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Pataquès dans les examens, quand la fac de droit oublie le droit

Pataquès dans les examens, quand la fac de droit oublie le droit
Les étudiants en droit ont appris qu'ils bénéficieraient d'une session de rattrapage, deux semaines à peine avant le début des épreuves.
Les étudiants en droit ont appris qu’ils bénéficieraient d’une session de rattrapage, deux semaines à peine avant le début des épreuves. (Photo TM / Rue89 Strasbourg / cc)

En confirmant l’obligation de la tenue d’une session de rattrapage des examens à l’Université de Strasbourg, la cour administrative d’appel de Nancy a plongé la fac de droit dans une situation bien embarrassante.

Début mai, les étudiants en droit posaient leurs stylos et rendaient leurs copies. Partiels terminés, rendez-vous mi-juin pour les résultats. Moyenne des deux semestres supérieure à dix, passage dans l’année supérieure, et place à l’été. En dessous-de dix, au pire redoublement, au mieux passage tout en reprenant les matières ratées l’année d’après… et place à l’été. Pas de rattrapage, pas de seconde chance !

Sauf que le 7 mai, la cour administrative d’appel de Nancy a confirmé le jugement du tribunal administratif de Strasbourg qui, suite à une plainte de l’Unef, avait considéré en janvier 2014 que tous les étudiants inscrits en licence à l’Université de Strasbourg (Unistra) ont le droit à une session de rattrapage. Un accroc de taille pour l’université qui ambitionne depuis 2013 d’instituer le contrôle continu intégral.

Politique de l’autruche

La décision était attendue, presque évidente, tant l’arrêté licence de 2011 et le règlement de l’université lui-même sont très clairs sur la question. Mais bizarrement, la fac de droit et son doyen Christian Mestre ne l’ont pas anticipée et se trouvent aujourd’hui dans l’obligation d’organiser des examens de rattrapage en catastrophe. De quoi faire ironiser, Pascal Maillard, enseignant à la faculté de Lettres et élu Snesup-FSU au conseil d’administration :

« Alors qu’ils sont juristes, donc au fait du fonctionnement de la justice, les responsables de la fac de droit ont pris le risque de ne pas mettre en place cette session dans les temps, dans des conditions acceptables pour les étudiants et les enseignants comme le personnel administratif. C’est incompréhensible. »

Pour sa défense, Christian Mestre argue que la fac de droit n’est pas la seule concernée. En théorie, c’est juste puisque cette obligation s’applique à tous les UFR de l’université qui, par ailleurs, aurait saisi le Conseil d’État pour tenter de casser le jugement, d’après Pascal Maillard. Mais dans les faits, les autres UFR ont pris leurs dispositions à temps pour organiser ces examens.

Ainsi, lundi 15 juin, le jour où les étudiants en droit de première année apprenaient leurs résultats, ceux de la faculté de sciences de la vie, plutôt bonne élève en matière d’application du contrôle continu, passaient leurs rattrapages. Le doyen de la faculté scientifique a pourtant eu le même temps réduit que son homologue juriste pour les organiser.

Seuls les étudiants en droit se trouvent aujourd’hui à devoir réviser en catastrophe quelques jours seulement avant les épreuves qui se tiendront du 29 juin au 11 juillet. Même pas deux semaines de révision. En effet, l’annonce aux étudiants n’a été faite que le 9 juin, plus d’un mois après la décision de la cour d’appel, une semaine à peine avant la publication des résultats. « Pourquoi avoir prévenu les étudiants si tard  ? », s’interroge Pascal Maillard.

Une politique de l’autruche que ne s’expliquent ni Christian Mestre, un doyen qui se définit lui-même comme enseignant chercheur plutôt qu’en gestionnaire administratif et logisticien d’examens, ni la direction de l’université qui n’a pas trouvé le temps de répondre à nos sollicitations.

Des QCM à la place des analyses

Devant le tableau d’affichage des résultats, les quelques étudiants qui n’ont pas obtenu la moyenne n’y comprennent pas grand chose, malgré les affiches jaunes et saumon placardées par la direction de la faculté. Mais dans l’ensemble, malgré le flou, ils sont plutôt contents à l’idée d’avoir une nouvelle chance.  « Au rattrapage, c’est plus facile, ils veulent nous faire passer », croient même savoir Marie et Élodie, en première année.

De fait, comme les professeurs aussi ont été tardivement prévenus, il leur est difficile d’établir des sujets dignes de ce nom. Comme ces rattrapages sont synonymes de travail supplémentaire imprévu, il n’est pas question de perdre trop de temps à lire des dissertations et des commentaires. Ainsi, nombre d’épreuves devraient être de simples questionnaires à choix multiples (QCM). Une habitude peu commune en droit, où l’on valorise l’écrit, mais surtout d’un intérêt pédagogique nul, attaquent en chœur le Snesup-FSU et l’Unef.

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La teneur des futures épreuves n’est de loin pas le seul problème. Certains étudiants, en stage, en emploi d’été ou en vacances, comme les étudiants étrangers déjà rentrés dans leur pays d’origine, ne pourront tout bonnement pas y assister. À l’image de Khadijah :

« Je travaille toute l’année comme hôtesse de caisse, l’été j’augmente mon temps de travail. Je me vois mal demander tout à coup à mon patron de me libérer plusieurs jours. Je ne pense pas pouvoir assister à toutes le épreuves. »

De l’égalité des universités à l’égalité des étudiants

Ce qui n’est pas sans conséquence, les absents étant considérés comme « défaillants », donc dans l’impossibilité d’obtenir une moyenne sur le semestre et sur l’année, par conséquent dans l’obligation de redoubler, quitte à ne devoir repasser que deux ou trois matières seulement. Quant aux étudiants boursiers, ils sont dans l’obligation de rembourser la totalité de leur bourse annuelle, s’ils n’assistent pas aux examens sans justification.

Malgré sa victoire judiciaire, l’Unef locale, à l’origine indirecte de ce pataquès, ne peut que déplorer cette situation, par l’intermédiaire de sa présidente Flavie Linard, étudiante en ethnologie :

« Nous avons attaqué l’Unistra au nom de l’égalité entre les universités. Strasbourg ne peut pas être la seule en France à ne pas organiser une session de rattrapage. L’ennui c’est qu’à cause du retard pris par la fac de droit, il y a rupture du principe d’égalité devant les examens cette fois puisque certains étudiants n’auront pas la possibilité matérielle d’y assister. »

De son côté, Christian Mestre promet de tout faire pour limiter les dégâts :

« Nous nous engageons à ne pas dénoncer les boursiers absents au Crous. »

Pas de risque de perte ou de remboursement en cas d’absence donc. Une mesure dont le doyen revendique la paternité mais qui a été négociée avec l’association des étudiants en droit, membre de l’Afges, le syndicat concurrent de l’Unef, majoritaire à l’Unistra, et ultra-majoritaire en fac de droit. « Aucun étudiant, boursier ou non, ne devrait être pénalisé », a estimé mercredi l’un de ses représentants, Ilyas Kenadid, à la sortie d’une réunion entre doyen, enseignants et étudiants.

Une autre réunion est déjà programmée le 30 juin afin de préparer et fixer les modalités d’examen pour l’année prochaine, une année potentiellement chamboulée par la tenue de cette session de rattrapage. En effet, plus ou moins de réussite, et les effectifs étudiants, fruit d’un savant dosage, déjà chargés le seront encore plus.

Au delà de la fac de droit, de « cette situation ubuesque » selon Pascal Maillard, c’est la question du mode d’évaluation des étudiants inscrits à l’université qui est reposée. Alors que l’Unistra avait été la première à adopter le contrôle continu en France et qu’elle voulait le pérenniser et le généraliser, cette décision de justice pourrait la contraindre à revoir sa stratégie.

Il faudra de toute façon sortir de la contradiction actuelle. En effet, l’idée directrice de l’évaluation continue – noter les étudiants plusieurs fois tout au long du semestre plutôt qu’une seule fois à la fin – est pédagogiquement incompatible avec celle des rattrapages, synonymes d’examen terminal couperet.

Comment évoluer des commentaires vers la discussion créative

Comment évoluer des commentaires vers la discussion créative

Lorsque Rue89 a été créé en 2007, les fondateurs avaient dans l’idée de créer un média participatif, citoyen, où l’apport des internautes – lecteurs serait déterminant. Aujourd’hui encore, Rue89 accorde une large place aux commentaires et part même de certains, pour en faire des sujets de nouveaux articles.

Pour autant, on peut encore progresser sur l’interaction entre lecteurs et journalistes au sein d’un média numérique. Ce serait quand même pas mal que les articles de Rue89 Strasbourg soient autant de sujets de débats citoyens, et qu’une conscience collective en sorte à chaque fois.

Avec notre futur site web, si nous parvenons à boucler ce financement participatif, c’est ce vers quoi nous allons essayer de tendre. L’objectif est de faire de Rue89 Strasbourg, plus qu’un média, un véritable réseau social autour de l’actualité, dédié aux Strasbourgeois.

Ainsi, pour commenter, il sera nécessaire de créer un compte utilisateur, ce qui évitera les commentaires défouloirs, insultants, inutiles et qui plombent les articles. En commantant, il sera possible d’afficher son vrai nom ou un pseudo constant, ou un pseudo de circonstance ou encore de s’afficher anonyme. Un choix qui préservera la liberté d’exposition de chacun.

Nous allons aussi permettre aux internautes de nous aider à identifier les meilleures contributions, par un système de vote à deux sens, similaire à celui utilisé par Reddit. Les utilisateurs qui publient régulièrement des contributions bien reçues par les lecteurs seront mis en avant.

Autre ajout, il sera possible de répondre directement à un commentaire, et de garder un fil de discussion parallèle, sur une idée. On pourra également suivre les contributions d’un lecteur sur plusieurs articles, et le contacter directement.

Et ce n’est pas tout : on ajoutera des fonctions de vote et de sondages, qui permettront aux journalistes de solliciter l’audience et aux lecteurs de tester la popularité de leurs idées postées en commentaires. Il y aura en outre des systèmes de questions à poser sur la ville, et de suivis de ces questions, à la manière d’un support utilisateur utilisant des « tickets ».

Bref, on a plein d’idées, et plein de projets qui méritent vraiment d’être testés auprès d’une communauté locale d’amateur de l’info. Si vous aussi vous avez une idée pour améliorer l’interactivité sur Rue89 Strasbourg, c’est le moment de la poster en commentaires.

Publiez cette news sur vos réseaux sociaux, assurez-vous d’être en mode public pour le faire et ainsi lui donner un maximum d’audience ! Facebook n’envoie votre post qu’à environ 15% de vos amis, aussi il est nécessaire de poster régulièrement pour que tous vos amis soient au courant de la campagne de Rue89 Strasbourg !

Nouvelle « vélorution » samedi à la Robertsau

Nouvelle « vélorution » samedi à la Robertsau
Le mouvement milite pour des pistes cyclables à la Robertsau (Photo Facebook de la page Robertsau : Vite des Pistes Cyclables - Strasbourg).
Le mouvement milite pour des pistes cyclables à la Robertsau (Photo Facebook de la page Robertsau : Vite des Pistes Cyclables – Strasbourg).

Mobilisé depuis un an, le mouvement « Vite des Pistes Cyclables » organise la cinquième « Vélorution » dans les rues de Strasbourg samedi 20 juin à 10h. À vélo, en gilet jaune, avec des sifflets ou des sonnettes « pour faire un max de bruit » sur un trajet de 8 kilomètres, l’objectif est de sensibiliser au manque de pistes cyclables, notamment dans le quartier de la Robertsau comme ils l’indiquent sur leur page Facebook :

« Il n’y a pas de pistes cyclables à la Robertsau. Tous les usagers sont conscient de cette insécurité avec des conflits et incidents quotidiens entre automobilistes, cyclistes et piétons mais ce constat la municipalité fait fi de ne pas le voir. »

Des quartiers plus « citoyens »

Les aménagements demandés concernent les principaux tronçons de la Robertsau : rue Boecklin, route de la Wantzenau, rue Mélanie, rue de l’Ill et à l’Orangerie, allée de la Robertsau.

Au-delà des aménagements pour les cyclistes, le mouvement pointe un manque crucial de « discussion interquartiers » et souhaite la création d’un « espace laissé aux habitants pour qu’ils puissent exprimer leur besoins et observations sur la gestion du bien public. » La journée de samedi sera elle aussi dédiée à cet idéal « citoyen », avec des rencontres et débats publics.

La carte du trajet

Le parcours de la manifestation.
Le parcours de la manifestation.

Le départ se fera du marché Boecklin à la Robertsau, avant de passer par la place Brant, l’avenue des Vosges et de revenir à Boecklin.

Y aller

Vélorution de la Robertsau, départ samedi 20 juin à 10h du marché Boecklin à Strasbourg – Robertsau.

Vers un abonnement unique TER et CTS dans l’Eurométropole

Vers un abonnement unique TER et CTS dans l’Eurométropole
SNCF TER Alsace (Wikipedia)
Un TER Alsace (Photo Wikimedia Commons /cc)

Comme en 2014, le prix des tickets à l’unité de tram augmentera en septembre (de 1€60 à 1€70 et l’aller-retour de 3€10 à 3€30). Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) a moyennement apprécié que l’opposition de droite se gausse de la nouvelle et l’annonce à l’issue d’une réunion de travail. Ces augmentations ne concernent pas les abonnements (48,40€), ni les cartes Badgéo chargées de tickets à l’unité ou les paiements par téléphone.

La Région surprise de se faire couper l’herbe sous le pied

Le maire de Strasbourg a profité d’une conférence de presse sur le prochain conseil municipal pour devancer la Région Alsace sur un autre sujet des transports publics. Il a annoncé que les abonnés de la Compagnie de Transports de Strasbourg (CTS) pourront bientôt de circuler sur le réseau des trains Trains Express régionaux (TER) à l’intérieur des 28 communes de l’Eurométropole (ex-CUS), soit un réseau de 14 gares avec celles de Strasbourg. L’inverse n’est pas valable, les abonnés TER devront encore s’acquitter en plus de l’abonnement CTS. Roland Ries espère que cet aménagement sera possible cet hiver.

Fonctionnel cet hiver

Cette déclaration a surpris la Région Alsace. La collectivité indique de son côté que l’étude co-financée avec l’Eurométropole est en cours et ne confirme pas le coût de 500 000 euros avancé par le maire. Ces travaux doivent déterminer entre autres comment les TER peuvent absorber ces nouveaux passagers aux heures de pointe. En revanche, elle estime que décembre est un objectif atteignable.

La municipalité souhaite que cette simplification puisse désengorger certaines lignes de bus, comme celle vers Entzheim (8 minutes en TER) ou la Wantzenau (13 minutes), car le trajet en train est plus court. Plusieurs villes telles Nantes, Rennes, Grenoble ou Paris ont déjà adopté ces tickets uniques. Il s’agit d’une revendication de longue date de l’Association des usagers des transports urbains de l’agglomération strasbourgeoise (ASTUS). Son président François Giodrani accueille « favorablement » cette annonce et espère que le système pourra être étendu aux tickets.

À la Japan Addict, les costumes faits main d’une étudiante à l’âme de princesse

À la Japan Addict, les costumes faits main d’une étudiante à l’âme de princesse
Morgane
La chambre étudiante de Morgane se transforme en atelier de couture. (Photo ACG / Rue89 Strasbourg)

Cape flottant au vent, longue jupe dévoilant l’une de ses jambes et diadème sur la tête : c’est ainsi que Morgane se présentera à la Japan Addict Z, le 27 juin. Depuis quatre ans, le cosplay, incarnation d’un personnage fictif, est devenu la passion de l’étudiante strasbourgeoise. Un loisir qui s’avère parfois envahissant et coûteux.

Une machine à coudre trône sur la petite table de la chambre étudiante de Morgane. Des patrons découpés dans des brouillons d’exercices d’anglais sont dispersés ici et là et trois grandes boîtes remplies de fils de toutes les couleurs sont empilées dans un coin.

Ces quelques mètres carrés ressemblent davantage à un atelier de couture qu’à la chambre d’une étudiante en dernière année de licence de lettres. Seul le recueil des Lais de Marie de France, déposé sur son lit, vient le rappeler.

Difficile d’imaginer que, du haut de son mètre 77, cette étudiante de 20 ans puisse avoir pour passion de coudre des robes de princesse. Pourtant, si elle le pouvait, elle se fondrait dans la peau de toutes les reines de Disney. Elle a ainsi déjà incarné Belle de la Belle et la Bête et l’intrépide princesse Anna de la Reine des neiges. Pour cette jeune fille qui souhaite devenir professeur de français, c’est un moyen de s’évader de son quotidien très chargé entre études et cours qu’elle dispense dans un lycée quelques heures par semaines :

« Le cosplay donne des objectifs dans une vie plate, on s’évade du quotidien. Ça permet de faire des choses qu’on ne fait pas d’habitude. Pour moi qui aime beaucoup le théâtre, c’est comme devenir quelqu’un d’autre et puis c’est amusant de se voir se métamorphoser. »

En quatre ans de cosplay, Morgane a gagné quelques fans et n’est jamais contre une séance de shooting photo, qui lui rappelle ses essais comme mannequin amateur. Sur Facebook, elle tient ses admirateurs informés de l’avancée de ses projets sous le pseudonyme Mélyanis, « la déesse des illusions » d’un roman qu’elle écrivait plus jeune. Ce qui, selon elle, « colle bien avec le cosplay » qui donne vie à des personnages fictifs.

Cosplay de Ashe
Avec un arc qu’elle aura dû refaire quatre fois, son costume d’Ashe Heartseeker aura été son investissement le plus important. (Photo Garnet C Angeldust Photographie)

550€ pour un costume

Cette métamorphose a un coût. L’un de ses derniers cosplay, celui d’Ashe Heartseeker, une archère du jeu vidéo League of Legends lui a fait débourser environ 550€  : 40 à 70€ pour l’arc qu’elle a refait à quatre reprises, 80€ de tissu,  40€ de peinture, 20€ pour la perruque, 20€ en teinture… Elle estime avoir passé entre 150 et 200 heures sur ce costume. Il lui avait donné tant de fil à retordre qu’elle avait songé à arrêter le cosplay.

En vue de la Japan Addict Z, le 27 juin au Zénith de Strasbourg, Morgane s’essaie pour la première fois à un personnage assez sombre : Midna, figure énigmatique de Zelda Twilight Princess, un autre jeu vidéo qu’elle a déjà terminé cinq fois. Ce n’est qu’à la fin du jeu que le personnage retrouve sa forme humaine, celle dont s’inspire Morgane :

« Midna c’est la princesse maudite dans Zelda, chassée du royaume des ombres par Xanto. Elle accompagne Link tout le temps sous une forme de petite créature, on ne sait jamais trop si c’est une alliée ou non. »

Midna
Morgane incarnera Midna, la princesse maudite du jeux Zelda Twilight Princess. (Illustration Zelda Wiki)

Le penchant littéraire de la jeune fille ressort lorsqu’elle évoque ce personnages fictif, elle ne peut s’empêcher d’analyser son parcours :

« Il y a quelque chose de profondément tragique dans l’histoire de Midna puisqu’elle n’est qu’une ombre dans le royaume de la lumière. Même si elle donne l’impression d’être froide, elle a quand même un grand cœur. Je trouve que c’est quelqu’un d’attachant et puis ce n’est pas un personnage dont on retrouverait le design ailleurs. »

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Point zigzag et tissu thermocollant

Pour la fabrication, elle a déjà pensé à tout : afin de reproduire les motifs de la cape et de la jupe, elle emploie du tissu thermocollant permettant de fixer les motifs blancs sur le tissu noir à l’aide d’un fer à repasser. Ensuite, il ne lui reste plus qu’à coudre le tout avec « un point zigzag assez resserré ».

Pour reproduire les motifs que Midna porte sur le corps, Morgane prévoit deux versions. L’une avec une combinaison facile à enfiler qu’elle peindrait, l’autre en utilisant du body painting, ce qui la « rendrait plus réelle ».

Une fois maquillée, Morgane prend des airs de poupée : teint parfait et grands yeux dont les pupilles semblent agrandies par le port de lentilles colorées. Pour se fondre dans le personnage de Midna, ses yeux seront rouges, « le détail qui fait tout », les sourcils « arqués, très noirs, très longs » et elle ajoutera du fard à paupière violet.

Application du tissu thermocollant
Morgane applique les motifs blancs sur le tissu de sa future jupe. (Photo ACG / Rue89 Strasbourg)

Lorsque Morgane évoque la couture et ses techniques de création, elle semble née avec une aiguille et un dé à coudre dans les mains. Pourtant, c’est avec le cosplay qu’elle a découvert la couture et non l’inverse. Elle avait entendu parler de l’existence de la Japan Addict :

« À ce moment, je regardais Black Butler, un anime (NDLR : œuvre d’animation japonaise) dans lequel je trouvais la fille super jolie. Alors je me suis dit pourquoi pas. C’était vraiment très basique, j’avais juste cousu le haut, mais ça avait bien plu donc j’ai continué. »

Mais Morgane n’est pas de ces cosplayeurs fan de mangas, les BD japonaises, elle trouve le plus souvent l’inspiration dans les jeux vidéo et les dessins animés. « Les cheveux verts, je ne pourrais pas », plaisante-t-elle.

Le cosplay, beaucoup plus que du déguisement

Grâce à sa mère et sa grand-mère, qui avaient déjà des notions de couture, elle a pu apprendre les bases. Pour le reste c’est sur Internet qu’elle s’est renseignée.
Lorsqu’elle crée ses costume, sa chambre étudiante ne suffit pas, elle fabrique également une partie chez ses parents et s’exile chez sa grand-mère lorsque le cosplay devient trop envahissant dans l’appartement familial. Morgane est sans doute la plus bricoleuse de la famille :

« Quand mon père cherche la pince à dénuder, il sait que c’est dans ma chambre qu’il va la trouver et pas dans celles de mes frères ».

Son entourage ne comprend pas forcément son amour pour le cosplay. Qu’on ne lui dise surtout pas qu’elle se déguise, c’est plus que ça pour elle. Avec les heures qu’elle passe sur ses créations, Morgane attend une certaine reconnaissance de la qualité de son travail entièrement fait main. Elle refuse l’idée selon laquelle ses costumes seraient des déguisements qu’elle porte comme d’autres le font lors du carnaval. Pierrick, son petit-ami a retenu la leçon :

« Sur le coup, lorsqu’elle m’en a parlé, je n’ai pas trop compris de quoi il s’agissait, je croyais que c’était pour se déguiser, j’ai failli me prendre une baffe ! Dans un sens, je trouve ça un peu dommage de voir les heures qu’elle passe dessus pour quelque chose qu’elle va mettre une ou deux fois… »

Lorsque Morgane lui présente ses futurs cosplays, elle le met souvent devant le fait accompli. Parfois, il préférerait qu’elle choisisse des costumes aux vêtements « pas trop courts et pas trop décolletés ». Mais la cosplayeuse affirme que, pour coller au personnage, elle n’a pas le choix. Amateur de jeux vidéo, il ne partage cependant pas sa passion. S’il « l’accompagne volontiers » aux conventions de cosplay, cela ne doit pas être trop récurrent, « trois à quatre fois par an », maximum.

Diadème Morgane
Morgane trouve encore à redire sur son diadème qu’elle a déjà refait entièrement. (Photo ACG / Rue89 Strasbourg)

À la recherche de la perfection

Éternelle insatisfaite, Morgane n’est pas vraiment contente du diadème qu’elle a fabriqué en pâte Fimo, pâte à modeler durcissant à la cuisson, et baguettes de bois. Julien, l’un de ses amis cosplayeurs, tente de la raisonner, sans succès :

« Elle trouvait son diadème un peu trop grand, je lui ai dit que ça allait, que c’était pas gênant. Elle a tout recommencé… Quand elle fait quelque chose, elle est prête à tout recommencer, elle veut la perfection. »

Morgane est l’une des personnes qui ont amené le jeune Mulhousien à s’intéresser au cosplay. Avant la Japan Addict Z, ils participeront, le 31 mai, au concours de cosplay du parc de Wesserling dans le Haut-Rhin. L’équipier de vente en hypermarché de 23 ans, y incarnera Xanto, le méchant du jeu aux côtés de Morgane-Midna.

Fabrication du casque de Xanto
Julien peint le casque de Xanto, créé de toute pièce à l’aide de mousse. (Photo Yoshii Cosplay)

Confectionner un seul costume représente déjà un travail colossal, mais cela ne suffit pas à Morgane qui prévoir un deuxième cosplay pour la Japan Addict Z, en groupe cette fois-ci. Le cosplay c’est aussi un moyen de rencontrer d’autres passionnés. Alexandra, ou plutôt Minto Naegino, préfère l’univers des mangas à celui des jeux vidéos, à l’image de son appartement aux étagères pleines de bandes dessinées japonaises. Elle accompagnera Morgane le 28 juin pour concourir lors de la Japan Addict Z. Selon cette professeur de mathématiques de 24 ans, travailler à plusieurs constitue un plus  :

« Un groupe permet d’échanger, d’apprendre. Il y en a qui sortent en boîte, nous, on se retrouve chez nous pour faire du cosplay. »

Winx
Le 28 juin, Morgane et quatre autres passionnées incarneront des fées du dessin animé Winx. (Photo ACG / Rue89 Strasbourg)

Place aux couleurs et aux paillettes. Les cinq cosplayeuses du groupe mené par Morgane incarneront des fées du dessin animé Winx, sorti au début des années 2000. Un petit retour en enfance :

« Je regardais ça quand j’étais gamine, ce sont des apprenties fées qui vont à l’école : super grandes, jolies… Elles ont des copains mais ça ne se passe pas toujours très bien… »

D’ici là, il leur reste encore à travailler leur chorégraphie. Avec 13 ans de danse derrière elle, Morgane aime improviser quelques pas sur scène. Mais son plus grand plaisir n’est pas là, elle espère « voir des petites filles avec des étoiles dans les yeux ».

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Strasbourg, nouvelle ville stratégique du FN

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Un chauffeur de UberPop agressé à Strasbourg, sa voiture dégradée

Un chauffeur de UberPop agressé à Strasbourg, sa voiture dégradée
Un taxi a mis lui-même la vidéo de l'agression en ligne (YouTube)
Un taxi a mis lui-même la vidéo de l’agression en ligne (YouTube)

Un chauffeur du service UberPop a été violemment agressé mardi par des artisans taxis, qui lui avaient visiblement tendu un piège au Port du Rhin à Strasbourg. Sa voiture a été aspergée de farine et une vidéo du guet-apens a été mise en ligne par l’un des participants.

Mardi 16 juin dans l’après-midi au Port du Rhin, une dizaine de taxis se sont donnés le mot pour prendre rendez-vous avec un chauffeur proposant ses services de transport aux particuliers via le service UberPop, proposé par Uber. Une fois le chauffeur arrêté, les taxis l’ont extrait de sa voiture et l’ont aspergé de farine ainsi que son véhicule, dont les pneus ont été dégonflés.

Voir la vidéo de l’agression

Le service UberPop est disponible depuis lundi 9 juin à Strasbourg et il a été immédiatement dénoncé par les taxis, qui lui reprochent l’exercice d’une concurrence illégale. Ils n’en sont d’ailleurs pas à leur premier coup d’éclat, puisque la semaine dernière, une délégation de taxis a fait avorter une réunion organisée par Uber à l’intention de leurs chauffeurs dans un hôtel de Strasbourg.

Opérations assumées par le syndicat des taxis

Un arrêté préfectoral d’interdiction a été pris dès le mardi mais Uber conteste ces interdictions et plaide la légalité de son service au niveau européen. L’objectif des taxis est de décourager d’autres chauffeurs de se lancer dans cette activité, qui permet de gagner quelques centaines d’euros par mois. Ces actions sont assumées par le syndicat des artisans taxis du Bas-Rhin, qui revendiquent d’ailleurs d’autres agressions contre les chauffeurs.

Mohammed Boulasri, de Taxis Strass 67, n’a pas participé à l’opération mais la défend :

« Ils ont dégonflé les pneus et ils l’ont enfariné. Ils ne l’ont pas frappé. Je condamne ce qu’ils ont fait mais je suis du côté de mes collègues. Ce jeune homme savait ce qu’il faisait en prenant sa voiture. Il faut se mettre à notre place. Vous imaginez si un jour n’importe qui peut être avocat sans diplôme ou vendre des cigarettes sans licence ? L’État protège les avocats et les bureaux de tabac. Mais nous, comme M. Uber a décidé de monopoliser le transport mondial et de se faire des millions sans rien payer, on risque de perdre notre travail. Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les usagers non plus. Un taxi Uber, on ne sait pas qui c’est. »

Le chauffeur a porté plainte pour violences, soutenu en cela par la société américaine. Thomas Meister, directeur de la communication d’Uber pour l’Europe, indique :

« Il n’y a pas de travail dissimulé chez nous, tous les paiements sont électroniques. Le service n’est pas illégal, il n’y a pas eu de décision de justice. Ce n’est pas aux taxis de faire la loi. Comme à chaque fois, nous apportons tout notre soutien à notre chauffeur. »

À Lille, un chauffeur de taxi qui accusait UberPop de concurrence déloyale a été débouté la semaine dernière.

Pose Ton Flow, ou comment la jouer Jay Z devant son téléphone

Pose Ton Flow, ou comment la jouer Jay Z devant son téléphone
Près de 1000 flows et "punchlines", des rimes chocs, ont été enregistrés et partagés sur l'application depuis janvier.
Près de 1000 flows et « punchlines », des rimes chocs, ont été enregistrés et partagés sur l’application depuis janvier. (Image : Facebook)

Créée il y a un an par deux strasbourgeois, l’application musicale « Pose Ton Flow » essaime un peu partout en France. Appli 4 en 1, elle s’assimile à studio portatif : elle permet à son utilisateur d’écrire, de choisir sa musique, de « poser son flow » dessus et de la partager, créant du même coup une nouvelle communauté qui s’écoute et s’échange des sons. Les profs s’en sont aussi emparés pour travailler avec leurs classes, les grands textes de la littérature et… des textes de rap.

Les cinéphiles et les amateurs de rap se souviennent peut-être de cette scène du film 8Mile dans laquelle Eminem écrit frénétiquement des rimes sur des feuilles volantes. Avec l’application Pose Ton Flow, point de feuilles volantes ou de carnet de notes susceptibles d’être perdus. À partir de son smartphone, l’utilisateur peut à la fois écrire son texte, choisir le son sur lequel il « posera son flow », comprenez la manière, plus ou moins rapide, avec laquelle une phrase sera rappée. Une fois enregistré, toujours à partir du smartphone, le rappeur amateur peut partager le son avec les utilisateurs de l’appli : la communauté des poseurs de flows.

Pose Ton Flow est une idée de Max Disbeaux, réalisateur et documentariste d’origine marseillaise établi à Strasbourg et Adil Essolh, éducateur à la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) à Koenigshoffen, mordu d’applications en tout genre. Disponible depuis janvier sur Iphone et Android, l’application est téléchargeable gratuitement. Depuis, elle compte pas moins de 8 000 téléchargements et près de 1 000 « flows » ont été partagés.

Studios rares, smartphones partout

Tous deux amateurs de rap, ils partent d’un constat : pour les jeunes rappeurs amateurs, les studios restent difficiles d’accès. A contrario, tout le monde ou presque possède un smartphone avec la possibilité de s’enregistrer. Max et Adil s’inspirent d’une application américaine, The Booth Rap Studio (inédite en France), et ont très vite l’idée de faire de « Pose Ton Flow », plus qu’une simple application : mélanger culture populaire, culture numérique et en faire un outil pédagogique. Max Disbeaux, qui se décrit comme « réalisateur de rue », a tout de suite vue la possibilité de raconter des histoires :

« Je travaille sur le réel et suis amateur de rap. Je me suis dit qu’il y avait grâce à cette application un potentiel énorme pour raconter une histoire : celle de ceux qui utilisent “Pose Ton Flow”. Qui ils sont et dans quelles conditions ils utilisent l’application. Créer des applis, ça n’est pas mon métier, je suis réalisateur. L’appli me sert à repérer des situations. »

Porté par l’association O Bella Productions et la PJJ, le projet reçoit en 2013 le soutien financier de la Ville de Strasbourg grâce au dispositif Tango & Scan à hauteur de 20 000 euros. L’application a aussi reçu le soutien de la Région Alsace, du centre national du cinéma (CNC) de Radio France et l’inspection académique de Lettres-Histoire d’Alsace.

Par groupe de trois ou quatre, les élèves ont travaillé la poésie autour d'un smartphone (Photo : Lycée Le Corbusier)
Par groupe de trois ou quatre, les élèves ont travaillé la poésie autour d’un smartphone (Photo : Lycée Le Corbusier)

« J’vais te refaire la tête façon Rembrandt »

L’année 2014 a servi de phase d’expérimentation. L’application a principalement été testée en Alsace à travers des ateliers organisés par la PJJ, des associations et a même été intégrée dans l’enseignement de certaines classes de lycées. Max Disbeaux raconte la phase de test dans une classe de 3ème Prépa-Pro du lycée Le Corbusier à Illkirch-Graffenstaden :

« Je suis arrivé à 8 heures dans la classe, le prof était un peu en retard. Du coup, je me suis retrouvé seul face aux élèves. Je me suis présenté et ils ont commencé à se mettre par petits groupes. Ils s’écoutaient et se faisaient tourner le téléphone. À un moment donné, il y a un jeune garçon qui lance cette phrase “j’vais te refaire la tête façon Rembrandt”. C’est une référence culturelle ! Mais lui, l’ignorait : il explique qu’il habite à l’Elsau, rue Rembrandt. Il ne savait pas que c’était un peintre. Il s’était complètement approprié l’environnement où il vivait. »

"L'application a permis le travail en autonomie des élèves. Aujourd'hui l'enseignant n'est plus au centre de son cours, les élèves se débrouillent avec leurs téléphones ou le Net" (Photo : Lycée Le Corbusier)
« L’application a permis le travail en autonomie des élèves. Aujourd’hui l’enseignant n’est plus au centre de son cours, les élèves se débrouillent avec leurs téléphones ou le Net » (Photo : Lycée Le Corbusier)

Samir Boumahres, professeur de Lettres-Histoire au Corbusier, a piloté l’expérimentation avec la documentaliste du lycée. Pendant sept séances, il a présenté à ses élèves un corpus de textes mélangeant Victor Hugo, MC Solaar, Charles Baudelaire, Médine, etc. L’objectif final : de savoir décortiquer un poème et pouvoir en produire un, notamment grâce à l’application. Le professeur raconte la réaction des élèves :

« Ils ont été emballés. Avec le rap, vous pénétrez dans leur univers, vous mettez leurs connaissances en avant. Comme l’application s’utilise sur un smartphone, c’était aussi nouveau pour eux : ils n’avaient plus à se cacher ou faire les choses en catimini. Cette fois-ci, le téléphone était utilisé au vu et au su de tout le monde.  L’intérêt était de pouvoir s’enregistrer, s’écouter et stocker les sons. En évoquant de grands thèmes comme l’amour ou la vie, ça a été l’occasion de faire des parallèles : par exemple les poètes romantiques comme Hugo ou Musset pratiquaient une sorte “d’exaltation du moi”, c’est un peu “l’egotrip” d’aujourd’hui. Pareil pour la “punchline”, la rime qui marque l’esprit dans un texte de rap, elle s’assimile à la pointe, une figure de style poétique.

Ce qui effraie les profs, c’est le langage assez durs de certains textes de rap ou que les élèves se lâchent trop dans leurs créations. Pourtant quand vous lisez Céline, les correspondances de Flaubert ou Houellebecq aujourd’hui, les mots sont parfois tout aussi crus. »

Et pour écouter les productions des élèves, en voici quelques extraits :

« Un outil du rappeur pour le futur »

En plus de l’aspect éducatif, l’application a aussi été pensée comme un outil social. Le Label Drugstore, association strasbourgeoise qui promeut les cultures urbaines et la pratique amateur du rap, l’a utilisé lors d’ateliers d’écriture. Guillaume Diaby, est membre de l’association et éducateur au centre socio-culturel du Port du Rhin. Plus connu sous le nom « Le 6 », son nom de scène, il porte sur l’application un regard d’artiste et d’éducateur :

« Nous, on se bat pour que les jeunes ne dépensent pas leur argent dans des studios de fortune. Cette appli est hyper simple à utiliser. Certes, le son n’est pas forcément très qualitatif à l’enregistrement, mais on reste sur de la pratique amateur. Les pistes enregistrées sur l’appli peuvent servir de base pour faire une maquette, des pistes témoins. Maintenant on l’utilise tout le temps : on va essayer de remettre la pratique de l’écriture au centre des préoccupations et on va aussi développer le community management autour de l’application. Pour moi, Pose Ton Flow est clairement destiné à être un média au sens propre: un outil de médiation pour mettre autour d’une table des gens qui ne viennent pas forcément du monde du rap. »

Max Disbeaux le précise d’emblée : Pose Ton Flow n’a pas vocation à remplacer les studios d’enregistrements professionnels. Il raconte néanmoins que certains utilisateurs ont amélioré eux-mêmes le système d’enregistrement :

« Certains sont devenus hyper experts dans la prise de son : ils posent une feuille de papier sur le micro du smartphone pour éviter les “pop”, d’autres ont des branchements spécifiques. Certains l’utilisent comme un studio portatif. C’est vrai qu’on voit de moins en moins de rappeurs utiliser de feuilles ou de calepins lorsqu’ils enregistrent : beaucoup tiennent leurs smartphone devant eux. Mais tu ne peux pas faire un album avec des fichiers MP3 : il faudra toujours un vrai studio. »

Du rap à France Culture

En plus de la phase test au sein des associations et des classes, Max Disbeaux a aussi fait la promotion auprès de rappeurs comme le groupe IAM, Lino mais aussi Youssoupha, qui s’est montré « très intéressé ». En lâchant un sourire, Max avoue qu’il aimerait bien « faire poser Kaaris », le rappeur ultramusclé dont les textes et les vidéos explicites font bien souvent ouvrir grands les yeux.

IAM (ici), Lino, Youssoupha et d'autres artistes issus de la scène rap, se sont montrés intéressés pour participer au projet (Photo : Max Disbeaux)
IAM (ici), Lino, Youssoupha et d’autres artistes issus de la scène rap, se sont montrés intéressés pour participer au projet (Photo : Max Disbeaux)

Prochaine étape pour le co-fondateur de l’appli : monter, à partir de tous les flows disponibles en ligne, une série de documentaires pour France Culture. Ramener le rap sur cette chaîne de Radio France l’amuse :

« Ça ne serait plus “France Culture” mais “France Cultures” avec un “s”. Aujourd’hui le rap est partout, c’est un genre mal considéré et pourtant c’est celui qui vend le plus. Tout le monde en parle, Les Inrocks, même La Nouvelle Revue Française a consacré des articles aux textes de textes de Booba. Il faut redonner des lettres des noblesse à un genre dont beaucoup de gens ignorent les codes. L’application regroupe deux communautés : celle des rappeurs en herbe, et la communauté éducative. Tout l’enjeu de cette série docu est de faire le lien entre ces deux groupes. »

Pourquoi garder Rue89 Strasbourg gratuit 

Pourquoi garder Rue89 Strasbourg gratuit 

Depuis son lancement, Rue89 Strasbourg se finance par la publicité, l’accès aux articles est gratuit pour les utilisateurs. Ce modèle économique, classique dans les médias (chaînes d’infos en continu, radios…) a été choisi pour deux raisons. D’abord par facilité, il est plus facile de facturer une dizaine d’annonceurs que mille abonnés, mais également parce qu’il nous apparaissait important de diffuser nos informations au plus grand nombre.

Ce modèle a néanmoins deux inconvénients majeurs : il nous rend dépendants d’une poignée d’annonceurs (on navigue entre 30 et 40 clients par an) et il limite notre développement, dans la mesure où nos recettes ne suivent pas notre courbe d’audience. Chaque année, il nous manque entre 20 et 30 000€ pour boucler notre budget.

Le précédent Médiapart

Aujourd’hui, en ayant le succès de Mediapart en tête (100 000 abonnés), on peut se demander si le salut financier de Rue89 Strasbourg ne viendrait pas d’un accès payant aux articles. C’est le choix qu’a fait MarsActu à Marseille par exemple.

On vous la fait courte : non. Ah vous voulez savoir pourquoi ? Bon, d’abord parce que Rue89 Strasbourg n’est pas Médiapart. Malgré toute notre volonté de sortir des infos exclusives, objectif réalisé régulièrement, on n’a pas l’envergure de la rédaction de Médiapart (30 journalistes expérimentés dès sa fondation).

Et même si on l’avait, Médiapart a convaincu 0,1% de la population française, deux ans après sa création. Rapporté à l’agglomération strasbourgeoise, ça donnerait 450 abonnés. Difficile de construire un modèle économique sur aussi peu de lecteurs et surtout, nos enquêtes, nos datavisualisations, nos sujets de fond seraient réservés à un petit cercle déjà probablement très informé.

Un impératif démocratique

Pour nous, il est au contraire important que l’information politique, générale, d’intérêt public, se diffuse le plus largement possible. C’est sa raison d’être, c’est un impératif démocratique, même à l’échelle locale.

Et pour ça, il n’y a pas 36 manières, l’info doit être gratuite, partageable. Prenons l’exemple de l’article sur le conflit entre les Hôpitaux universitaires de Strasbourg et le Pr Christian Marescaux, 30 000 vues à l’heure où j’écris ces lignes.

Pourquoi ? Parce qu’il a été partagé sur Facebook, et repartagé plusieurs fois de suite, ce qui a permis à des milliers d’internautes de suivre cette histoire. Si un verrou avait réservé l’article aux abonnés, d’une part l’effet pour le Pr Marescaux et pour les Hôpitaux aurait été infiniment moindre et je suis convaincu que personne, absolument personne, n’aurait acheté cet article, même pour 1€.

Les seuls médias capables de vendre leurs articles sont les médias économiques (avec des entreprises comme clients et des dirigeants) et des médias de « niche » impactants. Autrement dit, les internautes achètent l’info s’ils en ont un impérieux besoin, une nécessité absolue, mais pas encore par simple intérêt, encore moins par souci d’une information variée.

Pour autant, l’idée de payer pour un journalisme de qualité progresse. Il faut trouver les formes, expérimenter. S’appuyer sur ceux qui peuvent prendre un abonnement, pour par exemple leur proposer des fonctions ou des services exclusifs. D’autres formes de financement par les lecteurs sont possibles également, autour du partage. Financer l’existence du média plutôt que le produit qu’il produit, c’est ce qui se dessine dans la nouvelle économie numérique d’aujourd’hui, où se diffuse une culture du partage plutôt que de la possession.

Donc voilà, ce qu’on va essayer de faire, c’est de rendre le modèle économique de Rue89 Strasbourg compatible avec ces lignes de forces, qui me paraissent incontournables dans la presse locale d’aujourd’hui : quelque chose entre le partage et le bien commun.

Pour ça, on a besoin d’une année et d’un peu d’argent pour adapter notre site web. Si vous aussi vous croyez en la nécessité d’un média local exigeant et gratuit, alors partagez cet article. Faites un post sur Facebook ou Twitter, faites le suivre par email à tous vos amis. On vient de prouver que les réseaux sociaux pouvaient générer 30 000 vues sur un article ! De quoi boucler cette campagne de financement en une journée !

Et n’hésitez pas à apporter votre commentaire sur ce modèle économique, vos remarques et vos idées sont les bienvenues !

Marathon Vidéo : découvrez les gagnants et votez pour le prix des internautes

Marathon Vidéo : découvrez les gagnants et votez pour le prix des internautes
Marathon Vidéo 48h : Faîtes votre choix.
Marathon Vidéo 48h : Faîtes votre choix.

Tous les courts-métrages réalisés en 48h lors du Marathon Vidéo sont en ligne. Jusqu’au mardi 23 juin, il est possible de voter pour le prix des internautes.

Les 40 équipes ont trimé pendant 48h le week-end du 14 et 15 juin. Elles ont livré leurs production dimanche soir. Le thème du Marathon Vidéo 2015 était « L’expérience interdite ». Avec comme contraintes : « intégrer la notion d’infinie » et « un œuf » dans les films.

Après la projection dimanche soir à l’UGC Ciné-Cité, les 39 vidéos sont désormais accessibles en ligne. Une des escouades a failli à sa mission. Cinq prix ont été attribués, mais il en reste un : celui des internautes. Il est possible de voter jusqu’au mardi 23 juin à 14h sur le site du Marathon Vidéo (cliquez sur cette phrase) grâce à un « like » Facebook. Découvrez les courts-métrages primés sur Rue89 Strasbourg et les 34 autres sur le  site du Marathon Vidéo.

Grand Prix du Marathon & Prix du Public : Pas touche !

Prix de l’image : Death Side Story

Prix du Scénario : Copy Right

Coup de Coeur de l’organisation : Mr.Oeuf

Mention Spécial du Jury : Super Eggs Me

 

Votez

Sur le site du Marathon Vidéo jusqu’au mardi 23 juin à 14h grâce à un « like » Facebook, après avoir cliqué sur une vidéo.
 

Aller plus loin

Sur Marathonvideo.fr : Le palmarès complet
Sur Rue89 Strasbourg : Le Marathon Vidéo 48h va tenter de retrouver son esprit originel

Islam à l’école : l’Alsace prête à sauter le pas ?

Islam à l’école : l’Alsace prête à sauter le pas ?
Abdelhaq Nabaoui : "Nous devons protéger nos enfants des manipulations."
Abdelhaq Nabaoui : « Nous devons protéger nos enfants des manipulations. » (Photo Mathieu Génon/Flickr/cc)

Suite aux attentats de janvier, la préfecture d’Alsace vient d’ouvrir le dossier hyper-sensible d’un enseignement sur l’islam dans les écoles publiques. Quelles chances ont les petits alsaciens musulmans de pouvoir suivre un cours confessionnel au même titre que leurs camarades catholiques, protestants et juifs ? Qui a les cartes pour faire aboutir les ambitions du préfet ? Rue89 Strasbourg a mené l’enquête.

Soutien à la construction de mosquées, cimetière musulman, islamologie à l’université… Les pouvoirs publics alsaciens font preuve de volontarisme sur l’intégration de l’islam. L’étape suivante sera-t-elle l’introduction d’un enseignement musulman dans les écoles publiques de la région ? En mai, l’Observatoire de la laïcité a appelé à rendre optionnel l’enseignement de religion à l’école en Alsace-Moselle, ignorant le souhait des musulmans de profiter de cet outil local. C’est pourtant dans ce sens que la préfecture d’Alsace a choisi d’avancer.

Le 26 mai, le préfet d’Alsace Stéphane Bouillon a chargé une commission spéciale de la question. Quelques jours plus tôt, Jean-Claude Herrgott, fonctionnaire en charge des cultes auprès du préfet, dévoilait ses ambitions lors du passage à Strasbourg de l’imam libéral de Bordeaux Tarek Oubrou. Il annonçait l’imminente mise en place d’un « groupe de travail sur l’éveil cultuel [musulman] dans l’école publique » et une probable « première expérimentation à la rentrée, en primaire ou au collège ». Depuis, la préfecture se refuse à tout commentaire.

Une instance mise en place en mai

Les attentats de janvier ont mis à l’ordre du jour le sujet d’un enseignement de l’islam dans les écoles alsaciennes. En mai, le préfet a mis en place une instance locale de dialogue avec l’islam, suite à la venue à Strasbourg en mars du premier ministre Manuel Valls. Elle rassemble les responsables musulmans de la région, les universitaires strasbourgeois Francis Messner et Éric Geoffroy, la Région, l’Eurométropole, et le Rectorat. Le préfet a retenu trois chantiers : la place des femmes dans les instances musulmanes, la formation et le statut des imams et aumôniers, et l’enseignement de l’islam à l’école.

Rappelons que l’enseignement religieux obligatoire est dispensé sur les heures de cours à l’école primaire, puis proposé en plus au collège et au lycée. Il est facile d’obtenir une dispense. Jusqu’au CM2, les élèves non-inscrits, suivent alors un cours de morale. Au collège et au lycée, ils sont libres. En 2010, 30% des collégiens et 14% des lycéens des trois départements suivaient ces enseignements. À Strasbourg, on compte même 72,4% de dispensés dès le primaire.

Le ministre de l'Intérieur et des Cultes Bernard Cazeneuve et la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud Belkacem ont accompagné Manuel Valls à Strasbourg pour parler d'islam de France. Philippe Devernay/MENESR/cc
En mars, le ministre de l’Intérieur et des Cultes Bernard Cazeneuve et la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud Belkacem ont accompagné Manuel Valls à Strasbourg pour parler d’islam de France. (Photo Philippe Devernay / MENESR / cc)

Pour Abelhaq Nabaoui, vice-président du Conseil régional du culte musulman (CRCM), cette main tendue est bienvenue :

« Le préfet nous a assuré que cette instance n’était pas là pour remplacer le CRCM mais pour l’aider à avancer. C’est une très bonne chose que la préfecture accompagne l’organisation du culte, car le CRCM n’a pas de moyens. »

Instruire pour « protéger nos enfants »

L’enseignement de l’islam était déjà une priorité du CRCM avant les attentats de janvier. L’une de ses commissions réfléchissait en interne sur une formule à destination des élèves des collèges et lycées. 

Pour Abedlhaq Nabaoui, l’enseignement de l’islam doit agir comme un rempart contre la radicalisation :

 « Les jeunes consomment ce qu’ils trouvent sur Internet. Nous devons les vacciner contre les idées extrémistes. Nous voulons protéger nos enfants des manipulations. »

Au-delà de la déclaration d’intention, le préfet et ses partenaires s’entendront-ils sur la même chose ? Responsables et membres associatifs musulmans, fonctionnaires du Rectorat, et élus de la Région devront se mettre d’accord sur un contenu d’enseignement, la formation et le statut des enseignants qui le dispenseront, le choix des établissements pilotes.

Murat Ercan, futur président du CRCM, se veut confiant :

« Pour le lycée, c’est plutôt bien parti. Pour le collège et le primaire, il nous reste beaucoup de travail.  Nous allons commencer à travailler dès cet été, en vue d’une première réunion en septembre. Nous n’aboutirons donc pas pour la rentrée. Je mise plutôt sur celle de 2016. »

Quel serait l’objet d’un enseignement sur l’islam ? Traiterait-il de fait religieux, c’est-à-dire de l’islam comme fait de société, ou s’agirait-il d’un cours de religion à proprement parler ? Pour Abelhaq Nabaoui, c’est justement tout le débat qui va devoir être tranché au sein de l’instance de la préfecture :

« Fait religieux ou religion, c’est la question la plus importante et nous ne l’avons pas encore tranchée. Je ne vois pas le problème de penser à un cours de religion, si on travaille avec l’Académie, sachant que nous avons un régime qui le facilite. »

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Controverse juridique

En Alsace-Moselle, l’État organise une heure d’enseignement de religion par semaine pour les élèves du CP à la terminale, pour les quatre cultes dits « concordataires » : les catholiques, les protestants luthériens et réformés (unis depuis 2006) et les juifs. D’après l’Observatoire de la laïcité, impossible d’étendre cette exception scolaire au culte musulman : En 2013, dans son jugement sur la rémunération publique des pasteurs en Alsace-Moselle, le Conseil constitutionnel a souligné que le régime local des cultes reste valable mais ne peut pas s’étendre à de nouveaux bénéficiaires.

Le Concordat et les textes de reconnaissance des cultes protestants et juifs se sont maintenues en Alsace-Moselle depuis le XIXème siècle car le territoire était allemand en 1905, lors de la séparation de l'Eglise et de l'Etat en France. Viagens5/Flickr/cc
Le Concordat et les textes de reconnaissance des cultes protestants et juifs se sont maintenues en Alsace-Moselle depuis le XIXème siècle car le territoire était allemand en 1905, lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France. (Photo Viagens5 / Flickr/ cc)

Le Strasbourgeois Éric Sander, secrétaire général de l’Institut du droit local, réfute cette interprétation :

« Le statut scolaire d’Alsace-Moselle est complètement autonome par rapport aux textes qui concernent les cultes reconnus. Par ailleurs, il prévoit simplement un enseignement de la religion à l’école publique sans dire de quelle religion. Donc si les pouvoirs publics ont la volonté d’utiliser cet outil pour introduire un nouveau cours de religion, le droit le leur permet. »

Une réflexion amorcée par la Région en 2011

S’appuyant sur son raisonnement, la Région Alsace a coordonné une première réflexion sur un enseignement de l’islam entre 2011 et 2012, dans le cadre de son comité interreligieux.

Pour Lilla Merabet, conseillère régionale sans étiquette mais élue sur une liste de la majorité de droite qui a suivi le dossier, le rôle de la Région était alors d’offrir « un lieu de neutralité pour que les gens puissent travailler » et de faciliter la liaison entre la préfecture, le Rectorat et le CRCM. Elle explique :

« L’idée était de voir si l’Alsace pourrait être un jour un laboratoire, avec des outils pédagogiques. Il fallait être vigilant avec les uns et les autres, bien rassurer sur le fait que l’idée n’était pas d’inscrire l’islam dans le Concordat. »

C’était Driss Ayachour, à l’époque président du Conseil régional du culte musulman et aujourd’hui président de la Coordination des associations musulmanes de Strasbourg, qui avait porté le projet de définition d’un programme. Pour le composer, il avait surtout pris conseil sur les expériences allemandes et l’approche pédagogique des protestants.

Selon Lilla Merabet, ce travail a porté ses fruits :

« Les programmes pour l’islam sont prêts de la sixième à la terminale. Ils développent les cinq piliers de l’islam, la place de la femme en islam, les pratiques de solidarité, ils contextualisent la religion à travers ses grands courants historiques… Ce contenu est plus envisagé comme de l’éducation civique. Il vise en priorité les enfants musulmans, dont les familles n’ont pas de lieu pour transmettre l’islam comme héritage culturel. »

En partant de ce programme existant, Lilla Merabet se veut donc optimiste sur l’ambition de la préfecture :

« Cela peut aller très vite. Mais il faut les bons partenaires. Libre aux responsables musulmans de décider de ce qu’ils veulent faire de ce programme. Mais aujourd’hui, la question se pose de leur responsabilité vis-à-vis de l’intérêt général. »

Mais où est passé le programme musulman ?

Entre les lignes, on devine le regret que Driss Ayachour du CRCM ne suive plus le dossier et une réserve à coopérer avec les nouveaux responsables musulmans alsaciens, jugés très conservateurs. Car depuis 2013, le jeu a changé au CRCM. Après l’ouverture du cimetière musulman puis de la grande mosquée, Driss Ayachour et la Coordination des associations musulmanes de Strasbourg ont perdu la présidence de l’instance représentative.

Elle est désormais aux mains d’une alliance entre le Ditib, mouvement rattaché aux affaires religieuses turques (Projet de faculté islamique de Hautepierre), le Millî Görüs, mouvement d’influence turque et conservatrice (mosquée Eyup Sultan de la Meinau) et une Union d’associations musulmanes alsaciennes dont l’Union des organisations islamiques de France (réputée proche des Frères musulmans, mosquée Al Nour de Mulhouse).

Abdelhaq Nabaoui et Eyup Sahin, vice-président et actuel président du CRCM, le 9 janvier à Strasbourg lors du rassemblement de réaction aux attentats terroristes à l'appel des musulmans. Claire Gandanger/Flickr.cc
Abdelhaq Nabaoui et Eyup Sahin, vice-président et actuel président du CRCM, le 9 janvier à Strasbourg lors du rassemblement de réaction aux attentats terroristes à l’appel des musulmans. (Photo Claire Gandanger / Flickr / cc)

Dans la transition, le dossier enseignement de Driss Ayachour s’est perdu. Abdelhaq Nabaoui (UOIF) ne cache pas son amertume :

« Nous avons demandé ce programme à Driss Ayachour. Nous l’avons demandé à la Région. Personne n’a voulu nous le donner. C’est dommage, et c’est pour cela que nous avons tout recommencé à zéro. »

Driss Ayachour, toujours membre du CRCM, concède un « regrettable manque de continuité » entre les deux bureaux sur le sujet, sans expliquer ce que son travail est devenu. Pourtant, Murat Ercan (Ditib) assure qu’il n’y a pas de divergence idéologique :

« On devrait pouvoir s’entendre sur les grandes lignes définies par Driss Ayachour. Sur le contenu du programme, qui n’a pas encore été validé, je ne pense pas qu’il y ait de désaccord. »

Pour le Rectorat, c’est aux cultes reconnus de parler pour les musulmans

Au Rectorat, on reconnaît une communication informelle avec Driss Ayachour lors de sa réflexion sous l’égide de la Région. Mais aucun programme ne lui a jamais été présenté officiellement. L’autorité académique pointe un grand absent dans le jeu qui s’ouvre à la préfecture : les Églises reconnues.

Elle explique que légalement, l’initiative d’un nouvel enseignement musulman ne peut revenir qu’aux autorités religieuses reconnues en Alsace-Moselle, qui présentent leurs programmes et leurs enseignants au Rectorat à chaque printemps pour validation lors d’une très locale « conférence des autorités religieuses et académiques ».

« Le Rectorat organise les cours de religion des quatre cultes reconnus et n’avons aucun droit d’y ajouter une religion supplémentaire. Nous ne bloquerons pas cette demande. Mais nous ne jouons même pas un rôle de médiateur. Le CRCM doit aller voir les autres cultes pour qu’ils fassent une place aux musulmans à l’école. »

Les Églises favorables à un enseignement interreligieux

Les Églises reconnues sont-elles prêtes à pousser jusque-là leur soutien, alors que leurs propres enseignements sont remis en question ? Elles disent n’être « pas opposées » à la mise en place d’un enseignement religieux musulman aux côtés des leurs. Elles soulignent cependant que c’est à l’État de prendre l’initiative politique.

En primaire, 44% des écoliers alsaciens se sont fait dispenser d'enseignement de religion en 2014, 22% de plus qu'il y a cinq ans. Malika Akilam/Flickr/cc
En primaire, 44% des écoliers alsaciens se sont fait dispenser d’enseignement de religion en 2014, 22% de plus qu’il y a cinq ans. Malika Akilam/Flickr/cc

Aujourd’hui, c’est toutefois l’horizon interreligieux qui les mobilise. Catholiques et protestants sont au travail pour proposer un enseignement commun sur une base interreligieuse dans le secondaire. Pour Christian Albecker, président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine, il y a là une porte ouverte aux musulmans :

« On ne va pas les prendre par la main mais s’ils nous sollicitent nous serions disposés à les accompagner. »

Alors que le débat sur la place du fait-religieux musulman à l’école fait rage au niveau national, l’État osera-t-il réformer l’enseignement de religion en Alsace-Moselle ou laissera-t-il les Églises arbitrer elles-mêmes de la place qu’elles veulent laisser aux musulmans ?

Aller plus loin

Culture religieuse : la démarche protestante en Alsace-Moselle, dans la revue Educatio

Sur Rue89 Strasbourg : Les musulmans divisés sur le délit de blasphème

#Conseil régional du culte musulman#Eric Sander

Régis Pietronave : « Un média avec une image cool, à laquelle je m’identifie »

Régis Pietronave : « Un média avec une image cool, à laquelle je m’identifie »
Régis Pietronave
Régis Pietronave

Il est la cheville ouvrière du développement commercial et marketing de Rue89 Strasbourg. A 27 ans, Régis Piétronave est déjà un commercial expérimenté. Originaire de Herrlisheim, Régis est titulaire d’un BTS en management des unités commerciales. Après un passage chez Pôle Emploi en tant que conseiller, il est embauché en CDD aux Dernières nouvelles d’Alsace. Ce n’est qu’à la fin de ce contrat qu’il intègre l’équipe de Rue89 Strasbourg, en septembre 2012. Il raconte :

« Je connaissais déjà Rue89 national, dont je lisais de temps en temps les articles. Ce qui me plaisait, c’était l’angle un peu différent, les enquêtes, le côté innovant d’un pure player. J’ai trouvé ça chouette qu’une antenne se monte à Strasbourg. Alors, quand Pierre France m’a proposé de rentrer dans l’équipe, j’ai dit oui ! »

L’esprit « start up », c’est ce qui galvanise Régis. Il continue :

« Faire avancer ses idées, participer au développement du projet dans son ensemble, ne pas avoir à remplir un formulaire pour demander un stylo, ne pas être juste un numéro dans une grosse boîte, où le seul truc qui importe, c’est de faire du chiffre… Tout ça, j’adore. Et puis, c’est un média dont je suis fier à l’extérieur. Un média qui a une image cool, à laquelle je m’identifie ! »

Pouvoir être « réellement corporate », acquérir une expérience importante en tant que jeune professionnel, autant de points très positifs pour Régis. Son rêve : « Que l’entreprise grandisse et que je puisse animer une équipe ».

Un écran géant place Kléber pour les deux matches de finale de la SIG

Un écran géant place Kléber pour les deux matches de finale de la SIG
Les matches 3 et 4 de la finale de la SIG se joueront à Limoges, mais seront diffusés sur écran géant place Kléber. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les matches 3 et 4 de la finale de la SIG se joueront à Limoges, mais seront diffusés sur écran géant place Kléber. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Un écran géant place Kléber permettra de suivre les matches 3 et 4 de la finale du championnat de France de basket, qui oppose Strasbourg à Limoges, jeudi 18 juin et samedi 20 juin. Les deux rencontres se disputeront à 20h50, à Limoges. Elles sont par ailleurs diffusées sur la chaîne Canal+ Sport.

Pour être sacrée champion de France, la SIG doit l’emporter par trois fois. Après les deux premières manches à Strasbourg, les deux équipes sont à égalité une victoire partout. Un cinquième match éventuel se disputera à Strasbourg.

Y Aller

Matches 3 et 4 de la finale du Championnat de France de basket, diffusion sur écran géant des deux rencontres Limoges – Strasbourg, jeudi 18 et samedi 20 juin à 20h50, place Kléber à Strasbourg.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Comment la SIG gagne avec un joueur dont elle voulait se débarrasser
Sur Rue89 Strasbourg : La SIG veut un sponsor pour une nouvelle salle
Sur Rue89 Strasbourg : le blog Streetball89

Lanceur d’alerte, le Pr Christian Marescaux poursuivi par l’hôpital

Lanceur d’alerte, le Pr Christian Marescaux poursuivi par l’hôpital
Le Pr Christian Marescaux (Photo Caroline Coq-Chodorge / Médiapart)
Le Pr Christian Marescaux (Photo Caroline Coq-Chodorge / Médiapart)

C’est une audience peu banale qui doit se tenir devant le tribunal correctionnel de Strasbourg ce lundi. Le Pr Christian Marescaux est poursuivi par… son employeur, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg pour diffamation. En cause, les alertes lancées par le neurologue concernant les retards de prises en charge aux urgences, suite à l’indisponibilité des appareils de radiologie.

En cas de suspicion d’un accident vasculo-cérébral (AVC), sachez qu’il vous faudra attendre en moyenne 9 heures et 35 minutes aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) avant que débute votre prise en charge. Ce chiffre un brin effrayant est issu d’une thèse de médecine, soutenue en juin, et portant sur l’accueil de 374 patients aux urgences entre juin et juillet 2013. Et pour l’imagerie cérébrale, ajoutez 3 heures et 36 minutes, en moyenne.

Pourtant, comme dit la pub du Ministère de la santé, en cas de suspicion d’AVC, « chaque seconde compte », tout retard dans le diagnostic ou la prise en charge entraîne de sévères complications et des handicaps lourds. Aux HUS, la difficulté d’accès à l’Imagerie par résonance magnétique (IRM) pour les patients des urgences a pourtant été dénoncée depuis 2007 au moins par les responsables des services des urgences et de neurologie, notamment à la suite de complications chez plusieurs patients.

Ainsi en 2010, une patiente arrivée aux urgences de Hautepierre à 5h du matin avec des fourmillements aux quatre membres n’a pu bénéficier d’un examen IRM que vers 21h, alors qu’elle était devenue tétraplégique depuis 8h du matin !

« Au secours »

En 2011, dans un email envoyé à la direction et intitulé « au secours », le Pr Jérôme De Seze, neurologue au CHU de Hautepierre, s’alarme :

« Que faut-il faire dans ce CHU pour que nos patients puissent avoir accès à une IRM ? Les machines sont saturées par des consultations externes (publiques et privées) et les médecins des services n’ont aucun accès à l’IRM… Mes collègues s’épuisent à demander en permanence ces examens avec un succès de 0% cette semaine. C’est plus que démoralisant. »

Dans un email envoyé au directeur des HUS en juin 2010, le chef du service de neurochirurgie d’alors, aujourd’hui décédé, alerte :

« Nous sommes confrontés à une limitation des examens dans la journée, puisque les créneaux de l’IRM sont très occupés. Beaucoup de patients sont hospitalisés plusieurs jours (de 2 à 8 jours) en attendant des examens d’IRM. »

Des allures de guerre des tranchées

En juillet 2013, lassé par l’inaction de l’hôpital, le Pr Christian Marescaux (à ne pas confondre avec son frère, le Pr Jacques Marescaux qui dirige l’Ircad), adresse un signalement au procureur de la République. Puis il fait publiquement état de ces dysfonctionnements aux HUS en janvier 2014, dans un article de Médiapart. Il cite plusieurs cas de prises en charge inappropriées par les HUS. À partir de là, les relations déjà houleuses entre le neurologue et la direction des HUS prennent une allure de guerre des tranchées.

Lorsqu’en avril, le Pr Christian Marescaux répète ces accusations devant plusieurs médias à la suite du décès du responsable de la neurochirurgie, les HUS décident de le poursuivre pour diffamation publique. L’audience doit se tenir lundi 15 juin devant le tribunal correctionnel de Strasbourg.

Pr Christian Marescaux : « Je grippe la machine à sous »

Pour le Pr Christian Marescaux, cet acharnement n’a qu’un but, étouffer toute critique, envoyer un message à ceux qui seraient tentés de l’ouvrir :

« Je suis celui par qui le scandale arrive, je grippe la machine à sous des examens privés avec mes petits problèmes des patients des urgences, sans le sou et souvent banals. Ce que je dénonce, avec d’autres rares confrères, l’hôpital refuse de le voir, on ne veut pas ouvrir le débat de fond. Cette procédure, c’est l’épilogue de deux années de harcèlement invraisemblable, qui a touché mes proches, une partie de mes collègues, mes supposés soutiens, etc. Mais j’ai préparé avec mon avocat 80 pages de preuves de ce que j’avance, et une centaine de pages d’annexes. On verra bien qui ment au final ! »

Contactée, la direction des HUS n’a pas souhaité répondre à nos questions, indiquant réserver ses arguments pour le tribunal. Mais il est fort possible qu’elle n’ait pas l’occasion de les développer, car une première plainte des HUS en diffamation contre le Pr Marescaux a été jugée irrecevable en mai par la Cour d’appel de Colmar, en raison d’imprécisions dans sa rédaction. Or la seconde, jugée ce lundi, est rédigée avec les mêmes erreurs de formes.

Le débat sur les dysfonctionnements aux HUS risque donc d’être une nouvelle fois escamoté. Et en attendant, le nom du Pr Christian Marescaux a été retiré des entêtes du service de neurologie et toutes ses responsabilités, ainsi que ses gardes, lui ont été retirées.

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