Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Mort de Nahel : troisième nuit de violences urbaines à Cronenbourg et au Neuhof

Mort de Nahel : troisième nuit de violences urbaines à Cronenbourg et au Neuhof

La nuit de jeudi 29 à vendredi 30 juin a été émaillée de nombreuses atteintes aux biens et aux bâtiments dans les quartiers de Cronenbourg et du Neuhof. Face à ces émeutes, la préfecture a déployé le Raid et le Peloton d’intervention de la gendarmerie ainsi qu’un hélicoptère de surveillance.

Comme lors de la nuit précédente, une série d’atteintes aux biens et aux bâtiments ont eu lieu dans la nuit du jeudi 29 au vendredi 30 juin à Strasbourg, deux jours après la mort du jeune Nahel, tué mardi par un policier après un refus d’obtempérer à Nanterre.

Plus de 70 véhicules ont été incendiés dans la nuit Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Selon un bilan communiqué vendredi matin par la préfecture du Bas-Rhin, aucun blessé n’est à déplorer mais 74 véhicules ont été incendiés et deux établissements scolaires à Cronenbourg ont subi des « dégâts significatifs » malgré le déploiement des forces d’intervention de la police nationale (Raid) et de la gendarmerie (Psig). Un hélicoptère équipé d’une caméra thermique a également été déployé.

Le collège Sophie Germain a été la cible d’une tentative d’intrusion et d’incendie, rapidement contrée par l’arrivée des policiers, selon des éléments recueillis sur place vendredi matin. L’établissement a été fermé, au moins pour la journée de vendredi 30 juin.

Devant l’école élémentaire Paul Langevin de Cronenbourg, les parkings ont été visés par les émeutiers.

L’école Marguerite Perey, dans le même quartier, a également été la cible d’engins incendiaires, les dégâts très importants se sont propagés à l’intérieur du bâtiment, la bibliothèque a été détruite ainsi que la salle d’activités. L’établissement scolaire est fermé, pour une durée indéterminée.

Selon Nadia Zourgui, ajointe à la maire de Strasbourg en charge de la tranquillité publique, le dispositif Caravanage est en cours de démontage. Cette piscine, installée pour les enfants du quartier dans la cour de l’école Perey depuis le 19 juin, coûte plus de 100 000€. Les agents de sécurité ont exercé leur droit de retrait durant la nuit de jeudi à vendredi. Elle sera déplacée vers l’espace K, dans le quartier Gare.

La maire de Strasbourg (au centre) et la préfète du Bas-Rhin (à gauche) se sont rendues sur place vendredi matin. À l’arrière plan, la piscine mobile qui sera démontée prématurément Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

La préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, regrette que les dégradations aient été plus importantes dans la nuit de jeudi à vendredi que la veille :

« On découvre encore des dégâts ce matin. Les habitants des quartiers touchés ont droit à la sécurité. Nous allons établir un nouveau dispositif pour le week-end. »

Dans un communiqué, Jeanne Barseghian a condamné « avec la plus grande fermeté » les dégradations commises :

« Si je comprends l’émotion vive, la colère et l’indignation qui traversent le pays suite au décès du jeune Nahel, en revanche, aucune violence n’est acceptable. Le calme doit revenir. Je réitère mon appel à l’apaisement, à manifester pacifiquement soutien et solidarité aux proches de Nahel. L’enquête en cours doit permettre de faire la lumière sur les circonstances de la mort de ce jeune homme à Nanterre. »

À Hautepierre, le collège Érasme a également été ciblé et le centre commercial a été victime d’une tentative d’intrusion.

La régie de quartier du bailleur Ophéa ainsi que la mairie de quartier Neuhof-Meinau ont aussi été la cible de dégradations.

« Vosges alternatives » : une série d’été en huit reportages sur la vie militante en zone rurale

« Vosges alternatives » : une série d’été en huit reportages sur la vie militante en zone rurale

Une maison autonome en énergie construite en chantier participatif, un maraîchage bio et des légumes vendus à bas prix, une communauté néo-rurale qui porte un mode de vie alternatif… Cet été, les journalistes de Rue89 Strasbourg racontent les militantismes progressistes dans les Vosges.

L’idée de cette série a émergé vers la fin du mouvement contre la réforme des retraites. Une mobilisation, historique à Strasbourg, a essaimé partout en France, dans de plus petites villes, parfois même en espace rural. Le passage en force du gouvernement a d’abord poussé des millions de personnes dans la rue. Mais la rigidité de l’extrême-centre macroniste et son incapacité au compromis ont épuisé les mobilisés. Et maintenant ? Face au vide laissé par l’essoufflement du mouvement social, Rue89 Strasbourg a décidé de sortir de sa ville pour explorer d’autres formes de militantisme en milieu rural.

Mathieu Munch devant sa maison en terre-paille, construite en chantier participatif. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg / cc

Depuis plusieurs années, des projets alternatifs de maraîchage, d’habitation autonome ou de communauté réunie par un mode de vie plus durable émergent dans les Vosges. Du 7 juillet au 25 août, Rue89 Strasbourg publiera chaque vendredi un nouveau reportage autour de ce militantisme en espace rural, de La Grande-Fosse à Meisenthal en passant par Saint-Dié-des-Vosges, Liederschiedt et Langenberg.

Financez la médiatisation des initiatives méconnues

Cette série d’été représente un investissement conséquent pour la rédaction locale indépendante que nous sommes. Chaque article coûte entre 200 et 400 euros de salaire (selon qu’un photographe professionnel ait été sollicité ou non). À cela s’ajoutent les frais de transport pour nous rendre dans les Vosges et alentours. Au total, les dépenses sur ces huit reportages vosgiens devraient atteindre 3 000 euros.

C’est pour cette raison que cette série d’été 2023 ne sera pas totalement libre d’accès. Pour nous permettre de financer ce projet fidèle à nos engagements en faveur des démarches militantes écologistes, nous avons décidé de réserver les quatre derniers reportages de « Vosges alternatives » à nos abonnés. Pour rappel, l’abonnement à Rue89 Strasbourg est à seulement cinq euros par mois, ou cinquante euros par an, et sans engagement. En participant au financement d’une rédaction indépendante et engagée, vous permettez à de nombreuses alternatives au capitalisme de bénéficier d’une médiatisation qu’elles n’auraient sans doute pas eue.

Jusqu’au 31 août, bénéficiez d’un premier mois d’abonnement à un euro, sans engagement, avec le code de réduction « altvosges ».

Les stolpersteine s’étendent aux oubliés de l’annexion de l’Alsace

Les stolpersteine s’étendent aux oubliés de l’annexion de l’Alsace

Série « Des pavés dans les mémoires » (3/3) Certains groupes de victimes de l’idéologie nazie ou du régime de Vichy ont longtemps été absents des récits mémoriels nationaux ou régionaux. La pose de stolpersteine permet d’inscrire dans l’espace public ces persécutions, tout en rendant hommage à des trajectoires individuelles. 

C’est une photo de famille spéciale pour les Meckes. En ce samedi de mai, trois générations sont réunies sur une place à Gries. Le soleil tape : on se prend par les épaules et on sourit à l’objectif. Ce n’est pas facile de réunir dans le cadre cette famille nombreuse et ce qui les rassemble aujourd’hui. Accroupis au sol, ils surplombent quatre pavés où sont gravés leur nom de famille. Y est gravé aussi le destin tragique de quatre de leurs aïeux arrêtés en 1941 en Alsace, expulsés par les Allemands en France : bringuebalés de l’Indre à Thonon, puis dans divers camps d’internement du Sud-Ouest. 

Henri Meckes a été prénommé en hommage au Henri persécuté en 1941. Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

Sur les quatre, seul l’un d’eux, Henri, parviendra à s’enfuir. Frédéric, son père, Catherine et Pierre – sa sœur et son frère, mourront eux aussi internés au Barcarès et à Saliers en 1941. C’est un autre Henri, 42 ans en 2023, qui a retracé patiemment l’histoire de sa famille (le Henri en souvenir duquel il a été prénommé est son arrière grand-père). Les Meckes font partie de la communauté yéniche, des nomades et semi-nomades présents en Alsace depuis des siècles et qui vivent également en Allemagne, en Suisse et en Autriche. La culture yéniche est riche, notamment la musique réputée, la langue se rapproche des différents parlers germaniques comme l’alsacien mais aussi le yiddish. 

Arrêtés par les nazis, internés par la France

Pour les nazis, ce sont des « Zigeuner » (tsiganes), et comme l’ensemble de ces populations, ils font l’objet d’une politique de déportation et d’extermination systématique. En 1941, les quatre Meckes sont arrêtés à Gries par la police allemande, expulsés vers la France avec plus de 70 personnes. À l’époque, ces communautés connaissent aussi des persécutions par le régime de Vichy. Ils sont internés dans des camps, peu survivent aux terribles conditions de vie. Pour Henri Meckes qui a fouillé dans les archives, retrouver les traces des siens a été capital : 

« Aujourd’hui, on a rendu hommage à nos ancêtres qui ont été persécutés durant cette dure période. Je me sens fier et honoré, ils ont vécu une expérience très difficile. Pour moi, poser ces pavés est un signe de respect pour dire qu’on ne les a pas oubliés. C’est aussi une façon de montrer qu’on n’oublie pas non plus d’où on vient. »

Les stolpersteine ou pavés de mémoire ont été créés dans les années 90 par un artiste allemand : Gunter Demnig. L’idée est de commémorer le souvenir des victimes du nazisme en marquant leur ancien domicile ou lieu de travail par des cubes de béton recouverts d’une plaque de laiton, avec une inscription qui honore leur mémoire. Aujourd’hui 100 000 pavés ont été posés en Europe. En France le projet a mis plus longtemps à démarrer (lire les épisodes 1 et 2 de cette série). 

Longues et minutieuses recherches

Henri Meckes a effectué seul ses recherches, elles ont été longues et minutieuses, mais le père de trois enfants est parvenu à combler les silences familiaux : « on n’en parlait pas, C’est une mauvaise période que les anciens ne préfèrent pas évoquer. Mais nous qui sommes un peu plus jeunes, nous voulons faire savoir ce qu’il s’est passé ». Le choix de Gries s’est imposé, la famille Meckes y résidait et le maire de la ville est aussi le patron d’Henri. L’association Stolpersteine France a porté le projet, comme l’explique Christophe Woehrlé, son président : 

« L’Holocauste des tsiganes, c’est le Samudaripen. Qu’il n’y ait pas beaucoup de commémoration pour les yéniches alors qu’ils sont vraiment partie intégrante de notre culture alsacienne interroge. Ce qui est très important à Gries, c’est qu’on a posé des stolpersteine pour des gens qui sont morts dans des camps français. Ces lieux qui nous font voyager aujourd’hui étaient des lieux de morts et de torture. »

Les stolpersteine permettent de transmettre une mémoire, malgré les silences Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

À partir des années 40, de 3 à 6 000 personnes identifiées comme « nomades » ont été internées et leurs biens spoliés. Les décès se comptent par centaines. La loi française sur l’internement n’a été abolie qu’en 1946. Les recherches manquent sur cette part sombre de l’histoire de France qui n’a été reconnue officiellement qu’en 2016 par le président d’alors, François Hollande. La pose de ces pavés est essentielle pour aider à la prise de conscience selon Henri Meckes : 

« C’est aussi une image du passé de la France. Le régime de Vichy nous considérait comme des asociaux, des indésirables… Nous avons été persécutés et mis dans des camps car on ne vivait pas comme les autres, en roulotte. Ça ne correspondait pas aux Français qu’ils voulaient. »

L’holocauste yéniche largement ignoré

La cérémonie est rythmée par les chansons yéniches douces amères de Manou, le groupe de Mano Trapp, lui-même issu de cette communauté. Un des morceaux traditionnels qu’il interprète accompagné d’un violoncelle et d’une guitare demande aux enfants de se méfier des soldats et de leur chiens qui vont venir les prendre pour les séparer de leurs parents. Mano Trapp qui vit en Allemagne n’a pas hésité à venir quand il a été sollicité par Henri. Pour lui, en plus d’un hommage, c’est un moyen de faire connaître la culture yéniche :

« Il est arrivé à mon arrière grand-père quelque chose de similaire à ce qui est arrivé aux membres de la famille Meckes. C’est important de rendre hommage aux victimes du national socialisme. De nombreux yéniches ont été déportés, stérilisés de force. C’est une histoire très triste et qui n’a pas encore été entièrement traitée. »

Cette histoire méconnue, minorée ou mise sous le tapis, est aussi le ferment de discriminations qui perdurent aujourd’hui selon Henri Meckes. En Alsace, comme ailleurs, les préjugés qui entourent les yéniches, les « vanniers », les gens du voyage en général, qu’ils soient nomades ou sédentaires, sont très prégnants :  

« La discrimination est toujours forte. On est toujours mal vus. Dans la recherche de logement ou de travail, on ne sera pas prioritaires. Ce genre de cérémonie éclaire ce qu’on a subi. On est des Français à part entière et on mérite d’être respectés, sans être stigmatisés. »

Mano Trapp et son groupe Manou à Gries Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

Des recherches personnelles comme celles entreprises par Henri Meckes, les efforts d’associations et une volonté politique locale (puisque l’autorisation de la mairie est nécessaire pour implanter des stolpersteine) permettent de combler les omissions et de contrer les dénis des récits nationaux et locaux. C’est l’intérêt des pavés de mémoire qui mettent en avant des trajectoires individuelles, estime Régis Schlagdenhauffen, maître de conférence à l’École des Hautes études en sciences sociales (EHESS) : 

« Avec les pavés, on a affaire à des personnes peu ou pas connues, ce ne sont pas des grands noms de la Résistance. Or l’entreprise des nazis était bien de réduire au silence et au néant des individus, notamment dans les camps de concentration. Les gens n’avaient plus de noms, ils n’étaient plus que des numéros. Cela a donc beaucoup de sens de planter ces pavés là où elles ont vécu. Cet objet permet aussi d’inscrire cette mémoire pour une longue période. »

Les silences autour des homosexuels persécutés

Le chercheur a beaucoup travaillé sur les mobilisations pour la mémoire des personnes persécutées pour homosexualité lors de la seconde guerre mondiale. Si en Allemagne il existe plusieurs pavés (une centaine environ) qui commémorent des personnes déportées pour cette raison, ce n’est pas encore le cas en France. Mais en 2024, Strasbourg installera deux pavés en souvenir d’un couple d’hommes, Josef M. et Eugen E., arrêtés et condamnés pour cette raison. 

Cette initiative est née des recherches de Frédéric Stroh, lors de son doctorat en histoire à l’Université de Strasbourg. Alors qu’il étudie : « la répression judiciaire de l’homosexualité masculine sous le nazisme », et compare le pays de Bade à l’Alsace annexée, il découvre que le Troisième reich a exporté le cadre répressif allemand qui criminalise les relations entre hommes jugées « contre nature ».

Parmi ceux qui vont tomber sous le coup du paragraphe 175, Josef M. et Eugen E. Le premier est policier badois, le second un comptable strasbourgeois. Dénoncés, ils sont arrêtés et jugés. Josef M est condamné pour « débauche contre-nature continue » et exécuté en 1942. Eugen E. est condamné à deux ans de prison. Il est emprisonné à Mulhouse puis interné au camp de Schirmeck. 

À Freiburg, une stolpersteine rend hommage à Erich Mäder. Condamné et déporté en vertu du paragraphe 175, assassiné au camp de concentration de Ravensbrück le 17 mai 1941 Photo : James Steakley / Wikimedia commons / cc

Le chercheur associé à l’unistra contacte alors Stolpersteine 67, qui avait déjà un objectif en ce sens. Les associations Les OubliéEs de la mémoire et Festigays sont aussi partie prenantes. Les deux pavés seront posés à proximité de la place Kléber. Un symbole fort selon Frédéric Stroh : 

« C’est important car ils ont vécu ensemble place Kléber et parce que c’est un endroit central de Strasbourg, cela permettra à un plus grand nombre de personnes d’être au courant. On a touché à l’intime de ces hommes, à leur vie amoureuse. Cela compte de leur rendre hommage et de les réhabiliter alors qu’à l’époque, ils ont été publiquement diffamés, illégalement condamnés et sont morts. »

Des groupes minoritaires et stigmatisés

L’historien a retrouvé la trace de 371 personnes, tous des hommes, arrêtés pour cette raison. Considérée par les nazis comme une partie du Reich, le statut de l’Alsace et de la Moselle diffère du reste de la France. Les hommes y sont soit poursuivis, soit envoyés en France de l’intérieur, soit encore au camp de Schirmeck : 

« Les chiffres ne sont pas exhaustifs, mais les logiques sont bien avérées : l’Alsace était un cas particulier, les nazis ont réprimé l’homosexualité en Allemagne mais pas en France ni par exemple en Pologne. Pendant longtemps, ces cas n’ont pas intéressé. La mémoire de l’annexion alsacienne fait une large part aux incorporés de force mais prend peu en compte l’expérience des tsiganes, des handicapés, des témoins de Jéhovah, etc. » 

Frédéric Stroh parle des « oubliés de l’annexion », un terme qui fait écho au nom choisi par une association basée à Paris, Les oubliéEs de la mémoire. Ses militants ont œuvré depuis 2003 pour que le souvenir des déportés en raison de leur homosexualité soit associé aux commémorations et travaille à l’installation d’un mémorial national. Cette idée a été portée par Jean Le Bitoux, militant homosexuel très engagé (1961-2010) qui a co-écrit les mémoires de Pierre Seel, alsacien homosexuel arrêté, torturé et interné à Schirmeck. Grâce au travail de l’association, il a été reconnu comme déporté en 1994.

50 ans après, lourds secrets de famille

Pourquoi les cas de déportés homosexuels connus sont-ils si peu évoqués en France, voire niés ? Ibéa Atondi de Cointet, secrétaire nationale des OubliéEs de la mémoire, identifie plusieurs raisons à ce tabou qui demeure : 

« En dehors des régions sous contrôle allemand, la plupart de ces déportés l’ont été en raison du droit commun ou « indésirable » comme ceux ou celles qui contrevenaient aux mœurs. Leur nombre et les trajectoires sont encore difficiles à retracer. Une autre raison est institutionnelle : il a fallu attendre 1995 pour que l’État français reconnaisse ses crimes et sa responsabilité dans la déportation. La dépénalisation de l’homosexualité ne date que de 1981, il était difficile d’évoquer cette question dans le débat public avant cela. » 

Le domicile de Pierre Seel, déporté alsacien flanque du triangle rose à Mulhouse Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

En plus de cette appartenance à un groupe minoritaire et stigmatisé, Frédéric Stroh identifie une autre explication : 

« La Mémoire des déportés homosexuels existe peu dans les mémoires familiales, souvent parce qu’ils n’ont pas d’enfants mais aussi parce que l’homosexualité d’un membre était ignorée dans la famille. C’est pour cette raison qu’ils n’ont pas forcément parlé après guerre, or il est plus compliqué de construire une mémoire publique s’il n’existe pas de mémoire familiale. »

Frédéric Stroh a tenté de retrouver des parents et des descendants indirects du couple. Du côté de Josef M., exécuté en 1942, ses recherches ont été infructueuses. À sa sortie du camp de Schirmeck, Eugen E. s’est installé dans un village alsacien. Il est mort en 2004 sans avoir raconté son histoire à sa famille. Le jeune historien va prochainement les rencontrer pour leur proposer de les associer à la pose des deux pavés en 2024. 

Mort de Nahel : un appel à un rassemblement vendredi soir à Strasbourg

Mort de Nahel : un appel à un rassemblement vendredi soir à Strasbourg

Après le meurtre de Nahel à Nanterre par un policier mardi, des appels à mobilisation surgissent sur les réseaux sociaux. L’un d’eux appelle à des rassemblements dans plusieurs villes vendredi 30 juin « contre le racisme, les crimes et les violences policières ». A Strasbourg, le rassemblement est prévu place Kléber. Dans un arrêté publié vendredi, la préfecture a interdit tout rassemblement ou défilé.

Un policier a tué Nahel, 17 ans, d’un tir à bout portant, pour un délit routier à Nanterre, mardi 27 juin. Pour protester contre ce meurtre, la page Instagram lepeupleunifr a publié un visuel appelant à des rassemblements dans les principales villes françaises, vendredi 30 juin à 20h, « contre le racisme, les crimes et les violences policières ». L’un d’eux est fixé place Kléber à Strasbourg.

Rassemblement jeudi 29 juin place Kléber suite au meurtre de Nahel, 17 ans, par un policier Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Compte-tenu des poursuites qui peuvent être engagées, et qui le sont de plus en plus souvent, contre les organisateurs de rassemblements lorsqu’ils dégénèrent en émeutes, les appels deviennent de plus en plus régulièrement anonymes, masqués derrière des comptes de réseaux sociaux. Le compte lepeupleunifr existe depuis juin 2019, avec des publications d’opposition au gouvernement.

Résumé des événements en vidéo (vidéo Le Monde / Youtube)

Suite à cet appel et aux incidents qui ont émaillé la nuit de mercredi 28 à jeudi 29 juin à Strasbourg, la préfecture du Bas-Rhin a pris un arrêté interdisant le transport d’explosifs, de carburant ou de tout produit inflammable mais aussi de « tout objet pouvant servir d’arme par destination » (c’est à dire à peu près tous les objets) durant la nuit du jeudi 29 au vendredi 30 juin. La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) a dévié certaines lignes de bus et supprimé des arrêts sur certaines lignes de tram durant la même nuit (voir le détail).

Le périmètre d’exclusion de toute manifestation dans la nuit de vendredi à samedi Photo : carte Préfecture du Bas-Rhin

Mise à jour. Dans la journée de vendredi, la préfecture du Bas-Rhin a publié trois arrêtés. Le premier pour reconduire les mesures ci-dessous à la nuit de vendredi à samedi, un second pour autoriser l’emploi de drones de surveillance et un troisième pour interdire toute manifestation dans un périmètre élargi du centre-ville. Le rassemblement prévu ce vendredi soir est donc interdit, ce qui permettra aux forces de l’ordre de le disperser immédiatement.

Après la crise, l’Association des résidents de l’Esplanade élit un président de continuité

Après la crise, l’Association des résidents de l’Esplanade élit un président de continuité

Étienne Fleury a été élu président de l’Association des résidents de l’Esplanade. Ancien trésorier, son élection promet une continuité de l’action engagée par la nouvelle équipe depuis 2021.

Plus d’une centaine de personnes se sont déplacées mercredi soir pour participer à l’assemblée générale de l’Association des résidents de l’Esplanade (Ares), occupant toutes les chaises disponibles de la grande salle d’accueil du centre socio-culturel rue d’Ankara. Présent parmi le public, l’ancien directeur de l’Ares, Marc Philibert, salue ses connaissances avec un entendu « On n’a jamais vu ça à nos AG ! » Il faut dire que l’affaire est d’importance : les adhérents doivent élire de nouveaux délégués pour sortir d’une crise de gouvernance (voir notre article précédent).

Dans une atmosphère digne d’un vivarium, la présidente par intérim Désirée Ohlmann se lance dans l’ordre du jour chargé de la soirée : « Quelqu’un veut-il qu’on lise le compte-rendu de l’AG 2022 ? » Une main se lève et c’est parti pour 20 minutes de lecture par trente degrés. Le message est clair : rien ne sera épargné à l’équipe bénévole sortante.

C’est parti pour une longue soirée Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

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Des places pour voir Les Algues Vertes au cinéma

Des places pour voir Les Algues Vertes au cinéma

Les cinémas Star invitent dix lectrices et lecteurs de Rue89 Strasbourg à une projection spéciale de Les Algues Vertes, mercredi 5 juillet à 20h, en présence du réalisateur Marc Jolivet.

Le pitch

À la suite de morts suspectes, Inès Léraud, jeune journaliste, décide de s’installer en Bretagne pour enquêter sur le phénomène des algues vertes. À travers ses rencontres, elle découvre la fabrique du silence qui entoure ce désastre écologique et social. Face aux pressions, parviendra-t-elle à faire triompher la vérité ?

Ce film est une adaptation des Algues vertes – l’histoire interdite, la bande dessinée d’Inès Léraud et de Pierre Van Hove, elle-même tirée de l’enquête menée par Inès Léraud sur le scandale des algues vertes en Bretagne. Rue89 Strasbourg avait reçu Inès Léraud dans le cadre d’une soirée sur l’investigation locale à l’occasion de notre dixième anniversaire.

Les cinémas Star organisent une projection spéciale, en présence du réalisateur Pierre Jolivet mercredi 5 juillet à 20h au cinéma Star Saint-Exupéry.

La bande annonce

La bande annonce « Les algues vertes » (vidéo Haut et Court / Youtube)

Le concours

Concours avec tirage au sort vendredi 30 juin à 17 heures. Seules les gagnantes et les gagnants seront prévenus.

Vendredi, une petite fête pour penser le quartier gare de Schiltigheim

Vendredi, une petite fête pour penser le quartier gare de Schiltigheim

Vendredi 30 juin, un collectif d’associations organise une soirée festive pour réfléchir au devenir de la gare de Bischheim et de Schiltigheim.

Faire de la politique en buvant un petit coup et en dansant un peu… C’est la bonne idée pour vendredi 30 juin à partir de 17h d’un collectif d’associations (dont la Fédération nationale des usagers des transports, Mon train j’y tiens…) et de riverains mobilisés autour d’une « charte revendicative » pour de meilleurs transports en commun à Schiltigheim, Bischheim et Hoenheim.

Alors que le Réseau express métropolitain européen (Reme) structure l’offre de transports au nord de Strasbourg et transforme la gare de Schiltigheim en « hub », ce collectif demande « davantage de trains régionaux pour se déplacer, une ligne de bus desservant directement la gare, un accès des deux côtés de la voie ferrée par un passe-quartier souterrain, un lieu aménagé, sécurisé où il fait bon vivre et rendant des services de tous ordres ».

Le collectif se mobilise en revanche contre le pôle de maintenance des trains régionaux à Schiltigheim, en faisant valoir les nuisances olfactives et sonores que cette activité génère près des habitations. Une décision sur l’implantation finale de ce centre doit prochainement être prise par la Région Grand Est, qui trouve que le centre technique de la SNCF est une bonne option.

Le collectif propose de réenchanter les transports en commun au nord de l’agglomération… Photo : doc remis

Programme

    À partir de 17h : Échanges avec les collectifs et associations présentes avec des stands d’informations À 18h30 : Présentation de la charte revendicative et dialogue avec les autorités publiques en charge des dossiers : SNCF, Région Grand Est, Eurométropole, municipalités de Bischheim et de Schiltigheim À partir de 19h : repas avec tartes flambées par le Restaurant du Chemin de fer et « concert « animation dansante » de l’orchestre Chrysalide.

Fin des tarifs réglementés du gaz : à Strasbourg, aucun concurrent pour éviter un abonnement plus cher

Fin des tarifs réglementés du gaz : à Strasbourg, aucun concurrent pour éviter un abonnement plus cher

Dès samedi 1er juillet, les tarifs règlementés du gaz naturel disparaîtront en France. À Strasbourg, 50 000 ménages verront leur facture augmenter, sans possibilité de trouver une offre équivalente ni de faire jouer la concurrence entre fournisseurs.

En avril 2023, 50 000 ménages strasbourgeois ont reçu un courrier du fournisseur Électricité de Strasbourg (ÉS). Ils ont alors appris que leur contrat « basculera » au 1er juillet 2023. Avec la loi Énergie-Climat de 2019 et pour se mettre en règle avec une directive européenne de 2017, les contrats de gaz dont les prix sont fixés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) vont disparaître. Ce sont des abonnements souscrits avant novembre 2019 chez ÉS, indexés sur les tarifs réglementés de vente – par exemple ceux intitulés « Tarif réglementé C+ ».

50 000 foyers vont changer de tarif

Exit donc les prix plafonds contraignants décidés par l’autorité indépendante. Désormais, pour la partie variable de la facture de gaz, seul le marché déterminera le prix du kilowattheure (kWh). La Commission de régulation continuera de déterminer des tarifs « de référence » mais ils n’obligeront en rien les fournisseurs. Selon l’autorité, ces informations ont simplement pour but « d’apporter de la transparence en matière de formation des prix des offres proposées, et de l’information aux consommateurs ».

À Strasbourg, tous les ménages concernés par ce changement de règlementation sont des clients d’ÉS. Les abonnés du fournisseur Ekwateur, unique concurrent à l’entreprise historique de distribution, n’ont jamais bénéficié de tarifs réglementés.

Un changement, beaucoup d’incompréhensions

Quel que soit le contrat choisi pour la suite, celui-ci est composé de deux parts : une fixe (l’abonnement, qui correspond aux coûts de réseau et d’acheminement…) et une qui dépend de la consommation réelle (kilowattheures consommés).

« Peu de clients comprennent vraiment ce que tout ça veut dire », souffle Daniel Bonnot, vice-président de l’association Consommation logement cadre de vie (CLCV). Même écho pour l’UFC Que choisir 67 et son bénévole en charge des questions d’énergie, Philippe Fussler : « C’est technique le gaz, avec toutes les taxes, les parties fixes, les variables, l’abonnement, la consommation… ».

Par défaut, la « bascule »

Par défaut, les clients ÉS dont le contrat s’éteint au 1er juillet souscriront automatiquement à une offre « de bascule », sans démarche à effectuer. Résiliable sans délai et reconduit tacitement tous les ans, le contrat propose un tarif indexé sur les prix du marché. Dans le courrier reçu par les clients, il est indiqué que le kilowattheure coûtera, en principe, 0,087 euros – contre 0,074 en mars et avril 2023. L’augmentation du kilowattheure atteint ainsi près de 18%. ÉS précise que le prix est amené à varier.

Du côté de la part fixe du contrat, l’abonnement sera aussi plus cher avec une augmentation moyenne de 59% au 1er juillet, selon l’Union française des consommateurs (UFC) Que Choisir du Bas-Rhin. Ainsi un client qui payait 44,2 euros hors taxes pour deux mois d’abonnement s’est vu proposer un abonnement à 37,32 euros par mois dès juillet. Sans possibilité, donc, de contester cette hausse.

Un abonnement plus cher

Contacté, ÉS explique que les tarifs proposés dans cette offre « bascule » sont indexés sur les recommandations nationales d’avril et qu’ils seront adaptés, au 1er juillet, selon les nouvelles publications de la CRÉ. « Un gage de sérieux », précise la communication de l’entreprise en réponse aux questions de Rue89 Strasbourg. 

Philippe Fussler, bénévole à l’UFC que choisir 67, nuance :

« ÉS n’a aucune contrainte légale de se conformer aux recommandations de la CRÉ. Si nous voulions mener une action contre le prix de l’abonnement que nous trouvons abusif, je ne sais pas devant quelle juridiction elle serait recevable. C’est très incertain. »

En ce moment, les prix du gaz baissent (-12,5% entre mars et avril 2023). ÉS estime que l’augmentation du prix de l’abonnement est compensée par cette baisse du coût du kilowattheure. Pourtant, l’UFC Que Choisir a une lecture plus critique des prix annoncés :

« Selon nos calculs, les petits consommateurs de gaz (6 000 kWh/an) paieront 13% en plus malgré la baisse des prix du marché. Le coût de l’abonnement ne sera pas compensé pour eux. Pour les consommateurs moyens (10 000 kWh/an), l’augmentation sera de 5,5%. À partir de 16 000 kWh/an, le prix s’équilibre et les plus gros consommateurs auront une facture plus petite. C’est contre-intuitif, il faudrait que l’on incite à consommer mois. Là c’est l’inverse. »

Une offre fixe onéreuse mais plus prévisible

S’ils veulent choisir un contrat autre que celui proposé automatiquement par ÉS, les Strasbourgeois auront deux possibilités pour déterminer le mode de calcul de leur budget gaz. La première est une offre à « prix fixe », souvent plus chère mais plus prévisible. Il en existe quatre à Strasbourg, selon le comparateur d’offres de gaz sur le site du médiateur de l’énergie. « C’est ce qu’on recommande à terme aux clients qui veulent avoir de la visibilité sur les dépenses liées au gaz pendant un à trois ans », explique Daniel Bonnot, de la CLCV. Le prix fixé dépend de l’estimation de consommation du gaz (chauffage, eau, cuisson…).

Ces offres, proposées par Ekwateur et ÉS, ont souvent un prix par kilowattheure légèrement plus élevé que le prix réel du marché, mais ne varient pas en cas de grosse augmentation de ce prix. Les variations sont en effet absorbées par le fournisseur, qui assume le risque lié aux variations du prix du marché. Un contrat plus cher donc, mais plus sûr.

C’est pour cette raison que l’UFC Que Choisir 67 conseille de bien étudier ce type de contrats. « En ce moment, les prix du kilowattheure sont bas, c’est donc le moment d’en profiter avant que les fournisseurs augmentent leurs tarifs », précise Philippe Fussel.

Un contrat basé sur le marché, volatile

La deuxième type de contrat d’ÉS est indexé sur les prix du marché. Chaque mois, le fournisseur fixe les prix par kilowattheure en plus du coût de l’abonnement, qui reste fixe. La CLCV conseille de « s’attacher à la sécurité contractuelle plutôt qu’au gain tarifaire » et donc de bien réfléchir avant de baser son choix sur des prix qui paraissent, par moment, plus avantageux. Ces tarifs sont directement liés au marché du gaz naturel et donc, volatiles. Ainsi sur l’année 2022, le prix moyen du mégawattheure de gaz a augmenté de 107% par rapport à la moyenne en 2021.

Comme le précise la communication d’ÉS, « personne ne peut prédire quelle sera la tendance pour les mois à venir sur le marché du gaz ». Philippe Fussler, de l’UFC Que Choisir 67, précise :

« Si une banque fait faillite, si on se met à produire de l’électricité dans des centrales à gaz, si un conflit armé éclate… Tout ça influence le prix, comme celui de l’essence. Sauf que l’essence, on voit le prix à la pompe. Pour le gaz, on le voit juste sur sa facture une fois qu’on en a déjà consommé. »

À Strasbourg, pas de concurrence entre fournisseurs

En théorie, cette libéralisation du marché doit permettre de faire baisser les prix aux consommateurs, selon la théorie que l’ouverture à la concurrence aurait mécaniquement cet effet. Mais à Strasbourg, pas de concurrence. ÉS dispose d’un « quasi-monopole de fait », estime Daniel Bonnot. Pour le code postal 67 000, ÉS et Ekwateur sont les seuls fournisseurs de gaz disponibles. L’un est une entreprise locale de distribution, historique, l’autre un nouvel entrant cumulant environ mille abonnés à Strasbourg. 

Dans d’autres parties du Bas-Rhin, à Sélestat ou Saverne par exemple, les clients ont le choix « jusqu’à 30 fournisseurs différents », assure Philippe Fussler. Pour l’UFC Que choisir 67, tant l’absence de concurrence que le grand nombre de fournisseurs sont problématiques. « À Saverne, ils ne comprennent plus rien à entre tout ce qu’ils peuvent choisir. C’est pour ça que les associations de consommateurs sont mobilisées sur la question », estime-t-il.

Peu de probabilité pour l’ouverture à la concurrence

Interrogé sur la probabilité d’une plus grande concurrence entre fournisseurs dans les années à venir, Philippe Fussler semble dubitatif :

« Avec la crise sur le gaz, certains opérateurs sont sortis du marché. Ils proposaient des offres fixes et se sont retrouvés coincés à acheter le gaz bien plus cher qu’ils ne le vendaient. Aujourd’hui, ces sociétés hésitent à revenir. Je crains que dans les années à venir, seule la loi du marché conditionnera les prix des clients. »

D’autant plus que le coût de gestion est particulièrement élevé à Strasbourg, comme l’explique Julien Tchernia, co-fondateur du fournisseur d’Ekwateur :

« Ce qui est compliqué à Strasbourg, c’est le coût du réseau qui est plus élevé que dans d’autre secteurs en France. En tant que fournisseur, nous achetons du gaz pour le revendre à nos clients, mais nous devons payer l’utilisation des tuyaux. Plus la personne habite loin du gazoduc, plus le coût sera élevé. Nous discutons en ce moment avec la CRÉ et les gestionnaires du réseau pour résoudre ce problème. D’ici là, Strasbourg n’est pas une zone dans laquelle nous allons faire de la pub par exemple. »

La concurrence pourrait-elle prendre à Strasbourg ? Peu probable selon les deux associations de consommateurs interrogées par Rue89 Strasbourg. En attendant, la CLCV et l’UFC Que Choisir invitent les Strasbourgeois et Strasbourgeoises à les contacter s’ils ont des questions relatives à leur contrats de fourniture de gaz. Les interrogations doivent être nombreuses : à l’agence d’ÉS située rue des bonnes gens à Strasbourg, mercredi 28 juin, il fallait attendre près de deux semaines pour obtenir un rendez-vous avec son fournisseur de gaz…

L’incinérateur « Sénerval est un vrai chemin de croix » : l’Eurométropole se réveille

L’incinérateur « Sénerval est un vrai chemin de croix » : l’Eurométropole se réveille

Motion de soutien aux salariés, embauche d’un chef de projet et lancement d’études… La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg multiplient les actions pour reprendre le contrôle d’un incinérateur à la dérive depuis près d’une décennie.

Lundi 26 juin, fin d’après-midi. En conseil municipal, l’adjointe à la maire Hulliya Turan (PCF) dresse un sombre tableau de la délégation de service public concernant l’incinérateur de Strasbourg : « De nombreuses alertes ont été émises, pointant du doigt (…) la présence de cendres cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques et d’amiante. » L’élue évoque aussi l’inspection de la Dreal en janvier 2022, et ces cendres toxiques présentes partout dans l’installation, l’amende de 10 000 euros qui s’en est suivie, mais aussi une enquête judiciaire en cours et une perquisition menée en juin. Elle termine la lecture de la motion du groupe « Pour la justice sociale et l’écologie populaire » :

« Le conseil municipal de la ville de Strasbourg affirme son soutien aux salariés qui revendiquent de meilleures conditions de travail et défendent leur santé (…) et enfin demande à l’Eurométropole d’explorer différents scénarios prospectifs pour l’avenir du site, y compris des hypothèses de fin de contrat. »

Lors du conseil du 28 juin 2023, l’Eurométropole entame la réflexion sur l’avenir de son incinérateur. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« On pense avoir réglé un problème, un autre arrive »

Cette fois, l’incinérateur est bien de retour dans le débat politique. Jean-Philippe Maurer, conseiller municipal d’opposition (LR) s’en désole :

« J’ai l’impression que ce dossier Sénerval est un vrai chemin de croix. À peine on pense avoir réglé un problème, un autre arrive. C’est presque désespérant de recommencer presque tous les deux ans ce dossier. »

Du côté des soutiens de la majorité présidentielle, même position, exprimée par le conseiller municipal Renaissance Nicolas Matt. La motion présentée par Hülliya Turan sera votée à l’unanimité des voix exprimées. Seuls les socialistes, menés par Catherine Trautmann, s’abstiennent en revendiquant la première alerte sur le dossier.

Depuis les révélations de Rue89 Strasbourg et la diffusion d’un reportage au journal télévisé de France2, l’Eurométropole a entamé un nouveau rapport avec Sénerval, filiale du groupe Séché et délégataire de service public jusqu’en 2030. Un document confidentiel, auquel Rue89 Strasbourg a pu accéder, révèle le suivi rapproché de l’EMS sur son incinérateur. En décembre 2022, en février 2023 et en mai 2023, des visites sur site de la part d’élus et des réunions ont eu lieu entre la présidence de l’Eurométropole et la direction de l’entreprise.

Une source syndicale confirme à Rue89 Strasbourg les effets bénéfiques de cette surveillance renforcée par l’Eurométropole : « Comme ils s’attendent à des visites surprises, maintenant la direction est hyper vigilante sur le port des équipements de protection quand des cendres sont évacuées. » Résultat : les derniers contrôles sur place n’ont révélé aucune anomalie. Le 2 février, la médecine du travail n’a pas identifié de risque supplémentaire face à l’exposition aux cendres. Quelques jours plus tard, une inspection de la Dreal mettait fin à la mise en demeure concernant la présence de résidus d’épuration à l’air libre dans l’usine. Fin mars, un agent de la Dreets n’observait plus aucun problème dans l’exposition des salariés sous-traitants aux mêmes cendres cancérigènes.

Plus de 30 millions d’euros de travaux

Dans une délibération prévue pour le conseil du 28 juin, l’EMS prévoit d’embaucher un chef de projet pour une durée de trois ans au service « collecte et valorisation des déchets ». La personne recrutée sera chargée d’élaborer et de conduire « les opérations de rénovation partielle du bâti et de travaux sur le process de l’unité » mais aussi de contribuer « à la réflexion sur l’évolution du site et de son mode de gestion. »

Car l’Eurométropole envisage d’importants travaux au sein de l’Unité de valorisation énergétique (UVE), la désignation officielle de l’incinérateur. En conseil ce mercredi 28 juin, les élus métropolitains voteront aussi la commande de plusieurs études qui permettront de chiffrer le montant des investissements nécessaires. Un premier audit estimé à près de 180 000 euros concerne l’état du bâti et les rejets polluants de l’incinérateur. Selon les teneurs en mercure ou en dioxine révélés, la collectivité devra investir entre 13 et 25 millions d’euros pour améliorer le système de traitement des rejets gazeux et aqueux de son installation. Cet axe d’intervention s’inscrit notamment dans la mise aux normes qui évoluent en matière de pollution.

Chaque mois d’arrêt coûte 4,5 millions d’euros à l’EMS

Révélée dès le redémarrage de l’incinérateur en septembre 2019, la dégradation avancée de nombreux poteaux en béton de l’usine doit être traitée grâce à des travaux estimés à 8 millions d’euros. Une étude est en cours de finalisation pour disposer des solutions techniques envisageables et des méthodologies d’intervention. Dans un calendrier de l’EMS, plusieurs arrêts de ligne sont prévus sur une période de six mois environ, en plus d’un arrêt de l’UVE envisagé pour deux mois.

Il s’agit pour la collectivité de minimiser les coûts qui peuvent exploser si l’usine doit cesser son activité trop longtemps. Chaque mois d’arrêt coûte 4,5 millions d’euros, entre détournements des déchets (à 180 euros la tonne détournée) et indemnisation de l’exploitant (56 000 euros par jour). Une commission de conciliation doit rendre un avis d’ici la fin de l’année 2023 concernant le niveau de responsabilité de la collectivité et de l’exploitant quant aux travaux de consolidation du béton.

Un dernier chantier de 2,5 millions d’euros doit avoir lieu pour démanteler le système du traitement des fumées de la ligne 4, à l’arrêt depuis 2016. Il a ainsi fallu près de sept ans pour mettre fin à un risque d’accident lié à l’usure de pièces inutilisées. Une pièce de près d’une tonne avait ainsi chuté dans l’usine en septembre 2022.

Fin de la délégation en 2030

Une seconde étude portera sur le nombre de tonnes de déchets à traiter pour l’Eurométropole de Strasbourg entre 2030 et 2050. Elle complètera l’information des élus appelés à faire des choix politiques sur le devenir de l’UVE en 2025. La collectivité et ses services devront ensuite concrétiser deux décisions cruciales pour l’avenir de l’incinérateur.

Le premier choix concerne l’exploitation de l’usine d’incinération. En 2030, l’EMS devra renouveler la délégation de service public pour l’incinérateur. Or il semble peu probable que le groupe Séché souhaite poursuivre l’exploitation de l’UVE de Strasbourg. Les résultats nets du délégataire n’ont été positifs que qu’en 2011 et 2018. Ils ont même plongé à -14,3 millions d’euros en 2021. Et il n’existe que cinq exploitants d’UVE en France (Veolia, Suez, Paprec-Tiru, Urbaser Environnement et Séché Environnement). Et si personne ne souhaitait se lancer dans cette galère ?

Faut-il une nouvelle usine ?

La seconde décision de taille porte sur l'avenir du bâtiment de l'incinérateur. Selon l'état de vétusté constaté par les études et en fonction du nombre de tonnes de déchets à incinérer entre 2030 et 2050, l'EMS doit envisager la construction d'une nouvelle usine. Un chantier estimé à "300 millions d'euros de construction et des dizaines de millions d'euros de démantèlement" par la vice-présidence en charge de la gestion des déchets, Fabienne Baas, lors d'une conférence de presse mardi 27 juin. Dans un rapport commandé par l'ancien président de l'Eurométropole Robert Herrmann en 2016, le ministère des Finances évaluait plutôt le coût d'une construction neuve à 421,3 millions d'euros."

Interrogé sur la situation de l'incinérateur, Robert Herrmann défend son choix d'un désamiantage à près de 200 millions d'euros, frais de détournement et de traitement des déchets dans d'autres usines inclus :

"Nous avons choisi la sécurité des salariés en réalisant ces travaux. Bien sûr, on s'interrogeait déjà sur la nécessité de reconstruire une usine. Mais il était inenvisageable de reconstruire un incinérateur tant que son coût n'était pas amorti."

"De grands groupes n'auraient pas eu ce genre de difficultés"

Robert Herrmann se montre aussi critique de la délégation par le groupe Séché et affirme :

"Je m’étais interrogé si on ne pouvait pas casser la DSP à l’époque. Mais les juristes disaient que la collectivité prendrait un risque juridique et financier tout en supportant les mêmes coûts de réparation. Je trouve insupportable le traitement des personnels qu’il y a eu dans ce groupe. Il y a certainement une part de paternalisme dans la gestion, mêlé à un mode de fonctionnement qui ne me paraît pas de bon aloi. De grands groupes n’auraient pas eu ce genre de difficultés. Vu de l’extérieur aujourd’hui, ma tendance serait plutôt d’aller vers un gros groupe."

Contacté, le groupe Séché n'a pas donné suite à notre demande d'interview concernant notamment ses projets pour l'incinérateur après 2030.

Au Conseil de l’Eurométropole, présentation des comptes, tram Ouest et vente du Racing

Au Conseil de l’Eurométropole, présentation des comptes, tram Ouest et vente du Racing

Le conseil de l’Eurométropole du mercredi 28 juin traitera principalement des comptes de l’intercommunalité pour l’année 2022. Très attendue, la délibération sur l’avancement du projet de tram Ouest sera également présentée dans l’hémicycle.

Juste avant la pause estivale, l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) fait le point sur ses finances. L’ensemble des dépenses et des recettes de l’année 2022 feront l’objet d’un débat et d’un vote au cours du conseil de l’EMS de ce mercredi 28 juin. Comme lors du conseil municipal deux jours plus tôt, l’opposition en profitera pour tacler la gestion de la métropole par sa présidente, Pia Imbs (SE) et son vice-président en charge des finances, Syamak Agha Babaei.

Parmi les autres points importants, les conseillers eurométropolitains aborderont également l’avancement du tram Ouest qui doit rejoindre Wolfisheim. Si le tracé n’est pas l’objet du débat, l’EMS doit encore préciser les aménagements qui précèdent l’arrivée du tram. Autre sujet qui s’invite dans l’ordre du jour, la vente du Racing club de Strasbourg au consortium américain BlueCo fera également l’objet d’un débat animé au détour d’une délibération concernant le Racing.

Retour sur les finances de l’EMS

L’Eurométropole doit faire approuver ses comptes avant le 30 juin 2023 par son conseil. À l’instar de la Ville de Strasbourg, elle entamera donc sa séance par une présentation succincte de ses réalisations budgétaires. En substance, les dépenses réelles de l’Eurométropole pour son fonctionnement s’élèvent à environ 760 millions d’euros pour 802 millions d’euros de recettes en 2022.

De gauche à droite, le vice-président en charge des finances Syamak Agha Babaei et la présidente de l’EMS, Pia Imbs. Photo : Abdesslam Mirdass/Rue89 Strasbourg

Concernant les dépenses d’investissements réalisées par l’EMS, elles sont d’environ 345 millions d’euros, pour 327 millions d’euros de recettes. Comme avec le budget de la Ville lundi, c’est à nouveau Syamak Agha Babaei qui se chargera de donner du sens à ces montants, en réexpliquant les priorités de la collectivité en matière d’investissement public.

Avancement du tram Ouest

Lors du conseil municipal du 26 juin, les élus d’opposition sceptiques sur le projet s’étaient abstenus de débattre trop longuement de l’extension du tram vers l’Ouest, pour en parler plutôt lors de cette séance de l’Eurométropole. Avec cette délibération numéro sept, le vice-président chargé des mobilités, Alain Jund (EE-LV) présentera le résultat de l’enquête publique.

Le vice-président chargé des mobilités, Alain Jund. Photo : Abdesslam Mirdass/ Rue89 Strasbourg

Cette dernière rend un avis favorable au tracé retenu mais avec trois réserves, auxquelles l’Eurométropole apportera ses réponses. L’une concerne un chemin d’accès piéton entre la station « Eckbolsheim » et le Zénith, l’autre préconise de ne pas faire basculer une portion de la route des Romains en voirie à un sens, et la dernière concerne l’emplacement de la station Térence. En dehors du dernier point, l’EMS annonce qu’elle suivra les préconisations de l’enquête. Vendredi, l’exécutif demandera formellement à la préfète du Bas-Rhin de déclarer le projet d’utilité publique, pour entamer les travaux au plus vite.

Avant cela, les élus socialistes de l’opposition voudront faire entendre leurs désaccords dans l’hémicycle. Deux jours plus tôt, en conseil municipal, le groupe socialiste s’était abstenu de voter une délibération concernant le tram Ouest, mettant en avant les interrogations qu’ils portent sur les aménagements qui entourent le tram. Ils entendent bien refaire le débat au cours de cette séance.

Racing club de Strasbourg et alimentation territoriale

Autre sujet brûlant au programme : la vente du RCSA. Certes, le sujet n’est pas du tout inscrit à l’ordre du jour, mais pourrait être évoqué par le truchement de la délibération 34, intitulée « Convention d’occupation du stade de la Meinau, etc. ». Une délibération classique, mais bien commode pour digresser sur le rachat de l’équipe locale par un fonds américain.

En prime, les élus communistes ont déjà déposé une question d’actualité sur le sujet, questionnant le choix de l’EMS de payer 160 millions d’euros pour financer les travaux d’extension du stade la Meinau, alors qu’un consortium richissime – BlueCo – s’est porté acquéreur du club.

L’élue en charge de la politique agricole métropolitaine, et maire de Breuschwickersheim, Doris Ternoy. Photo : Abdesslam Mirdass/Rue89 Strasbourg

Enfin, l’Eurométropole présentera sa « stratégie alimentaire territoriale ». L’occasion pour la vice-présidente en charge des questions agricoles, Doris Ternoy d’insister sur les actions soutenues au cours de l’année 2022, comme le lancement d’un dispositif de tri séparé des déchets alimentaires, ou la deuxième édition des Rendez-vous de l’alimentation.

Rassemblement de soutien aux Soulèvements de la Terre mercredi 28 juin

Rassemblement de soutien aux Soulèvements de la Terre mercredi 28 juin

À Strasbourg et à Colmar, des rassemblements de soutien aux Soulèvements de la Terre sont organisés mercredi 28 juin à 19h devant les préfectures pour dénoncer « les pressions de l’Etat sur les mouvements écologistes et sociaux ».

Mercredi 28 juin à 19h, un deuxième rassemblement à l’appel « des ami.e.s des Soulèvements de la Terre » est organisé devant les préfectures de Strasbourg et de Colmar, suite à la volonté du gouvernement de dissoudre ce collectif d’organisations écologistes. Le précédent appel avait réuni plus de trois cents personnes à Strasbourg et une cinquantaine à Colmar. 

Soutenir les militants et « dénoncer la pression de l’Etat »

Le premier rassemblement avait réuni des militants et sympathisants écologistes. Cette fois, le rassemblement comportera également des membres de la Confédération paysanne d’Alsace selon Bruno Dalpra, militant écologiste strasbourgeois :

« L’objectif est de renouveler notre soutien aux Soulèvements de la Terre mais également pour dénoncer la pression de l’Etat sur tous les mouvements écologiques et sociaux. » 

Le rassemblement du 21 juin a réuni plus de trois cents personnes à Strasbourg. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Mercredi 28 juin, huit militants impliqués dans les manifestations d’opposition aux méga-bassines de Sainte-Soline ont été convoqués par les gendarmes « au motif qu’ils auraient organisé ou participé à l’une ou l’autre des deux grandes manifestations à Sainte-Soline ». Des rassemblements similaires sont prévus devant les six gendarmeries en question. Bruno Dalpra, qui soutient le mouvement avec « les ami.e.s des Soulèvements de la Terre », souhaite également attirer l’attention sur la répression qui vise les autres organisations sociales et écologistes en France :

« D’autres associations comme Attac sont dans le viseur des autorités, par rapport à diverses actions en lien avec le mouvement contre la réforme des retraites. L’État tente de régler ses comptes avec le mouvement social et écologiste et le rassemblement de mercredi sera l’occasion d’apporter notre soutien à tous militants criminalisés pour leur engagement. »

Les salariés de Knauf industries en grève vendredi contre la fermeture de l’usine de Rhinau

Les salariés de Knauf industries en grève vendredi contre la fermeture de l’usine de Rhinau

La direction de Knauf industries a annoncé mardi qu’elle planifie de fermer quatre sites de production en France, dont l’usine de pièces techniques de Rhinau. Près de 30 employés alsaciens sont menacés de licenciement. Ils seront en grève vendredi 30 juin.

« J’ai rejoins cette entreprise il y a 7 ans. C’est une petite usine de 27 salariés, les gens se connaissent, c’est humain. » Thierry Froehlich, chef d’atelier à l’usine Knauf de Rhinau et membre du comité social et économique, est encore sonné quelques heures après l’annonce de sa direction, lundi 26 juin, qui souhaite fermer le site en janvier 2024.

Après avoir accroché des banderoles devant l’usine jeudi, les salariés annoncent qu’ils seront en grève vendredi 30 juin : « Tout le monde va participer. L’équipe du matin sera devant l’usine dés 7 heures, et les équipes de l’après-midi et de la nuit viendront pour un rassemblement de tous les employés à 13h », assure Thierry Froehlich. La grève est prévue uniquement pour vendredi, « jusqu’à nouvel ordre », précise t-il.

L’usine Knauf située à Rhinau emploie 27 salariés. Photo : google street view

Sur place, les employés produisent des pièces techniques en polystyrène et polypropylène expansés à destination de l’industrie automobile, ou de la fabrication de chauffe-eau par exemple. Selon Thierry Froehlich, les salariés de l’usine de Rhinau sont unanimement opposés à cette fermeture :

« C’est la stupéfaction. Tout le monde est fâché. On nous parlait d’investissements dans l’usine, de nouveaux projets. On travaille même le samedi matin pour honorer les commandes. On a vraiment l’impression qu’ils nous ont caché ce projet pour qu’on continue à travailler. »

Des raisons floues

De son côté, la direction de Knauf industries, basée à Wolfgantzen près de Neuf Brisach, met en avant une baisse de son chiffre d’affaires dans un communiqué :

« Le résultat d’exploitation s’est fortement dégradé en 2022. Depuis le début de l’année [2023], la baisse du chiffre d’affaires s’est encore accentuée. […] La pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, les coûts élevés de l’énergie et des matières premières, les changements dans les habitudes des consommateurs ont contribué à la situation actuelle. […] Dans ce contexte, Knauf industries n’a d’autre choix que d’envisager la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). »

Selon ses bilans comptables, le résultat d’exploitation s’est soldé par une perte de 11 059€ en 2021, après une perte du même ordre en 2020. Le plan évoqué par le groupe alsacien prévoit d’autres fermetures :

« [Le plan de sauvegarde de l’emploi] impliquerait la fermeture de 4 sites de production (Pithiviers (45), Duclair (76), Rhinau (67), Saint-Sauveur d’Aunis (17) ainsi que la transformation d’un site à Vendargues (34) en plateforme logistique). 123 emplois seraient directement menacés. Les activités de production de ces sites seraient redéployées vers 10 autres sites de Knauf Industries en France, ce qui conduirait à la création de 52 postes. »

Les salariés de Knauf industries ont accroché une banderole et des tee-shirts devant leur usine. Photo : remise

« Nous ferons tout pour garder nos emplois »

Les salariés du site Knauf de Pithiviers, dans le Loiret, également menacés de licenciements économiques, sont en grève depuis ce mardi 27 juin. Thierry Froehlich indique qu’une réunion avec la direction doit avoir lieu vendredi :

« S’ils ne reculent pas, nous organiserons probablement des grèves dans la foulée. Nous ferons tout pour maintenir l’activité ici et garder nos emplois. »

#Rhinau

« Un mandat ne suffira pas » : les écologistes s’attaquent au retard d’investissement dans les quartiers les plus pauvres

« Un mandat ne suffira pas » : les écologistes s’attaquent au retard d’investissement dans les quartiers les plus pauvres
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Crise de gouvernance à l’Association des résidents de l’Esplanade

Crise de gouvernance à l’Association des résidents de l’Esplanade

L’Association des résidents de l’Esplanade (Ares), qui gère le centre socio-culturel du quartier, n’a plus de président ni de directeur depuis mai. Une assemblée générale de crise doit renouveler le comité de direction mercredi, avec en toile de fond le retour de l’ancien directeur de l’Ares, Marc Philibert.

L’assemblée générale de l’Association des résidents de l’Esplanade (Ares), prévue mercredi 28 juin, promet d’être animée. Les quelques 2 500 adhérents de cette structure qui gère le centre socio-culturel du quartier, avec sa centaine de salariés dont une quinzaine de permanents pour un budget de 1,8 million d’euros, doivent trouver une nouvelle équipe de direction, après la démission du président en mai, et le placement du directeur en arrêt-maladie.

Comment en est-on arrivé là ? En mai 2021, Marc Philibert, directeur du centre, fait valoir ses droits à la retraite après l’avoir dirigé pendant près de 23 ans. Dans la foulée, le nouveau directeur, Fabien Urbes, s’installe avec un nouveau fonctionnement, et en menant une série d’audits et d’entretiens avec les salariés. Très vite, des crispations se font jour. Au moins trois employés s’estiment malmenés par les méthodes du nouveau directeur, dont l’épouse de M. Philibert, toujours employée de l’association.

« L’assemblée générale sera le moment d’explication »

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Alain Fontanel démissionne du conseil municipal pour suivre son épouse, ambassadrice aux Philippines

Alain Fontanel démissionne du conseil municipal pour suivre son épouse, ambassadrice aux Philippines

Candidat pour devenir maire de Strasbourg en 2020, Alain Fontanel a annoncé sa démission en conseil municipal mardi 26 juin. Il suit son épouse, devenue ambassadrice aux Philippines.

« Quinze ans de mandat comme conseiller municipal, ça fait assez. » Lors du conseil du lundi 26 juin, l’élu municipal et métropolitain Alain Fontanel (Renaissance) a démissionné de ses fonctions politiques. Dans l’annonce de son retrait de la vie publique strasbourgeoise, l’ancien premier adjoint au maire socialiste Roland Ries a évoqué sa famille : « Après avoir consacré beaucoup de temps à la vie publique et à Strasbourg, je le dois aussi aujourd’hui à mes proches et à ma famille. »

Alain Fontanel a annoncé sa démission lors du conseil municipal du 26 juin 2023. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Aucune surprise dans cette annonce. Dès avril, Alain Fontanel annonçait aux Dernières nouvelles d’Alsace qu’il ne se présenterait pas aux élections municipales de 2026. Un mois plus tard, le candidat déçu aux élections municipales de 2020 quittait la présidence du groupe Strasbourg Ensemble (Renaissance, MoDem, Horizons). Les conseillers municipaux Pierre Jakubowicz et Nicolas Matt sont désormais présidents du groupe renommé « Centristes et progressistes ».

Selon nos informations, Alain Fontanel a obtenu un poste au service de l’État et en lien avec son ancienne fonction de conseiller référendaire à la Cour des comptes. Ce nouveau travail lui permet de rester proche de son épouse Marie Fontanel. L’ex-conseillère santé du président Emmanuel Macron a récemment été nommée ambassadrice de France aux Philippines. Malgré la distance, Alain Fontanel n’a pas fait ses adieux à la capitale alsacienne : « Je garderai, de là où je suis, un œil sur la situation strasbourgeoise. Et je serai de retour à Strasbourg en juin 2026. »

Comptes, stationnement, camp de l’Étoile… D’anciens débats reviennent au programme du conseil municipal

Comptes, stationnement, camp de l’Étoile… D’anciens débats reviennent au programme du conseil municipal

Durant le conseil municipal de ce lundi 26 juin, les élus reviendront sur des sujets déjà débattus, comme la hausse des prix du stationnement, l’évacuation du camp de l’Étoile ou l’avenir du tram Ouest. La présentation des comptes donnera l’occasion à la majorité écologiste de faire un bilan sur la moitié du mandat écoulé.

Ayant choisi d’adapter la tarification du stationnement en voirie pour la rendre moins chère aux professionnels, l’exécutif écologiste n’échappera pas à un nouveau débat sur le sujet lors du dernier conseil municipal avant la pause estivale, ce lundi 26 juin. Il sera également à nouveau question de l’extension du tram vers l’Ouest de l’agglomération, à l’occasion de la présentation d’un nouveau tracé.

Bilan comptable, bilan politique

Mais le premier point à l’ordre du jour, c’est la présentation des comptes administratifs de la Ville. La maire Jeanne Barseghian (EE-LV) présentera toutes les recettes et dépenses effectuées au cours de l’année 2022, qui doivent correspondre en principe aux budgets votés en conseil un an auparavant. Au-delà des échanges sur les finances, s’ouvrira une discussion plus large sur le bilan de l’équipe écologiste depuis son arrivée au pouvoir en juin 2020. 

Ne disposant pas de la même surface médiatique que la maire, qui multiplie ces derniers jours les rencontres et les interventions médiatiques pour défendre son bilan, les différents groupes d’opposition ne manqueront pas l’occasion de formuler leurs critiques à l’égard de la majorité écologiste.

Suite du feuilleton sur le stationnement

Annoncée et votée en mars, la délibération actant de nouvelles zones et les hausses des tarifs du stationnement résidentiel dans plusieurs secteurs est toujours autant décriée par l’opposition. Le jeudi 4 mai, la Chambre de commerce et d’industrie, les Vitrines de Strasbourg et la Chambre de métiers avaient aussi fait connaître leur colère contre la décision.

Les places « violettes » seront installées près des commerces du centre. Photo : Clara Sapienza/ Rue89 Strasbourg

Trois mois plus tard, la municipalité est en partie revenue sur ses décisions. La hausse sera moins forte que prévue dans deux secteurs, en faisant basculer le sud de l’Avenue des Vosges de la zone rouge (3,50€/h) à la zone orange (2,50€/h) et le nord du Neudorf de la zone orange à la zone verte (1€/h). En parallèle, elle acte la création des places « violettes », déjà annoncées en mars ; il s’agit de places dédiées à un stationnement bref, ne pouvant excéder une heure trente, avec un prix incitatif pour les arrêts courts. Les 30 minutes de stationnement ne coûteront ainsi que 50 centimes, une heure coûtera un euro.

Point sur le tram ouest, passe d’armes sur le camp de l’Étoile

Parmi les autres points à l’ordre du jour, la municipalité évoquera le tracé définitif retenu pour l’extension du tram F vers l’ouest de l’agglomération. L’enquête publique avait débuté le 20 février, elle s’est conclue début juin avec trois réserves. La municipalité en a pris acte et a reculé sur la route des Romains, en la maintenant à double sens sur le tronçon non desservi par le tramway et déplace le cheminement piétons et cyclistes entre Koenigshoffen et le Zenith (au lieu de passer par la zone d’activités d’Eckbolsheim, il passera par la rue Émile-Mathis).

Le président du groupe « Un nouveau souffle pour Strasbourg », Jean-Philippe Vetter Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

La troisième évacuation du camp de l’Étoile, décidée par le tribunal administratif le jeudi 15 juin et exécutée vendredi 23 juin, fera probablement l’objet d’échanges tendus. Le président du groupe « Un nouveau souffle pour Strasbourg » Jean-Philippe Vetter (LR) avait fermement critiqué l’attitude de la maire dans un communiqué titré « Que faudra-t-il à la maire de Strasbourg pour qu’elle réagisse ? ». Cette dernière lui avait répondu par un courrier cinglant, quelques jours plus tard : « En tant que maire de Strasbourg, je n’ai nullement besoin d’intermédiaire dans mes échanges avec la préfecture. »