Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Du jamais vu en 40 ans de psychiatrie » : les pénuries de psychotropes persistent en 2025

« Du jamais vu en 40 ans de psychiatrie » : les pénuries de psychotropes persistent en 2025
Marie a appelé sa pharmacie à l’avance pour qu’ils lui mettent du méthylphénidate de côté avant qu’elle ait son ordonnance.

Après la quétiapine en février, la venlafaxine, la sertraline et le méthylphénidate ont tour à tour connu des pénuries. Autant de molécules utilisées dans le traitement de maladies psychiatriques comme la dépression, la schizophrénie ou la bipolarité.

« Pour remplacer mon traitement de Concerta, l’option la moins pire pour moi était le Quasym. Mais quand j’ai voulu en prendre, il était aussi en rupture », raconte Marie Villaume-Jean, alors qu’elle attend mercredi 9 juillet dans la pharmacie du Conseil des XV. Pair-aidante et psychoéducatrice, elle accompagne des personnes qui, comme elle, sont autistes et porteuses du trouble du déficit de l’attention (TDAH). Elle est sereine ce jour-là car sa prescription a été mise de côté mais c’est exceptionnel « depuis au moins un an » dit-elle.

Le méthylphénidate, molécule à la base de son traitement pour le TDAH, est concerné par des « tensions d’approvisionnement » depuis mai 2024 selon l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM). Début 2025, la quétiapine, utilisée pour traiter la bipolarité, a aussi connu des pénuries. D’autres molécules contre les troubles psychiques ont également été indisponibles sur des durées plus ou moins longues, comme la venlafaxine et la sertraline.

Guerres d’approvisionnement

Réussir à réserver quelques boîtes de Concerta en juillet a été difficile pour Marie. Tous les 28 jours, elle doit renouveler son ordonnance sécurisée, pour laquelle elle doit indiquer l’adresse de la pharmacie où elle s’approvisionne, et récupérer son traitement sous trois jours. Si le Concerta est en rupture, il faut reprendre rendez-vous pour obtenir une nouvelle ordonnance. « Toutes ces étapes sont d’autant plus compliquées pour les porteurs de TDAH, qui ont justement besoin de leur traitement pour s’organiser », décrit-elle, avant d’ajouter :

« Il y a quelques mois, j’ai payé en avance à la pharmacie mon traitement, qu’ils n’avaient pas en stock. J’ai ensuite gardé mon ticket pour venir le chercher dès qu’ils le recevraient. La pharmacienne appelait le laboratoire tous les jours, pour avoir une boîte de Concerta par jour. Une fois, je suis allée jusqu’en Allemagne chercher mes médicaments. »

Des difficultés partagées par d’autres personnes, comme Sophie, dont le pharmacien a fait importer du Concerta depuis le Danemark. « Tous les mois c’est la guerre pour trouver le traitement pour ma fille », regrette-t-elle, fatiguée du manque d’informations autour des pénuries. « On ne connaît la rupture que lorsqu’elle est devant nous. »

Noémie quant à elle, a failli arrêter son traitement contre sa bipolarité en janvier. Après avoir visité trois pharmacies pour trouver une boîte de médicaments à base de quétiapine, elle a testé des alternatives mais toutes ont eu des effets secondaires pénibles :

« C’était un enfer à vivre. J’ai fini par trouver un stock qui n’était plus utilisé. Je garde encore 60 comprimés en avance. Ils sont dans un coin de ma chambre, je n’y touche pas au cas où la pénurie recommence ».

Les pharmacies appelées à « bricoler »

« En 40 ans de psychiatrie, je n’ai jamais vu ça », explique le professeur Gilles Bertschy, chef du service de psychiatrie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). Interrogé le 9 juillet 2025, il fait un rapide état des lieux : « La situation générale semble s’être améliorée, les patients se procurent à nouveau leurs psychotropes mais ils restent en “tension d’approvisionnement”. » Même à son poste, Gilles Bertschy ne sait ni combien de temps ces tensions vont durer ni si des ruptures pourraient reprendre :

« C’est comme si nous vivions en zone de guerre. Nous recevons des alertes à la bombe, mais nous n’avons aucune idée si les bombes vont nous tomber dessus. Cela aggrave l’état de santé des patients, qui en plus de leur maladie, sont en permanence anxieux à cause de ces pénuries. »

Hervé Javelot, responsable du Centre de ressource et d’expertise en psychopharmacologie (Crepp) du Grand Est, renchérit :

« Je ne comprends pas comment une telle situation peut survenir en 2025 ! Toutes les classes de psychotropes sont concernées par des pénuries, cela concerne des centaines de milliers de patients. C’est la première fois qu’autant de psychotropes d’usage prioritaire deviennent indisponibles au même moment. Pour certains patients, deux ou trois médicaments de leur prescription sont en rupture simultanément, ce qui peut avoir des effets catastrophiques. »

La quétiapine notamment, est utilisée par plus de 200 000 personnes en France. Pour limiter les dégâts, certaines pharmacies ont été autorisées par l’ANSM à fabriquer leurs propres préparations à base de quétiapine, puis de sertraline. Une solution que Gilles Bertschy compare à des « bricolages ». Hervé Javelot en a vite vu les limites :

« Les pharmaciens et la Sécurité sociale n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les prix des préparations à base de sertraline. Ne voulant pas travailler à perte, les pharmaciens n’ont jamais produit ces gélules. Mais cela a créé une situation où l’ANSM annonçait un réapprovisionnement des médicaments et les officines sur le terrain n’en avaient pas. »

Risques élevés pour les patients

L’ANSM a proposé d’accompagner les patients vers un changement de traitement. Mais en psychiatrie, chaque patient a un médicament associé à un dosage qui lui correspond, affiné après des mois de tests. Changer brusquement de molécule ou même de produit peut entraîner des pertes d’équilibre, des rechutes ou des récidives. Hervé Javelot en a été témoin :

« Nous avons observé de nouvelles hospitalisations suite à des ruptures de médicaments. L’arrêt brutal du médicament peut aussi entraîner des symptômes de sevrage comme des troubles digestifs, des maux de têtes, des tremblements, des insomnies, de l’anxiété, parfois des hallucinations. »

Changer de traitement est inconcevable pour Marie. « J’ai pris la décision d’avoir un enfant grâce à la stabilité que me procure ma médication », raconte la paire-aidante, mère depuis 2024. Privé de quétiapine, Noah, strasbourgeois autiste et bipolaire, témoigne :

« Je ne voulais pas passer sur un autre traitement qui aurait pu avoir des effets secondaires couplé avec mon autisme. J’ai arrêté ma médication et ça m’a fait partir en phase maniaque pendant un mois. Je suis énormément sorti, j’ai beaucoup bu, fait la fête. J’ai eu des relations sexuelles avec des inconnus, ce qui ne m’arrive jamais en temps normal. Je ne dormais que quatre heures par nuit et j’ai perdu plusieurs kilos. »

« Ça m’étonne qu’on ait pas été plus nombreux à partir en vrille », conclut Noah. Selon l’ANSM, la situation devrait se réguler en septembre 2025 pour la quétiapine. Pour les autres molécules, aucune date de résolution n’a été avancée par l’organisme public.

#industrie pharmaceutique

« Indignons-nous », le mouvement qui veut bloquer le pays s’organise aussi à Strasbourg

« Indignons-nous », le mouvement qui veut bloquer le pays s’organise aussi à Strasbourg
Lors d’une manifestation des Gilets jaunes à Strasbourg.
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Trois idées d’expositions pour rester au sec en août à Strasbourg

Trois idées d’expositions pour rester au sec en août à Strasbourg

Entre découvertes archéologiques, aquarelles oniriques et arts appliqués, voici trois expositions à découvrir à Strasbourg pour passer entre les gouttes.

Dent de mammouth, fibule et figurines : les trésors des fouilles du GCO

Comme tous les premiers dimanches du mois, les musées municipaux sont gratuits. Pourquoi ne pas en profiter pour aller voir « Un passé incontournable. Découvertes archéologiques de l’A355 » ? Cette exposition présente le résultat des 34 fouilles qui ont été effectuées entre 2017 et 2019 sur 24 km, à l’ouest de Strasbourg avant que les travaux pour le contournement de Strasbourg ne commencent.

Les archéologues ont fouillé 62,5 hectares sur 3 à 11 mètres de profondeur. Ils ont mis au jour de nombreux trésors comme une dent de lait de mammouth, retrouvée à Ittenheim ou encore une petite figurine en terre cuite, de moins de 6 cm, à Stutzheim-Offenheim.

Des dizaines de tonnes de céramiques et 380 sépultures ont aussi été découvertes. L’exposition s’organise en trois temps : la formation du paysage depuis le Paléolithique, les dynamiques d’occupation et enfin les pratiques funéraires. Dimanche 3 août, c’est le conservateur du Musée archéologique et co-commissaire de l’exposition en personne, Quentin Richard, qui fera visiter l’exposition.

Des animaux fantastiques à Strasbourg

Au 5e lieu, l’exposition « Haxewarick. Strasbourg Merveilleux » de l’illustrateur Célia Housset propose de découvrir la ville sous un nouveau jour. Sur la quinzaine d’oeuvres exposées, le visiteur se retrouve plongé dans un monde onirique où monstres et êtres fantastiques, à mi-chemin entre les traditions folkloriques asiatiques (principalement japonaises) et européennes, peuplent les rues de Strasbourg.

Ces êtres étranges ainsi que des arbres tortueux se glissent sur ou dans des bâtiments bien connus de notre ville : les bains municipaux (le bâtiment favori de l’illustrateur à Strasbourg), la tour Seegmüller sur la presqu’île Malraux, ou encore les Ponts-couverts. Débutée ce printemps, dans le cadre des Rencontres de l’Illustration, dont Célia Housset a signé l’affiche, l’exposition se termine le 17 août.

Avec Célia Housset, le pont Jost Haller qui enjambe l’Ill prend des allures d’animé japonais.Photo : Document remis

Le livre comme espace de collaboration entre artistes

L’exposition « La bibliothèque des images. Livre et arts graphiques en dialogue (XIXe-XXIe siècles) » met en exergue les liens qui existent entre les collections de la Bibliothèque des Musées et celles du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS).

Sur une large période s’étendant du XIXe au XXIe siècle, elle explore le récit de la rencontre entre le texte et l’image imprimée. Certains artistes, à l’instar de Guillaume Apollinaire et Tristan Tzara, ont aboli les frontières entre l’art écrit et l’art visuel. Le dessin de la lettre et le calligramme sont autant de pratiques qui floutent les contours des deux disciplines. Entre art à part entière et moyen de communication, les arts appliqués émergent au XIXe siècle et fleurissent au XXe siècle avec des maîtres en la matière comme Alfons Mucha ou Marie-Louise Amiet. Les affiches participent de leur succès.

L’exposition du MAMCS explore les différentes modalités de rencontres entre textes et images en s’appuyant principalement sur des séquences historiques.

Druze de Syrie, Emmad ne sait pas quand il pourra retrouver sa fille

Druze de Syrie, Emmad ne sait pas quand il pourra retrouver sa fille
Adam, Raja Nassr et Emmad Al Nadaf, famille originaire de Syrie et de confession druze, habitant Strasbourg.

Arrivé en 2023 à Strasbourg, Emmad Al Nadaf, 56 ans, voit depuis son téléphone les massacres commis dans sa ville de Soueïda, en Syrie, sur les membres de sa communauté druze. Sa fille de 25 ans est toujours coincée dans la région et il ne sait pas quand elle pourra s’échapper sans risquer la mort.

« Les massacres contre ceux qui nous sont chers sont sans précédent, je n’avais jamais vu ça. » Depuis leur appartement de la Meinau, Emmad, raconte le calvaire de sa communauté dans un français impeccable. Autour de lui, sa femme Raja Nassr et son fils Adam l’écoutent en silence. La famille Al Nadaf, originaire de la ville de Soueïda, dans le sud de la Syrie, vit dans l’angoisse depuis que des milices djihadistes et des forces du gouvernement ont commencé à tuer des membres de leur communauté et à imposer un blocus sur la ville, le 13 juillet.

Toute la famille Al-Nadaf est partie de Syrie avant la fuite du président Al-Assad en Russie. « J’étais traducteur et guide touristique en Syrie, j’ai toujours pensé que mon pays allait redevenir en paix et que nous pourrions nous y épanouir, mais après 10 ans de guerre civile, je me suis dit que c’était peine perdue », retrace Emmad.

« Je pense que cette fois, le risque est établi »

« Notre fille de 25 ans y habite encore, elle devait présenter son projet final dans le cadre de ses études de génie civil le 16 juillet, mais elle a fui juste avant l’arrivée des djihadistes dans un village en montagne », retrace Raja Nassr. La mère de famille a rejoint son mari à Strasbourg en août 2024 avec leur plus jeune fils, Adam, via une procédure de regroupement familial. Ils appartiennent à la minorité druze, un mouvement musulman hétérodoxe qui représente 3% de la population syrienne mais qui est majoritaire dans leur ville de 700 000 habitants.

Depuis le 13 juillet, ils suivent fébrilement les fils WhatsApp et Telegram de leurs proches restés en Syrie. « Mes copains allaient passer leur bac, je sais que certains vont bien mais je n’ai pas réussi à rester en contact avec chacun d’entre eux, car il y a des pannes d’électricité », souffle Adam, scolarisé en seconde au lycée Marie Curie.

La première préoccupation de la famille est de pouvoir rapatrier leur fille en France, leur plus vieux fils habitant déjà en Suède. « Son dossier est bloqué car elle est majeure, l’administration nous a demandé d’établir qu’il y avait un risque à ce qu’elle reste en Syrie. Je pense que cette fois, le risque est établi« , raille Emmad. Depuis le 13 juillet, l’observatoire syrien des droits de l’Homme dénombre plus de 1 400 morts à Soueïda. Le 31 juillet, le gouvernement syrien a créé par décret une « commission » afin de « faire la lumière sur « les circonstances qui ont conduit aux événements », enquêter sur « les attaques et les violations contre les citoyens » et déférer les auteurs des violations devant la justice », rapporte France info.

Crainte de persécutions

Mais Emmad n’accorde que peu de confiance au gouvernement en place, nommé en mars 2025 après la déroute des armées loyalistes et la fuite en Russie de Bachar Al-Assad. « Le pouvoir actuel est composé de terroristes, ce sont les Druzes qui sont tués cette fois mais les Alaouites (une autre minorité, NDLR) ont aussi été victimes de massacres », souffle-t-il.

Le nouveau président Ahmed Al-Charaa, qui a renversé Bachar Al-Assad, est un « islamiste radical issu de l’État islamique en Irak », rapporte plusieurs médias dont Le Monde. Pour Emmad, il est difficile de voir ce dernier être reçu à l’Elysée « sans que soient pris en compte ses crimes passés ». À l’avenir, il craint d’autres persécutions pour sa communauté et les autres minorités du pays.

Malgré un cessez-le-feu décrété le 20 juillet, Emmad et sa famille restent inquiets. « On ne dort pas plus de deux heures par nuit », souffle-t-il. Sur leurs téléphones, ils reçoivent des vidéos d’exactions, des montages de personnes assassinées sommairement. Chaque jour, ils apprennent que des nouvelles maisons ont été brûlées, et des personnes fusillées. Le 30 juillet, une franco-syrienne, dont le mari a été assassiné, rapportait à France Info que la ville était entourée de djihadistes et qu’elle ne pouvait en sortir.

La Meinau perd son « Cercle fitness »: « C’était une grande famille »

La Meinau perd son « Cercle fitness »: « C’était une grande famille »
Le Cercle fitness avait entre 700 et 1 800 adhérents pendant son existence.

Après deux ans de bataille juridique avec Alsace Habitat, le club de sport « Cercle fitness », à la Meinau, a fermé ses portes jeudi 31 juillet. Ses adhérents regrettent déjà ce lieu de rencontres, de mixité et de paix sociale qui leur rendait le sport accessible et agréable.

« Au bout d’un moment, j’ai décidé d’arrêter de me battre contre Goliath. » Antoine Fortes a 61 ans. Coach sportif et gérant, il a ouvert le club de sport « Cercle fitness » en 2015, au cœur du quartier résidentiel de la Meinau à Strasbourg. Dix ans plus tard, après avoir survécu à la « concurrence des salles low-cost » et à la période covid, comptant entre 700 et 1 800 adhérents selon les périodes, l’auto-entrepreneur est contraint de fermer ses portes.

Le bailleur social Alsace Habitat, propriétaire du local du club, n’a pas prévu d’espace commercial après la rénovation du bâtiment dont le club occupe le rez-de-chaussée. Après les travaux, il ne restera que des logements. Après plus de deux ans de bataille juridique pour tenter de rester à la Meinau, Antoine Fortes a fini par se résigner.

Dernier jour d’ouverture de la salle de sport, jeudi 31 juillet. En entrant au « Cercle fitness », les adhérents prennent le temps de venir saluer leur coach. Et en sortant, ils lui consacrent de longues embrassades, chuchotent quelques mots de remerciement à son oreille, parfois la larme à l’œil. Pour l’occasion, ils sont des dizaines à passer les portiques de la salle pour une ultime séance, une dernière discussion avant de se retrouver autour d’un barbecue d’au revoir programmé dans la soirée.

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Une carte du gouvernement pour connaître le taux de PFAS dans l’eau potable

Une carte du gouvernement pour connaître le taux de PFAS dans l’eau potable

Dans un communiqué jeudi 31 juillet, le ministère de la Transition écologique annonce la mise en ligne d’une carte compilant les mesures de polluants éternels dans les eaux potables. Plusieurs sont réalisées en Alsace.

Le projet fait partie d’un plan d’action interministériel sur les PFAS (polluants éternels). Une carte interactive des analyses de l’eau a été mise en ligne, annonce le ministère de la Transition écologique le jeudi 31 juillet. Construite par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), elle est disponible sur le site du ministère.

Sur les 2,3 millions d’analyses compilées, certaines concernent l’Alsace. Elles sont catégorisées selon quatre intitulés : eaux souterraines, eaux potables, eaux distribuées et sites industriels. Dans son communiqué, le ministère précise que 34 substances sont concernées, selon les réglementations françaises et européennes en vigueur. Les données sont issues de quatre sources et débutent en 2016.

Pour celles et ceux qui préfèrent les tableaux, les analyses sont également disponibles sous cette forme.

Pour la Palestine et contre les intimidations des militants, manifestation samedi 2 août à Strasbourg

Pour la Palestine et contre les intimidations des militants, manifestation samedi 2 août à Strasbourg
Mobilisation en soutien à la Palestine, en octobre 2023.

Une manifestation se tiendra samedi 2 août à Strasbourg pour dénoncer la situation intenable des Palestiniens souffrant d’une famine avancée à Gaza. La mobilisation vise également à dénoncer les intimidations dont ont été victimes des militants strasbourgeois de la cause palestinienne.

Une nouvelle mobilisation se tiendra ce samedi 2 août à Strasbourg en soutien à la population de Gaza. La manifestation, démarrant à 15h depuis la place Broglie, vise à dénoncer les dizaines de milliers de civils morts depuis deux ans et la famine meurtrière qui sévit dans la zone, atteignant « un tournant alarmant et mortel », d’après l’une des agences de l’ONU. Selon un communiqué du ministère de la Santé de Gaza du mardi 29 juillet, le bilan humain a dépassé les 60 000 morts et plus de 145 000 blessés depuis le début du conflit.

La mobilisation alerte aussi sur la situation des personnes engagées au sein du navire chargé d’aides humanitaires « Handala », affilié à la Flotille de la liberté et arraisonné le samedi 26 juillet par la marine israélienne. Enfin, elle vise à soutenir les militants locaux de la cause palestinienne ayant été victimes d’intimidations à leur domicile.

Christine, pédiatre à Huningue, veut « construire le récit d’une vie durable, sans polluants »

Christine, pédiatre à Huningue, veut « construire le récit d’une vie durable, sans polluants »

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PFAS dans l’eau potable : 400 habitants de Saint-Louis déposent plainte pour « mise en danger »

PFAS dans l’eau potable : 400 habitants de Saint-Louis déposent plainte pour « mise en danger »
La commune de Saint-Louis, située au sud de l’Alsace, à la frontière avec la Suisse, compte plus de 20 000 habitants.

Début août, 400 habitantes et habitants de l’agglomération de Saint-Louis vont déposer une plainte collective contre Véolia et l’agglomération de Saint-Louis auprès du procureur de Mulhouse pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui », en raison de la présence de polluants éternels dans l’eau potable.

Représentés par Maître André Chamy, 400 habitantes et habitants de l’agglomération de Saint-Louis, au sud du Haut-Rhin, vont déposer une plainte collective contre la communauté de communes et la société Véolia auprès du procureur de Mulhouse pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui », révèle France bleu Alsace. Dans le document rédigé par l’avocat, que Rue89 Strasbourg a consulté, ils accusent également les fournisseurs d’eau de « distribution d’un produit nuisible à la santé », de plusieurs « infractions environnementales », « d’infraction à la réglementation sanitaire » ou encore de « tromperie » (un délit prévu par le code de la consommation).

Risque de cancer, problèmes rénaux, stérilité

Réunis dans un collectif, les plaignants sont toutes et tous alimentés en eau potable par Saint-Louis Agglomération et son délégataire de service public, Véolia. Depuis avril 2023, les taux de polluants éternels (PFAS) mesurés par les analyses publiques sont supérieurs à la limite fixée par la réglementation. Certaines communes enregistrent des quantités de PFAS quatre fois trop élevées dans l’eau.

Dans la plainte, l’avocat rappelle les conséquences potentielles pour les habitants :

« Ces polluants éternels sont associés à des risques de cancer, de problèmes rénaux, de stérilité, de troubles hormonaux et immunitaires et leur nocivité n’est pas à démontrer. »

Il reproche l’inertie des pouvoirs locaux face au risque sanitaire. En avril 2025, le préfet du Haut-Rhin a restreint l’usage de l’eau pour les personnes les plus « vulnérables ». Mais, pointe le juriste, « cette eau a été consommée par l’ensemble de la population locale pendant plus de deux ans alors que le fournisseur d’eau et l’opérateur privé étaient parfaitement informés de sa contamination. »

Dans les toilettes de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, en juin 2025, un panneau rappelle aux personnes de de pas boire l’eau du robinet, sans préciser la raison de la précaution.Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg

La plainte retrace l’historique de publicisation de la contamination. Elle note les analyses d’avril 2023 montrant les taux anormaux de PFAS dans l’eau, puis une lettre de l’Agence régionale de santé (ARS) rappelant à Saint-Louis Agglomération qu’il lui appartient de « définir les scénarios curatifs possibles pour rétablir la qualité de l’eau ».

En janvier 2024, l’ARS revient vers le président de Saint-Louis Agglomération, l’enjoignant de préciser certaines parties des scénarios envisagés. C’est uniquement en mai 2025 qu’une autorisation de signature de marché public est présentée au conseil d’agglomération pour des « unités mobiles de traitement ». Celles-ci « seraient mises en fonction à la fin de l’année 2025, voire à échéance 2027 ».

La communication sur la qualité dégradée de l’eau potable n’est parvenue aux administrés qu’en janvier 2024 par courriel commun de l’agglomération et de Véolia. Cette pollution serait « la non-conformité la plus importante de France sur une unité de gestion publique, connue à date de début janvier 2025. »

La plainte sera déposée la première semaine d’août au procureur de Mulhouse. Maître André Chamy précise qu’après étude du dossier, le parquet peut décider de confier l’enquête à la police ou gendarmerie, voire d’ouvrir une information judiciaire.

Sans candidat déclaré à Strasbourg, la discrète campagne des insoumis

Sans candidat déclaré à Strasbourg, la discrète campagne des insoumis
À Strasbourg, les insoumis n’ont pas encore de tête de liste.

Alors que la plupart des partis ont déjà lancé leur campagne pour les élections municipales de mars 2026, La France insoumise reste en retrait à Strasbourg. Sans tête de liste, sans programme et sans matériel de campagne, le mouvement se prépare sur le terrain.

« Bonjour monsieur, c’est La France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon ! » Devant le militant plein d’entrain, le quadragénaire en sandales reste interdit sur le pas de sa porte. En ouvrant la porte, il ne s’attendait pas à trouver une petite dizaine de militant·es, tracts à la main, dans le hall de son immeuble. Mercredi 23 juillet, en fin de journée, la section strasbourgeoise de La France insoumise s’est lancée dans une opération de porte-à-porte dans le quartier de Hautepierre.

Depuis la fin du printemps, le mouvement multiplie les actions de terrain. Après avoir désigné leur tandem de « co-chef·fes de file », Lisa Farault et Benjamin Kuntz en juin, le mouvement reste peu visible dans l’espace médiatique local et se dirige vers les élections municipales avec un tempo lent. Moins d’annonces que leurs concurrents politiques – dont certains visages tapissent déjà les panneaux d’affichages – pas de candidat déclaré, pas encore de programme. En sous-main, les groupes militants s’activent pourtant pour rester présents dans les quartiers populaires strasbourgeois.

Stratégie de la merguez

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Pour répondre aux critiques, Alsace Habitat choisit ses médias

Pour répondre aux critiques, Alsace Habitat choisit ses médias
Francis Bentz, le 15 avril 2025.

Jeudi 24 juillet, Étienne Wolf et Francis Bentz, respectivement président et directeur général du bailleur social Alsace Habitat, ont répondu aux critiques de leurs locataires lors d’une conférence de presse où dix médias locaux étaient conviés, mais pas Rue89 Strasbourg.

Les locataires dénoncent l’augmentation des charges, le bailleur social pointe les « dégradations volontaires ». Jeudi 24 juillet, Étienne Wolf et Francis Bentz, président et directeur général du bailleur social Alsace Habitat ont répondu aux critiques de leurs locataires à l’occasion d’une conférence de presse, dont fait état un article des Dernières nouvelles d’Alsace, laissé en accès libre aux lecteurs et lectrices.

Depuis janvier 2024, au moins deux collectifs de locataires du bailleur social de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) ont été créés pour contester l’augmentation de leurs charges. Après des aides ponctuelles concédées à certain·es locataires en 2024, la CeA a débloqué 116 000 euros en 2025 afin que les régularisations de charges ne dépassent pas 2 000 euros par logement – une enveloppe jugée insuffisante par les collectifs.

Audit commandé en juin

Frédéric Bierry, président (LR) de la CeA, a par ailleurs « commandé un audit d’Alsace Habitat à un opérateur extérieur pour évaluer la réalité des problèmes », a-t-il annoncé fin juin dans le cadre du débat sur la stratégie budgétaire de sa collectivité et face aux critiques de trois conseille·res départementaux de gauche.

Aux Dernières nouvelles d’Alsace, les deux dirigeants d’Alsace Habitat ont répété que ces augmentations de charges étaient liées à celles du prix du gaz et donc du chauffage et de l’eau chaude – un argumentaire constant depuis 2024. Ils dénombrent 141 locataires avec un rappel de charges supérieur à 2 000 euros en 2023, 24 en 2024 – sur 17 000 logements en tout, précisent-ils. Alors que le bailleur social réalise un chiffre d’affaires de 107 millions d’euros, il consacre entre « 15 et 18 millions d’euros » à « améliorer la performance énergétique » de ses logements et la même somme à la « requalification, sécurisation et embellissement du patrimoine ». 50 millions vont annuellement à la construction de 200 à 500 logements neufs.

Une transition toute trouvée pour laisser à la direction le choix d’évoquer un autre poste de dépense : les « dégradations volontaires ». « Alsace Habitat doit faire face à une montée des incivilités et de la délinquance pour un coût qui atteint deux millions d’euros », ou plutôt, « 1,7 million », apprend-on dans l’article. Entre le « non-respect des consignes de gestion des déchets » et les « problèmes de voisinage » ayant mené au recrutement d’un médiateur et d’une assistante sociale, Alsace Habitat a également « dépensé 250 000 euros dans la sécurité privée en 2024 ».

Les dirigeants vont jusqu’à envisager la création « d’une police interbailleurs qui permettrait de mutualiser des services de prévention et de surveillance », sans préciser sur quelle compétence du bailleur ou de la CeA ce nouveau service pourrait trouver sa base légale.

En toute fin d’article, le président Étienne Wolf consacre cinq mots aux 30 000 euros versés par l’ancêtre d’Alsace Habitat à une association d’aide au développement dont il est fondateur opérant entre la Côte d’Ivoire et Brumath (dont il est maire) : « J’ai la conscience tranquille. »

Le directeur général Francis Bentz, reconduit au printemps par le conseil d’administration, n’est quant a lui pas revenu sur les accusations de désorganisation, de potentiel favoritisme, d’incompétence, d’incapacité à la remise en question ou de mal-être au travail de certain·es salarié·es interviewé·es par Rue89 Strasbourg en avril 2025.

Contacté, le bailleur social n’a pas donné suite à notre sollicitation pour savoir dans quel cadre les deux dirigeants d’Alsace Habitat ont sélectionné les médias conviés à leur réponse aux critiques des locataires, dont une bonne part ont paru dans Rue89 Strasbourg.

Malgré les reculs environnementaux, les écolos alsaciens préparent la riposte

Malgré les reculs environnementaux, les écolos alsaciens préparent la riposte
Quelques années après le mouvement international pour le climat, le gouvernement français enchaine les reculs environnementaux.

De la maire de Strasbourg aux activistes du Chaudron des alternatives, en passant par Alsace Nature, la galaxie écologiste pense de nouvelles stratégies. Face aux défaites environnementales, elle veut rendre ses combats plus concrets et montrer qu’ils sont aussi des urgences sociales.

« Combien de fois on nous aura dit qu’on pense trop aux papillons et pas assez aux gens ? » Stéphane Giraud dirige Alsace Nature depuis 2008. Il est habitué aux discours prétextant « l’écologie punitive » pour ne rien changer. Mais en 2025, les attaques contre les mesures écologistes sont particulièrement virulentes avec l’adoption de la loi Duplomb favorisant l’agriculture industrielle, les coupes dans le fonds vert, des discours criminalisant les militants écologistes relayés dans certains médias… « Est-ce qu’on régresse culturellement ou est-ce que c’est le vieux monde qui se sent menacé et devient plus violent ? », s’interroge Stéphane Giraud.

Après le mouvement international pour le climat en 2018, la droite et l’extrême-droite ont réussi à supprimer avec obstination des mesures environnementales qu’elles voient comme des contraintes économiques. « L’écologie n’est pas un positionnement pour embêter le monde, c’est une science, ce sont des milliers de chercheurs qui nous alertent depuis des décennies », rappelle le directeur d’Alsace Nature. « Ce n’est pas un backlash écolo, c’est un backlash pour l’Humanité », pose Jeanne Barseghian, maire (Les Écologistes) de Strasbourg. Rue89 Strasbourg s’est entretenu avec des militants et militantes au sujet de la contre-attaque qu’ils et elles imaginent pour dépasser cette séquence.

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Engagée contre les atteintes à l’environnement, la rédaction suit de près les enjeux écologiques et travaille sur les alertes qui lui sont transmises. Sans Rue89 Strasbourg, la pollution de l’eau potable par les pesticides et des projets comme un stade de biathlon dans les Vosges, ou une route sur la colline de Lorentzen seraient bien moins connus des Alsaciens.

Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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Enquête ouverte pour actes de vandalisme sur l’immeuble des militants pro-Palestine

Enquête ouverte pour actes de vandalisme sur l’immeuble des militants pro-Palestine
La porte de l’appartement affichant son soutien à la palestine a été vandalisée en pleine journée dimanche 27 juillet.

La police de Strasbourg a ouvert une enquête suite à une nouvelle plainte pour des actes de vandalisme survenus les 25 et 27 juillet dans un immeuble de la Neustadt. Ce bâtiment, occupé par des militants engagés pour la cause palestinienne, a été visé par des tags hostiles et des dégradations dans le but de les intimider.

« C’est clairement stressant, surtout qu’on constate une escalade sur ce qu’ils peuvent faire », résume Vic, militant d’Urgence Palestine et habitant de la colocation visée par des actes de vandalisme ces derniers jours.

Dans cet immeuble du quartier des Contades à Strasbourg, tout commence dans la nuit du 24 au 25 juillet. Des tags insultants, comme « Fuck Palestine » ou « Bureau du HamaSS » sont découverts sur la façade. Deux jours plus tard, le 27 juillet, c’est la vitre de la porte d’entrée de l’immeuble qui a été brisée en pleine journée.

« Il ne faudrait pas que ça aille plus loin. Maintenant, ça nous conforte aussi dans notre envie de nous mobiliser pour la Palestine », poursuit le jeune militant. Deux plaintes ont été déposées au commissariat. La première a été déposée en février, lorsqu’une grande croix noire avait été tracée sur leur palier. Des stickers anonymes sont également régulièrement collés sur leur porte.

Ces faits surviennent dans un contexte tendu, où le soutien à la cause palestinienne peut être mal perçu, voire susciter des réactions violentes. Dans une réponse publiée dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, Pierre Haas, délégué du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) en Alsace, a jugé « provocateur » l’affichage de ce soutien dans le quartier. Une réaction que Vic ne comprend pas :

« Quand ils disent que c’est une provocation d’afficher un soutien à la Palestine dans ce quartier, ça revient à insinuer que tous les juifs sont sionistes, ce qui n’est pas le cas. C’est problématique. La majorité des gens dans le monde sont aujourd’hui du côté de la Palestine. »

Vic, militant d’Urgence Palestine

Des marques de solidarité dans le quartier

Dans le quartier, plusieurs voisins ont manifesté leur soutien. Un drapeau palestinien a été accroché à une fenêtre à quelques mètres de là, une lettre de remerciement a été glissée dans leur boîte aux lettres, et certains passants n’hésitent pas à leur adresser des mots d’encouragement dans la rue.

« On ne compte pas forcément sur l’enquête policière pour notre sécurité. Ce qui nous protège, c’est de montrer que le quartier n’est pas avec eux, et que la solidarité existe », confie Vic.

Dans un message publié lundi 28 juillet au soir, la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian a affiché son soutien aux habitants et habitantes de l’immeuble et dénoncé l’escalade de la violence : « Nous sommes dans un pays libre, une démocratie. Nul ne peut être pris pour cible en raison de ses convictions, de ses engagements ou des causes qu’il défend. On ne répond pas aux idées par la violence. Jamais. »

Une trentaine d’organisations dénoncent également les actes dont sont victimes les militants. Une manifestation est prévue ce samedi à 15 h, place Broglie, en soutien à la Palestine et aux militants visés par les dégradations et messages hostiles de ces derniers jours. « Il ne faut pas avoir peur, on va continuer à se mobiliser », assure Vic.

La police a ouvert une enquête et saisi les enregistrements des caméras de vidéosurveillance du secteur.

Trois ans après, toujours trop de pesticides dans l’eau potable de 60 communes alsaciennes

Trois ans après, toujours trop de pesticides dans l’eau potable de 60 communes alsaciennes
L’eau de près de 60 communes aux alentours de Brumath et Haguenau est polluée aux pesticides.

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Au Port du Rhin, Blue Paper a dépassé les limites d’émissions de particules toxiques

Au Port du Rhin, Blue Paper a dépassé les limites d’émissions de particules toxiques
L’usine Blue Paper au Port du Rhin.

L’État a repéré que l’usine Blue Paper, entre le Port du Rhin et la Musau, émettait trop de dioxines et de furanes en 2024. Il s’agit de molécules toxiques et persistantes dans l’environnement. Après une mise en demeure de la préfecture, l’entreprise est repassée sous les valeurs limites en 2025.

Blue Paper fait partie des dix usines alsaciennes qui émettent le plus de polluants dangereux. Cette société implantée à Strasbourg, à côté des quartiers du Port du Rhin et de la Musau, produit du carton ondulé. En 2019, elle a inauguré un incinérateur de déchets non recyclables pour créer la chaleur nécessaire à son activité. La direction vantait alors un procédé écologique qui allait lui permettre d’économiser en évitant d’acheter du gaz. L’Agence de la transition écologique (Ademe) avait même soutenu le dispositif à hauteur de six millions d’euros.

Le collectif Strasbourg Respire, constitué de soignants, dénonçait cependant un « greenwashing » (une ambition écologique de façade) et alertait sur ce procédé qui risquait d’émettre des particules toxiques pour la santé humaine à cause des fumées d’incinération de ces déchets. Marc Cheverry, directeur chargé de l’économie circulaire de l’Ademe, rétorquait dans 20 Minutes que ces affirmations n’étaient pas fondées, étant donné que « des études d’impact [avaient] été menées ». Mais « ce qu’on craignait est arrivé », regrette finalement Thomas Bourdrel, médecin radiologue et porte parole du collectif Strasbourg Respire, en juillet 2025.

Émissions toxiques

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Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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Strasbourg pas pressée d’autoriser la baignade dans l’Ill

Strasbourg pas pressée d’autoriser la baignade dans l’Ill
Les organisateurs ont indiqué qu’une vingtaine de personnes s’étaient baignées, malgré l’interdiction municipale.

À Strasbourg, les baignades urbaines se préparent mais il faudra attendre au moins 2026. Le Herrenwasser et la presqu’île Malraux ont été retenus comme sites potentiels. La qualité des eaux de l’Ill est jugée suffisante, hors épisodes de pluie.

« Le projet existe toujours, ça prend du temps, mais il verra le jour », assure Pierre Ozenne. L’adjoint à la maire de Strasbourg est notamment en charge du projet de baignade dans l’Ill. Le sujet est évoqué par les élus strasbourgeois depuis 2017. Annoncée pour 2019 puis repoussée à 2021, l’ouverture à la baignade reste, en 2025, toujours au stade de promesse. Mais les succès dans d’autres villes françaises, notamment Paris, ravivent les attentes des Strasbourgeois et Strasbourgeoises.

Pour Pierre Ozenne, la baignade urbaine pourra voir le jour durant le prochain mandat municipal, entre 2026 et 2032, mais ne sera pas possible à l’été 2025 :

« On pensait que se baigner dans l’eau de l’Ill aurait pu se mettre en place rapidement, mais il faut prendre en compte des questions de pollution des eaux, de gestion des cours d’eau et surtout de sécurité. »

Deux sites pour démarrer

Des études menées en 2021 et 2023 par le bureau Geonat Environnement ont permis de retenir deux sites parmi une quinzaine analysés dans la métropole strasbourgeoise pour initier le projet de baignade : les anciens bassins du Herrenwasser, entre les quartiers de l’Elsau et de la Montagne Verte, ainsi que la presqu’île André-Malraux, à la frontière entre Neudorf et l’Esplanade.

Le site du Herrenwasser est bien connu dans les discussions autour d’un retour à la baignade à Strasbourg pusqu’il a accueilli dès 1867 les premiers bains aménagés de la ville, avant de fermer en 1971 à cause de la pollution. Pour ce premier emplacement, un bassin de 1 000 à 1 200 m² est envisagé en face des jardins familiaux, ainsi qu’une zone enfant avec une hauteur d’eau maximale de 0,30 m.

Quant à la presqu’île André-Malraux, le lieu de baignade « pourrait se situer au niveau des Docks d’été », sur l’extrémité ouest de la presqu’île, précise Pierre Ozenne. Un bassin d’environ 1 500m2 est envisagé pour la zone de baignade avec « la mise en place d’un fond artificiel intermédiaire permettant de créer une pente allant de 0 à 1,80 m de profondeur », selon l’étude réalisée par Geonat et fourni par l’Eurométropole.

Il s’agit désormais de préciser les besoins et les contraintes pour chaque site explique Pierre Ozenne :

« Il faudra penser à l’installation des lignes d’eau, à la délimitation des zones autorisées à la baignade, et à la construction des accès à l’eau depuis les rives. Il faut aussi prévoir des infrastructures : sanitaires publics, vestiaires, casiers, ainsi que des équipements pour permettre la pratique d’activités aquatiques. »

L’élu se réjouit de cette perspective, qu’il perçoit comme une double avancée, sociale et écologique :

« Il s’agit de redonner un accès à la nature aux habitants, tout en veillant à ce que cette activité ne vienne pas nuire à un espace naturel. »

Risques de pollution en cas de pluies

Les études fournies par la ville ne révèlent ni pollution bactériologique, comme la présence d’Escherichia coli ou d’entérocoques intestinaux (signes de contamination fécale). Elles ne signalent pas non plus de pollution physico-chimique, notamment par l’azote ou le phosphore (deux éléments favorisant la prolifération d’algues vertes). Geonat reccomande toutefois de maintenir une surveillance régulière, avec des analyses au moins hebdomadaires en période sèche, afin de suivre l’évolution des taux.

Baignade du Herrenwasser (à droite) dans les années 1930 (CAS / Archi-Strasbourg)Photo : CAS / Archi-Strasbourg

La principale inquiétude concerne les épisodes pluvieux, lors desquels le risque de pollution bactériologique augmente, explique Pierre Ozenne :

« Il était nécessaire de recenser tous les points de rejet d’eaux usées et d’eaux pluviales dans le milieu naturel en amont des lieux de baignade, comme les canalisations principales et les déversoirs, qui renvoient les eaux à traiter dans l’Ill en cas d’orage ou de pluies abondantes. »

Il suffira donc de 5 mm de pluie pour suspendre la baignade. Par précaution, l’accès sera interdit pendant au moins 48 heures, le temps de vérifier la qualité de l’eau avec des analyses complémentaires réalisées chaque jour. Comme à Paris, la mesure vise à limiter les risques de pollution liés aux débordements d’égouts.

La reprise de la baignade ne pourra être accordée qu’après l’accord de l’Agence Régionale de la Santé (ARS) en charge de l’analyse et de l’Eurométropole.

Prévenir la prolifération des rongeurs

La présence de faune sauvage à proximité directe des deux sites, notamment de rats et de ragondins, n’est pas considérée comme un problème pour la baignade, mais devra faire l’objet d’une surveillance particulière, précise la collectivité par écrit:

« La propreté du site doit être assurée. Pour ne pas attirer la faune sauvage et domestique, il y aura des actions de sensibilisation des promeneurs et baigneurs sur l’interdiction du nourrissage des animaux, mais aussi sur le ramassage des déchets, afin de ne pas favoriser le développement des rongeurs, notamment, qui posent des risques sanitaires tels que la leptospirose. »

Quant à la pollution potentielle liée à la navigation, elle ne constitue pas une inquiétude. « À moins d’un rejet volontaire depuis un bateau, il n’y a pas de risque, assure Pierre Ozenne, une fois les secteurs et les lignes d’eau délimitées, l’organisation devrait permettre une bonne cohabitation entre les différents usages. »

Des animations sur la rive pour compléter la baignade

« Pour nous, le principe est et restera que la baignade urbaine soit gratuite. Ce n’est pas un sujet financier. En revanche, d’autres activités commerciales pourront s’installer au bord de l’eau », explique Pierre Ozenne. Pour cela, la Ville de Strasbourg prévoit de lancer des appels à manifestation d’intérêts auprès de prestataires susceptibles de proposer des animations, mais aussi d’assurer la surveillance du site.

Pour l’heure, difficile d’en savoir plus, l’élu ne s’étale pas sur le sujet : « La phase opérationnelle n’est pas à l’ordre du jour avant le prochain mandat« .