Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Réalisées sept jours après l’incendie d’un centre de tri, des analyses ne détectent pas de pollution

Réalisées sept jours après l’incendie d’un centre de tri, des analyses ne détectent pas de pollution

Les analyses prescrites par la préfecture du Bas-Rhin à la suite de l’incendie du centre de tri de déchets industriels de Sardi à Strasbourg ne détectent pas de pollution anormale. Mais ces analyses ont été effectuées sept jours après le sinistre…

Rien à signaler. C’est du moins ce que constate le laboratoire d’analyses Aspect Service Environnement, chargé de mesurer la pollution des eaux souterraines et de surface suite à l’incendie du centre de tri de déchets industriels, survenu le 18 juillet au port du Rhin à Strasbourg. Le rapport d’analyses complet a été transmis à la Direction régionale de l’environnement (Dreal) vendredi 12 août. Rue89 Strasbourg a pu consulter ce document.

Dans un arrêté du 20 juillet, la préfecture du Bas-Rhin avait ordonné à la Société alsacienne de recyclage et de triage des déchets industriels (Sardi), l’exploitant du site incendié, à mener des « investigations d’urgence », comme l’avait relaté Rue89 Strasbourg. « Les eaux d’extinction de cet incendie n’ont pu être efficacement retenues sur site (…), ces eaux polluées par les produits de combustions et d’extinction ont rejoint la darse proche », expliquait l’arrêté. La darse étant un bras du Canal d’Alsace, lui-même connecté au Rhin.

Une centaine de pompiers ont été mobilisés pour circonscrire les flammes. Photo : Protection civile du Bas-Rhin

Vingt paramètres testés

Les analyses qui devaient être réalisées « au plus tôt » selon l’arrêté de la préfecture n’ont été effectuées que le samedi 25 juillet, soit sept jours après l’incendie. Le laboratoire mandaté par Sardi a effectué des prélèvements à quatre endroits, dans les eaux souterraines, en amont et en aval du site industriel. Ces données ont ensuite été analysées entre le 25 et le 29 juillet. Aucun des vingt paramètres (qualité physico-chimique, présence de métaux lourds, de micropolluants, etc.) testés dans l’eau prélevée ne présente des concentrations supérieures à la limite règlementaire. Le laboratoire conclut à la conformité des quatre échantillons.

Lors de l'incendie du centre de tri et de déchets industriels de Sardi, 2 000 m² de matériaux non dangereux, tels que du bois ou des encombrants, ont pris feu, sur les 8 000 m² que compte le site implanté au 15, route du Rohrschollen au sud de Strasbourg. Plus de cent pompiers et une quarantaine d'engins ont été mobilisés pendant près d'une journée pour endiguer les flammes. Le sinistre n'a fait aucune victime.

Avec plus de 300 logements de standing en construction, brusque embourgeoisement des quartiers Gare et Koenigshoffen

Avec plus de 300 logements de standing en construction, brusque embourgeoisement des quartiers Gare et Koenigshoffen

Dans les quartiers Gare et Koenigshoffen, quatre projets de logements neufs seront livrés en 2024 et en 2025 sur l’axe qui sépare l’ouest du quartier Gare à Koenigshoffen. La majorité des logements sont vendus à des prix au-dessus du marché.

Lorsque l’on remonte la rue de Wasselonne, des permis de construire fleurissent un peu partout sur les façades. Quatre projets de logements neufs, sur les 53 en cours à Strasbourg selon le site SeLoger, sont situés sur l’axe qui relie le quartier Gare à Koenigshoffen, passant par la rue de Wasselonne, la rue de Koenigshoffen et la route des Romains. La dynamique de construction n’est pas nouvelle : en 2016, le plan local d’urbanisme fixait un objectif de 45 000 logements supplémentaires en 15 ans pour les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg, avec un rythme de 3 000 constructions annuelles.

Suzanne, une habitante du quartier Gare depuis 30 ans, s'inquiète pour le cadre de vie du quartier :

"La rue de Wasselonne bouchonne déjà aux heures de pointe car elle est connectée à l'autoroute. Les voitures sont immobilisées pendant des heures, ce qui apporte son lot d’effluves de pollution et de coups de klaxons. Ces nouveaux logements vont rendre la circulation quasi-impossible dans une rue déjà considérée par les riverains comme “sacrifiée”. J'ai posé des questions aux élus, mais je n'ai obtenu que des réponses vagues..."

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe (EE-LV) à la maire et référente du quartier Gare, se veut rassurante :

"Ce sont des désagréments qui offrent des améliorations du cadre de vie. On utilise des espaces bâtis pour faire du neuf, cela va redynamiser et permettre d'amener d'autres populations dans ces quartiers".

Des appartements très chers

Sur la façade de l'ancien centre de formation des Compagnons du devoir, au 23 rue de Wasselonne, un gros panneau aux allures de galerie d'exposition présente le "Nouvel Art", des "appartements neufs de standing". En effet, sur 125 logements prévus, 81 seront proposés à la vente par le groupe Kaufman & Broad pour des prix allant de 5 620 euros le mètre carré (m²) pour un trois pièces avec parking, jusqu'à 8 598 euros le mètre carré pour un cinq pièces de 111,6 m² avec parking et terrasse. Ces prix sont largement supérieurs aux prix du quartier, qui se situent autour de 4 547 euros le mètre carré en moyenne dans le neuf et l'ancien, selon le site SeLoger. Le promoteur n'a pas souhaité répondre à nos questions sur le détail des tarifs et des ventes déjà effectuées.

Au 23 rue de Wasselonne et 12 rue d'Obernai, deux bâtiments de logements de "standing" portés par Kaufman & Broad se construisent dans le quartier Gare. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc

Plusieurs agents immobiliers trouvent ces tarifs très élevés pour le quartier, à l'image de Solveen Dromson, de l'agence immobilière du même nom située dans le quartier Gare :

"Les prix des logements neufs sont toujours un peu plus élevés que le logement ancien, de l'ordre de 20 à 30%. Cela s'est accentué avec le Covid et la guerre en Ukraine, le prix des matériaux ayant augmenté, les normes énergétiques sont aussi plus exigeantes. Néanmoins, avec de tels tarifs, et même si les prestations sont de bonne qualité, il est possible que dans 10 ans, les acheteurs ne puissent plus revendre leur bien à ces prix-là. On ne sait pas si le quartier Gare aura toujours le même attrait dans quelques années."

Du logement social et étudiant

Dans ce bâtiment au 23 rue de Wasselonne, 44 appartements ont été réservés par CDC Habitat pour du logement social. Depuis 2014, la loi solidarité et renouvellement urbain (SRU) impose aux communes de plus de 3 500 habitants de disposer de 25% de logements sociaux. Strasbourg comprend actuellement 30,93% de logements sociaux mais l'Eurométropole dans son ensemble n'en compte que 16%, alors qu'elle comptabilise 23 000 demandes pour ces logements en 2022.

L'extension de l'internat des Compagnons du Devoir se construit rue de Wasselonne et devrait être livré pour 2024. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc

Un peu plus loin, au 2 rue de Wasselonne, l'extension de l'internat des Compagnons du devoir est en cours de réalisation. L'internat sera réservé aux apprentis comme l'explique Cécile Simonin, responsable du pôle Développement et maîtrise d'ouvrage pour CDC Habitat, co-porteur du projet d'internat :

"Cette opération a pour vocation d'aider les jeunes compagnons à se loger en proposant 55 logements adaptés à leurs revenus. Faire du logement social dans ces quartiers, c'est aussi permettre la mixité sociale. On attend une mise en location pour août 2023. Une fois l'internat fini, les Compagnons vont libérer leur bâtiment au 23 rue de Wasselonne pour déménager dans leurs nouveaux locaux."

À la sortie du quartier Gare, un commerce bientôt transformé

En liquidation judiciaire en août 2020, le bâtiment de l'ancien supermarché oriental El-Hardi, à la sortie du quartier Gare, est à l'abandon depuis plusieurs années. Jean-Sébastien Scharf, de la société immobilière du même nom, a acquis le terrain en 2017. Depuis, les travaux n'ont pas commencé, faute d'accord avec la Ville sur la forme du projet, selon le propriétaire, qui prévoit la livraison du bâtiment pour la fin de l'année 2024.

Un local commercial de 275 mètres carrés devrait être construit au rez-de-chaussée. Les deux étages suivants seront investis par deux bureaux d'entreprises de 250 mètres carrés chacun. Pour Jean-Sébastien Scharf, c'est une recomposition positive de ce quartier :

"Il y a eu une intéressante interrogation sur le dynamisme du secteur. On est sur l’entrée de la ville, donc la Ville est exigeante sur l’architecture et sur l’animation de ce quartier qui évolue. On a développé un projet qui se marie bien avec ce quartier passant, auquel s'est ajouté le tram récemment."

En plus de ces locaux, 48 logements seront construits, dont 14 logements sociaux répartis dans le bâtiment. Les logements en accession directe se situeront entre 6 436 et 7 012 euros le mètre carré pour un studio, et autour de 5 700 euros le mètre carré pour les deux, trois et quatre pièces, tous avec terrasse, et deux logements cinq pièces à 3 632 euros le mètre carré sans terrasse. "Un tarif abordable" compte tenu de la rareté du logement neuf à Strasbourg, selon Jean-Sébastien Scharf qui considère les nouvelles constructions "extrêmement rares" dans ce quartier. Ces tarifs, bien que moins cher que ceux pratiqués par Kaufman & Broad au "Nouvel Art" restent plus élevés que ceux du quartier Gare et de Koenigshoffen, en moyenne de 4 547 euros et 2 508 euros au mètre carré selon le site SeLoger.

Deux résidences à Koenigshoffen

Un peu plus loin sur la route des Romains, derrière le chantier du nouveau centre de formation des Compagnons du Devoir, onze bâtiments de logements sont construits par les promoteurs Pierres et Territoires et Bouygues Immobilier. Le premier projet "Le Forum" accueillera 104 logements, dont 27 logements sociaux gérés par Habitation Moderne. Le deuxième, "L'Inattendu" au 117a route des Romains, proposera environ 116 logements en accession à la propriété privée, 65 en logement social géré par Habitation Moderne et 78 logements locatif libre auprès de Habitation Moderne et CDC Habitat.

Pierre Ozenne, adjoint (EE-LV) à la maire en charge des espaces publics et référent du quartier de Koenigshoffen, explique un besoin d'adaptation :

"L'offre en logements sociaux est historiquement importante à Koenigshoffen. Aujourd'hui ce sont des logements du parc privé qui permettent que les habitants soient suffisamment nombreux pour faire vivre les commerces présents. Puis il y aura les étudiants des Compagnons du devoir qui vont venir déjeuner, se reposer entre les cours. Il faut qu'il y ait une vie dans ces faubourgs, afin qu'ils ne deviennent pas des dortoirs. "

En plus des logements sociaux, 16 logements du projet Pierres et Territoires commercialisés par Opidia, un projet d'Habitation Moderne, seront accessibles par le dispositif de prêt social location accession (PSLA), qui permet pour des personnes dont les revenus sont inférieurs à un certain plafond de ressources d'acheter l'appartement neuf après une période de location, profitant de certains frais réduits lors de l'achat (TVA à 5,5%, exonération de taxe foncière pour 15 ans).

Des prix supérieurs au marché actuel

Les prix des logements se situeront entre 3 940 euros et 4 118 euros le mètre carré et il ne reste plus que neuf lots à vendre selon Pierres et Territoires. Pour le projet de Bouygues, les prix de vente se situent entre 3 925 euros à 5 330 le mètre carré pour des deux, trois et quatre pièces. Seuls 22 logements sont encore disponibles en août 2022, preuve que ces prix sont "tout à fait conformes à ceux du marché, sinon ils ne se vendraient pas", selon Florence Hauvette-Schaetzle, directrice générale Région Est chez Bouygues Immobilier.

Selon les promoteurs, les ventes dans ces quartiers sont en majorité pour des résidences principales, des familles et des jeunes actifs qui souhaitent devenir propriétaires. Mais il y a sans doute aussi des achats pour mettre ces logements en location, un levier important de la promotion immobilière grâce aux avantages fiscaux successifs, les derniers en date relevant de la Loi Pinel.

Ces prix conséquents s'expliquent en partie par "l'augmentation des coûts de construction ainsi que la rareté des terrains dans l'Eurométropole", selon Me Claudine Lotz, présidente de la Chambre des notaires du Bas-Rhin. Au premier trimestre 2022, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), relève que les prix moyens au mètre carré des appartements neufs sont passés de 3 970 euros à 4 130 euros, soit une augmentation de 160 euros par mètre carré en un an. Dans le même temps, le nombre d'appartements neufs vendus dans l'Eurométropole de Strasbourg a diminué de 11% par rapport au premier trimestre 2021.

Des logements "inclusifs"

Malgré cette tendance, Pierre Ozenne trouve ces logements neufs plus "inclusifs" :

"Il faut voir cela comme un ensemble cohérent, les logements seront conformes aux normes énergétiques, alors qu'actuellement c'est un quartier peu cher parce qu'il y a beaucoup de logements obsolètes. C'est aussi adapté à la population vieillissante, avec des logements adaptés à une mobilité réduite, qui pourra par exemple leur permettre de continuer d’habiter dans le faubourg. Moi j’appelle ça développer un quartier de manière équilibrée."

Inscrits à Pôle Emploi, sept adultes en reconversion contraints de suivre une formation bidon

Inscrits à Pôle Emploi, sept adultes en reconversion contraints de suivre une formation bidon

Depuis le 10 mars 2022, huit adultes suivent une formation en développement informatique de l’organisme ID Formation à Strasbourg, financée par Pôle emploi. Depuis cinq mois, les stagiaires dénoncent des supports de cours repris d’internet et une formatrice incapable de les expliquer. Sept d’entre eux se disent contraints de rester dans la formation par crainte de devoir rembourser les allocations perçues.

« Moi j’ai fait une croix sur ce titre professionnel, je suis très gênée de me présenter à l’examen de novembre avec les compétences que j’ai actuellement », se désole Elisa. Depuis le 10 mars 2022, la jeune femme en reconversion suit une formation dispensée par l’organisme ID Formation, basé à Lille et ayant des locaux à Strasbourg, au 15 rue Jacobi-Netter, dans le quartier Hautepierre-Poteries.

Financée par Pôle emploi et la Région Grand Est, cette formation de développeur peut donner accès à une allocation spécifique pour la formation (AREF), dont disposent sept stagiaires de la promotion. La formation est censée, en huit mois et à raison de 30 heures par semaine, apprendre à Elisa et ses sept autres camarades de promotion à concevoir et développer des applications. Mais les stagiaires sont contraints aujourd’hui de se former eux-mêmes tant la qualité des cours est mauvaise. Ils restent par crainte de perdre leurs droits.

Inscrits à Pôle emploi, sept adultes en reconversion suivent une formation bidon depuis mars. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc

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Ciné-cool : du 20 au 27 août, les cinémas Star projettent des histoires de rencontres bouleversantes à 4 euros 50 la séance

Ciné-cool : du 20 au 27 août, les cinémas Star projettent des histoires de rencontres bouleversantes à 4 euros 50 la séance

Du 20 au 27 août, les cinémas strasbourgeois réduisent le prix de la séance à 4 euros 50 dans le cadre du festival Ciné-cool. Les salles obscures du Star et Star Saint Exupéry ont programmé des films centrés sur les rencontres, celles qui bouleversent nos vies comme celles qu’on aimerait oublier à tout prix.

L’édition 2022 du festival Ciné-cool, ce sont des rencontres dans tous les sens. Du 20 au 27 août, les cinémas Star proposent une programmation pleine d’apparitions, de tête-à-tête difficiles, de coups de foudre, de retrouvailles ou de complicité inattendue. Au-delà des films, l’établissement d’art et d’essai donne l’opportunité d’assister à ces séances en présence des réalisateurs et réalisatrices. Petite sélection des meilleures occasions de la semaine.

La page blanche, une enquête sur soi-même

Pour commencer, le festival Ciné-cool nous propose une histoire de rencontre avec soi-même. Samedi 20 août, à 20h30, le cinéma Star Saint-Exupéry projette en avant-première le film « La page blanche » en présence de sa réalisatrice Murielle Magellan. Le long-métrage raconte l’histoire d’Eloïse qui se retrouve prise d’amnésie, assise sur un banc parisien. Le personnage principale, incarnée par l’actrice Sara Giraudeau, « se lance alors dans une enquête pleine de surprises pour découvrir qui elle est. »

Extrait du film « La page blanche » de la réalisatrice Murielle Magellan Photo : document remis

Rencontres sans lendemain, apparition après dix ans d’absence

Lundi 22 août, le cinéma Star nous plonge dans la filmographie du réalisateur Paul Newman. « De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites » raconte la vie d’une mère seule avec ses deux filles adolescentes. La femme de quarante ans « tente de rompre la routine en faisant des rencontres qui sont toujours de courte durée ». Le film est projeté au cinéma Star à 19 heures.

S’ensuit à 21h10, dans le même cinéma, la projection du long-métrage « Le clan des irréductibles ». Ce dernier raconte l’histoire d’une rencontre avec un revenant. Dans l’Oregon, les bûcherons galèrent et se mettent en grève. Alors que la famille Stamper se tient en retrait du mouvement social, la population locale montre une hostilité croissante à leur égard. « C’est alors que Leland, le cadet, le fils prodigue, revient après dix ans d’absence. »

Blanche Gardin et un ancien camarade, un peu envahissant

Mardi 23 août, à 20 heures au cinéma Star Saint-Exupéry, la programmation du festival vient nous rappeler que toute rencontre n’est pas toujours bonne à prendre. Dans « Tout le monde aime Jeanne », Blanche Gardin se met dans la peau d’une femme appréciée de tous qui finit par se détester : « Surendettée, elle doit se rendre à Lisbonne et mettre en vente l’appartement de sa mère disparue un an auparavant. A l’aéroport elle tombe sur Jean, un ancien camarade de lycée fantasque et quelque peu envahissant. » La projection est une avant-première pour ce long-métrage de la réalisatrice Céline Devaux, qui sera présente pour échanger avec le public après la séance.

Extrait de « Tout le monde aime Jeanne », de la réalisatrice Céline Devaux. Photo : document remis

Vendredi 26 août, le cinéma Star a programmé le film « Tout fout le camp » du réalisateur Sébastien Betbeder, qui sera présent pour la projection de cette avant-première. Le long-métrage nous plonge « dans une ville de Nord de la France, où Thomas, pigiste au journal local, doit faire le portrait d’Usé, un musicien atypique et ancien candidat à l’élection municipale. » Mais cette rencontre donne lieu à une découverte macabre, celle du « corps inanimé de Jojo ». Sauf que celui-ci ressuscite…

Clôture avec « Chronique d’une liaison passagère »

Samedi 27 août, le cinéma Star Saint Exupéry projettera le film « Chronique d’une liaison passagère » en présence de son réalisateur Emmanuel Mouret à 20 heures. Dans ce long-métrage, l’actrice Sandrine Kiberlain incarne une mère célibataire qui rencontre un homme marié, joué par l’acteur Vincent Macaigne. « Engagés à ne se voir que pour le plaisir et à n’éprouver aucun sentiment amoureux, ils sont de plus en plus surpris par leur complicité… »

À Sélestat, les vieux tracteurs transmettent le souvenir de l’Alsace campagnarde

À Sélestat, les vieux tracteurs transmettent le souvenir de l’Alsace campagnarde

Fêtes d’Alsace – épisode 7. Tous les deux ans, des passionnés de vieux tracteurs se retrouvent aux Tanzmatten à Sélestat. Ils montrent leurs plus beaux modèles, parlent mécanique et carrosserie et accueillent les curieux. Une parenthèse qui fleure bon la campagne, la tradition et la transmission intergénérationnelle.

Sommes-nous dans le midwest américain ou en Alsace ? Des tracteurs anciens à perte de vue, une odeur de barbecue, un concours d’adresse où chaque tracteur entre dans l’arène comme dans un rodéo… On ne serait pas étonné de voir l’un ou l’autre chapeau de cow-boy. Mais en s’approchant, ce sont plutôt des chapeaux de paille et des casquettes d’enfant qui fleurissent çà et là, et des notes d’alsacien qui résonnent : « Da esch do’ besser ! » (« Ah c’est mieux ici ! »), s’exclame un vieux monsieur en s’installant à l’ombre de la salle communale.

Le rassemblement a lieu à Sélestat même, devant la salle des Tanzmatten Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

C’est qu’il fait 30 degrés au soleil en cet après-midi de début juillet devant la salle des Tanzmatten à Sélestat. Les nombreux visiteurs âgés restent attablés à l’ombre et échangent autour d’une bière.

Une assoce de mécanos rajeunis par la présidente

À vue d’œil, au moins 300 personnes déambulent pour observer les 130 machines qui plastronnent sur le sol granuleux, à côté de la pelouse qui accueille les défis. Elles appartiennent aux membres de l’association des vieux tracteurs du centre Alsace et à d’autres particuliers qui collectionnent ces mécaniques des temps anciens.

Plus de 130 engins s’exposent ce jour-là Photo : Pascal Bastien/Rue 89 Strasbourg

Davina Trau, trentenaire souriante à queue de cheval est la présidente de l’association qui organise cette rencontre. Elle traverse les allées comme on voyage dans le temps : « Je suis à la recherche du plus vieux tracteur, mais je crois bien que c’est encore moi qui détient le record : j’en ai un de 1947 ». Résidente d’Ebersheim, à quelques kilomètres de là, elle a toujours été passionnée de mécanique auto mais c’est à travers son père qu’elle s’est découvert une passion pour les machines agricoles anciennes :

« Mon père voulait retaper des tracteurs à sa retraite. J’ai été chargée de lui trouver son premier. À force de recherches, je me suis prise au jeu. Je me suis mise à réparer avec lui, je lui étais bien utile avec mes mains plus fines, pour les faisceaux électriques, le travail minutieux… »

Davina Trau et l’un de ses quinze tracteurs. Depuis cinq ans, elle a rajeuni et dynamisé l’association. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

« On se retrouve en tracteur, on sort les boissons et les chips »

Le virus se propage alors dans toute la famille. Entre elle, son père, sa sœur et son conjoint, ils possèdent une quinzaine de tracteurs, surtout des Massey-Harris canadiens, entreposés dans les hangars de l’exploitation céréalière de son père.

L’ambiance de l’association est à l’image de celle qui la préside depuis cinq ans :

« En proportion, on est passé à une moitié de jeunes et une moitié d’anciens. Il y a une bonne ambiance entre nous, on fait des sorties et des Tract’apéros : on se retrouve quelque part en tracteur, on se pose et on sort les boissons et les chips ! »

L’autre volet de l’association, cher à son cœur, c’est l’entraide :

« Les membres se passent des tuyaux, vont les uns chez les autres pour aider à retaper, se donnent les filons pour trouver telle ou telle pièce… »

Pour elle, c’est là que la présence des anciens est précieuse, car les connaissances se perdent, « on parle de modèles qui ont parfois 60 ans » précise-t-elle. « Mon père ne savait pas comment faire marcher une moissonneuse-lieuse, alors c’est un ancien mécanicien agricole qui lui a appris. C’est très important ce lien intergénérationnel chez nous ».

Denis, retraité qui habite dans le coin (il ne veut pas dire où exactement) a été « sage », il n’est venu qu’avec trois de ses tracteurs alors que chez lui, il en a « un hangar rempli ». La spécificité de ses bébés ? Ce sont des tracteurs forestiers :

« C’est l’histoire de ma famille qui perdure dans ces tracteurs, puisque mon père travaillait dans le bois. C’est simple, j’ai grandi sur des engins comme ça ».

Si on ne l’arrête pas, Denis peut parler des heures de ces tracteurs qui « coûtent quatre fois plus chers qu’un tracteur normal » à cause « des équipements ».

Un vieux tracteur, ça peut vouloir dire plein de choses : un forestier, un agricole, une lieuse, une batteuse… Les visiteurs adhèrent ! Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Ils sont plusieurs « exposants » à être venus avec des tracteurs en série : il y a les modèles français (Renault, Someca), les allemands (Porsche, Allgeier), américains (Massey-Harris), les vieux de chez vieux, les retapés et rutilants, ceux des années 50 et ceux des années 70. Les collectionneurs les bichonnent, se tiennent à proximité pour répondre aux questions des passants ou font un petit tour. Quand on entend un bruit de locomotive à vapeur, c’est qu’un des monstres des années 50 démarre, crachant une fumée grise de par le pot avant. Il n’en faut pas plus pour voir s’agglutiner les visiteurs.

Deux vieux Lanz-Bulldog, qui portent bien leur nom, dont les roues font la taille d’un grand enfant, s’apprêtent à partir. Les chauffeurs s’installent et vissent le volant sur sa base, sous les yeux des aficionados avertis : « Le départ est laborieux, mais une fois les machines chaudes, ça va vite hein, dis donc ! », souffle un quidam aux cheveux argentés à son camarade. Effectivement, les Bulldog accélèrent et voilà qu’ils coupent la route à un minuscule tracteur bleu, spectateur impuissant, pas plus grand qu’une tondeuse à gazon.

Attirer ceux qui n’y connaissent rien

Certes, les têtes blanches sont nombreuses. Un certain nombre de personnes en fauteuil roulant déambulent également dans les allées. Mais il y a aussi des groupes de jeunes, des couples et des familles.

On les retrouve surtout là où les tracteurs font « le show ». Sur la pelouse, des barrières sont installées pour délimiter un petit parcours. Les participants entrent chacun leur tour, qui, seul au volant, qui, avec les enfants, pour accomplir le plus vite possible trois épreuves : passer entre deux pneus sans les toucher, s’arrêter pour traire une (fausse) vache, actionner un mécanisme avec la roue du tracteur pour verser de l’eau dans un seau. Un travail d’orfèvre !

Debout derrière la barrière, une petite famille est aux anges : Ophélie et Elena, 5 et 7 ans, fixent la vache, leur animation « préférée ». Leurs parents, Cindy et Mickaël avaient vu « des affiches de l’événement dans le coin ». Ils viennent de Sundhouse et c’est leur première fois ici :

« On est déjà venu ce matin pour voir la parade et ça nous a tellement plu qu’on est revenu pour les animations. On espère que les filles pourront faire un tour de tracteur. »

S’ils ne sont pas spécialistes, Mickaël possède tout de même un tracteur ancien. Il aurait voulu venir à son volant, mais la distance, 14 kilomètres, a eu raison de sa motivation.

Alors que la compétition d’adresse touche à sa fin, Cindy et ses filles s’apprêtent à regarder la démonstration de battage dans sa version traditionnelle, avant que la moissonneuse batteuse soit inventée. Là, il faut la force de cinq hommes pour alimenter une grosse machine d’avant-guerre en blé, mise en branle par le moteur d’un vieux tracteur relié à une courroie. Grâce au travail de tout ce beau monde, les céréales ressortent en paille. « Les fagots ont été faits avec cette machine de 1930 ! » précise Davina en montrant une autre bête rouillée, qui semble sortie d’un musée.

À voir la variété des machines, les passionnés de mécanique et de véhicules sont au bon endroit. Et ça peut commencer tôt, Zack et Milo sont des jumeaux de trois ans et ce qu’ils adorent, ce sont « les attaches-remorques ». Ça amuse leur maman, Fanny, un coca à la main et un sourire aux lèvres. Pour l’heure, ils se « contentent » de la cabine d’un tracteur moyen aux couleurs chatoyantes.

Milo s’imagine déjà aux manettes, pendant que Zack essaye de monter sur le marche-pied. Fanny et son mari Alexandre étaient sûrs que ça leur plairait quand ils ont vu passer l’événement sur Facebook. Et puis, Alexandre connaît un exposant, venu avec quatre tracteurs. Cela fait déjà deux heures qu’ils sont là, et les enfants ont eu droit à un tour de tracteur.

Fanny et sa famille sont venus pour le potentiel magique et cartoonesque des vieux tracteurs. Il a fallu convaincre Zack et Milo d’en descendre pour participer à la photo ! Photos : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Une histoire de papas et de nostalgie

À l’unique buvette, la foule se presse pour se désaltérer sous ce cagnard. Derrière le comptoir, des fillettes de 6-7 ans demandent aux gens ce qu’ils souhaitent… avant de se tourner vers le papa au t-shirt gris, flanqué du nom de l’association des tracteurs. Elles ne peuvent pas encore actionner la tireuse.

Au stand de nourriture, Joan, François et Léo sont en poste, au cas où quelqu’un voudrait encore un hot dog après le rush de la mi-journée. Vêtus du même uniforme, ils partagent aussi une histoire d’aïeux, de passion et de transmission. « Je suis dans l’association depuis 15 ans, depuis qu’elle existe », pointe fièrement Joan, quasi-quadragénaire aux yeux clairs. « Ça a commencé quand j’ai retrouvé le tracteur de mes grands-parents agriculteurs. Comme j’aimais la mécanique, je me suis lancé là-dedans ». D’un seul tracteur, il est passé à « deux-trois… ». « Non c’est une blague », ajoute-t-il. « J’en ai six ! » Il les trouve principalement grâce au bouche-à-oreille, puis les retape avec les autres membres de l’asso.

Joan a 15 ans d’association au compteur et six tracteurs dans sa demeure ! Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Léo, lui, est membre depuis deux ans. Le jeune homme de 20 ans, plus réservé, suit les traces de son père qui est « depuis longtemps dans l’association. » Son père lui a « transmis son amour des tracteurs » mais Léo n’a pas encore le droit d’approcher ses quatre engins.

On n’aura jamais autant entendu parler de papas que cet après-midi là : Ludovic est revenu seul, après avoir fait un tour avec son paternel le matin-même. Celui-ci lui a fait connaître les tracteurs… miniatures, qui ont aussi leur espace d’exposition. Comme ça prend moins de place, ils ont le droit d’être à l’intérieur, avec la climatisation. Ludovic croise des gens qu’il connaît, il discute modèles, années, caractéristiques… Chez lui, il a « monté tout un kit à l’échelle 1/8e« .

Ludovic passe son dimanche « aux tracteurs ». Comme beaucoup, son intérêt lui vient de son père. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Il faut le laisser, car c’est l’heure de la remise des prix du concours de vitesse et d’adresse ! Davina prend le micro devant une foule dispersée, affairée à la buvette et à la discutaille, pour remercier les bénévoles et les participants. Le suspens n’est pas de mise, elle annonce tout de go le vainqueur, un certain Gilles qui rafle le premier prix avec 61 points.

Quand elle répète plusieurs fois le nom du deuxième, un retraité bénévole affecté aux tickets boissons s’exclame : « Ah, c’est moi ! »

Une tonne de plumes, du vélo acrobatique et une « grande ronde d’amour collectif »… Huit spectacles pour nous rapprocher pendant le Farse

Une tonne de plumes, du vélo acrobatique et une « grande ronde d’amour collectif »… Huit spectacles pour nous rapprocher pendant le Farse

Du 13 au 15 août, le Festival des arts de rues de Strasbourg eurométropole (Farse) s’installe dans le centre-ville. Ligne directrice de cette édition 2022 : nous rapprocher. Petit florilège des meilleurs spectacles pour y parvenir.

Se rapprocher. À rebours de la tendance à la distance initiée par la pandémie de Covid-19, le Festival des arts de rues de Strasbourg eurométropole (Farse) a pour ambition de nous rassembler. Par l’émerveillement provoqué à la vue d’un funambule sur un câble tenu par des grues, par le lâcher-prise d’une performance qui invite à la danse ou par la découverte d’une utilisation poétique et acrobatique d’un vélo… Du 13 au 15 août, 130 artistes transformeront le centre-ville strasbourgeois pour rappeler, comme l’écrit la directrice artistique de l’événement Lucile Rimbert : « Il y a le Farse pour se croiser. L’humanité n’est jamais aussi belle que quand elle joue collectif. »

« Poser les questions puis essayer de nous rapprocher »

Dimanche 14 et lundi 15 août, la compagnie Délit de façade proposera son spectacle eu deux volets (1. A Taille Humaine 2. Tu Parlais de moi sans me connaître) place Hans Arp. Ce spectacle, accessible aux enfants dès 12 ans, raconte l’histoire de « Damiane, un garçon en situation irrégulière qui disparaît de la classe où il est scolarisé. Une lycéenne se bat pour que soit entendue la vérité avec l’aide de sa prof d’art plastique. » En interlude, des acteurs d’associations de solidarité comme le Centre Bernanos et SOS Méditerranée prendront la parole.

Extrait des pièces « A taille humaine » et « Tu parlais de moi sans me connaitre », de la compagnie Délit de façade Photo : Kalimba

Samedi 13 et dimanche 14 août, dès 15 heures, la compagnie ktha jouera son spectacle de théâtre de rue « (nous) » pour 45 spectateurs, avec « deux acteurs, un cercle et des questions ». Le tout forme un cirque, « une arène toute petite vraiment toute petite posée au milieu de la ville ». Les comédiens sont au centre, regardent le public dans les yeux avec l’objectif suivant : « Toutes les questions que l’on a, te les poser droit dans les yeux et puis essayer de nous rapprocher. »

Lâcher prise et grande ronde d’amour collectif

Dimanche 14 et lundi 15 août, à 17h30, l’association « La Fabrique Fastidieuse » offrira un « spectacle de danse écrit pour la rue ; une traversée de danses et d’états qui nous poussent à danser, seul·es, ensemble, maintenant ». « Vendredi » est une pièce chorégraphique qui se veut festive, transgressive et cathartique. « Le regard du public n’est pas fixé sur une estrade. Les danseurs naviguent dans le public pour produire du lâcher prise et une danse collective », explique la directrice artistique du Farse, Lucile Rimbert.

Vendredi, pièce chorégraphique de l’association La Fabrique Fastidieuse. Chorégraphe et mise en place : Anne-Sophie Gabert et Julie Lefebvre. Photo : Christophe Raynaud de Lage

Dimanche 14 et lundi 15 août en fin d’après-midi, la compagnie Superfluu poursuivra ce même objectif d’élan collectif avec son « seul en scène immersif » intitulé « Pour toujours pour l’instant ». C’est l’histoire d’une « épopée amoureuse surprenante et inédite, une escapade au pays de l’amour naissant », racontée par l’acteur Johnny Seyx, accompagné des créations sonores de Matthieu Perrin. Le discours prend la forme d’un « décryptage de nos sentiments. Une boussole pour nous faire perdre le nord. Pour un instant, ou pour toujours ! » « C’est le genre de spectacle qui finit dans une grande ronde d’amour collectif », anticipe Lucile Rimbert.

Du vélo acrobatique et le Farse des minis

Dimanche 14 août à 17 heures, « La bande à Tyrex » sera en selle pour « un ballet cycliste musical et virevoltant qui réunit neuf personnes ». Comme l’indique le programme du Farse, « La Bande à Tyrex s’empare du vélo acrobatique et le décline en une infinité de formes, d’équilibres et de déséquilibres. Un spectacle à l’image de la bande, débridé, généreux et plein de tendresse. »

Pour les plus jeunes, le Farse de minis aura lieu au parc Heyritz. Ici, les spectacles poussent à la rencontre intergénérationnelle. Pour les petits de six mois à quatre ans, la compagnie La croisée des chemins propose un espace bébé ouvert en continu de midi à 18h le samedi et dimanche. A cet endroit, les artistes joueront des spectacles sous une yourte où ils « poussent les parents à faire confiance et laisser leur enfant bouger et danser dans la tête. C’est un spectacle à réaction libre », précise la directrice artistique du Farse. Lucile Rimbert évoque aussi une « déambulation scénographiée et sonorisée en poussettes » par la compagnie Entre Chien et Loup, le dimanche 14 et lundi 15 août.

OKAMI et les 4 saisons du cerisier, par la Cie Entre chien et loup Photo : Lieux Publics Marseille

La place Kléber devient place des anges

Le Farse sera clôturé par un spectacle monumental écrit et mis en scène par Pierrot Bidon et Stéphane Girard. « Place des anges » promet au public « des images d’anges parfaitement immaculés, qui descendent sur terre ». Dans une ambiance féérique, la place Kléber sera le théâtre d’une pluie de plumes dans la nuit, « un déluge, une profusion, une avalanche d’émotions. De la frimousse lisse des gamins aux traits burinés des anciens, les visages crient leur bonheur sans autre désir que « cela ne s’arrête jamais «  »

Extrait du spectacle « Gratte Ciel – Place des Anges » Photo : Vincent Muteau

« Place des Anges », spectacle final, lundi 15 août à 22 heures (durée 55 minutes)

Concentré sur le centre-ville après une édition dans plusieurs quartiers de Strasbourg, le Farse 2022 se déroulera jeudi 11 août dans les quartiers de la Robertsau et de l’Orangerie. Des spectacles sont programmés vendredi 12 août dans les quartiers de la Meinau et de Cronenbourg.

La place Saint-Thomas constitue le carrefour du Farse, pour prendre son programme, l’info de dernière minute, à boire ou à manger.

Isolés et sans perspective, les personnels suspendus oscillent entre travail intermittent et reconversion

Isolés et sans perspective, les personnels suspendus oscillent entre travail intermittent et reconversion

L’obligation vaccinale contre le Covid-19 pour les soignants, pompiers et autres salariés de structures médico-sociales a été renouvelée par la loi sanitaire du 30 juillet. Entre silence de l’employeur et chiffres flous, le nombre de salariés suspendus à Strasbourg est difficile à estimer.

« Ma seule solution, c’est de démissionner », se plaint Elsa (le prénom a été modifié), une ancienne secrétaire médicale aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS). Depuis le 15 septembre 2021, plusieurs métiers de la santé, mais aussi les pompiers, les gendarmes, ou encore les ambulanciers sont soumis à une obligation pour pouvoir exercer : la vaccination complète contre le Covid-19.

Pas de chiffre sur les pompiers non-vaccinés

Obtenir des données précises sur le nombre de personnes suspendues au sein d’un établissement s’avère très difficile. En effet, le chiffre varie constamment puisque des salariés suspendus démissionnent. D’autres ont contracté le coronavirus. Ils peuvent ainsi se remettre à travailler plusieurs mois.

Il y a aussi des employeurs peu disposés à communiquer sur le sujet. C’est le cas du service départemental d’incendie et de secours du Bas-Rhin (SDIS 67). Cédric Hatzenberger, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière des pompiers du Bas-Rhin, indique que deux pompiers professionnels du département ont pris une disponibilité car ils ne souhaitaient pas se faire vacciner. Dans le rapport d’activité 2021 du SDIS 67, 535 sapeurs pompiers volontaires sont indiqués suspendus. Le délégué FO du Bas-Rhin explique qu’il est très compliqué de savoir la proportion de suspension liée à l’obligation vaccinale. Les volontaires peuvent suspendre leur contrat provisoirement quand ils le veulent, du fait d’un déménagement par exemple.

Manifestation de soignants suspendus jeudi 4 novembre 2021 à Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Aux HUS, de moins en moins de salariés suspendus

Pour le secteur privé, le groupe hospitalier Saint Vincent (GHSV) signale neuf personnes suspendues sur ses 1400 salariés. La clinique Rhéna compte seulement deux salariés suspendus pour un effectif de 850 personnes. L’Abrapa, la plus ancienne association d’aide et de services à la personne du Bas-Rhin, compte encore 16 suspendus sur le département pour près de 3 000 salariés. 

Aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), les fluctuations sont importantes. Au total, les HUS comptent environ 12 000 agents. En septembre 2021, 92 suspensions étaient enregistrées. Deux mois plus tard, les suspensions concernaient 126 personnes, dont 81 soignants, 17 personnels administratifs, 12 personnels techniques, huit personnels médico-techniques et huit personnels spécialisés dans la rééducation.

Le 21 décembre 2021, ils étaient 101 salariés suspendus. Puis en mars 2022, les HUS comptaient 80 personnels suspendus. Au début de la rédaction de cet article, début août 2022, 36 personnes étaient encore concernées par une suspension, dont 22 professionnels de santé et 14 personnels administratifs. Quelques jours plus tard, les HUS indiquaient une nouvelle évolution avec 40 personnes suspendues, tous personnels confondus.

Le flou sur les démissions liées à la suspension

Les représentants syndicaux des HUS convergent tous sur un même point : l'hôpital communique très peu sur le nombre de démissions en rapport avec l'obligation vaccinale. Les ressources humaines des HUS expliquent de leur côté que "le motif de démission n'est pas précisé lors du dépôt de la lettre. Il est donc compliqué de savoir si le départ est lié au vaccin ou non et d'en faire des statistiques."

Aux HUS, une quarantaine de soignants s'est soumis à l’obligation vaccinale depuis novembre 2021. D'autres ont attrapé le Covid et pu bénéficier d’un certificat de rétablissement temporaire. Des situations administratives très compliquées à gérer pour les établissements, qui mènent à une instabilité chronique pour les salariés. Eva, psychomotricienne pour les personnes en situation de handicap à Strasbourg, le confirme : 

"Comme j’ai attrapé le Covid, j’ai pu travailler quatre mois en début d’année. C’était le bordel, mon poste avait été attribué à quelqu’un d’autre. En même temps, il fallait bien me remplacer. Quand je suis revenue, ma remplaçante a dû me rendre mon poste, mais dès le délai du certificat de rétablissement écoulé, j’ai dû repartir. Là, c’est toujours aussi flou. Si j’ai à nouveau le Covid, ça va être la même galère. Je sais qu'ils ont à nouveau engagé quelqu'un d'autre à mon poste, donc ça fera chier tout le monde niveau organisation. Cette fois, je ne reviendrai pas. C’était trop dur d’être malmenée et de faire mon deuil de mon métier une première, puis une deuxième fois." 

Des démissions malgré la vocation 

Ceux qui restent encore attachés à leur contrat commencent à perdre espoir. La fin de leur suspension dépend de l'avis de la Haute Autorité de santé (HAS), qui s’est prononcée contre la réintégration des personnels non-vaccinés le 22 juillet dernier. Deux éléments ont été mis en avant : le contexte actuel marqué par une nouvelle vague épidémique due au sous-variant BA5 de même que la sûreté et l'efficacité des vaccins pour lutter contre les formes sévères et les infections. Pour la HAS, aucune nouvelle donnée ne justifie donc la fin de l'obligation vaccinale. Avec une telle conclusion il y a deux semaines, la perspective d'une réintégration s'éloigne de plus en plus pour les suspendus.

Sophie, aide-soignante intérimaire depuis près de 30 ans, évoque son métier avec passion et nostalgie :

"Je n’ai pas envie de faire autre chose. Quand la pandémie s’est déclarée, je me suis sentie comme un soldat qui part à la guerre. Avoir été jetée comme ça, quand on donne tout pour son métier, c’est très violent psychologiquement. Aide-soignante est pourtant un métier épuisant, mais j’étais prête à rester un temps dans la précarité pour reprendre dès la fin de l’obligation. Là, je songe sérieusement à faire une autre formation. Au-delà d’un contrat, c’est une vraie vocation avec laquelle je romps."

Même lassitude pour Cécile, qui travaillait avec les personnes handicapées dans le Haut-Rhin, depuis plus de cinq ans : 

"Je n’y retournerai plus. J'ai eu l’impression d’être une pestiférée. J’ai dû partir du jour au lendemain sans pouvoir dire au revoir à tous mes patients. Quand on aime son boulot, c’est compliqué à vivre d’être rejetée comme ça."

La suspension due à l’obligation vaccinale, une "prison contractuelle"

Kévin Charrier, avocat spécialisé en droit social, analyse : 

"Les soignants n’avaient pas l’intention de changer de filière. Dans ce secteur, vous n’avez souvent que des compétences et une formation adaptée pour le milieu de la santé. C’est donc très compliqué de trouver un emploi dans un autre secteur, non soumis à la vaccination. Ils doivent se tourner vers des emplois précaires, hors de leur cœur de métier. C’est une solution financière à court terme. Les concernés ont pris un gros coup avec le dernier avis de la Haute Autorité de santé."

La reconversion, c'est justement le choix de Cécile, ancienne accompagnante éducative et sociale pour personnes handicapées : 

"J'ai enchaîné plein de boulots différents, que du court terme, des postes de nuit, à Leclerc, chez un apiculteur, je me suis vite retrouvée dans la précarité. J'ai fini par changer de domaine et aujourd'hui je travaille avec les chevaux. "

Manifestation de soignants suspendus jeudi 4 novembre 2021 à Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Kévin Charrier : "Un cadre légal inédit en droit du travail"

"Le cadre légal de l’obligation vaccinale est réellement inédit en droit du travail", estime Kévin Charrier. Il crée un nouveau statut qui n’avait jamais existé auparavant : une suspension sans rémunération, pour une durée indéterminée. Et avec la loi sanitaire du 30 juillet, qui lie la réintégration à l'avis de la HAS, cette durée risque encore de s'allonger. Pour Kévin Charrier, ce statut enferme le salarié dans son contrat :

"Au moment des discussions autour de la loi du 5 août 2021, le gouvernement avait envisagé la possibilité de licencier les salariés. Une option qui a été supprimée, car jugée trop coercitive. Pourtant, le licenciement aurait permis d’avoir des supports d’accompagnement tel que pôle emploi ou l’assurance-chômage. Tout un tas de salariés se sont retrouvés du jour au lendemain avec une fiche de paye à zéro et aucun service pour les prendre en charge financièrement, à part le revenu de solidarité active (RSA). C’est compliqué de lâcher son travail quand il faut s’auto-financer pour sa reconversion."

La rupture conventionnelle reste possible dans les textes, mais elle n’est pratiquement jamais accordée par l’employeur. "Cela coûterait trop cher, le salarié non vacciné travaille parfois pour l’entreprise depuis plus de 20 ans", explique Maître Charrier.

À Colmar, une secrétaire a pu réintégrer un Ehpad

Moins d’une dizaine de décisions sur la réintégration de personnels suspendus ont été rendues par des conseils de prud’hommes. Lancer une procédure auprès d'un conseil des prud'hommes dure en moyenne un à deux ans.

Manifestation de soignants suspendus jeudi 4 novembre 2021 à Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Les procédures en référé, c'est-à-dire en accéléré, qui doivent prévenir un dommage imminent, n'aboutissent que dans des cas très particuliers. Le 16 février 2022, le conseil de prud'hommes de Colmar a annulé en référé la suspension d'une salariée comptable au sein d'un Ehpad. Elle occupait un bureau avec un accès propre, sans contact avec la clientèle. Les juges ont donc considéré que l'employeur aurait pu prendre des mesures pour éviter tout contact avec des personnes à risque. Elle a donc pu reprendre le travail et a obtenu le remboursement de ses salaires lors de la période de suspension.

L’attente de la décision du Conseil constitutionnel 

Cette décision du conseil de prud'hommes de Colmar reste une exception, comme en témoigne l'avocat Kévin Charrier :

"Pour une procédure qui aboutit, ce sont 25 procédures qui n’aboutissent pas. En matière de référé aux prud’hommes, la grosse majorité des juridictions répondent qu’elles ne sont pas compétentes pour statuer sur le fond et qu’il faut passer par la procédure classique. Quand on est amené à conseiller des salariés, on leur explique que l’action a très peu de chance d’aboutir. Pour l’instant, la seule porte de sortie pour le personnel suspendu dépend du Conseil constitutionnel, qui n’a pas encore tranché sur cette question."

Plusieurs questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) ont été déposées devant l’instance constitutionnelle, depuis 2021. Ce droit est reconnu à toute personne lors d’un procès : elle doit alors montrer qu’une loi porte atteinte aux droits et libertés inscrits dans la Constitution. Mais aucune n'a abouti pour le moment.

Le dernier recours date de juin 2021. L'avocate d'une employée dans une résidence séniors à Mèze a indiqué à France Bleu Hérault vouloir rédiger une QPC. Elle compte s'appuyer sur la durée de suspension de salaire, qui devait être temporaire mais se prolonge sans cesse, même au delà de l'état d'urgence sanitaire. Pour elle, cette loi "porte atteinte aux libertés fondamentales". Pour être menée devant le Conseil constitutionnel, la QPC doit passer par un premier filtre, soit la Cour de Cassation, soit le Conseil d'Etat, qui a trois mois pour décider de transmettre ou rejeter la requête. Si la demande est transmise, les Sages auront alors eux aussi trois mois pour rendre une décision, d'ici fin 2022.

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Après un changement de propriétaire, quatre retraités du Neudorf subissent des coupures d’eau et de chauffage

Après un changement de propriétaire, quatre retraités du Neudorf subissent des coupures d’eau et de chauffage

Quatre locataires de plus de 60 ans refusent de quitter leurs logements, malgré les pressions de leur nouveau propriétaire, le « négociateur immobilier indépendant » Mathieu Deiber. Les incidents techniques, coupures d’eau ou de chauffage, se multiplient et les rapports se tendent jusqu’à des violences…

« Il nous a d’abord proposé quatre mois de loyer gratuit et 10 000 euros pour qu’on quitte l’immeuble. Quand on a refusé, il a dit qu’il nous ferait sortir autrement. » À 67 ans, Sonia Weyl voit sa retraite troublée depuis le rachat de l’immeuble du Neudorf qu’elle occupe en août 2021. Ancienne infirmière-cadre de l’hôpital public, elle a passé onze ans au 6 rue du Hohneck sans souci avec son ancienne propriétaire : « Elle ne faisait pas de travaux mais elle n’augmentait jamais les loyers. »

De 140 à 230 euros de charges

Mais le nouveau bailleur n’a rien à voir avec le petit particulier qui profiterait gentiment de ses rentes. L’ancienne propriétaire, Denise Adam, nous confirme avoir vendu l’immeuble à Mathieu Deiber, qui se décrit sur son site internet comme « négociateur immobilier indépendant ».

Lorsqu’elle reçoit la nouvelle du rachat par un courrier du notaire, Sonia Weyl est d’abord rassurée. La lettre indique que « les conditions et modes de règlement de votre bail restent les mêmes, savoir : le loyer de 500 euros et une provision sur charges de 140 euros par mois. » Mais dès décembre 2021, Mathieu Deiber propose la signature d’un protocole d’accord qui porte le loyer à 570 euros et 150 euros de charges. Les habitants refusent de signer. Le 17 décembre 2021, Sonia Weyl reçoit une lettre recommandée de l’union nationale des propriétaires immobiliers. Au nom de la société SCI du Hohneck, gérée par Mathieu Deiber, le syndicat indique à la locataire que le nouveau loyer s’élève à 502,11 euros avec cette fois « 230 euros de charges à partir de janvier 2022 pour faire face aux dépenses supplémentaires telles que le nettoyage des parties communes ».

Sonia Weyl est la seule locataire qui compte quitter cet immeuble. Elle a emménagé ici trop tard pour bénéficier de la protection accordée par la loi de 1948. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Une coupure d’eau en pleine canicule

Le vendredi 22 juillet 2022, en pleine canicule, les quatre locataires du 6 rue du Hohneck n’ont plus d’eau courante. En l’absence d’explication de leur nouveau propriétaire, ils appellent le service de l’eau de la Ville de Strasbourg. Le service confirme à Rue89 Strasbourg être intervenu le lendemain. Comme le compteur d’eau principal se trouve derrière une porte fermée à clé, les agents de la Ville ont dû mettre en place une alimentation provisoire en eau à partir d’une maison voisine.

Lundi 25 juillet, Mathieu Deiber se rend sur place accompagné de son père. Habitante du rez-de-chaussée, Sonia Weyl le voit arriver. Elle tient à l’accompagner jusqu’à la cave où se trouve le compteur principal. Mais les deux hommes ne l’entendent pas ainsi. Le père barre de son corps l’accès au compteur. Face à l’insistance de la locataire, le fils s’emporte, comme le raconte l’habitante :

« Il m’a poussé et je suis tombée sur le béton. Je n’arrivais plus à bouger. D’abord, ils n’ont rien fait. Ils me disaient d’arrêter de jouer la comédie. Au bout de dix minutes, ils ont appelé le Samu. »

Sonia Weyl a transmis à Rue89 Strasbourg les documents médicaux de l’hôpital de Hautepierre et de son médecin. Le scanner a abouti au diagnostic d’une « fracture-tassement récent de la vertèbre L1 ». L’examen de la docteure indique des lésions entrainant une « ITT (incapacité totale temporaire) de 30 jours » et « trois mois de soins ». La retraitée de 67 ans a aussi porté plainte pour violences suivie d’incapacité supérieure à huit jours.

Extrait du certificat réalisé par la médecin de Sonia Weyl. Photo : Document remis

500 euros pour 75 mètres carrés à Neudorf

« Je ne peux pas rester là. Je veux retourner à Plobsheim, peut-être vivre chez ma fille », affirme désemparée Sonia Weyl avant de nous faire rencontrer ses trois voisins. L’habitante du rez-de-chaussée monte les escaliers, sonne au premier étage, toque au deuxième avant d’entrer chez Fabienne Mathis, 62 ans, au troisième étage. Françoise Heitz, 64 ans, et Richard Benz, 76 ans, rejoignent la petite salle à manger décorée avec un goût tout alsacien. « On se voit beaucoup plus depuis un an », plaisante Sonia. « Toute seule, je n’aurais pas réussi à faire face à tout ça », abonde Fabienne.

De gauche à droite : Sonia Weyl, 67 ans, Fabienne Mathis, 62 ans, Françoise Heitz, 64 ans. Au centre : Richard Benz, 76 ans. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Autour de la table couverte d’une nappe blanche, les trois voisins de Sonia sont catégoriques : ils ne quitteront pas leur appartement. Leurs baux datent des années 1970 et sont régis par la loi 1948, connue pour être très protectrice des locataires. « Si on pouvait trouver un logement pour le même prix, pourquoi pas. Mais 75 mètres carrés pour 500 euros, ça n’existe plus. Avec ce loyer, ça ne suffirait même pas pour un studio aujourd’hui à Neudorf », souffle Fabienne Mathis. « J’ai ma sœur qui habite ici et puis même si je trouvais un appartement ailleurs, je ne vois pas pourquoi je lui ferais ce plaisir », renchérit Richard Benz.

Chauffage coupée, panne d’internet…

Les habitants ont tous une anecdote à raconter depuis que Mathieu Deiber est devenu propriétaire de leur immeuble. Ainsi en octobre 2021, soit deux mois après le transfert de propriété, le « négociateur immobilier indépendant » a informé les locataires que la chaudière était en panne. « Il nous a fait livrer des convecteurs électriques, de tout petits chauffages, ça nous a coûté 700 euros de plus à la fin de l’hiver », râle Sonia Weyl. Le propriétaire fera réparer la chaudière centrale en décembre, comme en atteste le courriel ci-dessous du service hygiène de la Ville de Strasbourg :

« Notre service a procédé à une visite de deux logements de l’immeuble le 2 décembre 2021 pour constater l’absence de chauffage centrale et la présence de convecteurs électriques d’appoint, visite suite à laquelle un courrier a été adressé à votre propriétaire au mois de décembre lui demandant de rétablir le chauffage central de l’immeuble. Aussi, suite à la réception de ce jour (7 janvier 2022, NDLR) d’une attestation de réparation de la chaudière centrale par un professionnel qualifié, l’instruction de votre dossier par notre service prend fin. »

Extrait d’un courriel d’un inspecteur de salubrité du service hygiène et santé environnementale de la Ville de Strasbourg

Richard Benz raconte avoir déposé deux mains courantes pour cette coupure de chauffage, mais aussi pour vol, à la fin de l’année 2021. Pour optimiser son investissement, le négociateur immobilier a réalisé des travaux afin de créer deux studios sous les combles de la bâtisse. Ancien vendeur de vêtements, Richard avait laissé des affaires dans le grenier, « mais le propriétaire a jeté tout ce qui s’y trouvait, notamment les affaires de mon fils, comme le petit train électrique qu’il utilisait quand il était petit ».

Ici, les voisins mangeaient dehors à l’ombre d’un magnolia. Fabienne cultivait son petit jardin. Le nouveau propriétaire a coupé l’arbre et remplacé l’herbe par du gravier pour louer des places de parking. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« On est dans un stress permanent »

Plus timide, Françoise Heitz laisse chacun se plaindre avant d’évoquer ses propres difficultés. Depuis le 12 juin, cette ancienne agent de service hospitalier n’a plus d’eau chaude : « Je suis obligée de me doucher chez mes parents… » Toujours au mois de juin, la retraitée a perdu sa connexion internet pendant trois semaines : « La conseillère d’Orange m’a dit qu’elle ne pouvait rien faire, le câble avait été enlevé… » Elle raconte aussi une coupure d’électricité qui ne devait durer qu’une journée et qui en a duré deux. « J’ai dû jeter tout ce que j’avais au congélateur », se rappelle-t-elle.

Fabienne Mathis ne peut s’empêcher de relier tous ces ennuis à l’acquisition de leur immeuble par Mathieu Deiber :

« Il s’est sûrement dit que ce serait vite plié avec quatre petits vieux dont trois femmes. Maintenant il ne sait plus quoi inventer pour nous jeter. Sauf que c’est dur à vivre pour nous. On est dans un stress permanent. On ne se sent plus chez nous. »

Contacté, Mathieu Deiber n’a jamais donné de réponse à notre demande d’interview malgré plusieurs appels, deux mails et deux messages sur ses deux comptes Facebook.

Au studio de Srebnicki, on perpétue la tradition de la photographie de famille depuis 100 ans

Au studio de Srebnicki, on perpétue la tradition de la photographie de famille depuis 100 ans

Au centre-ville de Strasbourg, la famille de Srebnicki tire le portrait des Strasbourgeois dans le même studio depuis 1918. Pascale, héritière de la tradition familiale, continue cette mission malgré l’irruption du numérique et des portables.

« Laissez-vous sourire ! Oui, c’est bien comme ça ! » Pascale de Srebnicki, appareil photo en main, guide un couple et ses deux enfants qui veulent un album de famille. Bien campée sur ses appuis et équipée de son objectif 70-200 mm, la dame aux lunettes et à l’air affable enchaîne les prises de vue : « enlevez cette main, rapprochez-vous du visage du bébé, faites-lui un bisou sur la joue… » On dirait qu’elle a fait ça toute sa vie, c’est le cas.

Le studio est un des seuls commerces du coin à se targuer d’une telle longévité Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Cent ans de photos en plein centre de Strasbourg

Le studio de Srebnicki est installé dans le passage de la Pomme-de-pin depuis 1918. « Il a été fondé par mon grand-père Willy et repris par mon père Jean, qui y a officié jusqu’en 1992, au-delà de ses 70 ans », explique Pascale, qui elle-même avoue continuer « pour le plaisir du job ».

Pascale de Srebnicki, troisième génération de photographes… Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc

Les années passent, les commerces du couloir qui relie la place Kléber à la place des Étudiants changent, mais l’enseigne « Photo d’art », écrit avec une police des années 60, est toujours là. Pour accéder au studio, il faut entrer dans le passage, sonner et prendre l’ascenseur jusqu’au 4e étage.

On croit alors entrer dans un appartement du début du XXe siècle, fait de parquets et de murs blancs. Des portraits au mur, polychromes ou noir et blanc, rappellent qu’il s’agit d’un studio photo. Dans un coin à droite, un espace pour les photos d’identité, avec lampes et softboxes (des spots avec des carrés de tissus pour adoucir). Et puis, en face, le grand studio.

Le tabouret attend les clients prêts à se faire immortaliser Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Ce jour-là, Audrey et Guillaume (les prénoms ont été changés), leur nourrisson de deux mois et leur grand de deux ans, viennent pour un portrait d’art de leur petite famille. C’est Audrey, qui faisait des portraits de famille quand elle était petite, qui a insité :

« Aujourd’hui, on fait plein de photos amateures mais on n’a pas de belles photos de nous quatre. C’est quand même autre chose de faire des clichés professionnels, pas des photos de smartphones avec des filtres… »

« Je ne suis pas épicier, je suis artiste »

Pascale confirme qu’il y a un « retour en force du portrait, une demande en hausse depuis quelques temps ». C’est que le studio a vu passer toute l’histoire de la photo en ses lieux. Tout au long du XXe siècle, les Strasbourgeois venaient se faire immortaliser, acheter des pellicules ou y faire développer leurs photos. « Et puis les chaînes sont arrivées et ont bradé les prix », se rappelle la portraitiste. Son père décide d’arrêter la vente au grand public. « Il disait : “je ne suis pas épicier, je suis artiste” », sourit Pascale.

Elle le rejoint dès son adolescence : « On habitait dans l’immeuble, donc le studio, c’était ma cour de récré. Je venais donner un coup de main pendant les vacances scolaires ». Elle finit par l’accompagner sur ses « shootings » à l’Orangerie, où les jeunes mariés se pressent encore pour immortaliser leurs tenues. « Je faisais les mises au point sur boîtier et mon père n’était pas tendre. Il me disait « ça, c’est pas bon », etc. » Elle apprend en faisant, devient une employée du studio, puis le reprend à son compte en 1992.

Une pro des portraits de famille

Assez vite, son compagnon, Maurice, la rejoint. Au tournant des années 2000, avec le déploiement des appareils photos numériques, le portrait en studio « peut-être perçu comme désuet » mais l’équipe de Srebnicki continue de « bien travailler ».

Peut-être parce que sa longévité lui confère un statut « d’institution » chez les familles strasbourgeoises, elle constate qu’on fait appel à elle notamment pour les mariages :

« L’habillage de la mariée se passe chez les parents, je m’immisce dans leur intérieur. J’y vois souvent des portraits avec notre signature, faits par mon père ou mon grand-père… J’ai des clients que j’ai photographié nourrissons, puis ados, jeunes mariés et dans l’attente de leur premier enfant ! »

Aujourd’hui, ses portraits de couples, d’enfants, de femmes enceintes ornent les murs du grand salon… Entre le solennel et la joie, dans l’ombre ou en pleine lumière, ils veillent sur chaque néophyte qui découvre ici les fonds blancs et gris, les accessoires, « escaliers » ou tabourets. Des jouets pour enfants sont disponibles à côté du canapé où Guillaume s’installe avec son bébé quand c’est le tour d’Audrey ou de leur grand de prendre la pose.

La petite famille s’est octroyée une séance photo en sortant du travail (et de la crèche). Audrey avait l’habitude de faire cela, petite. Photo : DL / Rue89 Strasbourg

La famille s’exécute avec plaisir, le nourrisson est magnétisé par le bal des accessoires presque automatique. Avec un drap sur la table, on aura une belle photo du nourrisson avec sa maman. Sur l’escalier, le papa dialogue avec son bébé pour le faire sourire. Pascale adapte un peu les lumières, change de fond de temps en temps. Un certain calme règne, entrecoupé par les flashs et les bruits de l’obturateur. Les quelques fenêtres donnent sur une cour d’où ne s’échappe aucun des bruits de la ville. Dans la pénombre du studio, on se sent ailleurs.

« Les enfants peuvent être prenants », concède Pascale. Elle se rappelle de bambins qui avaient dessiné au feutre sur ses toiles de fond, alors que l’idée était qu’ils décorent le ventre de leur maman enceinte.

Il y a aussi ces personnes seules, qui se sont vus offrir un bon cadeau, ou qui la sollicitent pour un portrait « corporate » ou personel. Le matin même, elle a travaillé avec un commerçant du marché Broglie dont elle avait fait la bannière mais qui souhaitait maintenant son instantané personnel, pour le plaisir : 

« La plupart du temps, ce sont des gens qui n’ont jamais pris la pose, qui ne se trouvent pas beaux. Il n’y a rien de plus valorisant que de mettre une personne lambda en confiance et qu’à la fin, elle nous dise “Je n’ai jamais eu d’aussi belles photos.” C’est pour ça que je fais ce métier ».

Le cadeau empoisonné du numérique

Depuis le début de leur aventure, les de Srebnicki couvrent les cérémonies de mariages. Mais Pascale a senti l’influence de la photographie numérique dans cet univers, accompagnée d’une exigence grandissante des clients : 

« Un photographe de mariage doit tout immortaliser, on ne peut rien rater. D’ailleurs, on s’y rend à deux maintenant. Résultat, on revient avec 2 500 voire 3 000 photos ! Avant, en argentique, on en prenait 300 et ça allait très bien. »

Elle pointe que le numérique permet de choisir l’expression parfaite, le détail qui fait tout, mais alerte :

« Le boulot de post-production est énorme. Avant, on envoyait sa pellicule au labo avec, certes, une petite boule au ventre. Aujourd’hui, on passe un temps fou à retoucher les clichés sur l’ordinateur, car il y aurait toujours quelque chose à améliorer. Alors, quand s’arrêter ? »

Pascale a senti le bouleversement du numérique, et, avant cela, l’arrivée des chaînes sur le marché de la pellicule Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Après avoir pris plus d’une centaine d’instantanés de la petite famille, Pascale estime qu’elle n’aura pas assez de photos exploitables de leur grand garçon et propose une séance supplémentaire. Il y aura aussi un rendez-vous pour regarder la sélection sur place car « envoyées, elles sont compressées et de moins bonne qualité », explique Pascale.

Ici, une séance de portrait d’une heure ou 1h30 débute à 195 euros, ça peut aller au-delà « selon la finalité : coffret d’art, album-livre, créations murales, etc. ». Mais Pascale propose aussi des « mini-shootings » de 20 minutes à 65 ou 125 euros.

Dans la pénombre de la pièce principale, on se sent dans un ailleurs. Photo : DL / Rue89 Strasbourg

L’ère des photos biométriques

Nombreux sont les clients à découvrir le studio à travers la photo d’identité pour des papiers officiels, une activité qui a pris beaucoup de place chez de Srebnicki ces dernières années :

« Tous les jours, des gens viennent pour être sûrs de repartir avec une photo conforme et parce que ça n’a quand même rien à voir avec un photomaton ! »

Ce n’est pas la partie du métier qu’elle préfère, mais elle met le même soin du détail pour une photo de passeport que pour un tirage qui trônera dans un salon familial.

À force, Pascale est devenue incollable sur les normes biométriques des passeports de toutes les couleurs, et certifiée pour les cartes de résidents et les permis de conduire. Si un fond blanc est exigé, ainsi que les mêmes normes biométriques pour les bébés et pour les adultes, c’est l’Espagne. Un couple arrive justement ce jour pour immortaliser leur bambin. Dans un dialogue ibérique, la mère essaye d’attirer son attention, pendant que son père le tient. Le bébé joue le jeu et Maurice compose la parfaite photo d’identité en deux temps, trois mouvements.

Tout ce qu’elle fait, la partie préférée de son métier, c’est la rencontre, « ce qu’on peut apporter aux gens ». Après plus de 40 ans de carrière, elle analyse :

« La photo peut s’apprendre, il y a de très bons techniciens, mais soit vous avez une sensibilité, soit vous ne l’avez pas. »

Stéphane Libs, directeur des cinémas Star : « Arrêtons de parler de la mort du cinéma, c’est loin d’être le cas »

Stéphane Libs, directeur des cinémas Star : « Arrêtons de parler de la mort du cinéma, c’est loin d’être le cas »

Le Covid et le streaming ont encore un impact délétère sur la fréquentation des salles. Mais pour le directeur des cinémas Star, Stéphane Libs, le nombre d’entrées retrouve parfois son niveau d’avant crise et de nouvelles initiatives prometteuses sont mises en place.

« Il faut arrêter d’annoncer à tout bout de champ que le cinéma est mort, c’est loin d’être le cas », s’insurge Stéphane Libs, programmateur des cinémas Star, les célèbres cinémas d’art et essai de Strasbourg. Depuis plus d’un an, il entend de nombreux propos pessimistes sur la situation des salles obscures. Une analyse qu’il n’observe pas dans son établissement. Un poncif que le directeur juge même contre-productif, comme il l’explique : 

« Bien sûr, nous sommes passés par des moments difficiles, avec les restrictions dues au Covid, comme la mise en place du siège sur deux ou le port du masque obligatoire… Mais ces moments sont derrière nous. Au lieu d’asséner aux gens que le cinéma va peut-être disparaître, les médias feraient mieux de parler des films, de donner envie aux gens d’y retourner, car la production a repris et de très belles choses sont réalisées. »

Stéphane Libs, directeur des cinémas Star : «  »Arrêtons de parler de la mort du cinéma, c’est loin d’être le cas. » Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc

Stéphane Libs rappelle que la Fête du cinéma 2022, qui s’est tenue du 3 au 6 juillet, avait été pré-annoncée comme un échec par plusieurs médias. « Mais au bout du compte, en termes d’entrées, nous avons largement égalé celles de 2017, 2018 et de 2019. Les Mignons, par exemple, ont complètement explosé les chiffres. » 

Même si le nombre d’entrées n’égale pas celui de 2019 -qui était une année record, les Français reprennent peu à peu le chemin du cinéma. Photo : ACC/ Rue89 Strasbourg / cc

« Il reste encore un marché pour le cinéma »

La pandémie a mis un coup d’arrêt à l’industrie du cinéma en provoquant une fermeture des salles. Une partie de la production de films a aussi été mise en pause. La récession a été d’autant plus marquée qu’elle est intervenue après une année record de fréquentation. En 2019, le nombre d’entrées dans les cinémas français s’est élevé à 213,3 millions, soit 6% de plus qu’en 2018. Un record qui n’avait plus été atteint depuis 1966, hormis en 2011, grâce à la sortie d’Intouchables.

De mai 2020 à mai 2021, le nombre d’entrées à l’échelle nationale a atteint un peu plus de 150 millions. Stéphane Libs tient à nuancer ce chiffre :

« Cette période englobe les mois pendant lesquels il y avait des restrictions très strictes, comme le siège sur deux, le port des masques. En plus de ça, les films américains ont mis du temps à revenir à l’affiche. Pour une période aussi complexe, le chiffre de 153 millions n’est pas du tout si mal que ça. Et la situation ne cesse de s’améliorer. Il reste encore un marché pour le cinéma. »

Signe d’une perspective positive pour les cinémas : les événements comme les avant-premières font à nouveau salle comble aux cinémas Star. Quatre rencontres sont prochainement prévues dans le cadre de l’opération nationale Ciné Cool. Photo : ACC / Rue89 Strasbourg / cc

Un retour progressif du public

La fréquentation ne cesse de s’améliorer dans les salles françaises et notamment strasbourgeoises. Les cinémas Star et Star Saint-Exupery notent aujourd’hui une baisse de la fréquentation de 14% par rapport à 2019, contre une baisse de -50 % à – 60 % après la première réouverture en été 2020.

Les cinémas de Stéphane Libs réalisent une bonne performance quand on les compare à la moyenne nationale des salles art et essai qui tournent aujourd’hui autour de -24 à -25 % d’entrées. Il se situe également à une bonne place par rapport aux autres cinémas strasbourgeois. « L’UGC tourne autour de – 34% et le Trèfle – 33%. Le Vox est à -4% », rappelle Stéphane Libs. Ce dernier chiffre s’explique en partie par l’ouverture de deux salles supplémentaires dans le cinéma de la rue des Francs-Bourgeois.

Le retour du public se caractérise notamment par un afflux de jeunes spectateurs. Les Cinémas Star viennent de créer le Club Jeunes Cinéphiles à leur destination. Photo : ACC / Rue89 Strasbourg / cc

Pour l’exploitant des cinémas Star, cette disparité entre petits cinémas et multiplexes n’est pas étonnante :

« Les chiffres sont différents entre les salles art et essai et les grands cinémas comme l’UGC ou le Pathé de Brumath, car ces derniers tournent beaucoup avec des superproductions ou des films à grands succès. Ce type de films manque encore à l’affiche. Il y a eu la production Disney Encanto, qui est restée très longtemps à l’affiche, le nouveau Top Gun… mais il y a en ce moment une grosse sortie toutes les deux semaines, alors qu’avant, c’était plutôt toutes les semaines. Les petites salles tournent plus avec des habitués qui aiment aller au cinéma et se laisse tenter par des films dont on n’a pas forcément beaucoup parlé… »

Le tout nouveau Club Jeunes Cinéphiles

Autre changement depuis la pandémie : le profil des spectateurs. Beaucoup d’habitués se situaient dans une tranche d’âge plutôt élevé, « mais les seniors peinent toujours à revenir dans les salles », observe Stéphane Libs.

« Ce public avait l’habitude de venir aux séances de 14h ou 16h et on en a perdu une grande partie. À la peur de la contamination s’ajoute le fait que, eux aussi, ont découvert les plateformes. Mais un public jeune, motivé, et même militant de la forme cinématographique les ont remplacé. On ne s’y attendait pas du tout. »

Face à ces nouveaux spectateurs, les cinémas Stars ont décidé d’adapter leurs offres. Depuis février 2022, ils proposent aux 15-25 ans de rejoindre leur Club Jeunes CinéphilesL’adhésion annuelle de cinq euros permet d’avoir accès aux films à un prix réduit (tous les films à cinq euros et possibilité d’inviter une personne sur une sélection de film à cinq euros les deux places), de participer à des événements (rencontres, visites,…) et à des apéros avec les autres membres du club. Un compte Instagram et une discussion WhatsApp permettent aussi aux jeunes de partager leurs avis sur les œuvres. Aujourd’hui, plus d’une centaine de personnes fait partie du projet.

Festivals, soirées, rétrospectives et petits prix

Les cinémas Star ont également fait le pari de s’impliquer davantage dans l’événementiel, entre les avant-premières, les festivals, la journée Plug‘n’Play dédiée aux jeux vidéo ou encore les différentes rétrospectives. « On ne peut plus simplement se contenter de proposer une programmation classique », développe le gérant. « On propose au public des rendez-vous inédits, comme la rétrospective Ennio Morricone… C’est beaucoup de travail, mais c’est intéressant de renouveler la façon de faire vivre un cinéma. On est récompensés et on voit que les spectateurs veulent toujours voir des films et ont gardé une grande curiosité. « 

Quiz sur les jeux vidéos lors de la journée Plug‘n’Play qui s’est déroulée le 4 avril au cinéma Star. Photo : ACC/ Rue89 Strasbourg / cc

Cet été encore, la programmation des Star est bien chargée. La rétrospective d’Ennio Morricone, qui a fait un très bon début, se prolonge jusqu’au 31 août. Commencera ensuite une rétrospective François Truffaut, du 3 au 23 août. Quatre rencontres sont également déjà prévues dans le cadre de l’action nationale Ciné Cool, qui permet à tous les spectateurs d’assister aux séances pour 4,50€, du 20 au 27 août. De bonnes occasions de renouer avec les salles obscures à petits prix. 

 

Une soirée avec les sorcières modernes de Rouffach

Une soirée avec les sorcières modernes de Rouffach

« Fêtes d’Alsace », épisode 6 – Pour rendre hommage au passé de la ville et à ses mythes, 10 000 personnes se sont côtoyées à la Fête des sorcières samedi 16 juillet à Rouffach autour de stands thématiques, attirant aussi certaines « sorcières modernes ». Reportage au cœur d’un fourre-tout festif d’histoire, de légendes et de croyances.

Une tour fortifiée protège Rouffach du soleil cuisant de cette fin d’après-midi du samedi 16 juillet. Les musiques folk du groupe alsacien Quatr’Quart embrasent l’air de la place principale de ce village au sud de Colmar. La foule est monstre à 19h, composée majoritairement de gens en tee-shirts, mais aussi d’elfes et de sorcières. Au moyen-âge, l’édifice qui fait face à l’église servait de prison pour y éloigner des femmes accusées de fréquenter le diable.

Depuis 1993, l’association de la fête de la sorcière de Rouffach s’appuie sur l’histoire de ces quinze femmes exécutées pour sorcellerie entre 1585 et 1627 pour organiser un évènement autour des mythes et légendes. Didier Basse, secrétaire de l’association et bénévole depuis 26 ans, est posté à côté de l’église où les bénévoles se restaurent :

« L’événement a beaucoup évolué au fil des ans, il n’y a plus de thème précis. Si l’on voulait faire une fête tout médiéval par exemple, cela coûterait très cher en infrastructures. On choisit des animations et des stands originaux et très différents entre eux. »

En 27 années, la fête est devenue colossale pour ce village de 4 500 âmes : plus de 10 000 personnes ont été accueillies et 200 bénévoles s’activent depuis 14h autour des stands et animations pour adultes et enfants.

Légendes anciennes, pratiques nouvelles

Une vingtaine de stands de charcuterie, de vin d’Alsace, mais aussi de « potions magiques » et de tenues féériques se mélangent entre les rues de la place de la République et de la place Clémenceau. Les gnomes géants de la compagnie des voyageurs du Bord des Mondes, une troupe de spectacle du Loiret, coupent le passage et les plus petits s’émerveillent.

Stéphanie, 42 ans, accompagnée de son mari Nicolas, parle d’une fascination d’enfant pour les légendes :

« Mon oncle a vécu à Zugarramurdi, une commune au nord de l’Espagne connue pour son mythe de la grotte où se seraient déroulés des sabbats (une assemblée nocturne associée à des rituels démoniaques, NDLR). »

Ce mythe s’est construit sur l’histoire réelle : en 1610, le tribunal de l’Inquisition de Logroño, une ville du nord de l’Espagne, a condamné onze femmes au bûcher pour sorcellerie. Employée de pompes funèbres, elle affirme avoir vu le film Les sorcières de Zugarramurdi « une dizaine de fois » et posséder quelques livres sur le sujet à la maison.

Stéphanie, 42 ans, se dit fascinée par les histoires de sorcières depuis petite. Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Sur la grande scène, l’ensemble Convivencia joue sa musique médiévale acoustique. Sophie a ramené les enfants de sa voisine pour tester les jeux d’agilité, de mémoire et l’initiation à la calligraphie dans l’après-midi. Cette fan de « tout ce qui touche à la sorcellerie » regrette que cette figure ne soit ramenée qu’au folklore : « Cela va bien plus loin que cela de nos jours, il y a la voyance, la spiritualité, le rapport à la nature, tout cela vient des sorcières », développe celle qui est secrétaire-comptable dans le civil.

Lithothérapie, aromathérapie et consorts

Sur la place Clémenceau, le DJ entonne des musiques du duo pop LMFAO, projetant l’ambiance assez loin de l’univers médiéval. Julie est toute en noir, une lune renversée sur le front. Son ami Mathieu, balafré de peinture noire, l’introduit gaiement : « Cet événement, c’est comme la Fête nationale pour elle ! » La 27e édition de la Fête de la sorcière est pourtant une première pour cette ingénieure de 26 ans. L’occasion d’être « elle-même » en public : « Dans mon travail dans une usine chimique à Mulhouse, je ne peux pas m’habiller comme ça », avoue-t-elle.

Julie, une ingénieure de 26 ans, dit profiter de la fête de la sorcière pour être « elle-même ». Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Elle dit s’identifier aux sorcières des temps anciens : « Ce sont des femmes qui ont été brûlées car elles osaient sortir du moule, faire les choses différemment », raconte la jeune femme. Il y a six ans, elle a commencé à pratiquer des « rituels » pour le bien-être :

« Mes études ont été difficiles, j’ai pris une année de césure où j’ai travaillé en tant qu’animatrice. Cela m’a permis de me reconnecter à la nature et de m’intéresser à l’astrologie, à la thérapie par les plantes et aux soins naturels. Même si cela n’a pas d’influence réelle, cela m’aide à organiser ma vie ».

Louna, qui fait la queue au stand de saucisses sur l’autre place du village avec son groupe d’amis, raconte aussi utiliser certains remèdes. Elle liste plusieurs pratiques, comme l’herboristerie, qui consiste en la préparation de plantes médicinales, l’aromathérapie, qui est l’utilisation des huiles essentielles de plantes à des fins médicinales, et la lithothérapie, l’utilisation de pierres pour du soin physique et mental.

Certaines plantes et huiles essentielles sont bien utilisée dans la préparation de certains médicaments à base de plante, comme substance active ou comme excipient, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). En revanche, aucune étude scientifique n’a encore démontré un quelconque effet des pierres sur le corps humain. « Ce n’est pas forcément effectif, mais c’est fait avec la volonté de soigner », précise la jeune femme.

Arthur, Louna, Margot et Barbara viennent de Soultz pour la Fête de la sorcière. Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Une émancipation féministe

Longtemps refourguée à l’imaginaire de la dame à verrues et au nez crochu, la sorcière veut reconquérir une dimension moderne positive de son « pouvoir ». La jeune étudiante en prépa lettres convertit ses amis à une lecture féministe de ces pratiques :

« Le machisme a fait que l’on a condamné les sorcières alors qu’elles étaient souvent des connaisseuses qui savaient se servir des plantes. Ces rituels, c’est plus pour se guérir en tant que femme. »

« Il y a dans la littérature des discours plus modernes qui mettent en lumière l’Inquisition contre les sorcières comme des féminicides », précise Sarah, 20 ans. Affublée de tresses et de symboles celtiques, elle attend avec sa mère Murielle dans la file d’attente où se tient le sentier de l’étrange, une sorte de maison hantée en extérieur, montée dans les anciennes fortifications de la ville.

Au fil d’une discussion de fond, interrompue par les gesticulations d’un bénévole déguisé en bourreau, elle raconte que sa sœur pratique le wicca, la « religion des sorcières ». Ce mouvement religieux apparu au XXe siècle a été repris par certains mouvements féministes : « Le plus important chez les sorcières c’est la sororité« , affirme Sarah. Elle a même essayé d’intégrer un coven (un groupe de sorcières) à Strasbourg, mais sans succès : « C’est un milieu très fermé, il faut quelqu’un de l’intérieur qui nous fasse rentrer. »

Mélange des genres

Sur la scène principale, à 22h15, des percussions méditatives et des chants clairs résonnent. Les anneaux de feux jaillissent des mains des danseurs de l’Arche en Sel, en même temps que les cris du public. La troupe de danseurs venue de Charente-Maritime impressionne avec ses dessins de feu millimétrés.

Tard dans la nuit, les spectateurs se rejoignent sous les tentes pour se restaurer. Pascal, avec sa femme Marianne, sont tous les deux intéressés par les histoires de sorcières. Pascal de manière un peu plus dévouée : « J’ai créé mon propre cercle de paroles dans mon salon. On fait des chants de chamanes et des soins. Maintenant nous sommes 72 personnes à se retrouver tous les vendredis », assure-t-il en tendant une carte de visite. Il dit « ressentir les énergies » et notamment pouvoir deviner les « traumatismes intimes des gens ».

Même s’il y a des dévoués, la plupart ne s’intéressent pas tellement au thème de la fête, à l’image de Hervé, 40 ans, venu avec sa bande de cinq amis :

« On a regardé sur Wikipédia avant de venir parce qu’on se demandait pourquoi la fête ne s’appelait pas foire aux vins. C’est vrai qu’il y a rarement un lancer de haches dans une foire aux vins… »

Elena, Théo et Romain, tous la vingtaine, sont arrivés de Normandie il y a un an et s’attendaient à une « petite guinguette » : « Chez nous, on n’a pas trop ce genre de fête. C’est plus dans l’est de la France qu’on a des thèmes comme ça, c’est surprenant », dit Théo.

Romain, Elena et Théo viennent de Normandie et sont impressionnés par l’ambiance de la fête. Photo : MC / Rue89 Strasbourg

Près de la fin, les participants se concentrent sur la place Clémenceau pour continuer à danser comme dans une boîte de nuit. Mélodie Weber, la créatrice de « Fée moi rêver » remballe avec précaution ses nains miniatures et ses stylos champignons faits en matériaux recyclés. Il ne reste presque plus rien : « Les gens étaient très attendris par l’univers. Après deux ans de Covid-19, je pense que tout le monde avait besoin de ça », raconte la créatrice.

#Rouffach

Ammonitrates : deux rapports pointent une réglementation et des contrôles insuffisants au port de Strasbourg

Ammonitrates : deux rapports pointent une réglementation et des contrôles insuffisants au port de Strasbourg

Deux rapports pointent les « lacunes règlementaires » dans l’encadrement de la manutention des ammonitrates, ces engrais potentiellement explosifs, dans les ports fluviaux. Le Port autonome de Strasbourg est le deuxième plus gros port fluvial de France.

L’explosion, le 4 août 2020, d’un stock de nitrate d’ammonium technique (dédié à la fabrication d’explosifs) dans le port de Beyrouth, causant la mort de 215 personnes, a fait l’effet d’un électrochoc. Le 30 septembre 2020, le ministère de la Transition écologique missionne le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l’économie (CGE) pour dresser un état des lieux de « la gestion du risque lié à la présence d’ammonitrates, (des engrais azotés fabriqués à partir de nitrate d’ammonium, ndlr), dans les ports maritimes et fluviaux en France. » La France est la première consommatrice d’ammonitrates en Europe de l’Ouest. Ces engrais sont principalement utilisés à des fins agricoles.

« Lacunes règlementaires »

Dans leurs conclusions, rendues le 21 mai 2021, les experts du CGEDD qualifient la situation dans les ports fluviaux « d’artisanale » et pointent des « lacunes règlementaires » qui laissent le champ libre à des pratiques potentiellement dangereuses. Les auteurs rappellent :

« Si la probabilité d’occurrence d’un accident est faible, le danger (importance des dégâts en cas d’accident) est élevé. Une explosion d’un stock même limité d’ammonitrates haut dosage peut provoquer des dégâts considérables. »

Quatre sénateurs, se basant en partie sur les données et analyses du CGEDD, ont eux aussi publié un rapport d’information sur le sujet le 6 juillet 2022. Ils confirment la légèreté du cadre règlementaire encadrant le trafic d’ammonitrates dans les ports fluviaux et appellent à un renforcement de celui-ci. La situation dans les ports maritimes est « satisfaisante », selon les rapporteurs.

Des données parcellaires

Selon les estimations du CGEDD, basées sur les chiffres partiels de l’importation, 50 000 tonnes d’ammonitrates haut dosage importés transiteraient chaque année par la voie fluviale en France, ce qui représente une part minoritaire du trafic global. Il n’existe pas de données précises, ni à l’échelle nationale ni au niveau local, sur la nature et les quantités d’ammonitrates qui circulent par voie fluviale.

« En 2021, les matières dangereuses représentent moins de 2% de la totalité des marchandises qui transitent par le Port de Strasbourg », indique Pauline Jacquet, responsable de la promotion portuaire du Port autonome de Strasbourg (PAS), deuxième plus gros port fluvial de France. Aucune distinction n’est faite entre les « matières dangereuses ».

Des ammonitrates haut dosage transitent par le Port autonome de Strasbourg Photo : d’illustration/Rue89 Strasbourg/cc

La « faiblesse » du cadre règlementaire

Les ammonitrates sont soumis à différentes règlementations. Sur la voie fluviale, c’est le règlement international ADN qui s’applique. Quand ces engrais sont stockés sur des sites fixes, au-dessus d’une certaine quantité – 250 tonnes en vrac et 500 tonnes en sacs appelés « big bags » – ils rentrent dans le cadre du régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), qui prévoit des mesures de précaution en matière de stockage et de défense incendie notamment. Ces stocks doivent faire l’objet de déclaration auprès de la Direction régionale de l’environnement (Dreal) et peuvent être contrôlés.

Mais entre le transport et le stockage, les ammonitrates sont chargés, déchargés, parfois posés à terre temporairement en attendant de passer d’un véhicule à un autre. Cette manutention s’effectue dans une « situation floue intermédiaire », selon le CGEDD, et n’est que peu encadrée. Dans les ports fluviaux, les ammonitrates peuvent être déposés à même le sol, parfois en vrac. Ces pratiques augmentent le risque de contamination qui accroît leur réactivité, et donc, leur potentiel explosif. Elles sont interdites dans les ports maritimes. Selon les rapporteurs sénatoriaux :

« La faiblesse du cadre réglementaire concernant la manutention de matières dangereuses dans les ports fluviaux ne permet pas un contrôle effectif de ces opérations dans ces infrastructures. »

Des ammonitrates qui circulent incognito

« Sur les terminaux nord et sud, détenus à 100% par le port, des règles strictes de sécurité s’appliquent. Un plan de prévention des risques encadre la manière dont on traite et gère les marchandises, les lieux de stockages et les dispositifs de défense incendie qui y sont rattachés », indique Pauline Jacquet.

Cinq-cents entreprises sont implantées dans le Port autonome de Strasbourg. Des cargaisons d’ammonitrates transitent directement sur ces sites, et ne sont pas soumises aux même règles que sur les terminaux. La règlementation prévoit que le préfet définit les lieux où l’on a le droit de charger et décharger des matières dangereuses dans le port.

Un évènement relaté dans le rapport du CGEDD démontre toutefois que des cargaisons d’ammonitrates peuvent passer entre les mailles du filet :

« Il a également été rapporté que les pompiers avaient découvert la présence de près de 480 t de big bags d’ammonitrates haut dosage, sur le site d’une coopérative exploitant des silos de céréales sur le port de Strasbourg en se rendant sur place pour éteindre l’incendie d’un silo. Cette utilisation d’un appontement portuaire pour décharger des matières dangereuses était inconnue aussi bien de la direction du port de Strasbourg, que de l’ensemble des services de l’État. »

De sources concordantes, cette situation fait référence à l’explosion du silo à céréales Silorins, appartenant au Comptoir agricole Strasbourg, survenu le 6 juin 2018. Contacté, le Comptoir agricole Strasbourg n’a pas répondu à nos demandes d’interview.

Lors de l’incendie du silo à céréales Silostra Silorins, survenu le 6 juin 2018, les pompiers ont découvert la présence de près de 480 tonnnes de big bags d’ammonitrates haut dosage, sur le site d’une coopérative exploitant des silos de céréales du port de Strasbourg. » Photo : Document préfecture Bas-Rhin

Des contrôles insuffisants ?

Le contrôle des ammonitrates sur les voies fluviales s’articulent entre plusieurs acteurs. D’abord, quand une péniche navigue sur le Rhin avec des matières dangereuses, elle a l’obligation d’annoncer la nature et la quantité de sa cargaison auprès du centre d’alerte rhénan d’informations nautiques de Gambsheim (Caring) et géré par Voie navigables de France (VNF). Ce dispositif est prévu par un règlement de police de la navigation local spécifique au Rhin, induit par son statut international. Cette obligation d’annonce n’est pas effective sur tous les fleuves, précise le CGEDD dans son rapport.

Les bateaux transportant des ammonitrates peuvent également faire l’objet de contrôles inopinés menés par la gendarmerie fluviale ou la Direction régionale de l’environnement (Dreal). Geneviève Lang, membre de la brigade de Gambsheim de la gendarmerie fluviale et formatrice nationale pour le contrôle des matières dangereuses, détaille sa mission :

« Lors d’un contrôle sur l’eau, on demande aux équipes de nous fournir tous les documents obligatoires relatifs aux transports de matière dangereuse. On regarde si les systèmes d’extinction incendie sont prêts à fonctionner, si des équipements comme des masques faciaux sont bien présents etc. Quand on est à quai, on prend plus de temps pour réaliser un contrôle complet. Les cargaisons d’ammonitrates ne sont pas traitées différemment d’une autre matière dangereuse. Nous travaillons étroitement avec les services de la Dreal et faisons parfois des contrôles ensemble. »

Un manque de contrôles dans les ports fluviaux

Lors de leur audition par le Sénat, le 1er décembre 2021, retranscrite en annexe du rapport sénatorial, deux auteurs du rapport du CGEDD, Michel Pascal et Jérôme Goellner, tous deux ingénieur général des Mines estiment que les contrôles effectués par la Dreal dans les ports fluviaux sont insuffisants. Michel Pascal précise :

« Le problème de Strasbourg et d’Elbeuf n’est pas une question de moyens humains. Une visite une fois par an prend peu de temps. La DREAL pourrait s’en occuper. Or elle ne le fait pas. »

Et Jérôme Goellner de renchérir :

« Des contrôleurs des transports terrestres contrôlent le transport des matières dangereuses. Ils dépendent des DREAL. Leur priorité, c’est la route. Ils contrôlent beaucoup de camions, quelques lignes de chemin de fer et très peu de voies fluviales, les ports relevant des capitaineries. Il ne serait pas très compliqué de faire quelques contrôles dans les ports, et cela ne nécessiterait pas beaucoup de monde. »

Contactée à ce sujet, la préfecture n’a pas répondu à nos demandes d’entretien.

Pas d’évolution règlementaire pour le moment

Le CGEDD émet des recommandations pour améliorer la situation, en particulier dans les ports fluviaux. Elles visent d’une part à renforcer la surveillance et le contrôle des matières dangereuses, et d’autre part à aligner la règlementation des ports fluviaux en la matière sur celle, plus stricte, qui s’applique aux ports maritimes.

Depuis mai 2021, date de publication du rapport du CGEDD, il n’y a eu aucune évolution règlementaire encadrant davantage le trafic d’ammonitrates haut dosage sur les voies fluviales et dans les ports fluviaux. Un arrêté gouvernemental a bien été pris le 7 février 2022. Il renforce l’encadrement de la manutention des matières dangereuses dans les ports… maritimes.

La question de se passer des ammonitrates, en raison des risques pour la sécurité que cette matière fait peser sur la population, s’est posée pour de nombreux pays. L’Allemagne, la Belgique, l’Irlande, l’Australie, la Turquie, la Chine et l’Inde, ont interdit les ammonitrates haut dosage sur leurs sols, ou ont assujettis leur usage à des « règles draconiennes », notent les experts du CGEDD.

Dans le Grand Est, un médecin de la police sourd aux souffrances des policiers

Dans le Grand Est, un médecin de la police sourd aux souffrances des policiers

Dans une enquête de FranceInfo, une ancienne policière et un policier d’origine alsacienne témoignent des ratés d’un médecin de la police qui a remis en cause des arrêts de travail au détriment de la santé des agents.

L’enquête de FranceInfo commence par le témoignage anonyme d’une ancienne policière. L’Alsacienne raconte ce vendredi 4 novembre 2016 où il lui est tout à coup impossible de bouger en sortant du supermarché. Diagnostic à l’hôpital : une hernie discale. L’officier de police judiciaire est arrêtée plus de trois semaines. Mais à l’été 2017, la policière souffre à nouveau des mêmes douleurs. Elle est opérée une seconde fois en août.

Deux mois plus tard, en octobre 2017, le docteur Christian Frey la reçoit pour une visite de contrôle. Le médecin inspecteur décrète qu’elle peut reprendre le travail. Mais le jour de la reprise, Alice (le prénom a été modifié) se retrouve à nouveau paralysée. « Un IRM a malheureusement objectivé une récidive précoce de la hernie discale, ce qui a nécessité une nouvelle intervention », écrit son médecin traitant dans un rapport que FranceInfo a pu consulter. Elle sera arrêtée jusqu’en mars 2018.

Policiers lors d’un contrôle routier dans le quartier du Port du Rhin en juillet 2019. Photo : Rue89 Strasbourg

Un médecin chef déjà condamné

Ce n’est pas la première fois que ce médecin de la police du Grand Est fait des ravages. Pour rappel, le tribunal correctionnel de Metz a condamné en 2019 l’ancien médecin chef à 18 mois de prison avec sursis pour des agressions sexuelles sur huit policières et un policier, tous issus de la police nationale dans le Grand Est. En janvier 2022, la cour d’appel de Reims a condamné Christian Frey à un an de prison avec sursis. Il est désormais interdit d’exercer la médecine.

Un second témoignage de policier alsacien pointe la même défaillance d’un médecin de la police. Pour Pascal (le prénom a été modifié), la pathologie est psychologique puisqu’il est victime d’un stress post-traumatique. L’enquête de FranceInfo détaille l’origine de son traumatisme ainsi qu’un premier rendez-vous avec Christian Frey puis un second, avec l’expert psychiatre strasbourgeois, le docteur Henri Brunner. Ce dernier a déjà fait l’objet d’une plainte de plusieurs psychiatres pour des expertises baclées et des comportements humiliants vis-à-vis des personnes expertisées, comme l’avait révélé Rue89 Strasbourg.

Dr Brunner : « Qu’il y ait quelques mécontents, c’est inévitable »

Le Dr Brunner n’avait pas donné suite à notre demande d’interview en janvier 2021. Il a néanmoins répondu à notre consœur de FranceInfo indiquant n’avoir « jamais eu de problèmes » devant la justice. L’expert psychiatre a aussi indiqué qu’il réalise « environ 700 expertises par an (…) Donc qu’il y ait quelques mécontents là-dedans, c’est inévitable. »

Quelques heures après la publication de l’article, le policier Pascal a reçu un mail lui indiquant qu’une de ses revendications est enfin satisfaite : à partir du mois d’août, un demi-traitement lui sera versé. « C’est la moitié du salaire réglementairement maintenue tant que le conseil médical ne s’est pas prononcé, indique Pascal auprès de Rue89 Strasbourg, dans mon cas, l’administration volontairement a omis de le verser… »

#arrêt de travail

Anxiété, dépression, phobies… À Strasbourg, structures d’accueil et services hospitaliers débordés par le mal-être croissant des jeunes

Anxiété, dépression, phobies… À Strasbourg, structures d’accueil et services hospitaliers débordés par le mal-être croissant des jeunes

Les troubles psychiques, gestes ou idées suicidaires explosent chez les adolescents et les étudiants. Face à l’ampleur inédite du problème, les services hospitaliers et les structures d’accueil et de prévention frôlent le point de rupture.

Au Centre d’accueil médico-psychologique pour adolescents (Campa) des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), quatre-vingt noms figurent sur la liste d’attente. « C’est inédit », pose Julie Rolling, pédopsychiatre au service psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des HUS. « Du matin au soir », des jeunes de 12 à 18 ans affluent pour consulter. Ils sont atteints d’anxiété, de dépression, de phobies. Des troubles qui, parfois, aboutissent à des gestes suicidaires. Selon le docteur Rolling, face à cette « vague », les services de soins sont « sursaturés ».

Peintures réalisées par des adolescents accueillis au sein du service psychothérapique pour enfants et adolescents des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Mis en lumière pendant deux années de pandémie, le mal-être d’une génération toute entière – enfants, adolescents, étudiants – enfle. « En psychiatrie, les conséquences arrivent toujours dans un deuxième temps. Là, on est dans une phase de plateaux, qui ne redescend pas », constate Julie Rolling.

La défenseure des droits, Claire Hédon, s’est saisie de cette situation, en appelant la Première ministre, le 2 juin 2022, à mettre en place un « plan d’urgence pour la santé mentale des jeunes ». La tendance, nationale, se confirme localement. Tous les indicateurs sont au rouge.

Des indicateurs en hausse

Les données locales les plus récentes proviennent de l’analyse épidémiologique bimestrielle de la santé mentale réalisée par Santé Publique France (SPF) en région Grand-Est, publiée en décembre 2021. Sur la période de janvier à novembre 2021, le nombre mensuel moyen de passages aux urgences pour troubles psychiques de l’enfant (0 – 18 ans) est en augmentation de 43% par rapport à 2020. Les troubles psychiques recouvrent différentes formes de mal-être tels que l’anxiété, les phobies, la dépression, les addictions ou les troubles alimentaires.

Page 5 of Rapport bimestrielle 2021 - SPF - Santé mentale
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Ces troubles psychiques peuvent mener à des gestes suicidaires, dont le nombre de passage aux urgences des adolescents de 11 à 17 ans a augmenté de 47% entre janvier et novembre 2021 comparé à la même période en 2020, note SPF.

Le service de pédopsychiatrie des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg se situe dans le quartier de l’Elsau. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

Santé Publique France observe enfin « une augmentation des passages aux urgences pour idées suicidaires en région Grand Est en 2021 pour l’ensemble des classes d’âges à partir de 11 ans ». 40% des jeunes concernés sont des adolescents de 11 à 17 ans.

Page 3 of Rapport bimestrielle 2021 - SPF - Santé mentale
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« Le Covid a ajouté de la fragilité à la fragilité »

La vulnérabilité psychique est inhérente à la période de l’adolescence et du passage à l’âge adulte. « C’est un moment d’entrée potentielle dans des pathologies : la schizophrénie ou la bipolarité par exemple. On observe aussi à cette période une forte symptomatologie de troubles de la conduite, de l’addiction, de l’alimentation », précise Myriam Riegert, psychiatre et directrice médicale du Centre d’accueil médico-psychologique universitaire de Strasbourg (Camus), un lieu d’écoute et de prévention des troubles psychiques où chaque étudiant strasbourgeois peut consulter des psychologues, psychiatres ou une assistante sociale.

Christelle Eby est psychologue et coordinatrice des Points d’accueil écoute jeunes (Paej). Ces lieux sont dédiés à la prévention des troubles psychiques et des gestes suicidaires dans le Bas-Rhin. Elle liste les causes chroniques des troubles rencontrées chez les jeunes accueillis dans ses structures :

« La majorité des problématiques observées ont rapport avec le contexte intrafamiliale, des cas de violences par exemple, la précarité financière, la pression scolaire. La pandémie de Covid est venue ajouter de la fragilité à la fragilité. »

Dans son rapport d’activité 2021, l’association Alt, qui gère les 39 Paej implantés dans le Bas-Rhin, estime que « des jeunes déjà fragiles avant la crise sanitaire, sont encore plus vulnérables, laissant apparaitre différentes expressions de mal être : repli sur soi, angoisse de séparation, absentéisme scolaire, signes dépressifs, pensées suicidaires, scarifications, insomnie, troubles alimentaires… »

La crise sanitaire : un simple « catalyseur » ?

La pandémie liée au virus du Covid-19 a fait office de déclencheur. Mais les causes du mal-être semblent plus profondes. Julie Rolling explique :

« Les adolescents sont particulièrement perméable à leur environnement. En consultation, certains font état de la crise climatique, de la guerre en Ukraine, s’inquiètent de manquer un jour d’eau. Globalement, les jeunes générations précédentes associaient l’avenir à quelque chose de l’ordre du progrès, de positif. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. »

Cette tendance est confirmée par Myriam Riegert : « Le contexte globalement anxiogène fait le lit de leur pessimisme. » L’association Alt constate également, dans son rapport d’activité 2021, une « difficulté de projection dans l’avenir, du fait de la crise sanitaire et des prédictions parfois douteuses quant au futur. »

Des jeunes en détresse sous les radars

Si les besoins ne cessent ce croître, les moyens pour y répondre, eux, ne suivent pas. Ce qui pourrait avoir des répercussions sur la détection de potentielles situations critiques, comme le relate Julie Rolling :

« Actuellement, les unités fonctionnent à leur maximum. On est dans une situation d’ultra-optimisation. La liste d’attente s’allonge. On doit prioriser. On a tous les jours conscience que des jeunes attendent. Mon inquiétude, c’est qu’un jour, un parent appelle et me dise : mon enfant s’est suicidé, j’avais appelé il y a quinze jours, et je n’ai pas eu de rendez-vous. Ce que l’on dit est simple : il faut des ressources, il faut des gens. On est capable de recruter et de faire notre travail si on nous en donne les moyens. « 

Cette pression a des conséquences sur toute la chaîne de prise en charge des jeunes atteints de troubles psychiques. Comme en atteste Christelle Eby :

« L’un de nos rôles est d’orienter des jeunes vers des professionnels, mais les temps d’attente s’allongent et atteignent parfois douze mois. À part s’il y a urgence vitale, les délais de prise en charge sont trop long et ce n’est pas satisfaisant. Les Points d’accueil écoute jeunes font un peu la salle d’attente. Notre mission première, c’est la prévention, mais on se retrouve à faire un peu plus quand même. »

Myriam Riegert s’alarme elle aussi d’une « offre de soins sous-dimensionnée ». En 2021, le Camus a accueilli 1917 étudiants, ce qui représente 3% de la population étudiante, contre 1382 l’année précédente. Mais la psychiatre doute de pouvoir maintenir cette capacité d’accueil si les moyens exceptionnels mis en place pendant la pandémie ne sont pas maintenus :

« Le nombre de personnes accueillies augmente car nos moyens augmentent. Mais la pérennité des renforts d’urgence n’est pas garantie. Nous avons reçu l’appui de trois équivalent temps plein psychologue en 2021. Ils sont maintenus pour 2022-2023. Mais nous n’avons pas de visibilité pour deux de ces postes après cette échéance. »

Une réévaluation des moyens financiers à attendre

Interrogée sur les moyens, notamment financiers, mis en place pour répondre au problème de la dégradation de la santé mentale chez les jeunes, l’Agence régionale de santé Grand Est s’est contenté de répondre qu’une « révision nationale du financement de la psychiatrie est actuellement en cours (…) Nous attendons les résultats. »

Un numéro national de prévention du suicide, gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, a par ailleurs été mis en place, depuis le 1er octobre 2021 : le 3114. Il a pour objectif la « prise en charge des personnes ayant des idées suicidaires et de leur entourage, depuis les premières idées de mort jusqu’à la crise suicidaire. »