Après 12 jours à protester devant les locaux d’Amazon, les livreurs du sous-traitant Fast Despatch Delivery ont été partiellement payés. Poussés à la démission, ils ne sont pas autorisés à travailler ailleurs. Soutenus par le député (LFI) Emmanuel Fernandes, ils espèrent qu’une audience devant le tribunal de commerce de Bobigny débloquera enfin leur situation le 5 septembre.
Douze jours après la première opération de ralentissement du dépôt Amazon à la Meinau, c’était le dernier rassemblement des livreurs de Fast Despatch Delivery (FDL) ce mardi 30 août. Il faut dire qu’Amazon a réagi… en leur signifiant via un huissier de justice que tout rassemblement devant les grilles du dépôt de la Meinau leur était interdit.
Pour rappel, les salariés ont vu l’activité de ce sous-traitant d’Amazon parmi tant d’autres s’arrêter brusquement le 9 août (lire notre article). Leur salaire de juillet n’avait toujours pas été versé et la société FDL n’ayant pas déclaré sa fin d’activité, ses employés ne sont ni autorisés à travailler pour un concurrent, ni à s’inscrire à Pole Emploi. De quoi mettre ces travailleurs dans des situations financières très compliquées.
Pour les salariés, la responsabilité d’Amazon dans leur situation doit être questionnée. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Des salaires enfin versés
Depuis la première opération devant l’entrepôt d’Amazon, les salariés ont enregistré quelques progrès. Ils ont reçu des paiements pour leur salaire de juillet et les 9 jours d’août. « Certains ont reçu 200 euros, d’autres 2 200 euros, mais on n’a pas reçu de fiche de paie. Ceux qui ont touché beaucoup sont démotivés », raconte Ennes (prénom modifié), l’un des livreur présent au dernier rassemblement.
Surtout, une audience est programmée devant le tribunal du commerce, la juridiction de ressort du siège de la compagnie à Bobigny. Le 5 septembre, l’institution judiciaire pourrait prononcer la liquidation judiciaire de l’entreprise et ainsi libérer les employés de leurs engagements.
Plus autorisés à se rassembler devant les grilles, les livreurs n’abandonnent pas. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg Plus autorisés à se rassembler devant les grilles, les livreurs n’abandonnent pas. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Des soutiens politique et syndicaux
Pour ce rassemblement final, le député de la circonscription de Strasbourg-sud Emmanuel Fernandes (LFI – Nupes) était à leurs côtés. « Vous ne demandez pas l’aumône, mais juste à être payés après avoir travaillé. Aujourd’hui, des choses aussi basiques que demander son salaire n’est plus respecté. Ce combat, vous le faites pour vous, mais aussi les autres. Tenez bon, ne démissionnez pas », leur a-t-il lancé lors d’une prise de parole. L’élu strasbourgeois sait que ses leviers de député d’opposition sont limités, mais considère que son rôle est d’exercer « une pression institutionnelle » et médiatique. Pour la secrétaire générale de l’Unsa Grand Est, Chloé Bourguignon, la réaction de l’inspection du travail à la mi-août n’est peut-être pas étrangère aux communiqués du député strasbourgeois et de ceux de Thomas Portes, un autre député insoumis très actif sur le sujet. Mais par la suite, Emmanuel Fernandes estime que ces situations peuvent être traitées par l’Assemblée nationale :
« Avec la Nupes, nous voulons porter une loi qui engagerait la responsabilité sociale d’un donneur d’ordres envers ses sous-traitants. Cela existe déjà avec la responsabilité environnementale et nous voudrions étendre ce dispositif ».
Emmanuel Fernandes, avec son écharpe tout à gauche, s’adresse aux salariés Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Côté syndicats, les livreurs sont désormais aidés par l’Unsa. Pour son secrétaire général bas-rhinois Mohamed Sylla, cette situation « est inimaginable au XXIe siècle ».
« Amazon fait 460 milliards de chiffre d’affaires et 35 milliards de bénéfices. Ces salariés ont participé à cette émergence. Cette maltraitance détruit le salariat. Nous lançons un appel aux pouvoirs politiques et judiciaires pour des sanctions fermes et des lois adaptées afin qu’Amazon soit reconnue responsable ».
« Qu’on en finisse »
Après 12 jours de présence, les ex-chauffeurs livreurs de FDL espèrent que cette dernière action donne du retentissement à leur cause, et soit considérée par la justice. C’est le cas d’Ennes, 26 ans et chauffeur depuis ses 18 ans. « J’attends qu’une chose, qu’on en finisse en bien ou en mal ». Après deux ans avec FDL, il ne sait pas s’il retravaillera pour un autre sous-traitant d’Amazon, « c’est le seul endroit où il y a tant de problèmes ». Il imagine suivre une formation pour devenir ambulancier. Pour cela, il faudra que le tribunal de commerce lance les démarches que se refuse de faire Fast Despatch Logistics, qui ne répond plus.
Une partie des agents chargés de l’informatique du rectorat de l’académie de Strasbourg se sont mis en grève lundi, afin de protester contre un regroupement technique au sein du ministère de l’Éducation nationale. Ils craignent une privatisation.
Une dizaine d’agents de la direction des systèmes d’information (DSI) du rectorat de l’académie de Strasbourg se sont mis en grève illimitée lundi, à l’appel de leur section locale CGT-Éduc. À quelques jours de la rentrée, ces agents entendent protester contre le transfert de leurs serveurs, actuellement installés à Strasbourg, au sein d’un centre de données unique géré par le ministère de l’Éducation nationale. Selon un comptage du rectorat, communiqué mercredi, huit agents étaient en grève mardi sur les 33 que compte le service.
Pour la rentrée, il vaut mieux que tout fonctionne bien sur les ordinateurs des agents du rectorat… Photo : Rue89 Strasbourg / cc
Ce regroupement des moyens informatiques a été proposé par le ministère et l’académie de Nancy, tutelle de celle de Strasbourg, s’est portée volontaire selon Robert Maire, syndicaliste CGT et représentant des personnels élus au comité technique académique :
« À Strasbourg, on n’a rien demandé d’autant qu’on a récemment réalisé d’importants investissements dans notre salle machines et qu’on n’a aucune garantie sur la sécurité et la sauvegarde des données qui seraient transférées. »
Selon Robert Maire, le système d’archivage des fichiers proposés aux agents et enseignants de l’Éducation nationale en Alsace est plus performant et plus sûr que le service proposé par le ministère. « Si un fichier est supprimé par mégarde, nous disposons de deux sauvegardes quotidiennes qui permettent de le récupérer », précise Robert Maire « alors que l’hébergement du ministère ne permet pas de récupérer un fichier supprimé. »
Un regroupement mal justifié
En outre, indique Robert Maire, « il n’est pas très opportun de mettre toutes les données de toute l’Éducation nationale en France dans un même serveur. Que se passe-t-il si un hackeur parvient à briser les protections de ce serveur unique ? » Au-delà, le syndicaliste craint que ce regroupement est un prélude à une sous-traitance de cet hébergement informatique par un prestataire privé, ce qui aurait pour effet de supprimer plusieurs postes de fonctionnaires au sein de la DSI.
Les agents attendent désormais que le recteur de l’académie de Strasbourg, Olivier Faron, mette fin à ce projet de regroupement des serveurs. Robert Maire indique que la durée de la grève est illimitée et qu’elle durera tant que des assurances n’auront pas été formulées par le recteur. Parmi les agents grévistes, il y a tous ceux qui sont attachés au support informatique des agents, selon le syndicaliste. Une réunion est programmée le 8 septembre avec le directeur des services informatiques du Grand Est.
Le Grand contournement ouest (GCO) est fréquenté par 5 000 camions par jour en moyenne, selon des chiffres fournis par Vinci. Selon la préfecture du Bas-Rhin, ces camions retirés de l’ancienne A35 ont permis de fluidifier le trafic à Strasbourg.
La préfecture du Bas-Rhin et Arcos, la filiale de Vinci concessionnaire du Grand contournement ouest (GCO, lire tous nos articles), se sont félicités mardi des chiffres de fréquentation de l’autoroute de contournement mise en service le 21 décembre 2021, lors d’une conférence de presse où Rue89 Strasbourg n’a pas été convié.
Arcos a confirmé que l’autoroute payante était majoritairement utilisée par les véhicules de passage, ainsi les chiffres des véhicules légers augmentent sensiblement lors des vacances scolaires par exemple (voir le graphique ci-dessous).
Trafic journalier moyen hebdomadaire de janvier à juillet. On peut observer des pics de voitures individuelles lors des congés scolaires (février, avril et juillet) et des jours fériés de mai, tandis que le trafic de camion chute les jours fériés à savoir le week-end de Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et le 14 juillet. Photo : en orange les camions, en bleu les voitures, en gris le total – doc remis
Afin d’éviter le report du trafic sur la M35, l’ancienne A35 qui traverse Strasbourg, les poids-lourds en transit (qui ne s’arrêtent pas dans l’Eurométropole) ont été interdits et la vitesse maximale a été abaissée à 70 km/h entre la place de Haguenau et la porte de Schirmeck, et à 90 km/h sur la rocade sud (M353) entre Geispolsheim et Fegersheim et la M351 vers Eckbolsheim (voir la carte ci-dessous).
Photo : Carte Jean-Yves Sauter / Adeus
Selon la préfecture, ces mesures combinées ont eu pour effet de délester les autres axes de circulation strasbourgeois. En 2022, il y aurait en moyenne 6% de voitures en moins sur la M35 par rapport à 2019, sans qu’il soit observé de hausse sur l’axe est-ouest d’accès à l’agglomération, la M351 dont la charge baisse légèrement (-3%). Les projections anticipaient plus de trafic sur cette entrée de ville.
Photo : doc remis
La baisse la plus spectaculaire concerne le nombre de camions sur la M35, qui aurait baissé de 33% en moyenne par rapport à 2019 selon les chiffres de la préfecture, voire jusqu’à -35% en juin à Ostwald au sud. Le trafic poids lourd sur l’A5 allemande n’aurait semble-t-il pas été affecté.
Photo : doc remis
En outre, la préfecture estime que le GCO a permis de réduire considérablement le nombre et la fréquence des ralentissements (vitesse inférieure à 40 km/h) sur la M35. Selon des pointages effectués entre janvier et mars 2022, ces ralentissements ne sont survenus qu’une demi-heure sur le tronçon entre La Vigie et la Porte de Schirmeck, alors qu’ils ont existé pendant plus de trois heures sur le même tronçon entre septembre et novembre 2021. Même chose entre Reichstett et la place de Haguenau, où le temps de ces ralentissements aurait fondu de près de trois heures à 14 minutes (voir graphique ci-dessous).
Photo : Visualisation Jean-Yves Sauter / Adeus
Au final, la préfecture estime que les usagers de la M35 ont gagné 15 à 20 minutes de temps de trajet aux heures de pointe. Selon l’Agence d’urbanisme de Strasbourg (Adeus), à l’origine des résultats sur lesquels s’appuie la préfecture et qui a mis en place un « observatoire de la M35 », cette « amélioration des conditions de circulation est à surveiller dans le temps. En effet, elle pourrait pousser les usagers à davantage utiliser la voiture soit en terme de choix modal, soit en terme de modification des habitudes de territoire de vie. »
Temps de trajets comparés (cliquez sur l’image pour la voir en plus grand).
Votée sur le principe en mai 2021, la Commission indépendante du débat public ne verra pas le jour en 2022. La municipalité dispose de propositions pour sa création effective mais se donne un délai supplémentaire avant une éventuelle mise en œuvre.
Tram, piétonnisation, rénovations… Les grands chantiers se suivent au gré des majorités politiques mais les concertations publiques se terminent un peu toujours de la même façon : d’un côté les déçus qui estiment que tout était décidé d’avance et qu’ils n’ont pas été écoutés, de l’autre, la municipalité qui assume sa décision tout en se félicitant que tout le monde ait pu s’exprimer.
De ce triste constat est né l’idée d’une Commission indépendante du débat public à l’échelle locale, s’inspirant de la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette institution étatique avait suivi les des prémisses de l’agrandissement du stade de la Meinau. La proposition vient du conseiller municipal d’opposition Pierre Jakubowicz (Horizons) et le principe a été voté par le conseil municipal en mai 2021 via une résolution.
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Facteur dans l’Eurométropole de Strasbourg, Mohamed a alerté sa hiérarchie et la collectivité de l’usage intempestif des trottoirs par les facteurs utilisant des motos électriques à trois roues. Selon lui, les tournées sont calculées en prenant en compte cet usage illégal. La Poste y a vu un manque de loyauté et l’a licencié.
En 2015, La Poste présente au public le Staby, son « nouveau véhicule de distribution écolo », élaboré en partenariat avec Ligier. Cette moto électrique sur trois roues est pratique, se gare rapidement et permet d’emporter plus de courrier que les scooters. Mais les facteurs doivent l’arrêter sur la route et faire le trajet jusqu’aux boites aux lettres à pied. Contrairement aux vélos, ils ne peuvent pas poser l’engin sur les trottoirs puisqu’il s’agit d’un engin motorisé. Dans l’Eurométropole de Strasbourg, le Staby est utilisé lors de tournées péri-urbaines, pour desservir les lotissements de communes comme Ostwald, Lingolsheim ou Entzheim.
Mohamed, 37 ans et facteur depuis 12 ans, constate qu’il n’arrive pas à boucler ses tournées en Staby dans l’horaire imparti. La journée d’un facteur doit durer sept heures, dont 6h15 de tournée. Impossible de tenir ce délai pour Mohamed, sauf à prendre les trottoirs comme raccourcis. Il regarde en détail les calculs des tournées et pour lui, c’est clair, La Poste intègre dans ses plannings que les Staby roulent sur les trottoirs. Il n’y a pas assez de temps pour descendre à chaque fois du véhicule sur la route, poster le courrier et remonter.
Les facteurs roulent sur les trottoirs avec un engin motorisé, ce qui est interdit Photo : Doc remis
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Des habitants du quartier de l’Elsau à Strasbourg ont vu leur facture de chauffage augmenter de 152%. Malgré l’incompréhension des résidents, le fournisseur Strasbourg Énergie ne daigne donner d’explications.
152%. Facture d’énergie en main, Joseph répète, hagard, ce chiffre en boucle. Ce retraité et habitant d’une maison individuelle située dans une impasse du quartier de l’Elsau à Strasbourg, n’en revient toujours pas. Cela fait pourtant deux semaines que la lettre est arrivée. Elle est estampillée « Strasbourg Énergie« , le gestionnaire du réseau de chaleur urbain qui alimente son foyer, et enjoint Joseph à régler un supplément de 1 042€. De 1 768€, sa facture annuelle est passée à 2 781€ hors taxes, sans explication.
Le mégawattheure à 82€
« C’est incompréhensible. On fait très attention à notre consommation ! On était même absent pendant trois semaines en plein hiver, à un moment où d’habitude, on consomme beaucoup », se défend Rosette, l’épouse de Joseph. Les factures en attestent, le couple a moins consommé d’énergie entre 2021 et 2022 comparé à l’année précédente. L’explication est simple : le prix du mégawattheure (MWh) – l’unité de mesure servant à évaluer une consommation énergétique – a bondi de 152%. Pour l’annuité allant de 2020 à 2021, il était facturé 32€. Le prix unitaire du MWh s’élève désormais à 82€.
La stupeur de Rosette et Joseph est partagée par Cédric, leur voisin. Lui aussi habite, avec sa femme et sa fille, dans une maison individuelle d’environ 250 m². Strasbourg Énergie lui demande 3 652€, alors qu’il payait 2 214 € l’année dernière. « Ça fait neuf ans qu’on habite l’Elsau. Notre consommation est stable et les prix l’étaient aussi, jusqu’à aujourd’hui. Mille cinq-cents euros en plus, c’est énorme comme augmentation », s’étonne Cédric. Anne-Marie, une autre habitante du quartier, confirme elle aussi l’augmentation de 152% du prix du MWh.
La facture d’énergie de cet habitant de l’Elsau a augmenté de 152 % Photo : NC / Rue89 Strasbourg / cc
« Aucune information au préalable »
Daniel Vidot, président de l’association des résidents de l’Elsau (Arel), dit recevoir « tous les jours » des courriels de ces abonnés s’inquiétant de cette hausse des tarifs de l’énergie. Il y a de l’incompréhension surtout. « Strasbourg Énergie s’y est très mal pris. Ils ont envoyé cette facture sans aucune information au préalable », déplore Daniel Vidot.
« On a essayé plusieurs fois d’appeler le numéro qui figure sur la facture mais personne ne répond, ils font le mort », relate Cédric. Nous avons nous même tenté de joindre à trois reprises, sur trois jours différents, ce numéro, sans succès. « S’il y a réellement une justification à cette hausse de 152%, alors nous demandons une explication. Car en l’état, nous contestons le prix unitaire du MWh affiché sur la facture », lance pour sa part Joseph.
Le 24 août, Daniel Vidot a adressé, au nom de l’Arel, un courriel à Strasbourg Énergie, que Rue89 Strasbourg a pu consulter. En voici un extrait :
« Les abonnés sont sidérés et pour une très grande partie ne veulent pas payer tout ou partie et demandent une révision de leur facture assortie d’explications et de justifications crédibles, avant de mettre la main au portefeuille s’ils sont convaincus. »
« Offrir des prix compétitifs »
Les habitants du quartier de l’Elsau sont tous ou presque raccordés au même réseau de chaleur, géré par Strasbourg Énergie. Cette société annonce desservir l’équivalent de 14 000 logements, répartis entre deux réseaux de distribution, celui de l’Elsau et un autre, le réseau de l’Esplanade.
La soudaine hausse du prix du MWh tranche avec la promesse formulée sur le site du fournisseur : « grâce à des chaufferies fonctionnant sur le mode de la multi énergies, les réseaux de chaleur permettent à tout moment d’offrir des prix compétitifs aux utilisateurs. »
Le « mode de la multi énergies » désigne un mix énergétique qui, dans le cas du réseau de chaleur de l’Elsau, est censé être composé à 45% de gaz et à 55% d’autres sources d’énergie (biomasse, chaleur de l’usine d’incinération de Strasbourg) d’après les informations transmises par Strasbourg Énergie à Daniel Vidot.
Du gaz à 227$ le mégawattheure
La hausse du prix du gaz, notamment liée à la guerre en Ukraine, pourrait expliquer en partie l’augmentation de la facture d’énergie des habitants de l’Elsau. Leur période de consommation facturée s’étend du 1er octobre 2021 au 31 avril 2022. Au 1er octobre, le prix du MWh de gaz était de 93$. Au 29 avril, il était de 99$. Entre ces deux dates, le marché de gaz a connu de fortes fluctuations, avec un pic atteint le 7 mars, où le le MWh de gaz se chiffrait à 227$. Le 25 août, le prix du MWh de cette énergie importée en partie de Russie a atteint 321$, un record.
Les habitants de l’Elsau que Rue89 Strasbourg a rencontré sont conscients de ce contexte, mais restent incrédules face à l’ampleur de l’augmentation de leur facture d’énergie. « C’est vrai qu’il y a de l’inflation, mais rien n’a augmenté de 152% », s’interroge Joseph. « Qu’on invoque la guerre en Ukraine pour expliquer cette hausse, je veux bien, mais elle n’a commencé que le 24 février 2022. Pour moi ce n’est pas logique », rappelle Anne-Marie. « Le principe du mix énergétique était d’avoir moins recours aux énergies fossiles comme le gaz justement », lâche Cédric.
Contactée, Strasbourg Énergie, filiale d’Électricité de Strasbourg, n’a pas donné suite à nos demandes d’explications.
Un bouclier tarifaire rétroactif
Les habitants de l’Elsau devraient toutefois bénéficier du « bouclier tarifaire », mis en place par le gouvernement. Un décret du 9 avril étend en effet cette mesure aux usagers alimentés par les réseaux de chaleur urbains. Le texte prévoit un gel des prix du gaz, du mois d’octobre 2021 à juin 2022. Les usagers bénéficieront d’un avoir calculé sur la différence entre ce qui a été réellement payé et ce qui aurait dû l’être si le prix du gaz était resté le même qu’au 1er octobre 2021.
C’est au fournisseur, ici Strasbourg Énergie, de formuler une demande à l’État pour obtenir cette aide. Les usagers « recevront une compensation financière imputée sur leurs charges, avec effet rétroactif au 1er novembre 2022″, apprend-on sur le site officiel de l’administration française. « Strasbourg Energie a envoyé des formulaires à remplir en avril. Ceux qui l’ont rempli et renvoyé devraient bénéficier de la remise prévue par le bouclier tarifaire », indique Daniel Vidot.
Bientôt un nouveau délégataire
Strasbourg Énergie, après plus de vingt ans de gestion du réseau de chaleur de l’Elsau, passera la main le 30 septembre à un nouveau délégataire : la société R-CUA, une société dont les actionnaires sont R-GDS (51%, ex Gaz de Strasbourg) et Primo Energies (49%), une société suisse. R-CUA promet des factures mensuelles à ses futurs abonnés, ce qui devrait éviter les mauvaises surprises.
Le réseau de l’Elsau et celui de l’Esplanade devraient être connectés afin de créer un seul réseau appelé Strasbourg Centre. L’objectif est double : raccorder 100 000 logements d’ici 2030 et porter la part d’énergies renouvelables ou de récupération à 75% alors qu’elle n’est de 43%.
Habitant à Mundolsheim, Christophe Agius est devenu une star des shows de catch pour le monde francophone. Normal, il connaît tout de cet univers, sur tous les continents et depuis qu’il est tout petit. Mais Paris n’était pas fait pour ce grand timide.
De son propre aveu, Christophe Agius est un feignant. Il travaille deux jours par semaine et ça lui va très bien. Son boulot ? Il se l’est créé à l’âge de 6 ans. Sur l’escalier de sa tata Thérèse, il commentait les combats de deux Playmobils. Trente ans plus tard, il commente les matchs de catch de la WWE (World Wrestling Entertainement) pour les chaînes du groupe Mediawan. Gros muscles, gueules patibulaires et shows imbibés de Coca-Cola, c’est son truc.
Le catch lui est tombé dessus, littéralement, sur le canapé de ses parents à Souffelweyersheim. Chaque samedi, des invités sont à la maison et l’un des enfants, Stéphane qui a 13 ans, est autorisé à regarder les shows de catch sur Canal+. Il en profite pour martyriser le petit Christophe, 6 ans à l’époque, en essayant sur lui les prises : torsion de bras, retournement sur le canapé… Christophe se laisse faire. Ces combats à armes inégales lui permettent de veiller un peu plus tard et, étant un peu timide, il n’ose pas trop dire non. Le rituel parental des samedis cesse mais Christophe continue de regarder Hulk Hogan démonter son ennemi juré d’alors, le français André le Géant pour le titre mondial.
Christophe Agius en août 2022, en civil Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Il obtient de ses parents l’installation d’une parabole pour suivre d’autres matchs sur des chaînes étrangères. Puis en 1997, son père rapporte un modem à la maison. Voilà Christophe raccordé à Internet. Avec son copain de lycée de l’époque, David alias Naniwa en référence à un catcheur japonais, ils créent une lettre sur Yahoo! Groupes : l’Alternative Wrestling Newsletter. Ils débutent avec une édition par semaine, ils en enverront une par jour à plus de 3 000 personnes deux ans plus tard.
Trafic mondial de cassettes de catch
L’époque est un peu folle. Christophe échange des cassettes vidéos de catch avec des correspondants aux quatre coins du monde, tous aussi passionnés que lui. Catch féminin, catch japonais, catch indépendant, catch hardcore, tout y passe. Au lycée, sa passion indiffère. Christophe est le petit gros vaguement marrant mais que personne n’invite aux boums. Mais le soir et les week-ends, il écrit des pages et des pages à des abonnés reconnaissants, tout en écumant les magasines informatiques pour récupérer des mois de connexion gratuits à Internet via Wanadoo, Infonie ou AOL… À la fin des années 90, Canal+ arrête les diffusions de catch : il n’est plus possible de voir des matchs à la télévision française. L’Alternative Wrestling Newsletter devient le seul média de catch en France.
Christophe l’ouvrier ? Presque…
Au lycée, ses résultats suivent mais à l’université, Christophe se retrouve perdu en sociologie. Toujours feignant, toujours réservé, il décroche et finit par pointer comme ouvrier intérimaire dans une entreprise fabricante de pâte alimentaire à la Meinau.
C’est un message de RTL 9 qui change son destin. La chaîne lui répond qu’elle a bien reçu « toutes les lettres demandant le retour du catch à la télévision, » résultantes d’une campagne qu’il a mené avec l’appui de sa communauté. RTL 9 va diffuser les shows du World championship wrestling. Christophe pourrait-il en faire la promotion auprès de sa communauté ? Bien sûr, sauf que la première diffusion du WCW en France est une catastrophe : les commentateurs ne connaissent rien au catch. Christophe alerte RTL 9 et propose son aide, gratuite !
Le stagiaire repêché in extremis
Voilà l’enfant de Souffelweyersheim à Paris. Même s’il a 19 ans ce 18 février 2000, prendre le train, pendant sept heures parce que c’était de nuit, puis le métro pour se rendre aux studios du Club Dorothée en banlieue… c’était une expédition. Une fois arrivé, tout le monde le prend pour un stagiaire, on lui donne des feuilles pour s’occuper.
Une fois le malentendu levé, on lui propose de s’essayer au commentaire des matchs de catch. Évidemment, Christophe cite les noms de tous les catcheurs, rappelle leur historique, leur progression, qui sont leurs ennemis, etc. Un directeur du groupe AB passe par là, trouve que Christophe « a une voix de merde. » Normal, il n’avait pas encore mué. Mais tous les autres, et notamment son futur acolyte Philippe Chéreau, qui avait déjà quelques années de commentaire sportif à son actif, sont impressionnés. Ses connaissances et son aisance le démarquent.
Philippe Chéreau et Christophe Agius ont un petit numéro en duo depuis vingt ans qui ravit les amateurs de catch Photo : capture d’écran AB1
Pour 800 Francs les deux sessions par mois, le groupe AB profite allègrement de la passion de Christophe pour le domaine, alors que les audiences atteignent très vite des centaines de milliers de téléspectateurs. Porté par un effet de mode en France, le groupe migre le catch sur la TNT et chaîne NT1, qui propose alors les shows les samedis soirs en prime time.
Éphémère vie parisienne
Entre temps, Christophe s’est installé à Paris. NT1 finit par le payer correctement, non sans qu’il ait dû mettre sa démission dans la balance. Le directeur du groupe AB le rattrape en multipliant par trois son salaire. À l’antenne, Christophe joue le méchant un peu bête, volontiers de mauvaise foi. Ça cartonne. Le public se reconnait dans ce rôle d’éternel adolescent qui se révèle quand il éructe au micro à la manière des tonnes de muscles qui s’attrapent sur le ring. « Quand je commence une session, j’oublie tout, précise-t-il. Je ne suis plus timide ni réservé, je parle comme si ma vie en dépendait et je finis trempé de sueur. »
En 2014, Christophe est même envoyé à la Nouvelle Orléans pour couvrir, depuis le bord du ring, les matchs du 30e Wrestlemania, dans un stade surchauffé par 80 000 personnes. Il devra se mordre les lèvres pour ne pas pleurer alors qu’on annonce son entrée au public… qui le salue ! Puis ce sera Dallas, Miami, Brooklyn… Quatre fois par an, NT1 envoie le duo qu’ils forment avec Philippe Chéreau au contact des monstres sacrés du catch le plus impressionnant qui existe.
Mais Christophe ne se fera jamais à Paris, au monde clinquant de la télévision et aux amitiés intéressées… « Au fond de moi, je suis toujours le beauf de Souffelweyersheim », dit-il. De plus, l’étoile du catch pâlit : les shows sont toujours regardés mais les DVD se vendent de moins en moins puis plus du tout.
Choc de maturité
Christophe revient en Alsace, il s’est installé dans une maison de Mundolsheim après avoir eu un enfant en 2020. Un choc de maturité à 42 ans ! « Le catch, c’est toute ma vie », dit-il alors qu’il constate qu’il doit faire une place à sa femme et à son fils. Voilà que celui qui a passé sa vie à suivre le vent doit quand même faire quelques choix. Il y va doucement et il est resté très casanier : quelques potes, les mêmes depuis 20 ans, quelques barbecues, quelques tartes flambées, « ça me va très bien. »
Malgré plus de vingt ans de pratique, il n’est que rarement reconnu dans la rue. La dernière fois, c’était en juillet à Cigoland. « M. Agius, j’adore ce que vous faites », lui a lancé l’amateur de catch. Il est resté interdit. Encore aujourd’hui, Christophe a du mal à accepter un compliment. « Il a fallu que je me rende compte qu’il y a des gens plus nuls que moi, pour que j’accepte l’idée que je me débrouille, » dit-il.
Un mineur a été agressé après avoir reçu des insultes racistes lors d’une fête de village à Soucht, à la limite du Bas-Rhin et de la Moselle. La victime témoigne, une enquête a été ouverte.
Le week-end du 20 août dans un village voisin de Meisenthal et frontalier du Bas-Rhin, c’était le « Souchter Kirb ». Quatre jours de festivités estivales et une place de choix pour les « conscrits » de la commune, c’est-à-dire celles et ceux qui ont 18 ans dans l’année. Mais ce n’est pas des manèges, de la musique et des danses qu’Amin (prénom modifié), 17 ans et habitant d’une commune voisine, se souviendra. Le lycéen, futur étudiant en musicologie à Strasbourg, a été roué de coups dans un verger, une agression précédée par des propos ouvertement racistes.
À Rue89 Strasbourg, le lycéen témoigne. Il connait l’identité des deux jeunes adultes qui l’ont agressé :
« Ce sont deux frères que je connais parce qu’ils sont souvent présents aux soirées des villages, mais pas personnellement. Le week-end précédent, à une autre fête, l’un deux m’a dit “Les Arabes ce sont tous les mêmes”. Je n’avais pas réagi sur le coup. Puis vendredi et samedi soir à Soucht, ils reviennent me chercher. Je ne réponds toujours pas. Arrive le dimanche soir, j’étais à la fête vers 23h avec des amis et je suis allé chercher des amis dans un champ. Quand je suis arrivé derrière une tonnelle vers 3h, j’ai entendu : « Les arabes c’est des merdes, faut tous les mettre sur des planches et les brûler ». C’était un père de famille, il était très saoul. Je suis allé le voir et le ton est monté. Un des jeunes frères qui était avec lui m’a dit « Encore toi » et « Tu fous encore la merde » et m’a poussé. J’ai donné le premier coup puis le père m’a mis un coup à la mâchoire. On a été séparés. »
Hache et poings américain de sortie
L’altercation aurait pu s’arrêter là mais ce n’était que le début. Témoin de la scène, Driss (prénom modifié), un ancien camarade de classe d’Amin, fait partie de ceux qui sont intervenus pour séparer les parties :
« Ça s’est calmé 15 à 20 minutes puis un véhicule utilitaire a déboulé dans le champ, en roulant très vite, sans faire attention aux gens. C’était le père de famille raciste avec des jeunes adultes, ils sont sortis comme des fous furieux, on voyait qu’ils ciblaient quelqu’un. C’était le chaos, des gens se sont battus, certains étaient par terre. Moi j’étais tétanisé, j’avais le sentiment que si je me trouvais sur leur chemin, j’aurais été agressé en raison de ma couleur de peau. Ils avaient une hache, mais heureusement des gens ont eu le courage de la prendre et de la lancer au loin dans la forêt. Il y avait une dizaine de personnes qui soutenaient le père et les jeunes mais pas tous prêts à se battre et une cinquantaine de personnes qui voulaient arrêter l’altercation et leur disaient de dégager. Les premiers sont finalement repartis. Tout le monde était en état de choc. »
Le jeune homme, qui n’est qu’une ancienne connaissance d’Amin et n’a pas passé la soirée avec lui, note aussi qu’avant cela, il y avait déjà un climat tendu sur le champ. « Vers minuit, avant qu’Amin arrive, il y avait déjà eu des personnes visées par des propos du type « Cassez vous, vous n’êtes pas les bienvenus. Dégagez si vous êtes arabes ».
Amin raconte l’irruption des agresseurs :
« L’un des frères a pointé le flash de son téléphone sur moi et a dit “Ils sont là, il est là l’arabe”. Je leur ai dit d’arrêter et je me suis défendu. J’ai été mis au sol et plusieurs personnes, trois ou quatre, se sont mises sur moi, j’ai été roué de coups. Je ne sais pas si j’ai reçu des coups de poing américain, mais ça a été le cas pour l’un de mes amis, qui est noir. Heureusement qu’il y avait des amis autour de moi et que des gens sont intervenus. Les agresseurs ont fini par partir. »
Trois jours d’interruption de travail et une enquête
Les urgences de Bitche, où Amin a passé la fin de la nuit, ont délivré au néo-bachelier une interruption de temporaire de travail (ITT) de trois jours. La docteure relève six blessures, notamment un hématome de 3 cm de long à la mâchoire, une plaie à l’index ou encore une « cervicalgie avec douleur ». « J’avais mal au cou, j’ai dû porter une minerve », décrit le jeune homme. Encore choqué et traumatisé, il a rendez-vous pour un suivi psychologique. « Physiquement ça va, mais psychologiquement c’est dur. Je revois ces images en boucle ». Appelés, les gendarmes de Bitche se sont rendus sur place selon le Républicain lorrain mais il sont arrivés une heure et demie après la rixe qui n’a duré que quelques minutes.
Le jeune homme de 17 ans a eu des blessures physiques, mais est surtout très choqué. Photo : remise
Amin a porté plainte à la gendarmerie de Bitche contre les deux frères et le père de famille, lundi 21 août. Le parquet de Sarreguemines a confirmé à Rue89 Strasbourg qu’une enquête était ouverte, mais sans préciser si le motif raciste de l’agression était retenu.
Sur Facebook, un message signé « Tous les conscrits de 2004 » et relayé par la commune de Soucht indique « condamner ces agissements et comportements racistes qui sont le fait de cas isolés et dont nos amis ont été victimes ». Les festivités liées aux conscrits prévues le lundi soir ont été annulées et une patrouille de gendarmerie a circulé sur les lieux. La maire de Soucht, Christelle Burgun, a pu échanger avec la famille d’Amin et lui a apporté son soutien. Contactée, la maire ne souhaite pas commenter l’agression et dit « attendre les résultats de l’enquête, qui ne s’annonce pas si évidente que ça, afin que tous les éclaircissements soient faits ». Selon la maire élue en 2020, c’est la première fois qu’une bagarre de ce type se déroule dans sa commune.
Maître de conférence en biologie et hydroécologie, réalisateur et plongeur, Serge Dumont alerte dans une tribune sur la baisse du niveau de la nappe phréatique. L’Ill, sans sa connexion avec le Rhin, serait aussi asséchée que les autres cours d’eau de France, dont les images spectaculaires font le tour du pays.
Nous avons battu un triste record le 13 août sans que l’information n’ait été révélée, la nappe phréatique d’Alsace fut au plus bas dans la plaine du grand Ried, mesurée à 157,01m dans la zone dite « Ill aval » au piézomètre de Rossfeld, qui mesure le niveau de la nappe depuis 1965. Mais aussi à Hilsenheim, Guémar et Illhaeusern, avec de nombreuses rivières et zones humides à sec (Langert, Neugraben, l’Andlau sur 10 km, du jamais vu) et une forte mortalité chez les poissons et les invertébrés.
L’année 2022 battra certainement tous les records avec une sécheresse installée depuis l’automne 2021. Avec 9,7 mm de précipitations alors que la normale est de 61,6 mm, il n’y a jamais eu aussi peu de pluie en juillet depuis le début des mesures. Pour ne rien arranger, les températures ont été très élevées, au troisième rang des mois de juillet les plus chauds depuis le début du XXe siècle. Et les records s’enchaînent, il ne s’agit plus d’épisodes rares et exceptionnels mais récurrents. Le dernier niveau bas record de la nappe datait de 2020.
80% de l’eau consommée par l’agriculture
Malgré ce constat, la zone Ill aval est restée en simple vigilance, sans restrictions d’usage de l’eau jusqu’au 12 août. La mise en alerte sécheresse par la préfecture n’est arrivée que le 13 août, beaucoup trop tard et insuffisant, les rivières étaient déjà à sec. De la mi-juin à la mi-août, la palme de la consommation revient à l’irrigation pour l’agriculture, et de loin. Ne pas confondre consommation et prélèvement, l’industrie rejette une grande partie de l’eau prélevée, pour le refroidissement par exemple, alors que l’agriculture consomme toute l’eau prélevée. Entre la mi-juin et la mi-août, la consommation pour l’irrigation en Alsace représente 80% de la consommation en eau avec près de 102 millions de mètres cubes en 2019, selon la Banque nationale des prélèvements en eau, très largement pour le maïs (qui a besoin d’eau quand il n’y en a pas) et principalement dans le Haut-Rhin avec un peu plus de 70 millions de m3 en 2019. Des chiffres « très largement sous-estimés » d’après l’étude GES’EAU’R du BRGM.
L’eau des rivières et des zones humides s’évapore dans les champs de maïs dans une indifférence quasi générale quand ce n’est pas du déni, dans le mythe d’une nappe phréatique inépuisable. Pour le syndicat agricole de la FDSEA, au micro de BFM Alsace par exemple, le phénomène n’est pas inquiétant : « En termes de variations, on parle de 10 à 15 centimètres, sur une nappe qui fait 100 mètres d’épaisseur. Il faut quand même relativiser l’affaire ».
L’Alsace deviendrait comme la Californie
Pourtant, l’étude GES’EAU’R du BRGM a montré que le rabattement (baisse) de la nappe phréatique provoqué par l’irrigation est de 6 à 130 cm selon les endroits. Si l’on perd le premier mètre, on perd toutes les rivières et les zones humides, l’Alsace deviendrait comme la Californie, une zone aride en surface avec une nappe en sous-sol. On en prend le chemin au niveau national puisque les sols n’ont jamais été aussi sec en juillet depuis le début des mesures.
Lorsque le niveau de la nappe phréatique baisse, les rivières s’asséchent rapidement. Photo : Serge Dumont / doc remis
En Alsace, l’irrigation consomme presque autant d’eau en deux mois que l’ensemble des 1,9 million d’Alsaciens en une année pour l’eau potable. Mais pas au même prix ! Pour l’irrigation, les 10 000 premiers mètres cubes sont gratuits, puis facturés 4,71 euros les 1 000 mètres cubes au-delà. En France, les particuliers doivent débourser en moyenne 3,5 euros le mètre cube, un élément important dans la gabegie constatée.
L’Ill aval s’assèche et nous regardons ailleurs
Alors pourquoi la zone Ill aval n’a été placée en alerte sécheresse que depuis le 12 août malgré ce record ? Parce que nous regardons ailleurs, plus précisément à Sundhoffen le long de l’Ill où se trouve le piézomètre de référence pour la très grande zone Ill aval. Mais comme le niveau est soutenu par de l’eau du Rhin en période d’étiage, environ 10m3 par seconde, cela est considérable et le niveau du piézomètre de référence à Sundhoffen est toujours correct.
Sans cet apport en eau du Rhin, l’Ill serait très basse en été, notamment dans Strasbourg, ce qui interpellerait immédiatement la population sur la situation dramatique actuelle comme c’est le cas pour la Loire. Avec le soutien de l’Ill par le Rhin, qui ne résoudra rien à long terme, les Alsaciens sont leurrés et les pompages indirectement encouragés.
L’Ill est divisé en plusieurs bassins d’observation. Photo : carte transmise
Un texte correctif en attente
Un projet de nouvel arrêté cadre a été rédigé au printemps qui corrige cette situation pour le moins ubuesque, avec une sectorisation en cinq parties de la zone Ill aval, chacune avec un piézomètre pertinent. Le texte attend signature à la préfecture, le temps de la consultation des parties impliquées, c’est bien long quand même. La Chambre d’agriculture a déjà donné un avis défavorable au nouvel arrêté, ce qui n’a rien d’étonnant.
Avec les critères du nouvel arrêté, l’Ill aval serait en situation de crise. Pour les scientifiques du BRGM et de l’Unistra, le nouveau texte est un progrès mais à minima, bien en-deçà des enjeux en cours et une incitation insuffisante à la réforme du système.
Le modèle agricole basé sur l’irrigation comme seule réponse
Ailleurs, où des interdictions à l’irrigation ont été publiées, certains agriculteurs avouent continuer d’irriguer « pour ne pas crever ». Leur désarroi est compréhensible, les agriculteurs en difficulté doivent être soutenus, mais la situation actuelle a été prédite par les scientifiques dans de nombreux rapports et rien n’a été anticipé. Si aucun homme ne doit rester sur le bord du chemin, le système agricole productiviste basé sur l’irrigation comme seule réponse au changement climatique doit s’effondrer.
L’été 2022 est marqué par son intense sécheresse et de nombreux poissons morts dans les cours d’eau. Photo : Serge Dumont / doc remis
Toute tentative d’acharnement à maintenir ce système moribond par des infrastructures comme les bassines inutiles et coûteuses est un temps précieux de perdu à appliquer les solutions pérennes qui existent, comme l’explique un rapport récent de l’INRAE, notamment l’agroforesterie qui permettrait de réduire la consommation d’eau de 42% où des modifications de l’assolement (rotation des cultures) pour des sols plus riches en matière organique qui absorbent bien l’eau, en finir avec le labour qui détruit la structure des sols. De nombreux paysans s’y sont déjà engagés, ils doivent être soutenus, il en va également du maintien de la fertilité des sols, la création de puits de carbone, le bien-être animal etc. Plus un centime ne doit être détourné de ces objectifs.
Bien sûr, il n’y a pas que l’agriculture qui consomme de l’eau et tout le monde doit modifier son rapport à l’eau. Les toilettes utilisant de l’eau potable (36 litres/jour/habitant) par exemple nécessitent des adaptations, les toilettes sèches devraient se développer partout où cela est possible. Au total, nous buvons seulement 1% de l’eau potable que nous prélevons. Il faut aussi modifier notre régime alimentaire pour un régime moins carné, il faut 13 à 15 fois plus d’eau pour faire un kilo de viande que pour faire 1 kg de végétaux. D’énormes efforts peuvent aussi être réalisés par les collectivités, notamment par l’utilisation de plantes vivaces au lieu d’annuelles pour le fleurissement, la récupération de l’eau, etc..
Tout doit être mis à plat dans un projet commun, une révolution, nous devons surtout penser à long terme. La guerre pour l’eau a déjà commencé, c’est urgent.
Serge Dumont Maître de Conférence HC à l’Université de Strasbourg Laboratoire image ville environnement / CNRS
Les horaires d’ouverture des musées de Strasbourg vont être réduits pour pallier le manque d’effectifs. La Ville doit arbitrer entre des jours de fermeture supplémentaire ou une modification des horaires. Les personnels concernés sont laissés dans le flou.
Au milieu de l’été, le 3 août, le site spécialisé La Tribune de l’Art révélait que la municipalité envisage de fermer les huit musées municipaux deux jours par semaine, au lieu d’un seul, à partir de la rentrée de septembre. En plus, une fermeture quotidienne de 13h à 14h est également évoquée.
Musée historique de la ville de Strasbourg. Photo : NC / Rue89 Strasbourg, cc
Contactée par Rue89 Strasbourg, l’adjointe à la maire de Strasbourg en charge de la Culture, Anne Mistler, s’exprime pour la première fois sur ce sujet, qui pendant trois semaines a inquiété les agents et suscité les critiques de l’opposition. Pour justifier cette mesure à venir, l’élue évoque les difficultés chroniques d’effectifs auxquels sont confrontés les musées de Strasbourg. « Cette tension en matière de ressources humaines a entraîné des fermetures inopinées ces derniers mois, ces dernières semaines, ce qui n’est ni souhaitable pour les usagers, ni pour les employés », explique Anne Mistler.
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La préfecture du Bas-Rhin a annoncé aux associations de solidarité la suppression de 1 000 places d’hébergement d’urgence dans le département d’ici la fin 2022. Ces restrictions commencent à s’appliquer, ainsi les personnes déboutées de leur demande d’asile se retrouvent privées de tout hébergement institutionnel.
Le nombre de personnes à la rue risque encore d’augmenter à Strasbourg, au gré des fermetures de places dans les dispositifs d’hébergement d’urgence. Tous les signaux sont alarmants cet été, ce qui inquiète d’autant plus les associations de solidarité pour l’hiver 2022 / 2023.
Le 17 août, 2 316 personnes étaient hébergées dans des hôtels du Bas-Rhin au titre de l’hébergement d’urgence financé par l’État. Or en juin, la préfecture a annoncé aux associations de solidarité avec les sans-abris une importante baisse du nombre de places d’hôtel d’ici la fin de l’année 2022. Deux chiffres reviennent dans toutes les discussions : 700 places de moins dans l’Eurométropole, 1 000 places de moins dans le Bas-Rhin. Ces chiffres n’ont pas été confirmés par la préfecture du Bas-Rhin, qui n’a pas répondu à nos sollicitations.
Cette annonce a été faite au sein de la « veille de coordination sociale » en juin, une réunion régulière entre plusieurs associations et les services de l’État. Lors de la crise du Covid, le nombre de places d’hébergement d’urgence hors foyers est monté jusqu’à 2 900.
L’hôtel Victoria est souvent utilisé par la préfecture pour héberger des personnes en urgence Photo : Rue89 Strasbourg
Cet objectif de réduction avait été évoqué une première fois en novembre 2021. Alexis Moreau, directeur de la fédération des acteurs de la solidarité Grand Est, qui regroupe 80 associations ou structures, confirme l’information :
« C’est une directive nationale qui est appliquée dans toutes les régions. L’État veut orienter les gens vers des “logements d’abord” plutôt que mettre à l’abri des personnes via un hébergement. Mais cela ne fonctionne pas avec toutes les personnes, certaines n’ont pas les moyens financiers ni même le droit d’accéder à un logement autonome. La très grosse majorité des personnes abritées en hébergement d’urgence sont déboutées de leur demande d’asile, ils n’ont ni titre de séjour, ni travail. On risque donc de retrouver tous ces gens dehors, sous tente, dans des conditions indignes voire dangereuses, surtout cet hiver. Le nombre d’enfants dans la rue est en dangereuse augmentation. »
La préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, a cependant répondu au député (Nupes – LFI) Emmanuel Fernandes (LFI – Nupes) qui l’avait interpellée à ce sujet lors d’une entrevue le 18 juillet. Il raconte :
« La préfète a confirmé qu’elle allait appliquer la politique nationale conduite par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Je n’ai pas eu de réponse favorable à mes demandes d’inflexion de cette politique localement. On a convenu qu’il y avait eu des moyens conséquents pour l’arrivée des Ukrainiens, mais je n’ai pas eu de réponse claire sur ceux alloués pour les autres migrants. Pas plus que je n’ai eu d’éléments sur l’installation d’autres structures. On en revient à cette idée nocive qu’abriter les gens créerait un appel d’air pour d’autres réfugiés, une idée que l’on condamne. »
Le Projet de loi de Finances (PLF) 2021 prévoit la suppression progressive de 10 000 places d’hébergement d’urgence en hôtels en France (sur 73 000 au total) d’ici la fin 2022. Le Bas-Rhin, et en particulier Strasbourg, étant une porte d’entrée pour une partie de l’immigration, la capitale alsacienne se trouve particulièrement concernée par cette politique du gouvernement.
89% des demandes ne sont pas pourvues
Sur le terrain, la situation dans le Bas-Rhin est catastrophique, à l’image du camp de l’Étoile reformé après le feu d’artifice du 14-Juillet. Plus de 80 personnes y vivent sans autre solution. Dans son rapport du 8 au 14 août, le SIAO (Service intégré de l’accueil et de l’orientation, qui gère l’hébergement d’urgence pour l’État NDLR) indique que le nombre d’appels hebdomadaires est en très forte hausse. Le total dépasse pour la première fois en 2022 les 3 900 appels (soit plus de 550 par jour). Les agents du SIAO ne peuvent répondre qu’à 58% de ces appels.
Et encore : le taux de demandes non pourvues s’élève quant à lui à 89%. Un niveau record, à égalité avec la semaine du 14 au 20 février. Un autre record pour l’année 2022 battu en août concerne les demandes d’hébergement individuelles : 2 214 cumulées sur une semaine.
Cette semaine là, les maraudes du SIAO ont identifié 71 ménages à la rue. Seuls 4% avaient une solution d’hébergement par l’État. Une majorité (59%) dort dans la rue, les autres ayant des solutions de fortune comme des tentes (24%), un hébergement chez des tiers (8%) ou en squat (3%).
Pour Camille Vega, secrétaire générale du Secours populaire du Bas-Rhin, la baisse des places d’hôtels est entamée :
« Depuis juin, on estime qu’environ 400 places en hébergement d’urgence ont été supprimées. On assiste à des remises à la rue sans aucune solution de rechange. La politique d’hébergement n’a plus vocation à la mise à l’abri inconditionnel selon les vulnérabilités mais devient un outil d’éloignement de la politique migratoire. C’est très dangereux pour la sécurité des personnes, en particulier des enfants. »
Lors d’une « aide d’urgence ponctuelle » menée vendredi 19 août au camp de l’Étoile, la Croix Rouge a également fait part de ses constats alarmants dans un communiqué :
« Les volontaires sur place ont pu constater une situation très dégradée du point de vue de l’hygiène comme sur le plan sanitaire, avec la présence de nombreux enfants qui évoluent au milieu des rats ».
La Croix rouge a fait part publiquement de ses constats place de l’Etoile « qui a abouti à une évacuation aux urgence ». Photo : Croix Rouge française
Sous couvert d’anonymat, d’autres responsables associatifs voient aussi dans la situation actuelle un changement de politique, depuis l’arrivée de Josiane Chevallier à la tête de la préfecture du Bas-Rhin début 2020. L’un d’eux témoigne :
« Quand de nouveaux préfets arrivent, ils sont toujours surpris du nombre de places d’hébergement d’urgence dans l’Eurométropole. Souvent, ils décident de les diminuer mais se rendent vite compte des conséquences désastreuses ».
Un foyer en projet à Holtzheim…
La politique de mise à l’abri dans des hôtels vétustes et délabrés est critiquée de longue date par les spécialistes de l’hébergement d’urgence, car elle est coûteuse et peu efficace. Les locaux sont souvent insalubres, ils ne permettent pas l’accompagnement social, ni d’autonomie pour les personnes en l’absence de cuisine.
Le député Emmanuel Fernandes explique :
« Lors d’une visite de l’hôtel Victoria à la gare, j’ai rencontré une famille qui y habitait depuis plus de deux ans, ce qui est dramatique car ce n’est pas un lieu de vie pérenne. Il faut distinguer la mise à l’abri d’urgence des lieux plus propices à l’accueil, notamment les bâtiments en voie de démolition ou reconversion. »
La préfecture semble vouloir en effet évoluer dans ses pratiques. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin a expliqué aux Dernières Nouvelles d’Alsace qu’il y a « une forte demande d’hébergements d’urgence dans le Bas-Rhin qui coûte cher et qui n’est pas prise en compte de façon pleinement satisfaisante. »
Dans le même article, le secrétaire général annonce l’ouverture prochaine d’un centre d’hébergement « de 250 lits maximum » à Holtzheim, près du fort Joffre. La gestion de cette structure serait confiée à l’association Adoma pour une mise en service en 2023. La maire de Holtzheim, et présidente de l’Eurométropole Pia Imbs (sans étiquette), a fait savoir dans un courrier à ses habitants que son conseil municipal s’oppose à ce centre « disproportionné par rapport à la commune » qui n’aurait « ni les moyens humains, ni financiers (…) d’accueillir dignement ces personnes ». L’Eurométropole a pourtant voté l’ouverture de 200 places d’hébergement d’urgence, aux cotés des 200 ouvertes par la Ville.
En juillet 2022, une nouvelle structure d’hébergement collectif à destination des familles actuellement accueillies à l’hôtel a ouvert également ses portes début juillet. Elle est gérée par l’association Coallia et se situe à Geispolsheim. Elle se consacre à l’accompagnement des familles au regard de leur situation administrative, dont l’étude des dossiers de régularisation sont en cours ou qui pourraient accepter une aide au retour vers leur pays d’origine.
Ainsi, début août, deux personnes hébergées depuis trois ans dans un hôtel de l’Eurométropole ont été informés de leur « orientation vers le centre d’hébergement collectif géré par l’association Coallia ». L’un d’eux, Fako, sans-abri macédonien a reçu un courrier qui indique :
« Une fois sur place, une équipe de travailleurs sociaux vous accompagnera dans vos démarches administratives, dont l’étude d’une possible régularisation ou la proposant d’une aide au retour volontaire ».
« Mais une fois sur place, témoigne Fako, ils m’ont dit qu’il n’y avait plus de place et m’ont laissé à la rue, je suis donc venu place de l’Étoile ».
Pour les responsables associatifs, ce nouveau lieu s’apparente de centre d’accueil de Bouxwiller », c’est à dire plutôt une structure destinée au départ des personnes qu’un centre d’hébergement destiné à aider ces personnes. Le lieu est isolé dans une zone industrielle, à 25 minutes à pied du terminus de la ligne A.
L’Agence régionale de Santé Grand Est se veut rassurante quant à la présence, au dessus des seuils réglementaires, de pesticides dans l’eau potable en Alsace. Pourtant, des incertitudes subsistent, tant sur les risques sanitaires que sur l’ampleur des contaminations, au point que la Direction générale de la Santé a changé les valeurs limite à respecter face aux nombreux dépassements.
En Alsace, plus d’un quart de la population reçoit au robinet, de manière ponctuelle ou récurrente, une eau dont les concentrations en métabolites de pesticides, produits nés de la dégradation d’un pesticide dans l’environnement, dépassent la limite réglementaire, fixée à 0,1 microgramme par litre (µg/l). C’est ce que révélait Rue89 Strasbourg dans le premier volet de cette enquête sur la présence des métabolites de pesticides dans l’eau potable en Alsace.
Face au caractère généralisé des contaminations, l’Agence régionale de Santé Grand Est (ARS) délivre à tour de bras des arrêtés dérogatoires aux communes concernées, leur permettant de poursuivre la distribution d’une eau non-conforme. Avec comme précision que « la consommation d’une eau dépassant la limite réglementaire de qualité sur une durée limitée ne présente pas de risques connus pour la santé ». Une communication qui se veut rassurante, alors que de nombreuses inconnues demeurent.
Progrès de la détection, recul du ministère de la Santé
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On en sait un peu plus sur les contours du « Ring », des voies permettant de circuler à vélo et à pied autour du centre-ville. Les associations de cyclistes sont divisées dans leurs critiques, l’une d’elle craignant que l’infrastructure repousse les vélos aux franges du centre.
Il ne faut plus dire « contournement cyclable » de la Grande-Île, mais « Ring multimodal », ce dernier étant destiné à accueillir des cyclistes, des piétons et un nombre limité de véhicules (les riverains et livraisons notamment). Un changement sémantique peut-être un peu tardif tant la demande d’un itinéraire continu à vélo autour de l’ensemble du centre-ville est ancienne, puis a été promise aux élections municipales. Il n’empêche, « le Ring », tel que présenté par la municipalité est bien le chantier qui doit permettre de circuler de manière plus fluide et sécurisée sur le pourtour du centre-ville.
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Rue du Faubourg-National, un luthier turc officie depuis 26 ans. Sa boutique, discrète, est connue des amateurs. Alors qu’il songe à passer la main, Baki Yilmaz raconte la musique, les traditions et les secrets des instruments qu’il fabrique.
Dans le flux remuant qui emprunte la rue du Faubourg-National près de la gare, cette boutique où des lettres lumineuses annoncent « Téléphone et PC, Jeux vidéos et console, tous les écouteurs audio à partir de 3 euros » n’attire pas vraiment l’attention. On y entre en cas de besoin urgent de réparation ou de pièces manquantes, ou pour refourguer des vieux téléphones ou PC dont on n’a plus besoin, en échange d’espèces. À part une discrète enseigne « Yilmaz müzik », rien ne laisse supposer que des dizaines d’instruments à cordes aux silhouettes galbées pendent au plafond.
On passe devant cette échoppe discrète sans la remarquer. Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc
Pourtant Baki Yilmaz, 62 ans, est un luthier installé ici depuis 26 ans. Il est connu des musiciens qui pratiquent la musique turque et orientale et bien au delà des frontières françaises. La marque est née à Istanbul et sa réputation a suivi le luthier jusqu’à Strasbourg. Crâne, rasé, barbe de trois jours, l’artisan commence à raconter son histoire :
« La vie était difficile pour moi en Turquie, les instruments que l’on fabrique sont de très bonne qualité, mais vu le niveau de vie dans le pays, on trouvait peu de clients, alors j’ai décidé de m’installer en France avec ma femme. »
La communauté turque est nombreuse en Alsace et en Allemagne et l’artisan y voit un bon potentiel. Mais à l’arrivée, il juge peu prudent de se lancer dans l’ouverture d’un magasin. Sans grands moyens, se plier à toutes les démarches et trouver un local lui paraissait difficile.
Luthier sur les chantiers
L’homme travaille donc d’abord plusieurs années dans le bâtiment pour faire vivre sa famille. Il fait du coffrage sur les chantiers. Habituées à pincer les cordes et à lisser les caisses de bois précieux, les mains de Baki Yilmaz sont alors sollicitées pour couler du béton dans l’acier, pendant huit années.
Tous types de saz pendant au plafond de la petite boutique. Photo : SW / Rue89 Strasbourg
Pourtant, il n’abandonne pas sa passion. Professeur de musique, il donne des cours à Ostwald et à Sélestat. Il répare aussi les instruments cassés ou endommagés qu’on lui amène. Il a même mis au point une méthode d’apprentissage pour jouer du saz, l’instrument phare de la tradition musicale turque.
Son rêve est toujours là. Au pays, son frère continue de faire tourner l’atelier. Baki lui-même y retourne régulièrement, aide aux réparations ou officie dans le magasin qui a pignon sur rue dans le quartier Kartal sur la rive asiatique d’Istanbul. Il se souvient de la décision qu’il prend après ses années de chantiers :
« J’ai dit à ma femme : allez on essaie de l’ouvrir ce magasin. Si ça ne marche pas, on retournera en Turquie. »
Démonstration des sons tirés d’un saz. (vidéo SW / Rue89 Strasbourg / cc)
Ouvert depuis 1996
La boutique ouvre en 1996, rue du Faubourg-National, elle est encore ouverte à ce jour mais pour combien de temps ? Un panneau annonce « fonds de commerce à vendre ». « Au départ, les murs étaient couverts de cassettes et de CD, je vendais beaucoup de musique turque », se souvient Baki. C’est l’époque du succès planétaire de Kiss Kiss, le tube de Tarkan qui fait danser dans le monde entier.
Kiss Kiss de Tarkan a su s’exporter en dehors de Turquie…
Aujourd’hui, on trouve dans les rayons des pièces informatiques d’occasion, en dépôt vente. L’après-midi de notre rencontre, Baki s’impatiente un peu car un jeune client mécontent de son achat de smartphone de seconde main espérait être remboursé en espèces, mais ce n’est pas la politique du magasin qui lui propose un échange. Le jeune grogne, tourne de longues minutes avant de dénicher un autre téléphone, puis après l’avoir essayé, change d’avis et décide d’opter pour des parfums.
Baki se montre méfiant et masque comme il peut son énervement en soupirant, il préférerait parler musique :
« Sur des instruments je peux travailler 13 à 14 heures par jour, je ne sens pas la fatigue, parce que j’aime ça. Je pense continuer à vendre à domicile, mais tenir le magasin, c’est devenu trop difficile, en plus des allers-retours avec la Turquie. À mon âge, je suis parfois loin de ma famille pendant plusieurs mois, j’ai envie de me poser ici. »
Au grand désespoir du luthier, la traduction familiale n’a pas suscité de vocations chez ses deux enfants. « Mon fils est venu m’aider au magasin, mais il n’aime pas travailler », juge Baki sévèrement. Sa fille non plus n’a pas envie de reprendre le flambeau, même si les deux enfants gratouillent un peu, ils ne sont pas vraiment musiciens. L’héritage familial n’est pas plus transmis chez ses neveu : son frère n’a pas réussi à convaincre la jeune génération de le rejoindre à l’atelier en Turquie, où 37 personnes sont employées.
L’artisan présente les différents instruments à manche long qui pendent au plafond : Baglama, Ud, Kopuz… Appelés aussi communément saz. On en joue en Iran, en Irak du nord, dans le Caucase, chez les Tatars de Crimée, en Turquie, en Grèce, et dans une partie des Balkans.
Des bois précieux et travail d’orfèvre
Baki détaille les bois qu’il faut utiliser : genévrier, palissandre, acajou, mûrier, ou encore le bois de rose qui a fortement augmenté ces dernières années. Le mètre cube est passé de 20 000 à 40 000 euros ! L’instrument star c’est le saz baglama à manche long : il en montre un dont le coffre est fait de 21 pièces collées et un autre d’une seule pièce : celui-ci est plus cher, car c’est un travail d’orfèvre de faire plier la feuille de bois de façon souple pour qu’elle rende un son parfait.
Baki a créé une méthode d’apprentissage du baglama Photo : SW/ Rue 89 Strasbourg / cc
La famille Yilmaz est kurde alévie, originaire d’Erzincan dans l’est de la Turquie. Si Yilmaz a grandi à Istanbul, les origines se révèlent dans sa passion dont il a aussi fait son métier. Il sourit :
« Pour les Alévis, le saz est très important. Les Sunnites ont le Coran, nous c’est le saz. »
L’instrument est partie prenante de la « liturgie » alévie et des cérémonies, mais au delà de l’aspect religieux, il a une place majeure dans la culture et les traditions musicales turques.
Une adresse connue des musiciens reconnus
Yilmaz Müzik compte des clients dans toute l’Europe, beaucoup de professionnels : des groupes et des écoles de musique mais aussi des particuliers qui viennent d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique ou encore de Suisse.
Dans les archives de Baki : lui (à gauche) et son frère (à droite) dans leur atelier d’Istanbul en 1986 Photo : doc remis
Par le passé, la boutique strasbourgeoise vendait jusqu’à 2 000 instruments par an. Aujourd’hui Yilmaz Müsik préfère travaille avec 5 à 6 clients fidèles et sérieux. Des artistes reconnus sur la scène régionale et européenne.
Parmi eux Mehmet Kaba, le leader du groupe Turquoise. Le musicien originaire de la Mer Noire fréquente la boutique depuis des années. Son groupe interprète des poèmes et morceaux de troubadours turcs, notamment Yunus Emre, un poète du XIIIe siècle. Depuis qu’il a découvert le saz dans sa jeunesse il n’a plus jamais lâché l’instrument à sept cordes :
« J’ai grandi dans une famille musicienne (accordéon, batterie) j’étais intéressé, mais c’est quand j’ai entendu des amis de lycée jouer du saz que je suis “tombé dedans”. Je regrette que la fermeture de la boutique soit programmée, il n’y a pas d’autres magasin dans la région. Baki est devenu un ami, je viens souvent boire un café, on parle musique et politique aussi. On est sur la même longueur d’onde. »
Comprenez : pas vraiment fans du pouvoir en place en Turquie et inquiets des libertés qui sont grignotées à chaque nouvelle loi. Même à Strasbourg, Baki préfère se tenir éloigné des associations de la communauté turque qu’il juge trop politisées ou téléguidées par Ankara.
Baki Yilmaz joue du saz, ou baglama, à manche long Photo : SW / Rue 89 Strasbourg / cc
Le musicien explique que la taille de la caisse détermine la note maîtresse : 40 cm, le do ; 42 cm le si ; 38 cm ; le ré. La façon d’accorder modifie le son.
L’artisan montre une vidéo où il est en train de poncer la caisse d’une baglama. Baki montre aussi un gros cal sur sa paume, juste sous son pouce, c’est à force de poncer, de tenir les bois pour les courber et leur faire épouser la forme du caisson : un travail de précision minutieux et artistique mais physique aussi pour les mains.
Quotidien compliqué pour les alévis de Turquie
Le luthier diffuse une autre vidéo, cette fois-ci c’est un musicien célèbre qui interprète un morceau dans la boutique stambouliote. Il manie une baglama de 42 cm dont il égraine des notes vibrantes. “C’est la meilleure pub pour nous ça”, sourit Baki. Il se souvent aussi d’une anecdote qu’il raconte, espiègle :
« Talip Ozcan, un joueur célèbre est venu dans mon magasin, il m’a demandé de lui offrir un baglama gratuit. J’ai répondu : Non je vais vous le faire payer le double du prix car vous allez gagner de l’argent avec. Il a ri mais n’a pas acheté, finalement… »
En Turquie, Yilmaz est une bonne marque. Mais là bas non plus, malgré leur réputation, l’avenir de l’affaire familiale n’est pas forcément serein. En tant que locataire avec son frère, Baki dit avoir peu de droits et être dépendant du propriétaire qui peut leur demander de partir, ou augmenter le loyer.
Un saz compte sept cordes Photo : SW / Rue 89 Strasbourg / cc
Ensuite, sa famille est alévi, une partie de la population turque se réclame de ce culte issu de l’islam chiite, une communauté confessionnelle estimée à 15 millions de personnes qui souffre de discriminations en Turquie. En 2016, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné Ankara. En cause, l’État turc refuse de reconnaître les Alévis comme un culte, mais les apparente à un ordre soufi : les membres du clergé et lieux de cultes, les cemevi, ne sont donc pas dotés du statut particulier des religions. Au delà de la question religieuse, les alévis subissent intolérance et discrimination dans l’accès aux services publics à l’emploi et vivent de plus en plus en marge.
Baki pense que l’été n’est pas propice pour trouver un repreneur pour son magasin, même s’il est idéalement situé entre le centre-ville et la Gare, face au tram. En attendant, il empoigne un saz à manche long et commence à jouer. Les notes s’égrènent et s’élèvent dans la boutique, la mélodie rend l’atmosphère poétique et enchante les vitrines emplies de smartphones et de PC victimes des changements de mode ou de l’obsolescence programmée. Un peu, finalement, comme un luthier rue du Faubourg-National.
Les salariés de Fast Despatch Logistics n’ont plus été payés depuis le 1er juillet par leur employeur, dont l’activité de livraison pour Amazon s’est brutalement arrêtée le 9 août. Ni payés, ni autorisés à travailler ailleurs ou à s’inscrire chez Pôle Emploi, les livreurs ont décidé jeudi de ralentir l’activité du géant américain de la distribution pour se faire entendre.
Certains colis Amazon devraient avoir un peu de retard à Strasbourg les prochains jours. Les camionnettes d’une demi-douzaine de sous-traitants de l’entrepôt rue Livio à la Meinau n’ont pu passer les grilles jeudi 18 août lors de leur arrivée prévue à 10h20 comme chaque matin. En cause, l’arrêt soudain du contrat de l’une de ces sociétés, Fast Despatch Logistics (FDL) en France.
À Strasbourg, une partie des 75 livreurs de FDL, tous des hommes et souvent d’origine étrangère, ont provoqué un « ralentissement » de l’activité du dépôt Amazon. Des actions de ce type s’organisent partout en France où des personnels de FDL travaillaient, soient environ 700 salariés qui ne sont plus payés depuis le 1er juillet et en grandes difficultés.
Jeudi, les sous-traitants d’Amazon pour la livraison n’ont pas pu rentrer à 10h20 comme prévu à l’agence de la Meinau. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Une annonce subite, sans versement de salaires
Ismaïl Duran, livreur strasbourgeois et représentant du personnel au siège parisien de l’entreprise, revient sur l’annonce :
« Le 30 juin, il a été évoqué le recours au chômage partiel à Nantes, puis finalement à toute la France, mais pas de fermeture. Le mardi 9 août, nous avons été prévenus le jour-même d’une cessation d’activité, mais sans qu’une procédure de redressement soit enclenchée. Dans d’autres dépôts, certains salariés ont même travaillé ce jour-là car ils n’ont pas eu l’information. On a bien reçu nos fiches de paie, mais pas les virements des salaires de juillet ni pour les jours travaillés en août. L’entreprise invoque une baisse d’activité, mais on ne la constate pas ! On veut qu’Amazon hausse le ton avec FDL pour que la situation se règle. Certains salariés souhaiteraient travailler pour d’autres sous-traitants, d’autres passer à autre chose… »
Jusqu’à 200 colis par jour
Livreur à Strasbourg depuis trois ans, Hedayatullah a vu la situation empirer en 2022 :
« Tout s’est dégradé cette année, avec des heures supplémentaires pas payées, l’absence de certificat de travail, des plannings établis du jour au lendemain, du mauvais matériel et des salaires payés de plus en plus tard dans le mois. Depuis la fin d’activité, le manager n’est plus présent à Strasbourg et tous les jours on nous dit, “demain ça vient”. On est bloqués, j’ai demandé et on n’a même pas le droit de s’inscrire à Pole Emploi. »
Comme ses collègues, Hedayatullah n’est plus payé et ne peut ni travailler, ni bénéficier du chômage. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Le salarié a livré jusqu’à « 200 colis par jour », parfois dans des zones où il est difficile d’accéder comme le centre-ville, les livreurs doivent parfois se rendre jusqu’à Wissembourg tout au nord de l’Alsace, ou réaliser des tournées de nuit. Un autre salarié montre des documents : alors qu’il a demandé des jours de congés du 7 au 10 juillet, sa fiche de paie lui décompte ses congés à partir du 1er juillet, soit quatre jours décomptés alors qu’il a travaillé.
Amazon rompt le contrat
Le 9 juin, les salariés de Fast Despatch avaient organisé une journée de grève (lire notre article) et obtenu le paiement de leur salaire le jour-même. Ils pensaient que la situation allaient revenir à la normale. Mais au siège à Villepinte, un ancien collaborateur aux ressources humaines, raconte que FDL était devenue une société fantôme : « Le responsable pour la France est une personne anglophone et d’origine bulgare qui ne vient que de temps en temps ».
Parti fin juillet, il confirme les difficultés croissantes, l’absence de paiements et finalement de tout contact : « Entre le salaire de juillet, les jours de congés, des panier-repas et primes, ils me doivent plus de 3 000€ pour mon solde de tout compte ! »
Fast Despatch Logistics est un groupe britannique de livraison actif dans de nombreux pays comme l’Inde, l’Allemagne ou la Bulgarie. « Nous n’appelons pas ça du travail, nous appelons ça notre dose quotidienne de plaisir » vante la page Facebook de la compagnie.
Dans l’entrepôt, les salariés d’Amazon et des sociétés de sous-traitance prennent des informations sur les actions prévues. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Contactée, Amazon, qui n’emploie pas de livreurs mais fait uniquement appels à des sous-traitants, confirme dans un message écrit avoir mis fin au contrat de FDL :
« Nous sommes intransigeants sur le fait que les sociétés de livraison se doivent de respecter les lois en vigueur, ainsi que le code de conduite des fournisseurs Amazon ».
Une enquête avait été diligentée après les premières alertes, les réponses de FDL n’ont pas convaincu. La firme de Jeff Bezos était le seul client de Fast Despatch en France, ce qui explique la fin d’activité. Amazon ne compte pas intervenir dans le paiement des salaires et rappelle que la responsabilité revient au transporteur. Seul engagement d’Amazon : « Nous ferons tout notre possible pour que leurs livreurs obtiennent les informations sur les postes disponibles chez d’autres partenaires de livraison. »
« Amazon est complice »
Rue Livio à la Meinau, la situation monte les livreurs des différentes sociétés les uns contre les autres. « On n’a rien à voir là-dedans », lance un livreur d’un transporteur concurrent aux salariés de FDL. « Je veux bosser. Tu nous niques ! », s’emporte un autre, qui propose d’en découdre devant les grilles. Le ton redescend lorsque les chauffeurs comprennent qu’ils seront payés, même s’ils sont empêchés de livrer. Des salariés d’Amazon se montrent plus compréhensifs, voire encouragent les salariés de FDL dans leur combat. La scène se passe sous le regard de deux policiers en civil.
Rentreront, rentreront pas ? À quelle heure ? Le ton monte avec d’autres sous-traitants… Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Livreur à Strasbourg pour FDL, Mohammed comprend la colère des autres livreurs, mais relativise :
« Un jour, ils vont être comme nous. J’ai travaillé cinq ans ici, pour trois sous-traitants… C’est toujours la même chose : retards de paiement, maltraitance, pression, vol d’heures supplémentaires qui ne sont pas décomptées… Nous, on n’a même plus de responsable à qui s’adresser. On a été virés par un simple SMS. Amazon est complice de cette situation. »
Mohammed (à g.), livreur depuis 5 ans, et Ismaïl (à d.), représentant du personnel, aimeraient qu’Amazon intervienne pour régler leur situation. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Retour des fourgonnettes au ralenti
Sur les consignes d’une manageuse stressée, les livreurs repartent dans l’espoir de revenir plus tard. À midi, les fourgonnettes ont finalement pu rentrer dans l’entrepôt. Leur sortie devait à nouveau être retardée plus tard dans la journée. L’objectif des salariés de FDL est que les colis soient livrés moins vite, afin qu’Amazon soit vraiment impacté et s’implique.
Pour se défendre, les représentants du personnel au comité social et économique (CSE) de FDL ont pris attache avec un avocat, le strasbourgeois Luc Dörr. Ce dernier a saisi le parquet de Bobigny :
« Nous sommes dans une période de non-droit. La priorité, c’est que le parquet demande au tribunal d’engager une procédure collective, car pour le moment les salariés n’ont pas le droit de travailler pour des concurrents. Tout est fait pour les pousser à la démission. Or s’ils démissionnent, ils perdent tous leurs droits. »
Les livreurs n’ont pas de syndicat. Les actions et décisions font l’objet de débats animés devant les grilles. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Fast Despatch ne répond plus
Fast Despatch Delivery a organisé son injoignabilité. Le numéro de téléphone associé à la filiale française ne répond pas. L’adresse mail de contact a été désactivée. Même les autorités ont des difficultés à joindre un représentant. Quant au siège britannique, il prétend ne pas être capable de nous mettre en relation avec un responsable français.
Les (ex?) salariés de FDL s’attendent à des actions pendant plusieurs jours jusqu’à que leur cause soit entendue. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Ces « ralentissements » ont vocation à se répéter tant que les salariés de FDL ne sont pas payés, ni officiellement licenciés. Une attitude qui entame néanmoins la patience de l’un des livreurs présent lors de l’action :
« Nous on reste dans le droit bien comme il faut, mais eux ils nous paient pas et ils n’ont pas de problèmes ».
Ce mercredi 17 août, plus de 80 personnes vivent sur le camp place de l’Étoile, qui s’est reconstitué quelques jours après le feu d’artifice du 14-Juillet. Plus de quarante enfants dorment sous les tentes. Une quinzaine de Macédoniens sont de retour, après avoir été hébergés au « centre d’aide pour le retour » à Bouxwiller. Des Afghans, Géorgiens, Albanais, Tchétchènes les ont rejoint au cours des dernières semaines.
Sous une même tente, vit une famille tchétchène de dix personnes avec huit enfants entre 4 et 17 ans, juste devant le centre administratif de la Ville de Strasbourg. Autour, les tentes se multiplient et le campement de l’Étoile s’agrandit de jour en jour, jusqu’à l’arrêt Étoile Polygone. Les occupants n’ont jamais été aussi nombreux depuis l’arrivée des premières personnes en mai. Mercredi 17 août, au moins 80 personnes y vivent, dont 40 enfants.
Les tentes et installations sur la place de l’Étoile. Photo : LL / Rue89 Strasbourg / cc
Floriane Varieras, adjointe à la maire de Strasbourg en charge des solidarités, constate également cette recrudescence de sans-abris :
« Le 12 août, nous avons recensé la présence 86 personnes sur la place de l’Étoile. Ce n’est pas étonnant, suite aux annonces de l’État de suppression de nuitées hôtelières. Les services de la Ville passent souvent sur le campement, on va voir au fur et à mesure ce qu’il est possible de faire. »
Une quinzaine de personnes de retour de Bouxwiller
« J’appelle encore le 115 deux fois par jour, soit il n’y a pas de réponse, soit ils nous répondent qu’il n’y a plus de places. En attendant, on reste là. »
Des nouveaux arrivants, en fin de procédure administrative
De nouvelles familles, souvent déboutées de leur demande d’asile, les ont rejoint. C’est le cas de cette famille de dix Tchétchènes, qui s’est installée le 26 juillet au milieu des autres tentes. Après quatre ans dans un hébergement Adoma à Haguenau, ils ont reçu une notification de fin d’hébergement début juillet.
L’aînée de 17 ans, Raiana, qui maîtrise le français, raconte :
« On a reçu la lettre de refus de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), on nous a expliqué qu’on ne pouvait plus nous prendre en charge au sein de l’Adoma, sans nous proposer d’autre solution. On a nulle part où aller, et on nous a dit que des tentes étaient installées ici, alors on est venu. On vit à dix sous la même tente. Le jour, il fait très chaud, ça brûle vraiment la tête et la nuit il fait très froid. En plus, on s’est tous fait piquer par des moustiques, des guêpes. Il y a même des rats qui sont entrés dans notre tente. »
Le camp compte également de nombreuses personnes malades, plus ou moins gravement. Tumeurs, blessures, asthme… les pathologies sont multiples. Un Géorgien en chaise roulante dort place de l’Étoile.
Quatre personnes qui vivent place de l’Étoile, le mercredi 17 août. Photo : LL / Rue89 Strasbourg / cc
Les toilettes publiques de la gare routière ferment à 20 heures, et n’ouvrent qu’à partir de 10 heures le matin. La nuit, il ne reste qu’une cabine de toilettes automatique. Mais « c’est vraiment dégueulasse », constate Raiana. Plusieurs associations ont mené une campagne pour qu’un accès à l’eau courante soit accordé aux habitants, D’ailleurs nous sommes d’ici a placardé des affiches autour du campement : « Strasbourg, capitale de la honte. » Début août, la Ville de Strasbourg a installé des robinets accessibles près du campement.
L’affiche de campagne de l’association D’ailleurs nous sommes d’ici, devant la place de l’Étoile. Photo : LL / Rue89 Strasbourg
Les huit robinets installés devant le centre administratif de Strasbourg. Photo : LL / Rue89 Strasbourg / cc
Une famille albanaise avec deux enfants raconte avoir été un temps installée près de la gare. Ersa, une jeune albanaise de 14 ans, qui maîtrise le français, témoigne :
« Je ne me sentais pas en sécurité là-bas, surtout le soir. Je me sens plus rassurée ici, entourée de personnes dans la même situation que nous. Ce que j’espère surtout, c’est pouvoir me rendre à l’école en septembre. »
« La scolarisation des enfants se passe plutôt bien. À Strasbourg cette année, avec le collectif “Pas d’enfants à la rue”, on a réussi à négocier avec la Ville la gratuité de la cantine pour les enfants concernés. »
L’entrée de la tente de la famille Tchétchène. Photo : LL / Rue89 Strasbourg / cc
Sous les tentes, il semble compliqué d’avoir un espace pour travailler ou faire ses devoirs. Membre de la famille de dix Tchétchènes, Raiana, 17 ans, reste scolarisée à Haguenau :
« Je ferai les aller-retours, je préfère rester près de ma famille. Je rentre en Première STL (sciences en technologies de laboratoire). C’est très fatiguant de dormir dehors. Je suis très stressée pour la rentrée, je ne sais pas comment je vais faire pour charger mon portable ou mon ordi, et je n’ai pas de wifi pour faire mes devoirs si on reste sous cette tente. »
L’impasse institutionnelle pour les personnes déboutées
Une fois déboutées de leurs demandes d’asile, les familles doivent théoriquement retourner dans leur pays d’origine, ce qu’elles refusent évidemment, quand bien même en auraient-elles les moyens. À ce moment, l’offre d’hébergement de l’État s’arrête comme l’explique Sabine Carriou :
« Pour les personnes déboutées de leur demande d’asile, il n’y a plus aucune réponse institutionnelle. Ça fait déjà pas mal de temps, à peu près six mois que le 115 ne donne plus de place, à moins qu’il y ait une pathologie grave. Les associations sont inquiètes, encore plus de familles risquent de se retrouver à la rue. »
La place de l’Étoile, face visible d’un problème grandissant
Ce problème d’hébergement dépasse largement la place de l’Étoile. Noureddine Alouane, responsable du collectif citoyen « Agissons 67 » alerte :
« Il y a une explosion de personnes qui se retrouvent à la rue. Des tentes fleurissent dans plusieurs endroits de la ville, au Heyritz, à la Meinau, à la gare… L’hiver nous inquiète beaucoup. Il y aura plus de monde à loger que l’année dernière à la même période. La fin de l’état d’urgence sanitaire a mis fin à la mise à l’abri d’un grand nombre de familles. »
Tout au long de l’année, le contexte international a aggravé la situation. Noureddine Alouane poursuit :
« 113 afghans et 2 000 ukrainiens ont été accueillis par la préfecture Bas-Rhin et la Ville de Strasbourg. Tous les mois, entre 20 et 50 nouvelles personnes se retrouvent à la rue, qu’ils soient victimes d’expulsions ou demandeurs d’asile. »