l’utilisation de l’armée pour sécuriser les douze sites des marchés de Noël. Quand à l’installation de portiques de sécurité autour des marchés, Roland Ries juge le dispositif « irréaliste ».
Déjà, l’inauguration du 27 novembre au soir serait dans tous les cas minimale, explique Alain Fontanel :
« Nous allons travailler à redimensionner l’inauguration pour qu’elle ait la sobriété qui sied aux circonstances. »
Dès lundi, Pierre Bardet, président de l’association des Vitrines de Strasbourg qui regroupe 700 commerçants de la ville, a relayé leurs inquiétudes dans les DNA :
« Je ne veux pas que l’on ne parle que d’économie. Si je défends le marché de Noël c’est d’abord parce qu’on ne va pas nous faire taire. Si on ferme le marché il faut tout fermer, les cinémas, les centres commerciaux, les Champs-Elysée, la Tour Eiffel, le Mont-Saint-Michel. On ne va pas vivre dans un terrier. »
Une annulation « impensable » pour Jean-Jacques Gsell
Du côté des élus, la volonté de maintenir la manifestation semble faire l’unanimité. Pour la sénatrice Fabienne Keller (« Les Républicains »), c’est l’image de Strasbourg qui en dépend :
« Le marché de Noël est une manifestation importante à Strasbourg, symbole de fraternité et de vivre ensemble. Il est très important qu’elle soit maintenue. C’est une manifestation emblématique de notre ville, de son humanisme, de son rayonnement à l’étranger. Je fais confiance aux autorités pour mettre en place les mesures nécessaires pour en assurer la sécurité. »
Jean-Jacques Gsell, élu socialiste et président de l’Office de tourisme de Strasbourg, ne cache pas l’enjeu économique de la question :
« Annuler le marché de Noël sonnerait comme l’annonce d’une défaite face au terrorisme et à la barbarie et ne pourrait pas empêcher d’autres exactions. Par ailleurs, cela aurait des conséquences économiques graves. Toute la communication a été faite, toutes les réservations aussi. De ce point de vue c’est impensable de remettre en cause ce qui est prévu. »
Pas de risque zéro
Pour le conseiller municipal, le maintien doit évidemment s’accompagner de mesures de sécurité renforcées même si le risque zéro n’existe pas :
« Je suis de ceux qui pensent que les problèmes ne sont pas finis. Face aux kamikazes, toutes les mesures qui peuvent être prises risquent de ne pas suffire. »
Le Marché de Noël de Strasbourg date de 1570. C’est l’un des plus grands d’Europe. L’invité d’honneur de l’édition 2015 est le Grand Duché du Luxembourg. En 2000, un projet d’attentat visant la Cathédrale avait été déjoué.
Et vous ? Quelle est votre opinion ?
Faut-il maintenir le Marché de Noël à Strasbourg ?
Dans l’aile droite de cet immeuble, tous les habitants ont été évacués (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Dans un immeuble de la rue de Prague à Strasbourg, quelqu’un croit avoir vu Abdeslam Salah, l’un des tueurs des attentats de Paris toujours en fuite. Résultat : tous les habitants ont été évacués vers 15h30 et placés dans un gymnase voisin, 20 appartements sont concernés. Un important dispositif policier a été déployé, avec des éléments de la brigade de recherche et d’intervention et du Raid, ainsi que des équipes spécialisées en recherches d’explosifs.
Le reportage de Taranis News
La police a fouillé les appartements de cet immeuble de cinq étages tout l’après-midi, sans rien trouver. Vers 22h, elle a levé le dispositif et permis aux habitants de retourner chez eux.
La police a reçu plus de 7 000 appels signalant la présence du terroriste, rien que dans la journée de lundi. Elle a fait procéder à l’affichage du portrait du tueur un peu partout, y compris parfois dans les cages d’ascenseurs.
Le tueur est partout ! (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Le drapeau français en berne sur le Palais du Rhin, place de la République (Photo Pierre Maurer / Radio Dreyeckland)
Photos. – Les Strasbourgeois ont cessé leurs activités pendant quelques minutes ce lundi à midi pour rendre hommage aux victimes des attentats de vendredi soir à Paris et de l’accident du TGV d’essai au nord de Strasbourg samedi après-midi.
Un peu partout en ville, les Strasbourgeois ont rendu hommage aux victimes des attentats du vendredi 13 novembre à Paris. Le bilan est de 129 morts et de 352 blessés, mais il pourrait encore s’alourdir étant donné la gravité des blessures infligées à plus de 80 personnes. Dans certains cas, les participants ont également eu une pensée pour les 11 victimes de l’accident du TGV d’essai samedi après-midi au nord de Strasbourg.
Place Kléber, environ 600 personnes se sont retrouvées pour respecter la minute de silence lundi à midi, décidée dans le cadre du deuil national. Les participants ont entonné La Marseillaise ensuite.
Place Kléber, plusieurs centaines d’anonymes se sont retrouvés (Photo Radio RBS)
Place de la République, le préfet d’Alsace ainsi que les autorités de l’État ont également tenu ce moment solennel devant le monument aux morts de Strasbourg.
Plusieurs centaines de personnes devant la Préfecture d’Alsace place de la République (Photo Pierre Maurer / Radio Dreyeckland)
Place de l’Étoile, les élus de l’Eurométropole et plus d’un millier d’agents ont rendu hommage sur le parvis du centre administratif. Le conseil municipal de cet après-midi sera entièrement dédié à une discussion sur les événements tragiques du week-end.
Les élus du conseil municipal de Strasbourg, sur le perron du centre administratif (Photo Strasbourg.eu)
Dans la cour intérieure du Palais de l’Université, la minute de silence a été observée par plusieurs centaines de personnes, étudiants et personnels de l’université, puis suivie d’une interprétation de La Marseillaise. L’aula Marc Bloch n’a pas pu accueillir tout le monde, de nombreuses personnes étaient également présentes dehors.
Foule compacte à l’intérieur de l’aula Marc Bloch (Photo Université de Strasbourg)
(Vidéo Théo Haberbusch / News Tank Education)
Un important rassemblement a également eu lieu devant la fac de Médecine.
Important rassemblement près de la fac de Médecine (Photo Zeineb Boufares)
Pour le procureur de la République adjoint Alexandre Chevrier, « un long travail d’expertise commence ».
Le conducteur du TGV d’essai accidenté samedi a pu être entendu par les enquêteurs. Selon le procureur de la République adjoint Alexandre Chevrier, il n’a été que légèrement blessé. Il ne s’explique pas l’accident. Selon son témoignage, le TGV ne roulait pas trop vite mais la motrice du TGV a déraillé pour une raison inconnue au moment d’aborder un virage à droite, juste avant d’aborder le pont sur le canal de la Marne au Rhin sur la commune d’Eckwersheim, au nord de Strasbourg.
Le train a alors percuté un élément du pont, provoquant le retournement de la rame et sa dislocation. Le bilan à ce jour est de 11 morts et de 42 blessés, dont quatre dans un état grave. Il y avait 53 personnes à bord, dont quatre enfants qui n’ont pas été sévèrement blessés. La présence de personnes non affiliées à la SNCF à bord de ce train d’essais techniques reste à expliquer. Le travail d’identification des victimes est toujours en cours.
Les enquêteurs vont maintenant s’attacher à décrypter les informations contenues dans les boites noires, qui ont toutes les deux été retrouvées et qui sont exploitables. Un important travail d’expertises débute, a expliqué Alexandre Chevrier. « Aucune piste n’est écartée ni privilégiée à ce stade », a-t-il indiqué, « ni attentat, ni malveillance ni problème technique ». Une enquête pour homicide et blessures involontaires a été ouverte auprès du parquet de Strasbourg.