Le siège de l’association CIEL se situe dans une ancienne boulangerie, reconvertie en mosquée, au fond du quartier de l’Elsau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Sur fond de suspicion d’antisémitisme et d’islamisme radical, l’association Ciel avait vu ses avoirs financiers gelés par arrêté ministériel en octobre 2021. La cour administrative d’appel de Paris a estimé que les reproches à la structure elsauvienne sont insuffisamment fondés.
Un sérieux revers pour le ministère de l’Intérieur. Mardi 3 octobre, la cour administrative d’appel de Paris a annulé un arrêté du ministère de l’Économie et des finances qui prononçait le gel des avoirs financiers de l’association cultuelle Ciel, basée à Strasbourg. Cette dernière était notamment accusée d’avoir diffusé, au sein d’une mosquée de l’Elsau, des « thèses appelant à la commission d’actes de terrorisme ». Parmi les autres reproches au fondement de cette décision administrative, l’un des co-présidents est signalé pour avoir « initié ou participé à plusieurs manifestations pro-palestiniennes au cours desquelles des déclarations antisémites ont été proférées et des drapeaux israéliens incendiés ».
Le 13 juin 2022, le tribunal administratif de Paris avait validé le gel des avoirs bancaires de l’association Ciel. Plus d’un an plus tard, la cour administrative d’appel a fondé l’annulation de l’arrêté ministériel sur la fragilité des accusations visant l’association cultuelle.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Formé début septembre, le collectif naissant « Implak’ab » organisait sa première « teuf » dans un lieu secret le week-end du 14 au 15 octobre. Derrière chaque décision, dépense et débat agitant le groupe, se retrouve l’envie de tendre vers l’organisation de soirées légales.
Jamais dans leur vie de poiscaille, les poissons-chats lorrains n’avaient vu ça. Face à leur étang, une bouillie de corps bougeant chaotiquement, repeinte de lumières bariolées. Comme des autruches, certains tendent leurs têtes en avant, vers des caissons surdimensionnés crachant des sons saturés. Devant ce bassin quelconque de la cambrousse lorraine, une centaine de fêtards s’étaient rameutés samedi 14 et dimanche 15 octobre, pour une free party, une soirée avec des DJs en plein air, orchestrée par le collectif strasbourgeois « Implak’ab ».
Leur soirée sauvage pourrait se résumer à un marathon furieux : courir deux mois puis danser 48 heures. De sa création à l’organisation de son premier événement, le tout jeune collectif cavale d’une galère à l’autre pour dénouer une à une les difficultés qui se posent à lui.
Afin d’éviter le stress d’une interruption par la police et les saisines de leur matériel, onéreuses à la longue, Implak’ab vise l’organisation de soirées légales en extérieur. Si elle n’était pas déclarée, cette première édition servait tout de même de test grandeur nature.
Ptérodactyle et fichier Excel
Rien de moins électrisant, excitant, captivant qu’une réunion d’organisation. Entre les tableaux Excel et les points sur le planning, l’ambiance de la dernière assemblée avant le début de l’évènement, mardi 10 octobre, tient plus de la causerie d’expert-comptable que d’une beuverie débridée. Mais plus le temps pour les soûleries : les membres d’Implak’ab doivent répéter tout le déroulé, l’événement débute dans quatre jours. Tous se distribuent les rôles, avec un chef à chaque « pôle » : un responsable pour les stands, pour les bénévoles, pour les artistes…
Pendant près de trois heures, les bénévoles discutent des derniers points à régler. Photo : oni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc
« Moi, en ce moment, je peins des ptérodactyles sur des panneaux », explique Lisa sans sourciller. En aparté, la « responsable des décors » explique avoir mis momentanément de côté son boulot – architecte indépendante – pour ce moment de rush. « En général, mon bénévolat ne me prend pas plus de deux heures par semaine, mais cette semaine c’est plutôt 15 ou 20 heures. J’ai juste pas le temps de bosser. » Et elle ne regrette pas son investissement :
« J’ai déjà été bénévole par le passé pour d’autres événements. Mais là j’avais envie de m’impliquer dans quelque chose de collectif et ça me plaisait de faire partie des membres fondateurs de ce projet. Je le fais en m’occupant de scénographie, on a décidé ensemble d’imaginer un décor autour du thème de “l’envol”. À partir de là, chacun vient avec ses idées farfelues et on s’organise. »
Terrain juridique moelleux
Parmi les sujets récurrents de la réunion, l’épineuse question du lieu. Une soirée réussie se campe sur un bon terrain, c’est à dire pas trop voyant depuis la route, adapté à l’installation de structures temporaires. Si l’affaire paraît simple, elle relève vite du casse-tête : le collectif démarche d’abord plusieurs petits villages, essuie refus sur refus, se résigne. Tentative naïve. L’équipe se tourne alors vers des propriétaires privés, des paysans, plus ouverts à louer leurs terres. Ces derniers sont vite dissuadés par leurs maires respectifs, soucieux de préserver la tranquillité et les bonnes mœurs dans leurs communes.
Avant de fonder son association, Dan a appris en étant bénévole dans plusieurs événements, comme l’Eciton. Photo : RG / Rue89 Strasbourg / cc
Contrairement à d’autres collectifs s’installant de manière sauvage, les membres d’Implak’ab insistent pour tenir leur événement sur un lieu autorisé. Finalement, ils trouvent un terrain d’entente avec un proprio plus ouvert, en déboursant 250€ pour trois journées, de vendredi à dimanche. Dan justifie la dépense : « En s’installant légalement sur un terrain privé, et tant qu’on est moins de 500, on reste clean avec la loi. » Un raisonnement juridique qu’approuve l’avocate Marianne Rostan, spécialisée dans la défense des organisateurs de free party. Contactée par Rue89, elle reprend le même raisonnement :
« En dessous d’un effectif prévisible de 500 personnes, il n’y a pas de mesure particulière à prendre et de déclaration à faire. S’il y a poursuite, ce sera pour des choses annexes, comme les dégradations ou les nuisances sonores. Si en revanche, dès le départ, vous envisagez d’avoir plus de monde, il faut le déclarer. »
Ce que les teufeurs (participants aux free partys) redoutent surtout, c’est la confiscation du matériel, toujours plus onéreux que le coût des amendes. « Heureusement, ce n’est pas systématique. En général, le tribunal estime que la saisie est excessive, ou alors on parvient à démontrer les irrégularités de procédure », rajoute la juriste.
Informée de l’organisation de plusieurs soirées, les préfectures du Bas-Rhin et du Haut-Rhin émettent en amont un arrêté interdisant les « rassemblements festifs à caractère musical de type rave party, free party ou teknival. » Une autre soirée se tenant le soir même en Alsace, la « Rabbit Hunter 3 », a ainsi été stoppée nette par les gendarmes. Anticipant l’interdiction de la préfecture, Implak’ab s’est astucieusement installé à quelques kilomètres de la frontière alsacienne, en Meurthe-et-Moselle.
Des chiffres et des thunes
« Et donc, pas de préventes ? » La réponse fuse : « Mais non ! Pas de préventes, on organise une teuf ! » Si la question d’un des bénévoles fait sourire l’audience, elle peut aussi inquiéter. Car il n’y a aucune manière pour le collectif d’estimer s’il sera bien en dessous des 500 fêtards. Ou même s’il sera au-dessus de son seuil de rentabilité.
Le financement d’un événement pareil relève de l’acte de foi. Dan pose ses billes, près de mille euros, en priant pour que les mauvais coups n’arrivent pas. Qu’il y ait assez de monde, que la météo soit clémente, que la police ne gâche pas la fête, et le collectif rentrera dans ses frais… « Pour la participation, tout dépendra de leur réseau », résume Tom, un vétéran de l’organisation de free partys d’envergure. Il reste optimise, avec des réserves :
« Ce n’est pas un problème de réunir rapidement du monde, s’ils ont un bon réseau dans le milieu de la fête. Mais s’ils visent les 500 personnes, ça nécessitera quand même une infrastructure différente. C’est tout à fait possible de le faire, mais il faut être irréprochable sur les questions de santé et de sécurité des personnes, l’hygiène ou la gestion des foules. »
En plus de la scène et d’un espace « détente », les organisateurs ont fait venir un foodtruck. Photo : RG / Rue89Strasbourg / cc
La plus grande dépense tient à l’essence. Pour 1 000€ investis dans la soirée, 500€ partent dans le générateur de courant électrique et accessoirement pour faire les aller-retours en voiture sur le site. L’autre coût majeur tient à la location du terrain, qui s’élève à 250€ pour le week-end. « Il y a aussi les lights (lumières, NDLR), pour lesquelles je m’en sors avec un coup très bas, en prenant du matériel moins cher. Pour le matériel sonore, l’essentiel est prêté. La contribution est de 5€ par personne, alors à partir de 300 teufeurs, on se rembourse », calcule Dan. « Au-delà, le collectif gagne des sous qu’on pourra réinvestir. »
Vers des fêtes déclarées
Au bord d’une obscure route départementale, une silhouette surgit des ténèbres avec un gilet fluo. Yeux plissés, on s’assure qu’il ne s’agit pas du fantôme d’un Gilet jaune mais bien d’un bénévole à l’affut. Deux autres préposés au parking s’occupent de guider une procession de fêtards, ce vendredi 14 octobre. Vers 22 heures, la localisation de l’événement tombe, c’est à dire des coordonnées GPS permettant de retrouver le lieu.
Derrière un étang de pêche, se distinguent des structures en bois. Une cabane, des bancs disposés autour d’un feu, un espace détente improvisé autour de plusieurs coussins. Devant, un grand « mur de son » (des enceintes empilées) se dresse au milieu de la nuit, coiffé par des décorations en métal et en bois. On retrouve nos ptérodactyles, volant autour d’un gros œuf en papier mâché.
Finalement, tout se passera comme prévu. Malgré deux visites de gendarmes, qui ne relèvent rien de particulier, l’évènement n’est pas stoppé. Niveau affluence, les organisateurs comptent un peu plus de 200 personnes le premier soir, près de 450 le second. Les organisateurs devraient être en mesure de se rembourser.
Cette première teuf faisait office de test. Pour le premier semestre de l’année 2024, Implak’ab vise la création d’un soirée avec une plus forte affluence et en s’organisant avec l’accord des autorités, et notamment de la préfecture. « La difficulté, c’est que le dispositif légal encadrant les teufs existe depuis 20 ans. Il n’est plus adapté à la situation et les organisateurs ont énormément de mal à se déclarer », commente l’avocate Marianne Rostan :
« Aujourd’hui, pour les pouvoirs publics comme pour l’opinion publique, c’est difficile de concevoir ces soirées comme des rassemblements culturels. Malgré tous les efforts des organisateurs avec les associations de prévention ou pour le nettoyage, ils ont toujours une très mauvaise image. »
Citant des modèles ayant franchi le cap de la légalité, comme le festival Eciton organisé dans les Vosges, Dan reste confiant et persuadé que l’accord des autorités est possible :
« On présentera un dossier de sécurité et d’hygiène complet à la préfecture, sur tous les points qui comptent pour eux. On est prêt à participer à des réunions, pour faire ça de manière totalement transparente. »
Quitte à inviter la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier à la prochaine teuf ? « Bah écoute, si elle est cordiale et qu’elle veut venir, on lui offre une bière avec plaisir. »
Les sans-abris qui occupent des bâtiments vides, rue de Sarlat au Neuhof, ont trouvé des ordonnances d’expulsion scotchées sur leurs portes, ce lundi 16 octobre. La préfecture demande la réquisition d’un gymnase à la Ville de Strasbourg.
Avant l’évacuation du squat Bourgogne à la Meinau, au printemps 2023, de nombreuses familles sans-abris s’étaient déplacées vers des bâtiments vides de la rue de Sarlat, au Neuhof. Dans le cadre du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), ces immeubles vont être détruits et remplacés. Dès l’arrivée des occupants, le bailleur social Habitation moderne (propriétaire des lieux) a engagé les démarches juridiques pour obtenir l’expulsion de ces sans-abris, afin de poursuivre le NPNRU.
Environ 150 personnes sans autre solution d’hébergement, dont de nombreuses familles et des malades, principalement d’origine géorgienne, occupent le squat Sarlat aujourd’hui. Lundi 16 octobre, elles ont découvert une ordonnance d’expulsion sans délai, prononcée par le tribunal judiciaire de Strasbourg et datée de début juillet. Ces documents, placardés sur les portes d’entrée du bâtiment, précisent que l’opération pourra se dérouler « au besoin avec le concours de la force publique ».
Sans autre solution, de nombreux sans-abris sont obligés d’occuper des bâtiments vides, comme ces Géorgiens qui ont investi des immeubles en instance de démolition rue de Sarlat en 2023. Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Lali, qui habite cet immeuble depuis avril, s’inquiète de se retrouver sans logement : « C’est très dur, on ne sait rien », explique la mère de famille. Me Sophie Schweitzer, avocate des occupants du squat Sarlat, dénonce le manque de transparence auquel font face ces personnes en situation de grande précarité :
« Pourquoi est-ce que Habitation Moderne ou la Ville de Strasbourg, en tant qu’actionnaire de ce bailleur, n’ont pas prévenu les habitants plus tôt, alors qu’ils ont connaissance de cette décision depuis début juillet ? Et l’assignation n’a pas été faite dans les règles. Chaque personne doit être prévenue individuellement en théorie. Là, ils ont juste accroché l’ordonnance à des portes. Je vais faire une requête pour demander un délai pour l’expulsion, au juge de l’exécution. »
Pas de date précise
Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités, confirme que l’expulsion « aura lieu dans les prochains jours » : « La préfecture nous a demandé la réquisition d’un gymnase, le plus vite possible. » Habituellement, suite au démantèlement d’un squat ou d’un campement de sans-abris, la préfecture rassemble toutes les personnes concernées par l’expulsion dans un gymnase avant de les rediriger vers des « dispositifs en fonction de leurs situations administratives ».
Certains sans-abris sont acheminés vers des centres « d’aide au retour » pour les inciter à retourner dans leur pays d’origine. Lali explique que les habitants du squat Sarlat demandent justement « à la préfecture et à la Ville de Strasbourg » de reloger tous les occupants sans distinction de situation administrative.
Interrogée sur la date précise de l’expulsion du squat Sarlat, la préfecture n’a pas fait suite à la sollicitation de Rue89 Strasbourg.
Marcos Buser Photo : remise / Dennis Youlov, Thalwil
Le géologue suisse Marcos Buser a piloté un projet d’extraction de déchets à Sainte-Ursanne. Après avoir mené une étude commandée par Alsace Nature, il estime que la faisabilité du déstockage de Stocamine ne fait aucun doute.
« L’État français n’a jamais eu la volonté réelle de sortir les déchets de Stocamine. » Le géologue suisse Marcos Buser est implacable. Il a été mandaté par Alsace Nature pour réaliser une étude sur la faisabilité du déstockage des 42 000 tonnes de déchets toxiques placées entre 1999 et 2002 sous la nappe phréatique à Wittelsheim. Sa conclusion : « Bien-sûr que c’est faisable, c’est tout à fait possible. Ça ne fait aucun doute, surtout aujourd’hui, au temps de la robotique. »
Devant le risque de pollution de la ressource en eau potable, Alsace Nature a tenté d’obtenir, depuis décembre, une expertise sur la faisabilité du déstockage auprès du ministère de la Transition écologique. Ce dernier a d’abord accepté que l’association nomme deux spécialistes et comptait leur donner accès à toutes les données nécessaires ainsi qu’à l’intérieur de la mine. Alsace Nature a nommé deux scientifiques suisses, Marcos Buser et Walter Wildi. Constatant que ces experts risquaient de conclure que sortir les déchets est possible, l’État a finalement annulé l’étude, arguant que les experts ne seraient pas neutres.
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Le député et élu du Grand Est du Rassemblement national Laurent Jacobelli est dans le collimateur des responsables de la majorité après ses propos tenus à l’encontre de leur collègue Belkhir Belhaddad. Vendredi 13 octobre, il lui avait demandé des nouvelles du Hamas, avant de le traiter de « racaille ».
Des propos « scandaleux », « indignes », « inacceptables ». Les responsables de la majorité n’ont pas de mots assez forts pour condamner les « insultes » et les « intimidations » proférées, vendredi 13 octobre, par le député Rassemblement national (RN) Laurent Jacobelli, également porte-parole du parti d’extrême droite, contre son collègue Renaissance, Belkhir Belhaddad, en marge d’un déplacement du porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, à Hayange (Moselle).
Alors que bon nombre de macronistes entretiennent, depuis le début de la XVIe législature, des relations cordiales avec le groupe de Marine Le Pen – en février, le ministre du travail Olivier Dussopt avait même jugé cette dernière « bien plus républicaine » que certain·es élu·es de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) –, personne, parmi les troupes présidentielles, ne semble vouloir laisser l’épisode de vendredi sans réponse.
L’échange, capté par les caméras du Républicain lorrain, a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. On y voit d’abord Laurent Jacobelli lancer à Belkhir Belhaddad : « Reste poli, d’accord, moi je vais foutre le bordel chez toi. » Avant d’ajouter, de façon agressive : « Elle va bien Madame Leduc ? […] Le Hamas va bien ? », en référence à une autre députée du département, Charlotte Leduc, membre de La France insoumise (LFI), avec laquelle l’élu Renaissance a récemment déposé des fleurs en hommage aux victimes du conflit au Proche-Orient.
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Peu après 18h30, place Broglie, lors de l’hommage à Dominique Bernard et à Samuel Paty. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Dans la soirée du lundi 15 octobre, plus de 200 personnes ont rendu hommage à leur collègue Dominique Bernard, assassiné dans son lycée à Arras. Dans la foule, les enseignants oscillent entre tristesse et colère, volonté de défendre les valeurs républicaines et de dénoncer le manque de moyens pour simplement faire leur métier.
Une foule, l’air à la fois grave et perdu. 200 personnes se sont rassemblées place Broglie dans la soirée du lundi 15 octobre pour rendre hommage à Dominique Bernard. Trois jours plus tôt, l’enseignant a été assassiné dans son lycée à Arras par Mohammed Mogouchkov. Le jeune homme de 20 ans, ancien élève de l’établissement, a été interpellé après avoir blessé au couteau trois autres membres du personnel. Vers 18h30, la co-secrétaire académique du syndicat Snes-FSU Strasbourg prend la parole au mégaphone. Séverine Charret lance un court discours précédant une minute de silence :
« L’école doit rester un lieu permettant à tous les élèves de s’instruire, de se former, de développer leurs propres réflexions, à l’abri des pressions, de s’émanciper donc. Car c’est ainsi qu’ils et elles pourront devenir des citoyens conscients et éclairés, capables de comprendre et d’agir sur le monde qui les entoure. Pour cela, les personnels et les élèves doivent se sentir protégés. L’école doit être dotée de tous les moyens nécessaires pour accomplir ses missions et lutter contre toutes les formes de fanatisme et se prémunir de tout amalgame qui viserait l’ensemble des personnes de confession musulmane. Face à ce drame, l’intersyndicale du Bas-Rhin appelle chacun et chacune à s’abstenir de toute instrumentalisation et à respecter notre deuil. Nous appelons chacun à une minute de silence, en hommage à notre collègue Dominique Bernard et en souvenir de Samuel Paty. »
Au mégaphone, Séverine Charret, co-secrétaire académique du syndicat Snes-fsu.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« On sait que ça peut arriver »
Meurtri par l’assassinat d’un collègue, le corps enseignant oscille entre colère et tristesse. Léo et Alexis, 21 et 22 ans, étudiants en deuxième année de master en enseignement, expriment une motivation sans faille. « Ce drame montre aussi l’importance de notre mission », estime Léo. Alexis, aussi futur professeur de physique-chimie, enchaîne : « Suite à ce drame, c’est important d’expliquer la laïcité, qu’elle n’est pas une interdiction des religions mais le fait de les mettre sur un pied d’égalité pour que personne ne soit jugé en fonction de son appartenance religieuse. »
Léo, à gauche, et Alexis, futurs professeurs de physique-chimie. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Professeure des écoles depuis 34 ans, Laurence Delayen se dit d’abord « combattante », « prête à rester debout, sans tomber dans les extrêmes, face à une guerre menée par des fanatiques qui attaquent la République, l’école et ses valeurs. » Ce matin, l’institutrice de l’école Jacques Reuss n’a pas eu à rassurer ses élèves de maternelle : « Les petits n’en ont pas parlé. S’ils l’avaient fait, il aurait fallu les rassurer, en leur disant qu’ils ne craignent rien à l’école. »
Interrogée sur son sentiment lors de ce retour en classe dramatique, Laurence Delayen dit qu’elle n’a pas peur. Puis au fil de sa réponse se dessine une inquiétude : « Dominique Bernard n’est pas le premier à mourir dans ses fonctions, constate l’enseignante, on sait que ça peut arriver ». L’institutrice finit par se dire « perdue », « abasourdie » et « groggy ».
Pendant la minute de silence. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« On fait ce qu’on peut, mais on est démuni »
Enseignante en histoire-géographie au collège Twinger, Clotilde a apprécié le moment d’échanges entre collègues entre 8h et 9h30, une consigne du ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal : « C’était rassurant de se retrouver après avoir passé un week-end à cogiter pour mettre les mots sur des sentiments de colère et de tristesse et une forme de découragement. » Puis il a fallu reprendre les cours. Professeure principale d’une classe de 4e, Clotilde a d’abord abordé les faits liés à l’attentat avant de demander aux élèves d’exprimer leurs sentiments à l’écrit. « Ce sont des témoignages de tristesse, de peine, et beaucoup d’incompréhension. Il faudra revenir dessus, à froid. Et en une heure, je n’ai pas pu recueillir les paroles de tous les élèves. »
« On fait ce qu’on peut, mais on est démunis », continue l’enseignante en établissement situé en zone REP. Elle décrit les problématiques quotidiennes d’un collège sous-dimensionné, où deux familles d’élèves dorment dehors. Puis Clotilde déplore « des classes avec plus d’élèves, des emplois du temps toujours plus chargés et aucun budget pour une sortie scolaire ».Elle le sait pour avoir vécu un burn-out en septembre 2020 : « Quand on a envie de bien faire, on le fait au détriment de sa santé. »
Clotilde, enseignante en histoire-géo au collège Twinger. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Il est 19h30. La place Broglie est quasi-vide. Avant de rejoindre un petit groupe de collègues, Clotilde exprime une attente portée par plusieurs enseignants interviewés : « Qu’il y ait enfin une vraie écoute de nos revendications et que l’on nous donne les moyens de faire notre métier. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Le journal l’Alsace a révélé des propos racistes tenus par des membres du comité directeur de l’Association Sportive et Culturelle Biesheim. Sous pression, deux dirigeants ont démissionné.
La fuite de plusieurs mails internes à la direction de l’ASC Biesheim (Haut-Rhin) a eu l’effet d’un séisme sur le club de foot. Selon le journal l’Alsace, deux membres du comité directeur du club haut-rhinois, classé en National 2 (quatrième division en football), ont tenu des propos racistes à l’égard de joueurs du club. Dans un échange de mails, les deux dirigeants évoquent « une faune locale », « plutôt irrespectueuse » qui « arrive à grand pas au sein de Biesheim ». Ils déplorent aussi « des jeunes gris (terme raciste employé pour désigner les arabes, NDLR) de Mulhouse », qu’amèneraient certains joueurs de l’effectif.
Forte mobilisation au sein du club
Prenant connaissance de ces propos, les éducateurs du club Pape Dieye et Sofyan Riahi ont appelé les familles de joueurs et les salariés du club à se rassembler devant l’ASCB vendredi 13 octobre. Le matin même, le président de l’ASCB Vincent Schmitt aurait exigé la démission de ses deux collaborateurs accusés d’avoir tenu des propos racistes, sans succès. Il a aussi demandé le soutien du maire de Biesheim, Gérard Hug. Mais ce dernier lui aurait conseillé de trouver une solution interne. S’estimant isolé et peu soutenu, le président de l’ASCB a fini par démissionner. Sous pression après le rassemblement organisé par les éducateurs, les deux dirigeants mis en cause ont quitté leur fonction suite à la manifestation.
Dans un podcast de Paradiso media, Maud de Carpentier relate la vie d’un Strasbourgeois de Cronenbourg, d’origine marocaine et devenu policier au service des renseignements généraux.
Maud de Carpentier, journaliste à Rue89 Strasbourg, a publié une série d’épisodes du podcast « L’Affaire » de Paradiso media, à propos d’un ancien policier des Renseignements généraux de Strasbourg. Intitulé « L’Arabe des services », ce podcast revient sur l’engagement d’un jeune homme de Cronenbourg dans la police dans les années 2000, sa confrontation au racisme d’une partie de ses collègues, ses missions à hauts risques puis ses relations avec cette froide administration.
Le podcast est construit autour d’un dialogue entre Sami, appelé ainsi pour préserver son anonymat, et Maud qui découvre petit à petit son enfance dans ce quartier populaire, son émancipation grâce à l’Islam, son recrutement par la police nationale et ses missions de surveillance pour finir avec sa vie actuelle à Strasbourg.
C’est après un contrôle d’identité violent et méprisant que Sami prend la décision de rejoindre la police dans les années 2000. Pour éviter ces confrontations, selon lui, cette institution doit plus ressembler à la population française, en intégrant des Français issus de toutes les origines dans ses rangs. Il s’engage donc comme adjoint de sécurité. Et c’est à partir de là que son histoire commence. La suite est à écouter sur toutes les plateformes de podcast.
Trois jours après l’assassinat du professeur Dominique Bernard, tué vendredi dans son lycée d’Arras, l’intersyndicale Education du Bas-Rhin organise ce lundi 16 octobre, à 18h30, un rassemblement place Broglie à Strasbourg.
Une intersyndicale de six syndicats enseignants organise ce lundi 16 octobre, à 18h30, un rassemblement place Broglie en mémoire de Dominique Bernard, assassiné dans son lycée d’Arras vendredi 13 octobre. L’enseignant de 57 ans a été tué par Mohammed Mogouchkov, un jeune homme de 20 ans. Celui-ci, armé d’un couteau, s’en est pris à plusieurs personnels du lycée. Au total, trois autres personnes ont été blessées.
L’auteur des faits, un ancien élève de l’établissement et fiché S depuis le 30 juillet 2023, a été interpellé. D’après les informations de France Télévisions, Mohammed Mogouchkov était inscrit au fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. Il avait été contrôlé la veille de l’attaque. Mais aucune infraction ne pouvait lui être reprochée. D’après le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, il n’y a « pas eu de faille des services de renseignement ».
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Danielle Simonnet, député de la France insoumise et rapporteure de la commission d’enquête sur les révélations relatives aux Uber files. Photo : Document remis
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Dans les Ehpad, les équipes d’aides-soignantes connaissent un sous-effectif chronique. Une opportunité saisie par la plateforme Mediflash. Photo : Maud de Carpentier / Rue89 Strasbourg / cc
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Le Stamm’, un outil pour le débat public
Mais surtout, nous avons repensé le système des commentaires comme une nouvelle plateforme de discussions et d’échanges. Appelée Le Stamm’, cet outil permettra à la communauté des lectrices et lecteurs de Rue89 Strasbourg d’échanger sur des sujets d’actualité locale dans un environnement bienveillant. Nous espérons qu’elle accueillera une partie du débat public grâce à de nouvelles fonctions :
Il est désormais possible de commenter avec son identité réelle avec une photo de profil, ou avec un pseudo et un avatar, ou alors de manière anonyme. Cette sélection disponible à chaque publication de commentaire permet à chacun et chacune de contribuer au débat, en choisissant le degré d’exposition qui convient au contenu du message,
Les utilisateurs pourront être alertés aux réponses à leurs commentaires,
Les commentaires pourront être soutenus ou non, en fonction de leur qualité. Les meilleurs commentaires seront placés en Une du site et certains pourront être sélectionnés par la rédaction,
D’autres fonctions seront ajoutées prochainement.
L’objectif du Stamm’ est de permettre à chacun d’exprimer une parole, d’apporter une information, de la manière la plus libre possible. Dans notre pays, la parole publique est devenue presque dangereuse, et trop souvent, ne s’expriment que celles et ceux qui s’estiment légitimes ou protégés. Avec le Stamm’, nous voulons changer cela. Ce sera aussi un outil d’écoute pour la rédaction, qui piochera une part de ses prochains sujets parmi les échanges. Leurs auteurs seront alors directement contactés par les journalistes.
Recherches des formes pour la maquette Photo : Capture d’écran / Thomas Bonometti
Lorsque nous avons changé la maquette de Rue89 Strasbourg pour la dernière fois, c’était en 2016. Nous avions alors bénéficié du travail de l’agence Upian, qui l’avait réalisée pour Rue89.com, le média qui nous servait de modèle à l’époque. La fin progressive du média national nous a contraint à tout développer seuls cette fois. Un chantier titanesque pour nos trois éditions et qui n’a été possible qu’avec l’aide du Fonds stratégique du développement de la presse (FSDP) du ministère de la Culture, qui a pris en charge 70% des 160 000€ investis dans ce chantier. Le Fonds pour la presse libre (FPL) nous a également prêté 40 000€ pour éviter d’avancer trop de fonds.
Ce nouveau site vise à permettre à Rue89 Strasbourg de franchir de nouveaux paliers en nombre d’abonnés actifs. Dans un contexte de plongée de nos revenus publicitaires, de menaces sur l’indépendance de la presse et d’atteintes à la liberté d’expression, notre rédaction ne pourra continuer son travail de vigie démocratique locale que grâce au soutien direct de chacune et de chacun d’entre vous.
L’Espace Django programme à nouveau Bantu Continua Uhuru Consciousness, un groupe sud-africain qui a fait des complaintes bantoues une formidable source d’énergie. Un groupe à apprécier sur scène.
Nouvelle soirée africaine à l’Espace Django. Bantu Continua Uhuru Consciousness (BCUC), le groupe sud-africain qui mêle efficacement drum n’bass et chants bantous, a déjà fait un passage remarqué dans cette salle du Neuhof en 2018. Mardi 24 octobre, ils seront de retour deux albums plus tard, dont un enregistré à Lyon, toujours aussi déjantés.
Car la musique de BCUC puise son expression dans les townships de Soweto, elle se branche sur les rythmes frappés au sol de l’Afrique centrale pour en sortir un cri infini, une transe – certains morceaux dépassent allègrement les 20 minutes – qui transforme le public. Impossible de rester impassible face à ces musiciens habités. Il suffit de quelques mesures de BCUC pour que tout un public se mette à chanter en bantou.
L’origine est dans la misère des rues de Soweto, la conclusion est une transe irrésistible et infinie (vidéo Nyami Nyami records / Youtube)
Les groupes qui mêlent des sonorités occidentales et ethniques sont légions, mais BCUC n’est pas de ceux-là. La force de BCUC, c’est d’abord celle du peuple. Le groupe, composé de sept musiciens dont quatre aux percussions, s’inscrit dans la tradition de Fela Kuti : « Music for the people, music by the people. » Des paroles existent bien dans leurs compositions, mais elles constituent rarement l’essentiel du message, masquées derrières des vocalises frappées qui, elles aussi, participent à la surimpression de rythmes entremêlés.
BCUC en concert à Stéréolux de Nantes en juin (vidéo Concerts music live / Youtube)
À ce stade, inutile de préciser que la musique de BCUC s’apprécie mieux en concert… Bien que le groupe semble apprécier la France, qui constitue son deuxième marché, il vaut mieux profiter de l’occasion de le découvrir dans une salle à taille humaine comme celle de l’Espace Django.
Vendredi 13 octobre, plusieurs centaines de personnes ont manifesté malgré l’interdiction préfectorale pour exprimer leur soutien au peuple palestinien, cerné et bombardé par l’armée israélienne après l’attaque du Hamas contre des civils samedi 7 octobre. Treize personnes ont été interpellées.
17h30, vendredi 13 octobre, place Kléber. La quasi-totalité de l’esplanade est fermée à la circulation à l’aide de rubalise bleu-blanc-rouge portant l’inscription « Police Nationale ». Un rassemblement était prévu pour permettre aux soutiens du peuple palestinien d’exprimer leur solidarité. Depuis le début des bombardements par l’armée israélienne, plus de 1 400 civils sont morts à Gaza. Jeudi 12 octobre, la préfecture du Bas-Rhin a interdit le rassemblement.
La place Kléber avait été quadrillée et rendue inaccessible par un ruban de la policePhoto : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg / cc
« Ça me rend triste que la manifestation soit interdite »
Malgré l’arrêté préfectoral et le relais de l’interdiction par les organisateurs du rassemblement, quelques centaines de personnes se sont déplacées. À côté de la rubalise et en face d’un camion de la police nationale, Yasmine et quatre de ses copines contemplent la place quasi-vide. Au-dessus de son voile, la jeune femme a accroché un keffieh bicolore :
« On est venues même si on sait que c’est interdit. Je n’ai jamais vu la place Kléber bouclée comme ça. Ça me donne l’impression que nous ne sommes plus vraiment en démocratie. En se rassemblant ce soir, on ne voulait rien faire de mal, simplement s’exprimer. Nous n’avions aucune volonté de nuire. Ça me rend triste, que la manifestation soit interdite. »
Pendant qu’elle exprime sa déception, un agent de la police nationale vient la voir. Il rappelle l’interdiction du rassemblement et explique que manifester malgré tout est un délit. Pour l’occasion, une soixantaine de CRS est mobilisée ainsi qu’une centaine de policiers de la sécurité publique.
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées malgré l’interdiction. Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg / cc
De l’autre côté de la place, en face de la Fnac, les manifestants se rassemblent malgré la présence policière. En cercle, entassés à côté des toilettes publiques, ils commencent à scander des slogans : « Nous sommes tous des Palestiniens », « Israël assassin », « Vive la lutte du peuple palestinien », « Gaza, Strasbourg est avec toi… »
Treize personnes interpellées
Des drapeaux sont brandis, des pancartes agitées… Beaucoup filment le début du rassemblement, sous l’oeil des policiers postés à distance sur la place balisée. En cette fin d’après-midi, les trams circulent encore normalement et quelques passants regardent sans s’arrêter. Mais dès 17h35, une première sommation vient intimer aux participants de se disperser.
Après plusieurs messages adressés à l’aide d’un haut-parleur rappelant que le rassemblement est interdit, l’ambiance se tend. Vers 18 heures, les premières arrestations ont lieu. Treize personnes ont été interpellées dans la manifestation, selon un bilan communiqué par la préfecture.
Un sentiment d’injustice
Adossé à une camionnette blanche, Yann (le prénom a été modifié) estime à voix haute qu’il est « au mauvais endroit ». À sa gauche, un cordon de police. À sa droite, les manifestants. Un sourire aux lèvres, Yann assure qu’il n’a pas peur :
« J’aurais eu peur s’ils avaient interdit la manifestation en soutien à l’Israël de lundi, là ils ont juste interdit notre manifestation, ce n’est pas correct. Les vidéos du rassemblement commencent à tourner sur Snapchat, on va être de plus en plus nombreux ».
Tout au long du rassemblement, le sentiment d’injustice revient dans les discussions. Katia et Soraya sont déterminées à rester rassemblées le plus longtemps possible. Katia explique :
« Notre cause est plus importante que des jets de gaz lacrymogène. On censure tout dans ce conflit, mais que dans un sens. On a le droit d’être là tout comme les soutiens à Israël avaient le droit de se rassembler lundi soir. Cette interdiction montre le deux poids deux mesures alors qu’il s’agit de vies humaines. »
Soraya acquiesce :
« Je suis très peinée. Quand j’exprime mon soutien à la Palestine, on me dit que je suis une antisémite ou une terroriste. Alors que pas du tout. Je veux juste qu’on soutienne ce peuple qui est tout le temps oublié dans les discours politiques. Je ne veux pas d’un monde comme ça. »
Tensions et gaz lacrymogène
Alors que le cortège dissipé stagne en face des Galeries Laffayette, les slogans changent : « Liberté de manifester », « Libérez Gaza ». Lorsqu’un jeune homme tente d’accrocher le drapeau palestinien à un lampadaire, il est interpellé et emmené dans une entrée de porte grillagée par les forces de l’ordre. Toute la manifestation s’agglutine au grillage. « On reste là ! Cette manif, on y a droit », crie une manifestante, vite éloignée par les premiers jets de gaz lacrymogène.
Après l’interpellation d’un jeune manifestant qui tentait d’accrocher un drapeau Palestinien à un poteau, le rassemblement se concentre autour de l’entrée dans laquelle il a été emmené. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc Après les premiers jets de gaz lacrymogène, l’ambiance se tend. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc Les manifestants défient la police aux environs de la place KléberPhoto : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg / cc
Dans la panique, Soumia (le prénom a été modifié) cherche son fils. C’est la première fois qu’elle respire le gaz irritant et ses yeux pleurent. « Je ne comprends pas comment on a pu en arriver là », regrette-t-elle avant de continuer de le chercher dans le nuage blanc.
La librairie Kléber est évacuée, le cinéma municipal Cosmos aussi, malgré sa terrasse remplie. Quelques minutes auparavant, deux membres de collectifs citoyens de soutien à la Palestine ont été interpellés. La préfecture annonce elle-même sur le réseau social X que « l’organisatrice de la manifestation a été interpellée et qu’elle sera présentée à la justice. »
« Tout le monde s’en fout »
Pendant de longues minutes, les forces de l’ordre font face aux manifestants, avancent puis reculent. Un autre jeune qui brandit son drapeau à quelques mètres d’eux est plaqué au sol puis interpellé. Les trams sont interrompus. La situation fait sourire un homme adossé à la vitrine d’une boutique de produits cosmétiques à l’arrêt de tram Langstross :
« Moi j’en ai fait une centaine des manifs pour la Palestine. Mais c’était pas comme ça, c’était des bals dansants ou des moments pour se retrouver et parler. De toutes façons, je pense que ça ne sert à rien. Tout le monde s’en fout. »
Soudain, des oeufs pleuvent depuis un balcon de la rue. Le voisin à l’origine des jets interpelle les manifestants. Des cris fusent : « Venez avec nous plutôt que de nous détester ».
Pendant ce temps, les sommations tournent en boucle sur le haut-parleur de la police. Puis le cortège reprend sa marche jusqu’à la place de la Cathédrale : « Palestine vivra, Palestine vaincra ». Peu après 19 heures, il reste près de 300 manifestants place du Château. À l’arrivée des gyrophares de la police, ils reprennent leur marche jusqu’à la place d’Austerlitz. Quelques jets de gaz lacrymogène continuent de disperser le cortège.
Face à la Cathédrale, le cortège marque un arrêt. (Photo CB / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : CB / Rue89 StrasbourgPhoto : CB / Rue89 Strasbourg / cc
Face aux terrasses pleines, les quelques jeunes restants s’asseyent sur la place avant d’en être à nouveau chassés par la police. Une vingtaine de CRS leur font face, chargent à nouveau. « S’ils les avaient laissés manifester, on n’en serait pas là », déplore une passante.