Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Ce que contient la décision de radiation du docteur Henri Brunner

Ce que contient la décision de radiation du docteur Henri Brunner
Le docteur Henri Brunner à la sortie de son audience devant la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins du Grand Est.

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X n’est plus un réseau social, Rue89 Strasbourg s’en extrait

X n’est plus un réseau social, Rue89 Strasbourg s’en extrait
Dès le 20 janvier, Rue89 Strasbourg quitte X.

Rue89 Strasbourg quitte X, considérant que l’ancien réseau social Twitter est devenu une plateforme de désinformation et de propagande au service de ses intérêts et de l’extrême droite.

Depuis qu’il a racheté Twitter en octobre 2022, Elon Musk n’a eu de cesse de transformer le réseau social. Après avoir rétabli les comptes bannis pour avoir propagé des messages haineux ou mensongers, le milliardaire a modifié les algorithmes de la plateforme pour qu’elle affiche plus régulièrement et plus sûrement ses propres publications, qui se font régulièrement le relais de théories fumeuses adorées par l’extrême droite, de la propagande russe ou des manipulations. Il a ensuite supprimé la certification, permettant à de nombreux comptes conspirationnistes de prospérer et de retrouver la même légitimité que des médias ou des dirigeants politiques.

Elon Musk a ensuite supprimé l’essentiel des équipes de modération, arguant que les utilisateurs pourraient s’en charger eux-mêmes via des « notes de contexte » apposées sous les messages. Cette politique n’a évidemment pas empêché les entreprises de désinformation de prospérer mais elle a aussi miné la crédibilité des comptes des scientifiques par exemple, qui se sont retrouvés mis en cause par les utilisateurs dans leur propre domaine d’expertise. Puis le milliardaire s’est alors rapproché de Donald Trump et a mis la plateforme à son service. Lors du dernier mois de la campagne électorale américaine, Elon Musk a publié plus de 3 000 messages sur X selon une analyse vidéo du Monde, à trois quart politiques et pour inciter les utilisateurs et les utilisatrices du réseau social à voter pour Donald Trump.

50% de contenus polémiques en plus

Ça n’aura pris que deux ans mais au final, le résultat est là : X n’est plus un réseau social. C’est un média d’extrême droite, propulsé par ses utilisateurs, dans l’intérêt du milliardaire. David Chavalarias, chercheur du CNRS et auteur de Toxic Data, a démontré que X sur-représentait de 50% les contenus polémiques envoyés aux utilisateurs de la plateforme. Une analyse qui date de 2023, avant que l’accès de X aux chercheurs ne soit coupé.

Pour Rue89 Strasbourg, il n’est donc plus possible de rester sur X. Bien que les quelques 40 000 utilisateurs et utilisatrices qui nous suivent sur cette plateforme ne sont pas d’extrême droite et ne sont pas responsables des choix d’Elon Musk, nous ne pouvons plus participer par notre simple présence à cette vaste entreprise de manipulation. En restant sur X, nous encourageons nos lecteurs et lectrices à l’utiliser, ce qui revient à les exposer à la désinformation, au harcèlement et au pillage de leurs données.

C’est pourquoi lundi 20 janvier, le compte de Rue89 Strasbourg sur X cessera d’être actif. Il restera présent pour éviter un parasitage mais il ne publiera plus rien et nous cesserons de répondre aux messages via ce canal. Parallèlement, l’ensemble de nos fonctions de partages qui sont présentes sur notre site ne renverront plus sur X.

Cette date de départ coïncide avec l’installation de Donald Trump à la présidence des États-Unis, une date choisie par le mouvement Hello Quitte X, initié par David Chavalarias et la journaliste Magali Payen. Ce mouvement propose sur son site des outils pour supprimer son compte X, archiver ses tweets et retrouver ses contacts sur d’autres plateformes comme Bluesky et Mastodon. Rue89 Strasbourg invite tous ses lecteurs et lectrices à nous retrouver sur ces deux plateformes : @rue89strasbourg.com sur Bluesky et @Rue89Strasbourg@mas.to sur Mastodon.

Il est en outre bien évident que si Meta devait suivre la même voie que X, nous nous retirerions de Facebook, Whatsapp et Instagram de la même manière (voir ici tous les réseaux sociaux où nous sommes présents). Ce nouvel épisode nous permet de nous rappeler la nécessité de garder le contrôle sur nos canaux de diffusion. La plus sûre manière de se connecter à Rue89 Strasbourg, outre le site directement, est la newsletter quotidienne.

Deux députés de Strasbourg sur trois votent la censure du gouvernement Bayrou

Deux députés de Strasbourg sur trois votent la censure du gouvernement Bayrou

Jeudi soir, les députés de Strasbourg Sandra Regol (Les Écologistes) et Emmanuel Fernandes (La France insoumise) ont voté pour censurer le gouvernement de François Bayrou, conformément aux consignes de leur parti. Thierry Sother a également suivi la consigne du Parti socialiste et n’a pas voté la censure.

Jeudi 16 janvier après-midi, François Bayrou a échappé à une motion de censure de son gouvernement par l’Assemblée nationale. Déposée par une partie du Nouveau Front populaire, il s’agissait de la 150e motion de censure de la Ve République, mais surtout la 38e depuis la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République !

Il n’y avait guère de suspense étant donné que le second groupe de l’Assemblée nationale, formé par l’extrême droite, a indiqué qu’il ne voterait pas la censure du gouvernement Bayrou. Puis dans la matinée de jeudi, le Parti socialiste a également confirmé, après bien des hésitations, que ses députés ne voteraient pas la censure non plus.

Des avancées ou des reculs ?

Une ligne à laquelle s’est tenue le nouveau député socialiste de la troisième circonscription du Bas-Rhin, soit Strasbourg-nord et Schiltigheim, Thierry Sother. Dans un communiqué, il indique « être toujours dans l’opposition, fidèle au Nouveau Front populaire » mais que des « négociations avec le Premier ministre ont permis d’arracher des victoires ». Il cite notamment l’abandon de la suppression de 4 000 postes dans l’Éducation nationale, de 500 postes à France Travail. Mais il voit aussi des avancées dans l’augmentation d’un milliard d’euros du budget des hôpitaux et l’ouverture d’une « conférence sociale avec les syndicats » pour remettre en cause « la retraite à 64 ans ». Et il prévient : « je suis plus que jamais prêt à voter la censure ultérieurement, en particulier lors de l’examen du budget, si nos demandes n’étaient plus entendues par le Premier ministre ».

Des arguments qui n’ont pas convaincu Sandra Regol. La députée écologiste de la première circonscription du Bas-Rhin, soit l’essentiel de Strasbourg, a elle-aussi suivi les consignes de son groupe en censurant le gouvernement Bayrou :

« Ces concessions, c’est du vent. La plupart des mesures annulées étaient des reculs considérables par rapport au programme du gouvernement Barnier. Je n’appelle pas ça des victoires. Les écologistes ont été bons élèves dans cette histoire, nous sommes allés rencontrer le gouvernement même si nous considérons qu’il est illégitime. Et le résultat, c’est un discours de politique générale qui ne prévoit rien pour l’environnement, après que nous ayons vécu l’année la plus chaude de l’Histoire. »

Quant à Emmanuel Fernandes, le député de la deuxième circonscription du Bas-Rhin, comprenant le sud de Strasbourg et Illkirch-Graffenstaden, a voté la censure du gouvernement sans hésiter puisqu’il faisait partie des signataires de la motion. Il déplore que les Socialistes s’excluent du Nouveau Front populaire :

« Le Parti socialiste rechute dans ses travers hollandistes, qui ont mené à la défaite en 2017. Le NFP n’a pas vocation à servir de béquille à une Macronie en déliquescence, comme le fait le Rassemblement national. À mon sens, les députés socialistes trahissent leur électeurs en n’ayant pas voté contre ce gouvernement. »

Pour que le gouvernement de François Bayrou soit renversé, il aurait fallu que 288 députés votent le texte. Seulement 131 députés l’ont voté, soit l’ensemble des 71 députés du groupe de La France insoumise, 36 sur 38 députés écologistes, 8 députés socialistes sur 66 et 16 membres du groupe Gauche démocrate et républicaine (sur 17).

Un supermarché ouvre à l’Elsau, après dix ans d’attente

Un supermarché ouvre à l’Elsau, après dix ans d’attente
Le nouveau supermarché de l’Elsau a ouvert le 24 décembre 2024. Une initiative très attendue par les habitants et soutenue par la Ville.

Le 24 décembre 2024, un supermarché Casino a ouvert ses portes à l’Elsau. Un commerce attendu par les 6 300 habitants du quartier, qui n’en avait plus depuis 2015.

Dix ans après la fermeture du supermarché Leclerc, un magasin Casino a ouvert le 24 décembre, rue Watteau dans le quartier de l’Elsau. « Le premier jour on a eu plus de mille personnes », relate Fatih Kiranta, le cogérant du supermarché. En moyenne, il quantifie la fréquentation entre 400 et 600 personnes par jour.

Irène Jestadt est venue faire ses courses du soir au supermarché de l’Elsau.Photo : Mahault de Fontainieu / Rue89 Strasbourg / cc

« Je trouve tout ce dont j’ai besoin »

Mardi 14 janvier, Irène Jestadt et Imane Lahsini, habitantes et membres du Conseil citoyen de l’Elsau, sont venues faire leurs courses ensemble. Dans les rayons, Irène Jestadt cherche les ingrédients qu’elle a notés sur sa liste pour son poulet tandoori du soir même :

« C’est plus pratique de venir ici. Avant, je prenais le tram ou le bus pour aller faire mes courses à Auchan ou Lidl (à Hautepierre NDLR). Je dispatchais mes achats en fonction de ce que j’allais faire en ville. »

Une option plus compliquée pour « les personnes à mobilité réduite comme les personnes âgées ou les personnes handicapées », affirme Imane Lahsini qui se déplace en son fauteuil roulant depuis sa naissance. « Je viens parce que les prix sont assez abordables et que je trouve tout ce dont j’ai besoin » confie-t-elle. Tom, du même avis, concède tout de même faire ses « courses du mois chez Lidl. Ici c’est plus pour la bouteille de lait qui me manque ». Derrière sa caisse, Seda Kulaber voit passer les clients toute la journée.« Tout le monde me dit être content », résume-t-elle.

Comme les quatre autres employés du supermarché, Seda Kulaber est une habitante du quartier. Photo : Mahault de Fontainieu / Rue89 Strasbourg / cc

Entre 2 500 et 3 000 références

Fatih Kiranta et son frère, Ferhat ont ouvert ce commerce avec l’ambition d’adresser les besoins immédiats des habitants. « On propose entre 2 500 et 3 000 références, avec trois gammes de prix différentes pour chaque produit », note Fatih. Le magasin, de 380 mètres carrés accueille plusieurs espaces pour des produits frais : un espace réfrigéré pour les fruits et légumes, une boucherie et une poissonnerie, ouverte du mercredi au jeudi. « Même Casino ne s’attendait pas à une telle offre », s’amuse le gérant.

Le magasin propose des fruits et légumes, venant du Marché Gare, dans une salle réfrigérée dédiée.Photo : Mahault de Fontainieu / Rue89 Strasbourg / cc

« On n’est pas que commerçants, on est aussi habitants », explique celui qui dit avoir « le commerce dans le sang ». Une expression à prendre au sens propre, puisque Fatih et Ferhat Kiranto sont les fils du gérant du Ege Market, une supérette un peu plus loin sur la même rue. Fatih voulait un magasin à l’image multiculturelle de l’Elsau :

« Ici, on peut venir acheter son jambon, comme sa viande halal. Nous avons reçu des critiques parce que nous ne vendons pas d’alcool mais c’est un choix qu’on a fait avec la Ville. Ici, beaucoup de personnes ont des problèmes d’addiction. C’est peut-être moins rentable mais on préfère attendre que les politiques de la Ville fassent leurs effets dans le quartier, peut-être dans six mois ou un an. »

Un an et demi d’efforts et une subvention

Les deux gérants du Casino ont mis un an et demi à faire aboutir ce projet. « C’était pas facile de décrocher une franchise à l’Elsau, vu l’image du quartier » avoue Fatih Kiranta. Grâce à l’aide de la Ville, ils ont été subventionnés à hauteur de 60% par le Fonds européen de développement régional (Feder) qui finance des projets dans les quartiers prioritaires (QPV). Une aide que Fatih décrit comme « précieuse » : « on a eu pas mal de problèmes pendant les travaux et les agents de la Ville étaient toujours joignables », pointe le gérant d’une trentaine d’années.

Après une boulangerie et une maison de santé, ce magasin est le troisième service à avoir ouvert à l’Elsau, un quartier qui avait été déserté par les commerces. « Il manque juste un distributeur de billets », notifie Seda Kulaber. Un service qui sera bientôt mis en place, assure Hülliya Turan, adjointe à la maire et élue référente du quartier.

Trois familles de l’école Saint-Jean hébergées au TJP

Trois familles de l’école Saint-Jean hébergées au TJP
Lundi soir, parents et enseignants ont aménagé deux salles de classe pour abriter des enfants à la rue avec leurs familles.

Le collectif qui a occupé deux salles de classe de l’école Saint-Jean depuis lundi pour abriter des enfants à la rue indique que trois familles sont logées jusqu’au 15 février au théâtre TJP.

Dans un courriel envoyé mercredi 15 janvier au soir à ses membres, le collectif Solidarité des Bonnes Gens indique mettre fin à l’occupation nocturne de l’école Saint-Jean, débutée lundi 13 janvier. Trois familles dont les enfants sont scolarisés dans l’établissement de la rue des Bonnes-Gens, près des Halles, ont pu emménager mercredi soir dans six chambres d’artistes appartenant au théâtre TJP, rue des balayeurs dans le quartier de la Krutenau. Elles pourront y rester jusqu’au 15 février.

La Ville de Strasbourg a mis en relation le TJP et l’association Les Petites Roues, qui ont signé une convention d’occupation temporaire. « On va assurer le passage de bénévoles sur place », indique Sabine Carriou, présidente de cette petite association qui finance la mise à l’abri de dizaines de personnes précaires grâce à une cagnotte solidaire.

Pour le collectif Solidarité des Bonnes Gens, l’installation de ces « 8 enfants et de 5 parents est une pause bienvenue dans un quotidien trop souvent marqué par l’incertitude ». Pour autant, indique le collectif, « cette avancée est une première étape mais ne signe pas la fin de notre mobilisation ». Le collectif composé de parents d’élèves et d’enseignants entend continuer à venir en aide à tous les enfants sans hébergement dont il aura connaissance pour les mettre à l’abri avec leurs familles en cette période de grand froid. Le collectif se réserve la possibilité de « reprendre l’école pour les loger » en cas d’absence d’autre solution.

En outre, le collectif dispose d’une cagnotte participative, dont les fonds sont utilisés pour « maintenir au chaud » les enfants et les parents se trouvant « dans des situations très précaires ». Sans titres de séjour, ces familles ne peuvent pas être abritées dans une école occupée. Elles craignent de commettre un délit qui pourrait servir de motif pour les renvoyer vers leur pays d’origine.

Débats et ateliers sur le numérique au service du capitalisme de surveillance samedi 18 janvier au Shadok

Débats et ateliers sur le numérique au service du capitalisme de surveillance samedi 18 janvier au Shadok

La coopérative Commown organise une après-midi de sensibilisation autour des enjeux du numérique samedi 18 janvier au Shadok.

Alors que le numérique s’est infiltré dans tous les aspects de la vie contemporaine, la question du contrôle des algorithmes et des données est plus essentielle que jamais. Les gesticulations de l’extrême droite pour mettre la main sur les réseaux sociaux aux États-Unis n’étant qu’un dernier épisode du même problème : nous utilisons des outils que nous ne possédons pas et dont la finalité n’est pas de nous rendre service.

Face à cette situation, qui se dégrade de jour en jour, des alternatives se mettent en place et notamment au sein du mouvement coopératif. Commown par exemple propose de louer ses appareils plutôt que les acheter, ce qui lutte déjà contre le phénomène de mode. Telecoop propose d’en finir avec les abonnements illimités, rappelant le coût écologique de chaque minute d’appel, de chaque mégaoctet téléchargé. Fairphone, une entreprise néerlandaise, construit des téléphones réparables…

Des débats citoyens urgents

Commown propose toute une après-midi pour échanger sur ces sujets samedi 18 janvier au Shadok à Strasbourg. Le programme débute à 14h avec une table-ronde intitulée Obsolescence et capitalisme de surveillance, même combat ! avec Agnes Crepet, responsable de la longévité logicielle chez Fairphone ; Lise Breteau, avocate et membre du collectif GreenIT ; Edlira Nano, doctorante au sein de l’équipe Limites Numériques, membre de La Quadrature du Net et de l’April et Harmonie Vo Viet Anh de Hackstub.

À 15h40, deux ateliers sont programmés au même moment. Le premier imaginera « le numérique en 2040 avec un monde sans smartphone » tandis que le second présentera des solutions pour atteindre la « sobriété numérique ». À 17h30, la journée se terminera avec Donne-moi ta main, une « conférence gesticulée » de Julian Augé qui évoque la surveillance des écoles à Internet en passant par les transports.

À Strasbourg, le plan grand froid de l’État, c’est 13 lits pliables pour sans-abris

À Strasbourg, le plan grand froid de l’État, c’est 13 lits pliables pour sans-abris
Le très modeste plan grand froid de l’État en 2025 à Strasbourg.

Avec les températures négatives, la préfecture du Bas-Rhin a enclenché le plan grand froid dimanche 12 janvier pour augmenter son dispositif d’hébergement d’urgence. Mais concrètement, ce plan ne permet d’abriter que 13 personnes sans domicile fixe supplémentaires à Strasbourg.

Après l’annonce par la préfecture du Bas-Rhin du déclenchement du « plan grand froid – vigilance jaune » dimanche 12 janvier, Rue89 Strasbourg a voulu préciser à quoi cela correspond concrètement. L’État annonçait alors « l’ouverture de places [d’hébergement] supplémentaires » pour les sans-abris, sans donner leur nombre. Interrogée sur ce point, la préfecture n’a pas accepté de donner plus de détails. Peut-être se doutait-elle que l’écart entre les besoins et ce qu’offre le dispositif serait choquant ?

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Monsieur le Préfet, que font ces enfants dans la rue ?

Monsieur le Préfet, que font ces enfants dans la rue ?
Une mère seule et sa fille dorment dehors en plein hiver.

Des dizaines d’enfants dorment dehors à Strasbourg, malgré des températures extérieures négatives. Alors que le préfet du Bas-Rhin est sommé de réquisitionner un gymnase, Jacques Witkowski garde un silence glaçant.

Monsieur le préfet, vous avez dernièrement montré un intérêt fort pour la responsabilité des parents de mineurs interpellés pour des violences urbaines en fin d’année. Vous avez beaucoup communiqué sur ce sujet auprès des médias. À l’AFP, vous résumiez ainsi les courriers envoyés aux parents : « J’ai donc souhaité les interpeller vivement : que fait votre fils dans la rue ? » Depuis le début de l’année 2025, plusieurs associations vous interpellent sur le sans-abrisme à Strasbourg. Toutes font face à votre silence sur la question suivante : « Que font des enfants à la rue en plein hiver ? »

Au parc Eugène Imbs, 31 enfants dorment dehors

Il a fait -5° dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 janvier. Avec des températures du même ordre prévues les jours suivants, la préfecture du Bas-Rhin a annoncé l’activation du niveau 1 du plan « grand froid ». Des places d’hébergement d’urgence supplémentaires ont été ouvertes, d’après un communiqué de la préfecture. Combien de personnes ont pu en bénéficier ? Nos questions auprès du service de communication de la préfecture restent sans réponse. Une chose est sûre : au parc Eugène Imbs, près d’une centaine de personnes, dont deux femmes enceintes et 31 enfants, continuent de dormir dehors. Monsieur le Préfet, que font ces enfants dans la rue ?

Depuis le mois de décembre 2024, des parents d’élèves appellent à l’aide pour héberger 12 enfants scolarisés à l’école Saint-Jean. Ils ont tout d’abord manifesté devant l’établissement. Le collectif Pas d’enfants à la rue vous a envoyé un courrier ainsi qu’à la Ville de Strasbourg pour demander l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence. Faute de réaction des services de l’État, le collectif de la rue des Bonnes-Gens est passé à l’action en occupant deux salles de classe dans la nuit du 13 janvier pour héberger deux familles. Elles auraient dormi dehors sans la solidarité de ces parents d’élèves et des militants et militantes œuvrant pour le droit au logement. Monsieur le Préfet, que font ces enfants dans la rue ?

Sont-ils exclus parce qu’étrangers ?

Selon l’adjointe en charge des solidarités Floriane Varieras, la Ville de Strasbourg a indiqué à la préfecture que plusieurs gymnases sont prêts à accueillir des personnes sans-abri. L’année dernière, à la même période, les températures minimales avoisinaient aussi les moins quatre degrés. Deux gymnases avaient été ouverts pour une capacité totale de 160 personnes. Les deux structures avaient été rapidement saturées. Elles le seraient sûrement cette année encore.

Les sans-abris du camp Eugène Imbs ou de l’école Saint-Jean sont-ils exclus des dispositifs d’hébergement parce qu’ils sont étrangers ? Le code de l’action sociale et des familles dispose, dans son article 345-2 : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence. » Ainsi l’hébergement d’urgence est inconditionnel en France. Monsieur le Préfet, que font donc ces enfants à la rue ?

Mais voilà, la préfecture n’a toujours pas ouvert un seul gymnase. En matière d’hébergement d’urgence, l’État n’a pas d’obligation de résultat. Mais force est de constater que l’obligation de moyens n’est pas respectée. Selon nos informations, la première phase du plan « grand froid » n’a permis que l’ouverture de 13 places d’hébergement supplémentaires…

Un silence glaçant

À moins que la situation actuelle ne soit que l’application d’une doctrine nouvelle ? Le refus d’héberger des êtres humains sans abri par grand froid viendrait-il de la hausse des expulsions d’étrangers exigée par le ministre de l’Intérieur lors d’une réunion en octobre 2024 ? Serait-ce la suite logique de la déclaration du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau sur l’État de droit, qui ne serait « pas intangible, ni sacré » ?

Si la disparition de l’hébergement inconditionnel en France est désormais officielle, il conviendrait de sortir de ce silence glaçant monsieur le Préfet. Et si ce n’est pas le cas, que font ces enfants à la rue ?

L’Arsea désormais en charge de la gestion de l’hébergement d’urgence dans le Bas-Rhin

L’Arsea désormais en charge de la gestion de l’hébergement d’urgence dans le Bas-Rhin

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Des lectures publiques pour « travailler collectivement » sur l’emprise religieuse

Des lectures publiques pour « travailler collectivement » sur l’emprise religieuse
La metteuse en scène Barbara Jung a invité l’ancien moine Christophe Sobottka, qui dit avoir été abusé « spirituellement ».
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Deux familles abritées à l’école Saint-Jean

Deux familles abritées à l’école Saint-Jean

Lundi soir, deux familles à la rue et dont les enfants sont scolarisés à l’école Saint-Jean ont été mises à l’abri dans des salles de classe de l’établissement. Malgré l’activation du plan grand froid par la préfecture, au moins douze enfants repérés par le collectif « Solidarité des Bonnes Gens » passent les nuits d’hiver sous des tentes ou dans des voitures.

« Tout le monde a droit à un logement » chantent en chœur les bénévoles de l’association Droit au logement (DAL) devant une bannière jaune taguée du slogan « un toit = un droit ». Comme une cinquantaine de personnes, l’antenne locale de l’association est venue soutenir l’occupation de l’école Saint-Jean, débutée lundi 13 janvier à 18h. Une « mesure d’urgence », selon le collectif Solidarité des Bonnes Gens, du nom de la rue de l’établissement situé derrière les Halles, qui permet à cinq enfants de l’école et à leurs parents de dormir au chaud et en sécurité alors que les températures seront négatives une grande partie de la semaine. Ce collectif de parents d’élèves et d’enseignants « appelle une nouvelle fois les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités et à mettre en place des mesures immédiates pour garantir le droit fondamental au logement ».

Un plan grand froid déjà dépassé

Une des familles mise à l’abri par le collectif a dû quitter un logement qui ne leur a été accordé qu’une dizaine de jours. « J’ai appelé le 115 ensuite mais ils n’avaient plus de place », assure cette mère de famille, en anglais. Un manque d’hébergement d’urgence malgré l’activation, lundi 13 janvier, par la préfecture du Bas-Rhin, d’un « plan grand froid » de niveau 1. Un dispositif qui accroit très temporairement « les capacités de mise à l’abri des personnes sans domicile », selon le communiqué de la préfecture.

Lundi 13 janvier, à Strasbourg les températures ont oscillé entre 1 et -3 degrés celsius. Une situation météorologique qui a conduit la préfecture à activer le premier niveau du plan grand froid.Photo : Mahault de Fontainieu / Rue89 Strasbourg / cc

En collaboration avec le collectif Pas d’enfant à la rue 67, les parents et enseignants mobilisés ont une nouvelle fois demandé aux pouvoirs publics l’ouverture d’un gymnase pour héberger toutes les familles sans-abri. « La Ville nous a dit qu’elle ouvrirait une salle si la préfecture en faisait la demande », soupire une bénévole du collectif, lassée par les renvois en responsabilité entre la collectivité et l’État.

Une occupation face à une « situation intolérable »

Selon le collectif, cette occupation de l’école Saint-Jean « est une mesure exceptionnelle » mais elle durera « jusqu’à ce que des solutions d’hébergement dignes soient proposées par les autorités ». Chaque soir de 18h à 7h30 du matin, les deux familles pourront se reposer dans une classe chacune, aménagée pour qu’elles puissent y dormir. Un ou une représentante des parents d’élèves et un ou une enseignante seront présents toute la nuit pour garantir leur sécurité et leur bien-être. « Nous nous sommes organisés pour nous relayer », détaille Elphège Tignel, mère d’une élève scolarisée à Saint-Jean et porte-parole du collectif. « Les salles seront nettoyées et rangées tous les matins avant l’arrivée des élèves », assure-t-elle.

Entre les couettes, oreillers et matelas, les donateurs du collectif ont glissé des peluches pour les enfants.Photo : Mahault de Fontainieu / Rue89 Strasbourg / cc

« On a un peu plus de matelas que de personnes à abriter » se félicite Marie Entz, enseignante en maternelle venue installer les deux familles. Oreillers, couvertures et même doudous ont été prêtés au collectif pour que les familles puissent dormir dans des conditions acceptables. Lundi soir, dans les salles occupées, les volontaires s’affairent. « On fait les lits pendant que les enfants dînent. Comme ça tout est prêt quand ils arriveront », assure l’enseignante.

Une solution transitoire

Entourée de ses quatre enfants, l’une des mères hébergées confie, les larmes aux yeux, « mon fils a honte de dormir dans son école ». Les autres élèves ne sont pas au courant de la situation de cette famille, très dure à vivre pour ces enfants. Marie Entz explique qu’une petite fille en grande section de maternelle qu’elle avait l’an dernier « arrivait frigorifiée le matin » et « s’endormait en classe ». « Je la mettais à la sieste sur le créneaux des petits », relate-t-elle émue. Cette année, c’est un petit garçon de 3 ans qu’elle a en classe et qui dort dehors. « Son comportement à changé, il est devenu violent », se désole-t-elle.

Les deux familles qui dorment à l’école Saint-Jean auront à disposition un classe de 18h à 7h30 du matin. Comme le précise le communiqué : « Les salles occupées sont
nettoyées chaque matin, bien avant l’ouverture de l’école. »Photo : Mahault de Fontainieu / Rue89 Strasbourg / cc

Cependant, « rien que cette semaine, trois nouvelles familles sans toit nous ont été signalées », rapporte l’enseignante. Douze élèves de l’école sont encore à la rue, selon les estimations des enseignants. « Nous n’avons pas pu proposer cette mise à l’abri à certaines familles, au regard de leur situation administrative », confie Elphège Tignel. Ces familles auraient pris trop de risques à participer à une action illégale, selon elle.

En plein hiver, une centaine de personnes dorment dans un parc

En plein hiver, une centaine de personnes dorment dans un parc
Maher (à gauche) et Hamza (à droite), originaires de Syrie, ont vécu dans le camps eugène Imbs de fin décembre 2024 jusqu’au 11 février.

Début janvier, près d’une centaine de sans-abris dorment dans des tentes au parc Eugène Imbs de Montagne Verte, malgré le froid. C’est la première fois qu’un campement aussi imposant existe à cette période de l’année à Strasbourg.

« Il fait trop froid la nuit. On a mis plein de couvertures sur le sol mais ça ne suffit pas. Je ne dors pas bien du tout. » Hamza, 14 ans, est arrivé de Syrie avec ses parents, sa sœur de six ans et son frère de 16 ans début décembre 2024. Mi-janvier, cela fait trois semaines que sa famille a planté deux tentes pour s’abriter dans le parc Eugène Imbs, quartier de la Montagne Verte.

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Circulation, enquête, nombre de blessés… Le bilan de l’accident de tram en gare de Strasbourg

Circulation, enquête, nombre de blessés… Le bilan de l’accident de tram en gare de Strasbourg
Le choc entre les deux tramways était particulièrement violent, plusieurs personnes étaient au sol.

Samedi 11 janvier, deux tramways de la CTS sont entrés en collision en gare centrale. L’enquête judiciaire a écarté l’hypothèse de l’accident volontaire.

L’accident de tramway a eu lieu samedi 11 janvier en gare de Strasbourg. Selon le bilan définitif de la préfecture du Bas-Rhin, sur les 130 passagers impliqués, 68 personnes ont été blessées et 59 d’entre elles ont été admises à l’hôpital. Emmanuel Auneau, directeur général de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), a expliqué au micro de Ici Alsace que les deux conducteurs s’en sont sortis « physiquement indemnes mais choqués ». Une conductrice est toujours à l’hôpital. L’autre conducteur en est sorti ce week-end. Une cellule psychologique a été ouverte pour les salariés et salariées de la CTS.

Deux enquêtes en cours

Les premières investigations ont permis de reconstituer les faits qui ont mené à l’accident à 15h15 samedi 11 janvier. Face à un trafic interrompu au niveau de la station Homme de Fer, du fait d’une manifestation en centre-ville, le tramway se trouvait arrêté dans la pente pour sortir du tunnel de la gare centrale. Il n’a pas réussi à redémarrer en côte et est donc reparti vers l’arrière. Entrainé par son poids de 54 tonnes sur une descente d’une centaine de mètres, il est entré en collision avec une autre rame stationnée à l’arrêt de la gare centrale. L’impact a été si violent qu’il a cassé en deux la rame qui a dévalé la pente.

Immédiatement ouverte après les faits, l’enquête judiciaire pour déterminer « d‘éventuelles responsabilités » a permis d’écarter l’hypothèse d’un acte volontaire. Le bureau d’enquête sur les accidents de transports terrestres a entamé une investigation plus technique.

À ce jour, les deux tramways sont encore immobilisés dans le tunnel pour que les experts « regardent toutes les traces qu’il peut y avoir sur les rails, sur les installations, pour essayer de comprendre exactement ce qui s’est produit », le directeur de la CTS Emmanuel Auneau. La « boîte noire » de chaque rame sera aussi analysée « pour savoir si les freins ont bien fonctionné, si le conducteur a appuyé sur quel bouton à quel moment, comment s’est comportée la rame ». Pour l’instant, comme le conclut le directeur général, « il est trop tôt pour savoir ce qui s’est passé ». Les premiers éléments de l’enquête révèlent que l’accident n’est pas dû à un problème d’aiguillage.

Le tramway « tout à fait conforme »

Construites par Alstom, toutes les nouvelles rames de tramways de la CTS sont équipées d’un système les empêchant de repartir en arrière. Datant des années 2000, la rame qui a provoqué l’accident n’en était pas pourvue : « Ce système n’existait pas à l’époque », précise Emmanuel Auneau. Néanmoins, comme il l’assure, la rame est « tout à fait conforme et homologuée pour circuler sur le réseau ». Le directeur de la CTS a ensuite rappelé que le réseau de transport en commun strasbourgeois est « très peu accidentogène ». Le dernier accident s’était déroulé il y a presque trente ans, octobre 1998, au même endroit et avait fait 17 blessés.

Des solutions de substitution

Jusqu’à nouvel ordre, la station souterraine de la Gare Centrale n’est pas desservie. « Il faut que les experts, les autorités nous autorisent à rentrer dans le tunnel et à extraire les rames. Et ensuite, il faudra qu’on contrôle l’ensemble du tunnel pour savoir si tout le monde est en sécurité pour reprendre le trafic », déclare Emmanuel Auneau.

Selon le site de la CTS, les lignes A et D fonctionnent de part et d’autre de la gare centrale. Entre les stations Graffenstaden et Homme de Fer d’un côté et entre Rotonde et Parc des Sports pour la ligne A. Pour la ligne D, le service est maintenu entre les stations Kehl Rathaus/Port du Rhin et Homme de Fer ainsi qu’entre la station Rotonde et le terminus Poteries.

La CTS a également mis en place des bus de remplacement entre les stations Rotonde et la gare centrale. La liaison entre la gare centrale et la station Ancienne Synagogue Les Halles n’est pas assurée par les bus de remplacement car la ligne C du tram, ainsi que les bus 2,10, G et H, fonctionnent normalement.

À la demande des syndicats, un Comité social et économique se tiendra mardi à 9h30 pour une information des représentants syndicaux et un échange sur l’accident.

Briser le tabou, célébrer la lutte : le Planning familial fête les 50 ans du droit à l’avortement

Briser le tabou, célébrer la lutte : le Planning familial fête les 50 ans du droit à l’avortement
Dans les locaux du Planning familial.

Pour célébrer les cinquante ans de la dépénalisation de l’avortement en France, le Planning familial de Strasbourg organise un « Festi’Veil » du 13 au 18 janvier. L’occasion de mettre en lumière les obstacles et tabous qui perdurent autour de cet acte de soin.

Le 17 janvier 1975, la loi Veil dépénalisait pour cinq ans l’interruption volontaire de grossesse jusqu’à 12 semaines, avant d’être reconduite sans limite de temps en 1979. Cinquante ans plus tard, le Planning familial de Strasbourg célèbre cet anniversaire avec un Festi’Veil à la programmation militante. Exposition, table ronde, rassemblement, concerts… Du 13 au 18 janvier, l’association revient sur la lutte pour le droit d’avorter. Mais aussi sur les freins et les menaces qui pèsent encore sur cette liberté fondamentale à disposer de son corps.

« J’ai avorté », une parole rare

Selon le baromètre sur l’accès à l’avortement en France, réalisé par l’IFOP pour le Planning familial en 2024, 63% des femmes ayant eu recours à l’avortement ont peur d’être jugées ou d’avoir des remarques de la part des professionnels de santé ou de l’entourage. 41% des femmes qui ont eu recours à l’IVG estiment que le droit à l’avortement reste un tabou aujourd’hui en France.

Présidente bénévole du Planning familial de Strasbourg et photographe, Victoria Charrue a recueilli le témoignage de femmes ayant avorté et réalisé leur portrait pour en faire une exposition. Une quinzaine de clichés accompagnés d’extraits de leurs récits sont à retrouver jusqu’au 8 février à la médiathèque du Neudorf.

63% des femmes ayant eu recours à l’avortement ont peur d’être jugées ou d’avoir des remarques de la part des professionnels de santé ou de l’entourage.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

« Parce que ça touche à l’intimité, on nous apprend qu’il ne faut pas en parler.« 

Victoria Charrue, présidente du Planning familial de Strasbourg

« Rares sont les volontaires de cette expo qui ont parlé immédiatement et facilement de leur IVG », détaille Victoria Charrue. Il a fallu du temps, parfois des années, pour qu’elles puissent s’exprimer sur cette expérience. Et découvrir qu’un certain nombre de leurs proches avaient, elles aussi, avorté. « Ce qui m’a frappé le plus fort, c’est à quel point le vécu des personnes qui ont recours à l’IVG est vraiment cantonné au privé, poursuit la photographe. Parce que ça touche à l’intimité, on nous apprend qu’il ne faut pas en parler. Même du côté des personnes très engagées, militantes : ce n’est pas la même chose de savoir ce que l’on souhaite à une société et de savoir ce que l’on peut s’autoriser à vivre soi-même. »

Conseillères conjugales et familiales et animatrices de prévention au Planning familial de Strasbourg, Claire et Jessica constatent les effets du tabou entourant l’IVG sur les personnes qui appellent au centre pour se renseigner. « Souvent, les femmes commencent par se justifier au téléphone. Elles nous disent que ce n’est pas le bon moment pour elles, que c’est compliqué… On les arrête tout de suite et on les déculpabilise en leur disant que toutes les raisons sont légitimes », explique Claire. Les professionnelles notent l’écart entre les préjugés qui persistent et la réalité des faits. « Les femmes les plus concernées par l’avortement ont entre 25 et 35 ans et trois quarts d’entre elles ont une contraception ».

Dans les locaux du planning familial à Strasbourg. Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Avorter, une lutte continue

L’IVG, une lutte sans fin. Jeudi 16 janvier, le Festi’Veil organise une table ronde sur l’histoire du droit à l’avortement en France avec Pauline Harmange, autrice de Avortée, une histoire intime de l’IVG, et Bénédicte Constantino, gynécologue. La conseillère en santé sexuelle au Planning familial Francesca Bonsignori et la médecin Nicole Greib seront aussi présentes.

Militante au planning familial de Strasbourg depuis près de cinquante ans, Nicole Greib en a été présidente pendant 15 ans et y a travaillé en tant que médecin. Elle fait partie des mémoires de l’association. Elle se souvient de son arrivée au Planning strasbourgeois en 1980 pour en ouvrir le centre de planification :

« À Strasbourg, le Planning s’est créé au début des années 60, avec des militantes bénévoles qui donnaient des listes de médecins acceptant de délivrer la pilule. Il faut se rappeler que la loi autorisant la contraception n’est passée qu’en 1967. Et les décrets d’application ne sont pas sortis avant 1974. Elles donnaient également des adresses à l’étranger pour les IVG. »

Des anti-choix mobilisés depuis les années 80

Lorsque l’avortement a été dépénalisé, il a fallu du temps pour que les hôpitaux mettent en place des équipes dédiées à l’IVG. « En Alsace, cela s’est plutôt bien passé, juge Nicole Greib. Mais il a fallu vaincre quelques résistances. Les médecins qui s’en occupaient au début étaient assez militants et devaient lutter contre des collègues qui leur mettaient des bâtons dans les roues. »

Au-delà du milieu médical, les militantes du droit à l’avortement ont également fait face aux mobilisations des opposants à l’IVG. Nicole Greib se remémore : « Dans les années 80-90, nous sommes allées devant le Centre Médico-Chirurgical et Obstétrical (CMCO) où des anti-choix avaient décidé de venir prier. » Plus récemment, le Planning familial de Strasbourg a vu sa porte taguée le 8 mars dernier, le jour de la journée internationale du droit des femmes. Un autre tag anti-IVG a été réalisé le jour de l’inscription de la liberté d’avorter dans la Constitution. « À chaque fois que la loi progresse, ils sont là pour réagir et remettre ce droit en cause », souffle l’ancienne présidente du Planning familial de Strasbourg, Nicole Greib.

Jessica, salariée, sur l’un des postes du planning familial. 
Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Un droit fragile

Cinquante ans après la loi Veil, les militantes du droit à l’avortement s’accordent sur un point : il faut continuer à lutter. « Le baromètre sur l’accès à l’avortement a révélé que l’IVG n’est absolument pas un droit facile d’accès en France, détaille Victoria Charrue. On a le droit d’avorter, mais selon que l’on habite en ville ou en campagne, que l’on soit mineure ou majeure, que l’on soit racisée ou non, on ne sera pas reçue de la même façon ».

Selon les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques utilisés par la revue La Déferlante en 2024, une française sur quatre doit aujourd’hui changer de département pour pouvoir avorter. Entre 2007 et 2017, la France hexagonale a perdu 43 centres pratiquant des avortements sur un total de 624.

Bien que le recours à l’IVG soit entré dans la Constitution en 2024, il reste encore à faire, du point de vue des militantes. « Le texte a consacré une liberté de pouvoir avorter et non un droit, détaille Victoria Charrue, présidente du Planning familial 67. Si de nombreux centres ferment, on aura en théorie toujours la possibilité d’avorter, mais ce sera de plus en plus difficile. »

Autre motif d’inquiétude concernant la constitutionnalisation de l’IVG : l’utilisation du mot « femme » qui exclut les hommes trans, autrement dit les personnes avec une identité de genre masculine et qui ont été assignées femmes à la naissance. « Ces personnes ont aussi des droits et sont déjà en prise avec des difficultés pour avoir accès aux soins », regrette la bénévole Victoria Charrue.

Dans les locaux du planning familial à Strasbourg. 
Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Si l’initiative a eu le mérite de mettre l’IVG au cœur du débat public, elle n’est toutefois pas revenue sur la double clause des médecins concernant l’avortement. « Tous les médecins ont une clause de conscience qui les autorise à ne pas faire un acte médical pour une raison x ou y. En ce qui concerne l’avortement, ils ont une clause spécifique qui participe à faire de l’IVG un acte médical à part », regrette Victoria Charrue. Vendredi 17 janvier, le Festi’Veil invite à un rassemblement à 17 h 30 place Kléber. L’occasion de rappeler qu’un droit acquis est parfois un droit en sursis.

Rendre l’avortement plus accessible

Samedi 18 janvier, le Festi’Veil se terminera avec une soirée festive au Molodoï. Les fonds seront reversés à une caisse de solidarité pour les IVG hors-délai. « Dans certains pays, on peut avorter plus tard qu’en France, explique Victoria Charrue :

« Au Planning, nous avons des accords avec les Pays-Bas et l’Espagne pour que les personnes puissent aller avorter là-bas avec un peu moins de frais. Cela coûte extrêmement cher, donc on essaie régulièrement de réunir de l’argent pour pouvoir réduire les frais médicaux et les frais d’hébergement et de déplacement. Il ne nous semble pas juste que seules les personnes qui en ont les moyens puissent bénéficier de ce délai supplémentaire. »

Les archives du planning familial. 
Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
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Première grève mardi 14 janvier des médecins scolaires dans le Bas-Rhin

Première grève mardi 14 janvier des médecins scolaires dans le Bas-Rhin
En 2025, seulement douze médecins scolaires couvrent le territoire du Bas-Rhin.

Les médecins de l’Éducation nationale se rassembleront mardi 14 janvier devant l’Académie de Strasbourg pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et ses effets sur les élèves.

Il y a quinze ans, ils étaient 35. Aujourd’hui, ils sont douze. Dans deux ans, ils ne seront plus que cinq pour accompagner tous les élèves des secteurs primaire et secondaire du Bas-Rhin. Comme ailleurs en France, les effectifs de médecins scolaires se réduisent. Pour la première fois en Alsace, ces professionnels de santé se mettent en grève, mardi 14 janvier. Ils doivent se rassembler à 10h devant la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN), 65 avenue de la Forêt-Noire dans le Quartier des XV à Strasbourg, pour dénoncer cette réduction de la place accordée à la médecine scolaire.

Des enfants de moins en moins suivis

Détection des troubles de l’apprentissage, avis médicaux sur les choix d’orientation, prévention sur l’hygiène… Les médecins scolaires peuvent occuper un rôle indispensable dans le parcours scolaire de certains élèves. Selon un rapport de la Cour des comptes « entre 2013 et 2018, le taux de réalisation de la visite de la 6e année de l’enfant par les médecins scolaires, déterminante au début des apprentissages scolaires, a chuté de 26%, taux déjà historiquement bas, à 18%. » Une situation qui préoccupe David Grisinelli, responsable académique de l’Unsa Éducation : « On accepte l’idée qu’on dégrade la scolarité de certains élèves ».

Une profession de moins en moins attractive

Alors que le ministère de l’Éducation préconise qu’un médecin scolaire s’occupe de 5 000 élèves, les douze qui exercent encore dans la région ont à charge un peu moins de 17 000 élèves. Selon la Cour des comptes, 44% des postes étaient encore vacants en 2022, 31% en 2018. Cette baisse de l’attractivité de la profession s’explique par des « conditions de travail dégradées » qui « mettent en souffrance ces professionnelles » selon David Grisinelli de l’Unsa Éducation.

Chloridazone dans l’eau potable : l’Eurométropole obtient une dérogation de l’ARS

Chloridazone dans l’eau potable : l’Eurométropole obtient une dérogation de l’ARS
En 2016, il était toujours possible d’utiliser des produits phytosanitaires à proximité du point de captage d’Oberhausbergen.

La concentration de chloridazone desphényl dépasse le seuil réglementaire au captage d’eau potable d’Oberhausbergen. Le 16 décembre, un arrêté préfectoral a accordé une limite dérogatoire pour laisser le temps à l’Eurométropole de Strasbourg de mettre en place un plan d’actions.

En octobre 2023, Rue89 Strasbourg révélait que des communes à l’ouest de Strasbourg était concernées par un dépassement de la limite réglementaire en concentration de métabolite chloridazone desphényl dans leur eau. Le captage d’Oberhausbergen, qui fournit 20% de l’eau potable distribuée à Strasbourg, fait face au même problème. L’Agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est évaluait, en juillet 2024, la concentration de ce métabolite à 0,13 microgramme par litre (µg/l) alors que la valeur limite fixée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) est de 0,1 µg/l. Selon d’autres relevés, comme ceux de l’Observatoire de la nappe rhénane par l’Aprona, le taux au plus haut de retrouvé entre 2016 et 2023 s’élève à 0,37 µg/l.

Le 16 décembre, une limite dérogatoire de 0,5 µg/l a été accordée par arrêté préfectoral. Cette dérogation permet de maintenir la distribution de cette eau non conforme pendant trois ans, renouvelables, le temps que l’Eurométropole de Strasbourg mette en place un plan d’actions correctives.

Le plan d’action de l’Eurométropole

À court terme, l’Eurométropole prévoit de mélanger l’eau du captage d’Oberhausbergen et celle du captage de Strasbourg Polygone, qui assure 80% de la distribution. Cette opération diluera la concentration, ce qui devrait permettre de respecter la valeur légale en métabolites dans l’eau distribuée aux habitants. Selon l’arrêté préfectoral, les travaux nécessaires pour cette dérivation sont estimés à un million d’euros.

Des mesures de préservation des sources d’eau potable devraient également être mises en œuvre au cours de cette période. Le chloridazone desphényl est un métabolite issu de la dégradation dans les sols ou dans l’eau du chloridazone, un pesticide utilisé dans les plantations de betterave avant d’être interdit en 2020. L’Eurométropole de Strasbourg insère donc son plan d’action dans la convention Sens. Ce partenariat, établi en 2023 réunit la Ville avec des acteurs de la filière agricole et de l’eau, pour changer les pratiques agricoles et préserver la nappe rhénane des pollutions phytosanitaires.

La dangerosité de ces métabolites sur la santé

Cette limite dérogatoire de 0,5 µg/L a été fixée à la lumière d’un avis rendu, le 25 juillet 2024, par l’Anses sur l’établissement d’une « valeur maximale sanitaire » de ce métabolite. Une étude toxicologique a établi à 11 µg/l une limite au-delà de laquelle l’eau ne pourrait plus être consommée.

Le chloridazone desphényl est un métabolite classé comme « pertinent » en 2020 par l’Anses, c’est à dire que sa concentration dans les eaux destinées à la consommation humaine doit être suivie. L’ARS Grand Est l’a inclus dans une liste de 165 substances actives et 45 métabolites recherchées dans ses contrôles sanitaires.

L’arrêté du 16 décembre 2024