Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Félix, une vie de lutte sans smartphone : « Si un jour je dois aller en prison, j’irai »

Félix, une vie de lutte sans smartphone : « Si un jour je dois aller en prison, j’irai »

Habitant en zone blanche, militant au sein de collectifs décroissants et technocritiques, Félix se bat au quotidien contre le numérique. « Ermite malgré lui », il dénonce la discrimination subie par celles et ceux qui choisissent de vivre sans smartphone.

Ici, le chien s’appelle Zad. Félix Zirgel nous accueille chez lui ce jeudi 1er juillet. Le militant de 32 ans vit avec sa famille dans trois petites maisons aux volets bleus à une vingtaine de kilomètres de Remiremont (Vosges). Constatant notre désarroi face à l’absence de réseau, l’hôte de ces lieux paisibles annonce avec fierté : « Ici, c’est une zone blanche ! » À une table posée au bord d’un chemin fleuri, en surplomb d’un terrain en zone Natura 2000, Félix verse le café. Il roule sa première clope avant de prendre ses notes manuscrites. Il ne lui faut pas cinq minutes pour prononcer le mot de colère :

« Fin mai 2025, j’ai perdu l’accès à mes comptes bancaires. Le Crédit Mutuel a mis fin aux codes envoyés par SMS pour la double authentification des paiements en ligne. On a fini par trouver une solution avec le Digipass donc je suis moins en colère. Mais je sais que petit à petit, ça va être de plus en plus dur de vivre sans smartphone. »

Du numérique à l’Holocauste

Félix abhorre cette société qui a fait du smartphone une propriété évidente. Militant pour la décroissance depuis 2015, le lecteur du journal éponyme décrit l’appareil comme « la quintessence même du capitalisme, une symbiose entre le monde de la tech et le complexe militaro-industriel ». Le discours est rodé, la pensée construite. Félix pourrait ainsi parler des heures dans son débit un peu saccadé. Puis il s’excuse après avoir évoqué le lien entre la société d’informatique américaine IBM, le début du numérique et l’Holocauste : « Ça va, je ne me disperse pas trop ? »

Chez Félix, la lutte contre le smartphone est existentielle. Elle puise ses origines dès l’enfance passée en périphérie de Colmar. Fils d’une institutrice et d’un principal de collège, le petit Alsacien n’a pas le droit aux jeux vidéo. Il se souvient des cabanes construites dans la forêt, près d’une rivière. Il raconte ces amis qui mentaient quand il toquait à leur porte : « Certains disaient qu’ils avaient des devoirs. Mais je savais qu’ils étaient devant leur écran. » « Je me sentais très seul », conclut-il.

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Les DNA reconnues coupables d’une « faute inexcusable » suite au suicide d’un salarié

Les DNA reconnues coupables d’une « faute inexcusable » suite au suicide d’un salarié
Le siège des Dernières Nouvelles d’Alsace, rue de la Nuée Bleue à Strasbourg. (photo Pazit Polak / Wikimedias commons / cc)

Le tribunal judiciaire de Strasbourg a condamné lundi 8 juillet les Dernières nouvelles d’Alsace à indemniser la famille d’un salarié qui s’est suicidé en 2019. Il estime que l’entreprise a commis une « faute inexcusable » en ne prenant pas en compte une alerte de son comité social et économique.

En 2019, un employé des Dernières nouvelles d’Alsace (DNA) s’est jeté du toit des locaux dans lesquels il travaillait, rue de la Nuée-Bleue, au centre ville de Strasbourg. Dans une décision rendue publique lundi 8 juillet, le pôle social du tribunal judiciaire de Strasbourg reconnaît une « faute inexcusable » de l’entreprise et la condamne à verser 30 000 euros de dédommagement à la fille et à la veuve de la victime, rapportent les DNA.

Le tribunal note, selon les DNA, qu’au moment où le technicien de maintenance de 43 ans décède, les DNA et L’Alsace, sont en train de rapprocher leurs équipes dans le cadre d’Ebra, la filiale médias du Crédit Mutuel. En juin 2019, le CHSCT, organe de consultation en charge de l’hygiène et de la santé au travail intégré dans le comité social et économique, avait exercé son droit d’alerte « pour tous les salariés des DNA, mettant en garde contre les risques psychosociaux induits par cette transformation ».

Selon le jugement du tribunal, ce droit d’alerte n’a cependant été suivi d’aucune action concrète de la direction. En 2020, un autre salarié des DNA s’est suicidé puis une troisième en 2023. Les DNA indiquent que l’entreprise « se réserve la possibilité d’interjeter appel ».

Remous internes dans la campagne de Jean-Philippe Vetter

Remous internes dans la campagne de Jean-Philippe Vetter
Jean-Philippe Vetter lors d’une conférence de presse en juin.

En lice pour les élections municipales à Strasbourg, le candidat Les Républicains (LR) Jean-Philippe Vetter a vu le président des jeunes LR du Bas-Rhin quitter sa campagne et ses positions sur l’écologie désavouées par le nouveau président de LR, Bruno Retailleau.

Sale temps pour faire campagne. Lors de son « grand banquet républicain » au parc de Pourtalès, dimanche 6 juillet, le candidat aux élections municipales Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) a dû faire face à de soudaines trombes d’eau. Le conseiller municipal d’opposition s’est tout de même affiché tout sourire avec les soutiens de son mouvement Aimer Strasbourg, taillé sur-mesure pour les élections. Mais ce qui devait être une célébration de sa démarche d’ouverture et d’écoute s’est réduit à un appel à l’union dès le premier tour face à Jeanne Barseghian, candidate à sa réélection.

Rupture avec les Jeunes républicains

Outre ce raté, Jean-Philippe Vetter doit aussi composer avec la défection du président des Jeunes Républicains du Bas-Rhin, Yazid Knibiehly. Ce dernier a annoncé aux DNA son désengagement, critiquant des problèmes de « communication » internes. Contacté par Rue89 Strasbourg, Yazid Knibiehly doute de la sincérité des appels à l’union de Jean-Philippe Vetter :

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Arrêtée à la frontière allemande, une journaliste syrienne déshabillée et fouillée malgré ses papiers

Arrêtée à la frontière allemande, une journaliste syrienne déshabillée et fouillée malgré ses papiers
Sandra Alloush, journaliste de 37 ans, est arrivée en France en 2015.

Au matin du lundi 16 juin, la journaliste Sandra Alloush, réfugiée syrienne arrivée en France en 2015, a été arrêtée par la police allemande à la frontière entre Strasbourg et Kehl. Un épisode traumatisant dû au rétablissement des contrôles aux frontières allemandes.

« Je ne pensais pas être un jour confrontée à une telle violence. » Sandra Alloush a 37 ans, un enfant et une carrière de journaliste européenne et de militante en faveur des droits humains bien entamée. Lundi 16 juin au petit jour, elle prend le train depuis Strasbourg en direction de Berlin pour enregistrer un projet de podcast. Mais arrivée à la gare de Kehl, le convoi est stoppé. « Un policier allemand m’a demandé mes papiers, je les lui ai donnés », retrace-t-elle.

Elle lui fournit sa carte de résidente en France, qui lui sert de document d’identité. Car depuis 2023, Sandra Alloush attend patiemment le renouvellement de son passeport. « Ma carte de séjour en France est ma seule preuve d’identité, en plus du papier qui atteste que la préfecture étudie ma demande de passeport depuis deux ans », précise-t-elle. Un détail qui déplaît au policier allemand, qui lui demande de sortir du train.

Une menace à la sécurité ?

Les contrôles à toutes les frontières ont été rétablis en Allemagne pour six mois à partir de mars 2025, une disposition permise par l’Accord de Schengen qui les avaient effacés en 1985. Pour les justifier, le chancelier allemand Friedrich Merz a invoqué de « sérieuses menaces à la sécurité et à l’ordre public liées aux niveaux élevés de migration irrégulière et trafic de migrants, ainsi que la pression sur le système de demande d’asile ». Depuis mai, les officiers de police allemands peuvent refuser l’accès au territoire fédéral à certaines personnes.

Pourtant, Sandra Alloush est déjà réfugiée en France depuis près de dix ans. Elle n’effectue donc pas de « migration irrégulière » et ne présente aucun risque de demander l’asile en Allemagne. « Je lui ai expliqué que j’ai le droit de voyager dans l’espace Schengen librement. C’est d’ailleurs ce que je fais en raison de mon travail depuis des années », poursuit-elle. Mais ses arguments ne réussissent pas à convaincre le policier :

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Les votes des députés alsaciens sur la loi favorisant l’agriculture industrielle

Les votes des députés alsaciens sur la loi favorisant l’agriculture industrielle
Les députés se sont prononcés ce 8 juillet sur la loi Duplomb.

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » mardi 8 juillet. Conspuée par les écologistes qui y voient un recul majeur, elle prévoit de réautoriser un pesticide interdit, de restreindre les prérogatives de l’Office français de la biodiversité et de favoriser les fermes usines. Voici ce qu’ont voté les députés alsaciens.

Laurent Duplomb, sénateur Les Républicains de Haute-Loire, est au centre de l’attention. Cet éleveur laitier incarne un courant particulièrement conservateur et productiviste du milieu agricole. C’est sans surprise que cet ancien syndicaliste à la FNSEA, qui enchaine les contre-vérités scientifiques dans la presse, est devenu l’instigateur de la proposition de loi « Duplomb », constituant un renoncement environnemental majeur.

Cette dernière a finalement été adoptée par l’Assemblée nationale ce mardi 8 juillet, après un parcours parlementaire tumultueux. Sur les 15 députés alsaciens, 11 ont voté pour (extrême droite, droite et presque tous les centristes) et 4 ont voté contre (gauche et un député Modem). Suite à ce vote, une étudiante a déposé une pétition contre la loi Duplomb sur le site de l’Assemblée nationale. Elle a dépassé le million de signatures en quelques jours.

Aider l’agro-industrie

La loi affiche l’objectif de « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ». Le point le plus sensible du texte est la réautorisation de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes. Cette molécule était entièrement interdite en France depuis 2020 pour ses impacts vertigineux sur les écosystèmes, notamment les pollinisateurs. De premières études commencent à montrer une toxicité pour le système nerveux humain ou des liens avec certains cancers.

Cela n’a pas empêché Louise Morel, députée (Modem) de la 6e circonscription du Bas-Rhin, de voter en faveur de la loi. Elle assure que le texte a évolué depuis sa version initiale : « Il ne prévoit pas une réintroduction automatique mais un mécanisme de dérogation très encadré, qui ne pourra s’appliquer que si deux conditions strictes sont réunies : une impasse technique doit être avérée et un programme de recherches d’alternatives crédibles doit être mis en place. »

Elle ajoute que « les zones humides (menacées par la première version du texte, NDLR) ont été clairement protégées » et que « l’indépendance et les prérogatives de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses, NDLR) sont finalement respectées ».

Faciliter l’élevage intensif

La loi permet de faciliter l’agrandissement des fermes-usines en relevant les seuils à partir desquels les élevages porcins (passe de 2 000 à 3 000 cochons) et avicoles (passe de 40 000 à 85 000 poules) sont soumis à des procédures d’évaluation environnementale. Le texte qualifie enfin les mégabassines, ces gigantesques réserves d’eau pour l’agro-industrie, « d’intérêt général majeur ».

« Une des causes du malaise des agriculteurs réside dans les contraintes plus lourdes qu’on leur impose en France par rapport à leurs voisins européens », explique Françoise Buffet, députée de la 4e circonscription du Bas-Rhin, reprenant les arguments préparés par la FNSEA, premier syndicat agricole connu pour ses positions productivistes : « Il est temps de leur faire confiance : ce sont eux les premiers exposés aux produits qu’ils utilisent, et la préservation de l’environnement, leur outil de travail, est dans leur propre intérêt. »

La Confédération paysanne, syndicat agricole écologiste, dénonce de son côté un texte conçu pour une minorité de producteurs. Par exemple, seul 3% des élevages seront concernés par l’élévation des seuils, comme il s’agit de ceux qui sont soumis au régime des installations classées, soit de très grosses exploitations.

Des scientifiques, de nombreuses associations citoyennes, les partis de gauche et même une partie des membres de la majorité présidentielle alertent sur un recul face aux enjeux environnementaux, avec de fortes conséquences sur la santé publique et les écosystèmes.

« 83% des Français opposés au retour des néonicotinoïdes »

« Ce texte qui prétend répondre à la crise agricole ne fait que valider un modèle qui met les agriculteurs en danger », estime Sandra Regol, député Les Écologistes de la 1ère circonscription du Bas-Rhin. Issue d’une famille de paysans, elle a voté contre cette loi qui « enferme les exploitants dans la dépendance aux pesticides, sans répondre aux enjeux de revenus ou de lutte contre la concurrence déloyale » :

« Ces néonicotinoïdes ultra-toxiques provoquent des cancers, la maladie de Parkinson, des troubles de la fertilité… Les députés qui voteront ce texte aujourd’hui feront le choix de défendre les lobbies de l’agrochimie au détriment des Français, qui sont à 83% opposés au retour des néonicotinoïdes. »

Même décision pour le député La France insoumise de la 2e circonscription du Bas-Rhin Emmanuel Fernandes. Il évoque « un texte dicté sous la pression des lobbys agricoles les plus productivistes, incarnés par la FNSEA, au détriment d’une agriculture durable et de l’intérêt général ».

Plus étonnant, Hubert Ott, député Modem de la 2e circonscription du Haut-Rhin, a également voté contre ce texte. « Je suis député d’un territoire profondément agricole et viticole. Ici, personne ne joue à faire semblant », commence t-il :

« Cette loi ne répond pas à l’essentiel, elle ne fait que renforcer la défiance là où nous devrions reconstruire un lien de confiance. Je suis de ceux qui sont convaincus que l’agriculture et l’environnement sont compatibles. Je n’ai pas voté ce texte de circonstance, qui passe à côté des urgences du monde agricole. Il n’y a pas un mot sur les revenus. »

Une association célèbre 50 années de soutien aux femmes victimes de violences conjugales

Une association célèbre 50 années de soutien aux femmes victimes de violences conjugales
Solidarité Femmes 67 aide des femmes à poser qu’elles sont en situation de violences conjugales.

Depuis 1975, l’association Solidarité Femmes 67 accueille, écoute, et héberge les femmes victimes de violences domestiques. Un travail d’accompagnement sur le temps long, qui doit composer avec la saturation des services sociaux et l’imprévisibilité des financements.

Ce vendredi après-midi de juin, Naïma (prénom modifié) est de passage au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) Flora Tristan pour payer son loyer. Un sourire illumine son visage lorsqu’elle salue les travailleuses sociales de permanence ce jour-là. « C’est grâce à cette association que je trouve la force de me lever le matin », explique-t-elle avant de raconter son histoire.

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Festival Les IRÉductibles : Six jours pour penser les luttes à Meisenthal

Festival Les IRÉductibles : Six jours pour penser les luttes à Meisenthal
Atelier à Artopie en 2023, à Meisenthal.

Du 9 au 14 juillet, le tiers-lieu militant et culturel Artopie à Meisenthal organise un festival appelé Les IRÉductibles autour de thématiques liées aux luttes rurales et urbaines.

Pendant six jours, Artopie, l’association Les P’tites gouttes et Extinction Rébellion Strasbourg organisent le festival Les IRÉductibles à Meisenthal. Du 9 au 14 juillet, le programme des « intenses réflexions engagées » propose des formations, des rencontres, des ateliers, des spectacles et des concerts autour des luttes rurales et urbaines.

Le premier jour, mercredi 9 juillet, est consacré à la formation des bénévoles. Le 10, le festival commencera avec une conférence gesticulée intitulée « Tout dévalider » par Pierre Vatel. Il se poursuivra avec un atelier d’éducation populaire autour de la question « Les chef·fes : comment s’en débarasser », par Sacha Maille.

Les autres thèmes abordés lors d’ateliers, lectures, conférences ou rencontres sont les suivants : « Mécanique du privilège blanc », « Technocentre », « Point sur la situation en Kanaky », « L’accaparement des terres », « Algorythme : enjeux d’aujourd’hui et demain », « Autodéfense juridique » ou encore « Numérique : dégooglisation et sécurité », un atelier animé par l’association strasbourgeoise Hackstub.

DJ sets et ateliers

Les 10 et 13 juillet, les journées se termineront par des DJ sets dès 21h. Le 11 juillet, elle se conclura par une grande course d’orientation nocturne, prévue à partir de 22h30. Le 12 juillet, les collectifs incitent à se rendre à la soirée Domino Fescht à Lemberg, qui fait jouer des groupes de rock sur la place du village à partir de 20h.

Le 14 juillet, Artopie invite les volontaires à participer au démontage du festival. Tout au long des six jours, d’autres ateliers, pour les adultes et les enfants, se dérouleront sur place – podcast, atelier badge, balades… Les participantes et participants sont invités à proposer des activités, rassemblées dans un tableau consultable à l’accueil.

Pour se rendre à Artopie en transports en commun, il faut prendre le train jusqu’à Wingen-sur-Moder. Le festival est à prix libre et il est possible de dormir sous une tente installée à proximité. Les organisateurs et organisatrices conseillent d’emmener de l’argent liquide pour payer les repas et boissons.

À Strasbourg, les étudiants étrangers précarisés par des frais d’inscription exorbitants

À Strasbourg, les étudiants étrangers précarisés par des frais d’inscription exorbitants
La faculté de droit, sur le campus de l’Esplanade à Strasbourg.

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« On va de l’avant » : le centre socio-culturel de l’Elsau rouvre ses portes

« On va de l’avant » : le centre socio-culturel de l’Elsau rouvre ses portes
La façade du centre socio-culturel de l’Elsau

Après deux audits, un signalement au procureur et une liquidation judiciaire en mars, le centre socio-culturel de l’Elsau a rouvert ses portes ce lundi 7 juillet.

Lundi 7 juillet, le centre socio-culturel de l’Elsau rouvre ses portes. À l’issue d’une saga judiciaire de plus de deux ans, il a changé de gestionnaire et proposera des activités aux enfants tout l’été 2025.

En mars 2023, Rue89 Strasbourg avait révélé les dérives du centre social et culturel (CSC) de l’Elsau. Conflits d’intérêts, organisation floue, dépenses intraçables… Les partenaires financiers de cette structure essentielle dans le quartier populaire de l’ouest de Strasbourg finissent par signaler la gestion du CSC au procureur de la République de Strasbourg en mai 2024. Puis en mars 2025, quatre financeurs publics du centre refusent de maintenir les subventions de l’association gestionnaire, qui est contrainte de demander sa liquidation judiciaire. Celle-ci est prononcée le 11 mars 2025.

Mais la page est définitivement tournée pour Brahim Mahi, nouveau chef de projet du CSC. Il vient d’être embauché par la Ville avec deux agents d’accueils, Judith NGaka et Ouahide Kharmaz, pour gérer le centre pendant trois ans. « On va de l’avant, on va de l’avant et on va de l’avant », répète-t-il, tout en expliquant ne pas vouloir se comparer à l’ancienne équipe du centre. Pour le moment, la Ville de Strasbourg finance seule le fonctionnement du CSC.

De nouveaux partenariats

Le rôle de Brahim Mahi est de repenser les partenariats du centre pour que d’ici trois ans, il soit à nouveau géré par une association locale, et non par la Ville. « Jeudi 3 juillet, nous avons fait une pré-ouverture du centre pour rencontrer les associations du quartier », explique Ouahide Kharmaz. Parmi les associations rencontrées, il cite Dacip, qui doit aider à la création d’un espace d’insertion professionnelle, mais aussi le P’tit Labo, qui gère déjà un tiers-lieu à l’Elsau, le club Boxe Française Savate (BFS) « et une dizaine d’autres » :

« Je sors tout juste d’une réunion avec 12:21, une compagnie (de théâtre et de danse, NDLR) qui va créer une résidence artistique de 24 mois à l’Elsau. »

Par et pour les habitants

Les premières portes ouvertes du CSC ont eu lieu vendredi 4 juillet. Une réouverture attendue par les habitants du quartier, très concernés par les problèmes de gestion du centre et son futur. L’ambiance est resté légère, selon Ouahid Kharmaz : food truck, animations organisées par l’association Arachnima et la Ville de Strasbourg, stands d’associations du quartier et musique… « On a eu d’excellents retours des habitants du quartier, avec lesquels on a pu se poser et discuter », conclut Brahim Mahi.

Cette nouvelle prise de contact avec les habitants d’Elsau est cruciale pour Brahim Mahi : « Tout ce que l’on fait, on veut que ce soit fait par les habitants, pour les habitants. » Lundi 7 juillet au matin, le centre de loisirs pour les 6-11 ans du CSC a pu rouvrir. Sur les 24 places, 15 ont été prises « et nous sommes en train de valider de nouvelles inscriptions », ajoute Brahim Mahi.

Lettre aux députés : « Ne votez pas cette loi toxique pour la santé et l’environnement »

Lettre aux députés : « Ne votez pas cette loi toxique pour la santé et l’environnement »
Les députés risquent de voter en faveur d’un grand recul environnemental sur les pesticides.

Des associations adressent une lettre ouverte aux députés alsaciens pour leur demander de voter contre la loi Duplomb. Débattue ce 8 juillet à l’Assemblée, elle prévoit notamment de ré-autoriser des pesticides interdits et de faciliter l’élevage intensif.

Mesdames, Messieurs les Députés,

Alors que notre pays traverse l’une des vagues de chaleur les plus intenses de son histoire, les signaux d’alerte environnementaux se multiplient. Nous avons franchi 7 des 9 limites planétaires. En France, un tiers des captages d’eau potable ont été fermés en 30 ans à cause de pollutions chimiques. L’air que nous respirons rend malade, les pollinisateurs disparaissent avec la biodiversité, mettant en péril 84% des cultures dépendantes de la pollinisation.

Dans ce contexte critique, vous serez amenés à vous prononcer ce 8 juillet sur la « Loi Duplomb », adoptée en commission mixte paritaire (CMP) le 30 juin. Ce texte, sous couvert de simplification, fragilise encore davantage les garde-fous environnementaux. Dimanche dernier, des citoyennes et citoyens ont manifesté à Strasbourg et à Colmar pour demander l’abandon de ce projet. Leur message est clair : oui, le monde agricole a besoin de soutien, mais non, cela ne peut se faire au détriment de notre santé, de notre eau, de notre avenir.

Assouplissement des règles pour les élevages industriels

Réclamer le retour de pesticides interdits, comme les néonicotinoïdes, revient à nier des décennies de recherches scientifiques sur leur toxicité. Ces substances, interdites depuis 2016, sont destructrices pour les abeilles et les écosystèmes, et néfastes pour la santé humaine. Leur réintroduction serait un non-sens éthique et écologique, d’autant que 83% des Français y sont opposés (selon un sondage IFOP commandé par Générations Futures, NDLR). La filière apicole, confrontée à d’autres difficultés, ne s’en relèverait pas. 

Le texte issu de la CMP va à contresens du dialogue. Il est imposé sans débat parlementaire. Il renforce le poids des syndicats agricoles dominants au détriment des autres parties prenantes. Il prévoit notamment :

    La modification des équilibres dans les comités de bassin (instances de concertation qui élaborent les politiques de gestion de l’eau, NDLR), portant à 30 % les acteurs économiques (agriculture, industriels) au détriment des acteurs dits « non économiques » que sont les consommateurs et les associations, qui ne représenteraient alors plus que 10 % des représentants.  
    La reconnaissance d’un « intérêt général » aux projets de prélèvements agricoles ou d’ouvrages hydrauliques contestés. 
    L’assouplissement des règles pour les élevages industriels, en contournant l’avis des citoyens, alors que 84% des Français sont opposés à l’élevage intensif (d’après un sondage IFOP demandé par 30 millions d’amis).
    Et des remises en cause du rôle des agences d’État dans la protection de l’environnement.

Construire un autre modèle, avec les associations

Vous êtes attachés, comme nous, à l’Alsace, à la qualité de son eau potable (menacée notamment par Stocamine, les Polluants éternels, etc.), à la préservation de ses paysages et de ses milieux naturels. L’agriculture façonne nos territoires ; ses choix nous engagent collectivement. Mais ces choix doivent être débattus, co-construits, et non imposés.

Nous vous demandons solennellement de ne pas voter cette proposition de loi. Ce rejet ne doit pas clore le débat, mais au contraire ouvrir un véritable chantier de concertation : celui d’un modèle agricole viable, juste, et respectueux de la santé humaine comme de la planète. Il est temps de sortir de la logique d’opposition pour construire ensemble des solutions durables. 

Avec toute notre considération, 

Alsace Nature
Ligue pour la Protection des Oiseaux Alsace
Fédération des Syndicats des Apiculteurs du Bas-Rhin
Union Nationale de l’Apiculture Française

« Ligne rouge pour Gaza » mardi 8 juillet à Strasbourg

« Ligne rouge pour Gaza » mardi 8 juillet à Strasbourg
Manifestation en soutien à la Palestine le 16 décembre 2023 à Strasbourg

Le Collectif Palestine participe à une opération nationale appelée « Ligne rouge pour Gaza » et appelle à manifester mardi 8 juillet à Strasbourg.

Plusieurs organisations, dont la Ligue des droits de l’Homme et Amnesty international, organisent en France la « Ligne rouge pour Gaza » mardi 8 juillet. L’objectif est de créer une chaîne de personnes vêtues de rouge afin d’envoyer un « signal visuel et moral fort contre le génocide à Gaza, contre la violence continue envers les civils, contre la famine mais aussi contre l’attitude des gouvernements européens qui détournent le regard » de ce qu’il se passe à Gaza.

À Strasbourg, la « Ligne rouge pour Gaza » est portée par le Collectif Palestine et doit partir de la place de la Gare à 18h, pour se rendre quai des Bateliers par la Grand’rue et la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons. Les consignes aux manifestants sont de « porter un haut rouge » et de n’amener aucune drapeau d’organisation ou de parti politique.

Sur le terrain, les bombardements contre les Gazaouis n’ont pas cessé, alors qu’une famine se développe dans l’enclave côtière palestinienne soumise à un blocus de la part d’Israël. L’armée israélienne a confié la distribution de nourriture à une milice palestinienne, tandis que les soldats tirent indistinctement sur les foules qui viennent chercher à manger.

Une Maison de la santé mentale pour changer de regard sur les troubles psy

Une Maison de la santé mentale pour changer de regard sur les troubles psy
Marie Agnès et Millie Reading sont à l’origine de l’idée de création de la maison de la santé mentale à Strasbourg

Une Maison de la santé mentale a ouvert ses portes dans le quartier des Halles à Strasbourg. Ce lieu a vocation à accueillir toutes les personnes désireuses de s’informer et d’échanger sur les troubles psychiques.

« La santé mentale c’est un mot à la mode en ce moment, mais cet endroit, c’est l’aboutissement de notre rêve avec ma mère » sourit Millie Reading, 36 ans, autrice et réalisatrice de vidéos de sensibilisation à la bipolarité sur Youtube. Aux côtés de sa mère Marie Agnès, 66 ans, elles regardent avec fierté le panneau de la devanture de la nouvelle Maison de la santé mentale de l’Eurométropole de Strasbourg.

Le logo et le panneau de devanture de la maison de la santé mentale de Strasbourg.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg

Toutes les deux vivent avec un trouble bipolaire et sont à l’origine de la création de ce nouveau lieu, dédié à la sensibilisation, la prévention et l’accompagnement sur les questions des troubles psychiques :

« En 2018, aucune association, personne ne parlait de santé mentale hors du secteur médical. Millie s’est plainte de ne pas trouver de lieu convivial, vivant où l’on pouvait échanger librement sur les troubles psychiques sans être jugée. C’est à partir de là que l’on a eu l’idée et la volonté de créer cet endroit. »

Projet porté par l’Eurométropole de Strasbourg et de nombreux organismes locaux et nationaux, l’idée de Millie Reading s’est concrétisée au 4 rue des Bonnes-Gens à Strasbourg, et inaugurée jeudi 3 juillet en présence de Jeanne Barseghian, maire (Les Écologistes) de Strasbourg :

« La santé mentale est la grande cause nationale de 2025. Ce projet a été élaboré avec les premiers concernés, les personnes vivant avec des troubles psychiques. Cette Maison de la santé mentale, la première en France, a pour vocation de devenir un lieu pour changer les regards de la société sur la santé mentale. »

Dans la rue des Bonnes-Gens, le nouveau logo de la Maison de la santé mentale a déjà été installé.

Un lieu géré par une vingtaine d’associations

Avant d’être un lieu, la Maison de la santé mentale est une association créée en 2021. Présidée par Martine Anstett, elle espère que ce lieu va permettre « de soigner les gens, hors du secteur médical » :

« Le système médical français n’est pas assez adapté aux questions de santé mentale. Lorsque les gens ne peuvent pas payer une consultation, il faut aller à l’hôpital avec parfois plusieurs mois d’attente pour avoir un rendez-vous. En attendant, que font ces personnes ? La Maison de la santé mentale peut avoir ce rôle d’accompagnement en attendant une prise en charge médicale. »

Martine Anstett, présidente de la maison de la santé mentale de Strasbourg.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg

Au total, près d’une vingtaine d’associations bas-rhinoises se relaieront pour tenir des permanences, organiser des ateliers de théâtre, des cafés psy, des forums, des conférences et de nombreuses autres activités en lien avec la santé mentale. « Cet endroit sera ouvert vers le monde, vers l’extérieur. C’est un lieu pour toutes et tous. Il faut que la sensibilisation aille au-delà des personnes concernées par des troubles psy » espère Millie Reading.

Un projet financé par de nombreux acteurs et collectivités

L’État a soutenu le projet de création de la Maison de la santé mentale « à hauteur de 18 000€ via l’Agence régionale de santé du Grand Est » précise, dans une vidéo, Yannick Neuder, ministre en charge de la santé et de l’accès au soin. L’Eurométropole de Strasbourg a contribué à hauteur de 50 000€ pour la réalisation du projet, tout comme le régime local Alsace-Moselle de la Sécurité sociale. La Maison de la santé mentale a également reçu 45 000€ de la Fondation de France.

Les porteurs de l’association de la Maison de la santé mentale planchent déjà sur la suite, peut-être la création d’une « université populaire de la santé mentale » avec toujours l’ambition de décloisonner le domaine.

Au collège international de l’Esplanade, des groupes de niveaux qui fonctionnent

Au collège international de l’Esplanade, des groupes de niveaux qui fonctionnent
Des élèves au collège international de l’Esplanade.

Mesure phare du « choc des savoirs » voulu par le gouvernement en 2023, des groupes de niveaux en français et en mathématiques ont été mis en place au collège de l’Esplanade. Après une année scolaire, les enseignants témoignent de résultats positifs sur les élèves en difficulté.

En décembre 2023, Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation, annonce la création de classes de niveaux différenciés en math et en français pour les élèves de collèges. Cette nouvelle réforme appelée « choc des savoirs » est, dès son annonce, très vivement contestée par les syndicats qui y voient l’abandon d’une même ambition pour tous les élèves.

Lors de sa mise en place à la rentrée 2024, la réforme ne fait plus référence à des « groupes de niveaux » mais à des « groupes de besoins ». Il s’agit donc de porter une attention particulière non pas sur les résultats des élèves, mais sur leurs besoins en termes d’apprentissage. Un changement sémantique qui a permis aux établissements d’adapter le dispositif et les a laissés relativement libres dans sa mise en œuvre. 

« Au moment de l’annonce, j’étais persuadée que c’était une très mauvaise idée de mettre ensemble des élèves en difficulté », explique Laëtitia. Comme nombre de ses collègues, la professeure de français au collège international de l’Esplanade craignait que cela ne tire les jeunes vers le bas. « À la rentrée, quand j’ai su que j’étais en charge du groupe des cinquièmes en difficulté, je me suis demandé si j’étais suffisamment préparée pour ça. » Alors que l’année scolaire se termine, l’enseignante tire un bilan « très positif » de l’expérience. « On a pu proposer un accompagnement plus personnalisé aux élèves et se mettre à leur rythme. »

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#collège international de l'Esplanade

À Strasbourg, d’anciens détenus dénoncent une prison insalubre où l’on meurt

À Strasbourg, d’anciens détenus dénoncent une prison insalubre où l’on meurt
Une cinquantaine de personnes ont répondu présentes à l’appel des prisonniers pour des conditions de détention dignes.

Une cinquantaine de personnes ont manifesté devant la maison d’arrêt de Strasbourg samedi 5 juillet. Parmi elles, plusieurs anciens détenus décrivent une prison insalubre où les morts se succèdent.

« Solidarité, avec les prisonniers ! » Une cinquantaine de personnes ont donné de la voix samedi 5 juillet en début d’après-midi. Empêchés d’approcher l’entrée de la maison d’arrêt de Strasbourg, manifestants et manifestantes ont fini par crier pour tenter de se faire entendre des détenus à une centaine de mètres. Le rassemblement a eu lieu à l’appel de plusieurs prisonniers strasbourgeois suite au décès de Serge Meckes dans sa cellule. Plusieurs membres d’organisations de gauche ont répondu présents, comme la CNT, les syndicats Solidaires Alsace et FSE ou encore l’Action antifasciste. Le député insoumis Emmanuel Fernandes était aussi venu grossir les maigres rangs de la manifestation.

« Tout ce que j’attends maintenant, c’est la vérité sur les circonstances de la mort de Serge. »

Lucien, neveu de Serge Meckes

Neveu du défunt, Lucien Meckes a tenu à rendre hommage à Serge Meckes. Il est aussi venu exprimer son incompréhension :

« Tout ce que j’attends, c’est la vérité sur les circonstances de sa mort. Pourquoi est-ce qu’on a laissé un aveugle seul en cellule ? Combien de temps les surveillants ont mis pour intervenir après le début de l’incendie ? J’ai lu avant d’arriver qu’il y a des centaines de morts chaque année dans les prisons françaises. Pour moi, ce qui est arrivé à Serge aurait pu être évité. J’ai l’impression qu’à cause du manque de personnel, les prisons sont mal gérées. »

Des morts en série

Aux côtés de Lucien, Mehdi se tient aussi sur ce bout de trottoir en solidarité avec la famille Meckes. Devant la prison qu’il a connue entre 2005 et 2006, il se souvient des décès qui ont eu lieu pendant sa détention à Strasbourg :

« Quand j’étais à l’Elsau, il y a eu trois morts. Deux s’étaient pendus. Et pour le troisième, c’était déjà un décès dans l’incendie d’une cellule. Alors 20 ans plus tard je me demande : comment est-ce possible qu’on n’arrive pas à ouvrir assez vite une cellule en feu dans une prison ? Il n’y a pas de surveillants qui font des rondes ? Il n’y a pas de détenus qui crient et tapent sur la porte pour alerter ? »

Appel au contrôleur général des prisons

Après avoir garé sa voiture devant la prison, Tourpal (le prénom a été modifié) place un carton qu’il a peint aux couleurs du drapeau français. Ancien détenu à la maison d’arrêt de Strasbourg, il a inscrit au marqueur noir les revendications de ses anciens camarades de détention (à retrouver au bas de cet article). Et des questions qui naissent de la mort de Serge Meckes :

« Il y a quelques jours, un mort, brûlé dans sa cellule à Strasbourg. Un prisonnier reste un être humain, même s’il purge sa peine. Où sont les droits de l’Homme ? Où est le contrôle général des lieux de privation de liberté ? »

Les revendications n’ont pas manqué d’en appeler aux valeurs de la République française.

Une prison insalubre

Samir, 21 ans, n’a pas connu la détention. Il s’est rendu à la manifestation car il connaît la réalité de la prison strasbourgeoise à travers les témoignages d’amis incarcérés : « Ils m’ont surtout raconté l’insalubrité, les punaises de lit, les cafards, les moisissures dans les douches, les câbles électriques dénudés… » Il n’est pas le seul à relayer la colère des détenus musulmans face à l’absence de viande halal dans les denrées à cantiner : « Ce n’est pas possible de priver les musulmans de viande. Certains en viennent à se faire livrer de la viande par drone ! »

Un peu en retrait, vêtu d’un maillot de l’Olympique de Marseille et d’une casquette Tn sur la tête, André se souvient de sa détention il y a vingt ans. Il sait que les conditions de vie dans la prison se sont durcies ces dernières années. Par un cousin incarcéré, il sait que la promenade n’a lieu plus qu’une fois par jour contre deux avant la pandémie de covid : « Si t’as pas le mental, quand tu passes ta journée à deux dans neuf mètres carrés, c’est le genre de truc qui peut te faire craquer… » Quand on l’interroge sur sa priorité pour améliorer les conditions de détention, André répond sans l’ombre d’un doute : « Rénover la prison, voire même la raser pour la reconstruire… »

« ZFE : la santé des plus fragiles mérite mieux que des calculs politiciens »

« ZFE : la santé des plus fragiles mérite mieux que des calculs politiciens »
A l’entrée de Strasbourg, des panneaux annoncent la Zone à Faibles Émissions.

Dans cette tribune, trois médecins et élus de la majorité écologiste de la Ville de Strasbourg dénoncent la suppression des Zones à Faibles Émissions. Ils décrivent les ZFE comme un outil au service de la santé des précaires, premières victimes de la pollution de l’air.

Alors qu’une vague de chaleur historique s’abat depuis plusieurs jours sur la France, il nous paraît nécessaire, élus et médecins, de revenir sur les choix politiques qui mettent notre santé, et nos écosystèmes en péril. Les habitant·es de l’Eurométropole suffoquent, subissent un nouveau pic d’ozone pendant que le gouvernement enchaîne les défaites en matière d’environnement et de santé publique, aggravant les risques que se multiplient ces épisodes dans les prochaines années. On ne peut alors détourner les yeux d’un des secteurs les plus émetteurs de CO2 et de polluants : le transport routier. Comment, alors, ne pas revenir sur la suppression des ZFE, à contretemps des enjeux du siècle et de l’actualité ?

« La suppression des ZFE est une défaite pour les plus modestes, abandonnés à une pollution quotidienne, invisible et meurtrière. »

Trois médecins et élus strasbourgeois de la majorité écologiste

Il y a quelques jours, les députés ont voté la suppression pure et simple des ZFE, sans aucune alternative, sans plan pour améliorer la santé des plus exposés, sans vision pour la transition écologique des mobilités. Comme si, par enchantement, la pollution de l’air et le réchauffement climatique avaient disparu. Ce recul brutal, habillé de préoccupations sociales, est en réalité une démission politique. Il prive la France de leviers essentiels dans la lutte contre la pollution de l’air (responsable de 40 000 décès prématurés chaque année et d’un coût économique considérable estimé à plusieurs milliards d’euros) et menace l’accès à des financements européens majeurs pourtant destinés à soutenir les collectivités et les ménages dans cette transition.

Ce vote n’est pas une victoire populaire, comme certains souhaiteraient en faire le récit. C’est une défaite pour les plus modestes, abandonnés à une pollution quotidienne, invisible et meurtrière ; une défaite pour les personnes éloignées des transports collectifs sans alternative et sans aide, une défaite pour les 15 millions de Français souffrant de précarité dans leur mobilité.

La ZFE pour réduire les inégalités de santé

La Zone à Faibles Émissions (ZFE) de l’Eurométropole de Strasbourg a été déployée pour soutenir les ménages les plus fragiles en réduisant la pollution à laquelle ils sont exposés et en facilitant leurs déplacements grâce à la « révolution des mobilités ». Nous, élu·es et médecins, avons toujours voulu conjuguer ZFE et renforcement des alternatives individuelles et collectives pour une mobilité moins polluante, plus adaptée au dérèglement climatique, plus accessibles aux plus modestes, réduisant les inégalités sociales et de santé.

À Strasbourg, les ménages précaires sont ceux que la ZFE protège et accompagne en priorité. Car ce sont eux qui vivent à proximité immédiate des axes les plus pollués faute de moyen pour s’en éloigner. Eux qui n’ont que peu ou pas de véhicule (près d’une famille modeste sur deux à Strasbourg n’a pas de véhicule), et pour qui l’achat, l’entretien et l’assurance d’une voiture représentent une charge disproportionnée dans leur budget (entre 3500 et 5000 euros par an). Eux encore qui, faute d’un système de santé accessible et de prévention suffisante, sont plus fragiles face à la pollution. Faut-il rappeler que la pollution de l’air est un désastre sanitaire, responsable annuellement de 15 à 20 % des nouveaux cas d’asthme chez l’enfant et l’adulte, de 4 100 nouveaux cas de cancer du poumon et de 14 000 nouveaux cas de diabète de type 2 ?

Ceux qui polluent le moins sont ceux qui paient le plus lourd tribut, contribuant ainsi à aggraver les inégalités de santé qui sont, en France, parmi les plus fortes d’Europe, et dans l’Eurométropole, parmi les plus fortes de France. Ce que, par la ZFE, nous souhaitons réduire.

Et les résultats sont là : la qualité de l’air s’améliore de manière significative, notamment autour des quartiers et des axes les plus exposés (-42% de NO2 entre 2021 et 2024). Ce n’est pas un hasard : en réduisant le trafic des véhicules les plus polluants, la ZFE agit concrètement sur la pollution.

Une « révolution des mobilités » comme outil de justice sociale

Dans l’Eurométropole, plus de 6 000 ménages modestes ont bénéficié d’aides financières pour remplacer leur véhicule. Y compris pour l’achat de voitures d’occasion plus propres, loin des caricatures sur le « véhicule électrique neuf à 35 000 euros ».

Accompagner celles et ceux qui ne peuvent se passer de véhicule est un enjeu de taille, qui se couple avec celui de proposer des alternatives à l’usage de la voiture : nouvelles lignes de bus structurantes comme la C8 vers le Neuhof, gratuité des transports en commun pour les moins de 18 ans, REME, transport à la demande, covoiturage rémunéré, etc. Autant de projets concrets qui permettent à tous les habitant·es de retrouver une mobilité choisie, moins coûteuse et moins polluante et de réduire la précarité de mobilité des plus modestes.

Dans l’Eurométropole, un accompagnement personnalisé a été mis en place, avec l’Agence du Climat et d’autres partenaires pour assurer contacts, explications et permanences dans les quartiers. C’est un effort sans précédent pour aller vers les publics concernés. Cet accompagnement n’est pas le fruit du hasard. Face à une urgence sanitaire, il est le résultat de choix politiques forts portés par des élus locaux engagés et responsables.

Abandonner les ZFE aujourd’hui, c’est renoncer à protéger les enfants qui grandissent au bord des routes, les seniors aux bronches fragiles, les familles dont la précarité se double d’une dépendance subie à une voiture polluante. Nous refusons une inaction mortifère. Là est l’écologie punitive. Celle qui ne fait rien quand la pollution tue et que le climat s’emballe. Quelle est l’alternative proposée par les opposants aux ZFE ? Assument-ils la responsabilité des dégâts sanitaires ?

Améliorons le dispositif, ne laissons pas tomber les habitant·es

En tant qu’élu·es et médecins, nous contribuons avec responsabilité à cette politique volontariste de droit à la mobilité et à la santé : la réduction des inégalités sociales et de santé a toujours motivé nos engagements.

Oui, les ZFE sont des dispositifs qui doivent être améliorés. La cabale médiatique qui a entraîné leur disparition a été faite de beaucoup de désinformations, voire de mensonges, mais de vraies questions sont à se poser. Et nous ne pouvons agir seul·es. L’État doit s’engager auprès des collectivités pour renforcer les dispositifs d’aide, accélérer les alternatives, dans une logique de solidarité et de justice sociale. Il n’a pas été à la hauteur, sans portage politique et sans accompagnement financier du déploiement du dispositif.

Face aux urgences sociales, sanitaires et climatiques, il n’y a pas de place pour les petits calculs politiciens. La santé des plus fragiles mérite mieux. Elle mérite une politique courageuse que nous devons collectivement contribuer à renforcer. À celles et ceux qui critiquent les ZFE : rejoignez-nous, demandons ensemble davantage de mesures pour améliorer le dispositif, pour aller plus loin et plus vite.

Ce que le débat national a ignoré, c’est que la justice sociale et de santé commence par la justice environnementale.

Françoise Schaetzel, conseillère municipale et vice-présidente de l’Eurométropole chargée de la qualité de l’air, médecin de santé publique

Syamak Agha Babaei, premier adjoint à la Maire de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole chargé du budget et des finances, médecin urgentiste

Alexandre Feltz, adjoint à la Maire chargé de la santé publique et environnementale et conseiller eurométropolitain, médecin généraliste

À Strasbourg, La Poste ferme deux bureaux et ajoute des points relais

À Strasbourg, La Poste ferme deux bureaux et ajoute des points relais
L’entrée du bureau de poste de la Place des Halles.

La Poste a supprimé deux bureaux à Strasbourg, aux Halles et à la gare et ajouté neuf « points relais » dans des commerces. L’entreprise justifie ce redéploiement par une baisse de la fréquentation et des demandes d’horaires d’ouverture plus étendus de la part de la clientèle.

« Nos clients nous demandent d’être plus souvent ouverts », assure Hélène Favre-Monnet, responsable du maillage territorial de La Poste. Mais ces clients sont de moins en moins nombreux. « Les bureaux de Strasbourg ont vu leur fréquentation baisser de moitié en 10 ans », au gré de la baisse du trafic des lettres postales de 18 à 6 milliards de plis de 2018 à 2023, assure la dirigeante. « Nous devons nous adapter », conclut-elle.

Plus de Poste au quartier Laiterie

Depuis le 1er juillet 2025, le bureau qui était installé à l’intérieur du centre commercial Place des Halles est fermé. « Les contraintes horaires et logistiques imposées par le centre commercial ne permettaient plus de poursuivre l’activité », précise Hélène Favre-Monnet. « En outre, notre bureau-cathédrale rue du 22-Novembre n’est qu’à 500 mètres et il est ouvert en continu de 9h à 18h. » Les boites de retraits pour de petits colis sont cependant conservées.

Le bureau qui était au 26 rue d’Obernai, a aussi été fermé. « Il n’était pas possible d’étendre ses horaires », a détaillé Hélène Favre-Monnet. Ce bureau était notamment fréquenté par de nombreuses personnes précaires du quartier Laiterie et alentours qui utilisaient surtout les services bancaires de La Poste. Le quartier Gare n’a plus de bureau de poste. « Nous avons mis en place un dispositif d’accompagnement de six médiateurs, pointe Hélène Favre-Monnet, présents dans les bureaux notamment pendant les périodes de prestations sociales. » Mais le bureau de rue du 22-Novembre est 800 mètres plus loin.

Sept nouveaux points relais en 2025

Plutôt que les bureaux, La Poste préfère évoquer désormais son « réseau », étoffé notamment par la présence de « points-relais ». Dans ces commerces, 90% des opérations postales peuvent être effectuées, expéditions et réception de lettres et de colis, ainsi que des dépôts et des retraits d’argent.

L’avantage aux yeux de La Poste est que ces commerces, principalement des tabacs, des stations services (voir ci-dessous), sont ouverts en continu et parfois en soirée… En contrepartie, les commerçants reçoivent de 4 à 15% de commissions sur les produits postaux qu’ils vendent. La Poste ne répond pas aux questions de respect de la confidentialité et de l’éthique que posent la multiplication des opérations postales dans un commerce de proximité et se borne à évoquer que 87% de ses clients se déclarent satisfaits du service apporté par les points-relais.

Dans les Dernières nouvelles d’Alsace, Benjamin Soulet, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de l’équité territoriale, remarque que La Poste a fermé huit bureaux en huit ans dans la ville et qu’il a fallu se battre pour préserver les bureaux présents dans les quartiers prioritaires, notamment à l’Elsau.