Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À Strasbourg et alentours, un mois d’août plein de musique et de cinéma

À Strasbourg et alentours, un mois d’août plein de musique et de cinéma
Image d’archive, Farse 2018.

Le mois d’août sera marqué par le retour de plusieurs évènements culturels phares de l’été alsacien : Au grès du jazz, le FaRse, Fluctuations… C’est aussi l’occasion de s’éloigner de Strasbourg le temps d’un concert ou d’un film et de s’ouvrir à des évènements moins institutionnels.

Quand les corps crament sous le soleil d’août, la meilleure option reste la fuite. Dans la musique, le cinéma, la danse, le cirque… Et puis avec ses jambes aussi, filer loin de Strasbourg, pour d’autres lieux artistiques moins connus. Petit tour d’horizon de nos recommandations de l’été, très marquées par les évènements musicaux.

Entre la Méditerranée et le Rhin, Fluctuations ne choisit pas

S’invitant du Rhin à la Seine, jusqu’au Danube, le festival itinérant Fluctuations s’arrête à Strasbourg du 22 au 24 août, au Phare Citadelle. Articulée autour de différentes variantes de house, la programmation s’ouvre à des explorations larges, donnant notamment à entendre des artistes issues de la scène allemande, comme la chanteuse iranienne installée à Berlin Faravaz, dont les paroles, mélangeant allemand, iranien et anglais, donnent à entendre son exil.

Certains artistes s’ouvrent également à des sonorités plus méditerranéennes que rhénanes, comme le producteur et DJ KasbaH avec son album Musiques de fêtes, qui réunit plusieurs artistes autour de musiques orientales et électroniques. Ses propres compositions s’inscrivent également dans cette veine musicale, en usant d’instruments orientaux.

L’on retrouve également des influences de l’autre côté de la Méditerranée, avec les sets italo-disco de l’artiste française Seiun. Jouant principalement à Berlin et affiliée au label Nein Records, sa musique pioche allègrement dans les registres rétro, usant de synthés quasi antiques.

Du jazz dans les Vosges du Nord

Comme chaque mois d’août, le festival Au grès du jazz revient à La Petite-Pierre, dans les Vosges du Nord. Ancré dans la région depuis 2012, l’évènement est depuis devenu un rendez-vous institutionnel des amateurs de jazz en Alsace.

Son programme donne à entendre une trentaine de concerts gratuits, dont le groupe strasbourgeois Las Baklavas, qui puise dans le répertoire musical des Balkans ou de l’Amérique du Sud. On y retrouve également le groupe local FUZ4TET, qui s’inspire notamment d’influences « traditionnelles ukrainiennes ». Deux jeunes groupes plein d’énergie communicative dans leurs prestations sur scène. Du côté des concerts payants, on retrouve de nombreux noms célèbres de la scène jazz, dont Gabi Hartmann, qui a récemment sortie un nouvel album narratif « La femme aux yeux de sel ».

Le groupe strasbourgeois Las Baklavas.

Du gros son près de la gare

Le collectif Bon Vieux Temps (BVT), basé en Alsace du nord, lance une première édition du Bon Vieux Festival, deux jours de DJ sets de musique techno (house, hardtrance, hardcore…) dans un écrin de verdure, la pelouse du club de tir située entre la rue du Rempart et la voie métropolitaine. Outre la programmation « 100% locale et émergente », BVT promet « une ambiance conviviale » avec des stands créatifs, un foodtruck et un « coin chill ».

Du cinéma en extérieur tout l’été

Couverture, glacière, packs de bière… Tout ce qui peut servir à se mettre à l’aise sur un coin d’herbe est bon à prendre. Plutôt qu’être calfeutré dans une salle sombre, deux festivals nous invitent à passer nos soirées cinéma sous les étoiles, le regard tourné vers l’écran.

La 5ème édition du festival « Ciné Plein Air ! », imaginée par l’équipe du collectif Troisième Souffle, continue de nous proposer ses séances en plein air à Strasbourg et aux alentours.

Au programme du mois d’août : des sorties récentes comme Le Grand Bain de Gilles Lellouche ou Le Comte de Monte-Cristo de Matthieu Delaporte, ainsi que des classiques du grand écran avec L’Homme qui en savait trop d’Alfred Hitchcock, Big Fish de Tim Burton ou encore Les Blues Brothers de John Landis. Pas moins de douze séances sont prévues entre Strasbourg et ses alentours.

Une autre soirée ciné, intitulée « Cinéma Voyageur », prendra place le 3 août à Wildersbach, pour une projection sous son chapiteau itinérant. Porté par le collectif parisien Synaps, ce projet nomade met en lumière des films libres de droits, souvent issus de démarches indépendantes, créatives et engagées. À travers sa tournée estivale, l’association défend un cinéma en marge des circuits classiques de production et de diffusion.

Le film projeté ne sera choisi qu’au dernier moment, parmi une sélection de coups de cœur ou de créations produites par le collectif lui-même. Une séance unique, à prix libre, pour une expérience de cinéma rare, conviviale et participative.

Un été au vert avec Alsace Nature

Alsace Nature et son réseau d’associations invitent tout au long de l’année à découvrir la faune et la flore locale à travers une série d’événements immersifs. Balades contées en forêt, sorties nocturnes à la rencontre des chauves-souris ou encore parcours inspirés de contes et légendes rythment cette programmation nature, accessible sur l’ensemble du territoire.

Parmi les rendez-vous proposés cet été : une sortie à la tombée de la nuit avec le Groupe d’études et de protection des mammifères d’Alsace (Gepma) pour observer les chauves-souris autour du fort Kléber, une exploration sonore sur la colline du Bastberg à Bouxwiller menée par l’association Les Piverts, ou encore une balade ornithologique au parc de l’Orangerie à Strasbourg, accompagnée par la LPO Alsace.

Le FARSe souffle ses dix bougies

Dix ans que le FARSe transforme la ville en scène à ciel ouvert, dix étés à faire tanguer le bitume sous les pieds des acrobates, des jongleurs, des clowns et des poètes de passage. Pour cette édition anniversaire, du 29 au 31 août, le festival des arts de la rue déploiera une vingtaine de compagnies dans l’espace public strasbourgeois.

Le Village du FARSe retrouvera cette année la Manufacture des Tabacs, transformée pour l’occasion en point de ralliement entre le public et les artistes. On y viendra pour flâner, échanger, mais aussi pour mettre la main à l’encre lors d’un atelier de sérigraphie sur vêtements. Pour ses dix ans, le festival inaugurera également des temps de rencontre en bord de scène ou au village, histoire de prolonger les échanges une fois le spectacle terminé. En toile de fond, une exposition photo reviendra sur une décennie de moments suspendus, saisis par trois regards fidèles : ceux d’Alban, Elyxandro et Abdesslam.

Des tags d’intimidation sur l’immeuble de militants pour la Palestine

Des tags d’intimidation sur l’immeuble de militants pour la Palestine
Ces inscriptions ont été réalisées dans la nuit du 24 au 25 juillet et nettoyées dans la matinée du 25 juillet, au pied d’un immeuble à Strasbourg.

Des inscriptions hostiles à la Palestine ont été taguées sur un mur, au rez-de-chaussée d’un bâtiment de la Neustadt dans la nuit du 24 au 25 juillet. Elles ciblaient des militants engagés pour Gaza.

« Fuck Palestine », « Bureau du Hamas, 4e étage ». C’est le message qu’ont pu lire, vendredi 25 juillet au matin, deux militants pour la cause palestinienne, au pied de l’immeuble où ils vivent en colocation. Ces tags ont été réalisés pendant la nuit, avec un drapeau français directement sur la porte, marqué de la boucle dorée de soutien aux otages du Hamas.

« Moi je suis habitué, j’ai tendance à minimiser. Pour mes colocs c’est différent… » Planté devant la façade de son immeuble, Gabriel regarde du coin de l’œil les marques du nettoyage effectué le matin même. Pour ce militant du collectif Urgence Palestine Strasbourg, c’est le dernier acte d’une escalade d’intimidations :

« D’abord c’était juste des autocollants. Puis j’ai eu un premier tag, une marque noire sur la porte de mon appartement le 23 février. J’avais porté plainte mais il ne s’était rien passé. »

Enquête ouverte

Tout a commencé lorsqu’il a accroché un drapeau de la Palestine sur son balcon, à côté des drapeaux LGBTQI+ et Kanak. Puis, depuis samedi, une banderole avec la phrase « De la mer au Jourdain », en référence au territoire entre ce fleuve et la Méditerranée incluant la Cisjordanie, Israël et la bande de Gaza. Pour Gabriel, le slogan attise les fantasmes : « Non, ça ne veut pas dire “les juifs a la mer”, il s’agit de reconnaître le droit des gens nés sur place à y rester, dans un État Palestinien. »

Gabriel, militant d’Urgence Palestine Strasbourg.Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg

Devant son immeuble, il assure que la plupart des passants sont solidaires. « C’est important, ça permet de montrer qu’on n’est pas isolés. » Il commente la déclaration du président du Consistoire israélite de Strasbourg, Maurice Dahan, qui sous-entendait sur France 3 Alsace, que cette banderole dans le quartier de la Synagogue était une provocation. « Cela voudrait dire que les Juifs sont forcément sionistes et ne peuvent pas soutenir la Palestine. Mais c’est faux, malgré tout ceux qui veulent le faire croire. »

Gabriel assure qu’il ne cessera pas de se mobiliser. Il a déposé plainte. La police a ouvert une enquête et saisi les enregistrements des caméras de vidéosurveillance du secteur.

La justice valide l’expulsion du camp du Heyritz sans exiger d’alternative

La justice valide l’expulsion du camp du Heyritz sans exiger d’alternative

Le tribunal administratif de Strasbourg a validé vendredi 25 juillet la demande de la Ville pour faire évacuer le campement de migrants installé dans le parc du Heyritz. Une centaine de personnes, dont plusieurs familles, devront quitter les lieux sous huit jours, sans qu’aucune solution d’hébergement ne leur ait été proposée.

« On est venus en France pour sauver nos vies. » La voix de Mohammad Hussain, 44 ans, résonne dans la salle d’audience du tribunal administratif de Strasbourg, mercredi 23 juillet. Derrière lui, plus d’une soixantaine d’habitants et d’habitantes du campement du parc du Heyritz ont fait le déplacement. Certains sont debout, d’autres sont assis sur des chaises rajoutées à la hâte, faute de places suffisantes sur les bancs en bois.

Face à eux, la Ville de Strasbourg demande au juge des référés l’autorisation de recourir à la force publique pour évacuer le campement. Elle explique ne pas avoir d’alternative, après avoir demandé en vain que les occupants partent d’eux-mêmes, le 24 juin.

« Il y a urgence à trouver des hébergements »

Installé depuis mars 2025 sur les berges du parc du Heyritz, à la frontière du quartier de Neudorf, le camp abritait encore 116 réfugiés et demandeurs d’asiles en juin et 180, dont 60 enfants, selon les derniers décomptes. Une situation que la Ville, représentée par Me Guillaume Llorens, juge préoccupante. « Le campement est exposé à des risques de chute de branches, notamment en cas de vents violents. Il y a des risques d’incendie à proximité des tentes et le site, situé en bord d’eau, est dangereux pour les enfants en période de vacances scolaires », avance-t-il.

Un argumentaire qui ne convainc pas Me Sophie Schweitzer, Me David Poinsignon et Me Gabriella Carraud, en charge de la défense des familles. « Les personnes qui y vivent y sont contraintes. Tout le monde sait que ce n’est pas une situation idéale, mais aucune solution de mise à l’abri ne leur est proposée », rappellent-ils.

Me David Poinsignon ne cache pas son exaspération :

« Ce type de requête pour obtenir une expulsion devient routinière, presque automatique, la municipalité devrait anticiper et organiser la mise à l’abri sans attendre le démantèlement du camp. Il y a urgence à trouver des hébergements. »

Un préfet qui manque à l’appel

En France, l’hébergement d’urgence relève normalement de la compétence de l’État et donc du préfet, qui le représente dans le département. C’est lui qui doit organiser la mise à l’abri des personnes sans solution de logement, via le numéro unique 115, lié au SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation).

Le 13 juin, la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a sollicité l’intervention du préfet du Bas-Rhin pour que des solutions soient proposées aux occupants du campement. Une requête restée sans suite, selon la municipalité, qui affirme n’avoir eu d’autre choix que de saisir la justice pour en obtenir l’évacuation.

Un jeu de renvoi de responsabilités entre la Ville et l’État que dénonce Me Sophie Schweitzer :

« Ce n’est pas la seule solution. La Ville, en la personne de la maire, a la possibilité de ne pas expulser sans donner de garanties d’hébergement derrière. Si elle considère que le préfet est défaillant dans son obligation de mise à l’abri, elle peut engager sa responsabilité, voire même l’attaquer en justice. »

Fin juillet, ni la préfecture ni la municipalité n’ont apporté de garanties de mise à l’abri. La Ville affirme toutefois avoir engagé une procédure contre l’État pour dénoncer son inaction en la matière.

« C’est une lutte sans fin »

Vendredi 25 juillet, le tribunal administratif a donné raison à la Ville. Dans son ordonnance, il fait suite à sa demande d’évacuation sous huit jours, avec possibilité de recourir à la force publique si nécessaire.

« La décision rendue est un copier-coller des autres ordonnances, ils n’ont même pas pris en compte nos demandes », regrette Me Sophie Schweitzer :

« Ils prétendent avoir dressé un tableau pour analyser les situations personnelles des habitants du campement et prévoir des hébergements, mais c’est faux. »

Selon l’avocate, seules les personnes relevant d’un hébergement de la CADA, c’est-à-dire les demandeurs d’asile officiellement enregistrés dans le dispositif d’accueil de l’État, pourraient éventuellement se voir proposer une place. « Pour tous les autres, ce sera la rue. Dans huit jours, ils vont les entasser dans un gymnase, faire le tri, et ils repartiront dehors. C’est une lutte sans fin. »

Les avocats prévoient désormais de se rendre sur le campement pour informer les habitants de la décision et se préparer à l’évacuation.

Le néonazi Valentin Linder aurait tenté de s’évader de la maison d’arrêt avec un terroriste

Le néonazi Valentin Linder aurait tenté de s’évader de la maison d’arrêt avec un terroriste

Mardi 22 juillet, Valentin Linder (ex-président du Bastion social), l’accusé du meurtre du professeur Dominique Bernard et un troisième homme auraient tenté de s’évader de la maison d’arrêt de Strasbourg.

« Le 22 juillet 2025, à l’occasion d’interventions techniques, ont été découvertes des dégradations sur les portes de trois cellules du quartier d’isolement de la maison d’arrêt de Strasbourg. La partie inférieure des battants était en effet sciée puis colmatée avec une pâte blanche. Plusieurs lames de scies ont été découvertes dans l’établissement. » Dans un communiqué diffusé vendredi 25 juillet, la procureure de Strasbourg Clarisse Taron affirme que trois hommes ont été placés en garde à vue pour 24 heures suite à ce qui semblerait être une tentative d’évasion de l’établissement pénitentiaire situé dans le quartier de l’Elsau.

Néonazi et terroriste islamiste en bande organisée ?

Parmi eux, selon Le Parisien, Valentin Linder, néonazi et ex-dirigeant du Bastion social, condamné à trois ans de prison dont un avec sursis en avril 2025 pour des « infractions à la législation sur les armes et participation à un attroupement ». Avec lui en garde à vue, Mohammed Mogouchkov, terroriste islamiste mis en cause pour l’assassinat du professeur Dominique Bernard à Arras en octobre 2023. Il est en détention provisoire et mis en examen pour « terrorisme et assassinat ». Le troisième détenu est incarcéré pour des faits de « violences aggravées et infractions à la législation sur les stupéfiants ». Les trois hommes « contestent toute participation aux faits ».

La procureure indique que les mesures de garde à vue « ont été levées », qu’une information judiciaire a été ouverte vendredi 25 juillet « des chefs de tentative d’évasion et recel de remise illicite d’objets à détenus, le tout en bande organisée ». Une enquête est donc en cours.

« Des mesures de sécurité ont été prises sans délai et tous les détenus du quartier d’isolement ont été transférés dans d’autres établissements », conclut le communiqué.

Daniel construit sa ZAD, au milieu des cultures intensives de l’Ackerland

Daniel construit sa ZAD, au milieu des cultures intensives de l’Ackerland

Coincée entre les champs de l’Ackerland, la bande de terre de Daniel ressemble à une oasis forestière. Il y construit sa cabane, cultive sa nourriture et un mode de vie libre, tout en parlant à ses voisins des « incohérences de la société ».

« Je ne vais pas mentir et dire que c’est le bonheur, que tout est simple. Mais franchement, je ne suis pas malheureux », pose Daniel. En cet après-midi de juillet, la température approche des 40°C. Impossible de rester au soleil, il faut se réfugier à l’ombre des cerisiers, des bouleaux, ou des noyers.

À l’ombre des arbres, la cabane deux étages de Daniel en plein Ackerland.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Heureusement, des arbres peuvent pousser dans cette étroite parcelle. Daniel vit sur une bande de terre de 300 mètres de long pour 11 mètres de large. Elle contraste au milieu des cultures intensives de l’Ackerland, juste à côté de Breuschwickersheim. « Je dois avoir une vingtaine d’espèces d’oiseaux, des hiboux, un pic, des mésanges… Ça me fait du bien de les observer, de voir comment elles interagissent entre elles », confie t-il.

Les arbres de la parcelle de Daniel s’élèvent au-dessus du maïs et du blé.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Chapeau, lunettes de soleil, tee-shirt et pantalon clairs, il doit s’adapter aux aléas climatiques, entre les hivers rudes et les canicules. Il se distingue avec son univers punk, son quotidien de débrouille sans emploi ni revenus stables, dans une zone géographique où les gens qui sortent de la norme sont rares. À quelques kilomètres à l’ouest de Strasbourg, rien ne dépasse de ces lotissements sortis tout droit du rêve américain, tout le monde semble avoir une vie bien rangée. Chaque terrain agricole ou constructible est prisé et exploité. « Chez moi, c’est une ZAD, une zone à défendre de la gourmandise agricole », estime Daniel.

Daniel fait pousser des plantes aromatiques.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Terrain grignoté par l’agriculture

Lui a atterri là après avoir sympathisé, à Strasbourg, avec le propriétaire de cette parcelle abandonnée. Désormais décédé, ce dernier lui a proposé d’y habiter en 2015. Elle était grignotée petit à petit par les agriculteurs d’à côté. « Quand je suis arrivé, ils n’y croyaient pas, pour eux ça n’appartenait à personne. Ils pensaient que je squattais. Je les ai invités à vérifier sur le cadastre avec le maire, se remémore Daniel. C’était il y a 10 ans maintenant. »

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Pour qu’Israël laisse entrer l’aide humanitaire à Gaza, deux manifestations fin juillet

Pour qu’Israël laisse entrer l’aide humanitaire à Gaza, deux manifestations fin juillet
Deux manifestations de soutien à Gaza sont prévues, vendredi 25 et dimanche 27 juillet.

Alors que les habitantes et habitants de Gaza sont affamés par le blocus de l’aide humanitaire imposé par Israël depuis mars, deux manifestations sont prévues à Strasbourg pour demander la fin du blocus et un cessez-le-feu, vendredi 25 et dimanche 27 juillet.

Sur fond de photo d’un enfant victime de famine, le collectif Palestine 67 appelle à deux mobilisations à Strasbourg pour réclamer le cessez-le-feu et la fin du blocus humanitaire mis en place par Israël dans la bande de Gaza. Elles auront lieu place Kléber, vendredi 25 juillet à 18h et dimanche 27 juillet à 17h.

Comme suggéré sur des vidéos diffusées sur Instagram, notamment par la journaliste palestinienne Bisan Owdale, le collectif prévoit de faire du bruit à ces deux occasions, littéralement. « Apportez casseroles, couvercles, cuillères : faisons entendre la voix de la famine », écrit-il.

Stopper la famine

Les revendications sont les suivantes : stopper le génocide et la famine à Gaza, exiger l’arrêt du blocus et demander l’accès à l’aide humanitaire d’urgence, mettre en place des sanctions contre l’État d’Israël et un imposer un embargo sur les armes qui lui sont livrées.

Ce territoire Palestinien est entouré d’Israël, de la mer et de l’Égypte. Depuis le 2 mars 2025, le blocus imposé par Israël est total, rapporte l’Organisation des nations unies (ONU). C’est-à-dire que l’État hébreux est seul à autoriser ou non l’entrée et la sortie de la bande de Gaza. Même par la mer, le territoire est gardé par Israël, qui est allé jusqu’à interpeller un convoi humanitaire et ses passagers dans les eaux internationales entre le 8 et le 9 juin.

Depuis, la population gazaouie dont les infrastructures ont été pour la plupart détruites par l’armée israélienne depuis octobre 2023, doit survivre avec le peu d’aide humanitaire qui est autorisé à pénétrer sur son sol. 400 points d’aide humanitaire avaient été mis en place pendant le cessez-le-feu temporaire en janvier 2025. En juillet 2025, ils ne sont plus que 4, sous contrôle militaire, rapporte Médecins sans frontières (MSF) :

« Deux millions de personnes sont concentrées dans un périmètre toujours plus restreint. Depuis 20 mois, sous le regard de la communauté internationale, plus de deux millions de personnes subissent des bombardements incessants, l’instrumentalisation de la nourriture, de l’eau et de l’aide, des déplacements forcés répétés, et une déshumanisation systématique. »

Le 21 juillet, l’ONU a indiqué avoir assez de nourriture pour assurer la survie de toute la population de la bande de Gaza pendant deux mois, si celle-ci n’était pas bloquée aux frontières. Et même lorsque celle-ci est acheminée dans l’enclave, l’armée israélienne vise les Palestiniens et Palestiniennes qui tentent d’en bénéficier. Ainsi, l’ONU dénombre, « depuis le 27 mai, plus de 800 personnes […] tuées par l’armée israélienne alors qu’elles tentaient de se procurer de l’aide. Les tirs visant des foules affamées se répètent, au point de transformer l’accès à la nourriture en un acte de survie à haut risque ».

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À Strasbourg, les associations obligées de rationner les distributions alimentaires

À Strasbourg, les associations obligées de rationner les distributions alimentaires
Les associations accueillent de plus en plus de monde à leurs distributions alimentaires estivales.

La Ville de Strasbourg, le Secours Populaire et Abribus constatent une augmentation constante de la fréquentation de leurs distributions alimentaires estivales. Les associations ont dû mettre en place des restrictions.

À 11h30 le mercredi 23 juillet, un petit groupe de personnes patiente déjà devant les grilles de la Fabrique de Théâtre, à Strasbourg. Depuis le 9 juillet, le lieu est chaque jour investi par une quinzaine de bénévoles du Secours Populaire et de l’association Abribus. Accompagnés par des employés de la Ville de Strasbourg, ils organisent une distribution alimentaire à midi.

Du mercredi au dimanche, des centaines de personnes viennent y chercher un repas : plusieurs associations et services sociaux se relaient sur le lieu. « C’est un point de repère, décrit Camille Vega, directeur du Secours populaire dans le Bas-Rhin. On donne accès à de la nourriture, à des toilettes, à de l’eau, mais aussi à la culture, aux soins… »

L’opération existe depuis 2020, et vise à prendre le relai alors que plusieurs associations freinent ou arrêtent leur activité durant la période estivale, grâce à un financement de l’État et de la municipalité. En 2024, 24 000 repas ont été distribués au total. Chaque année, de plus en plus de Strasbourgeois et Strasbourgeoises ont recours à ce dispositif.

Hausse permanente de la demande

« Sur ces deux premières semaines, nous avons déjà une augmentation de 20% du nombre de personnes présentes à nos distributions par rapport à 2024 », commence Camille Vega, avant d’ajouter :

« Nous expliquons depuis des années que nous arrivons au bout de nos capacités. La semaine dernière nous avons déjà accueilli 450 personnes, pour une capacité d’accueil maximum de 500. En 2020, nous distribuions 270 paniers en moyenne, et en 2024, 400. »

Même constat pour L’Étage, restaurant solidaire qui prendra le relais de la distribution en soirée dès le 4 août. Les 150 repas fournis chaque jour risquent de partir « en 30 minutes », estime un des chefs de service de l’association, Wima Farzan.

Restrictions

Sumitra Gopal, porte-parole d’Abribus, n’est pas surprise par cette augmentation constante de la demande pour ce dispositif ouvert à tous :

« Beaucoup de personnes n’ont pas d’autre possibilité que ces distributions alimentaires. Ces personnes, très vulnérables, peuvent notamment être à l’origine de la construction de campements. À cinq minutes d’ici, au parc du Heyritz, un campement s’est reconstruit pour la deuxième fois. Ils sont 162, dont 53 enfants de 0 à 18 ans. »

Des familles qui n’ont souvent pas d’autorisation de travailler, de se loger, et qui se retrouvent sans aucune ressource. Les distributions alimentaires estivales sont un dispositif d’aide inconditionnel. Elles ne demande aucun justificatif aux demandeurs, partant du principe que chaque personne présente à la distribution en a besoin. Comme l’explique Camille Vega, ce système atteint ses limites :

« Nous avons déjà dû mettre en place des restrictions… Nous ne fournissons plus de repas aux personnes qui ne sont pas en capacité de se déplacer. Avant, nous pouvions donner plusieurs repas à une personne qui venait pour ses proches. Et nous demandons aux familles si leurs enfants en bas-âge peuvent partager un panier repas. Certaines acceptent. »

Manque de moyens

« Face à une telle demande, il ne faut pas se contenter de boucher les trous pendant l’été, regrette Sumitra Gopal, mais nous n’avons pas assez de moyens ». Les subventions de la distribution estivale ont légèrement augmenté, elles sont passées de 185 000 euros (170 000 de la Ville et 15 000 de l’État) en 2024 à 205 000 (150 000 de la Ville et 55 000 de l’État) en 2025.

Mais pour Sumitra Gopal, « la politique de l’État reste insuffisante », et ne permet pas de « viser la racine du problème ». Les maraudes estivales s’arrêtent le 31 août. La porte-parole d’Abribus s’inquiète aussi du fonctionnement de la transition à la rentrée, avec la mise en place des dispositifs qui devront être suffisamment efficaces pour répondre à ces besoins importants.

Accusé de voyeurisme à la piscine, il se suicide avant son procès

Accusé de voyeurisme à la piscine, il se suicide avant son procès
Maître Fleur Toutain devant le tribunal judiciaire de Strasbourg, le 23 juillet 2025.

L’homme interpellé le 9 juin en train de filmer des fillettes dans les vestiaires de la piscine de Hautepierre s’est suicidé avant son procès, qui devait se tenir le 23 juillet à Strasbourg.

L’audience avait été reportée au 23 juillet pour demander une expertise psychiatrique du suspect. Le 9 juin, l’homme de 52 ans était surpris par Brice, un père de famille, en train de filmer sa fille mineure dans les vestiaires de la piscine de Hautepierre.

Entre son interpellation et le procès, l’homme, lui-même père de deux enfants, est resté libre. Il s’est suicidé avant l’audience, entraînant de fait l’extinction de l’action publique (plus de suspect, plus de poursuites pénales, l’homme est présumé innocent).

Il était accusé de « voyeurisme commis sur un mineur – utilisation d’un moyen pour apercevoir à son insu et sans son consentement ses parties intimes » pour les faits du 9 juin. L’homme était également poursuivi pour atteinte « à l’intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image d’une personne présentant un caractère sexuel » entre le 1er janvier 2023 et le 9 juin 2025.

Travailler avec la Ville de Strasbourg

Le président de séance, Marc Picard, a précisé qu’une soixantaine de vidéos d’enfants nus non identifiés ont été retrouvés chez le suspect. Son avocate, Maître Laura Javaux, estime que le décès de son client est en partie lié à la médiatisation de l’affaire. « Mon client était un homme acculé, effondré, la pression médiatique a des conséquences, sa mise à mort virtuelle a conduit à sa mise à mort réelle », a-t-elle asséné.

L’avocate des parents d’enfants filmés à leur insu, Maître Fleur Toutain, a brièvement réagi pour ses clients à l’issue de l’audience : « Nous ne voulons pas aggraver l’annonce dramatique du décès et souhaitons respecter le deuil de cette famille. Mes clients continueront à être en lien avec la Ville de Strasbourg afin de prévoir des aménagements pour les piscines. » Lesdits parents ont refusé tout commentaire à la presse, encore sous le choc de l’annonce du suicide.

Maître Grégory Thuan Dit Dieudonné, avocat de l’association Innocence en danger, devant le tribunal judiciaire de Strasbourg le 23 juillet 2025.Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg

L’avocat de l’association Innocence en danger, Maître Grégory Thuan Dit Dieudonné, précise que l’expertise psychiatrique du suspect révélait une conscientisation de ses actes. « Il se rendait de plus en plus compte des conséquences de ses actes et avait un profil de collectionneur, ressentait une honte intense et profonde, et aurait dû bénéficier d’un suivi psychologique », explique-t-il. Pour autant, l’expertise ne relevait pas de risque suicidaire ni de dangerosité criminologique (risque de récidive).

En juin, un évêque était décédé après s’être défenestré à Geispolsheim, à l’approche de son procès pour pédocriminalité.

Le Conseil d’État réautorise le chantier du canal du Rhône au Rhin

Le Conseil d’État réautorise le chantier du canal du Rhône au Rhin
La bataille juridique continue concernant le canal du Rhône au Rhin.

Le Conseil d’État a annulé, ce 22 juillet, une ordonnance du tribunal administratif de Strasbourg qui suspendait la rénovation du canal du Rhône au Rhin. Le chantier peut donc théoriquement reprendre. Il menace des écosystèmes rares selon des associations locales.

Abandonnée depuis les années 60, une section de 24 kilomètres du canal du Rhône au Rhin accueille une biodiversité foisonnante. De nombreuses espèces rares ont pu s’installer sur ces berges sauvages ou dans des dépôts de graviers et de bois morts immergés. Mais la Région Grand Est pilote un projet de rénovation de cette voie d’eau, à hauteur de 46 millions d’euros d’argent public, afin d’y permettre la navigation de plaisance.

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Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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Le projet de « quartier jardin » sur le site industrialisé Heppner se précise lentement

Le projet de « quartier jardin » sur le site industrialisé Heppner se précise lentement
L’entrée du site Heppner, qui doit être transformé.

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#Schlutfeld

Soupçons de conflits d’intérêts à la CCI : trois élus portent plainte

Soupçons de conflits d’intérêts à la CCI : trois élus portent plainte
Le siège social de la CCI Alsace Eurométropole n’est plus dans le bâtiment historique de la place Gutenberg mais à Schiltigheim.

Trois élus de la Chambre de commerce et d’industrie d’Alsace ont porté plainte contre leur propre institution auprès de la procureure de la République de Strasbourg, pour des soupçons de conflit d’intérêts dans l’achat d’un immeuble.

La justice va devoir s’intéresser aux conditions du déménagement du « CCI Campus » de la Meinau à Strasbourg, vers l’Espace européen de l’entreprise à Schiltigheim. Les trois élus qui avaient alerté la direction de la Chambre de commerce et d’industrie Alsace Eurométropole (CCI AE) en avril sur un conflit d’intérêts dans l’acquisition d’un bâtiment, ont porté ce signalement auprès de la procureure de la République le 5 juillet.

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À Saint-Louis, les pollueurs de l’eau épargnés, les contribuables sommés de payer

À Saint-Louis, les pollueurs de l’eau épargnés, les contribuables sommés de payer
La commune de Saint-Louis, située au sud de l’Alsace, à la frontière avec la Suisse, compte plus de 20 000 habitants.

Début mai, l’État a restreint la consommation de l’eau autour de Saint-Louis à cause d’une trop forte présence de polluants éternels. En l’absence de démarche juridique contre les responsables, les riverains et des budgets publics prendront en charge des millions d’euros de dépenses nécessaires.

5 mai 2025. La préfecture du Haut-Rhin restreint l’usage de l’eau courante dans l’agglomération de Saint-Louis. Les concentrations en polluants éternels relevées sont équivalentes à 3,5 fois les valeurs-limites autorisées. Ces molécules très persistantes dans l’environnement, aussi appelées par leur acronyme PFAS, viennent surtout de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, qui a utilisé des mousses anti-incendies composées de ces substances jusqu’en 2017. Sur les 60 000 habitants des neuf communes concernées, 3 000 ne doivent plus boire l’eau du robinet : les nourrissons, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes immunodéprimées.

Des personnes non-inclues dans l’arrêté achètent également de l’eau en bouteille, de peur de tomber maladePhoto : Valentine Heitz / Rue89 Strasbourg / cc

En avril et juin 2025, la préfecture du Haut-Rhin a piloté deux réunions d’un comité de suivi de cette contamination. Il s’agit notamment de décider qui va payer les opérations nécessaires pour filtrer l’eau. L’aéroport de Bâle-Mulhouse peut y négocier sa participation à l’amiable. Contacté, par Rue89 Strasbourg, il assure « s’engager activement dans la recherche d’une solution et souhaite aider financièrement ». Mais « le montant exact n’a pas encore été déterminé ».

20 millions d’euros à trouver, pour commencer

Véolia, le délégataire en charge de la distribution de l’eau, se prépare à installer des unités mobiles de traitement par charbon actif, pour 6,5 millions d’euros. L’objectif étant de trouver une solution temporaire pour assainir l’eau. Par la suite, de nouvelles stations seront construites pour 13,5 millions d’euros et disponibles en 2027. Soit une somme totale de 20 millions d’euros hors taxes.

Les contribuables devront-ils payer une partie du montant ? C’est la direction que prennent les négociations entre les potentiels financeurs, presque tous publics : l’État, l’agence de l’eau Rhin-Meuse, la Collectivité européenne d’Alsace, la Région Grand Est, l’aéroport, l’agglomération de Saint-Louis… Seule l’agence de l’eau, financée par une redevance collectée auprès des usagers, a déjà acté d’un montant précis avec un maximum de 1,5 million d’euros. « Elle est pourtant censée faire uniquement de la prévention », déplore Bruno Wollenschneider, président de l’Association de défense des riverains de l’aéroport de Bâle-Mulhouse (ADRA).

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Engagée contre les atteintes à l’environnement, la rédaction suit de près les enjeux écologiques et travaille sur les alertes qui lui sont transmises. Sans Rue89 Strasbourg, la pollution de l’eau potable par les pesticides et des projets comme un stade de biathlon dans les Vosges, ou une route sur la colline de Lorentzen seraient bien moins connus des Alsaciens.

Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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Contre des élus strasbourgeois, la violence va des insultes publiques à la menace de viol

Contre des élus strasbourgeois, la violence va des insultes publiques à la menace de viol
barseghian

En mai, un retraité de Bouxwiller a été condamné par le tribunal judiciaire pour avoir envoyé des insultes et des souris mortes à Jeanne Barseghian, maire écologiste de Strasbourg. Une décision qui intervient alors que les violences à l’encontre des élus se banalisent.

Agression du maire de Saint-Dié-des-Vosges et de sa compagne en pleine rue, tag appelant à tuer celui de Wattwiller, mortier tiré en direction de l’édile de Charleville-Mézières… À Strasbourg aussi, élus et agents portent régulièrement plainte pour des violences ou intimidations liées à leur statut.

En mai, un retraité de 75 ans résidant à Bouxwiller a ainsi été condamné à une amende délictuelle de 1 800 euros, trois mois de suspension du permis de conduire et l’obligation d’accomplir un stage de citoyenneté. Il avait envoyé à la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (Les Écologistes), des photos pornographiques, deux cadavres de souris, et des textes insultants et la menaçant d’avoir « le gosier tranché » ainsi que d’autres promesses sexuelles misogynes relevant du registre du viol. La juge a considéré que ces actions sont un outrage « de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à ses fonctions » et qu’elles constituent une « menace de commettre un crime ou un délit ». L’homme n’avait jamais été condamné auparavant.

Ces courriers envoyés anonymement à Jeanne Barseghian entre 2021 et 2025 entendaient contester la politique municipale relative… au stationnement.

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Biodiversité : notre avenir commun se joue dans nos décisions et actions d’aujourd’hui !

Biodiversité : notre avenir commun se joue dans nos décisions et actions d’aujourd’hui !
Une vue du Ried.

François Criscuolo est chercheur en biologie évolutive du CNRS, au sein de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien à Strasbourg. Constatant l’effondrement de la biodiversité, il plaide pour un sursaut citoyen, face aux logiques industrielles.

Le climat évolue sous l’emprise de l’activité humaine. Les années 2015‑2024 figurent parmi les plus chaudes depuis 1850, et la disparition de 150 000 à 260 000 espèces depuis 1500 de notre ère illustre la rapidité des bouleversements comparée aux extinctions passées. Il nous faut donc revoir notre mode de pensée individuelle, afin de décortiquer les propositions politiques qui nous sont faites, à l’aune des réalités et non des idéologies.

L’urgence et la nécessité de cette réflexion heurtent nos habitudes et génèrent stress et angoisse1. Face à un sentiment d’impuissance, nombreux sont ceux qui jugent leurs actions insignifiantes, ou estiment que seules les autorités sont compétentes pour agir. Hélas, États et citoyens naviguent souvent entre déni et critiques des institutions (ou des ONG), limitant leurs réponses à des politiques « a minima ». Cette absence de réponse à la hauteur des enjeux aura un coût estimé sur les 25 prochaines années à une réduction de 19% des recettes économiques mondiales, soit bien plus que le coût lié aux efforts à fournir pour diminuer le réchauffement climatique2.

Malgré cela, les mesures adaptatives environnementales sont progressivement sapées, y compris par une partie de nos élus qui devraient pourtant, puisqu’ils sont les porteurs du projet commun de notre société, les défendre le plus ardemment. Il nous faut donc aller au-delà des discours aux objectifs électoralistes à court-terme et populistes qui veulent apaiser notre peur immédiate de l’inconnu ou de l’imprévisible, mais nous font courir un risque majeur. 

Au lieu de laisser notre peur de demain nous guider, il nous faut faire acte de liberté et responsabilité citoyenne, saisir notre angoisse issue de l’inaction, appréhender avec raison ce que sont les changements globaux, pour finir par apercevoir avec espoir et détermination comment y faire face, et faire nos choix électoraux en conséquence.  

L’environnement regroupe les facteurs abiotiques (climat, sol, air) et biotiques (les autres espèces, donc la biodiversité) qui forment un écosystème. Ces éléments interagissent suivant des schémas complexes nés de millions d’années d’évolution. La première constatation pour tout un chacun est qu’il n’existe pas de «potion magique» pour réparer un système aussi intriqué, d’autant plus si on inclue notre société humaine dans l’équation de ce qui devient alors un socio-écosystème3: les solutions simplistes qui se résument souvent à remettre en avant des gestions non-adaptées aux enjeux nouveaux environnementaux (récemment exemplifié par la loi Duplomb) sont vouées à l’échec car elles ne font que prolonger un lien à l’environnement qui se dégrade progressivement depuis l’après-guerre. Ainsi, nos décideurs politiques doivent s’appuyer sur l’expertise et les données scientifiques pour élaborer des démarches collectives intégrées, projetées sur des années, avec des évaluations régulières, en tenant compte des dimensions multiples qui touchent à la biodiversité. 

La charge politique de la biodiversité

La tendance en 2025 est à l’édulcoration des principes et des mesures de protections environnementales. C’est un courant mondial, qui prend sa source dans les difficultés économiques et sociales d’une partie de notre société. On peut discuter la réalité de ces difficultés, mais rien que de constater que tout un pan de la population affronte une situation dégradée doit susciter notre intérêt. La première chose à faire est de comprendre les racines de ce mal-être, de communiquer sur le bien-fondé des mesures de régulation qui sont décidées par le législateur, tout en imaginant des solutions qui répondent aux attentes actuelles de toutes les couches sociétales, des défenseurs d’un environnement préservé aux acteurs économiques qui exploitent la Nature. On comprend alors que traiter la question de l’environnement comme une question centrale des années 2025-2035 est d’abord une question politique et citoyenne.

Le plus important reste que nous soyons conscients du rôle que nous jouons en tant que citoyens. Devant l’urgence de la situation actuelle, les questions environnementales ne peuvent être considérées à la légère, et nos votes, souvent motivés par des considérations de « dégagisme », ne doivent pas nous éloigner du but commun à atteindre sur les 10-20 ans à venir. Pour cela, nous devons nous méfier des discours simplistes, car l’environnement est un système qui tire de son histoire biologique millénaire un enchevêtrement de facteurs qui lui permettent de s’autoréguler.

La gestion court-termiste remplace l’autorégulation millénaire

Au fur et à mesure que l’Humain extrait des ressources de ces environnements, les capacités d’autorégulation sont affectées, et doivent souvent être remplacées par des mesures de gestion, qui prennent en compte un nombre réduit de facteurs. Par exemple, l’appauvrissement des sols est traité via l’ajout d’intrants ou la présence de parasites ou de prédateurs par des traitements létaux chimiques ou cytogénétiques. Malgré leurs potentiels effets immédiats, ces réponses anthropiques restent des formules simples qui répondent partiellement aux attentes et entraînent des coûts nouveaux aux multiples impacts négatifs. Il n’existe pas de solution unique aux problèmes environnementaux actuels. 

Seules des approches qui mettent en jeu des avis de spécialistes de différents secteurs d’activités, scientifiques mais aussi des acteurs locaux, industriels, administrations, économistes, citoyens, et la mise en place de processus de collaboration seront de mise. 

Ces approches intégrées couplées à des mesures déployées sur un temps long, avec des évaluations régulières de l’efficacité des mesures appliquées, et donc des plans jalonnés de repères, permettront de rejeter les solutions erronées, et de répondre au piège de l’inaction. 

Si l’Etat trace le chemin, cette démarche pourra prendre ces racines à l’échelle locale où les volontés d’agir se concentrent aujourd’hui. 

La valeur économique de la biodiversité

La biodiversité ne rapporte rien4. Cette idée reçue est à corriger avec ardeur, car la valeur économique de la biodiversité est à mettre au centre des discussions entre partisans ou opposants aux réévaluations des décisions politiques pro-environnement qui planent actuellement au-dessus de nos têtes. Les concepts comme l’action des pollinisateurs, par exemple, sont à prendre en compte. Il ne s’agit pas seulement d’une question de volume de fleurs (ex : colza) ou de fruits (comme le cas du cassis) produits grâce à ces pollinisateurs, mais aussi de qualité nutritionnelle5 des aliments qui est améliorée par la présence de ces précieuses espèces de pollinisateurs. Ainsi, plusieurs résultats expérimentaux ont illustré comment les rendements et les revenus agricoles peuvent être significativement augmentés par le retour d’une biodiversité associée aux cultures (de 30 à 100 %).

Au-delà de ces considérations, cette richesse en espèces a bien d’autres effets qui rendent nos écosystèmes résilients face de nombreux impacts des changements globaux qui nous attendent, tels que la sécheresse, la pullulation d’espèces destructrices ou invasives, la détérioration de la qualité de l’eau, la captation de CO2 ou de méthane, la limitation des risques d’émergence de nouvelles épizooties…

Au final, défendre la biodiversité, c’est assurer la stabilité des écosystèmes avec des effets directs et mesurables sur les sociétés humaines, de l’économie à la santé. Détruire la biodiversité actuelle, c’est entamer la qualité de vie des générations futures, à l’horizon 2050-2100, soit celle de nos petits-enfants, sans avoir l’assurance de pouvoir les rétablir. Ce pour deux raisons principales : tout d’abord à cause du montant exorbitant des services rendus gratuitement par les écosystèmes qui est estimé à 125 000 milliards de dollars par an6. Qui payera pour cela si ces services doivent (pour ceux qui pourront l’être) être assurés par l’Humain ou sa technologie (pour autant que cette chimère technologique soit vraie) ?

Autre exemple indirect induit par l’appropriation des zones sauvages au profit de l’activité humaine : la promiscuité qu’elle provoque avec les espèces sauvages potentiellement porteuses de pathogènes. La crise de la Covid, qui a mis au grand jour la vulnérabilité de notre société face aux pandémies d’origine animale. Cette catastrophe mondiale s’est avérée avoir un coût exorbitant autant humain qu’économique. La seconde raison, c’est que rétablir à l’identique un écosystème détruit est une illusion scientifique, car il est le résultat de millions d’années d’évolution ayant mené à l’intrication d’éléments constitutifs dont la communauté scientifique est loin de connaître l’ensemble des mécanismes d’autorégulation. Encore moins sur des écosystèmes peu ou pas explorés (n’oublions pas qu’une grande partie de la biodiversité est encore inconnue, sans doute 80 % !). Mieux vaut donc préserver ce que l’on a.

La valeur pour la santé humaine 

Où partons-nous en vacances quand nous le pouvons ? Rarement le long d’une autoroute, nous recherchons souvent une retraite qui nous soustrait au stress quotidien des périodes d’activité professionnelle. Cette retraite est souvent faite d’un retour à la nature, parce que la biodiversité et ses paysages, ses sons, ou ses odeurs agissent comme autant de facteurs positifs sur notre santé7. Une étude du CNRS de 2022 est venue confirmer que les personnes les plus connectées à la nature sont également en moyenne en meilleure santé8

Maintenir la biodiversité et les pratiques qui la préservent est donc une question de santé publique. Ce constat est déterminant, puisque de nombreuses décisions au sujet de notre manière de traiter notre environnement impactent de fait la santé de certaines catégories socio-économiques, comme celle de nos agriculteurs. Ils sont parmi ceux le plus connectés à la biodiversité de l’agroécosystème et pourtant, les agriculteurs sont loin d’être la communauté socio-économique la plus heureuse qui soit.

Le modèle économique qui s’impose à eux induit dépendance envers un système souvent prédateur, exigence productive, cadence élevée, décalage entre valeur du travail et reconnaissance sociétale, conflit moral envers le bien-être animal et exposition à des produits dangereux. Ce dernier point est assez emblématique des stress quotidiens infligés à cette profession. L’utilisation de produits phytosanitaires est reconnue comme comportant des risques avérés pour la santé animale (bien sûr, les insectes qu’ils visent à détruire mais bien d’autres également comme les oiseaux des agroécosystèmes dont l’abondance a diminuée de 40 à 80% depuis les années 609). Pour l’Humain, les cas de cancer, perturbation endocrinienne, malformations à la naissance sont illustrés régulièrement.

De plus, nous savons que ces produits s’accumulent dans l’environnement et restent actifs pendant des années, voire des décennies. Un retour à un état initial sain sera donc un processus, au mieux, très lent10. Enfin, nous ne connaissons que peu de choses sur les produits engendrés par leurs dégradations une fois répandus dans les champs, ou par des effets conjugués (dits cocktails) de plusieurs produits associés ou des adjuvants utilisés, ou encore en lien avec des facteurs écologiques11 non pris en compte dans l’évaluation sanitaire de ces molécules. 

Répondre au défi du bien-être des agriculteurs est une priorité. Parce qu’ils sont les garants de nos ressources alimentaires avec des objectifs de production mais aussi de qualité. Parce que l’agroécosystème forge nos paysages12 et notre accès direct à la nature, qu’il soit à la campagne, sur nos rivages (pêche ou conchyliculture) ou à la montagne (agropastoralisme). Parce que l’agroécosystème actuel produit 25 % de nos émissions de gaz à effet de serre et participe ainsi grandement au réchauffement climatique. Parce que le déclin de la biodiversité trouve également ses racines dans les pratiques actuelles productivistes qui sont un héritage direct de la révolution agricole d’après-guerre, qui a accompagné l’amélioration des conditions de vie des générations de nos grands-parents et parents.

La biodiversité est une alliée de la productivité

La biodiversité des haies, des sols13 préservés des intrants et pesticides, s’avère être une alliée efficace pour assurer la productivité, et ce à moindre coût. Cette biodiversité sera également un atout maître pour faire face aux défis climatiques comme la sécheresse ou les épisodes d’inondations, en dressant des couverts végétaux, en retenant l’eau souterraine ou en absorbant des surplus dans des zones humides. Adapter les paysages agricoles est une des clefs du changement nécessaire.

Cette transformation ne peut être la résultante que du changement des pratiques actuelles, dont l’effort économique ne peut pas peser que sur la profession agricole. Il faut en lever les verrous qui sont, au moins de trois natures :

    l’assurance, pour chaque agriculteur, de retour sur les prises de risques économiques qu’engendrent la transformation des pratiques. la levée des freins existants, imposés soit par le système d’exploitation des matières premières agricoles (distributeurs, accords commerciaux globaux…) ou par des visions politiques mal-adaptées aux changements climatiques (PAC, part des programmes d’enseignement dans les lycées agricoles consacrée aux pratiques alternatives…). le changement de la vision que nous avons du rôle des agriculteurs dans cette transformation. 

Certes l’agriculture actuelle est émettrice d’un quart de notre CO2, et a ou fait disparaître une grande partie de la biodiversité de nos agroécosystèmes. Pour autant, les agriculteurs sont aussi ceux qui, en lien avec scientifiques, industriels, politiques et citoyens, ont le pouvoir de développer une agroécologie dont on ne connait que les contours, pour construire notre monde de demain.

La raison morale et l’alternative technologique 

Malgré toute notre puissance technologique, la productivité agricole stagne14 et a vraisemblablement atteint un maximum, avec des risques de productivité sur certaines céréales15. Quelle est la solution simple au dilemme de production qui s’impose ainsi à nous, étant donné que la population humaine continuera de croitre au XXIe siècle ? Augmenter les surfaces cultivées16 ? Mais celles-ci représentent déjà, à l’échelle mondiale, la surface de l’Afrique et de l’Amérique du Nord réunies. Et rien que pour le maïs en France, celle de la région Auvergne-Rhône-Alpes !

Autre solution, la sélection génétique de souches toujours plus productives ou résistantes. Mais la stagnation actuelle démontre les limites d’un système qui ne prend pas en compte les aspects épigénétiques, c’est-à-dire dérivés à la fois de l’information non-codée portée par la structure de l’ADN17 ou des effets croisés entre gènes et environnement. Ces modifications en partie héritables favorisent l’expression de certains gènes, phénomène dont on commence seulement à comprendre les effets majeurs sur les individus, leurs capacités d’adaptation ou leur santé18.

Quant à la disparition de la biodiversité, la technologie pourra-t-elle nous la rendre ? Rien n’est moins certain. Prenons le cas des insectes pollinisateurs : nous ne connaissons même pas la biologie ou le rôle écologique exact de la plupart des abeilles sauvages. Comment pourrions-nous être capables de les recréer le jour où elles auront disparu ? 

L’avenir nous appartient

Face à une situation de stress, les animaux réagissent de deux manières que les biologistes du comportement caractérisent par l’expression « Combattre ou Fuir ». Une analogie simpliste mais pourtant très parlante qui s’applique si bien à notre position actuelle. Faut-il admettre la dégradation climatique, la menace anthropique sur la biodiversité, faire la lumière et communiquer sur les risques encourus, pour travailler ensemble à une transformation adaptative de nos modes de vie qui en limitera les effets ? Ou faut-il en nier l’évidence scientifique et s’enfermer dans une posture idéologique dont le seul bénéfice est de surfer sur le trouble sociétal issu de nos incertitudes ? 

Mais si nos politiques ne pourront nier leur responsabilité face au jugement de l’Histoire, les électeurs et les électrices n’y échapperont pas plus. Nos actions, électorales, civiques, familiales ou professionnelles sont les briques élémentaires de notre réponse transformative. Nous pouvons encore, dans les quelques années qui viennent, réduire l’impact de notre société moderne sur la santé de notre environnement, et donc la nôtre. Mais, l’ensemble des spécialistes en conviennent : pour la biodiversité, nous sommes au bord du précipice. 

L’inflation de la consommation

L’humanité va utiliser autant d’énergie et de matière19 dans les trois prochaines décennies que celle utilisée dans les 10 000 dernières années : ce simple constat est un appel profond à un retour à la raison naturelle… 

Enfin et surtout, mettre en œuvre un mouvement citoyen sur ces questions, c’est porter une vision différente, commune, projetée sur le long terme, avec un but issu d’un consensus sur les moyens à mettre en œuvre. Les lieux de consensus peuvent être multiples (mairie, assemblées citoyennes, forum sur le net, réseaux sociaux, associations…) et certains existent déjà. Pour un exemple qui me touche, mais ne se veut pas réducteur, le CNRS et son institut Ecologie & Environnement déploie sur le territoire des infrastructures (Zones ateliers et Observatoires Hommes-Milieux) ou des évènements nationaux (Semaine Ecologie Environnement et Biodiversité, SEEB) qui permettent un échange sciences – partenaires locaux sur ses questions.

En 2025, lors des journées de la SEEB qui se sont tenues à Arc-et-Senans, Strasbourg ou Lyon, scientifiques, membres d’associations environnementales, représentants agricoles, industriels ou de communautés urbaines et citoyens ont pu s’exprimer pour parler de leurs visions de l’agroécosystème, avec toutes les divergences existantes. Cet exercice montre qu’au-delà des positionnements politiques, faire se rencontrer des personnes d’horizons différents est possible, et peut faire émerger des idées communes pour mieux avancer ensemble.

Les mesures globales gouvernementales se limitent à des ajustements économiques d’urgence. Cependant, replacer cet effort commun dans un projet consensuel d’une société mieux adaptée aux défis environnementaux qui se dressent devant nous est un message d’espoir, bien plus mobilisateur de nos efforts individuels.

François Criscuolo

    Sartre, célèbre philosophe français, dit bien que ce qui nous angoisse, cette notre liberté de ne rien faire et d’ensuite le regretter. ↩︎Kotz, M., Levermann, A., & Wenz, L. (2024). The economic commitment of climate change. Nature, 628(8008), 551-557. ↩︎Felipe-Lucia, M. R., Guerrero, A. M., Alexander, S. M., Ashander, J., Baggio, J. A., Barnes, M. L., … & Dee, L. E. (2022). Conceptualizing ecosystem services using social–ecological networks. Trends in Ecology & Evolution, 37(3), 211-222. ↩︎Le PIB national pourrait très bien inclure les bénéfices de la biodiversité en termes de services rendus économiques. Carrasco, L. R., Nghiem, T. P. L., Sunderland, T., & Koh, L. P. (2014). Economic valuation of ecosystem services fails to capture biodiversity value of tropical forests. Biological Conservation, 178, 163-170. La richesse nationale devient alors un concept basée sur la santé environnementale, qui englobe une santé économique : Dasgupta, P., & Levin, S. (2023). Economic factors underlying biodiversity loss. Philosophical Transactions of the Royal Society B, 378(1881), 20220197. ↩︎Perrot, T. (2018). Contribution des pollinisateurs dans la production de colza et de tournesol en zone atelier « Plaine et Val de Sèvre » (Doctoral dissertation, Université Bourgogne Franche-Comté). ↩︎Cardinale, B. J. et al. Biodiversity loss and its impact on humanity. Nature 486, 59–67 (2012) ↩︎Cet article analyse les données de plus de 950 publications et suggère des effets positifs sur notre santé mentale, physique et cognitive. Nejade, R. M., Grace, D., & Bowman, L. R. (2022). What is the impact of nature on human health? A scoping review of the literature. Journal of global health, 12, 04099. ↩︎Barragan‐Jason, G., de Mazancourt, C., Parmesan, C., Singer, M. C., &Loreau, M. (2022). Human–nature connectedness as a pathway to sustainability: A global meta‐analysis. Conservation Letters, 15(1), e12852. ↩︎ Moreau, J., Rabdeau, J., Badenhausser, I., Giraudeau, M., Sepp, T., Crépin, M., … & Monceau, K. (2022). Pesticide impacts on avian species with special reference to farmland birds: a review. Environmental Monitoring and Assessment, 194(11), 790. ↩︎Voir cet article mesurant la réduction de présence des pesticides dans les fermes biologiques dans une zone expérimentale des Deux-Sèvres. Fuentes, E., Moreau, J., Millet, M., Bretagnolle, V., & Monceau, K. (2024). Organic farming reduces pesticide load in a bird of prey. Science of the Total Environment, 930, 172778. ↩︎Cette étude récente montre comment la léthalité des pesticides varie avec les conditions climatiques ou le régime alimentaire…Tissier, M. L., Shahmohamadloo, R. S., & Guzman, L. M. (2025). Pesticide risk assessment in a changing world. Global Change Biology, 31(4), e70203. ↩︎Ils représentent en surface la moitié de la France métropolitaine, et à l’échelle mondiale la surface de l’Amérique du Nord et de l’Afrique. ↩︎Toute une partie de cette faune du sol associée de manière très intriquée aux plantes (qui ne forment plus qu’un organisme, appelé holobionte) permet d’expliquer de manière très convaincante des diversités de croissance. Cela doit nous rappeler que tout n’est pas génétique. Voir Wang, T., Vandenkoornhuyse, P., & Ling, N. (2024). Comment la plante et le microbiote s’influencent mutuellement et conséquences conceptuelles. Vandenkoornhuyse, P., Quaiser, A., Duhamel, M., Le Van, A., & Dufresne, A. (2015). The importance of the microbiome of the plant holobiont. New Phytologist, 206(4), 1196-1206. ↩︎ Liu, F., Xiao, X., Qin, Y., Yan, H., Huang, J., Wu, X., … & Doughty, R. B. (2022). Large spatial variation and stagnation of cropland gross primary production increases the challenges of sustainable grain production and food security in China. Science of the Total Environment, 811, 151408. ↩︎ Comme le riz et le blé à l’échelle mondiale. Gerber, J. S., Ray, D. K., Makowski, D., Butler, E. E., Mueller, N. D., West, P. C., … & Sloat, L. (2024). Global spatially explicit yield gap time trends reveal regions at risk of future crop yield stagnation. Nature Food, 5(2), 125-135. ↩︎ Cet article modélise les possibilités et les limites de cette voie de développement à l’échelle mondiale.. Gerber, J. S., Ray, D. K., Makowski, D., Butler, E. E., Mueller, N. D., West, P. C., … & Sloat, L. (2024). Global spatially explicit yield gap time trends reveal regions at risk of future crop yield stagnation. Nature Food, 5(2), 125-135. ↩︎ La modification chimique des bases sucrées de l’ADN, la méthylation, modulent l’ouverture du double brin et favorise ou non l’expression des gènes concernés. Razin, A., & Cedar, H. (1991). DNA methylation and gene expression. Microbiological reviews, 55(3), 451-458. Newell-Price, J., Clark, A. J., & King, P. (2000). DNA methylation and silencing of gene expression. Trends in Endocrinology & Metabolism, 11(4), 142-148. ↩︎ Deux exemples frappants qui montrent comment l’environnement modifie notre trajectoire de vie via l’épigénétique : fumer modifie la méthylation de certains gènes associés au cancer dans le poumon. Li, J. L., Jain, N., Tamayo, L. I., Tong, L., Jasmine, F., Kibriya, M. G., … & Pierce, B. L. (2024). The association of cigarette smoking with DNA methylation and gene expression in human tissue samples. The American Journal of Human Genetics, 111(4), 636-653. Le taux de methylation est un marqueur du vieillissement animal et des conditions de vie difficiles peuvent expliquer l’âge de nos cellules :  Lemaître, J. F., Rey, B., Gaillard, J. M., Régis, C., Gilot‐Fromont, E., Débias, F., … & Horvath, S. (2022). DNA methylation as a tool to explore ageing in wild roe deer populations. Molecular Ecology Resources, 22(3), 1002-1015. Lu, A. T., Fei, Z., Haghani, A., Robeck, T. R., Zoller, J. A., Li, C. Z., … & Singh, K. (2023). Universal DNA methylation age across mammalian tissues. Nature aging, 3(9), 1144-1166. ↩︎Pour donner quelques chiffres, ce sont 90 millions de tonnes d’espèces animales péchées chaque année, ou 30 milliards de m3 d’eau utilisées en France (dont 10 % pour l’agriculture). ↩︎

En Alsace, la transmission des fermes reste délicate pour préserver l’agriculture paysanne

En Alsace, la transmission des fermes reste délicate pour préserver l’agriculture paysanne
Entouré de futurs agriculteurs, Christian Haesig raconte la transmission de sa ferme.

Alors que la moitié des agriculteurs français seront partis à la retraite en 2035, la transmission des fermes devient un enjeu essentiel pour le monde agricole. Une question pourtant rarement anticipée et semée de contraintes, particulièrement en Alsace.

« Tout le monde a trouvé son siège ? » À l’ombre des arbres, Christian Haessig scrute la vingtaine d’étudiantes et étudiants candidats au brevet professionnel « responsable d’entreprise agricole » du CFA agricole d’Obernai. Dans son jardin, aux abords de son ancienne ferme à Saâles dans la vallée de la Bruche, le paysan retraité accueille ces agriculteurs en herbe pour témoigner de la transmission de sa ferme, lundi 23 juin.

Assis au fond de son fauteuil, lunettes posées sur le nez et casquette blanche vissée sur la tête, Christian Haessig se lance :

« Vendre, pour faire quoi ? C’est la question que devraient se poser les futurs agriculteurs retraités. Dans une transmission, le plus important est de définir ce qui est essentiel pour le cédant, mais aussi pour l’acquéreur. La relation humaine, dans un tel événement, passe trop souvent après les chiffres, les investissements, les marchés… Et si ces questions sont passées sous silence, ça ne peut pas bien se passer. »

Christian Haessig, agriculteur à la retraite et fondateur de la laiterie du Climont, à Saâles.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg

Avec sa femme, Annette Haessig, ils ont cédé leur ferme à un jeune couple, étranger au milieu agricole, en 2023. Le processus de réflexion autour de cette transmission a commencé en 2018, bien avant sa concrétisation : « Au moment de penser notre retraite, nous étions horrifiés à l’idée de devoir dégager. Notre histoire et notre vie sont ici. Nous ne voulions pas partir. »

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Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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Lutte ouvrière mobilise contre les annonces de François Bayrou

Lutte ouvrière mobilise contre les annonces de François Bayrou
Un militant de Lutte ouvrière lors de la manifestation du 1er-Mai 2024 à Strasbourg.

Des militants de Lutte ouvrière seront présents devant deux supermarchés strasbourgeois les 22 et 23 juillet pour discuter des choix budgétaire du gouvernement de François Bayrou.

Lutte ouvrière appelle à venir rencontrer quelques uns de ses militants et militantes mardi 22 juillet devant le supermarché Aldi à Hautepierre et au matin du mercredi 23 juillet devant le supermarché E. Leclerc de Schiltigheim. L’objectif du mouvement politique d’extrême gauche est d’échanger à propos des annonces formulées par le Premier ministre François Bayrou mardi 15 juillet pour réduire le déficit de l’État en 2026, selon un communiqué :

« Dans son discours du 13 juillet, Emmanuel Macron s’est présenté en chef de guerre, prétendant défendre les libertés par la fabrication de missiles, de drones, d’obus, avec une augmentation supplémentaire du budget de l’armée de 6,5 milliards d’euros et présentant la Russie comme l’ennemi principal. (…) Les seules attaques que nous subissons viennent de nos propres gouvernements : retraites, droits des chômeurs, remboursements maladie, austérité budgétaire pour les services de santé et tous les services publics. »

Les militants espèrent mobiliser notamment à propos des coupes budgétaires annoncées mardi 15 juillet afin d’économiser 48 milliards d’euros par an :

« Les attaques contre les travailleurs viennent aussi des conseils d’administration des groupes capitalistes qui mènent une guerre sociale en intensifiant l’exploitation, en licenciant et en laminant les salaires. Et pendant qu’ils reçoivent 200 milliards d’euros d’aides financières par an, le gouvernement veut économiser plus de 40 milliards sur le dos de la population. »