L’entrée du lycée Jean Monnet au Neudorf, Strasbourg (Photo Roland Burckel / Archi Strasbourg / cc)
Suite à la mobilisation de parents d’élèves et d’enseignants du lycée Jean Monnet à Strasbourg, l’Académie de Strasbourg est revenue sur sa décision de « geler » l’ouverture d’une section Abibac pour les élèves entrant en seconde en septembre 2015. Dans notre précédent article, Rue89 Strasbourg indiquait comment la suspension de cette filière pouvait mettre en danger l’équilibre social au sein de cet établissement, qui recrute essentiellement sur les collèges du sud de Strasbourg et à Geispolsheim.
À la suite d’une réunion à l’Académie, les parents d’élèves ont apporté une dizaine d’inscriptions fermes à la filière Abibac du lycée Jean Monnet, filière qui permet de présenter en terminale à la fois le baccalauréat français et l’abitur allemand. L’académie n’en avait reçu que sept, et avec décidé que le maintien de cette filière l’an prochain ne se justifiait pas. Les principaux des collèges avaient été informés de rediriger les candidats vers d’autres lycées, ce qui avait provoqué la mobilisation des parents d’élèves et des enseignants.
Néanmoins, le lycée Jean Monnet a été encouragé à améliorer son image et à mettre en valeur l’intérêt de cette filière auprès des collèges de recrutement, pour éviter que le même problème ne se repose l’an prochain.
Le tribunal du contentieux et de l’incapacité est composé d’un président, de deux assesseurs, d’un médecin, mais aucun n’a de formation de magistrat. (Photo : Rue89 Strasbourg)
Le tribunal du contentieux de l’incapacité à Strasbourg est méconnu, manque cruellement de moyens et traite ses dossiers à tour de bras. Pourtant, en cas d’accident ou de maladie professionnels, tout le monde peut se retrouver coincé devant cette juridiction, qui décide de remettre en cause ou non l’indemnisation attribuée par la Sécu.
Marie (le prénom a été changé) a travaillé trente ans dans le milieu hospitalier. Au moment d’une restructuration de l’hôpital, elle a même « joué le jeu » et accepté de rejoindre une autre équipe, celle des stérilisateurs. Une activité plus physique, plus intense et « longtemps en sous-effectif ». Mais dix ans plus tard, à 54 ans, son corps ne suit plus. Comme beaucoup d’employés soumis à des tâches physiques et répétitives, elle souffre de douleurs aux épaules et aux mains. Elle a été licenciée, déclarée inapte à assurer son travail.
« Pour les épaules, j’ai eu deux reconnaissances de maladie professionnelle. La Sécu m’a annoncé que je pouvais avoir une indemnisation ponctuelle de 3 500 euros. Ça me semble peu. Je me suis esquintée la santé pour ma boîte, et à l’arrivée je me retrouve le bec dans l’eau, sans possibilité de retrouver du travail ».
Sur le courrier que Marie a reçu de la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie, la Sécurité sociale) pour lui annoncer son indemnisation, il est indiqué que son seul recours pour contester ce montant est de saisir le tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI).
Ce tribunal, elle n’en avait jamais entendu parler. Elle est loin d’être la seule. Alors que les palais de justice ne se conçoivent habituellement que parés de leurs grandioses frontons néo-classiques flanqués de colonnes, le TCI de Strasbourg passe inaperçu depuis la rue, caché dans une partie d’un bâtiment sans charme de la cité administrative, tout au fond d’un couloir mal éclairé.
Peu connu, opaque, verrouillé de l’intérieur par le secret médical, cet “enfant pauvre” de la Justice traite ses affaires dans un mélange de jargon médical et administratif. Il a tout pour faire fuir les caméras. Pourtant, n’importe qui, la vie brisée par un accident ou une maladie du travail, ou tout simplement par la vieillesse, peut se retrouver un jour devant cette juridiction et voir son avenir s’y jouer.
Une épaule douloureuse ? 8%. Un œil en moins ? 25%
C’est le cas de Marie. Un an après sa saisie du TCI, c’est enfin son tour : elle entre dans la petite salle du tribunal, qui aurait pu aussi bien passer pour un simple bureau, où quelques tables sont disposées en U. Sur des feuilles en papier sont précisés les rôles des différents membres du tribunal, assis face à elle. Il y au milieu le président, entouré de deux assesseurs (un représentant des salariés et un représentant des employeurs) et un médecin.
Après un résumé de sa situation et un rapide examen médical dans la salle d’à côté, le couperet tombe : le médecin déclare que son taux d’incapacité à l’épaule est bien de 8%.
Le tribunal s’appuie sur l’examen du médecin pour décider du pourcentage d’indemnisation à attribuer. (Photo LM / Rue89 Strasbourg)
Marie s’étonne :
« Mais j’ai aussi mal à la main maintenant, c’est lié. J’ai été opéré du syndrome du canal carpien. »
En face, le tribunal ne parle pas la même langue :
« Nous ne nous prononçons ici que sur la notification de la CPAM concernant votre épaule droite, afin d’évaluer si elle se situe effectivement à 8%. Nous suivrons ou non l’avis du médecin, mais nous ne pourrons pas beaucoup nous en éloigner. »
Les tableaux des maladies professionnelles sous le coude, le tribunal fonctionne à partir des mêmes barèmes que la Sécurité sociale et distribue des pourcentages en fonction du type de pathologie et de travaux effectués. Un œil en moins ? 25%. Deux ? 80%. Un mal de dos ? 5%.
La CPAM et le TCI sont donc souvent du même avis, comme le fait savoir le président de l’audience, Alain Mège :
« Sur dix affaires, il y a au minimum six ou sept rejets. »
Décourageant ? Il existe quand même une petite marge de manœuvre : au tribunal d’apprécier chaque situation. Un coefficient professionnel peut par exemple être ajouté lorsque le handicap empêche de continuer son travail, un coefficient très souvent « oublié » par la CPAM.
Quelques pourcentages en plus, et un 8% se transforme en 10%. Et 3 500 euros d’indemnisation pourraient se transformer en une rente à vie, et permettre à Marie de souffler en cherchant un nouveau travail.
Des plaignants souvent sans défense
Encore faut-il pour cela qu’elle défende son cas. À cette audience, elle est venue avec un épais dossier médical, mais sans trop savoir sur quoi elle pourrait jouer, comment se faire entendre devant un tribunal. Elle ne savait même pas qu’elle pouvait se faire représenter par un avocat ou avoir droit à l’aide juridictionnelle.
Une situation courante, commente le président de l’audience, Alain Mège :
« Quand on leur parle de tribunal, beaucoup de gens répondent : “surtout pas”. C’est un mot qui fait peur, surtout pour notre “clientèle”, qui est en majorité composée de gens fragiles. Ce sont des gens qui ont perdu leur job, des gens handicapés, des gens qui sont dans une situation psychiatrique difficile. »
C’est donc une population en difficulté sociale, déjà stigmatisée, qui se retrouve devant cette juridiction opaque. Ces personnes sont souvent peu préparées, sans défense, parlant parfois mal le français. Mais tout cela, le tribunal ne peut pas en tenir compte.
Les requérants qui se retrouvent à se défendre seuls devant le TCI sont souvent en difficulté sociale. (Photo LM / Rue89 Strasbourg)
Marie finit par se lever à regret de sa chaise, consciente d’avoir eu peu de prise sur le jugement, même si les détails de son dossier médical les plus intimes ont été dévoilés et jugés un à un. Elle tente une ultime réplique avant de quitter la salle :
« C’est très douloureux, il y a beaucoup de choses que je ne peux plus faire au quotidien, porter des courses, m’occuper d’enfants. Et il y a ce licenciement que j’ai subi… »
On lui répond sans ménagement :
« Nous ne pouvons pas nous substituer aux problèmes sociaux. Il y a un chiffre et nous disons s’il est bon ou s’il n’est pas bon. Pour le licenciement, vous pouvez aller voir les prud’hommes. »
Une juridiction oubliée
L’audience de Marie n’aura duré qu’une vingtaine de minutes, dont sept minutes d’examen médical. Il faut aller vite, car derrière elle, la salle d’attente est encore pleine. En une après-midi, le TCI doit traiter une dizaine d’affaire différentes. En un an, 1 500 affaires, venues de toute la région, passent par ce petit tribunal.
Et pourtant, il apparaît comme une juridiction oubliée et manque cruellement de moyen : la Sécurité sociale lui alloue 300 000 euros par an. Au-delà de l’éventuel conflit d’intérêt entre Sécu et justice sur lequel on pourrait s’interroger, ce budget est très réduit et suffit à peine à couvrir son fonctionnement, ses investissements et à payer quatre secrétaires.
Pour Patrick Kintz, président du TCI (ancien président du tribunal administratif de Strasbourg à la retraite), ce « pur scandale » comme il le définit lui-même a une explication simple :
« Ce tribunal a été créé récemment – il y a 11 ans -, il est méconnu et les Français ne s’intéressent pas à la justice. »
Le président de séance et ses assesseurs ne sont ainsi pas payés grassement : environ 80 euros l’audience d’une douzaine de dossiers. Les médecins sont un peu mieux lotis : 150 euros l’audience. Les équipes changent souvent, chaque personne assure une à deux audiences par mois.
Des assesseurs sans formation en droit
Cette petite rémunération ne pose aucun problème à Alain Mège, 76 ans, retraité :
« Je le fais presque comme une activité bénévole, je me sens un peu utile. Je reste juriste dans l’âme et c’est une activité qui me plaît. »
Les présidents ne sont donc pas des magistrats, mais des volontaires qui doivent seulement « avoir porté, au cours de leur carrière, un intérêt au droit », indique Patrick Kintz : « Ce n’est pas surprenant, cela se voit aussi aux prud’hommes par exemple ».
Les deux assesseurs et le président, ici Alain Mège, sont rémunérés environ 80 euros l’audience. (Photo LM / Rue89 Strasbourg)
Autre point qui interroge : la sélection des assesseurs. Issus des organisations syndicales, ils n’ont aucune formation particulière en droit. Alors au bout de chaque journée d’audience, même portés par leur commune « passion » du droit, les membres du tribunal finissent rincés par la dizaine d’affaires du jour et à perdre patience face aux requérants, qui demandent, eux, toujours plus d’explications face à ces imbroglios administratifs et réclament une oreille plus attentive sur leur situation sociale et médicale.
Et Marie alors ? Marie, elle, n’a plus qu’à attendre la confirmation de son jugement le 15 juillet. Elle pourra le cas échéant faire appel de la décision. Si elle en a le courage.
Ex-journaliste à Ouest-France, je termine deux années de formation au journalisme web à Metz. Je suis à la rédaction de Rue89 Strasbourg pour le mois de juin.
Quand l’unité d’une fratrie rend sa force à chacun des corps qui la compose (Photo Ad Vitam)
C’est l’histoire de cinq sœurs, de leur beauté arrogante qui dérange, de leur fière insolence qui rayonne, et de leur façon de s’imposer comme un corps collectif conquérant et indomptable. Orphelines, elles sont livrées de leur oncle autoritaire, profondément rétrograde et violent, qui tient absolument à les enfermer pour « protéger » leur virginité et arranger leur futur mariage. Mais face à la mustangitude de ces adolescentes, rien ne se passe comme prévu.
Le drame a lieu en Turquie, dans une province d’Istanbul, partagée entre des traditions ancestrales et une modernité qui s’infiltre subrepticement à tous les niveaux. Le seul domaine qui reste vierge de toute influence extérieure, est celui de la condition féminine et du cadre ultra rigide dans lequel se négocient les alliances entre familles. La pression est énorme et la vitalité des cinq sœurs tranche avec les barreaux de la prison où s’étiolent leurs rêves et leurs espoirs.
Mustang, est le nom de ce cheval sauvage qui a besoin de courir dans les grands espaces sans nécessité d’aller nulle part, juste pour éprouver sa liberté de mouvement. La beauté de ces chevaux n’a d’égal que la puissance de leur corps lancé au galop dans les grands espaces désertiques.
La bande annonce
Les cinq sœurs, longues crinières au vent, voient leurs corps privés de leurs désirs, et leurs esprits coupés de toute aspiration à l’émancipation et au plaisir. La seule porte de sortie possible, l’unique issue de cet enfermement, est le mariage. Mais celui-ci ne se fait que sous l’autorité totale d’un oncle possessif et pervers qui garde jalousement la virginité de sa progéniture.
Un film tendu mais plein de joie
La vitalité de chacune des filles prend des formes différentes, mais chacune exprime cette liberté à jamais irréductible de façon singulière. La tension est énorme entre la fougue des corps et la violence d’une autorité sans limite, mais l’humour et la poésie sont au rendez-vous, et la joie de vivre semble ne jamais tarir malgré le poids des contraintes familiales et sociales.
On n’enferme pas les rêves dans des murs: on les fait juste grandir (Photo Ad Vitam)
Ce premier long métrage de la jeune franco-turque Deniz Gamze Ergüven n’a rien à envier à Virgin Suicide de Sophia Coppola, même s’il est évident qu’il en est fortement inspiré. Il n’y a rien de morbide dans l’évolution de ces sœurs qui font feu de tout bois, et la mort elle-même semble être un cri ultime de liberté. Malgré le tragique de la situation, à chaque étape qui est franchie dans le sens de la répression, l’émotion prend la place de la colère et la beauté de ces visages devient la figure de l’espoir.
No Passaran !
Les cinq sœurs font de leur prison le siège d’une résistance qui ne faiblit pas, et nous invitent à partager leurs batailles et leurs rêves. La rébellion qui grandit proportionnellement à l’oppression crée une empathie qui évolue et grandit sans cesse.
La puissance subversive de la libido féminine n’a pas dit son dernier mot, en orient comme en occident. C’est avec cette réalité que le XXIe siècle devra composer, et ce quelque soit l’endroit du monde où l’on tente d’en faire l’économie, ou de mettre œuvre son écrasement.
A voir à Strasbourg, aux Cinémas UGC Ciné-Cité et au Star Saint-Exupéry
Mordue de ciné, de rock et d’expos peinture, passionnée de cuisine et pâtisserie, gourmande de BD, réseaux-sociaux-addicted, adepte croyante mais non pratiquante de la psychanalyse. Sinon, je déteste le fenouil, les piscines, discuter politique et les promenades dans la nature.
Les Escrocs du Swing, en ouverture de la Rue du Cam, le 1er juillet (Doc. remis)
Du 1er au 12 juillet, le festival La Rue du Cam propose apéros, concerts, théâtre, expositions et guinguette en plein air et en entrée libre sur la terrasse du Camionneur. Coup d’œil à l’affiche et suggestions non-exhaustives pour bien commencer l’été.
Tous les jours, de 18h à 22h, le Camionneur enfilera ses habits d’été à l’occasion de son festival des arts en terrasse du 1er au 12 juillet. Oui, en terrasse, entre la voie ferrée et le Camionneur. On espère que les riverains seront plus patients que ceux de la place Broglie, dont l’un d’eux a eu raison des concerts en terrasse du Café de l’Opéra.
Dès mercredi 1er juillet, les festivités débuteront avec le jazz manouche remuant des Escrocs du Swing, tandem de gadjos alsaciens (Arnaud Mathis et Sébastien Kohler) qui s’est fait pour spécialité de reprendre les standards de Django et des parrains de la galaxie manouche.
Restons dans l’univers des reprises de standards, le lundi 6 juillet, avec le filon blues-folk de BlueBox. Au chant et à la guitare, Laurent Mothiron, alias Mony (chef de file du groupe Mony and the Hatmen), et à la seconde guitare, Eric Gracient :
La veille, dimanche 5 juillet, on retrouvera le folk inspiré et poétique d’autres vieilles connaissances, Hélène Brauener et Fred Lichtenberger, les deux piliers du groupe folk-rock Grand March, qui monteront là sur scène avec un autre couple, Magali Martin-Lanoy et Cyrille Martin. Voici Backyard Folk Club, l’un des coups de cœur au long cours de Rue89 Strasbourg (que nous vous avions déjà présenté de manière un peu plus détaillée dans un article à lire ici). Le groupe jouera d’ailleurs le 12 juillet prochain à Décibulles avec l’étiquette de vainqueur du tremplin 2015 du festival de Neuve-Eglise.
Une Abeille chanteuse
Si le bourdonnement festif d’une abeille douée en chant vous intrigue et vous inspire, il faudra venir le samedi 4 juillet, non pas pour s’incliner, main sur le cœur, devant « The Star-Spangled Banner » à l’occasion de l’Independance Day, mais pour un live pas piqué des hannetons signé Une Abeille dans le Bonnet. Rue89 Strasbourg vous avait, là aussi, déjà parlé de ce combo strasbourgeois ô combien atypique et inspiré (article à retrouver ici) qui sait marier les influences et les époques pour obtenir un cocktail bien rafraîchissant :
Lui propose de la rêverie, des ballades et du swing en chanson : c’est Olivier Musica, dont le premier album, Dessiner l’horizon, est sorti à l’automne 2014. Pour retrouver le swing séduisant du Strasbourgeois, imprégné de jazz et d’une culture rap et freestyle bien ancrée et perceptible dans son écriture ciselée et son chant très cadencé, rendez-vous le jeudi 9 juillet :
Enfin, pour conclure sur le registre « chanson française », voilà un routier à l’expérience bien assise : Yannick Savoye. De la tendresse et des tripes, de l’humour et des blessures pour parler des tribulations de l’âme et du cœur : concert programmé le jeudi 2 juillet.
Pour être totalement complet, La Rue du Cam proposera, le vendredi 3 juillet, une soirée pop-rock autour de Melo et des Crackers, les inconditionnels de latin jazz se délecteront du concert du Robusto Latin Quintet le mercredi 8 juillet tandis que les amateurs de bons mixes funky ne se feront pas prier pour la soirée du vendredi 10 juillet autour du Strasbourgeois James Djinn.
La traditionnelle Jam du Cam fêtera sa dernière de la saison le mardi 7 juillet et la Guinguette de La Rue du Cam viendra, elle, refermer les festival des arts en terrasse le dimanche 12 juillet avec ses flonflons, ses accordéons et son ambiance rétro, au lendemain du tandem de comédiens improvisateurs L’Un et l’Autre (Dan Seyfried et Fabien Fuhrmann).
Y aller
La Rue du Cam, du 1er au 12 juillet, tous les jours de 18h à 22h au Camionneur, 14 rue Georges Wodli. Entrée libre.
Ce n’est qu’à de rares occasions qu’on peut voir le travail des Bastionnais à Strasbourg. Ces jeunes artistes aux carrières en plein développement exposent partout en France, en Europe et au-delà, mais paraissent plutôt isolés dans leurs ateliers-remparts derrière la gare. L’exposition « Bastion Commun » jusqu’au 26 juillet sonne comme un manifeste pour s’unir, se montrer et ouvrir de futurs projets.
Tout a commencé il y a un an, quand quelques Bastionnais ont eu envie de monter un projet commun dans leur environnement au fonctionnement bien particulier. En effet, les artistes qui bénéficient d’ateliers au Bastion sont sélectionnés sur dossier par la Ville et n’y restent que pour un temps donné (2 à 4 ans). Dans ces conditions et sans équipe de pilotage, le bâtiment renferme ses énergies créatives dans ses murs où chacun travaille dans une cellule.
Comme un plasticien n’est pas forcément un coordinateur, les Commissaires anonymes sont venus apporter un point de vue extérieur et orchestrer l’aventure. Derrière ce nom officient Cécile Roche Boutin et Mathilde Sauzet. Elle expliquent leur démarche :
« On a fait une analogie entre la situation au Bastion 14 et une histoire d’Italo Calvino où des marchands, qui se retrouvent tous les ans lors d’une foire, réalisent que leurs réunions sont aussi l’occasion de refaire le monde et d’échanger des savoirs. À partir de là, on a imaginé différents moyens de faire germer une conscience collective pour les Bastionnais. Au cours d’un an de rencontres et d’ateliers, on a beaucoup réfléchi à deux notions qui nous sont chères : l’autonomie et la communauté. Dans le contexte actuel, il est urgent de s’en emparer, et l’art est un excellent vecteur pour cela. »
L’intérieur et l’extérieur
Clothilde Anty -« Horizon » en cours de réalisation. (Photo CM / Rue89 Strabourg)
Mais le barrage Vauban a lui aussi des aspects de forteresse, avec ses meurtrières et ses cellules grillagées. Certains artistes en jouent et expriment leur volonté de rayonner vers l’extérieur. Clothilde Anty, qui d’habitude peint au lavis sur papier, s’est lancée dans une grande installation intitulée Horizon. Sur l’épaisse muraille, elle colle un panorama de montagnes qui emmène le regard loin au-delà. En écho de l’autre côté du couloir, un personnage à la posture recroquevillée regarde par la fenêtre. Cet ailleurs rêvé et désiré est appréhendé d’une toute autre manière par Thomas Lasbouygues, dont l’installation complexe relève à la fois du dispositif d’espionnage et de la radio pirate.
Antennes indiscrètes et radio pirate
Pendant tout le mois de l’exposition, des antennes vont diffuser les sons captés sur place (attention, vous êtes sur écoute !) ainsi que des bandes sonores concoctées par l’auteur. Des flashcodes installés sur les grilles donnent accès à cette radio clandestine, ainsi qu’à d’autres données sur le bâtiment : archives, contexte géographique, et un lien direct vers la webcam de la cathédrale. Thomas se passionne pour les questions d’information et de transmission :
« Aujourd’hui, les données sont collectées et transitent sans que l’on en ait vraiment conscience. Je veux attirer l’attention sur ces phénomènes, et j’ai imaginé cet ancien ouvrage militaire comme un lieu de contrôle et de piratage. »
Capucine Vanderbrouck et Gaëlle Cressent, « Diascope » en cours de réalisation. (Photo CM / Rue89 Strasbourg)
On retrouve cette idée d’observer sans être vu dans le Diascope de Capucine Vanderbrouck et Gaëlle Cressent. Tel un œil monstrueux, ce périscope poétique à double vue pointe hors de l’une des fenêtres, d’un côté vers le ciel, et de l’autre vers la surface de l’eau. Une jolie manière d’arrêter le passant pressé pour concentrer son regard sur les éléments en constant mouvement de la nature, et aussi une belle combinaison artistique où l’image a autant d’importance que l’objet qui la génère.
Réponses aux œuvres actuelles et anciennes du lieu
Camille Fischer, « Shaking with Linda » (Photo CM / Rue89 Strasbourg)
Les artistes doivent partager l’espace avec les sculptures de la cathédrale entreposées en permanence dans le barrage. Un défi pour lequel Camille Fischer a choisi les statues les plus kitsch pour accompagner son univers baroque et déjanté. Parmi de gros angelots brandissant des bouquets de palmes et affublés de néons bleus, il pleut dans un bassin tandis qu’un poisson s’ébat dans une eau aux reflets phosphorescents… Le décalage des univers se rejoint à merveille dans une ambiance tropicale et vaguement inquiétante.
En montant sur la terrasse, on peut approcher cette œuvre qui se voit de loin : les Haut-parleurs de Vincent Chevillon s’élèvent à 5 mètres au-dessus du toit dans un empilement de nichoirs à oiseaux. Il y a un petit côté « favela » dans l’accumulation de matériaux de récupération de cette pièce initialement pensée pour le Bastion 14, où des militaires (au n°15) sont encadrés d’un côté par des artistes et de l’autre par des roms (l’Espace 16).
« Une forme de squat d’oiseaux »
Vincent s’en amuse, mais il a trouvé une résonance toute particulière avec l’environnement du barrage. Si ses maisonnettes cubiques ont pris des teintes vives, ce n’est pas par hasard : le MAMCS tout proche présente la verrière et le jeu de construction de Buren, qui ont droit à un pied-de-nez – sans rancune. En changeant à peine d’angle de vue, le lien entre l’œuvre et les logements sociaux à l’arrière-plan se dessine dans une correspondance de formes orthogonales. Des HLM pour oiseaux ? L’artiste aime l’idée :
« Si des oiseaux venaient vraiment à nicher, ce seraient probablement des espèces protégées, et il faudrait attendre qu’ils partent d’eux-même pour démonter leur habitation. C’est une forme de squat ! »
Dans ce lieu de passage, les artistes viennent à la rencontre des habitants pour affirmer que l’art a son rôle à jouer dans la marche du monde et dans la vie quotidienne en détournant de la routine, en passant du temps sur des problèmes en-dehors de la rentabilité, et en explorant sans limites les alternatives et les utopies. Le projet Bastion Commun donne un aperçu de la créativité strasbourgeoise tout en impulsant une dynamique qui vise à impliquer le plus grand monde. On y parle de développement, de réseau, de diffusion des jeunes artistes, mais ça c’est pour la suite…
La curiosité est un moteur, et il ne faut pas s’arrêter quand elle nous amène à des choses qu’on ne comprend pas au premier abord. Une forme de divagation constructive qui peut aussi se laisser émerveiller par la beauté et le ressenti !
Capture d’écran de la page du projet de Rue89 Strasbourg sur Ulule
Les lecteurs de Rue89 Strasbourg nous ont confié 36 395 euros à l’issue de notre campagne de financement participatif amorcée fin mai sur la plate-forme Ulule. Le premier objectif était de 35 000€, la campagne se termine donc sur un succès qui permettra à notre média de financer son développement pour les années à venir (voir nos articles précédents).
Cet argent, une fois déduit des taxes, commissions et du coût des contreparties, sera utilisé pour développer un nouveau site web, qui fera plus de place au débat et à l’interaction et qui permettra à Rue89 Strasbourg de diversifier ses sources de revenus. La production d’articles sera étoffée et nous prévoyons de nous doter de capacités de production vidéo.
Le chantier est immense mais, grâce à vous, il est à notre portée. Toute l’équipe a été très touchée par cet élan de générosité de la part de nos lecteurs, qui ont su se mobiliser pour garder dans leur paysage médiatique la voix singulière de Rue89 Strasbourg. Nous en sommes très heureux. Mille mercis à tous et à très vite pour la suite de cette aventure.
Un spectacle d’acrobates finlandais pour se mettre la tête à l’envers au Maillon pour la saison 2015-2016 : « Super Sunday » (photo Petter Hellman)
Bernard Fleury a dirigé le Théâtre du Maillon pendant treize ans, et laisse à la nouvelle direction une place confortable : un nouveau théâtre en perspective et des salles qui ne désemplissent pas. Il a même pris le temps de concocter une dernière saison électrique, à l’image de toutes celles qui ont précédé. Rencontre avec un futur retraité du spectacle vivant, ou presque.
Bernard Fleury a une marotte lorsqu’il parle de spectacle vivant : l’économie de la création artistique. C’est amusant quand on sait que lui-même veut sortir de « cette mentalité d’épicier dans laquelle le milieu de la culture est tombé dans les dix dernières années ». C’est de façon aussi frontale qu’évidente qu’il aborde donc ce sujet avant même la première question, faisant part des difficultés entraînées par les coupes budgétaires :
« On construit une saison avec des partenaires qui apprennent au dernier moment qu’on leur a coupé les vivres, comme à Chambéry. Ce trou économique dans la tournée de la compagnie, il faut bien le compenser. On doit donc aller prendre en charge un trou qui n’est pas de notre responsabilité. C’est un vrai problème. Voilà la façon très désordonnée dans laquelle les financements de théâtre locaux sont gérés. Cela explique aussi pourquoi le Ministère de la Culture est opposé à ces retraits subits de subventions : c’est parce qu’ils ont des conséquences sur l’économie globale du spectacle vivant. »
« L »important, c’est que tout le monde partage les pertes »
Il est vrai aussi que la situation n’a pas toujours été de tout repos entre le Maillon et la Ville de Strasbourg en terme de négociations budgétaires, et que le ton a pu monter parfois. La construction du nouveau théâtre, qui doit ouvrir ses portes en 2018, et ses moyens futurs ont fait l’objet de nombreuses controverses. Il semble cependant qu’aujourd’hui Bernard Fleury se satisfasse des annonces de la municipalité en terme d’égalité de traitement et de clarté de positionnement :
« Disons que le fait que les subventions ne sont pas ré-actualisées (par la Ville de Strasbourg chaque année ndlr) est une perte réelle de moyens, puisqu’il y a l’inflation des produits, des salaires, etc. Mais à partir du moment où on dit clairement à tout le monde que l’engagement de la Ville, c’est de garder les subventions à l’égal de ce qu’elles étaient l’année dernière, tout le monde sait qu’il y a une perte, mais cette perte est partagée, ce qui est important. La collectivité demande certes à tout le monde de se serrer la ceinture, mais ce n’est pas rédhibitoire. Suite à cette position claire de la Ville, le ministère s’est engagé à faire de même. Pour les trois ans qui viennent, chacun sait comment il peut planifier son travail. »
Bernard Fleury (photo Alexandre Schlub)
« Il va falloir réduire la voilure »
« Il va falloir réduire la voilure, la question est de savoir si cette réduction va porter sur le fonctionnement, les accueils ou les coproductions. Il y a des économies qui peuvent être recherchées dans le fonctionnement. Mais il est vrai aussi qu’on cherche déjà depuis des années à réduire ces dépenses. Nous avons un problème certain à résoudre, mais c’est loin d’être aussi catastrophique qu’ailleurs. De nombreux théâtres en France ont vu, de but en blanc, leurs subventions réduites, les uns de 5%, d’autres de 30%. »
Le Maillon, dont le travail est déjà bien étendu au niveau transfrontalier et ouvert sur la création européenne et internationale semble aussi être à l’abri de grandes remises en question dans le cadre de la réforme de la grande région.
Le spectacle hyper technique de la compagnie anglaise Gandini Juggling, « CLØWNS & QUEENS » (Photo Ludovic des Cognet)
Une place de choix dans la grande région, un grand projet à poursuivre
C’est en tout cas l’avis de Bernard Fleury, qui affirme que le Maillon a un positionnement aussi unique qu’idéal pour s’adapter à ce nouveau territoire.
« Notre réputation est nationale et internationale. Nous sommes extrêmement engagés dans des réseaux européens et dans des relations avec des artistes étrangers. Le nouveau lieu qui est en train d’être fait pour le Maillon est très particulier, c’est une « black box » créée notamment pour accueillir la scène contemporaine, et c’est un lieu unique sur toute la grande région. »
Si l’on ne sait pas encore le nom du successeur de Bernard Fleury, qui devrait prendre ses fonctions entre cet été et la rentrée, il est néanmoins clair que celui-ci sera recruté aussi en fonction de ses qualités de réformateur. Nul doute que ce profil ne sera pas simple à trouver, même si quatre candidats, deux femmes et deux hommes, sont déjà short-listés, sans que leur identités n’aient été communiquées.
Le spectacle argentin « Cineastas » , au Maillon pour la saison 2015-2016 (Photo Bea Borgers)
« La réputation du Maillon n’est plus à faire »
Bernard Fleury se dit satisfait de ses 13 années à la tête du Maillon. Le taux de remplissage oscillait la saison dernière entre 93 et 98 %. Mais les capacités de répétition posent problème :
« La réputation du Maillon n’est plus à faire, dans l’immédiat. (rires) Il faut donc s’appuyer dessus pour aller de l’avant et continuer à travailler. Ce qui est embêtant c’est que nous n’avons qu’une grande salle, puisque nous avons un peu perdu appui sur le Théâtre d’Hautepierre. On a besoin de ce lieu pour faire de la création, pour la longueur du travail de répétition exigée par la création, comme on le fait par exemple à la rentrée avec les Migrateurs et Nacho Flores. Mais on y a beaucoup moins accès qu’avant. On ne sait pas bien comment le lieu est géré. On ne comprend pas bien comment tout ça se goupille. Il faudrait qu’on puisse déterminer avec la Ville des créneaux a priori, et ça ça n’est pas fait. Il est difficile dans ces conditions de planifier correctement le travail. »
Entre danse et musique, Allemagne et Côte d’Ivoire, « Not Punk, Pololo » (Photo Knut Klaßen)
La saison 2015 – 2016 entre inclinations usuelles et nouvelles
Le Maillon est depuis longtemps déjà un lieu de rendez-vous annuel pour un certain nombre d’artistes, comme Romeo Castellucci, tg STAN ou Angélica Liddell. Si certains s’en plaignent et accusent la programmation de redondance, il semble que les spectateurs qui remplissent à chaque saison les salles approuvent ces choix. Bernard Fleury, loin de s’en excuser, revendique au contraire l’accueil de compagnies partenaires et de spectacles « de répertoire », comme c’est le cas pour La mélancolie des dragons de Philippe Quesnes, ou I apologize de Gisèle Vienne, qui n’avaient pas encore été joués au Maillon :
« Nous ne thématisons pas les saisons car on travaille souvent avec les artistes, en coproduction, un ou deux ans à l’avance, parfois même trois. Cela voudrait dire qu’il faudrait élaborer une saison autour des coproductions, sous prétexte qu’elles tourneraient autour des mêmes thèmes. Ce serait un peu idiot. Nous préférons l’éclat et les contrastes. Et je crois que les spectateurs du Maillon sont vraiment intéressés par cette grande diversité de formes, qui sont toujours des aventures nouvelles. »
Nouvelles ou très anciennes… On pense aussi à Orestie… une comédie organique ? de Romeo Castellucci, spectacle créé en 1995 et accueilli, pour la première représentation de Castellucci en France, au Maillon par la jeune directrice de l’époque, Nadia Derrar.
« Ce serait bien que Nadia Derrar revienne à cette occasion. Ce serait une façon de boucler la boucle avec Romeo Castellucci, qui a toujours été accueilli dans nos murs depuis, et coproduit aussi. »
« La Cerisaie » des tg STAN à la rentrée au Maillon (Photo Koen Broos)
2015-2016 : le corps à l’honneur
La programmation de la saison 2015-2016, en ligne depuis le 18 juin sur site du Maillon et ouverte à la billetterie à partir du 1er juillet, est aussi éclectique qu’internationale, mais elle a un point central qui saute aux yeux : un focus sur le corps humain, ses mystères, sa plastique, son élasticité et tout ce qu’on peut en faire. Des Ballets C de la B au Corps de Ballet de Marseille, de More than naked (avec le Kulturbüro de Offenbourg) à The Ventriloquists Convention (accueilli au TJP), les corps sont à l’honneur.
Macho Dancer, spectacle philippin qui va chercher du côté d’une pole dance très mélange des genres, se heurte aux Clameurs de l’arène de Salia Sanou, spectacle éminemment mâle autour de la lutte, sport et plan de carrière en Afrique, et à Le Sorelle Macaluso, par la metteuse en scène parlermitaine Emma Dante qui a conquit le Festival d’Avignon avec ses sœurs festives, nues, mortes et vivantes.
« Le Sorelle Macaluso » spectacle très palermitain (Photo Carmine Maringola)
Il s’agit là de ne pas oublier aussi deux spectacles de danse accueillis en collaboration avec Pôle Sud, It’s going to get worse and worse and worse, my friend et Your majesties : deux performances explorant l’a-corporation du discours politique, offrant à voir le décalage entre la rhétorique politique et celle de la gestuelle.
Du théâtre et des jeunes
On prend les mêmes et on recommence : oui mais pas tout à fait, comme le prouve l’accueil de La Cerisaie de Tchekhov revue part tg STAN avec plein de jeunes acteurs. C’est aussi le cas de la série américaine des New York Express II :
« Nous accueillons un retour de New York Express, ce travail que nous avions entamé autour de la jeune création américaine il y a deux ans. C’est donc New York Express II. Yesterday Tomorrow travaille autour d’une mécanique d’algorithme dans la musique populaire. La création européenne vient d’avoir lieu au Festival de Hollande. Ensuite il y a Andrew Schneider qui fait un travail d’acteur et surtout de technicien, très autonome, avec un spectacle, Youarenowhere, qui joue constamment sur la confusion du lieu et du temps. On retrouve un troisième spectacle de cette série au mois de mai, Relative collider, qui est un spectacle de danse franco-américain. Ce qui est remarquable avec les jeunes américains actuellement, c’est qu’ils ont un travail sur la forme extrêmement technique, très élaboré. Ce n’est pas compliqué, mais c’est très différent de ce qu’on a l’habitude de voir. Il n’y a pas de narration, il n’y a que des impressions. »
En résidence à Hautepierre, « Tesseract » avec le Maillon et les Migrateurs (Photo Andrea Macchia)
Un message avant de partir aux acteurs culturels strasbourgeois
Quand on lui demande ce qu’il souhaiterait adresser comme message aux acteurs de la vie culturelle strasbourgeoise et aux spectateurs de Strasbourg, voici ce que Bernard Fleury répond :
« En France, on a une situation exceptionnelle de soutien à la culture, qui est un patrimoine, et à l’art, qui se renouvelle constamment. Nous avons l’équivalent de ce qui est pratiqué en Allemagne : nous sommes les deux seuls pays en Europe à atteindre ce niveau. Les choses se sont effondrées en Espagne, en Grèce et en Italie, et elles ont été cassées en Hollande et en Hongrie. Il faut donc penser à soutenir ce service public. C’est un devoir de citoyen, mais qui incombe aussi aux artistes eux-mêmes, qui doivent défendre l’art en tant que tel et pas forcément leur boutique. Les réformes, et en particulier celle de la grande région, supposent de re-déployer. Il faut donc que les acteurs de la région se dynamisent, voient ce qui se passe à l’étranger, trouvent des partenaires en Europe. »
Voyager jusqu’au Chili, avec « Children of Nowhere » (Photo Elisabeth Woronoff)
« Tout le monde n’en sortira pas vainqueur »
Quand on argumente que justement en temps de crise il est encore plus difficile de ne pas se comporter en « épicier » de la production culturelle, Bernard Fleury surenchérit :
« C’est difficile parce que ça veut dire des disparitions pleines et entières de certaines structures au profit de reconstructions de structures nouvelles. Mais on s’en rend bien compte : aujourd’hui quelqu’un qui démarre a l’horizon bouché par des gens qui ne l’ont pas débouché. Il y a un problème de circulation qui ne se fait pas. Il faut qu’on change la façon dont on travaille en France depuis les années 70. Il faut redonner de la respiration à ce système. J’ai quelques idées mais bien sur je n’ai pas de solutions toutes faites à ce sujet. Mais ça ne peut se faire que dans le dialogue, et c’est un dialogue dont tout le monde ne sortira pas vainqueur. C’est très clair. »
Bernard Fleury, en chantier permanent ? (Photo Marie Bohner)
Alors, prêt pour la retraite, Bernard Fleury ? Pas si sûr. Il se verrait bien participer à ce repositionnement des politiques culturelles et artistiques, mais de plus loin, avec la distance et le calme des anciens. Apparemment l’homme n’est pas prêt à jeter l’éponge, et ne rechigne pas non plus à donner des coups de pieds dans la fourmilière. Voyons-voir ce qui en sortira. En attendant, on a toujours le fourmillement éclectique de sa nouvelle, -et dernière-, saison.
Indépendante, coordinatrice de projets et rédactrice, je travaille dans le champs des droits humains, du développement et de la culture, au niveau international mais aussi en local à Strasbourg.
Quelle aventure ! En nous lançant il y a un peu plus d’un mois dans le financement participatif, nous savions que cette expérience allait nous changer. Et bien qu’il reste une dernière journée de campagne, voici déjà nos premiers enseignements.
Ce vendredi soir, l’affreux compteur Ulule du projet Rue89 Strasbourg, sur lequel nous avons nos yeux rivés depuis 44 jours, devra afficher une somme supérieure à 35 000€. Faute de quoi, plus de 500 contributeurs seront remboursés et il ne nous restera que le Loto comme solution pour nous développer. Mais tout va bien se passer, ceux qui connaissent le crowdfunding, le financement participatif, sont habitués : il n’est pas rare que les projets soient financés dans les dernières heures de leur campagne.
C’est donc le compte à rebours final comme disait Europe avec un certain style :
Reste que c’est un peu usant pour les nerfs. Quand on s’est lancés dans cette campagne, le montant de l’objectif à collecter a évidemment été l’une de nos premières interrogations. Cibler un montant trop faible et on risquait de mobiliser notre lectorat pour trop peu d’effet, se donner un montant trop élevé fait courir le risque de ne rien recevoir au final. Alors, est-ce que 35 000€ c’est trop demander ?
D’abord, c’est vraiment la somme dont nous avons besoin, déduite des prélèvements, taxes et coûts des contreparties. Les estimations ont été faites sur la base de devis que nous avions demandé pour d’autres dossiers. Ensuite, on est parti de notre lectorat : 12 000 lecteurs par jour, environ 400 000 pages vues par mois… Je pense aujourd’hui encore que 35 000€ était un objectif raisonnable.
À Marseille, 25 000€ levés en trois jours
Nos confrères à Marseille relancent Marsactu, un site d’informations locales, grâce au financement participatif. Le site avait une audience similaire à la nôtre avant sa cessation d’activité il y a quelques mois. Ses repreneurs s’étaient donné comme objectif 25 000€, qu’ils ont atteint en trois jours ! Leur collecte affiche 123% de réussite à ce jour. Qu’est-ce qui différencie Marsactu de Rue89 Strasbourg ? Une agglomération plus importante, un projet qui doit renaître peut-être, ce qui peut apparaître comme plus concret alors que de notre côté, nous avons poursuivi notre publication quotidienne pendant ce mois de juin, qui promet d’ailleurs d’être un nouveau record d’audience.
L’attachement d’une audience à un média est un concept étrange. Les journalistes s’en font souvent une idée fausse. Pourtant, surtout dans cette campagne, on compte dessus. On a créé Rue89 Strasbourg avec l’ambition de produire un journal qui plait, auquel on peut s’attacher. Parfois on est fiers de nous, parfois moins mais aujourd’hui, on constate que plus de 500 personnes sont prêtes à payer, en moyenne 43€, pour que ce média puisse continuer, se développer et rester gratuit. Ça nous touche évidemment beaucoup, car rien ne les obligeait.
Pourquoi ils ont donné à Rue89 Strasbourg ?
On vous a donné mille et une raisons de soutenir Rue89 Strasbourg. Mais finalement, ceux qui en parlent le mieux, c’est peut-être ceux qui ont déjà contribué et qui ont laissé un commentaire sur la plate-forme Ulule. Comme « bpatrick« , qui « ne partage pas forcément la ligne éditoriale mais souhaite que ce média continue d’exister », tout comme « fgleduc » qui lui est « souvent en désaccord » avec notre positionnement qu’il qualifie « d’anti-Ries » et comme « Lauch-Robertsau« , aussi souvent en désaccord mais qui souhaite que Rue89 Strasbourg continue pour lui porter la contradiction parce que « ça aide à conserver ses neurones en bon état ».
Et puis il y ceux qui suivent de près nos ambitions éditoriales et techniques. Comme Nalaf, qui trouve le datajournalisme « trop cool » et Pascale Camus-Walter, qui nous invite à nous transformer en académie citoyenne :
« Dans un monde hyperconnecté comme le nôtre, nous avons tous vocation à devenir journalistes comme nous apprenons tous à lire et à écrire. Mais décrypter une info, la vérifier, ça s’apprend. Devenir responsable et ne pas diffuser de fausses informations, c’est un enjeu qui nous concerne tous sur la toile. Un gros chantier de formation à la gestion de l’info, surtout auprès des jeunes, dans lequel je souhaiterais que Rue89 s’investisse plutôt dans des formations sur les outils du web et la bureautique. L’information, c’est le pouvoir, c’est pour ça que ça se partage. »
Beaucoup parlent de la pluralité des médias, de nos enquêtes, de nos imperfections et de notre liberté de ton dans les commentaires. C’est « mamzelle_isa » qui résume le sentiment général, auquel on adhère pleinement :
« Pourquoi je soutiens Rue89 Strasbourg ? Eh bien, parce que j’ai pas envie de le voir disparaître de mon paysage médiatique, tiens ! Parce que, pour chaque article, il y a un travail de recherche fouillé, des infos sur mon environnement économique, social ou politique. J’apprécie les angles de traitement des sujets, souvent inattendus, parfois polémiques, mais toujours différents. S’il disparaissent, j’entends déjà les “ah, c’est dommage, j’aimais bien.” Alors que c’est si simple d’agir maintenant pour l’éviter, hein ? »
Le conseil municipal de Strasbourg (Photo JFG/ Rue89 Strasbourg)
En direct. Après le dernier conseil municipal avant l’été, place à celui des 28 communes de l’agglomération strasbourgeoise. Quelques sujets similaires, mais aussi le redéploiement de crédits de la rénovation urbaine, le compte administratif ou un peu plus d’informations sur la mise en service de l’incinérateur de Strasbourg.
Comme pour le conseil municipal, c’est la dernière réunion avant deux mois de trêve estivale. L’ordre du jour du conseil de l’Eurométropole du vendredi 26 juin est conséquent avec 52 points. Et comme lundi, il sera question de se plonger dans les comptes de l’année 2014. Les élus mettent en avant que le déficit du budget de fonctionnement se réduit, à 43 millions d’euros sur un total de 1,139 milliard. Il était de 96 millions en 2010.
L’équilibre global est atteint grâce aux recettes des autres comptes (CTS, eau, assainissement, aménagement). L’investissement a été plus faible que prévu (446 millions sur 511 programmés) et l’endettement a augmenté de 10%. À partir de 2015, l’argent versé par l’État se réduit, à hauteur de 11 millions d’euros de moins trois ans de suite, soit 67 millions au total. D’autres sujets déjà évoqués au conseil municipal comme les Bains municipaux reviendront dans l’hémicycle strasbourgeois.
Autre dossier, la rénovation urbaine. Des crédits d’ 1,9 million d’euros prévus pour Hautepierre seront redéployés à la Meinau, car le premier programme touche à sa fin. Les mailles Éléonore et Brigitte seront finalement modernisées dans ce nouveau cycle de rénovation (dit ANRU 2), avec l’Elsau, Bischeim-Schiltigheim, Libermann à Illkirch-Graffenstaden, en plus des cinq quartiers actuels (Neuhof, Meinau, Hautepierre, les Hirondelles à Lingolsheim et Cronenbourg), soit 11% du territoire de l’Eurométropole. Au programme, démolition d’immeubles anciens et un meilleur équilibre des logements sociaux sur l’agglomération. Depuis 2004, 846,7 millions d’euros de l’État, de l’Eurométropole et ses communes, et des bailleurs sociaux (50% de la somme) ont été investis, auquel il faut ajouter 650 millions d’euros privés.
Désamiantage de l’incinérateur, encore 3,4 millions
Il sera aussi question de l’incinérateur Sénerval. À l’arrêt pendant six mois à cause de la présence d’amiante, deux des trois lignes ont repris leur activité ce printemps, mais à faible intensité (400 tonnes de déchets brûlées, mais encore 8 000 détournées). Elles sont équipées de capteurs d’amiante. Le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) a peu goûté aux bénéfices en hausse de 13,3% affichés fièrement par le groupe Séché, à l’heure ou de coûteux travaux de désamiantage sont en cours.
Comme les fours appartiennent à la collectivité, elle paie les travaux et indemnisera en plus l’entreprise pendant 15 ans. Début 2017, l’usine devrait reprendre une activité normale. Le détail des surcoûts, qui augmentent encore de 3,4 millions d’euros par rapport à l’estimation de janvier (37 millions), sera présentée.
Une manifestation moins suivie grâce aux conventions locales, aux instituts médicaux et aux institutions européennes. (photo GG/ Rue89 Strasbourg)
Vidéo – Les taxis manifestaient ce jeudi 25 juin, mais la mobilisation relativement calme à Strasbourg s’explique par des conventions locales. Il n’empêche que le modèle économique d’Uberpop, qui s’affranchit de certaines contraintes empiète sur l’activité de tous.
La mobilisation des taxis a été forte jeudi 25 juin en France, particulièrement à Paris où une manifestation contre l’application « UberPop » a été émaillée de violences. À Strasbourg, les chauffeurs étaient mobilisés dès 9h à la station de la place de la République, sans bloquer la circulation. Ils ont été reçus à la préfecture une heure plus tard. Le préfet a pris des engagements qui ont quelque peu divisé les chauffeurs de taxis sur la suite à donner à leur mobilisation.
Vers 11h30 ce jeudi, la tension était palpable entre les chauffeurs et les syndicats qui revenaient de la préfecture. Un premier cortège est parti de la place de la République en direction de l’avenue des Vosges, la majorité des chauffeurs restant pour débattre entre eux. Comme souvent dans une mobilisation sociale, il y a les partisans du dialogue (représentés par les syndicats) et ceux de la force (représentés par « la base »). Certains veulent montrer leur détermination en allant « bloquer le Conseil de l’Europe », d’autres disent que la violence ne sert à rien car UberPop est déjà interdit à Strasbourg (ce n’était pas le cas à Paris jusqu’à l’annonce ce midi de son interdiction par le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve), et car le préfet a pris de nouveaux engagements.
Des chauffeurs de taxi remontés contre un représentant syndical
Au milieu du brouhaha, fusent des insultes envers les médias accusés « d’être financés par Uber » et de « faire la publicité d’Uber ». Puis c’est au tour des Américains : « Ils ont failli nous la faire après la guerre, et là ils tentent le coup une deuxième fois ! », puis « c’est parce qu’ils cherchent à se faire du fric sur notre dos ». D’autres chauffeurs viennent parler aux journalistes et s’expriment plus calmement, comme Robert* :
« Si la situation est plus calme à Strasbourg, c’est aussi parce qu’ici, entre le Parlement Européen, le Conseil de l’Europe et les transports médicaux, il y a beaucoup de conventions locales qui profitent aux taxis. Là par exemple je suis certain qu’à 14h, beaucoup d’entre eux vont quitter le cortège pour aller chercher leurs dialysés ».
La situation n’empêche pas cet artisan-taxi d’être très remonté contre Uber :
« Moi j’ai fini de la payer ma licence, mais pour ceux qui ont des crédits, c’est vraiment le bordel cette histoire de concurrence déloyale. C’est une vraie incitation au travail au noir par dessus le marché, parce que les mecs ils ne s’embêtent pas, ils prennent une plaque au Luxembourg pour ne pas payer d’impôts en France. J’ai mis neuf ans à payer cette foutue licence, t’imagines ? »
Un autre chauffeur s’approche (il ne souhaite pas être filmé). À la question « pourquoi les tarifs des taxis sont-ils plus élevés à Strasbourg que dans d’autres villes d’une taille comparable ? » il répond : « Il faut aller demander à la Prefecture qui établit les prix », mais un autre chauffeur lui renvoie du tac-o-tac « Personne ne t’empêches d’appliquer des tarifs moins élevés à ta clientèle ». Léger malaise, mais il se rattrape : « Uber c’est un modèle économique, ok ? Qui vous dit que demain, il n’y aura pas d’Uber Journalistes ? Ou d’Uber Avocats ? J’aimerai bien voir ça ! »
Le dossier Strasbourg-Mulhouse a été récompensé comme territoire thématique, pour les réalisations dans le domaine de la santé à Strasbourg. (Photo French Tech Alsace)
Une réunion du Pôle métropolitain, qui regroupe les exécutifs de l’Eurométropole et de l’agglomération de Mulhouse (M2A), a eu lieu aujourd’hui à Strasbourg. Les élus en ont profité pour livrer leurs réactions à la suite de la labellisation French Tech de l’Alsace intervenue dans la nuit, assortie d’une spécialité « MedTech » (technologies médicales).
Tous se sont déclarés satisfaits, et soulagés puisqu’il s’agissait du premier dossier d’importance directement porté par le Pôle métropolitain.
Catherine Trautmann : « une visibilité nationale »
Catherine Trautmann, vice-présidente (PS) en charge du développement économique de l’Eurométropole, a trouvé le moyen de positiver l’ajout de mention MedTech :
« D’abord, ça va nous permettre d’alléger nos contraintes, puisque nous ne sommes plus attendus que sur une partie de notre dossier. Mais surtout, voilà qui va donner une visibilité nationale à notre écosystème. Je suis persuadée que bien des dossiers labellisés French Tech vont revenir dans les mois qui viennent avec la soudaine volonté de disposer aussi d’une spécialité…
Par ailleurs, la French Tech en Alsace reste pilotée par Strasbourg et Mulhouse, ensemble. Nous n’allons pas délaisser les autres axes de notre développement, comme l’industrie du futur, sur laquelle Mulhouse s’est beaucoup investi, les mobilités, l’habitat ou les industries créatives qui faisaient aussi partie de nos ambitions. Ce sont des filières pour lesquelles nous prendrons un peu plus de temps. »
Un directeur de la French Tech en Alsace va maintenant être recruté, c’est Alsace Innovation qui intégrera cette personne dans ses équipes et le Pôle métropolitain qui assurera son salaire. Le « club des mentors » (voir notre article) va également être constitué. Catherine Trautmann indiquait qu’en ce qui concerne les élus, leur travail consiste maintenant à passer le relais aux entreprises.
La mission French Tech évaluera ensuite le travail accompli pour une évolution du label dans trois ans.
Je bafouille un peu mais j’essaie d’expliquer notre positionnement, qui consiste à plutôt poser des questions aux institutions qu’à relayer leur communication. Un positionnement auquel nombre de services de presse ne sont pas habitués, comme celui de la Préfecture du Bas-Rhin, qui refuse d’abord de répondre à nos questions, pour ensuite publier un communiqué en réaction à notre article, et celui du Conseil départemental du Haut-Rhin qui refuse de nous envoyer des montants de subventions votées parce qu’ils ont décidé « de ne pas communiquer »…
Grâce à vous, Rue89 Strasbourg continuera de poser des questions, de préférence du genre auxquelles on ne veut pas répondre. Il ne reste plus que deux jours, aussi c’est le moment de mobiliser vos amis. N’hésitez pas à faire suivre cette vidéo autour de vous !
La grande région commence le 1er janvier. (Photo Google Street view)
Fusion, pas fusion ? Avec la future grande région, qui verra le jour le 1er janvier 2016, toutes les administrations connaîtront du changement… ou pas. Rue89 Strasbourg fait le point. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure.
Article mis à jour lundi 3 août
Son nom officiel est ACAL pour Alsace – Champagne – Ardennes – Lorraine par ordre alphabétique. Mais tout le monde l’appelle ALCA, en attendant le futur nom que les élus régionaux décideront… plus tard. La grande région débutera son fonctionnement le 1er janvier 2016, juste après les élections régionales qui auront lieu en décembre. Pour les services de l’État comme des trois régions, la réforme territoriale demande de travailler ensemble. On fait le point.
Aucun élu alsacien n’avait souhaité un tel regroupement, même le PS local. Si certains acteurs voient désormais de ce grand territoire une opportunité, les premiers regroupements se font à petit pas. Les Lorrains ont un peu peur des Alsaciens et réciproquement. Les Champenois n’avaient pas trop l’habitude de regarder vers l’Est et se serrent les coudes. Chaque mot de travers pourrait être mal interprété.
Après les arbitrages du gouvernement du 31 juillet, on y voit plus clair, du moins pour ce qui relève de l’État. Pour l’administration régionale, il faudra attendre les résultats des élections de décembre.
Administration d’État
En Alsace
Un nouveau préfet
L’ancien préfet d’Alsace Stéphane Bouillon était en charge de l’organisation de la réforme sur les trois régions. Il avait indiqué en mai cette réforme était nécessaire pour poursuivre le non-remplacement de fonctionnaires au rythme actuel. Le gouvernement a donné ses arbitrages le 31 juillet.
Stéphane Bouillon a été nommé en Provence Alpes Côtes d’Azur (PACA) et a pris ses fonction début août. Il est remplacé par Stéphane Fratacci, ancien préfet du Doubs et de Franche-Comté et qui devra poursuivre les travaux de ses prédécesseurs.
Les trois académies (Strasbourg, Reims et Nancy-Metz) continueront à exister, mais c’est le recteur de Lorraine qui chapeautera les trois institutions. Comme les Académies de Créteil, Versailles et Paris, le recteur coordinateur organise les actions en commun, mais n’est pas le supérieur de ses confrères. Les évolutions d’organisation « n’auront pas d’impact sur les règles de gestion des carrières et le périmètre d’affectation des personnels enseignants », précise un document ministériel.
Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DRÉAL)
Cette direction représente environ 20% des agents d’État en région. Le pôles d’excellence seraient répartis en plusieurs villes, selon les sept services de la Dréal. À Metz les services généraux, ce que l’on appelle le siège, ceux de l’eau, de la biodiversité et des paysages, à Châlons, ceux des crues, et à Strasbourg, ceux des transports, des risques technologiques et du logement.
Agence régionale de Santé (ARS)
Le siège sera à Nancy.
Chambres régionales des comptes
L’institution qui veille à la bonne gestion de l’argent public sera à Metz. Pour la Lorraine, elle était avant à Epinal.
Commissariat à l’aménagement du Massif des Vosges
Maigre consolation pour Épinal qui perd la Cour régionale des comptes, elle récupère le Commissariat à l’aménagement du Massif des Vosges, jusqu’ici à Metz. Ces déménagements réciproques interrogent sur les économies réelles de cette réforme.
En Champagne-Ardennes
Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la forêt (DRAAF)
Délégation régionale à la recherche et à la technologie (DRRT)
Pas d’information à ce stade.
Région de Gendarmerie
Pas d’information à ce stade.
Justice
Comme à chaque changement dans la carte judiciaire, la question du maintien de la Cour d’appel de Colmar se pose. À ce jour, elle n’est pas menacée, mais Nancy dispose d’une avance dans le regroupement des institutions judiciaires, avec la cour d’appel administrative et la juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS) dans les crimes et délits financiers. En 2013, Rue89 Strasbourg évoquait déjà la place de la cour d’appel de Colmar. Cette dernière est en concurrence avec Metz pour être la cour de référence sur le droit local.
Administration régionale
Autre gros morceau de la réforme, harmoniser les trois administrations régionales, avec bien sûr en ligne de mire, le siège du conseil régional, ce que l’on appelle souvent « la capitale » régionale.
Conseil régional
Pour les six premiers mois, l’amendement Bies prévoit que l’assemblée de 169 élus se réunisse à Strasbourg. Le nombre d’élus est une stricte addition des trois assemblées, aucune réduction n’est prévue. Un agrandissement de l’hémicyle au Wacken est en cours. Ensuite, il faudra que l’assemblée fixe elle-même son lieu de réunion. Pour cela, il faut que les 3/5 des élus se mettent d’accord, soit… le nombre de Lorrains.
Administration générale
Pas de grand chambardement immédiat. Aujourd’hui, le logo de la marque Alsace (un bretzel rouge en forme de cœur) remplace progressivement le logo de la Région Alsace (une étoile bleu), comme sur le site de la collectivité. Le terme souvent utilisé est que les régions actuelles deviennent des « filiales » de la grande région. Les mutualisations se feront progressivement. Une fois le siège du conseil régional fixé, des regroupements d’agents devraient s’accélérer, surtout pour ceux qui doivent être auprès des décideurs.
Dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, on s’interroge sur l’avenir de l’Agence culturelle alsacienne (ACA) qui n’a pas d’équivalent dans les autres régions et qui est financée à 80% par le conseil régional d’Alsace. Toujours selon les DNA, Philippe Richert, président d’Alsace et candidat UMP à la présidence de la grande région, a proposé la création d’un conseil culturel alsacien, à l’image de l’organisme consultatif que se sont donnés la Bretagne et plusieurs régions d’outre-mer, qui accompagnerait l’Office pour la langue et la culture alsacienne (OLCA).
Les trains TER
Pour la première année, aucun changement sur les trois réseaux n’est prévu. Les trois régions sont desservies verticalement, mais pour mieux voyager d’est en ouest en ALCA, il faudra des aménagements.
Conseil économique, social, environnemental et régional (Ceser)
Cette assemblée consultative représente les non-salariés, les salariés et les associations. Les trois Ceser seront fusionnés soit… 253 membres. Car comme pour l’assemblée régionale, il n’est pas question de supprimer un mandat. Dans le journal L’Alsace Pierre-Paul Schlegel (professions libérales) s’est interrogé sur le sérieux d’une telle assemblée, qui se réunit trois à quatre fois par an.
Les différentes chambres consulaires
Chaque région aurait une structure de coordination des chambres, qui ne fusionneraient pas.
Chambre de commerce et de l’industrie (CCI)
Malgré des réticences du côté de Mulhouse, les CCI de Strasbourg, Colmar et Mulhouse ont voté leur fusion au sein de la CCI d’Alsace, pour davantage peser dans la nouvelle région. Une structure de coordination des CCI Lorraine, Champagne-Ardennes et Alsace serait à Nancy.
Chambre des Métiers
Une structure supplémentaire avec des représentants des trois chambres régionales sera mise en place. Les textes ne sont pas encore parus, mais les premiers retours font état de 9 représentant par départements. Défavorisée, l’Alsace souhaiterait que cette structure prenne davantage compte du nombre d’entreprises. Le président de la Chambre des métiers d’Alsace Bernard Stalter est l’un des favoris pour diriger la structure au niveau de l’ALCA, comme au niveau national. Strasbourg pourrait alors être le lieu de réunion des représentants.
Chambre d’Agriculture
La Chambre d’Agriculture est déjà régionalisée. Là aussi une instance coordinatrice des trois institutions est prévue. Le siège à Châlons en Champagne comme le pôle d’excellence de la Direction régionale l’Agriculture (Draf – administration d’État).
Autres institutions
Banque de France
L’institution garde une organisation en 22 régions.
Du nouveau sur la future région ALCA ? Contactez-nous à redaction@rue89strasbourg.com ou via les commentaires.
La Patinoire du Wacken de Strasbourg est (ou plutôt était) un bâtiment qui aura vu passer des générations d’enfants, d’adolescents, devenus plus tard parents à leur tour pour y accompagner leurs propres enfants. Le Hockey sur Glace de l’Étoile Noire y a connu des heures de gloire, mais le bâtiment a été peu a peu oublié depuis sa fermeture en 2005, remplacé par l’Iceberg à Cronenbourg.
Construit en 1969 par l’architecte Mario Cardosi et mis en service en octobre de la même année, le « Hall 5 du Wacken » était là bien avant le Parlement Européen qui lui fait face. Il est aujourd’hui en phase terminale de démolition, un processus qui dure déjà depuis le mois de mars et qui vise à laisser la place au nouveau quartier d’affaires. Les pelleteuses sont en train d’arriver à bout du bâtiment et les gradins sont à ciel ouvert.
Miracle à New York ! La mission French Tech a annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi que la candidature de Strasbourg – Mulhouse était en partie retenue pour le label reconnaissant le dynamisme des écosystèmes numériques régionaux.
Les nouvelles métropoles reconnues sont Brest+ (Brest, Morlaix, Quimper, Lannion), Normandie (Caen, Le Havre et Rouen), Lorraine (Metz, Nancy, Thionville, Epinal), et la Côte d’Azur (Nice, Cannes, Grasse, Sophia-Antipolis). Le gouvernement a labellisé également « des dynamiques spécifiques remarquables » dans 4 écosystèmes candidats, en leur attribuant un « label thématique French Tech, à titre pilote » : l’Alsace pour les MedTech, Avignon les CultureTech, Saint-Etienne le DesignTech et Angers les IoT-Tech (industrie).
Les performances de Strasbourg dans le domaine médical lui valent une distinction, ce qui veut aussi dire que dans les autres secteurs de l’économie numérique, l’Alsace a encore du retard sur les autres métropoles primées. Le dossier alsacien avait mis en avant la tradition industrielle de la région, que le numérique devait « fertiliser ». La mission n’a pas suivi les porteurs du projet sur ce point.
La carte de la French Tech (doc mission FT)
Une nouvelle catégorie
Cette annonce après minuit heure française, soit peu après 18h à New York où la French Tech organisait une conférence, met fin à une bien longue journée de doute pour tous les candidats. Mardi 23 juin en fin de journée, le site du magazine Challenges indiquait que 5 villes seraient labellisées et éventuellement le dossier lorrain. Une liste où ne figurait pas le « pôle métropolitain Strasbourg – Mulhouse ». Des affirmations justes, mais qui ne tenaient pas comptes de ces « écosystèmes dynamiques », une catégorie qui n’existait pas jusque là. Initialement, seuls 4 territoires devaient être récompensés ce mois-ci, ce qui a mené à beaucoup de spéculation.
Pendant plus de 24h, tous les porteurs du projet se sont demandés s’il fallait prendre cette information au mot ou attendre l’annonce officielle. Beaucoup d’élus des territoires concernés avaient déjà félicité leur ville le soir-même ou le lendemain. Et le gouvernement ne voulait ni confirmer, ni infirmer l’information.
Challenges fait accélèrer (un peu) l’annonce officielle des résultats
L’article de Challenges a au moins eu le mérite d’un peu accélérer la communication de la mission French Tech. Initialement prévus le 12 juin, les résultats avaient été repoussés, sans que personne ne sache quand ils seraient dévoilés, ni la raison de ces délais. Face aux demandes répétées, l’annonce des nouvelles villes French Tech a été ajoutée à l’agenda des ministres. Mais à une heure bien tardive pour les entrepreneurs français.
Cette deuxième vague de résultats, après les 9 villes primées en novembre 2014, était particulièrement scrutée car aucune ville ne devait être de nouveau labellisée avant 2018. Sur ce point aussi Axelle Lemaire est revenue sur sa position, puisqu’elle a dit que de nouveaux dossiers seraient acceptés à l’automne 2015. Une nouvelle chance pour les six recalés (Annecy, Toulon, Limoges, Besançon, Loire et Poitou-Charente). Le 12 juin, François Hollande lui même devançait le gouvernement dans ses annonces et profitait d’un déplacement à Angers pour leur annoncer la bonne nouvelle. Il n’avait pas précisé qu’il s’agirait d’une labellisation thématique.
Le label French Tech récompense les éco-systèmes hors de Paris favorables aux entreprises numériques et vise à les mettre en réseau. Il donne aussi accès un fonds d’investissements de 200 millions d’euros auprès de la Banque publique d’investissement (BPI). L’État français investit également 15 millions d’euros pour promouvoir cette marque à l’international.