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Pressés de se délester du sapin qui, dépouillé de sa parure, éparpille ses aiguilles à travers le salon ? A Strasbourg, il est nécessaire de l’emmener à la déchetterie de Koenigshoffen. S’il est tentant de l’abandonner discrètement sur le trottoir, il est interdit de jeter son sapin sur la voie publique, sous peine d’une amende de 150 euros. Et les éboueurs ne les ramasseront pas, assure le service de collecte des déchets de la Ville. Alors comment faire quand on n’a pas de voiture ?
Samedi 9 janvier, l’association STRA.CE organise une collecte place Broglie, où ceux qui y auront traîné leur roi des forêts se verront récompensés par un verre de vin chaud et quelques gourmandises. Après collecte, les arbres seront rassemblés, recyclés et compostés. Des fonds seront également levés ce samedi en faveur de la maison de retraite Saint-Arbogast.
Le même jour, une autre collecte aura lieu rue de l’Yser près de la Cité Rotterdam, ainsi qu’à la ferme de la Ganzau au Neuhof et sur la place de Marché au Neudorf. Du côté du quartier Esplanade, en revanche, il faudra patienter jusqu’au 14 janvier pour dire adieu à son sapin en toute légalité.
Pour les plus enthousiastes, il reste la méthode Cyril Charpentier. Ce trentenaire Strasbourgeois a lancé il y a 3 ans une initiative sportive qui permet d’éliminer les excès de dinde : attacher le sapin à son vélo et le tracter jusqu’à la déchetterie. S’il avoue l’avoir fait principalement pour ne pas salir sa voiture la première fois, il y a pris goût. Posant tout sourire sur son vélo, il a lancé le mot-dièse #bikeUrXmasTree sur Twitter pour inciter les autres à l’imiter.
Cette année avec @CarpentierCyril on apporte son sapin à la déchetterie. #bikeUrXmasTree Meilleurs voeux à tous ! pic.twitter.com/V7HcQcMlTJ
— __benroy__ (@__benroy__) January 1, 2016
Pendant toute la période du marché de Noël, au moins douze autorisations de vente de sapins sur le domaine public ont été accordées, pour des loyers de 16 à 22 euros le mètre carré. Avec des stands implantés dans chaque recoin du centre-ville, il était aussi facile de se procurer un sapin qu’un verre de vin chaud. Cependant, la Ville n’a pas mis en place de système similaire pour leur collecte et leur recyclage.
Collecte de sapins de Noël : samedi 9 Janvier : place Broglie, de 14 à 18 heures, rue de l’Yser (pharmacie du Conseil des XV) de 9 à 13 heures, ferme éducative de la Ganzau, de 14 à 18 heures, place du Marché à Neudorf de 14 à 18 heures.
Jeudi 14 Janvier : rue de Nicosie, de 7 à 16 heures.
Déchetterie Koenigshoffen, rue de l’Abbé Lemire, ouverte de 8 à 19 heures.


Près de 1 600 victimes potentielles sont invitées à s’exprimer à partir de jeudi lors du procès de la pollution à l’amiante du Parlement européen de Strasbourg. En octobre, une centaine d’entre elles avaient pris d’assaut le palais de justice de Strasbourg, décidant le juge à reporter l’audience au mois de janvier, faute de place et de temps suffisant pour entendre tout le monde. Au moins 300 parties civiles sont enregistrées à ce jour dans ce procès correctionnel hors norme.
L’accident jugé aujourd’hui remonte à février 2013. Le Parlement européen a engagé des travaux dans le plus vieux de ses deux bâtiments, le Winston Churchill, pour transformer l’ancien bar des chauffeurs en bureaux. Des poteaux sont percés, malgré l’avertissement du Parlement quant à la probable présence d’amiante sur les lieux. L’opération libère des poussières, potentiellement cancérigènes. Deux semaines plus tard, les tests révèlent que ce sont bien de fibres du dangereux isolant.
Pendant ce laps de temps, le chantier est resté ouvert, le personnel du Parlement a circulé tout autour. Pour Carine Cohen-Solal, avocate de près de 90 personnes, agents du Parlement, agents du Conseil de l’Europe et salariés de sociétés extérieures, l’exposition de ses clients a été évidente :
« Beaucoup de poussières ont atteint les bureaux à proximité du chantier. Plusieurs centaines de mètres carrés ont été contaminés pendant ces deux semaines, avant le confinement de la zone. C’était un lieu très exposé avec beaucoup de passage. Il faut bien comprendre que ça ne s’est pas passé dans un coin avec des portes fermées. Une passerelle se situe à proximité de la zone amiantée où les agents peuvent circuler entre le Parlement et le Conseil de l’Europe. »
À l’époque, le Parlement européen minimise l’incident. Mais, alertée par les services techniques, la Direction régionale du travail (Direccte) déclenche une alerte sanitaire et saisit le procureur de la République. Celui-ci engage une procédure correctionnelle à l’encontre de trois prévenus : l’architecte en charge des travaux, la société qui a effectué ces travaux et le coordinateur sécurité et prévention du chantier.
Aujourd’hui, les agents et salariés parties civiles demandent la reconnaissance du préjudice moral, comme l’explique Me Carine Cohen-Solal :
« Mes clients sont aujourd’hui des personnes saines. Mais l’exposition à l’amiante peut déclencher des maladies au bout de 20, 30 voire de 40 ans. Le plus important, c’est donc que soit reconnue à mes clients leur qualité de victimes, afin qu’ils puissent demander réparation plus tard, le cas échéant. »
Le Parlement européen s’est aussi constitué partie civile dans ce procès. Il réclame l’établissement des responsabilités des prévenus et l’indemnisation du préjudice subi, à savoir le financement partiel des travaux de désamiantage et de dépollution qui ont suivi l’accident.
Pour le défenseur de l’architecte en cause, Me Renaud Bettcher, c’est le Parlement européen qui devrait aujourd’hui être sur le banc des prévenus :
« Dans ce dossier, tout le monde se défausse sur tout le monde et on envoie les petits au casse-pipe. Ma cliente n’est pas spécialisée en détection d’amiante et le plâtrier n’est pas habilité pour ça non plus. Certes, l’architecte savait qu’il y avait de l’amiante, mais à partir du moment où le Parlement, maître d’ouvrage le savait, elle pensait que c’était désamianté. Elle n’était que maître d’oeuvre. D’après la loi, c’est bien le maître d’ouvrage qui est responsable de ses locaux et doit faire en sorte que tout soit désamianté. C’est un scandale que le Parlement n’ait pas été désamianté. Et ça n’a pas été fait parce que ça coûte une fortune. »
Le Parlement européen rappelle de son côté que la percée des piliers amiantés n’étaient pas prévue dans les travaux qu’il avait commandés et qu’en tant que propriétaire, il avait réalisé avant ces travaux un dossier technique avec repérage de zones amiantées dont il avait informé ses opérateurs. Selon l’institution, le bâtiment datant d’avant 1997, elle n’était pas dans l’obligation de le désamianter, mais seulement de s’assurer que celui-ci ne puisse pas libérer de fibres.
Me Carine Cohen-Solal n’a pas souhaité réagir quant à une possible responsabilité du Parlement. Pour elle, une chose est sûre :
« Les trois prévenus sont responsables. Chacun d’entre eux aurait pu éviter l’accident. »
Le procès doit se tenir dans la salle des procès d’assises, place d’Islande. Le chambre commerciale se tient à disposition avec un dispositif de visioconférence en cas d’affluence trop importante.


Les 169 nouveaux conseillers régionaux d’Alsace, Lorraine et de Champagne-Ardenne se sont retrouvés pour la première fois lundi dans les locaux, agrandis, de l’ancien conseil régional d’Alsace à Strasbourg. Avec 102 voix, ils ont élu Philippe Richert (Les Républicains) comme président de ce nouveau conseil régional.
Quinze vice-présidents ont également été désignés, tous issus de la liste de la droite et du centre-droit, « Unissons nos énergies », conduite par Philippe Richert :

Un bureau exécutif a été constitué, il est composé de Philippe Richert et de trois vice-présidents : Jean Rottner, Valérie Debord et Jean-Luc Warsmann.
Philippe Richert a également présenté différentes délégations attribuées à certains conseillers régionaux :
Sans surprise, le Bas-Rhin est très bien représenté au sein du nouvel exécutif, avec 7 élus sur 27.
Dans son discours d’investiture, Philippe Richert a évoqué la démocratie et Aristote pour émettre le souhait que puisse se mener en Alca une politique trans-partisane, un « laboratoire de la démocratie territoriale ». Pour ne pas oublier les écologistes et les autonomistes, non représentés au conseil régional suite au psychodrame qui a suivi les résultats du premier tour des élections, l’ancien président de la Région Alsace va créer une « conférence » pour les mouvements présents au premier tour.
Philippe Richert a affirmé qu’il avait l’intention d’associer la gauche « à la gouvernance de la région, sans se compromettre ». Une délégation à la Citoyenneté sera proposée à un conseiller régional de l’opposition (de gauche), ainsi que la présidence de la commission des Finances.
Philippe Richert n’a nullement l’intention d’associer le Front National en revanche… Le parti d’extrême-droite a été évoqué, en creux, dans son discours par la nécessaire « responsabilité » des élus envers les citoyens. Comme premières mesures visant à réconcilier les Français avec leurs élus, Philippe Richert a évoqué une réduction du montant de leurs indemnités, par rapport aux montants légaux, et la nomination d’un déontologue auprès duquel pourront se plaindre tous ceux qui estiment qu’il y a des conflits d’intérêts.
L’ancien président de la Région Alsace ne se consacrera qu’à la grande région, et il a appelé ses collègues à faire de même, en indiquant que le montant de leurs indemnités seraient réduits en cas d’absence aux travaux des commissions dans lesquelles ils sont inscrits. Frémissements dans les rangs, et plusieurs élus ont demandé que soient rendus possibles les travaux par visio-conférences…
Philippe Richert a tenu à annoncer tout de suite la couleur : dès le 25 janvier, les nouveaux élus auront à voter sur des délibérations en faveur des entreprises. Un fonds souverain régional sera mis en place, sur le modèle de celui qui existe en Alsace. Doté de 200 à 300 millions d’euros issus des épargnants de la grande région, ce fonds aura vocation à aider les entreprises locales à investir.
Le nouveau président d’ALCA prévoit également de demander plus de compétences à l’État dans les domaines de la formation et de l’emploi, deux secteurs qu’il juge complémentaires et où les enchevêtrements de compétences nuisent à l’efficacité des politiques, selon lui. Pour cela, il compte « entrer dans un dialogue constructif avec l’État », via l’Association des régions de France, pour faire de l’ALCA une « région pilote ».
Enfin, Philippe Richert n’entend pas céder aux sirènes de la métropolisation des territoires. Il a bien noté que le vote FN s’était exprimé plus qu’ailleurs dans les zones rurales, souvent coupées des grands centres urbains et des axes de circulation et compte mettre en place un « pacte de la ruralité, pour raccrocher ces territoires aux développements de la grande région.
Quant au nom de la grande région et à sa capitale, Philippe Richert a prudemment laissé ces questions de côté. Elles seront probablement évoquées lors de la prochaine réunion du nouveau conseil régional, le 25 janvier à Strasbourg.
Sur Scribd : télécharger le discours d’investiture de Philippe Richert (PDF)
Sur France 3 Alsace : revoir la séance


L’Eurométropole de Strasbourg propose, depuis le 22 décembre et jusqu’au 31 janvier, un questionnaire sur les pistes cyclables.
Les habitants, usagers ou non des deux roues, sont invités à donner leur avis « afin d’orienter la politique cyclable […], de hiérarchiser les priorités et de planifier au mieux les réalisations », indique le communiqué de presse.
Le sondage, à la formulation très positive, aborde plusieurs points : stationnement, services, cohabitation avec les automobilistes et les piétons ou encore aménagement.
Il est ainsi possible pour les Strasbourgeois de noter de 0 à 10, plusieurs affirmations telles que : « Velhop est un service performant et adapté », « je trouve suffisamment d’arceaux pour attacher mon vélo » ou « les aménagements cyclables sont rarement bloqués par des voitures »…

Si vous êtes restés connectés à l’actu nationale pendant les vacances, impossible d’avoir échappé au dernier débat qui a animé la classe politique : le projet de François Hollande de rendre possible la déchéance de nationalité française pour les terroristes binationaux. La mesure sera bien soumise au vote du Parlement dans le cadre de la réforme constitutionnelle le 3 février prochain, a confirmé le président de la République socialiste lors de ses vœux du 31 décembre.

A Strasbourg, le projet divise dans les rangs du Parti socialiste. Dès mardi 29 décembre, Syamak Agha Babaei, vice-président de l’Eurométropole et conseiller municipal socialiste, a annoncé sa démission du parti. Par son geste, l’adhérent au PS depuis 15 ans, d’origine iranienne et naturalisé français en 1996, entend dire non à une mesure qu’il juge “inefficace” et “dangereuse”. Au micro de France 3 Alsace, il expliquait le 31 décembre :
« Si vous mettez ça à côté de l’état d’urgence qui dure, si vous mettez ça à côté de la loi renseignement qui a été votée et à laquelle j’étais aussi opposée, on voit aujourd’hui que les outils légaux existent pour quiconque veut avoir un gouvernement et un Etat autoritaires. Et à des niveaux auxquels se trouve le Front national, il y a le risque qu’il accède un jour au plus haut niveau de l’Etat français. Moi je ne crois pas que lutter contre le Front national soit de porter les revendications qui sont les siennes comme des revendications légitimes de l’ensemble de la nation et puis surtout de lui donner tous les outils pour demain, pour pouvoir museler tous ceux qui seraient contre. »
Pour l’élu, la déchéance de nationalité renforce donc l’extrême droite :
« On voit qu’une des mesures symboliques qu’ils souhaitaient faire porter, parce que dans leurs têtes ça voulait dire que soit on est français de souche soit on ne l’est pas vraiment, c’est-à-dire un Français qui a une autre culture ou qui a aussi une autre nationalité, cette différence fondamentale qu’ils voyaient et qu’ils voient toujours, aujourd’hui ils ont réussi à la faire porter dans le débat public et surtout portée par la Président de la République et le premier ministre. Donc c’est une victoire idéologique du Front national. »
Le 31 décembre, Souad El Maysour, adjointe au maire et conseillère communautaire de l’Eurométropole, a à son tour rendu publique sa démission du PS. Pour l’élue franco-marocaine, le projet de déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux est « une ligne rouge », vécue comme « une vraie trahison » de ses valeurs :
« Je me suis engagée au parti socialiste en 2002, suite à la défaite de Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle face à Jean-Marie Le Pen. Et aujourd’hui en 2015, je me retrouve à entendre le président élu au nom du parti socialiste défendre les idées du Front national. C’est quelque chose que je trouve inadmissible, dangereux et absolument pervers. Manuel Valls est à 5% dans le parti et dicte une politique nationale éloignée de nos valeurs. Le parti socialiste est aujourd’hui un lieu où le débat d’idées est impossible. Comme on est là sur une mesure symbolique, je me devais de me désolidariser pour signifier que ce débat est beaucoup plus grave que d’autres et touche aux fondements mêmes de la République. On est dans un discours qui veut nous faire croire que quand on est binationaux, on est sensé être plus terroriste. Une telle politique qui divise est pour moi dangereuse et inquiétante. »
Le député Armand Jung a pris position en faveur de la déchéance de nationalité, en raison de l’état de guerre que connaît la France et par loyauté envers la démarche présidentielle. Mais d’autres, comme le sénateur Jacques Bigot ou le député Philippe Bies se sont exprimés en faveur d’une mesure alternative d’indignité nationale qui concernerait tous les Français et préserverait l’égalité des citoyens devant la loi. Alain Fontanel le 31 décembre, puis le maire de Strasbourg Roland Ries, le 1er janvier, leur ont emboîté le pas.
Le déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux est « une réponse inadaptée à la situation, qui aboutirait à une discrimination insupportable en tant que telle », estime Roland Ries dans les DNA. Le maire de Strasbourg dit se ranger derrière la proposition faite par la maire socialiste de Paris le 30 décembre dans les pages du journal Le Monde « de substituer à une mesure inégalitaire de déchéance de la nationalité une mesure égalitaire d’indignité nationale pour tous ceux, quel que soit leur statut dans la nationalité, qui prennent les armes contre leur pays et leurs concitoyens. Il s’agirait d’ôter aux terroristes tous leurs droits civiques, leur passeport, et de leur interdire la fonction publique. »
« L’hystérisation du débat autour de la question, pourtant importante, de la déchéance de nationalité aura une nouvelle fois montré l’essoufflement de notre système politique et des partis qui le composent », analyse Alain Fontanel dans ses voeux du 31 décembre sur Facebook. Le bras droit de Roland Ries écarte les comparaisons faites ces derniers jours entre la démarche de l’exécutif et une politique fasciste. Mais il refuse aussi l’utilisation des sondages d’opinions, largement favorable au projet de déchéance de nationalité, pour discréditer les opposants à la mesure.
« C’est oublier que la grandeur de la politique est de prendre, parfois à contre courant de l’opinion publique, des décisions aussi fortes que l’abolition de la peine de mort. C’est nier que seule l’absence de grandes valeurs fait courir aux responsables politiques le risque de s’égarer dans les méandres du quotidien. »

Pendant que le PS se cherchait sur la mesure controversée, c’est des rangs d’Europe Ecologie les Verts qu’est venu un autre coup de tonnerre. L’adjoint au maire de Strasbourg et conseiller communautaire de l’Eurométropole Eric Schultz a annoncé le 31 décembre qu’il ne renouvellera pas son adhésion au parti écologiste, “ni comme adhérent, ni comme coopérateur”. Las de la pratique politique actuelle – comme il le décrivait sur Rue89 Strasbourg, Eric Schultz explique son choix par un trop plein de “désillusions, de déconvenues et de désaccords” :
« Je ne m’attarderai pas sur les tensions locales qui auront agité le microcosme des élus strasbourgeois cet été, ni sur le spectacle que donnent jour après jour certains “ténors” auto-proclamés d’une écologie partisane en perte de vitesse comme de repères. »
Pour lui, le parti Europe Ecologie les Verts est devenu aujourd’hui “un astre mort”.
Dimanche 3 janvier, Syamak Agha Babaei et Eric Schultz, les deux déçus de la politique, se sont retrouvés aux ateliers du Forum ouvert pour réinventer la politique, lancé mi-décembre après le choc de la percée du Front national aux élections régionales.


Sur Rue89 Strasbourg : Éric Schultz : « Les partis doivent faire place aux nouveaux venus »


2016, 1er jour de l’année. 2015 année terrible.
J’ai passé la nuit, comme beaucoup, scotchée voire collée à mon écran de télé à ressasser les images et les commentaires des attentats. La sensation de froid et de vide au cœur. La sensation d’être totalement inutile, assise sur mon canapé, les bras ballants.
La journée du 13 devait être une journée de grève pour les médecins. Un truc assez important. Je faisais grève pour la 2ème fois de ma vie. Balayée bien sûr cette grève devant la gravité des attentats.
Retour à la routine ce matin du 14. Je suis prête à affronter le premier patient qui me parlera des arabes comme de terroristes en puissance, prête à le remballer direct. Et puis les patients défilent, pas un mot, pas une allusion aux attentats. Pas de blague, pas de confidence, aucun propos raciste. La consultation est irréelle, inhabituelle.
On est samedi, je suis seule sans interne. Les samedis, pourtant, je les aime bien d’habitude. Les patients sont plus cool, ils ont pris rendez-vous et viennent en début de weekend sans stress. Et ce jour-là, tout est dans le non-dit. Personne ne s’attarde à parler de ses « petits » problèmes. Personne.
Je travaille dans un quasi automatisme, mais tout me pèse, tout.
Après le quinzième patient, c’est moi qui craque et romps la routine de ces consultations quasi impersonnelles. Je n’en puis plus de toute cette chape de plomb et enfin à la fin de cette consultation avec un patient que je connais depuis dix ans : « c’était terrible hein ? » Rien d’autre, et l’homme me répond : « oui… Terrible… vraiment » et puis plus rien.
Trois mots qui me font entrer à nouveau dans la réalité, redescendre sur terre.
J’ai peu parlé de ces attentats depuis, les mots ne sont pas venus, le silence à la place. Je n’ai pas écrit une ligne non plus.
Le sentiment terrible de totale impuissance m’a été vraiment pénible et puis j’ai décidé de m’engager dans la réserve sanitaire. Je ne sais pas si je vais servir à quoi que ce soit, mais je n’ai rien trouvé de mieux à faire. Parler me semble vain, en débattre aussi.
Dernier jour de travail de l’année 2015, mes patients me semblent toujours découragés et passifs, voire résignés à attendre la prochaine frappe des terroristes. Ils disent juste d’un air triste : « ça va continuer …. » Et moi l’optimiste invétérée, je ne sais que leur répondre : « sûrement oui » .
Demain le réveillon…
Ce matin grâce @Vivet_Lili sur Twitter, je regarde le reportage sur la dame du 6. Une leçon magistrale d’humanité. Cette très vieille femme m’a irradiée.
Décider, oui décider qu’ils ne nous prendront pas notre âme. La morosité ne vaincra pas.
Que la force soit avec vous.


Quelle année 2015 ! Entre des attentats à Paris dès le 7 janvier et des élections régionales sous haute tension, le tout pendant un marché de Noël surréaliste, l’année a été plus que mouvementée à Strasbourg. En 2015, les trois articles les plus lus sont celui sur le professeur Marescaux poursuivi par son propre hôpital, celui sur les mesures de sécurité au marché de Noël et notre carte interactive des résultats au soir du premier tour des élections départementales de mars. Un bon résumé de notre lectorat qui s’intéresse aux affaires, aux conséquences pratiques de l’organisation de la ville et à la politique.
En 2015, notre média conforte sa place comme média strasbourgeois, 2015 se termine sur une hausse de 38% d’audience par rapport à 2014 ! Plus de 2,5 millions de personnes différentes se sont connectées sur le site pour plus de 5,5 millions de pages vues. Surtout, nous avons remarqué que des Strasbourgeois découvraient encore Rue89 Strasbourg lorsque des articles sont très partagés et que certains nouveaux lecteurs reviennent régulièrement depuis, ce qui augmente l’audience de fond, au-delà des pics (rassemblements après les attentats, soirées électorales, procès du docteur Moog, marché de Noël etc.)
Mais le grand changement après plus de 3 ans d’existence est d’avoir sollicité pour la première fois les lecteurs. Car en juin, nous nous sommes faits très peur lorsque seule 50% de la somme était réunie à 2 jours de la fin. Finalement, nous avons réussi à obtenir 36 395€ sur un objectif de 35 000€ ce qui nous conforte dans l’idée de développer un média internet d’enquêtes locales.
Malgré cette réussite, les finances restent fragiles. L’occasion de rappeler que nous tirons la majorité de nos revenus de la publicité, et que nous ne mettons pas d’annonces intrusives. Si vous avez un bloqueur de pub, le désactiver sur notre site est une manière indirecte de nous soutenir, promis votre écran ne se mettra pas à clignoter et ni à lancer cinq vidéos avant de lire un article. Mais le chiffre d’affaire de la publicité ne peut pas croître aussi vite que les audiences. Il faut donc réfléchir à d’autres manières de gagner de l’argent pour continuer. Plus d’une centaine de personnes soutiennent d’ailleurs Rue89 Strasbourg avec un don de 4€ par mois ou plus via la Société des lecteurs.
Grâce à cet argent frais, nous avons pu stabiliser une équipe depuis un peu plus d’un an autour du fondateur Pierre France avec notamment Claire Gandanger, Ophélie Gobinet, Jean-François Gérard, sans oublier Charly Ouate et Marie Bohner pour la culture, les dessins de Laurent Salles et nos blogueurs de choc. À la rentrée, chacun s’est davantage spécialisé sur des thématiques et nous avons pu relancer des enquêtes que vous n’avez pas lues ailleurs comme sur le centre de formation du Racing, le montage financier de la MUI, le Ditib, les Bains municipaux, les illuminations de Noël ou l’incinérateur de Strasbourg.
Nous avons pu faire un peu plus de sujets vidéo (comme avec les barbiers, à l’hôtel Bel Air où sont accueillis les réfugiés en Allemagne et lors des deux soirs des élections régionales) même si un de nos journalistes a fait l’amer expérience d’une garde à vue. Nous avons d’autres projets, comme celui d’un nouveau site, mais qui prend du temps et que les élections régionales ont un peu mis de côté. Les travaux devraient débuter en janvier, sur le modèle de Rue89 national.
Nous avons aussi édité notre premier magazine à l’occasion de nos 3 ans et de la réussite du crowdfunding. Suite au succès de cette parution limitée, nous prévoyons de publier régulièrement un magazine que l’on peut retrouver dans les institutions culturelles et les cafés de la ville. Prochain numéro au printemps.
À cela s’ajoutent d’autres projets très enthousiasmants mais pour lesquels il est encore trop tôt pour vous en parler. En attendant 2016, on vous propose de relire une sélection d’articles marquants de l’année.
Sur Rue89 Strasbourg : le blog Back Office pour tout savoir des coulisses de Rue89 Strasbourg


La concentration de particules fines dans l’air dépasse ce mercredi 30 décembre le seuil recommandé dans le département du Bas-Rhin. A l’origine de cet épisode de pollution, l’inversion des températures a causé une accumulation de particules carbonées dans l’air, issue de la combustion des chauffage et des moteurs de véhicules. L’épisode avait commencé dès mardi dans le Haut-Rhin et notamment à Colmar. D’après Météo France, la situation devrait revenir à la normale dès jeudi 31 décembre.
L’Aspa recommande aux personnes sensibles de limiter leurs activités physiques intenses pendant le pic de pollution et d’éviter les déplacements sur les grands axes routiers et à leurs abords.

Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique. George, jolie fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les imites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de caleurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente.
La bande annonce :
Le concours est clos.


Rue89 Strasbourg : Avec un peu de recul comment analysez vous les élections régionales que l’on a connues dans l’Est ?
Éric Schultz : Les résultats du premier tour ont été hallucinants. Personne ne s’attendait à de telles proportions, mais les symptômes étaient connus. Tout le monde a été pris à contrepied et le soir du premier tour les candidats se sont embarqués dans des positions définitives, ce qui n’a pas facilité l’entre-deux tours.
La question du maintien de Jean-Pierre Masseret (PS) a entraîné des débats virulents, qui ne portaient plus sur la future région, mais sur ce qu’est la gauche ou sur le FN. La séquence s’est bien terminée, mais elle pose des questions. Plus personne ne veut être coincé dans ce type de situation. Il faut donc proposer une nouvelle pratique de la politique et pas seulement entre “professionnels” – j’inclus dans ce terme élus, militants, politologues ou journalistes – mais avec les habitants. Et la présidentielle de 2017 ne doit pas tout coincer.
Vouloir tout changer, n’est-ce pas le meilleur moyen de ne rien changer ?
Ne rien changer, c’est laisser faire. Le moment est venu de réinterroger les institutions politiques françaises et aussi ce qu’est la gauche. Répond-elle aux attentes de ceux qui se disent de gauche ? En regardant les résultats dans les bureaux de vote à Strasbourg, on voit que les quartiers populaires qui s’étaient mobilisés pour François Hollande en 2012 ne votent plus. Nous devons retourner sur le terrain, faire du porte-à-porte comme lors d’une campagne électorale, mais justement quand ce n’est plus le temps de la campagne, pour mieux cerner les attentes et bâtir un projet.
Il faut ensuite non seulement écouter les personnes qui veulent s’exprimer, mais aussi qu’elles accèdent à des responsabilités. C’est la fin de l’homme providentiel, déconnecté des attentes. Dans les partis politiques, cela implique aussi de faire de la place à ces nouveaux venus. Les 9 listes des régionales dans l’Est n’étaient pas représentatives de la société française.
Vous voulez inclure davantage les citoyens, mais ont-ils envie de s’engager ? On dirait que les exercices de démocratie participative ne concernent que les mêmes cercles d’habitués.
Il y a une envie de débattre et de discuter au-delà des cadres traditionnels. Peut-être que la réunion publique le soir ou les manifestations le samedi après-midi ne sont plus des formats adaptés et qu’il faut réfléchir à d’autres moments et d’autres formes de rencontre. Peut-être un café après avoir déposé les enfants à l’école ? Pour le savoir, il faut aller vers les gens et ne pas attendre. Les campagnes électorales ne ressemblent plus à rien. C’est un lien de 30 secondes au maximum quand on donne un tract.
Avec Daniel Cohn Bendit, EELV avait un effet média, mais que l’on n’a pas su garder. Il faut qu’on réfléchisse à d’autres manières de toucher la population, notamment les jeunes et de savoir comment ils s’informent. Cela implique d’avoir une stratégie sur internet, par des mails ou des vidéos virales. Vu l’émergence de sites “d’information” d’extrême-droite, on voit que le Front national ou même dans un autre registre le nouveau parti de l’Union populaire républicaine (UPR) ont mieux su saisir les outils numériques.
Et les élus dans tout ça ?
Renouveler l’offre politique entraîne de nouvelles pratiques. Seul le FN a su faire émerger une nouvelle génération d’élus. On pourrait commencer par limiter le nombre de mandats dans le temps. Cela devrait se faire naturellement, mais peut-être que comme pour la parité, si on force les choses avec une loi, cela peut accélérer le processus. Il y a trop de personnes, même chez nous les écologistes, qui se représentent sans cesse aux mêmes élections sans jamais gagner. On en crève.
Vous êtes élu depuis 2008, qu’est-ce qui d’après-vous fonctionne et ne fonctionne pas dans la politique locale strasbourgeoise ?
L’accès aux décisions publiques a été amélioré. Il y a plus de transparence dans les dossiers municipaux. On arrive aussi assez bien à solliciter des acteurs qui ne sont pas des personnes politiques dans l’élaboration de certaines politiques comme sur le vélo ou le développement économique. Pour faire avancer des politiques de proximité, il faut interroger des usagers, même si on pourrait aller plus loin dans l’explication de ce que l’on fait.
En revanche, l’administration est parfois trop dirigiste sur certains dossiers. Les agents sont parfois issus d’une culture différente et n’ont pas les mêmes points de vue que les élus, qui lorsque la décision est prise se retrouveront à l’assumer. Les agents pourraient aussi être plus inclus, surtout lorsque leur métier évolue. Pour que les habitants se sentent plus concernés, on pourrait mettre en place des budgets participatifs comme à Paris.
Les élus se retrouvent très coincés par la loyauté partisane et les rapports de force internes. On en arrive à voter des choses que l’on n’approuve pas. Ces jeux de postures sont surfaits, même si sur certains sujets les divergences sont réelles. La gauche se dit toujours satisfaite de tout et l’opposition de rien, alors que 80 à 90% des délibérations sont adoptées à l’unanimité sans même être débattues. Sur la géothermie par exemple, personne ne peut être satisfait de la manière dont les choses ont été conduites.
On en arrive aussi là car on a des majorités très fortes et que l’exécutif (le maire et ses adjoints) participent au vote. Le maire et ses adjoints ont plus de voix que l’opposition. C’est problématique et c’est aussi à réinterroger.
On a l’impression d’être à la veille d’une recomposition de la vie politique française. Une extrême droite forte, une droite à mi-chemin entre le FN et le centre-droit, un centre social-démocrate qui inclurait des personnes de “Les Républicains” comme du PS, et enfin une gauche autour de déçus du PS, et d’autres formations dont des écologistes, si ces personnes arrivent à s’unir. Est-ce le moment de faire un big bang des partis politiques ?
Sans forcément remettre à plat tous les partis, on peut rebattre les cartes. Il est urgent que chacun soit clair sur son projet. Les coalitions et rapprochements divers brouillent les messages pour les électeurs. Pour cela, il faut se placer sur les quatre clivages qui divisent notre société désormais.
Il y a la question sociale sur la redistribution des richesses qui est le clivage gauche/droite classique. Mais nous avons aussi de nouveaux clivages entre liberté et autorité, entre Europe ou repli et entre environnement ou productivisme. Entre différents partis, on peut être proche sur certains sujets et pas sur d’autres. Aujourd’hui, seul le Front national assume ses positions sur les quatre clivages.
Il faut ensuite hiérarchiser ces thèmes. On voit par exemple que la question sociale prime sur la question écologique au moment du vote. Ceux qui veulent porter une alternative doivent donc se placer sur ce premier thème, pour ensuite traiter celui de l’environnement. En Espagne, le parti Podemos (gauche radicale) a pu ajouter la transition énergétique à ses quatre grandes propositions de programme, alors que ce n’est pas autour de cette idée que le mouvement s’est fondé.
Il y a-t-il des exemples ailleurs qui vous inspirent ?
En France, l’expérience grenobloise interpelle, (avec une coalition écologistes-parti de gauche à la tête de la Ville, ndlr). On a parlé de Podemos, qui dirige deux grandes villes (Barcelone et Madrid) dans le cadre d’une coalition. Le mouvement est devenu en décembre la première force d’opposition au niveau national et tous ses votes vont être très scrutés. Des personnes comme Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou Bernie Sanders aux États-Unis, arrivent aussi à mobiliser des personnes qui s’étaient désintéressées de la politique. Même Syriza en Grèce, malgré des revers avec les institutions européennes, a gardé un lien avec la population lorsqu’il y a eu de nouvelles élections en septembre. Tout cela montre un besoin de remise en clarté de ce qu’est la gauche, un lien qu’on a perdu en France. Comment permet-on de rendre à la population ce qui lui appartient ? C’est ce qui doit nous préoccuper.
Plus qu’à la copie d’un modèle, je crois surtout à la mise en réseau. La nouvelle région Sud-Ouest va par exemple expérimenter un revenu de base. Si d’autres collectivités veulent s’en inspirer, elles pourront travailler ensemble et créer des liens à partir d’une expérience connue. À l’échelle des villes, on peut aussi s’inspirer de ce qui se fait dans d’autres municipalités en France ou ailleurs dans le monde. Les initiatives n’ont pas besoin d’être uniformes partout.


Une ligne a redémarré peu avant Noël à l’usine d’incinération des ordures ménagères de Strasbourg. Les deux fours encore exploités par Sénerval pendant la rénovation de deux autres étaient à l’arrêt depuis le 15 octobre suite à des fuites de chaudière.
La réouverture d’une de deux lignes doit permettre de traiter 3000 tonnes de déchets par mois, soit à peine 18% des déchets à traiter dans l’agglomération. Le reste va continuer d’être envoyé sur les sites Suez de Sausheim et Schweighouse en Alsace, mais aussi en Allemagne et surtout vers les sites de Véolia en Champagne-Ardennes. Ces derniers ont traité 60% des déchets strasbourgeois cet automne et ont une autorisation exceptionnelle d’exploitation des ordures de Strasbourg jusqu’à la fin du mois de mars 2016.
Pendant l’arrêt total de l’usine, le détournement des déchets a coûté 100 000 euros par jour à l’Eurométropole, propriétaire de l’usine.
Au micro de France 3, Françoise Bey, vice-présidente de l’Eurométropole en charge des déchets, se veut optimiste pour la réouverture de l’usine :
« On espère que la ligne 2 va redémarrer courant janvier, pour qu’on puisse incinérer 400 tonnes par jour (sur 750 en tout, ndlr), et qu’on va alléger un peu la facture. »
La remise en état de l’usine d’incinération strasbourgeoise est un gouffre financier pour l’Eurométropole. Le désamiantage des installations, à la charge de la collectivité, ralentit les travaux sur des équipements déjà fragiles. Pour le moment la facture totale s’élève à 78,5 millions d’euros pour la collectivité.
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En 2014, le contrat de ville, qui définit la politique dans les 10 grands quartiers de Strasbourg jusqu’en 2020, fait mention d’une nouvelle institution: les conseils citoyens. Ces mini-assemblées de démocratie participative ont pour ambition d’inclure les habitants des 13 quartiers prioritaires de la ville (QPV) à la politique de leur lieu de vie. C’est une loi de la même année qui oblige la création de cette nouvelle instance.
Le cadre qu’elle fixe est moins contraignant que consultatif. Libre aux villes de s’organiser comme elles le veulent (ou le peuvent) afin de respecter les caractéristiques : la participation d’habitants du quartier et d’associations ; un tirage au sort pour désigner des citoyens mais aussi des volontaires et une autonomie face aux pouvoirs publics.
À Strasbourg, l’Eurométropole a choisi de greffer ces conseils citoyens aux conseils de quartier, dispositifs crées en 2008. Leur existence résulte d’une autre loi, qui elle date de 2002, qui exigeait déjà de mettre en place des instances locales pour « favoriser le dialogue entre citoyens et collectivités ». Un pouvoir purement consultatif qui a été confié aux 10 conseils de quartier strasbourgeois (voir carte).
Dans ces conseils de quartier, les participants planchent en trois étapes sur une problématique en passant par une phase d’information, puis un débat et enfin, une contribution (qui peut prendre la forme de synthèse préconisations, cahier des attentes …). Leur impact réel est parfois critiqué car la décision finale revient aux élus.

Les conseils citoyens se concentreront sur quelques sujets prédéfinis comme le font déjà les conseils de quartier avec « l’insertion », la « mobilité » ou le « mieux-vivre ensemble » par exemple.
Mathieu Cahn, vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg en charge de la Politique de la ville, explique le choix de mêler les deux dispositifs :
« Le conseils citoyens ne sont pas une révolution pour nous. Il n’y a pas de grande différence entre ceux-ci et les conseils de quartier. Ils ont été crées pour des villes qui n’ont pas l’habitude de la participation citoyenne. C’est une obligation de l’État mais c’était déjà habituel à Strasbourg. Tout le travail pour nous, sera de développer le nombre, la typologie et la diversité sociale dans ces conseils. »
Anouk Brocard, cheffe de projet des conseils de quartier à l’Eurométropole, vient de clôturer les candidatures pour les futurs conseils citoyens. Si certaines arrivent encore avec du retard, elle comptabilise 169 demandes d’habitants dont 106 qui viennent de quartiers prioritaires de la ville et 55 demandes d’associations et acteurs locaux.
Mais la constitution des listes des conseils citoyens est bien plus complexe. Le nombre de participants n’est pas limité. La seule obligation est de compter plus d’habitants que d’associations. Des citoyens ont également été tirés au sort sur les listes électorales et les membres des conseils de quartier peuvent très bien glisser vers les conseils citoyens, s’ils le souhaitent.

Au sein des actuels conseils de quartier, l’avis quant à la venue de ces nouvelles instances citoyennes est plutôt mitigé. Bien que convaincus par le bien-fondé des processus de démocratie participative, les habitants affichent souvent un désabusement.
Jacques Gratecos, président de l’ADIR (Association de Défense des Intérêts de la Robertsau ) et membre du conseil de quartier de la Robertsau, explique son désenchantement :
« Cela fait deux ans que j’ai intégré le conseil de quartier et j’ai arrêté d’aller à toutes les réunions en voyant le fonctionnement. Deux pôles de réflexion nous ont été imposés, comme si nous n’étions pas capables de dire nous-même ce que nous souhaitions faire. Le problème, c’est que les élus pensent avoir plus de légitimité que les habitants, or, ce sont eux qui connaissent mieux les usages de leur quartier. »
Jacques Gratecos en est venu à se questionner sur la viabilité d’une démocratie participative, s’appuyant sur des exemples passés. Les membres du précédent conseil de quartier avaient établi un cahier des attentes concernant la création d’un agro-quartier à la Roberstau. Il précise :
« Ce qu’il en est advenu ? Mystère et boule de gomme ! On nous dit que c’est sur les rails mais on attend toujours. On nous donne un os à ronger en fait. Je ne pense pas que l’on ait trouvé la recette pour faire fonctionner la démocratie participative, que ce soit ici, où ailleurs d’ailleurs. Ce n’est souvent qu’un sentiment de démocratie mais il faudrait que les élus s’appuient sur ce que disent les habitants. »
Le constat est le même du côté du conseil de quartier du Neudorf-Musau-Port du Rhin, décliné en trois comités géographiques. Celui du Port du Rhin se réunit plusieurs fois par mois. En 2016, ce groupe se transformera en conseil citoyen. Leyla Binici, l’une des membres, a pris la nouvelle positivement, bien qu’elle avoue ne pas vraiment saisir ce que cela va changer :
« Le problème, c’est que nous n’avons pas de pouvoir décisionnel. On ne fait que transmettre des informations et ça frustre pas mal de membres du conseil. Il y a des successions de réunions mais rien n’aboutit. Évidemment, les problématiques comme l’énergie, l’emploi ou le logement ne peuvent pas avoir de résultats immédiats mais il faut tout de même du concret. »
Interrogée, l’habitante, qui se revendique « convaincue par la démocratie directe », est incapable de citer un projet qui aurait abouti après avoir été étudié au sein de son conseil de quartier.
L’un des enjeux de ces nouveaux conseils citoyens sera de trouver une composition un peu plus hétérogène que celle des conseils de quartier, déjà existants. « Un pari » pour la ville qu’explique Anouk Brocard, cheffe de projet des conseils de quartier :
« Le public est différent de celui des conseils de quartier puisque l’on souhaiterait ouvrir, toucher des personnes qui n’ont pas forcément l’habitude de la participation citoyenne. Aujourd’hui, même si on essaie de diversifier le public, ce sont plutôt des personnes de catégories socioprofessionnelles supérieures qui constituent les conseils de quartier, des personnes qui ont l’habitude du dialogue public… À part à Neuhof-Meinau, ce ne sont pas des habitants des quartiers prioritaires. D’où l’importance de créer un dialogue, d’être à l’écoute des attentes des gens. »

Sylvain Bedouet, habitant du quartier des Poteries, a assisté à trois réunions du conseil Cronenbourg, Hautepierre, Poteries, Hohberg en tant que volontaire. Le jeune homme est vivement intéressé par les procédés de démocratie participative et ne jure que par une nouvelle politique « faite avec des experts et basée sur la voix des habitants ».
Mais lorsque celui-ci décrit les trois réunions auxquelles il a assisté, le constat montre une faible diversité sociale :
« J’ai fait partie de la commission « Mieux vivre ensemble ». Nous étions une dizaine d’habitants à chaque fois. Notamment beaucoup de retraités et des personnes déjà engagées dans le monde associatif ou religieux. C’est dommage qu’il n’y ait pas plus de monde, des représentants de minorités par exemple ou des jeunes. »
Pour candidater aux conseils citoyens, il ne fallait pas donner son âge, seulement son lieu de vie. Aucune statistique sur les futurs membre n’est donc réalisable pour le moment. Et si le contrat de ville prévoit un « mandat » jusqu’en 2020 pour les participants, l’Eurométropole réfléchit à raccourcir les durées d’engagement, pour peut-être attirer plus de bonnes volontés.
Pour l’heure, les listes seront envoyées au préfet mi-janvier et le lancement des conseils est fixé à la fin du mois de février, début du mois de mars 2016.


Après un arrêt total de six mois entre novembre 2014 et juin 2015, l’usine d’incinération des ordures ménagères de Strasbourg est à nouveau au point mort depuis le 15 octobre. Pour l’Eurométropole la facture s’élève déjà à 78,5 millions d’euros.
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Le Velhop est l’une des politiques marquantes du mandat 2008-2014 de Roland Ries (PS). Après une première année 2010-2011 discrète, le système de location de vélos a trouvé son public dès la deuxième en baissant ses tarifs. Les Strasbourgeois ont compris l’intérêt de ce système, qui pour 80 euros par an, permet d’avoir un vélo en parfait état, tout équipé et révisé tous les trois mois.
Il n’est malheureusement pas possible de chiffrer l’impact de cette politique sur les déplacements cyclistes à Strasbourg, puisque la dernière étude date de 2009 (8% des déplacements et 15% dans le centre élargi, première ville française à l’époque).
Mais le succès des locations à l’année provoque des listes d’attente parfois longues de 2 à 3 mois à l’automne, lorsque les étudiants se ruent sur le service. Alors après 5 ans, il fallait faire quelque chose. Soit, doubler la flotte de 4 830 vélos en boutique, ce qui aurait fait bondir le comptable de l’Eurométropole, soit revoir la politique de prix. C’est pour cela que la convention de délégation avec Strasbourg Mobilités, une filiale de la CTS qui exploite le Velhop, a été revue avec une délibération adoptée le 18 décembre au conseil de l’Eurométropole.
Innovation majeure, les prix évoluent d’une année sur l’autre à partir du 1er juillet 2016. Pour une année complète en tarif plein, il faudra désormais compter 84 euros la première, 95 la deuxième et 110 la troisième, contre 80 auparavant. Le très-prisé tarif étudiant passe à 42, 48 puis 56 euros pour 10 mois. Des augmentations de 5%, « qui rattrapent à peine l’inflation » justifie Jean-Baptiste Gernet (PS), conseiller communautaire en charge des mobilités, puis de 13 à 14% et encore de 16 à 17% (voir le détail des prix ci-dessous). Au-delà, le prix de la troisième année sera maintenu. Les tarifs à la semaine et au mois augmentent, eux, de 20 et 15%.
Pour les locations dans l’une des 20 stations automatiques, au public plus restreint (1 128 vélos) notamment car il faut rapporter l’engin au même endroit, seul l’abonnement augmente d’un euro (de 35 à 36 euros), tandis que la tarification à l’heure est inchangée.
La droite a parfois critiqué cette politique car elle génère des coûts ponctuels (achat de vélo) et pérennes (service et entretien). Certains élus d’opposition préféreraient une prime à l’achat. La gauche et les écologistes pensent au contraire que cela ne serait qu’un « effet d’aubaine » c’est-à-dire que ceux qui pensaient de toute façon s’acheter un vélo profiterait de cette subvention, tandis que ceux qui n’y avaient pas songé resteraient à pied, en voiture ou en transports en commun.
Concernant la structure économique, Roland Ries a indiqué lors du conseil de l’Eurométropole du 18 décembre que le service « coûte » 1,6 millions d’euros, mais bénéficie comme les autres transports en commun d’un taux de couverture de 40%. Autrement dit, l’Eurométropole a versé 980 66 en 2013 et 926 367 euros en 2014 à Strasbourg Mobilités pour que le budget Velhop dégage un bénéfice (voir plus bas). À cela, il faut ajouter les investissements en matériel environ 400 000 euros par an.
Ces montants sont bien plus modestes que ceux des transports en commun. À titre de comparaison, la contribution à la CTS prévue pour 2016 est de 115,8 millions d’euros. Mais malgré ces augmentations significatives de tarifs, l’Eurométropole n’envisage pas de hausse notable des rentrées d’argent (+0,22%). La collectivité met aussi en avant un coûts par vélo 10x moins important que dans les villes comme Paris et Lyon qui ont préférer laisser les annonceurs publicitaires gérer le service en échange d’espaces gratuits.

Pour l’élu Jean-Baptiste Gernet (PS), cet avenant doit surtout permettre de toucher de nouveaux publics :
« Le but du Velhop est de s’adresser à ceux qui ne prennent pas le vélo. Le signal avec la hausse des prix au fil du temps, c’est qu’après 2 ou 3 ans, il est temps d’acheter son propre vélo pour laisser la place à d’autres personnes. »
En revanche, le déploiement de 5 boutiques et de 23 stations à l’horizon de 2018 est lui gelé. Si bien qu’entre ces investissements annulés et certains projets non réalisés en 2014 et 2015 (enquête de satisfaction et acquisition d’un logiciel de réservation) Strasbourg Mobilités va rembourser 484 000 euros à la collectivité. Un nouveau bilan est prévu pour 2018.
Après 5 ans, certains vélos sont hors d’usage. L’Eurométropole et Strasbourg Mobilités se partageront l’achat de 850 à 1500 nouveaux vélos. La plupart ne serviront qu’à remplacer ceux usagés, bien qu’il y aura « une légère hausse » du nombre de vélos en circulation. Pour les vélos usagés, ils évitent la casse explique Jean-Baptiste Gernet :
« Lors du lancement il y a 5 ans, il n’était pas défini où iraient les vélos usagés. Pour favoriser l’économie circulaire, nous avons choisi de les donner à des associations qui réutilisent le matériel, car individuellement les pièces sont utilisables. »
Autre nouveauté, le service, déjà complété avec des vélos à assistance électrique et vélos cargo, achètera quelques vélos à bras, pour que des personnes handicapées puisse tester cet appareil avant un éventuel achat.
Enfin l’avenant de délégation, prévoit de plus que doubler les places pour vélos dans les parkings à Tanneurs et Sainte-Aurélie.
Sur Rue89 Strasbourg : Le Vélhop plait un peu trop, la CUS dépassée et à court d’idée
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