Lundi 1er août, la justice a rejeté la requête soutenue par l’entreprise Mines et Potasse d’Alsace et l’Etat. Le tribunal administratif a maintenu la suspension des travaux de confinement des 42 000 tonnes de déchets ultimes stockés par Stocamine.
Nouveau revers pour la préfecture du Haut-Rhin et l’entreprise Mines et Potasse d’Alsace (MDPA). Lundi 1er août, le tribunal administratif a maintenu la suspension des travaux de confinement des 42 000 tonnes de déchets ultimes enfouis sous la nappe phréatique. Dans une décision du 25 mai faisant suite à un recours de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) et des associations Alsace Nature et Consommation Logement Cadre de vie (CLCV), les juges avaient alors considéré que la préparation des barrières de confinement en béton avaient bien un aspect définitif et irréversible. Or, de tels travaux de confinement des déchets toxiques ne sont pas autorisés pour le moment.
Un « risque de propagation des fissurations » selon la MDPA
Les avocats de l’entreprise MDPA et de l’Etat ont soutenu qu’il y avait urgence à reprendre les travaux pour « sécuriser le site et prévenir toute pollution de la nappe phréatique d’Alsace ». Me Le Roy-Gleizes, avocate de la société MDPA, a soulevé « le fait que la roche se fracture, si bien que la tenue mécanique du pilier et du toit est dégradée, aggravant les surfaces endommagées (EDZ) et le risque de propagation de ces fissurations, nécessitant la réalisation de boulonnage de soutènement pour sécuriser la mine ».
Mais le tribunal administratif n’a pas retenu les arguments de MDPA et de la préfecture, préférant reprendre l’un des points soulevés par la CeA et les associations CLCV et Alsace Nature :
« Les nouveaux éléments produits par la société MDPA ne permettent pas non plus de caractériser une urgence à poursuivre, dans les plus brefs délais, les travaux de réalisation des barrages de confinement numéros 1 et 2, ni à entamer, dans les mêmes conditions, les travaux relatifs au barrage n° 3. »
Les associations Alsace Nature et la CLCV avaient alors attaqué l’arrêté préfectoral en estimant que ces travaux seraient irréversibles et qu’il était donc urgent de suspendre toute opération dans les anciennes mines de sel. Leur requête avait d’abord été rejetée. Suite au début des travaux le 10 mai 2022, une nouvelle procédure de suspension initiée par la CeA et Alsace Nature a fini par convaincre le tribunal administratif de Strasbourg.
Les galeries de Stocamine stockent aujourd’hui 42 000 tonnes de déchets dits « ultimes ». Ce sont des « big bags » pleins de produits chimiques que les techniques de traitement des années 90 ne permettent pas de dépolluer. Dans l’enquête publique relative à la demande de stockage définitif, il est bien spécifié que la composition exacte des déchets « ultimes » entreposés n’est pas connue.
Une enquête pénale en cours sur la nature des déchets
D’autres substances hautement toxiques sont présentes comme de l’arsenic, du cyanure ou encore de l’amiante, mais dans des quantités inconnues. Certains composants comme le cyanure pourraient être plus présents qu’initialement estimé. En 2017, 24,16 des 25,70 tonnes de mercure, soit 94% des barils présents, ont été déstockées. Au total environ 2 000 des 44 000 tonnes sont remontées à la surface.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le droit local en vigueur en Alsace – Moselle offre quelques jours fériés supplémentaires et permet plus de solidarité mais certaines dispositions de ce corpus de textes ont mal vieilli et mériteraient d’être actualisées, voire abrogées. Voici une sélection.
Les associations alsaciennes et mosellanes sont introuvables sur le registre national des associations. Une absence due au droit local alsacien-mosellan. De 1871 à 1918, ces trois départements étaient allemands, à un moment où plusieurs lois importantes ont été votées en France dont le droit d’association.
Les trois sources du droit local
En 1918, pour faciliter le retour à la France, un certain nombre de textes juridiques allemands et anciens ont été conservés, une partie est encore en vigueur à ce jour. Le corpus législatif propre à l’Alsace-Moselle est issu de trois sources : des lois françaises d’avant 1870 abrogées en France, des textes allemands de 1871 à 1918 et des textes français postérieurs à 1918, mais dont l’application est limitée à l’Alsace-Moselle.
Pour Benoit Vaillot, historien spécialiste de l’histoire de l’Alsace, le maintien du Concordat est inacceptable dans un pays laïc :
« Si on est attaché au principe de laïcité, c’est une exception scandaleuse. L’État n’a pas à mettre son nez dans les affaires de religion. L’application de la loi de 1905 à l’Alsace Moselle serait un gain de liberté dans l’exercice des cultes « reconnus » avec la suppression du droit de regard, mais représenterait pour eux une perte économique, surtout pour les cultes catholiques, qui bénéficient des subventions les plus élevées. D’un point de vue républicain, le régime cultuel alsacien-mosellan est à la limite de la légalité. Il y a en tout cas une rupture d’égalité entre les citoyens. »
Tous les autres cultes dits « non reconnus » n’entrent pas dans le Concordat : l’islam, la communauté juive libérale, les églises évangéliques, le bouddhisme… Ce régime place l’Église catholique en position dominante, comme l’explique Michel Seelig dans son ouvrage « Vous avez dit Concordat ? » publié en 2015 :
« Le Concordat établit un système discriminatoire à l’intérieur des confessions protestante et juive, il exclut complètement l’islam, pourtant bien représenté dans ces territoires. »
Grâce à ce régime spécial, les communes peuvent accorder des subventions et financer certains projets découlant des cultes, sous condition d’un intérêt public, au même titre qu’à une association classique. En 2004, la Ville de Strasbourg et les autres collectivités alsaciennes avaient étendu ce subventionnement à l’islam, lors de la construction de la Grande mosquée de Strasbourg au Heyritz. Ce précédent avait ressurgi à l’occasion d’une subvention pour une autre mosquée, celle du Millî Görus à la Meinau. À cette occasion, l’Ifop avait réalisé un sondage pour le Grand orient de France : 52% des habitants d’Alsace-Moselle et 78% des Français seraient favorables à l’abrogation du Concordat.
L’historien Benoit Vaillot analyse :
« C’est la première fois qu’une majorité des Alsaciens-Mosellans est favorable à l’abolition du régime des cultes. Il y a 50 ans, même moins, une très grande majorité de la région défendait encore son maintien, il semblait donc anti-démocratique de le supprimer. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et cela engendre un problème de légitimité. Il ne faut pas oublier que le maintien de ce régime était transitoire après la Première guerre mondiale, il avait vocation à s’éteindre. Actuellement, cette question est davantage devenue politique que religieuse. Le Concordat est devenu un totem de l’identité régionale, défendu par les mouvements ethno-régionalistes alsaciens. Je pense qu’il faudrait faire preuve de courage et appliquer la loi de 1905 partout, en supprimant le droit de regard de l’Etat et le financement des cultes. Grâce à la laïcité, l’Etat ne reconnaît aucune religion, et applique pleinement la liberté de conscience. »
2. Le casse-tête de l’articulation des droits
Les règles du droit local datent d’il y a plus d’un siècle. Depuis, tout un arsenal juridique s’est développé et notamment le droit européen et international. Lorsqu’un litige traverse les frontières et provoque un conflit de lois, il faut pouvoir définir le tribunal compétent et la loi applicable. Un arbitrage possible grâce aux règlements européens, qui définissent des critères de rattachement, par exemple le lieu de conclusion du contrat. Mais les règles de conflit du droit local vont parfois définir des critères différents. Ces règles de conflits entraînent de nombreuses difficultés dans la pratique.
Nicolas Nord, spécialiste en droit international privé et en droit comparé à l’Université de Strasbourg, met en avant la difficile articulation des règles locales, nationales et internationales :
« Certaines règles de droit local ne correspondent plus vraiment à la société, et apparaissent inadaptées aux nécessités actuelles. Par exemple en matière contractuelle, on ne sait jamais quel est le texte applicable. Les règles de conflit destinées à identifier le champ d’application du droit local sont pour la plupart obscures, voire inapplicables, car supplantées par des textes internationaux et des règlements de l’Union européenne. À plus long terme, l’existence de règles de droit spécifiques à l’Alsace-Moselle apparaît menacée, faute pour elles d’être dotées d’un champ d’application clair. La plupart du temps, la justice ignore le problème et utilise le règlement européen. Il y a un côté très anachronique de ces dispositions et une absence totale d’adaptation. En pratique, ces règles locales sont donc largement méconnues et les juges français ne les appliquent que rarement. »
3. L’accès difficile aux prix des biens immobiliers alsaciens-mosellans
La base DVF (demande de valeurs foncières) donne accès aux prix des biens immobiliers en France… sauf en Alsace et en Moselle. Cette base de données, a été rendue accessible à tous par un décret du 28 décembre 2018. Elle permet à chaque particulier de consulter les prix de vente des biens immobiliers, sur les cinq dernières années.
Pour Henry Buzy-Cazaux, président de l’Institut du management des services immobiliers, cette base de donnée ouverte constitue un outil essentiel pour la transparence des propriétés immobilières et l’accès à l’information :
« Le grand public et les professionnels se servent de cette plateforme pour consulter l’ensemble des données du marché sur les transactions immobilières réalisées sur le territoire. C’est un gain précieux pour connaître le niveau des transactions pratiquées dans une même zone, notamment pour maîtriser les abus et avoir des références. »
Certaines de ces données sont disponibles en Alsace – Moselle dans le Livre foncier, qui est régi par le droit local. Le citoyen peut les consulter en demandant la délivrance d’une copie. Le juge du Livre foncier est responsable de cette publicité, ainsi que du contrôle de la forme des actes authentiques.
« D’une manière générale, cette différence ne pose pas de contraintes particulières pour les professionnels alsaciens-mosellans, nos bases de données sont multiples et mises à jour rapidement. Mais dans le reste de la France, les professionnels ont plus de mal à comprendre comment fonctionne la publicité foncière dans nos zones et il serait bien pratique que la base DVF soit accessible partout. »
Pour Henry Buzy-Cazaux, cette exception juridique pose un problème de transparence :
« La connaissance d’un marché ne doit pas avoir de frontière territoriale, culturelle ou historique. Le besoin de transparence est le même partout. On pourrait très bien imaginer des passerelles statistiques et une communication entre les bases de données nationales et locales… La question avait été posée au moment de la mise en service de DVF mais rien n’a été fait. »
4. Un cadre rigide pour créer, modifier et obtenir les informations d’une association
En Alsace-Moselle, la création d’une association de droit local relève de la loi de 1908 et non de celle de 1901. Conséquence, il faut se déplacer au tribunal judiciaire du siège de l’association et l’inscrire sur un registre. Le juge va alors vérifier « l’absence d’atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs » et s’assurer que la constitution est portée par sept membres au moins. En cas de modification, il est nécessaire de faire une demande écrite au greffe de ce même tribunal. Et pour consulter ce registre, par exemple lorsqu’il s’agit de vérifier l’objet social ou les membres du bureau d’une association, il faut aussi se déplacer ! Depuis 2021, il est même nécessaire de prendre rendez-vous.
« Cela fait plus de deux ans que nous préparons un logiciel adapté pour fusionner les données et mettre en place un téléservice. Une première version sera disponible à partir du 1er janvier 2023. Les associations qui le souhaitent pourront demander un numéro RNA. »
Pour une mise en relation entre le registre national et ces registres locaux, voici la réponse du ministre de la Justice en 2020 : « Il s’agit d’une question qui devra donner lieu à expertise interministérielle, et notamment à des échanges avec le ministère de l’Intérieur. »
Six ouvrages consacrés au droit local alsacien-mosellan. Photo : Lucie Lefebvre / Rue89 Strasbourg
5. La lente et complexe informatisation du Registre du commerce et des sociétés (RCS)
L’extrait Kbis permet de vérifier les données comptables d’une entreprise immatriculée au Registre du commerce et des sociétés (RCS). Ce document est incontournable pour les entreprises, notamment pour faire des démarches auprès de l’administration ou des tiers.
Dans le reste de la France, ces extraits sont accessibles via Internet depuis 2001 grâce au site Infogreffe, une plateforme alimentée par l’ensemble des greffes des tribunaux de commerce de France. Mais en Alsace-Moselle, les tribunaux de commerce ont été supprimés par une loi d’Empire de 1877. Les affaires commerciales relèvent de chambres spécialisées des tribunaux, en vertu de l’article L731-2 du Code de commerce.
Le Palais de Justice, où se situe le tribunal judiciaire de Strasbourg. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg
Jusqu’en 2020, il fallait se déplacer jusqu’au tribunal pour obtenir l’extrait Kbis en mains propres quand ailleurs, quelques clics suffisaient. Ces territoires se confrontaient à un retard matériel et administratif pour la délivrance de ces documents. Dans un article publié en 2017, Rue89 Strasbourg racontait le casse-tête du « labyrinthe administratif de la justice alsacienne ».
Face à cette complexité, le ministère de la Justice a entamé une informatisation progressive des démarches et depuis 2019, les entrepreneurs strasbourgeois peuvent enfin effectuer cette démarche en ligne.
Présidente de la section strasbourgeoise de la Ligue des droits de l’Homme et bénévole de l’association d’aide aux réfugiés et migrants La Cimade, Ingrid Boury a découvert avec stupeur le projet de loi qui vise à faciliter l’expulsion des « étranger délinquants ». Elle a écrit cette lettre ouverte destinée à son auteur, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.
Monsieur Darmanin,
En me réveillant ce matin, j’ai découvert votre projet de loi « Étrangers délinquants ». Il a suscité en moi des sentiments de colère et d’incompréhension. Pourquoi ? Hier, j’ai passé mon après-midi à la maison d’arrêt de Strasbourg pour une permanence juridique en droit des étrangers. Je vous écris aujourd’hui du fait de mon expérience de bénévole au sein de La Cimade depuis plus de cinq ans. Par ce biais, j’ai rencontré des centaines d’ « étrangers délinquants » comme vous les qualifiez. Mais est-ce que vous vous les avez simplement rencontrés avant d’avoir l’idée de votre future loi ?
Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin rencontre souvent des policiers. Mais a-t-il rencontré ces « étrangers délinquants » qu’il veut expulser ? Photo : Jacques Paquier / Flickr / cc
Avez-vous rencontré Monsieur Y ? Moi oui.
M. Y est arrivé à l’âge de 13 ans en France, seul, du Sahara occidental. Il n’a jamais été déclaré à la naissance. Il a été pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et a fait un apprentissage dans un restaurant strasbourgeois réputé.
« Vous dites que la France est généreuse »
Mais sans papier d’identité, impossible de le régulariser. M. Y s’est retrouvé majeur, sans emploi, à vivre dans la rue. M. Y est un « ni ni » comme vous dites, « ni expulsable ni régularisable ». Il est dans un « cercle vicieux », comme il l’a compris lui-même. La préfecture envisage, encore une fois, de lui notifier une obligation de quitter le territoire français. M. Y aimerait bien avoir un papier d’identité pour faire des demandes de régularisation. Il aimerait pouvoir travailler avec sa formation, pour laquelle l’État français a investi. Il aimerait pouvoir s’occuper de son enfant français alors qu’il n’a pas eu de parents.
Vous dites que la France est généreuse. Vous trouvez cela généreux de former un jeune mineur puis de le laisser à la rue à sa majorité ? Vous trouvez cela généreux de le mettre dans une situation où il risque de devenir un « étranger délinquant » alors qu’il pourrait simplement travailler ?
Je vous invite à faire des recherches sur l’homosexualité en Biélorussie
Avez-vous vu les cicatrices de Monsieur U ? Moi oui.
M. U est biélorusse. Il a fait partie d’associations qui luttent contre le pouvoir en place. Il a été frappé par la police biélorusse. Il a des cicatrices sur le corps, les avez-vous vues ? Moi oui.
Il a été en prison en Biélorussie. Il a des séquelles qui nécessitent des soins réguliers. M. U est rejeté par sa famille car il est homosexuel. Je vous invite à faire des recherches sur l’homosexualité en Biélorussie.
Vous dites que la France est généreuse. Vous trouvez cela généreux de vouloir expulser une personne dans un pays où il trouvera des conditions de prison inhumaines pour des crimes qu’il aurait commis pour défendre la démocratie et les droits de l’Homme ?
S’ils retournent au Sénégal, leur fille risque l’excision
Avez-vous rencontré Monsieur N ? Moi oui.
M. N est sénégalais, il est arrivé en France avec sa femme et sa fille. Leur fils est né ici. M. et Mme N se sont mariés au Maroc, après avoir fui le Sénégal. Ils n’avaient pas le droit de se marier dans leur pays car ils viennent de deux ethnies différentes. Ils sont menacés par leurs propres familles et sont ici car ils parlent français et voulaient vivre leur amour librement.
S’ils retournent au Sénégal, leur fille risque de subir l’excision. M. N travaille « au noir » et sous-loue un logement pour sa famille.
Vous trouvez cela généreux de séparer une famille ?
Vous dites que la France est généreuse. Vous trouvez cela généreux de séparer une famille et de risquer l’excision de leur petite fille ? Vous trouvez cela généreux de ne pas régulariser une famille qui travaille et vit sans aucune aide de l’État ?
Avez-vous vu une personne de 20 ans être expulsée dans un pays qui lui était inconnu alors qu’elle était arrivée en France à l’âge de sept ans et que son père s’engageait à s’occuper d’elle ? Avez-vous vu des personnes en prison car elles s’étaient rebellées contre les forces de l’ordre pour ne pas monter dans un avion tellement elles avaient peur de retourner dans leur pays d’origine ? Avez-vous vu une mère, désemparée, face à son obligation de quitter le territoire alors que sa fille est en France ?
Moi oui.
Avez-vous quitté votre maison pour fuir la guerre ?
Êtes-vous partis de l’Iran, en traversant la Turquie, la Grèce, l’Italie pour arriver en France deux ans plus tard, en manquant de mourir chaque jour dans la rue ou en passant les frontières ? Avez-vous quitté votre maison et laissé votre vie derrière vous pour fuir des guerres ?
Moi non. Vous non plus. Eux si. Ils ne le font pas par plaisir.
Il serait difficile d’être exhaustive. Ce ne sont que des exemples qui représentent des milliers de situations.
Je vous souhaite de ne jamais être un « ni ni »
Je suis sortie de la maison d’arrêt de Strasbourg hier, outrée par la violence psychologique que cela engendre quand une personne sort de prison et qu’en 24 heures elle se retrouve au Kosovo. Je me suis réveillée ce matin encore plus outrée par votre projet de loi alors que je pensais à ce que j’allais faire pour aider M. Y.
Il y a quelques semaines, nous avons perdu M. S. Ce fut un choc, à Strasbourg. M. S a été retrouvé mort, victime de ce système, après des années et des années dans le cercle vicieux de la rue et de la prison, malgré toutes les personnes et associations qui se sont démenées pour l’aider. Le système avait fait de lui un « ni ni ». Je vous souhaite de ne jamais être un « ni ni ».
Je ne parlerai des violations des droits de l’Homme
Je suis juriste, vous aussi, mais je ne ferai pas de droit ici. Je ne parlerai pas des violations des droits de l’Homme, de la convention européenne, des traités internationaux, que provoque cette future loi. Je ne parlerai pas de toutes les entraves juridiques que nous rencontrons déjà et de tous les moyens abusifs que vous employez, de tout ce qui pourrait être mis en place pour améliorer plutôt la réinsertion, du système carcéral qui va mal…
Je vous parlerai seulement d’humains. Et je vous demanderai seulement d’arrêter de parler d’eux avec des statistiques dans les médias, et d’arrêter de chercher les responsables là où ils ne sont pas.
Je vous invite à venir rencontrer les « étrangers délinquants » pour connaître les parcours de ces personnes avant de juger de leur sort.
Je vous prie d’agréer, Monsieur Darmanin, mes sincères salutations.
La « Nepomuk » est une des plus vieilles fêtes du Bade-Wurtemberg. À deux pas de la frontière française, elle attire de nombreux Alsaciens à Neuenbourg, qui y cherchent convivialité, loisirs et bonne chère. Tant mieux, c’est l’objectif de ses promoteurs qui font de cette institution un pont festif entre la France et l’Allemagne.
L’entrée est la même depuis des années : dimanche 10 juillet, au-delà de l’artère principale de Neuenburg-am-Rhein, après les restaurants, les kebabs et les glaciers de la place de la mairie, le badaud tombe nez-à-nez avec une sorte de portail à l’allure médiévale, à l’effigie de celui qui a donné son nom à la fête : Saint Jean Népomucène, un prêtre du XIVe siècle.
Des buvettes et terrasses sont entourées de faux « remparts » et d’étendards qui rappellent les tournois de chevaliers. Cette année, seules deux rues de cette ville de 12 000 habitants située en face d’Ottmarsheim sont dédiées à la Nepomukfest.
La Nepomukfest est revenue après 2 années blanches dans les rues de Neuenburg-am-Rhein Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Fondée en 1968, cette fête s’étend d’habitude sur quatre jours au début de l’été et occupe plusieurs allées. Street-food, échoppes foraines, scène musicale et dance-floor se partagent d’ordinaire la voirie, ainsi que des manèges et une grande roue. Ces derniers sont absents de cette édition… par manque de place.
La Rathausplatz, la place principale, accueille des auto-tamponneuses. D’ordinaire, une grande roue est installée non loin. Mais pas cette année. Photo : AM/Rue 89 Strasbourg
Des panneaux « 10€ les 10 shots » semblent être comme des vestiges des soirées précédentes. « Il y a beaucoup plus de monde en soirée, les gens viennent pour les concerts et pour boire un verre », explique Hannah, bénévole au bar du stand de l’association Klosterkopfhexen, dédiée au carnaval. Ce dimanche, le programme consiste surtout en une succession de fanfares sur la scène au milieu de l’allée. Le matin même, la traditionnelle messe œcuménique a rassemblé des croyants catholiques et protestants.
En tout, une dizaine de terrasses accueillent les badauds tout le long de la Breisacher Strasse Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Hannah a de quoi comparer les éditions, elle qui a fait plus de 20 ans de Nepomuk. La jeune trentenaire a commencé petite fille en servant des gaufres au stand, et maintenant, elle sert des bières ! Elle est fière de participer à cet événement très important pour son association, qui « tire presque toute sa trésorerie » de ces quatre jours de fête.
Gregor, Ela et Hannah, bénévoles de la Klosterkopfhexen, association du carnaval Photo : AM / Rue89 Strasbourg
À y regarder de plus près, il est vrai que tous ceux qui servent des frites et des saucisses, qui slaloment entre les tables, qui suent devant leurs fourneaux, sont des bénévoles de clubs sportifs. Le TV Neuenburg 1926 propose des grillades, le FC Neuenburg, tout en couleur jaune criarde, sert des « Gyros box » (box kebab) et des « Schupfnudeln » (sortes de gnocchi allemands)… On déguste des bières sur des tables hautes, grâce au FC Auggen, un club de foot voisin.
La Nepomuk constitue les réserves de trésorerie pour les associations sportives. Donc les bénévoles mouillent le maillot ! Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Parmi le public, il y a Brigitte, suissesse exilée dans le pays de Bade, Ecki, et leurs fils Adrian et Roman. Il y a aussi Anna, la petite amie de Roman, et Cecilia, Milena et Amy, les petites-filles. Brigitte vient toujours à la Nepomukfest parce qu’elle aime y « croiser des connaissances » qu’elle n’a « pas l’occasion de voir par ailleurs ». Granités en main, toute la petite famille défend l’événement quand on s’étonne de l’absence de grande roue : « il y a quand même les stands forains, le tir à la carabine, les fléchettes… », pointe Brigitte.
Ecki (aux lunettes de soleil), Brigitte (au sac à main) et leur fière descendance perpétuent la tradition du tour en famille à la Nepomuk. Adrian, en chemise à carreaux, est venu la veille avec des amis. Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Aux côtés d’Adrian, qui glisse être déjà venu la veille pour boire quelques bières avec des amis, Ecki raconte à quel point la fête est un rituel pour les habitants du coin :
« Le lundi, les gens ont l’habitude de venir entre collègues en sortant du travail pour partager une Bratwurst. Ensuite, tous les habitants se retrouvent pour le traditionnel feu d’artifice. »
Qui n’aura pas lieu cette année. Le maire, Joachim Schuster a expliqué dans la Badische Zeitung que la ville accueille une centaine de réfugiés ukrainiens, et qu’il ne serait « pas judicieux de réveiller des souvenirs de guerre avec des pétards et autres éclats lumineux ».
Des Français ravis, entre fidèles et nouveaux venus
Arnaud, sa femme et ses enfants, viennent chaque année de Morschwiller-le-Bas, une commune attenante à Mulhouse. Il est 13h et la petite famille se presse vers l’entrée pour déguster une saucisse-frites :
« On aime beaucoup l’Allemagne, l’ambiance qui y règne, la gastronomie… On n’a pas trop l’habitude de faire des fêtes de village, mais celle-ci on ne la rate jamais ! »
En guise d’animations, quelques stands « fête foraine » et une fanfare Photos : AM / Rue89 Strasbourg
Giuseppe, un autre français, fait visiter le coin à sa dulcinée, Magali, venue de Besançon pour l’occasion. Lui, il aime les fêtes de villages, « surtout quand cela met en avant le folklore, la culture, quel que soit le pays ! » Pourtant, il ne savait pas qu’il y avait une fête à Neuenburg ce week-end, il passait surtout pour acheter des clopes… Tant mieux pour Magali, qui a découvert un univers « très différent » de chez elle. Avant de repartir, Giuseppe veut continuer à faire un tour de la ville pour débusquer l’influence italienne chez les Allemands, dont on lui a vanté un intérêt pour les transalpins. Ce ne sont pas les deux glaciers de la place principale, où servent des Italiens qui vont contredire la rumeur.
Giuseppe fait visiter sa région (transfrontalière) à Magali, en visite depuis la Franche-Comté Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Plus loin, au milieu de la foule, une petite famille en tenue de cycliste floquée « Caisse d’Épargne » respire le « cocorico ». Bingo, ce sont des Parisiens, ou plutôt des Franciliens, en goguette. Ludovic, Anne et leurs enfants Sarah et Simon ont atterri là par hasard : « nous rallions Constance à vélo à partir de Colmar », explique le papa, la quarantaine. « Aujourd’hui, nous allons jusqu’à Bad Bellingen (une petite commune thermale) et Neuenburg était sur le chemin ». Ils en prennent plein les oreilles, les yeux et les papilles :
« C’est charmant, ça nous dépayse, écoutez la fanfare, on est bien en Allemagne ! On vient de déjeuner dans un restaurant traditionnel avec des serveuses en Dirndl. On a beaucoup aimé les escalopes ! »
La région de Neuenburg attire même des Parisiens en vadrouille ! La petite famille ira jusqu’à Constance Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Il est vrai que les « Harmonika Freunde » de Müllheim, une commune voisine, emportés par une version schlager de « Mon manège à moi » d’Edith Piaf, rendent la conversation difficile. Mais heureusement qu’ils sont là, ces musiciens de tous âges, pour animer la rue qui ne résonnerait sinon que de verres qui trinquent (« Prost ! », entend-on un peu partout). Au pied de la scène, Helga et Raimund sont absolument enchantés de danser sur « la Môme ».
Un symbole de l’amitié franco-allemande
Ces touristes bavarois racontent leur « amour de la France » : « j’adore la chanson “Sous le ciel de Paris” », explique Raimund :
« J’ai essayé de l’apprendre à l’accordéon mais je n’ai jamais réussi. Alors, quand on est en France, je demande aux musiciens de rue de la jouer. À chaque fois, on danse ».
Avec sa femme, il fait un petit tour de l’Alsace et du Bade-Wurtemberg. Ils ont fait le musée de l’auto à Mulhouse, la route des vins (« Riquewihr, c’était super », pointe Helga), et s’apprêtent à aller au « musée de la moto » (en fait la « Grange à bécanes » à Bantzenheim, un village à proximité de Chalampé et Ottmarsheim). Raimund ne tarit plus d’éloges sur la France, dont il connaissait surtout le sud, ayant travaillé avec Airbus. Les Alsaciens le font marrer selon ses propres mots : « ce ne sont pas les mêmes Français que dans le sud, ce sont des Français “allemands” ».
Passionné de véhicules, Raimund avait sur sa liste le musée de l’auto et celui de la moto. Neuenburg n’est qu’une étape au milieu de ces lieux culturels haut-rhinois, mais Helga a « adoré » Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Sans le savoir, Raimund et Helga symbolisent avec leur enthousiasme et leur fan-attitude tricolore tout ce que la Nepomuk voulait être à l’origine : un pont entre les peuples et un événement dédié à l’amitié franco-allemande. Le choix du deuxième week-end de juillet se veut proche du 14, pour côtoyer la fête nationale française. Et puis, Saint Jean Nepomucène, c’est le saint patron des ponts et des bateliers, alors…
La fête de rue se veut symbole de pont avec la France et entre les peuples. Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Accoudé à une table en hauteur, chacun une bière en main, Ty, Lexes et Joey viennent tout droit de l’Indiana (« en plein milieu des États-Unis », précise Joey pour nous situer). Ty blague sur sa présence ici : « Je suis venu il y a trois ans, et quand j’ai entendu que la Nepomuk revenait en 2022, j’ai sauté dans un avion pour y retourner ! ». Ce grand gaillard barbu aux verres solaires dit à moitié vrai : il avait vraiment apprécié la fête en 2019, mais il est revenu pour le travail.
Entre Phil (à gauche) et ses collègues (Ty, Lexes et Joey, de gauche à droite), l’amitié germano-américaine tient à quelques bières et à la saucisse sous toutes ses formes Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Avec ses camarades, ils logent à Weil-am-Rhein (ville allemande frontalière à Bâle) pour un « work trip » de quelques semaines. Leur entreprise y a son siège européen. Aujourd’hui, ils sont venus à Neuenburg pour retrouver Phil, un collègue allemand qu’ils connaissent depuis une dizaine d’années. Pour eux, cette fête de rue est le parfait prétexte pour prendre un bain de folklore allemand : « ça ressemble un peu aux « county fairs » (foires locales) qu’on peut avoir chez nous, sauf qu’aux USA, on ne mange que des choses frites », note Joey. « Ici, on apprécie beaucoup la currywurst, les Spätzle, les merguez… ».
Ty se lance dans une diatribe contre la choucroute en boîte, « seule spécialité allemande (sic) qu’on trouve chez [nous] » : « ce n’est vraiment pas bon. Ici, on sent que c’est le vrai goût de la vraie choucroute ». Que dire du jour où il goûtera celle d’Alsace !
La Grande braderie marque son retour ce samedi 30 juillet, après deux ans d’absence. Au programme : des étalages, des animations, un dispositif de sécurité renforcé, une interdiction de circuler en voiture et la gratuité des transports sur l’ensemble de la journée.
Il faut se préparer à un centre-ville bondé à Strasbourg ce samedi 30 juillet. La Grande braderie est de retour entre 7h30 et 19h30, jusqu’à 100 000 visiteurs sont attendus. Pierre Bardet, directeur général des Vitrines de Strasbourg, en charge de l’organisation de l’évènement, se réjouit : « Après deux ans d’absence, c’est une date attendue par beaucoup de monde. Je suis très content que la vie reprenne enfin. » En 2019, l’évènement avait réunit 120 000 personnes tout au long de la journée.
La Grande braderie n’avait pas pu se tenir à cause du Covid en 2020 et 2021. Photo : remise / Vitrines de Strasbourg
« Les commerçants sédentaires seront devant leurs magasins dans tout l’hyper centre », précise Pierre Bardet. Entre 550 et 600 commerçants professionnels seront présents pour cette nouvelle édition, y compris des brocanteurs et des itinérants. « On souhaite de très bonnes affaires aux commerçants et aux consommateurs », glisse l’organisateur de l’évènement.
Musique et humour place Gutenberg
Des animations sont prévues tout au long de la journée. Un quatuor de danseurs, chanteurs et comédiens inaugureront la Grande braderie à partir de 12h, place Gutenberg. L’orchestre traditionnel Perle y commencera son concert avant de déambuler dans la ville tout au long de l’après-midi. Il sera au Temple-Neuf à 14h30 et rue du 22 novembre à 16h. Un spectacle d’humour débutera à la même heure, avec la participation de Patricia Weller et Marlyse Riegenstiehl.
L’inauguration se tiendra place Gutenberg. Photo : remise / Vitrines de Strasbourg
Une réception suivra ces deux animations, toujours place Gutenberg. La Grande braderie occupera toute la Grande Île de Strasbourg, où la circulation des voitures sera interrompue du vendredi 29 juillet à 22h au dimanche 31 juillet à 1h. Les parkings Gutenberg, Tanneurs, Kléber et Broglie seront également fermés.
Transports gratuits et interruption des lignes au centre-ville
Pour soutenir les commerçants, l’Eurométropole de Strasbourg a décidé de la gratuité du réseau CTS et de ses parkings relais P-R toute la journée de samedi.
Mais attention, samedi jusqu’à 22h00, le centre-ville ne sera pas accessible pour les bus et trams. Certaines lignes de bus seront déviées de leurs itinéraires dès le vendredi 29 juillet à partir de 22h00. Toutes les informations sont détaillées sur le site de la CTS.
Plan des transports pour la journée de la Grande braderie ce samedi 30 juillet. Photo : Image CTS
Un dispositif de sécurité renforcé
Comme lors des éditions précédentes, un dispositif de sécurité encadrera l’évènement. Pierre Bardet précise que les « entrées du centre-ville seront contrôlées ce samedi, avec des agents de société de sécurité mobilisés à tous les ponts et passerelles pour entrer sur la Grand Île ». Il faudra alors se soumettre à un contrôle visuel des sacs, comme au marché de Noël. Des policiers municipaux seront également postés aux entrées de la ville pour repérer les comportements suspects. Dans la Grand Île, des patrouilles de police en uniforme et en civil seront déployées.
Des lieux culturels alternatifs essaiment à Strasbourg et trouvent leur public. Mais pour leurs fondatrices et fondateurs, les conditions sociales sont souvent très difficiles. Les gérants de la Grenze, du Phare citadelle et de l’Orée 85 décrivent des semaines de 70 ou 80 heures sans pouvoir se payer pendant des mois, voire des années, après l’initiation de leurs projets.
« On voulait ouvrir un lieu comme ça depuis dix ans. C’est un projet dans lequel on croit et qui fait sens pour nous donc on le fait, mais c’est clair qu’on en a chié », résume Thibaut, l’un des quatre fondateurs de la Grenze, un tiers lieu culturel et associatif composé d’un grand bar extérieur et d’une salle de concert derrière la gare de Strasbourg. Comme les créateurs de l’Orée 85 et du Phare citadelle, deux autres structures du même type, il décrit une démarche engagée avant tout :
« On a des activités sociales, des petits déjeuners pour les sans-abris par exemple, des ateliers et une programmation culturelle pas chère (souvent une dizaine d’euros la soirée concert, NDLR) pour faire profiter du monde. »
Strasbourg compte de plus en plus de lieux alternatifs qui s’imposent dans le paysage. Pendant les beaux jours, des centaines de personnes s’y rendent, surtout les week-ends. Mais ces lieux tournent grâce à l’énorme investissement de leurs créateurs, souvent très mal payés, voire pas du tout. Au bout de quatre saisons d’activité, Thibaut travaille entre 35 et 70 heures selon les semaines et se verse « quelques centaines d’euros certains mois ». Sinon, il « se débrouille » avec son intermittence et d’autres missions culturelles.
« C’est devenu notre seul sujet de conversation »
Manon, Lola et Maxime sont à l’origine de l’Orée 85. Ouverte au public en mai, cette ancienne maison d’éclusier à la plaine des Bouchers a été transformée en restaurant, avec des espaces dédiés à des événements culturels, des activités sociales, militantes et de jardinage. Au milieu de l’été, en pleine période faste, les trois cofondateurs se disent éprouvés. Lola raconte :
« On est mal physiquement, on fait des nuits courtes. Il n’y a plus que ça, du réveil au coucher, de 9h à minuit quand ce n’est pas encore pire. On enchaîne les semaines de 70 ou 80 heures depuis huit mois. Je me sentais extrêmement stressée avant l’ouverture. J’étais clairement en burnout. Il y a des moments où je me suis dis que j’allais arrêter. »
Lola, une des fondatrices de l’Orée 85. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Maxime ajoute :
« Ce qui me rend le plus triste, c’est de renoncer à tout le reste. Plus le temps de sortir, de voir mes amis, d’avoir d’autres activités. Et c’est devenu notre seul sujet de conversation si on croise quelqu’un. »
Comme Lola et Manon, il est au RSA depuis janvier 2021 lorsqu’il a débuté ce projet. L’équipe prévoit de rester à ce niveau de rémunération jusqu’en 2023, ensuite de se verser 900 euros par mois pendant un an, puis 1 100 euros par mois à partir de janvier 2024 et jusqu’à la fin du bail de cinq ans. « On risque de continuer à 70 – 80 heures par semaine encore quelques temps, puis on aimerait baisser à 50 heures au bout d’un moment », souffle Maxime.
4 000 heures de bénévolat pour initier le Phare Citadelle
Simon est co-fondateur du Phare citadelle, un bar extérieur et un lieu culturel sur la presqu’île entre les quartiers Neudorf, Esplanade et Port du Rhin, porté par une coopérative. Il fait aussi « 75 heures facile », avec des journées de 8h à 23h sur les périodes d’ouverture du site entre juin et octobre. « Des travaux sont encore en cours, ça devrait aller mieux quand ils seront finis », espère Simon.
C’est la Ville qui a publié un appel à manifestations d’intérêt via une société, la SPL Deux-Rives. L’équipe du Phare citadelle l’a remporté en avril 2021. Elle était composée de dix associés aux compétences diverses : des architectes, des professionnels de la culture, de la restauration, de la communication… Avec « l’aide de quelques potes », ils ont aménagé la friche industrielle en deux mois, pour un début d’exploitation en juin, mais sans se payer.
« En tout, on a fait 4 000 heures de bénévolat pendant ces deux mois », a compté Simon. Lui était au RSA à ce moment. Ensuite, cinq des dix associés ont pu se salarier un peu au dessus du Smic jusqu’en octobre 2021, moment où le site ferme pour la période hivernale. Les autres continuent à s’investir gratuitement depuis le départ. Pendant le temps de fermeture du lieu, de octobre 2021 à juin 2022, Simon a reçu des allocations chômage, puis le RSA, tout en travaillant pour le Phare citadelle « 20 à 35 heures par semaine ».
Chefs de chantier, programmateurs culturel, gérants de bar, accueil social…
L’ouverture de ces lieux alternatifs, qui rassemblent plusieurs activités, provoque une énorme charge de travail. Les lauréats des appels à projets doivent investir des bâtiments vides et inutilisés pour les mettre aux normes d’accès au public, parfois en un temps record. L’équipe du Phare citadelle a su qu’elle avait été sélectionnée en avril 2021 pour un début d’exploitation en juin…
Outre les travaux, il faut communiquer, planifier des évènements, répondre aux démarches administratives. Les porteurs de projet sont chefs de chantier, programmateurs culturels, gestionnaires de bar-restaurant et, parfois, font une forme de travail social. Mais la quasi-intégralité de leurs revenus sont tirés du bar et de la restauration. « Il faut que les gens viennent boire des coups chez nous, on a besoin de ce soutien », insiste Thibaut, de la Grenze.
Des emprunts conséquents
Au lancement, les investissements sont conséquents malgré le recours à des armées de bénévoles dans les chantiers participatifs (dont certains organisés par l’Atelier NA, un collectif d’architectes), et un maximum de bricolages « faits maison ». Après avoir remporté l’appel à projets, Maxime, Lola et Manon de l’Orée 85 ont dû débourser 180 000 euros pour transformer leur ruine de maison d’éclusier en un lieu public et cosy. Belle affaire pour Voies navigables de France (VNF), propriétaire des lieux, qui ne débourse pas un centime et empoche même un loyer de 650 euros par mois.
La façade de la maison d’éclusier de l’Orée 85 en juin 2021, avant la construction de l’extension avec la véranda. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
À l’ouverture, l’équipe a embauché un cuisinier et deux serveurs. « Pour l’instant, on n’a reçu que deux subventions : 9 000 euros de la Région Grand Est et 5 000 euros de la Ville de Strasbourg, et c’était au bout de plusieurs mois », indique Maxime. « On candidate pour obtenir une nouvelle subvention de la Région qui pourrait monter jusqu’à 50 000 euros, ça nous aiderait beaucoup. » Un financement participatif leur a rapporté 18 000 euros. En grande majorité, les dépenses ont été couvertes par des emprunts : 130 000 euros à la Nef, 25 000 à Alsace active, 15 000 à Initiative Strasbourg. Lola, Maxime et Manon ont aussi engagé 30 000 euros personnellement.
Un réseau et des ressources financières
« C’est clair que si on n’avait pas des parents et un gros réseau qui nous aident, ça aurait été impossible. L’ouverture d’un lieu comme ça n’est pas accessible à tout le monde », remarque Lola. Maxime se méfie tout de même de cet hiver :
« Cet été, nos chiffres sont meilleurs que ce qu’on projetait. En moyenne, on attendait 350 euros par jour et on fait 1 500. On espère que les gens continueront à venir quand il fera froid, même si notre bar correspond plutôt aux attentes des beaux jours, avec beaucoup d’espace à l’extérieur, de la verdure… Comme il est un peu reculé, c’est un saut dans le vide. »
De son côté, la Grenze a pu financer 100 000 euros de travaux et son ouverture grâce à une subvention de 15 000 euros de la Ville, un prêt bancaire et un versement de 35 000 euros de Meteor. Ce montant correspond aux remises qui auraient été pratiquées par la brasserie alsacienne au bout de plusieurs années d’exploitation de la Grenze, qui paie ses bières au plein tarif en contrepartie.
Le premier étage de l’Orée 85. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« C’est profitable pour la Ville »
Même principe pour le Phare citadelle qui a bénéficié d’une remise anticipée de 21 600 euros de Meteor, en plus de 35 000 euros de la Ville en 2021, 23 000 euros du Centre national de la musique et 16 000 euros de financement participatif en 2022. Léa, aussi fondatrice du Phare Citadelle et en charge de la communication, explique :
« Nous avons emprunté 230 000 euros en tout à la Nef, au Crédit coopératif et à Alsace active. Les sommes engagées sont énormes et la part des subventions est minime. Cela crée forcément une grande pression sur le résultat du bar et de la restauration. »
« Beaucoup de personnes qui créent une entreprise ne se payent pas non plus pendant plusieurs années. Mais c’est vrai que les tiers lieu ont une autre dimension, ce sont des outils pour créer des liens sociaux. C’est profitable pour la Ville parce qu’on redynamise une zone, on propose des événements culturels accessibles… Un soutien financier est donc justifié, mais on sait que les budgets de la Ville ne sont pas extensibles. »
« On rend un service à la société, ce n’est pas un business comme les autres », surenchérit Maxime de l’Orée 85 : « Surtout, on n’est pas dans une logique de rentabilité, ce qui rend notre situation plus précaire. Il y a toute une partie de ce qu’on fait qui ne rapporte rien », ajoute t-il. La Grenze et l’Orée 85 font appel à des équipes de bénévoles pour accueillir le public lorsqu’il y a beaucoup d’affluence.
La salle de concert de la Grenze. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Avec l’appel à projets, on a gagné le droit de payer un loyer »
Les gérants de l’Orée 85 comme ceux du Phare citadelle estiment que le démarrage de leurs tiers-lieux aurait été beaucoup plus simple si les appels à projets auxquels ils ont répondu incluaient une subvention de départ, disponible immédiatement. Maxime est amer :
« Les demandes de subventions sont extrêmement chronophages. Même si l’appel à projets a été initié par le propriétaire, VNF, on avait déjà tout expliqué à la Ville qui faisait partie du jury. Il fallait quand même lancer cette longe démarche en répétant tout dans les demandes de subvention à la municipalité. Pourtant, on relève clairement de l’économie sociale et solidaire, on met en pratique ce que souhaite la Ville… On aurait attendu des coups de pouces des pouvoirs publics. Là c’est un peu décevant : on a gagné le droit de payer un loyer, en gros. »
Hugo, le cuisinier salarié de l’Orée 85. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Thibaut de la Grenze considère que son équipe était moins légitime pour demander de l’argent au lancement du projet :
« C’est nous qui sommes allés voir la SNCF pour leur demander s’ils avaient un site disponible et ils nous en ont loué un. On n’allait pas leur demander un chèque en plus. Quand on monte une activité sociale, on demande des subventions fléchées et elles nous sont octroyées. »
« C’est déjà une bonne chose que des lieux soient mis à disposition »
Guillaume Libsig, adjoint à la maire en charge de la vie associative, se dit conscient qu’il est « très difficile de monter un lieu alternatif ». Selon lui, l’aide de la Ville doit être plus organisationnel que financier, faute de budget :
« Verser une subvention comprise dans l’appel à projet et disponible immédiatement, c’est compliqué parce qu’on doit toujours savoir exactement pourquoi une subvention est allouée. Cependant, nous souhaitons être de plus en plus en lien avec ces porteurs de projet, pour faciliter les différents processus administratifs, réduire les délais, notamment en matière d’urbanisme, les conseiller, être un appui logistique. »
Léa du Phare citadelle voit une bonne volonté des élus :
« C’est déjà une très bonne chose que des lieux soient mis à disposition. Comme le Phare a été initié par la Ville, nous avons été accompagnés et les élus étaient à notre écoute. Ils nous ont donné des contacts et ont mis en place un éclairage public et des aménagements pour sécuriser le chemin d’accès vers le site. Le principal problème était le timing de la subvention. On en aurait vraiment eu besoin dés le départ, mais on en est au début de l’accompagnement des lieux alternatifs. Je pense que les bons ajustements seront mis en place. »
Un avenir incertain
D’ici cinq ans, le bail de l’Orée 85 sera terminé. Le prêt de la parcelle à l’usage du Phare citadelle court jusqu’en octobre 2025. La Grenze vient de signer une reconduction de son bail. Aucune des trois structures n’a la certitude de disposer de son site indéfiniment. « C’est vrai que c’est stressant, cela ajoute à notre sentiment de précarité. Nous avons engagé énormément d’argent et d’investissement personnel. Si on ne pouvait pas récupérer le lieu ensuite, cela serait une immense perte financière pour nous », constate Lola de l’Orée 85.
L’eau consommée par les habitants de la communauté de communes de la Basse-Zorn est contaminée par des produits liés aux pesticides agricoles. Un arrêté autorise la collectivité à poursuivre la distribution de l’eau en attendant un retour à la normale.
De l’eau avec plus de pesticides qu’autorisé coule des robinets des 14 584 habitants de Hoerdt, Bietlenheim, Geudertheim, Gries, Kurtzenhouse et Weyersheim. Cette eau provient de quatre forages situés à Bietlenheim, exploités par le Syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace Moselle (SDEA).
Tous ces forages présentent des taux de concentration en pesticides et métabolites – des composants nés de la dégradation des pesticides dans l’environnement – supérieurs à la réglementation. La communauté de communes de la Basse-Zorn (CCBZ), qui regroupe ces villages situés au nord de Strasbourg, a ainsi obtenu de la préfecture du Bas-Rhin et de l’Agence régionale de santé (ARS) Grand-Est, un arrêté dérogatoire, jeudi 21 juillet (voir ci-dessous), afin de continuer à distribuer cette eau non-conforme, et ce pour une durée de trois ans, en l’absence « d’autres moyens raisonnables immédiats ».
Entre mars 2020 et mars 2022, l’ARS Grand Est a réalisé une série de prélèvements et d’analyses dans les quatre forages qui alimentent les foyers de la CCBZ, visant à déterminer la présence et la quantité de certains pesticides et métabolites. Les résultats sont joints en annexe de l’arrêté dérogatoire du 21 juillet, en page 9 du document : les métabolites métolachlore ESA, le métolachlore NOA, et le chloridazone desphényl, sont retrouvés dans des proportions qui dépassent la limite règlementaire en vigueur, soit 0,1 microgrammes par litre (µg/l).
C’est un arrêté daté du 11 janvier 2007, qui fixe les limites de qualité de l’eau à destination de la consommation humaine en France. Ces trois produits pourraient « engendrer un risque sanitaire inacceptable pour le consommateur » selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).
Des taux jusqu’à neuf fois le seuil règlementaire
Selon les analyses de l’ARS Grand Est, sur la base des données collectées à différents moments et endroits entre mars 2020 et mars 2022, les eaux souterraines de Bietlenheim, distribuées sur le territoire de la CCBZ, comprennent en moyenne 0,39 µg/l de métolachlore ESA, et 0,27 µg/l de métolachlore NOA, soit des taux entre trois et quatre fois supérieurs à la norme de 0,1 µg/l. Des pics à près de neuf fois la valeur du seuil règlementaire de qualité sont détectés en février 2021 pour le premier et mars 2021 pour le second.
En ce qui concerne le chloridazone desphényl, sa concentration reste inférieure à la limite, à l’exception d’un prélèvement, entre juin et novembre 2021 (la date précise est illisible sur l’arrêté), où il est mesuré à 0,11 µg/l. Les scientifiques de l’ARS ont aussi additionné la concentration de ces métabolites. Selon la réglementation, elle ne doit pas dépasser 0,5 µg/l. La moyenne de concentration s’établit à 0,66 µg/l et atteint un sommet en mars 2021, avec une mesure à 1,69 µg/l !
La préfecture et l’ARS estiment que cette eau peut néanmoins être consommée sans risque pour la santé. De nouveaux seuils ont été fixés : 1 µg/l pour le metolachlore ESA et NOA, dix fois le seuil règlementaire initial. Pour le chloridazone desphényl, le nouveau seuil est fixé à 0,5 µg/l, cinq fois plus que la limite. La concentration totale ne doit pas excéder 2 µg/l, la limite est d’ordinaire à 0,5 µg/l. L’État enjoint la collectivité à remédier à cette situation dans un délai de trois ans. Si cette dernière n’y arrive pas, elle peut bénéficier d’un délai supplémentaire de trois ans, en déposant à nouveau un dossier motivé.
La communauté de communes de la Basse-Zorn a obtenu un arrêté dérogatoire pour continuer à distribuer de l’eau non-conforme au regard de la réglementation. Photo : Flickr / Jean-Baptiste / cc
Des substances aux conséquences méconnues
Sur son site, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), compétente pour rendre des avis de référence sur ces sujets de contamination des eaux potables, rappelle :
« La valeur réglementaire de 0,1 µg/L n’étant pas basée sur une analyse toxicologique ni sur des études épidémiologiques, celle-ci ne permet pas d’évaluer le risque pour la santé en cas de dépassement. »
La limite à partir de laquelle la consommation devient dangereuse pour la santé est appelée « valeur maximale sanitaire », ou Vmax. Ces Vmax sont établies par l’Anses. Selon l’arrêté du 21 juillet, la valeur maximale sanitaire en vigueur pour le métolachlore ESA est de 510 µg/l, soit plus de 500 fois la valeur du nouveau seuil déterminé par la préfecture. C’est une substance connue et qui a fait l’objet d’études solides.
En mai 2018, Rue89 Strasbourg a publié une enquête sur les incertitudes quant à l’impact des produits phytosanitaires sur la santé, notamment à cause de leurs effets inconnus lorsqu’ils sont combinés.
Le métolachlore NOA et le chloridazone desphényl n’ont pas été suffisamment étudiés pour définir une Vmax. C’est le préfet, sous recommandation de l’ARS qui fixe une « valeur sanitaire provisoire ». Dans le Bas-Rhin, elle est de 3 µg/l pour le métolachlore NOA et le chloridazone desphényl. Un avis de l’Anses du 23 avril 2020 explique qu’il n’y a jamais eu d’étude solide sur ces molécules qui permette d’établir une Vmax.
Un plan d’actions à mettre en œuvre
L’arrêté préfectoral ne pointe pas comme cause de cette pollution l’épandage de pesticides dans les champs alentours. Pourtant, les trois composants problématiques sont des composés dérivés de pesticides. Par ailleurs, un quart de la zone de captage, étendue sur 2 041 hectares, est occupée en surface par des terres agricoles (521 hectares), toujours selon l’arrêté préfectoral.
Dans les annexes de l’arrêté, le SDEA fixe un plan d’actions à la CCBZ pour que l’eau retrouve des concentrations en pesticides en dessous des seuils réglementaires. Une partie des mesures portent sur l’agriculture et visent à effectuer une transition vers des pratiques agricoles utilisant moins de pesticides.
Des mesures d’urgence seront mises en place, comme poser des filtres à charbon actif qui fixent les pesticides sur les puits de captage d’eau, et créer « une connexion d’urgence » avec le réseau de l’Eurométropole de Strasbourg. Un budget prévisionnel pour financer de nouvelles études et installations est estimé de deux à trois millions d’euros.
« On assume l’histoire »
Contacté, le président de la communauté de communes de la Basse Zorn (CCBZ) et vice-président du SDEA Alsace Moselle, Denis Riedinger, explique :
« C’est un travail collectif qu’on doit mener. Le SDEA est très vigilant sur ces sujets. Ces produits ont été utilisés pendant des décennies et maintenant on doit mettre en place des solutions qui permettent de revenir en dessous du seuil. Je ne jette pas la pierre aux agriculteurs. Ces produits ont longtemps été autorisés et encouragés. On assume l’histoire. »
La CCBZ n’est pas le seul établissement public à avoir bénéficié de cet arrêté dérogatoire. Deux autres arrêtés concernant l’eau distribué par le Syndicat d’eau et d’assainissement (SDEA) d’Alsace Moselle, sur les secteurs de Sélestat et Benfeld / Erstein, ont également été pris. Dans ces deux cas, la dérogation ne concerne que le métolachlore ESA.
Reporterre s’alarme pour les niveaux de la nappe phréatique rhénane, alors que les pompages agricoles se poursuivent, notamment dans la plaine du Grand Ried, malgré la sécheresse.
Mardi 26 juillet, Reporterre alerte surla nappe phréatique rhénane, qui risque d’atteindre des niveaux historiquement bas en 2022, selon un rapport de l’Aprona publié le 18 juillet. Le nord et l’ouest du Bas-Rhin ont été placés en vigilance sécheresse depuis mi-juillet et des arrêtés préfectoraux limitent certains usages de l’eau. Ces restrictions ne concernent pas la plaine du Grand Ried, située entre Strasbourg et Colmar. Les pompages d’eau pour l’irrigation des céréales, notamment du maïs, se poursuivent.
De nombreux cours d’eau du Grand Ried prennent leur source à un mètre au-dessus de la nappe. Selon l’Observatoire national des étiages (Onde), trois rivières sans eau ont été identifiées dans le secteur le 12 juillet. Or, « une seule journée d’assèchement d’une rivière anéantit des années d’efforts pour restaurer sa biodiversité », s’inquiète auprès de Reporterre Daniel Reininger, responsable du réseau eau d’Alsace Nature.
Les champs agricoles du Kochersberg. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Les associations dénoncent dans Reporterre un « système figé » qui ne prend pas en compte les particularités locales. Le porte-parole de l’association cite une étude de 2020 menée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sur la gestion quantitative des eaux souterraines du Grand Ried, qui définit des limites au-delà desquelles il faut arrêter les pompages agricoles dans la nappe pour éviter l’assèchement des ruisseaux phréatiques. « Nous avons aujourd’hui des données qui nous permettent d’anticiper ces situations, d’imaginer un changement des pratiques : pourquoi ne sont-elles pas prises en compte ? », s’interroge-t-il auprès de Reporterre.
Le tribunal administratif a annulé le retrait de l’agrément de l’association Deaf Rock Records pour employer des personnes en service civique. L’association, qui a changé de nom entre temps, va pouvoir continuer à recevoir des jeunes.
L’association Deaf Rock Records, dont l’un des fondateurs était mis en cause par plusieurs anciennes volontaires en service civique pour des comportements déplacés, parfois violents, à caractère sexuel entre 2015 et 2019 (lire notre enquête), a contesté devant le tribunal administratif la suspension de son agrément pour employer des volontaires en service civique. Le tribunal a donné raison à l’association le 21 juillet 2022, en se fondant sur le non-respect de la procédure contradictoire par la préfecture du Bas-Rhin.
Afin d’éviter d’exposer d’autres jeunes femmes, la préfecture du Bas-Rhin avait suspendu l’agrément pour recruter des services civiques de l’association dès janvier 2021. Deaf Rock Records a contesté cette suspension dès le 3 février, la suspension a été confirmée par la préfecture le 22 mars 2021.
Lors de l’audience devant le tribunal administratif le 30 juin 2022, la rapporteure publique, une magistrate chargée de proposer une solution au tribunal, a relevé que la procédure contradictoire n’avait pas été respectée par la préfecture, ce qui suffit pour annuler le retrait de l’agrément.
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Adjoint en charge du domaine public pour la ville de Colmar, Pascal Sala dirige aussi une entreprise de maraîchage, qui fournit des restaurants en fruits et légumes. Mais à Colmar, personne n’y voit de conflit d’intérêts…
À Colmar, les terrasses du centre-ville ont grandi. De quoi ravir de nombreux propriétaires de bars et leurs clients. De quoi aussi faire croître les revenus d’un de leurs fournisseurs, le maraîcher Siffert dont le gérant est Pascal Sala. Problème : l’adjoint au maire de Colmar chargé du commerce, de l’artisanat et de l’occupation du domaine public est un certain Sala, Pascal. Une situation qui pose question sur la solidité de la frontière entre l’intérêt public de l’occupation du domaine public par les terrasses et l’intérêt personnel du maraîcher fournisseur des bars…
« Les terrasses ont doublé de volume »
Depuis 2021, la mairie a accordé de nombreuses extensions aux restaurateurs, fragilisés par plusieurs mois de confinement et autres couvre-feux. Comme le décrit un Colmarien qui a préféré garder l’anonymat :
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Pendant les canicules, les ouvriers agricoles font partie des plus touchés par les risques liés à la chaleur. En juillet, période intense de récolte des fruits et légumes, les employés de la ferme Herrmann de Duntzenheim commencent leur journée à 6h et finissent à midi pour limiter la pénibilité.
À la ferme Herrmann de Duntzenheim, village agricole au nord-ouest de Strasbourg, il n’a pas plu depuis un mois. Le thermomètre atteint les 20 degrés Celsius ce mercredi 20 juillet, et il n’est que 8h. « On travaille depuis 6h aujourd’hui, parfois on commence même à 5h, c’est la seule solution pour se protéger de la chaleur », témoigne Évelyne Herrmann, gérante de l’exploitation qui produit des fruits et des légumes avec le label agriculture biologique. Elle ajoute :
« Les ouvriers partent à midi contre 17h d’habitude. Moi je recommence souvent en fin d’après-midi, quand le soleil descend un peu. »
Les travailleurs agricoles font partie des professionnels les plus exposés au phénomène de « stress thermique », selon une étude de l’Organisation internationale du travail de 2019. Il s’agit d’une chaleur corporelle excessive qui peut provoquer des symptômes comme des vertiges, des maux de tête, une sensation d’épuisement, une démarche titubante, voire la mort. Derrière le hangar de la ferme, plus loin sur la colline, se dresse une grande serre où poussent une vingtaine de variétés de tomates, des concombres, des poivrons et des courgettes. Le soleil tape sur la grande bâche en plastique.
La ferme Herrmann de Duntzenheim cultive des tomates, des concombres, des courgettes et des poivrons en serre.
Une atmosphère étouffante
En plus de la gérante, l’équipe de la journée est composée de deux employés permanents et de quatre saisonniers, mobilisés pour les récoltes d’été. La saison chaude est une période de grosse activité, impossible de ne pas travailler, au contraire. L’objectif de la journée est de cueillir près d’une tonne de tomates prêtes à la vente. Les palettes seront ensuite envoyées à des grossistes ou mises sur les étals de la boutique de vente directe de la ferme Les Jardins Gourmands.
Florence et François, deux saisonniers, ont commencé leur journée vers six heures. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc
Dans la serre, l’air passe mal. L’atmosphère est étouffante, « tropicale » : « Au début je supportais très mal ces chaleurs, mais j’ai appris à les supporter mieux. En m’habillant plus légèrement par exemple », explique Florence, ouvrière agricole de 35 ans, saisonnière depuis trois ans dans cette ferme.
Dans un climat humide et chaud, le corps arrive moins bien à transpirer, ce qui favorise les coups de chaud. C’était déjà arrivé à Marie-Louise en 2019 :
« Après une matinée de travail, j’avais des vertiges et je me sentais très faible. J’ai dû attendre un peu avant de reprendre la voiture parce que je me sentais trop faible. »
« On accumule de la fatigue »
Dès 9h30, la chaleur commence à peser. Le thermomètre de la serre affiche 30,8°C. Marie-Louise passe avec sa brouette entre les plants de tomates :
« Avant je travaillais surtout en ville mais je ne supportais plus. Psychologiquement ça va mieux, physiquement on fait avec le boulot qui doit être fait. C’est sûr qu’on ne peut pas demander à se mettre en télétravail parce qu’il fait trop chaud. »
Pour prévenir la fatigue de ces cinq mois de travail saisonnier, à raison de trois journées par semaine, Florence boit jusqu’à quatre litres d’eau par jour et se ménage :
« Quand je finis ma journée, je fais une petite sieste de deux heures pour mes activités de l’après-midi. Le soir je prends une douche froide et je vais me coucher un peu plus tôt, vers 21h. Mais à force, on accumule forcément de la fatigue, donc c’est important d’avoir en plus une bonne hygiène de vie avec l’alimentation… »
Marie-Louise passe dans les allées de tomates rondes ramasser celles prêtes à la vente.Photo : Danaé Corte / Rue89 Strasbourg / cc
Sur le site du ministère de l’Agriculture, seules quelques mesures de prévention sont listées pour prévenir les risques liés à la chaleur, comme l’aménagement des horaires. D’autres risques existent, comme les incendies sur les machines, dont les moteurs s’encrassent à cause de la poussière. Pour prévenir cela, Évelyne Herrmann dit devoir les nettoyer régulièrement en temps de sècheresse.
Des tonnes à porter
Florence prend les tomates une par une et les met sur la paille entreposée dans des cagettes. Elle soulève chacune d’elle, la pèse, puis la ramène au camion pour le transport jusqu’au hangar. Dans une journée et avec les allers-retours, l’employée estime porter une charge cumulée de deux tonnes. « C’est sport, mais j’aime bien », relativise-t-elle.
En une journée de travail, Florence estime porter deux tonnes de légumes.
Comme les autres, Stéphane, le chef de production des légumes de la ferme, relativise les conditions de travail sous la chaleur : « Quand on fait ce métier, on sait qu’on va être très exposé en été, cela fait partie du contrat », explique t-il. Il remarque que son ancienne ferme était beaucoup moins souple sur les horaires : « Il y a toujours une mentalité chez certains agriculteurs de ne pas se plaindre de l’effort et de travailler quelle que soit la météo. »
Florence et Marie-Louise transportent les cagettes de tomates jusqu’au camion, après les avoir pesées. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc
La journée de récolte est presque finie à 11h30. Au total, 890 kilogrammes de tomates ont été récoltés aujourd’hui. « On doit être à 11 tonnes de tomates maintenant depuis qu’on a commencé le 20 juin », précise Stéphane.
« L’agriculture est mal payée »
Le rythme de travail baisse un peu, et les trois employés s’arrêtent pour discuter autour des palettes. Ce qui inquiète plus Stéphane que la chaleur, c’est la perte d’attractivité du métier d’ouvrier agricole : « On a de plus en plus de mal à trouver des gens, qui ont peut-être autre chose à faire que de travailler dehors sous 30 degrés. L’agriculture est mal payée. » Les ouvriers agricoles sont payés au SMIC en général.
Stéphane et Florence finissent de ranger les cagettes.Photo : Danaé Corte / Rue89 Strasbourg / cc
Vers midi, les trois amis prennent leur véhicule pour retourner au hangar, quelques mètres plus bas, où un repas pris en charge par la ferme les attend. Florence renchérit sur la précarité du métier de saisonnier : « En ce moment je me rends compte qu’au niveau salaire c’est de plus en plus difficile. Il va falloir que je trouve une solution ». Avec la diminution du temps de travail en raison de la chaleur, Florence estime avoir perdu environ 100 à 200 euros de salaire net par rapport aux mois de mai et juin, où elle gagnait 1 000 à 1 100 euros nets grâce à des heures supplémentaires. Elle a un contrat de 21 heures par semaine.
Stéphane, qui gagne 1 600 euros nets par mois en tant que permanent, note :
« T’es obligé de jongler aujourd’hui, certains saisonniers font du nettoyage le week-end pour équilibrer. En plus on habite tous à plus de vingt minutes de la ferme, donc la première heure de travail, on la passe à payer l’essence ».
Après une matinée de travail, les ouvriers se retrouvent pour manger ensemble.
« Si tu n’as pas quelque chose à côté pour faire tampon, c’est chaud », conclut Florence. Un métier difficile donc, indispensable, et qui ne suffit pas forcément pour vivre.
Les pompiers prévoient une hausse continue de leur activité, entre croissance démographique et conséquences du réchauffement climatique. Mais les pompiers volontaires se raréfient, le service d’incendie et de secours est contraint de se professionnaliser.
Deux immeubles en flammes à Ostwald le 14 juillet, un incendie dans un centre de déchets industriels à Strasbourg le lundi 18 juillet ou dans une résidence séniors à Haguenau mi-juin… Dans le Bas-Rhin, « l’été a commencé avec plusieurs incendies d’ampleur », analyse Cédric Hatzenberger, secrétaire général Force ouvrière (FO) pour les pompiers du Bas-Rhin. Avec les conséquences du réchauffement climatique et croissance démographique dans le département, le président de la section départementale de la fédération autonome des sapeurs pompiers professionnels (FA SPP), Gilles Klotz, s’attend aussi à une hausse de l’activité pour les sapeurs pompiers du Bas-Rhin.
État de la toiture d’une résidence séniors à Haguenau suite à un incendie mi-juin. Photo : Document remis
Rue89 Strasbourg : comment décririez-vous le début de l’été pour les pompiers bas-rhinois ?
Gilles Klotz : En tant que pompier, on est de plus en plus confronté à des gens déshydratés face à la chaleur. On intervient souvent chez des gens affaiblis et seuls à la maison. La sécheresse provoque aussi plus d’incendies, des feux de végétaux et de récolte. Le changement climatique nous impacte aussi puisque des pompiers bas-rhinois descendent déjà dans le sud chaque été pour faire face aux feux de forêt. Mais le changement climatique se ressent aussi avec d’autres phénomènes météo, les orages et les inondations sont plus intenses. On doit s’adapter à tout ça.
La hausse des interventions, c’est une tendance nette sur les dernières années ?
Cédric Hatzenberger : Je ne pense pas qu’on puisse parler de tendance pour l’instant (les restrictions sanitaires et l’été pluvieux de 2021 ont diminué le nombre d’interventions en 2020 et 2021, NDLR). Mais à Haguenau par exemple, on s’attend à plus d’incendies, notamment des champs ou des forêts qui brûlent à partir d’un mégot jeté sur la route par exemple. Ça peut vite atteindre 400-500 m² de forêt brûlée. Les feux de forêt étaient très rares dans le Bas-Rhin, c’est devenu un risque à considérer très fortement.
Quelle est la cause principale des incendies dans le département ?
Cédric Hatzenberger : La majeure partie des incendies provient d'une responsabilité humaine, soit par mégarde de type mégot jeté ou barbecue mal éteint, soit par pyromanie. Le phénomène d'ignition naturelle reste exceptionnel, même si les fortes chaleurs et le vent peuvent créer des incendies.
Mais nos interventions augmentent aussi parce que la population croît énormément dans le Bas-Rhin. La croissance démographique est importante vers Haguenau. Il y a tout le secteur du port du Rhin, qui constitue un nouveau bassin de 20 000 habitants supplémentaires. C'est une nouvelle ville en quelques années. Le département est aussi une zone passante pour le transport de matières dangereuses (hydrocarbures et autres produits chimiques), c’est un phénomène de plus auquel on doit faire face. Et puis il y a l'ouverture du GCO, qui constitue un axe d'intervention supplémentaire pour les pompiers.
Est-ce que les moyens vont croissants avec la hausse du nombre d'interventions ?
Gilles Klotz : Au niveau matériel, les camions pour les feux de forêt dans les casernes sont de dernière génération. De ce côté-là, le service Service d'incendie du Bas-Rhin est en avance par rapport à des départements où l’on a des camions qui ont 15 ans, les nôtres sont neufs.
Cédric Hatzenberger : Cette année, nous avons obtenu une vingtaine de postes de pompiers professionnels supplémentaires. Nous sommes aux alentours de 650 sapeurs pompiers professionnels et d'un peu moins de 4 000 volontaires, auxquels il faut ajouter environ 150 personnels administratifs et techniques (secrétariat, comptabilité, logistique, technique, mécanique…).
Gilles Klotz : Avec ces embauches, on a rattrapé les départs à la retraite depuis un an et demi. La ressource professionnelle suffit mais il faudrait plus de volontaires...
Cédric Hatzenberger : Le nombre de pompiers volontaires diminue. Avant le pompier volontaire restait engagé plusieurs décennies, aujourd’hui la moyenne c’est de cinq à sept ans. La seule façon de pallier ce manque de volontaires, c’est de professionnaliser le métier. À Strasbourg, Haguenau, Sélestat, Saverne ou Molsheim, on a de plus en plus de besoin.
Gilles Klotz : Il faudra peut être que les pompiers professionnels travaillent la nuit et les week-ends. Ils le font déjà à Strasbourg, mais hors de l'Eurométropole, les professionnels ne sont présents que de 7h à 19h du lundi au vendredi. Une étude doit être faite en 2023 pour établir les besoins et les risques.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
Sur les ondes de la radio RBS, sur Instagram ou lors de soirées… Hip-hop from Elsass met en avant les talents régionaux du rap, de la trap et autres RnB depuis 2018. Un média indispensable pour faire vivre la scène locale.
Infatigable. Ce samedi 16 juillet, en fin d’après-midi, Pierre Liermann n’est pas derrière le micro de Radio Bienvenue Strasbourg (RBS). Tout de noir vêtu, casquette à l’envers vissée sur la tête, l’animateur s’active au Wagon Souk pour la dernière soirée de la saison du média protéiforme Hip-hop from Elsass. Au fond de la cour située rue des Remparts vers 20 heures, le fondateur du projet assiste aux derniers réglages de la balance des sons. À ses côtés, l’animateur de la soirée Ugo Ayss et deux jeunes artistes qui se produiront ce soir, Guig’z et Kya.
À gauche, l’animateur de la soirée Ugo Ayss. A droite, DJ Full J. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Un projet né sur RBS
Sur le mobilier de récup’ du Wagon Souk, Pierre Liermann se pose un temps pour retracer l’histoire de Hip-hop from Elsass. Le projet a commencé en 2018 avec une émission de radio de deux heures par semaine sur RBS. Puis le jeune animateur s’est mis à programmer du rap, de la trap ou du RnB local en dehors des créneaux de son émission. Le Strasbourgeois de 29 ans remercie RBS « qui m’a permis de diffuser des sons à cinq vues sur Youtube. Un truc impossible dans une radio commerciale. »
Dès 2018, le projet se diversifie, avec le compte Instagram hiphopfromelsass. Le passionné de rap y balance clips et autres productions de la semaine :
« Je ne fais pas de favoritisme. Je cherche à donner un aperçu le plus neutre possible. Je me vois plutôt comme un filtre qui ne laisse passer que les projets qui sont un minimum professionnels. Sachant que 95% des artistes locaux ne sont pas payés pour ce qu’ils font. »
Concert de Guig’z avec son backeur Prof Kush au Wagon Souk dans la soirée du samedi 16 juillet. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« Une rampe de lancement »
Hip-hop from Elsass, ce sont aussi des soirées. « Les open mics (qui permettent à toutes et tous de rapper en public, NDLR) constituent l’ADN du projet, décrit l’animateur, c’est ce qui permet à de nombreux artistes de faire leur première expérience sur scène. » Les événements sont ponctués de plusieurs concerts. Pierre Liermann se souvient notamment d’une « ambiance incroyable » pour la date d’Hiba et d’Hotel Paradisio à la Péniche mécanique en 2021 : près de 200 personnes, une salle pleine d’un public bouillant qui finit par porter l’un des rappeurs lorsqu’il s’est jeté sur la foule…
Lors de la soirée au Wagon souk (doc remis)
Aux côtés de Pierre Liermann, le rappeur mulhousien Ugo Ayss joue les animateurs de soirée après avoir dévoré un mafé poulet vendu à prix libre au Wagon Souk. Il est près de 21 heures lorsque l’artiste haut-rhinois annonce un premier concert d’un confrère du 68 : Guig’z est venu à Strasbourg pour présenter son projet « Salut ça rappe ». Dans un style « boom bap à l’ancienne », le rappeur de 28 ans raconte une vie passée entre le Mexique et Dijon, dans un style plein de second degré et d’arrogance. Accompagné du backeur (second rappeur) Prof Kush et du DJ Dee Juli 1, c’est son troisième concert en Alsace. Il décrit la valeur de projets comme Hip-Hop From Elsass :
« Je suis arrivé en Alsace en 2018. Je ne connaissais personne. J’ai rencontré Prof Kush et Dj Dee Juli 1 grâce à un open mic sauvage sous un pont. À Mulhouse, c’est la radio MNE qui nous a donné de la visibilité. Et ici c’est pareil. En considérant ce qu’on fait, en nous donnant une exposition et en organisant des soirées comme celle-ci, Hip Hop From Elsass nous offre une rampe de lancement. »
Kya au micro de la scène de Hip hop from Elsass Photo : Takkami / Hip hop from Elsass / doc remis
« Donner la parole aux gens de l’ombre »
Programmée après Guig’z, Karla de Cronenbourg, alias Kya, joue aussi pour la troisième fois à Strasbourg. Après un concert au Pelpass festival et une performance à la Strasbourg african fashion week, l’étudiante de 26 ans se félicite de l’existence de Hip-hop from Elsass : « en Alsace, le hip hop a dû mal à se déployer alors c’est top ce média qui met en lumière les artistes de Strasbourg à Mulhouse ». Rappeuse polyglotte (entre anglais, dialectes camerounais et français), Karla s’est lancée dans la musique grâce à un atelier d’écriture organisée par la Fabrique artistique culturelle et citoyenne (Facc) dans le quartier du Neuhof. C’est ensuite dans les studios d’enregistrement de la Facc à la Meinau que Kya a pu enregistrer son premier projet, « Evasion stellaire » en mars 2022.
En fin de soirée, Vannel au micro Photo : Takkami / Hip hop from Elsass / doc remis
La dernière partie de la fête commence peu avant minuit. « C’est le climax de la soirée, quand la magie s’opère », avait promis Pierre Liermann. Une dizaine d’artistes, rappeurs comme rappeuses, se succèdent au micro. Les proches de chaque artiste, plus ou moins débutant, sont là pour soutenir. Ils forment alors une foule compacte et motivée, prête à donner de la force aux potes qui se produisent.
Une saison s’achève ce soir pour Hip-hop from Elsass mais l’animateur de RBS compte bien continuer le projet à la rentrée :
« On va continuer de développer les événements pour que les gens continuent de découvrir les rappeurs à côté de chez eux. Et on va aussi continuer de donner la parole aux beatmakers, aux DJ et aux ingé sons, en général à tous ceux qui restent dans l’ombre. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
L’eau utilisée pour éteindre l’incendie d’un centre de tri de déchets industriels lundi 18 juillet s’est en partie déversée dans le canal d’Alsace, connecté au Rhin. La préfecture du Bas-Rhin demande à l’exploitant du site touché de mener des « investigations d’urgence ».
L’incendie d’un centre de tri et de recyclage de déchets industriels, implanté sur le port du Rhin, à Strasbourg, survenu lundi 18 juillet, a provoqué une pollution du canal d’Alsace. Selon un arrêté préfectoral daté du 20 juillet, « les eaux d’extinction de cet incendie n’ont pu être efficacement retenues sur site (…), ces eaux polluées par les produits de combustions et d’extinction ont rejoint la darse proche », laquelle est connectée au Rhin par le canal d’Alsace.
"Investigations d'urgence"
Avec cet arrêté, la préfecture du Bas-Rhin exhorte la Société alsacienne de recyclage et triage de déchets industriels (Sardi), exploitant du site de déchets industriels non dangereux, de procéder à des "investigations d'urgence". En d'autres termes, l'entreprise doit réaliser des prélèvements et des analyses "dans le réseau à destination de la darse, des eaux de la darse, et des sédiments en amont et en aval du point de rejet".
Mesures des eaux souterraines
Des mesures devront également être effectuées dans les eaux souterraines. Il s'agit de savoir si celles-ci ont été contaminées afin de préserver les "captages d'alimentation en eau potable du Polygone". Ce champ captant représente 80% de la production d'eau potable de l'agglomération de Strasbourg, selon Ports de Strasbourg (voir notre article dédié).
L'entreprise devra évaluer la présence de "composés persistants" - des polluants présents dans des matériaux industriels ou produits par la combustion de ceux-ci, qui ont la particularité de se dégrader lentement - dans les eaux environnantes. Les résultats devront être transmis au fur-et-à mesure à l'inspection des installations classées, un service de la Direction régionale de l'environnement (Dreal).
Contactée, la société Schroll, actionnaire pour moitié de la Sardi (la seconde moitié est la propriété du groupe Suez), indique par le voix de sa directrice de la communication, Cyrielle Klein :
"Les prélèvements ont été réalisés. Les analyses sont externalisées et nous attendons les résultats pour le 29 juillet. Ils seront directement communiqués à la Dreal comme le veut la procédure."
2 000 m² brûlés
Le centre de tri de la Sardi, situé au 15 route de Rohrschollen au sud de Strasbourg, traite des encombrants et des déchets industriels (bois, matières plastiques, mousse polyuréthane). Lundi 18 juillet aux alentours de 9h30, un incendie s'est déclaré sur le site dans un contexte de fortes chaleurs. Les flammes ont été circonscrites dans l'après-midi sans faire de victime, mais après la mobilisation d'une centaine de pompiers et d'une quarantaine d'engins.
Une centaine de pompiers ont été mobilisés pour circonscrire les flammes. Photo : Protection civile du Bas-Rhin / Facebook
Sur les 8 000 m² que compte le site, 2 000 ont été détruits relatent les Dernières nouvelles d'Alsace. "Il s'agit d'un stock de bois et d'encombrants qui a pris feu, aucune matière dangereuse n'est touchée", rapporte France bleu Alsace, citant le porte-parole de l'entreprise.