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Bilan et meilleurs souvenirs de 2015 au cinéma

Bilan et meilleurs souvenirs de 2015 au cinéma
Le cinéma a pour première vocation de nous arracher à notre quotidien
Le cinéma a pour première vocation de nous arracher à notre quotidien et de nous emmener loin de notre espace-temps (Mad Max- Photo Village Roadshow)

2015 aura été riche en événements, mais aussi une année qui nous aura fait beaucoup de cinéma ! L’heure est venue de partager avec vous ce que nous en avons retenu.

BlogUne fois n’est pas coutume, nous ne classerons pas «les meilleurs films», mais nous tenterons une synthèse de ce que le cinéma nous aura donné à voir et à ressentir en 2015. Nous vous proposons donc un bilan de nos souvenirs et de nos coups de foudre par thèmes choisis, pour évoquer ces moments forts avec vous tous, amateurs de cinéma en tout genre.

Chapitre I – Les OVNIS trash et choc du 7ème art. Spectaculaires, inédits, créatifs, ils rappellent que le cinéma est un art de subversion, de dénonciation, un véritable instrument d’ironie au sens socratique.

Les Nouveaux Sauvages, de Damián Szifron
Une série de sketches cruels, pervers, et complètement décalés pour dépeindre la sauvagerie du monde moderne. Décapant, unique, inoubliable.

ls sont prêts à tout, sans cœur et sans limites, telle est l'évolution des hommes modernes
Ils sont prêts à tout, sans cœur et sans limites; telle est l’évolution de l’homodernicus!  (Photo PROKINO Filmverleih GmbH)

The Lobster, de Yorgos Lanthimos
Glauque et tellement vrai, excessif et radical sur l’obsession de la société à imposer l’idéal du vivre en couple. Mais l’intérêt de ce film qui érige le «bête et méchant» en principe, réside surtout dans la mise en parallèle de cette critique de la pression sociale faite sur la vie de couple, avec les contradictions de tous ceux qui défendent le célibat comme un absolu -ou au moins comme un choix délibéré.

Faire couple à tout prix, n'est-ce pas choisir de devenir un animal?
Faire couple à tout prix, n’est-ce pas choisir le retour à la vie animale? (Photo Haut et Court)

Birdman, de Alejandro González Iñárritu
Du grand cinéma sur ceux qui font du cinéma, dans la vie comme à l’écran. Créatif, inventif, original, subversif mais glorieux surtout. Un film spectacle qui se la joue ouvertement et assume sa prétention à un méta-regard sur ce qu’il construit progressivement et détruit tout aussi sec.

Grandeur et décadance de ceux qui respirent au rythme de leur célébrité
Grandeur et décadence de ceux qui respirent au rythme de leur célébrité (Photo Twentieth Century Fox)

Mad Max – Fury Road, de Georges Miller
Jouissif, décalé, déjanté, explosif, déroutant, un peu répétitif mais délirant et tout simplement magnifique. Du très grand spectacle, plein d’humour et de cruauté.

Les temps futurs ne seront pas moins fous que les nôtres
Les temps futurs ne seront pas meilleurs que les nôtres; la folie des grandeurs n’a toujours pas dit son dernier mot (Photo Village Roadshow Films Limited)

Chapitre II – Ces objets précieux venus d’ailleurs pour percuter l’horizon du cinéma, des petits bijoux dont on n’a pas suffisamment entendu parler mais qui trouveront forcément des fins gourmets du grand écran pour les déguster avec plaisir

Une Belle Fin, de Uberto Pasolini
Une réalisation italo-britannique unique, profonde et poétique sur la solitude et la mort comme événement éminemment social. Une mise en scène de ces moments a priori très singuliers alors qu’ils deviennent les révélateurs de notre dépendance aux affects suggérés par le collectif.

La solitude face à la mort n'est rien comparée à celle qui peut se trainer une vie entière
La solitude face à la mort n’est encore rien comparée à celle qui peut se trainer une vie entière (Photo Piffl Medien GmbH)

Mustang, de Deniz Gamze Ergüven

Ce premier long métrage de la réalisatrice turque, nous arrive avec le parfum à la fois tendre et glaçant d’une enfance sous l’égide des mariages arrangés. Sensuel, joyeux et tragique à la fois. Une pépite savoureuse au goût d’Istanbul.

Candeur et sensualité prises aux pièges de l'autorité et des traditions
Candeur et sensualité prises aux piège de l’autorité et étouffées sous le poids des traditions (Photo Weltkino)

Knight of Cups, de Terrence Malick
En Amérique on n’a pas peur d’allier cinéma et métaphysique, voire mystique. Malick-Le-Mystérieux revisite sa vie comme on choisit parfois de la lire à partir des cartes d’un jeu de Tarot. Subjuguant.

La beauté du monde comme source de vitalité et comme gouffre infernal
La beauté du monde comme source de vitalité et comme gouffre infernal (Studio Canal)

Ixcanul, de Jayro Bustamante
Des paysans guatémaltèques embarqués dans toute la magie qu’ils mêlent à leur destin. Un drame sans spectacle, des hommes et des femmes qui nous parlent depuis leurs croyances, leurs espoirs et le cadre naturel grandiose et inquiétant qui finit par les enfermer.

Reste-t-il de la place pour les rescapés de l'âge théologique dans un monde où règne l’hyper-technologie?
Reste-t-il de la place pour les rescapés de l’âge théologique dans un monde où règne l’hyper-technologie? (Photo ARP Selection)

L’Idiot !, de Yuri Bykov
La fissure d’un immeuble haut de huit étages comme métaphore de la corruption rampante en Russie. La menace d’écroulement de tout un édifice pour dire le prix que paient les populations défavorisées dans le système politique et économique de Poutine. Un film sobre et puissant qui met en exergue le pouvoir de la misère sur la déconstruction de l’humain.

La naïveté de ceux qui rêvent encore ne pourra jamais combattre le cynisme de tous les profiteurs du système
La naïveté de ceux qui rêvent de justice ne pourra jamais combattre le cynisme de tous les profiteurs du système (Photo Kinovista)

Coming Home, de Zhang Yimou
Les traumatismes de la révolution culturelle chinoise ne sont pas que sociaux, ils sont aussi personnels et affectifs. Des vies entière ont été brisées par l’injustice de ces programmes de «liberté forcée»… Un fable sur l’oubli et sur l’impossibilité d’effacer ce que l’histoire a détruit.

l'Histoire n'est pas une mémoire collective, sa trace est indélébile mais strictement individuelle
L’Histoire n’est pas une mémoire collective, sa trace est indélébile mais avant tout individuelle (Photo Bai XiaoYan)

A Girl walks home alone  at  night, de Anna Lily Amirpour
Un film iranien fantastique avec un(e) vampire qui circule en burka sur un skateboard. Une histoire d’épouvante sans peur ni tension, avec pour seule « frayeur » la beauté saisissantes des images. Un opus très étrange où les mots sont rares; le dialogue se fait dans le métissage des cultures, des époques et des caractères.

Voyage ans l'imagination débordante d'une époque sans frontières et d'un lieu sans foi ni loi
Voyage dans l’imagination débordante d’une époque sans frontières et d’un lieu sans foi ni loi (Pretty Pictures)

Phoenix, de Christian Petzold
C’est l’histoire d’une femme juive et allemande qui sort des camps de concentration et réintègre ce pays qui a condamné son peuple à mort. Elle tente de renaître de ses cendres dans le regard de son mari qui refuse de la reconnaître. Pas suffisamment réaliste mais très troublant, et exceptionnel de bout en bout malgré tout.

reconnaitre ses responsabilités comme unique moyen de reconnaitre la souffrance de l'autre
Assumer ses responsabilités comme unique moyen de reconnaitre la souffrance de l’autre (Photo Christian Schulz)

Chapitre III – Des très bons moments du cinéma français, à voir ou à revoir en famille

Nous trois ou rien, de Kheiron
Un récit poétique, intense, drôle et émouvant sur l’immigration et l’intégration d’une famille Iranienne en banlieue parisienne. « Bref », beaucoup plus que des sketches de Kheiron: une autobiographie très originale en mode cinéma d’auteur.

L'histoire et les traditions d'une famille sont-elles déplaçables d'un pays à l'autre?
Les traditions et les projets d’une famille sont-ils déplaçables d’un pays à l’autre? (Photo Gaumont Distribution)

Les Cowboys, de Thomas Bidegain
Un des plus grands scénaristes français passe derrière la caméra pour nous préparer à un monde où les systèmes de valeurs sont radicalement remis en question. A partir du récit d’une famille sans histoires dont la fille part pour le Jihad, Bidegain trace les lignes du bouleversement des rapports intergénérationnels et de la confiance que nous avons en la société.

combat des Cowboys contre les Indiens
Le monde se divise -depuis toujours et- de toutes parts en combat « des Cowboys contre les Indiens » ( Antoine Doyen)

Microbe et Gasoil, de Michel Gondry
Un road-movie de teenagers en décor de carton-pâte comme seul Gondry pouvait nous le mettre en scène. Un univers fantastique, drôle et pétillant, pour dire nos vies dans ce qu’elles cherchent à conserver de l’enfance. Un régal, un rafraichissement !

Et si l'adolescence pouvait se vivre dans un bulle construite sur mesure?
Et si l’adolescence pouvait se transformer en un voyage que l’on entreprend dans une bulle construite sur mesure ?

Chapitre IV – Ces français qui aiment à conjuguer l’amour et le cinéma à tous les temps. Ils nous étonnent encore, nous charment et nous font vibrer

Trois souvenirs de ma jeunesse, Arnaud Deplechin
Une plongée proustienne dans ce moi sensible, quand il cherche à se saisir pour dire ce qui fait que l’on souffre, que l’on s’arme de courage, que l’on devient capable de défendre des causes, et puis d’aimer. La dernière étape étant la plus complexe, car elle aspire à l’impossible: exprimer l’ineffable et mettre fin à toutes les contradictions insolvables. Romanesque et profondément romantique.

L'adolescence magnifiée comme source de toute la vitalité amoureuse à venir
L’adolescence magnifiée comme source intarissable de toute la vitalité amoureuse de l’age adulte (Photo Jean-Claude Lother)

L’Astragale, de Brigitte Sy
Un magnifique film en noir et blanc tourné en version d’époque, sur la passion dévorante de cette évadée de prison pour son sauveur. Un véritable bijou du cinéma de cette année, basé sur l’autobiographie de Albertine Sarazin. Très esthétique et poignant.

La passion amoureuse est une prison comme une autre
La passion amoureuse est une prison comme une autre (Photo Alfama Films)

A trois on y va, de Jérôme Bonnel
Quand les relations multiples révèlent l’homosexualité qui sous-tend certaines formes de l’amour, et réciproquement. Un triangulaire profondément sensible, pleine de charme, de sensualité et de douceur. Quelque chose d’onirique devient magique.

Hommes, femmes, amants et mantes, mode d'emploi
Hommes, femmes, amants et amantes, mode(s) d’emploi (Photo Wild Bunch Distribution)

L’ombre des femmes, de Philippe Garel
L’amour, le désamour et la jalousie dans une version très assumée où les hommes et les femmes s’opposent assez schématiquement dans leurs genres respectifs. Des images précises et très soignées, par un spécialiste de la question du désir.

L'amour aurait-il du sens et de la force sans être médiatisé par la jalousie?
L’amour aurait-il du sens et de la force sans être médiatisé par la jalousie? (Photo SBS Distribution)

Mon amie Victoria, de Jean-Paul Civervrac
L’amour n’est pas aveugle, il regarde la couleur et la condition sociale de l’être aimé avant de lui vouer une passion ou de lui sacrifier ses privilèges. Un drame juste et authentique; un grand moment de vérité et d’émotion.

Les frontières de l'amour se dessinent aussi dans l'espace et dans le temps
Les frontières de l’amour se dessinent aussi dans l’espace et dans le temps (Photo Claire Nicol)

Chapitre V – Ces témoignages aussi beaux que tragiques et terrifiants. Ils sont ce que nous sommes, qu’ils appartiennent au présent ou même au passé. Des moments très forts, âmes sensibles s’abstenir.

Le Fils de Saul, de Laszlo Nemes
Le premier film sur la Shoa au sens strict de processus d’extermination. Des séquences à couper le souffle pour un presque-documentaire inédit sur les Commandos de la Mort, les SonnderKomandos. Une reconstitution très réaliste qui reste essentiellement dans le hors-champs, un témoignage d’une pudeur exceptionnelle.

Comment rester un homme alors qu'on vous oblige à devenir un assassin?
Comment rester un homme alors que l’on vous oblige à devenir un traître et un assassin ? (Photo Ad Vitam)

Crosswind – La croisée des vents, de Martti Helde
Un objet cinématographique rare et précieux sur les populations envoyées au Goulag à partir d’Estonie. Une prouesse photographique au service de la mémoire de toutes ces personnes que l’on a tenté d’effacer de l’histoire.

Une caméra qui tourne autour de tableaux vivants pour faire revivre les oubliés de l'histoire
Une caméra qui tourne autour de tableaux vivants pour faire revivre les oubliés des Goulags (Photo ARP Distributon)

Much Loved, de Nabil Ayouch
Une dénonciation courageuse et éprouvante. Un aperçu rude et réaliste mais aussi plein de vie et de tendresse sur la misère et la résignation des prostituées arabes. Une ode à celles que tout le monde fustige sans vergogne et dont chacun profite impunément.

Splendeur et misère des courtisanes magrébines
Splendeur et misère des courtisanes en terre d’Islam (Photo Virginie Surd)

Elser – Un Héros ordinaire, de Olivier Hirschbiegel
Peut-on imaginer la réécriture de l’histoire si l’attentat destiné à tuer Hitler, préparé par Elser Georg avait réussi ? Certainement pas, mais l’on souffre davantage à l’idée de ce qui n’a pu être évité malgré le dévouement sans limite de ces héros en apparence très ordinaires.

"En ces lieux où l'humain a disparu, force toi d'être un homme"
« En ces lieux où l’humain a disparu, efforce toi d’être un homme »,  Maximes des Pères (Photo Lucky Bird Pictures)

Chapitre VI – Ce «foutage de gueule» que certains voudraient ériger en cinéma d’art et d’essai

Jauja, de Lisandro Alonso
La Nina de Fuego, de Carlos Vermut
Le Dos Rouge, de Bertrand Bonello
Taxi Téhéran, de Jafar Panahi
À la Folie, de Wang Bing

Chapitre VII – Ces fictions basées sur des histoires vraies, qui ont marqué nos mémoires pour toujours

Imitation Game, de Morten Tyldum
Quand les enjeux politiques se mêlent aux découvertes scientifiques, l’Histoire fait des pas de géant… Mais la vie d’Alan Turing nous rappelle que les valeurs morales sont à géométrie variable, et qu’elles dépendent surtout des intérêts qui les gouvernent. Instructif et percutant.

La solitude d'un homme génial et différent face à la folie et l'intolérance des hommes
La solitude d’un surdoué, génial et différent, face à la folie et à l’intolérance des hommes (Photo SquareOne Entertainment)

American Sniper, de Clint Eastwood
L’Amérique magnifiée et/ou ridiculisée par l’histoire de ce Sniper qui s’exécutait à la façon de tous ces soldats qui se dévouent « sans réserve » à leur nation. La plupart d’entre eux évitent de prendre parti et n’envisagent même pas de saisir les enjeux des conflits auxquels ils participent. Un film de guerre passionnant et haletant.

Le dévouement sans failles est-il la meilleure qualité d'un soldat?
Le dévouement à toute épreuve est-il la meilleure qualité d’un soldat? (Photo Warner Bros)

Le Labyrinthe du silence, de Guillio Ricciarrelli
L’histoire du procès de Munich qui eut lieu en 1963, presque 20 ans après la fermeture des camps d’extermination. Moment inouï où l’Allemagne accepte de se faire elle-même le juge de son passé. Un récit à peine croyable, un témoignage remarquable sur la façon dont s’écrit l’histoire «des perdants».

En enquête pour crever les abcès de du passé, un procès pour briser les tabous de toute une population
Une enquête incomparable pour crever les abcès du passé, un procès pour briser les tabous de toute une population (Photo Universal, International Pictures Germany)

Invicible, de Angelina Jolie-Pitt
Un champion olympique, un homme à la dérive plusieurs semaines sur l’océan, un soldat dévoué à sa patrie qui affronte la haine et la torture de l’ennemi… Certains hommes traversent en une seule vie ce qui demande plusieurs décennies à comprendre et à digérer. Invincible, mais surtout inimaginable mais vrai.

Les héros les plus spectaculaires commencent toujours par avoir été des hommes ordinaires...
Les héros les plus spectaculaires ont le plus souvent commencé par être des hommes ordinaires… (Photo Universal Pictures International France)

La Femme au Tableau, de Simon Curtis
Pour les amoureux d’art, et les passionnés de cette partie de l’histoire qui se construit à partir de grands procès, ce film est un témoignage aussi précieux qu’un Klimt… Une histoire singulière qui prend très vite une dimension universelle. Une leçon de vie et d’optimisme de la part de tous ceux qui se sont obstinés à reconstruire sur les décombres.

Rehabilité une part de soi en récupérant la gloire passée qui nous été dérobée
Réhabiliter une part de soi en récupérant la gloire passée qui nous a été dérobée (Photo SND)

Chapitre VIII – Les films que l’on attendait mais qu’on oubliera très vite

Big Eyes, de Tim Burton
Into de Woods – Promenons-nous dans les bois, de Bob Marshall
Réalité, de Quentin Dupieux
Lost River, de Ryan Gosling
007 Spectre, de Sam Mendès
Vue sur Mer, de Angelina Jolie-Pitt
Mia Madre, de Nanni Moretti

Les meilleurs acteurs et les plus belles actrices ne suffisent pas à faire un bon film - Chrispoher Waaltz et Léa Seydoux, dans SPECTRE
Les meilleurs acteurs et les plus belles actrices ne suffisent pas à faire un bon film – Christph Waltz et Léa Seydoux dans Spectre (Sony Pictures Releasing GmbH)

Très belles fêtes de fin d’année, et à très bientôt pour partager encore et plus avec vous notre passion-cinéma.

Au Christkindelsmärik de Pékin, des douaniers suspicieux, des Chinois conquis

Au Christkindelsmärik de Pékin, des douaniers suspicieux, des Chinois conquis
La Strasbourgeoise Dahlia Kretz et ses deux collègues chinois tiennent le chalet de l'Oncle Hansi. (Photo P.Schmitt)
La Strasbourgeoise Dahlia Kretz et ses deux collègues chinois tiennent le chalet de l’Oncle Hansi. (Photo P.Schmitt)

Après Tokyo et Moscou, Pékin accueille cette année le marché de Noël délocalisé de Strasbourg dans un centre commercial haut de gamme. Bloqués par la douane, les produits expédiés d’Alsace ont bien failli ne jamais arriver dans les rares chalets alsaciens. Il n’empêche : les Chinois sont conquis par le concept.

C’est à croire que les douaniers chinois ont scanné chaque bredele aux rayons X. Arrivés le 20 novembre en Chine, les biscuits, chocolats et autres pains d’épices alsaciens n’ont pu atteindre leur chalet que le 18 décembre, soit deux semaines après le début du « marché de Noël de Strasbourg à Pékin ». Toutefois, les visiteurs chinois ne se sont doutés de rien. Et pour cause, presque aucun de la centaine de chalets n’avait prévu de vendre de produits alsaciens !

Ainsi, depuis l’ouverture le 5 décembre, l’illusion est parfaite : le Christkindelsmärik chinois propose surtout… des articles européens de toutes sortes, industriels ou artisanaux. Cosmétiques italiens, spécialités espagnoles, avec aussi la participation des chambres de commerce belge et allemande : tout se passe comme si Strasbourg avait voulu promouvoir à la fois son statut de capitale européenne et celui de capitale de Noël !

Les Chinois obtiennent un visa plus vite que les marchandises alsaciennes

Début décembre, dans les rares chalets alsaciens – une demi-douzaine en comptant large –, les responsables ont toutefois réussi à improviser avec une belle déco et en faisant déguster du vin chaud aux visiteurs, en attendant le dédouanement. Une bonne idée, car en Chine, face à l’adversité, l’essentiel est de garder la face ! C’est aussi avec cette méthode de la « critique souriante » que l’adjoint strasbourgeois et président de l’office de tourisme Jean-Jacques Gsell, agacé par les lenteurs douanières, a fait passer le message en des termes diplomatiques lors de l’inauguration :

« Maintenant, les Chinois peuvent obtenir un visa en 48 heures (sous certaines conditions, ndlr), et c’est un grand progrès. Il faut espérer que ce soit bientôt la même chose pour les marchandises ; il y a encore du travail, mais c’est en bonne voie […]. »

Traduction : la France a fait des efforts pour accueillir les touristes chinois, à la Chine maintenant de lever les barrières à l’importation des produits français. Et d’ajouter, non sans malice :

« Et en particulier pour les marchandises en provenance d’Alsace, de Strasbourg ! »

La cathédrale de lumière culmine à 6 mètres de haut. (photo P. Schmitt)
La cathédrale de lumière culmine à 6 mètres de haut. (photo P. Schmitt)

Le bureau de représentation remplacé par un consultant

Longtemps, l’Alsace disposait pourtant d’un bureau de représentation officiel à Pékin pour faciliter les échanges économiques, celui d’Alsace International. Or, ce bureau agréé par les autorités chinoises, atout considérable de leur point de vue, a été fermé en 2012 pour être remplacé par les services d’un consultant.

Cette jeune femme vient pour la deuxième fois. Les Chinois adorent se mettre en scène devant des décors exotiques.
Cette jeune femme vient pour la deuxième fois. Les Chinois adorent se mettre en scène devant des décors exotiques.

L’on peut toutefois se réjouir : à ces coulisses peu reluisantes, le visiteur chinois ne prête guère attention, trop habitué à devoir lui-même déjouer les lourdeurs administratives dans sa vie quotidienne. Au contraire, la version pékinoise du marché de Noël de Strasbourg, avec ses petits chalets si typiques et sa majestueuse cathédrale de lumière, de l’avis de tous, dégage quelque chose de féerique.

Installés en extérieur, dans les dédales de ruelles piétonnes du gigantesque centre commercial Solana, dont l’architecture rappelle celui de Roppenheim, les chalets sont incontournables pour toute personne venue faire ses courses. Ils ajoutent une touche alsacienne au décor de Noël de la capitale chinoise, symbolisé depuis plusieurs années par un « festival de lumières » où des milliers d’illuminations éclairent la nuit pékinoise.

Le chalet de tartes flambées concoctées par un Chinois. (photo P. Schmitt)
Le chalet de tartes flambées concoctées par un Chinois. (photo P. Schmitt)

À Pékin pendant 5 ans ?

Et les Chinois ne font pas que passer, ils s’arrêtent, et adorent se photographier et déambuler dans ce décor de bois et de lumières qu’ils ont découvert au hasard de leur shopping. Certains achètent même le « passeport » (20 yuans, soit 2,90 euros) à faire tamponner dans les différents stands. Et plusieurs visiteurs (surtout visiteuses) reviennent avec des photographes professionnels pour prendre la pose devant les chalets, à la manière de stars de cinéma !

Si l’on en croit la communication officielle chinoise, le marché de Noël de Strasbourg – 斯特拉斯堡 , « si te la si bao » en alphabet pinyin – sera délocalisé à Pékin pendant cinq années consécutives.

Aller plus loin

Sur Le Figaro.fr : Strasbourg: son marché de Noël à Pékin
Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur le marché de Noël

Quand l’Ancienne douane était le Rungis de Strasbourg

Quand l’Ancienne douane était le Rungis de Strasbourg
Au Moyen Age, l'Ancienne douane est la porte d'entrée des marchandises à Strasbourg (Archives Strasbourg)
Au Moyen Age, l’Ancienne douane est la porte d’entrée des marchandises à Strasbourg (Archives Strasbourg)

Au bout de la rue, la ville. – Les débats furent âpres, au tournant des années 2010, quant à la réaffectation d’une partie des locaux dits de « l’Ancienne douane », abritant désormais le magasin de producteurs « La Nouvelle douane ». Juste retour des choses ? Autour du pont du Corbeau, s’est joué pendant plusieurs siècles l’approvisionnement fluvial de Strasbourg en victuailles diverses. Promenade historique rue de la Douane et alentours.

Parmi les commentaires que l’on retient du circuit Batorama, il y a celui concernant le pont du Corbeau, où l’on plongeait, dans des temps obscurs, les criminels dans l’eau de l’Ill, enfermés dans des cages. Ou celui sur l’Ancienne douane, long bâtiment plusieurs fois détruit, dans le ventre duquel les groupes de touristes engloutissent depuis 1966 choucroutes garnies et tartes flambées.

Place et pont du Corbeau, place de la Grande-Boucherie et rue de la Douane figurent parmi les lieux les plus empruntés de Strasbourg. Un fait non démenti depuis… 1358 et la création de la douane, ou Kaufhaus, le long de la rivière, centre névralgique de l’activité commerçante de la ville et point de passage obligé des marchandises telles que sel, vin, poisson ou tabac.

Photo aérienne de la rue de la Douane et du pont du Corbeau (Google map) - Plan Morant, 1548 (CRDP Strasbourg)
Photo aérienne de la rue de la Douane et du pont du Corbeau (Google map) – Plan Morant, 1548 (CRDP Strasbourg)

Douane fluviale et place d’échanges entre les murs de la cité

À l’emplacement de ce que l’on identifie aujourd’hui comme l’Ancienne douane, se trouve un dépôt de sel de Lorraine depuis 1143. Entre 1353 et 1358, la ville de Strasbourg lance la construction du Kaufhaus entre les ponts du Corbeau et Saint-Nicolas. Il s’agit d’une douane fluviale, place d’échanges au cœur de la cité, à l’intérieur des murs de la vieille ville. Le site de l’actuel restaurant A l’Ancienne douane nous apprend :

« En 1401, le rez-de-chaussée de l’édifice fût racheté par un boucher du nom de Spanbett, qui y exploita une auberge. Le reste de l’immeuble servait d’entrepôt aux marchandises en provenance de l’extérieur de la ville, et assujetties aux différents péages en vigueur. (…) De grandes foires étaient organisées au Kaufhaus, notamment celles de la Saint-Martin, où l’on exerçait le commerce du sel, du vin et de la viande, ou bien encore la foire Saint-Jean. En 1497, pendant cette foire de la Saint-Jean, un incendie éclata dans l’auberge (…). En 1507, [elle] fût reconstruite avec les fonds de l’Œuvre Notre-Dame.

Avec le développement de l’activité commerciale, de nombreux aménagements et agrandissements furent progressivement réalisés, et en particulier en 1751. Suite au départ de la douane, en 1803, en raison du déplacement du trafic vers la zone portuaire, le nouveau bâtiment, appelé désormais « Ancienne douane », connut diverses utilisations, comme le marché aux vins jusqu’en 1842. Dès 1853, l’édifice fût attribué à l’administration des contributions indirectes, qui y installa un magasin de tabac en feuilles. »

D’abord simple halle aux pignons crénelés et peints, la douane est donc agrandie, avec des échoppes et deux grues à tourelles pivotantes (ci-dessous) qui permettent de soulever des charges jusqu’à une tonne, comme des foudres de vin. Une maisonnette y est accolée qui servait aux contrôleurs des marchandises jusqu’au début du XIXème siècle. Dans la rue de la Douane, se tiennent dès le haut Moyen-Age des marchés de denrées, les fameuses foires évoquées plus haut, marchandises arrivées par voies fluviales et dédouanées : poissons, légumes et autres produits du terroir.

Les grues de l'Ancienne douane - source : Roger Forst "Il était une fois Strasbourg" (Photos MM)
Les grues de l’Ancienne douane, détruites en 1865 (Source : Roger Forst « Il était une fois Strasbourg »)
Hangars à diligences rue de la Douane, 1865 (Carte postale Archi-Strasbourg)
Hangars à diligences, rue de la Douane, en 1865 (Carte postale Archi-Strasbourg)

La douane migre avec le port, les bâtiments restent

Alors qu’en 1803 le contrôle des produits se déplace, avec le reste du port, vers le Rhin et les bassins sud, puis Est, une bonne part des locaux de l’Ancienne douane sont envahis par des boutiques de cigares, de bijoux, de montres, d’horloge et d’argenterie. On enlève progressivement les bateaux-lavoirs côté Ill pour élargir la berge par une chaussée sur pilotis, tandis que les hangars à diligences (ci-dessus), rue de la Douane, sont remplacés vers 1870 et l’arrivée du train à Strasbourg, par des arbres – qui existent toujours sur l’actuelle place du 17-Octobre-1961.

Les grues sont détruites en 1865 et remplacées par une maison (1880), où sont installés les locaux de la première caisse d’épargne de Strasbourg. À partir de 1906, la crèche Stenger-Bachmann investit ce bâtiment, agrandi au tournant des années 2000 par des parties vitrées colorées (ci-dessous).

La crèche remplace l'ancienne caisse d'épargne et avant elle, les grues (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
La crèche, avec ses ajouts vitrés, remplace l’ancienne caisse d’épargne et avant elle, les grues (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Culture ou légumes, le débat des années 2010

Partiellement détruit en 1944, le bâtiment de l’ancienne douane est retapé au début des années 1960. En 1962, sont installées dans la partie avant (côté Corbeau) les collections embryonnaires du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, mais ces dernières déménagent en 1998 avec la création du MAMCS à la Petite France.

Survit là, quelques années encore, un espace d’expositions temporaires, que la municipalité menée par Roland Ries réaffecte à de la vente de produits alimentaires locaux au tournant des années 2010. Après un débat entre des parties irréconciliables, le magasin « La Nouvelle douane » ouvre ses portes en novembre 2014.

La douane devient une halle entourée d'échoppes dans le courant du XIXème siècle - "Markthalle" sous le Reich, puis "Marché du pont du Corbeau" dans l'Entre-deux-guerres - Vue verticale : perspective par la rue d'Or, avant le percement de la rue de la Première-Armée (Source Roger Forst "Il état une fois Strasbourg")
En plus d’accueillir une auberge, la douane devient une halle entourée d’échoppes dans le courant du XIXème siècle – « Markthalle » sous le Reich, puis « Marché du pont du Corbeau » dans l’Entre-deux-guerres – Vue verticale : perspective par la rue d’Or, avant le percement de la rue de la Première-Armée (Source : Roger Forst, « Il était une fois Strasbourg »)
L'Ancienne douane abrite depuis désormais la "Nouvelle douane" (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
L’aile Est de l’Ancienne douane abrite désormais le magasin « La Nouvelle douane », ouvert en novembre 2014 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Autour de la douane, les maisons de marchands et corporations

Même permanence dans l’histoire, malgré les détériorations dues aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale, au début de la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons. Où sont installés aujourd’hui un pub et une pizzeria, un bâtiment aux larges baies vitrées est longtemps appelé « la Mauresse ». Tant que dure l’activité commerciale, fluviale et douanière du lieu, cette maison est le siège d’une importante corporation de sauniers, employés de la gabelle, marchands de salés, fruitiers, chandeliers, cordiers, chanvriers et ouvriers du tabac.

"La Mauresse", maison de commerce et siège d'une corporation puissante d'artisans, est aujourd'hui occupée par un pub et une pizzeria au début de la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons (Illustration de 1780, in "Il était une fois Strasbourg" - Photo MM / Rue89 Strasbourg)
« La Mauresse », maison de commerce et siège d’une corporation d’artisans, est aujourd’hui occupée par un pub et une pizzeria au début de la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons (Illustration de 1780, in « Il était une fois Strasbourg » – Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Dans les voies adjacentes, rues de l’Ail, de l’Epine, de l’Ecurie, de l’Arbre-Vert, des Tonneliers, ruelles du Fumier ou de l’Agneau (non-accessibles), se mêlent maisons patriciennes du Moyen Age, de la Renaissance, de la période wilhelminienne ou plus récentes, qui font suite aux destructions de 1944. Jusqu’à la Révolution, c’est là que vivent des familles de négociants – comme au n°1 de la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons – ayant affaire avec la douane.

Les ruelles débouchant sur la rue de la Douane sont fermées à la circulation aujourd'hui (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Les ruelles débouchant sur la rue de la Douane sont fermées à la circulation aujourd’hui (Photos MM / Rue89 Strasbourg)

Anciennes boucheries : où l’on tue animaux et criminels

En face de la douane et de ses marchés, l’ancienne boucherie, qui abrite depuis 2004 le Musée historique de Strasbourg, complète le dispositif d’approvisionnement alimentaire de la vieille ville. En 1287, on trouve là un parc à bestiaux et un abattoir en plein air, couvert en 1353. Construit en 1587 en forme de U ouvert sur la berge de l’Ill, le bâtiment – proche de la version actuelle, restaurée à de multiples reprises – héberge les étals des bouchers.

Des constructions sommaires en surplomb de l’Ill (disparues) servent à l’équarrissage des animaux, dont les résidus sont jetés dans l’Ill. C’est là que le Magistrat (équivalent du maire) fait exécuter les peines capitales : les meurtriers sont balancés du pont du Corbeau (ou pont du Supplice, Schindbrück, en 1120, qui devient pont de la Boucherie en 1685, pont Rousseau en 1773 et pont du Corbeau à partir de 1816), ficelés dans des sacs et noyés dans l’Ill. Autre joyeuseté : l’on plonge les marchands malhonnêtes, enfermés dans des cages, dans l’eau polluée par les rejets de boucherie, autant de fois que le décide le Magistrat, avant de les relâcher…

En 1914, des lanternes coiffées de tourelles en fonte et hauts mâts sur le pont rappellent les cages à délinquants et/ou la flèche de la cathédrale (photos ci-dessous). Les avancées sur l’Ill des anciennes boucheries ont été enlevées, tandis que le lieu héberge depuis 1899 un Musée d’art décoratif puis un Musée historique à partir de 1920. Fermé pour de longues rénovations, il rouvre en 2004 et abrite le célèbre plan en relief de 1727. En face, le café Montmartre (qui change plusieurs fois de nom) est plus que centenaire. Dans les années 1930, il héberge même un cabaret avec cinéma.

Accrochés aux anciennes boucheries, des baraquements en surplomb de l'Ill où étaient tuées les bêtes (Photo 1852, in "Il était une fois Strasbourg", Roger Forst) - Pont du Corbeau (Photo 1919, ibid) - Le Musée historique aujourd'hui, donnant sur la place de la Grande-Boucherie, où se trouve la café Montmartre (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Accrochés aux anciennes boucheries, des baraquements en surplomb de l’Ill où étaient tuées les bêtes (Photo de 1852, in « Il était une fois Strasbourg », Roger Forst) – Pont du Corbeau, avec ses lanternes rappelant la flèche de la cathédrale (Photo de 1919, ibid) – Le Musée historique aujourd’hui, donnant sur la place de la Grande-Boucherie, où se trouve le café Montmartre (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Place du Corbeau, des maisons (disparues) surplombent l’Ill

Jusqu’en 1945, un bloc de maisons à colombages et Renaissance occupe le bout du quai des Bateliers et donne sur la place (et le pont) du Corbeau. Devant ces maisons, passe l’hippomobile vers 1880 – dont la première ligne relie la place Kléber à la place d’Austerlitz – puis le tramway électrifié fin XIXème. On y trouve l’un des plus riches commerçants du secteur (le comptoir colonial), un coiffeur, des boutiques artisanales ou d’alimentation.

Le pont du Corbeau en 1865 (Archi-Strasbourg) - Même vue en 2015, les maisons à gauche, côté Bateliers, ont disparu (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Le pont du Corbeau en 1865 (Carte postale Archi-Strasbourg) – Même vue en 2015, les maisons à gauche, côté Bateliers, ont disparu (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Place du Corbeau, avant démolition des maisons situées sur le quai des Bateliers face aux ancienne boucheries (Source : Roger Forst, "Il était une fois Strasbourg)
Place du Corbeau, avant démolition des maisons situées sur le quai des Bateliers face aux anciennes boucheries (Source : Roger Forst, « Il était une fois Strasbourg)

En face, l’hôtel de la Cour du Corbeau est réputé depuis 1528. Fermé en 1854, l’hôtel abrite ensuite les activités de la verrerie Ott jusqu’en 1982, avant d’être laissé à l’abandon, puis rénové dans les années 2000. Un hôtel 4 étoiles y est ouvert depuis 2009.

#pont du corbeau

Les retombées du marché de Noël, refroidies par les annulations

Les retombées du marché de Noël, refroidies par les annulations
Le marché de Noël, un événement essentiel pour les forains.
Le marché de Noël, un événement essentiel pour les forains. (M. Roussey / Rue 89 Strasbourg)

Maintenu sous des conditions de sécurité drastiques, le marché de Noël se termine de manière anticipée. Entre le traumatisme des attentats et les emplois supprimés, la locomotive économique de Strasbourg reste marquée par les annulations du début du mois.

Six semaines après les attentats, les touristes sont revenus sur le marché de Strasbourg, bien décidés à acheter leurs derniers cadeaux de Noël. Leur présence était attendue avec impatience par les forains, mais aussi les hôteliers, les restaurateurs et les commerçants, inquiets des conséquences des attaques parisiennes.

Car les exposants ne sont pas les seuls à profiter du rayonnement du marché de Noël. Avec près de deux millions de visiteurs et des retombées toujours difficiles à évaluer, mais que l’Office régional du tourisme en Alsace (ORTA) estimait en 2014 à 254 millions d’euros, le marché booste l’économie locale et décembre constitue le meilleur mois de l’année pour de nombreux commerçants, hôtels ou restaurants.

3 000 emplois saisonniers créés pour le marché

Tous secteurs confondus, près de 3 000 emplois saisonniers ont été créés en 2014 selon Pôle Emploi. Sur la place du Temple neuf, Shannon et Rachelle interpellent les passants pour leur faire goûter des spécialités à la châtaigne. Strasbourgeois tous les deux, c’est la première fois qu’ils participent au marché en tant que vendeurs. Le reste du temps, Shannon est étudiant en master d’histoire militaire.

Ce job saisonnier lui permet de financer un stage à l’étranger. Pour être recruté, il a passé un entretien après avoir postulé à des annonces postées sur internet. Sa collègue, elle, a eu le poste grâce à un speed-dating à Pôle Emploi, avec trente autres candidats. Payés au SMIC, ils ne touchent aucun pourcentage sur le nombre de ventes et n’ont donc pas la pression :

« Il y a une bonne ambiance dans l’équipe et avec les passants. Le but est bien sûr de vendre mais aussi de faire découvrir les produits. »

En moyenne, les visiteurs dépensent 65€ par jour sur le marché de Noël.
En moyenne, les visiteurs dépensent 65€ par jour sur le marché de Noël. (M. Roussey / Rue89 Strasbourg)

Avant l’ouverture du marché, certains vendeurs bénéficient d’une formation, comme ceux employés par la créatrice de pains d’épices Mireille Oster. L’année dernière, la boutique a embauché quarante-huit personnes pour la période du marché, et comptait en embaucher autant cette année :

« Si les gens ne déliraient pas complètement en faisant croire à d’autres que des atrocités vont se passer, le marché aurait les mêmes retombées que l’an passé. »

Moins d’embauches à cause des attentats

Après le 13 novembre, de nombreux commerçants ont réduit leurs effectifs. Yves Jean, gérant du magasin Aux merveilles de la cathédrale, avait prévu d’embaucher deux personnes en plus de ses cinq vendeurs habituels.

Depuis que le marché s’est installé place de la cathédrale en 1991, décembre représente pour lui le mois le plus important de l’année. Pendant la deuxième quinzaine de décembre, son magasin a enregistré une perte de 25% de chiffre d’affaires. Yves Jean a préféré annuler les CDD prévus.

Pour lui, les mesures de sécurité mises en place par la Ville permettent de rassurer les visiteurs mais elles compliquent aussi la livraison des marchandises et dissuadent certains riverains de venir jusqu’au centre-ville.

L’éveil des sens, un restaurant gastronomique situé dans le quartier Petite France, note lui aussi une baisse de fréquentation. Cette année, Marie la gérante n’a embauché qu’une personne supplémentaire contre deux ou trois les années précédentes. En temps normal, le marché de Noël permet au restaurant de gagner le double par rapport à un mois normal. Maigre consolation pour les commerçants, le préfet a autorisé l’ouverture des magasins le dimanche 17 janvier, pendant les soldes.

Des retombées économiques inégales pour les commerces

Pour d’autres en revanche, difficile de savoir si le commerce est boosté par le marché car celui-ci n’a aucun lien direct avec leur activité. Dans la boutique de prêt-à-porter Lodge, située au centre-ville, les touristes ne représentent que 15% de la clientèle. Si décembre est le meilleur mois de l’année, c’est avant tout parce que les achats concernent les cadeaux de Noël. En s’éloignant du centre, le flot de touristes se tarit. À dix minutes de la cathédrale, dans une impasse du quartier de Neudorf, le restaurant  S’Musauer Stuebel tourne avec des habitués ou des clients attirés par les commentaires sur Internet. Christophe Fischer, l’un des gérants, explique :

« Le marché ne nous apporte rien ou pas grand chose. Que les touristes soient là ou non, cela ne change rien pour nous. »

 

L’hôtellerie double ses prix pendant le marché

L’Alsace est la seule région de France où les hôtels enregistrent plus de nuitées en décembre qu’en été. L’une des rares auberges de jeunesse de Strasbourg, l’auberge des Deux-Rives, accueille beaucoup de touristes pour le marché de Noël, comme l’explique son gérant Méhdi Boudari :

« Décembre est le meilleur mois de l’année. Il draine à lui seul environ 5 000 nuitées. Le reste de l’année, on ne compte au total que 3 000 à 4 000 nuitées. Mais avec les attentats, on a subi 1 600 annulations début décembre »

En période de Noël, le prix de la chambre augmente de quelques euros. D’autres hôtels en revanche n’hésitent pas à doubler ou tripler leurs tarifs. Mais cette année, même les plus grands hôtels ont dû brader leurs prix. Soraya Bouzar, gérante de l’hôtel le Bristol, redoutait un mois de décembre catastrophique.

« Beaucoup de clients ont annulé leur séjour et les réservations ont chuté de 30%. Pour limiter la casse, on multiplie les offres de dernière minute. Et comme le marché de Noël ne dure que jusqu’au 24 décembre cette année, nous avons aussi subi des annulations pour le Nouvel an. »

Dormir chez l’habitant, un marché en pleine expansion

La psychose ambiante n’est pas la seule raison de la baisse de fréquentation. Sur l’ensemble de l’année 2014, les logements proposés par les particuliers représentaient déjà 16% de l’offre en hébergement en Alsace. Pendant le marché de Noël, les Strasbourgeois accueillent quatre fois plus de voyageurs, selon les chiffres obtenus auprès de Airbnb. En plus des 2 047 logements répertoriés par le site dans la métropole, soit 1,5 fois plus que l’an dernier à la même date, l’offre se poursuit sur d’autres sites de petites annonces, où certains particuliers louent des chambres allant jusqu’à 120 euros la nuit.

Dans son appartement au pied de la cathédrale, Sylvie propose une chambre à 100 euros, petit-déjeuner inclus, un tarif qu’elle juge “bien moins élevé que les prix du marché”. Elle ne loue sa chambre que pendant la période de Noël. Elle a trouvé preneurs tous les week-ends. La location lui permet de gagner 800 euros à la fin du mois, “un bon moyen de payer la taxe d’habitation ou les cadeaux de Noël”.

L’objectif du marché : donner envie aux touristes de revenir

Avec le marché de Noël, Batorama, première activité touristique commerciale d’Alsace, enregistre environ 60 000 promenades en bateau en décembre, soit quatre fois plus qu’en janvier. Malgré les 2 200 annulations enregistrées après les attentats, Reynald Schaich, directeur adjoint de la société, relativise : décembre n’est que le septième mois de l’année. Les réservations sont deux fois plus nombreuses en août :

« Les gens viennent pour le marché et en profitent pour découvrir Strasbourg, qu’ils voient pour la première. Ceux qui viennent en été prennent plus de temps pour visiter. »

Un constat que partagent de nombreux commerçants. Dans sa boutique de souvenirs, Yves Jean recroise chaque année des visiteurs en dehors du marché. Prochain rendez-vous : la Saint Valentin. L’office du tourisme prépare déjà les flyers de l’opération Strasbourg mon amour.

#L’éveil des sens#Méhdi Boudari#Mireille Oster#Soraya Bouzar#Yves Jean

Sénerval : où sont trimbalées les poubelles strasbourgeoises ?

Sénerval : où sont trimbalées les poubelles strasbourgeoises ?
L'Eurométropole estime qu'elle produit 160 000 tonnes de déchets ménagers par an, qu'il faut bien traiter malgré les problèmes de son usine d'incinération. (Photo Daniel Grossenbacher / Flickr /cc)
L’Eurométropole estime qu’elle produit 160 000 tonnes de déchets ménagers par an, qu’il faut bien traiter malgré les problèmes de son usine d’incinération. (Photo Daniel Grossenbacher / Flickr /cc)

Depuis plus de deux mois, l’usine d’incinération des déchets ménagers de Strasbourg est à nouveau à l’arrêt. Que deviennent vos poubelles pendant cette crise ? Chaque jour, des centaines de camions les évacuent dans l’urgence vers une dizaine de sites en France et en Allemagne, et pas toujours à côté.

Des centaines de camions évacuent chaque jour les ordures ménagères des Strasbourgeois hors de l’agglomération. Depuis plus de deux mois, l’usine d’incinération des déchets ménagers de Strasbourg est à l’arrêt. Suite à la découverte d’amiante sur le site, elle fonctionnait au ralenti depuis juin, après un premier arrêt total de six mois entre novembre 2014 et mai 2015. Que deviennent nos poubelles pendant cette crise ?

Les déchets de l’agglomération sont détournés dans l’urgence vers une dizaine de sites en France et en Allemagne, et pas toujours à côté. Malgré le silence de l’Eurométropole, propriétaire de l’usine strasbourgeoise, et celui de Sénerval, exploitant, voici un point sur ces détournements.

C’est Sénerval, l’exploitant de l’usine depuis 2010, qui s’occupe de trouver de nouvelles destinations pour nos poubelles. Au départ, en novembre 2014, cette filiale du groupe mayennais Séché Environnement est allée au plus simple. Elle a expédié les 750 tonnes de poubelles quotidiennes de l’agglomération dans son site d’enfouissement près de Laval, en Mayenne, à 800 kilomètres de Strasbourg.

Une solution pas très écolo. L’enfouissement est l’ultime mode de traitement des déchets, le dernier auquel on doit avoir recours quand on n’a aucune autre possibilité pour valoriser les matières. Déjà au printemps 2014, pendant les grèves qui avaient paralysé l’usine deux mois et demi, Sénerval avait envoyé nos poubelles en sites d’enfouissement, en Mayenne et chez Suez en Lorraine.

Mais cette fois, l’Eurométropole, propriétaire de l’usine, a exigé que son délégataire cherche une issue plus acceptable et plus proche à nos déchets. Quitte à participer à la dépense.

Au moins 100 000 euros par jour pour la collectivité

À partir de la fin décembre 2014, le groupe Suez a accepté une part de nos poubelles dans ses usines d’incinération de Sausheim (Haut-Rhin) et Schweighouse (Bas-Rhin). Mais ces usines ne traitent pas assez pour éviter l’enfouissement du reste. Pas facile de trouver des usines disponibles pour brûler des déchets supplémentaires en plus de leurs entrées habituelles. Plus tard, une fois les autorisations administratives obtenues, une partie de nos déchets ont pu être incinérées en Allemagne, via les entreprises MVV Umwelt et surtout Bohn. En tout, 114 000 tonnes de déchets strasbourgeois ont été détournés pendant l’arrêt total de l’usine entre novembre 2014 et mai 2015, soit plus de 100 000 euros par jour pour la collectivité.

En juin 2014, deux des quatre fours de l’usine strasbourgeoise ont repris du service, à 85% de leurs capacités. L’idée était de les désamianter et de les moderniser une fois les travaux sur les deux autres lignes terminés. Malgré les risques que cela peut faire courir aux salariés, les syndicats n’ont pas souhaité s’exprimer sur ce point. Dès lors, l’usine pouvait incinérer 10 000 tonnes par mois. Il en restait donc encore 7 700 à détourner.

Des enfouissements jusqu’en décembre

Sénerval a en tout jonglé entre une dizaine de sites en France et en Allemagne pour évacuer ces déchets. Le groupe Véolia a notamment ouvert les portes de ses usines d’incinération en Champagne. Plusieurs difficultés ponctuelles sur ces sites ont émaillé ce parcours. Cet été, le site de Bourogne en Franche-Comté n’a pas pu suivre. En Champagne, un incident sur l’une des usines a amputé les capacités de traitement des déchets strasbourgeois supplémentaires dans la région. D’après Sénerval, entre janvier et octobre 2015, 60% des 148 432 tonnes de déchets détournées ont finalement fini leur voyage en décharge. Le reste a été incinéré.

Les sites qui accueillent les déchets strasbourgeois (liste non-exhaustive)

Des fuites de chaudière ont finalement contraint l’usine à un arrêt total le 15 octobre. Qu’advient-il de nos déchets depuis ? Dans l’urgence, une partie d’entre eux sont d’abord allés sur le site d’enfouissement lorrain de Téting (Suez). Après quelques ajustements, l’Eurométropole assurait le 7 décembre aux élus communautaires du groupe de travail sur la politique déchets de Strasbourg que plus aucun déchet ne partait désormais en enfouissement.

Mais cet équilibre reste précaire. Il est suspendu aux autorisations administratives temporaires des différentes usines d’incinération mobilisées. Et la crise strasbourgeoise devient durable. Pour l’heure, impossible de savoir quand les deux fours strasbourgeois redémarreront.

Une priorité : réduire les déchets à la source

Aujourd’hui, les élus s’entendent sur une priorité : réduire les déchets de l’agglomération à la source. Pour Françoise Schaetzel, élue EELV à l’Eurométropole, le maintien de l’usine d’incinération de Strasbourg n’est pas une fin en soi :

« Est-ce qu’autour de nous, il y a suffisamment d’usines qui peuvent prendre nos déchets résiduels ? Et s’il faut une usine, comment la calibrer ? »

L’Eurométropole s’était engagée à réduire les déchets de l’agglomération de 7% entre 2010 et 2015. Aujourd’hui cet objectif du plan de prévention sur les déchets est atteint, grâce à plusieurs mesures dont l’incitation des habitants à utiliser des composteurs collectifs pour leurs déchets organiques.

À Alsace Nature, si on reconnaît cet effort de la collectivité mais on regrette le manque de communication de l’Eurométropole sur la crise de l’usine Sénerval. Celle-ci aurait pu servir d’argument pour mobiliser les Strasbourgeois en faveur de la réduction des déchets :

« Si l’Eurométropole avait été plus transparente, on aurait pu faire de cette crise une opportunité. Vu les problèmes rencontrés avec Sénerval, on aurait pu imaginer que la collectivité en profiterait pour communiquer beaucoup plus massivement pour la réduction des déchets. Les gens ne savent pas où vont leurs déchets ».

« Territoire zéro déchets, zéro gaspillage »

En novembre 2015, l’Eurométropole est devenue, comme 95 villes de France, lauréate de l’appel à projet de Ministère de l’Environnement « territoire zéro déchets, zéro gaspillage ». Avec le soutien financier de l’Ademe, elle doit prolonger son effort des cinq dernières années pour réduire ses déchets à la source.

Après la mise en place d’une redevance incitative spéciale pour les collectivités et les associations, sur le principe du « moins on produit de déchets, moins on paie », l’Eurométropole va continuer ses efforts pour les particuliers et réfléchir notamment à la mise en place d’une redevance, indexée sur la quantité de déchets. On estime que 30 % des ordures ménagères peuvent être compostées.

#Suez#Véolia

Sénerval à l’arrêt : une facture qui paralyse l’Eurométropole

Sénerval à l’arrêt : une facture qui paralyse l’Eurométropole
L'usine d'incinération des ordures ménagères du Rohrschollen est à l'arrêt depuis le 15 octobre. (Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc)
L’usine d’incinération des ordures ménagères du Rohrschollen est à l’arrêt depuis le 15 octobre. (Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc)

La découverte d’amiante dans l’usine d’incinération des ordures ménagères de l’agglomération paralyse le site depuis novembre 2014. La facture s’évalue à 78,5 millions d’euros pour la collectivité. Le nouvel arrêt de l’usine depuis le 15 octobre pourrait encore la faire grimper et pose la question de l’avenir du site.

C’est l’épine dans le pied de Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole de Strasbourg. La découverte d’amiante dans l’usine d’incinération des ordures ménagères de l’agglomération paralyse le site depuis novembre 2014. La facture s’élève aujourd’hui à 78,5 millions d’euros pour la collectivité, propriétaire de l’équipement. Mais avec le nouvel arrêt de l’usine depuis le 15 octobre, ce montant pourrait encore s’alourdir. L’Eurométropole se demande si elle n’aurait pas intérêt à se défaire du contrat de 20 ans qui la lie à l’exploitant Sénerval.

Lors du conseil de l’Eurométropole du 27 novembre, Robert Herrmann reconnaissait lui-même que la question méritait d’être posée :

« Nous sommes engagés sur un dossier au long cours avec la délégation de service public (DSP). (…) La question qui est posée pour nous, si elle est de sortir de cette DSP, elle est de ne pas payer d’indemnités à l’opérateur à un moment donné. Sinon, ce sont des dizaines millions d’euros… »

Sur le plan légal, l’Eurométropole peut revenir sur le contrat de délégation de service public passé avec Sénerval. Celui-ci contient en effet une option de résiliation en cas de manquement grave ou au nom de l’intérêt général. Mais l’Eurométropole hésite, par crainte de faire chuter le groupe mayennais Séché, maison mère de Sénerval. Fin septembre 2014, le groupe avait communiqué sur un déficit d’exploitation, déjà causé par les pertes de Sénerval.

Les travaux se faisaient attendre depuis des années

Pour comprendre la situation actuelle de l’usine, il faut remonter à 2009. Le contrat de délégation de service public passé entre l’Eurométropole, propriétaire et une filiale du groupe EDF, touche à sa fin. L’usine, construite en 1974, est vétuste et a un besoin urgent d’être modernisée. Pour la Communauté urbaine de Strasbourg, devenue depuis Eurométropole et présidée alors par Jacques Bigot (PS), le coût de tels travaux n’est pas finançable.

La collectivité choisit de confier l’exploitation de l’équipement au groupe mayennais Séché Environnement, qui crée une filiale idoine, Sénerval. Cette délégation de service public est conclue pour une durée de 20 ans. Le groupe s’engage en contrepartie à effectuer les travaux de modernisation des vieux fours.

Mais une fois aux manettes en juillet 2010, il n’en fait pas sa priorité. L’équipement continue donc de claudiquer, au grand dam des salariés. Les travaux se font attendre, leurs conditions de travail se dégradent. En mars 2014, le climat se crispe. Après des incidents techniques à répétition, les salariés se mettent en grève. Ils paralysent l’usine pendant deux mois et demi et alertent les autorités sur son état.

De son côté, la direction de Sénerval promet que les travaux sont prévus pour l’été. Finalement, le préfet ordonne des travaux de maintenance. Et c’est là que les choses vont s’emballer. De l’amiante est d’abord diagnostiquée dans les premières lignes de fours à réparer. Puis, des fuites de chaudière ont lieu sur les deux qui tournaient encore.

Compte tenu de la présence d’amiante possible, les autorités exigent des mesures de précautions avant d’y toucher. Le 7 novembre 2014, toutes les lignes sont à l’arrêt, en l’attente d’un diagnostic complet. En juin 2015, deux des lignes amiantées reprennent du service, en sous-régime, avant d’être à nouveau arrêtées suit à des fuites de chaudières le 15 octobre.

La responsabilité du désamiantage toujours en débat

En tout, l’Eurométropole a pris pour le moment l’engagement de payer 78,5 millions d’euros pour rattraper les conséquences de la découverte d’amiante dans l’usine confiée à Sénerval. Les travaux de désamiantage compliquent les travaux de modernisation prévus par Sénerval et alourdissent la facture. En tant que propriétaire de l’usine, c’est à l’Eurométropole que revient ce surcoût dû à l’amiante. La collectivité a voté une enveloppe totale de 20,2 millions d’euros hors taxe pour financer le désamiantage.

Ce revirement n’est-il pas une fausse surprise ? La présence d’amiante dans une usine construite en 1974 ne pouvait-elle pas être anticipée au moment de la signature de la DSP entre Sénerval et la collectivité ? D’autant plus que le groupe Séché environnement, dont dépend Sénerval, s’affiche comme spécialiste du désamiantage. Est-ce donc bien à l’Eurométropole de payer pour le désamiantage et ses conséquences ?

D’après des élus, un débat juridique existe sur ce point. Mais mêmes eux n’arrivent pas aujourd’hui à se procurer de la part de l’Eurométropole l’appel d’offres de 2009 qui définissait les missions de la délégation de service public.

Pour le moment, il est aussi revenu à l’Eurométropole de payer le détournement des déchets strasbourgeois. Un coût de 100 000 euros par jour au moment de l’arrêt total de l’usine entre novembre 2014 et mai 2015. Au total, cette facture s’élève aujourd’hui à 13,3 millions d’euros pour l’Eurométropole. La collectivité s’est aussi engagée à payer près de 3 millions d’euros par an sur quinze ans et demi, soit près de 45 millions en tout, pour indemniser les pertes d’exploitation de Sénerval.

Un redémarrage incertain

Tous ces calculs ne prennent pas en compte le nouvel arrêt de l’usine depuis plus de deux mois, qui double dorénavant la quantité de déchets détournés et fait subir de nouvelles pertes d’exploitation à Sénerval. L’exploitant fera-t-il payer ces nouveaux coûts à l’Eurométropole aussi ? Le 27 novembre, Françoise Bey, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de la question des déchets assurait sur ce point lors du conseil de l’Eurométropole :

« Le coût pour la collectivité est pour l’instant inchangé. »

En plus de ces coûts pour la collectivité, les arrêts des fours pèsent lourdement sur les entreprises voisines, qui s’y fournissaient en vapeur pour faire tourner leurs industries. L’usine devait aussi alimenter les réseaux de chaleur auxquels sont raccordés 17 000 habitants dans l’agglomération. Ceux-ci ont dû se replier sur du chauffage traditionnel en attendant un hypothétique redémarrage de l’usine.

Mais l’usine redémarrera-t-elle ? Les nouveaux incidents d’octobre pourrait remettre en question la décision de faire tourner une partie des fours pas encore désamiantés, en sous régime, pendant que les autres sont en travaux. En janvier 2015, l’Eurométropole et Sénerval avaient retenu cette solution pour limiter le coût des détournements de déchets. Les deux premières lignes de l’usine devaient être désamiantées et réparées une fois les travaux finis sur les lignes 3 et 4.

L’exécutif vivement critiqué par l’opposition

Mais ces travaux prennent du retard. Ils sont à l’arrêt depuis un incendie en septembre. Les deux lignes arrêtées depuis le 15 octobre pourront-elles reprendre du service et tenir sans nouvel accroc jusqu’à la remise en état de leurs voisines ? Pour Laurence Vaton, conseillère communautaire Modem, la question doit être reposée :

« Est-ce qu’on continue cette formule ou est-ce qu’on ne pourrait pas plutôt arrêter l’usine et tout remettre à plat ? L’Eurométropole répond que l’arrêt reviendrait à beaucoup plus cher que la solution retenue, mais encore faut-il que celle-ci fonctionne. »

Au-delà, c’est le choix en 2010 d’une délégation de service public longue qui dérange l’élue d’opposition :

« L’Eurométropole a fait une grosse erreur. Il fallait faire les travaux tout de suite. Elle aurait dû prendre les travaux de modernisation à sa charge, puis confier l’usine en délégation de service public. »

Pour Edith Peirotes, conseillère communautaire EELV, cette crise interroge en lui-même le système de la délégation de service public :

« On est dans la privatisation des profits et la mutualisation des pertes et il faut que ce système change. Ce n’est pas au contribuable de payer des erreurs de gestion et de contrôle de cette DSP. »

Sénerval a essuyé des critiques de la part de certains élus quant à son refus de prendre une part plus importante dans la gestion financière de la crise alors que sa maison mère affichait un bénéfice de 3,6 millions d’euros entre le 1er janvier et le 30 juin 2015.

Avant le début des travaux de modernisation des lignes d’incinération à l’été 2014, Sénerval avait investi 37 millions d’euros dans les réseaux de chaleur et la construction d’une unité de méthanisation. Depuis, elle a investi d’après nos calculs 19,5 millions d’euros dans l’usine. L’exploitant a aussi pris en charge 2,9 millions d’euros pour les surcoûts de détournement des déchets et les pertes d’exploitation avant le 7 novembre 2014. Depuis, elle a accepté de prendre en charge 8 semaines de détournements des déchets, à la place de l’Eurométropole, pour un coût de 2,2 millions d’euros.

Visiblement embarrassée par ce dossier, l’Eurométropole a refusé de répondre à nos question. La direction de Sénerval n’a pas donné suite non plus à nos sollicitations.

Les personnes sans domicile fixe, victimes collatérales de l’état d’urgence

Les personnes sans domicile fixe, victimes collatérales de l’état d’urgence
Avec la mise en place de l'état d'urgence, la police ne laisse plus les personnes sans domicile fixe dormir en centre-ville. (AF/Rue89Strasbourg)
Avec la mise en place de l’état d’urgence, la police ne laisse plus les personnes sans domicile fixe dormir en centre-ville. (AF/Rue89Strasbourg)

Perquisitions, contrôle des sacs et manteaux, rassemblements limités, les conséquences de l’état d’urgence s’imposent à tous. Mais pour les personnes vivant dans la rue, elles sont impitoyables : intimidations, descentes dans les squats ou pire : « déminage » de voitures qui servent d’abris.

Jeudi 19 novembre, 20h. Comme chaque soir depuis cinq ans, Nazlija Ismail retourne à sa voiture pour y passer la nuit. Mais, à l’approche du parc de l’Orangerie où elle a garé sa petite Ford rouge, la femme est prise d’effroi. Son véhicule n’est plus là. À la place, un tapis de bris de verre recouvre le macadam.

Aussitôt, cette frêle quarantenaire appelle la police. « Votre voiture a été emmenée à la fourrière, vous devez venir au commissariat pour espérer la récupérer », entend-elle. Nazlija ne comprend pas. Elle était pourtant garée en bonne et due forme, sur une place de parking ni payante ni pour handicapés, entre deux autres voitures. Il doit y avoir une autre raison :

« C’est sûr que quelqu’un a contacté la police pour dire que ma voiture le dérangeait ».

Nazijla Ismail a retrouvé sa voiture, sans verre à la fourrière. (AF/Rue89Strasbourg)
Nazijla Ismail a retrouvé sa voiture, sans verre à la fourrière. (AF/Rue89Strasbourg)

Au commissariat de la police nationale, en colère, l’Allemande d’origine serbe tente de trouver des explications. L’officier de permanence lui répond :

« Vous savez ce qui s’est passé à Paris. La situation est plus que tendue en ce moment, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser dans la rue un véhicule présentant des risques ».

Désemparée, Nazlija rétorque :

« Quels risques ? Je ne suis pas une terroriste ! Comment pouvez-vous me faire ça ? Vous savez bien qui je suis. Comment vais-je m’en sortir, je n’ai même pas d’argent pour payer la fourrière ».

Nazijla Ismail habite dans sa voiture depuis octobre 2010. (AF/Rue89Strasbourg)
Nazijla Ismail habite dans sa voiture depuis octobre 2010. (Photo AF / Rue89Strasbourg)

Cette femme a déménagé à Strasbourg en octobre 2010 pour porter son affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme et beaucoup la connaissent pour ses multiples grèves de la faim menées en face du Conseil de l’Europe. Cependant, jamais auparavant elle n’avait reçu d’avertissement de la part des forces de l’ordre, ni pour ses actions, ni pour le stationnement de sa voiture.

Vitres brisées, valise déchirée

Le froid accompagne désormais la pluie de ce jeudi soir. À la fourrière, Nazlija découvre sa voiture avec les vitres brisées. À l’intérieur, toutes ses affaires sont sens dessus-dessous, sa valise a été déchirée et retournée. Par réflexe, elle prend quelques photos. Comme elle ne peut payer les frais de fourrière, elle n’est autorisée à repartir qu’avec quelques papiers et vêtements.

Cinq jours plus tard, Naki a réussi à collecter auprès de connaissances les 133€ nécessaires pour récupérer sa voiture. Une nouvelle surprise l’attend : son véhicule ne démarre pas. Les câbles de batterie ont été coupés. L’ami qui l’accompagne fait venir un réparateur et débourse les 50€ nécessaires.

L’antenne de déminage de Strasbourg nous a confirmé que si le véhicule avait été retrouvé dans cet état, cela signifiait que leur personnel était intervenu lors du retrait, sur requête de la police. Habitués à agir sur les anciens champs de bataille pour détecter des engins explosifs, les démineurs peuvent aussi épauler les policiers pour empêcher qu’une éventuelle bombe reliée à la batterie n’explose. Seule information supplémentaire concédée par une des chargées de communication du Ministère de l’Intérieur :

« Nous avons eu des demandes de journalistes pour des situations similaires à Colmar, à Versailles, à Nantes, mais nous avons reçu l’ordre de ne rien communiquer à ce sujet. »

D’après le responsable de la fourrière de Strasbourg, le nombre de voitures qui arrivent dans cet état a augmenté depuis la mise en place de l’état d’urgence.

Pour payer tous les frais liés à l'enlèvement de sa voiture, Nazijla a dû trouver 500 €. (Document remis / Rue89Strasbourg)
Pour payer tous les frais liés à l’enlèvement de sa voiture, Nazijla a dû trouver 500 €. (Document remis)

Pour Nazijla, ces mesures sont « disproportionnées » et ont surtout eu pour conséquence de l’obliger à dormir dehors plusieurs nuits de suite, faute de place en centre d’hébergement d’urgence, le temps d’amasser suffisamment d’argent pour régler les frais de la fourrière. Ensuite, elle a regagné le siège arrière de son véhicule, sans vitre, trempé. Au bout d’une semaine, elle a pu financer la pose de vitres d’occasion, 300€, à nouveau grâce à des dons.

Nazijla n’a pas dit son dernier mot. Elle va maintenant porter plainte contre X, dans l’espoir qu’une enquête s’ouvre et détermine si l’état d’urgence justifiait cette mésaventure… Une procédure de plus à la conclusion incertaine.

L’état d’urgence, une bonne excuse ?

Cette femme n’est pas la seule personne, démunie, victime des conséquences de la mise en place de l’état d’urgence et des mesures de sécurité liées au Marché de Noël. Pour Monique Maitte, porte-parole du collectif SDF Alsace, l’état d’urgence est « une bonne excuse pour faire du nettoyage », au détriment des personnes qui dorment dans le centre ville :

« Dès le premier jour du marché de Noël, nous avons été touchés. Chacune des personnes que nous suivons est retourné à son lieu de coucher, mais pendant sa tournée, la police a demandé à chacun de partir. Ils ne l’ont pas fait de manière agressive, mais ça a été une grosse surprise, car d’habitude, il y a une tolérance réciproque. »

Ainsi depuis des années, certains trouvaient refuge sous le porche d’une banque, près de la place Broglie. Mais depuis les attentats du 13 novembre, l’établissement a placé un vigile durant la nuit, alors les SDF ont disparu. Idem, derrière le bâtiment d’Electricité de Strasbourg boulevard Wilson.

Une situation qui perturbe Monique Maitte :

« Beaucoup ont déserté le centre-ville, mais pour aller où ? La police a même sommé des personnes qui dormaient depuis longtemps sur le parking de la Bourse, sans poser aucun  problème, de dégager. »

Les squats plus simples à vider pendant l’état d’urgence

Dans la nuit du 15 au 16 décembre, la police a fait une descente au Port du Rhin pour vider un squat. À Schiltigheim, de même, une dizaine de personnes ont dû quitter leur lit en pleine nuit. « S’il y avait eu un incident, on aurait compris, mais là, ce n’était pas le cas », ajoute Monique Maitte. Ni la Police nationale ni la Ville n’ont souhaité commenter ces événements.

Pour s’assurer que tout le monde va bien, une fois le soleil couché, la porte-parole de SDF Alsace arpente les rues du centre-ville. Jérôme ? C’est bon, lui dort sous un pont le long de l’Ill et n’a pas été embêté. Il s’amuse même de voir certains militaires ou CRS lui donner de leur ration de temps en temps. Pour Roland, le « papy », assis contre le mur, au milieu de la rue des Grandes Arcades, c’est différent. Il dormait avec d’autres à l’angle du Monoprix quand tout le monde a dû déguerpir. Désormais, il se cache dans l’entrée d’un magasin moins exposé, seul.

Chacun y va de ses explications. Pour Monique :

« Ils voulaient disloquer le groupe. Mais c’est quand même dingue, les gens se sont habitués aux soldats, ça ne leur fait plus rien. Et nous, nous disparaissons, sans qu’on se pose de question non plus. »

Au bout de la rue du Vieux-marché-aux-poissons, Roulex et Marion luttent contre le froid pour terminer leur journée de manche. Eux aussi sont dans un squat et s’inquiètent un peu. « Tous les squats vont être délogés. Ils croient qu’on y héberge des terroristes ! », craint Roulex, qui regrette surtout l’ambiance de décembre 2014 :

« La rue était blindée de manchards. On y faisait nos spectacles de jonglage tranquillement, les gens appréciaient. Là rien, impossible. Peu osent venir parce qu’ils ont peur qu’on les prenne pour des cibles. On m’a dit que l’année dernière, le maire rêvait que plus aucun manchard ne hante le marché de Noël, cette année, son rêve va peut-être s’exaucer. »

Un Strasbourgeois lance un site de rencontres entre « chieuses » et « gros lourds »

Un Strasbourgeois lance un site de rencontres entre « chieuses » et « gros lourds »
Le site de rencontres Toutafaitmoi.net se base sur les défauts des célibataires. ( capture d'écran/ Toutafaitmoi.net/cc)
Le site de rencontres Toutafaitmoi.net se base sur les défauts des célibataires. (capture d’écran / Toutafaitmoi.net)

Totalement chiante ou 100% lourd ? Timide, râleur ou borné ? Sur le site de rencontres Toutafaitmoi.net, les personnes sont tout sauf parfaites. Il y a peut-être un créneau, s’est dit Léonard Class, jeune Strasbourgeois de 28 ans, en lançant la plateforme il y a un peu plus d’un an.

« 70 % des radins sont célibataires et riches » alors que « 95% des chieuses sont seules ». C’est en se basant sur ces statistiques, évidemment fausses, que Léonard Class, Strasbourgeois de 28 ans, s’est lancé dans l’aventure de Toutafaitmoi.net. Le site de rencontres a été crée le 14 février 2014 avec, pour objectif de contrer les codes existants dans cet environnement saturé des sites et des applications de rencontre.

Il explique :

« J’ai eu un déclic lorsque j’étais sur le web et que j’ai vu une publicité pour un site de rencontres. Finalement, ils se ressemblent tous: dans leur principe et leur visuel. J’ai eu envie de dédramatiser la drague en proposant aux utilisateurs de se mettre à nu, de faire preuve d’auto-dérision dans une expérience fun et authentique. C’est pourquoi, les profils des internautes sont fondés sur leurs défauts ».

Léonard Class, jeune Strasbourgeois de 28 ans, a lancé le site de rencontres pour faire preuve d'originalité dans le domaine. ( photo : AF/Rue89 Strasbourg/cc).
Léonard Class, jeune Strasbourgeois de 28 ans, a lancé le site de rencontres pour faire preuve d’originalité dans le domaine. (Photo AF / Rue89 Strasbourg / cc).

Bordélique, égocentrique, capricieux ou nombriliste, on trouve toutes les imperfections parmi les 3 146 actuels membres inscrits. Pour trouver l’âme sœur, le site répond au fonctionnement habituel : il faut se créer un profil, on envoie un signal à l’autre, et en cas de réponse positive, la discussion est engagée (et plus si affinités).

Le profil se construit en précisant ses trois plus gros défauts et pour dialoguer, il faut envoyer une « offrande » : un petit objet virtuel atypique, symbolisant son caractère : canard en plastique, courgette ou panneau de chantier, il faut choisir. Grâce à ce cadre, les échanges ne démarrent plus sur un terreau de mensonges ou d’omissions, c’est peut-être la raison pour laquelle le site de Léonard Class réunit presque autant les hommes (1892) que les femmes (1254), une performance dans ce domaine.

Des étudiants en management derrière le projet

Pour développer ce projet, Léonard Class s’appuie sur une équipe de sept bénévoles : développeur web, modérateurs, blogueurs. La plupart d’entre eux sont étudiants à l’École de management de Strasbourg, tout comme lui :

« J’ai lancé le projet au moment où mon travail m’ennuyait. J’étais en CDD dans le domaine de la numérisation. Mais ça ne me convenait pas. J’avais envie d’être plus indépendant, d’entreprendre. Je voulais m’améliorer dans ce domaine, d’où mon intégration à cette école ».

Après avoir investi pas moins de 15 000€ de ses fonds personnels, Léonard Class compte se consacrer à cette entreprise, tant que cela lui permet d’exprimer sa créativité :

« Lorsque j’ai commencé, c’était juste un projet amusant puis j’ai commencé à investir et je me suis dit qu’il fallait que ça marche. Aujourd’hui, j’ai une vision un peu plus philosophique. Si je ne récupère pas ce que j’ai donné, je suis déjà fier de ce que j’ai appris : monter un projet, le développer, les compétences techniques,le travail d’équipe ».

Sur le site, les "incasables" doivent se présenter avec leurs trois plus gros défauts. ( capture d'écran/Toutafaitmoi.net/cc).
Sur le site, les « incasables » doivent se présenter avec leurs trois plus gros défauts. (capture d’écran / Toutafaitmoi.net).

Depuis 2014, le site fonctionne encore en version beta, mais Léonard Class a déjà tout un florilège d’idées pour le développer. Pour l’heure, une offre « abonné », payante, est proposée, mais n’est utilisée que par une dizaine d’utilisateurs, n’ajoutant pas beaucoup de fonctionnalités. L’entrepreneur réfléchit à de nouvelles améliorations : une offre à 12€ qui offrirait un temps de connexion réservé aux abonnés, une alerte sur les utilisateurs qui visiteraient un profil mais aussi la possibilité de remonter en première position dans le moteur de recherche interne.

La communauté d’incasables

L’autre grande idée du site, c’est la volonté de créer une communauté. Un souhait que développe son concepteur :

« C’est ce qui nous différencie des autres sites. Nous souhaitons vraiment rematerialiser les échanges. Nous voudrions organiser des sorties, des jeux comme « drague au bar », qui consiste à lancer les phrases les plus clichées pour séduire. Ou encore mettre à disposition une dame-sandwich pour le 14 février qui sera littéralement porteuse de petites annonces pour célibataires ».

Toutafaitmoi.net devrait connaître une mise à jour au courant du mois de mars et le créateur avoue également penser à une application pour smartphone, financée peut-être, grâce à une campagne de crowdfunding. Et sur le long terme ?

« Je vois bien Toutafaitmoi.net, comme un OVNI qui n’aura rien à voir avec le site de départ. Il aura bousculé les rencontres sur internet et les aura fait évoluer vers quelque chose de différent ».

Strasbourg mis au pas

Strasbourg mis au pas
(dessin Laurent Salles)
(dessin Laurent Salles)

Depuis le début du marché de Noël le centre-ville de Strasbourg est délesté de ses voitures ou presque. Une vieille revendication rendue possible en quelques jours seulement. De là à la mettre en œuvre pour de bon ?

Un rapport suggère à l’Eurométropole de recruter un psy pour ses agents

Un rapport suggère à l’Eurométropole de recruter un psy pour ses agents
école du Neufeld à Strasbourg
Aux abords de l’école du Neufeld à Strasbourg (Photo Rue89 Strasbourg / cc)

Des agents de l’Eurométropole dans les écoles de Strasbourg font part de leur sentiment de malaise dans une expertise menée suite aux réorganisations des effectifs. Concernant l’évaluation des risques psycho-sociaux, la collectivité doit se mettre en conformité avec la loi.

L’Eurométropole ne protège pas suffisamment ses agents employés dans les écoles de Strasbourg. C’est l’une des conclusions d’une étude menée par le cabinet Aliavox à la demande du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de la Ville.

Pendant trois mois, les consultants ont recueilli les témoignages des agents de la direction de l’Enfance et de l’Éducation (DEE) : aides aux classes de maternelle (ATSEM), agents d’entretien, de restauration, administratifs, des responsables de périscolaire, concierges et leur hiérarchie (élu ou agent). Sur les 1 177 personnes du service, 59 ont été rencontrés individuellement et les consultants ont également procédé à des entretiens collectifs avec 395 agents.

L’évaluation annuelle des risques, pas mise à jour depuis 2012

Au-delà de l’aspect légal, le rapport pointe des dégradations des conditions de travail. Le document que Rue89 Strasbourg s’est procuré formule pas moins de 15 recommandations à destination des élus.

La première concerne le Document Unique d’Évaluation de risques professionnels (DUErp), qui n’a pas été actualisé depuis 2012. Or, la loi exige qu’il doit l’être tous les ans. Sinon, il s’agit d’une « infraction de l’obligation exclusive de l’employeur », d’après le Code du Travail. Autre conséquence, les risques psychosociaux, comme le stress, ne seraient pas assez pris en compte dans l’ancien document. Car d’après le rapport, ces risques se sont accrus depuis les réorganisations et avec la politique de suppressions des postes (objectif 10% à l’horizon de 2020) mise en place en 2014.

(extrait expertise Alia Vox)
(extrait expertise Alia Vox)

Manque d’effectifs

Au-delà de l’aspect légal, l’étude de 223 pages met en exergue des conditions de travail parfois difficiles, non sans impact sur la sécurité des enfants. Les experts ont relevé des situations sur le temps périscolaire où 2 agents avaient la responsabilité de 40 enfants. Résultat : quand il faut accompagner un enfant aux toilettes, l’autre se retrouve seul avec les 39 autres.

Pour l’étude, les moments de pics de travail ne sont pas correctement évalués, parfois à cause des absences ou de contraintes administratives. Les experts osent même assimiler le comportements d’agents à du « sur-presentéisme. »

Les agents ont besoin d’un psy

Les travaux font état d’un manque de « considération » et de communication avec leurs supérieurs. « Les agents font remonter des informations et de propositions d’organisation qui ne sont pas écoutées », résume Patricia Platz, représentante syndicale CGT et secrétaire du CHSCT de la DEE. Il en découlerait un sentiment de mal-être au travail.

Plusieurs témoignages à l’appui (exemple : « J’en suis au point, où même dans les réunions de famille ou les repas entre amis, je n’ose même pas dire que je suis fonctionnaire et que je travaille à la CUS »), le rapport fait état de certaines situations où les agents se sentent sous pression :

« Un nombre significatif de témoignages font état de situations moins idéales où les agents ont peur de leur hiérarchie où celle de l’Éducation nationale. »

(extrait expertise Alia Vox)
(extrait expertise Alia Vox)

L’étude explique que des agents ressentent un « décalage » entre ce qui leur est demandé et le travail qu’ils réalisent. Quand ils n’y arrivent pas, on leur fait comprendre qu’ils sont des « pleurnicheurs ». L’étude suggère même à la collectivité de recruter des psychologues du travail, les médecins actuels n’ayant déjà pas les moyens pour leur propre mission :

« La plupart des agents ayant participé aux entretiens ont manifesté leur satisfaction d’avoir parlé de leur travail, de ses difficultés, mais aussi de ce qui leur convient, de ce qui les préoccupe ou les empêche de dormir ».

L’Eurométropole compte cependant des « préventeurs » dont le but est d’éviter ces situations de troubles.

L’externalisation, menace permanente sur les agents

La direction de l’enfance a été en partie impactée par le non-remplacement de 76 agents, avec 18 agents d’entretien, dont le travail a été confié à des sociétés privées. L’étude aborde aussi la question de l’externalisation du ménage dans les écoles. Les salariés de ces entreprises sont moins payés, sur 12 mois et non 13, ce qui permet de présenter une facture environ 50% moins chère à la collectivité.

Mais comme ces entreprises ont des clauses d’insertion sociale , elles reçoivent des aides nationales ou départementales et abattements jusqu’à 15 288€/an d’aides soit 41% à 46% du salaire, charges comprises. Autrement dit la facture est moins élevée dans les comptes de la collectivité, mais d’un point de vue global cela revient presque à l’identique pour le contribuable selon les calculs d’Aliavox.

La cabinet préconise également que les employés de ces entreprises aient les mêmes formations que ceux de l’Eurométropole. Plusieurs agents de nettoyage contestent que le service soit aussi performant, notamment à cause d’un temps de présence sur site plus faible. On apprend également que l’externalisation des services de restauration scolaire est à l’étude, même si le premier adjoint au maire (PS), Alain Fontanel, répond que les premiers retours montrent que cette piste ne semble pas pertinente pour la collectivité.

Des écoles mal adaptées

Enfin, autre problème de santé récurrent, celui du mal de dos. Des tendinites au coude, des opérations de la main ont aussi été répertoriées fréquemment chez les ATSEM, qui doivent beaucoup se baisser dans des écoles conçues pour de petits enfants :

« Le mal au dos revient si souvent dans les propos, qu’il conviendrait de vérifier l’adaptation des locaux. […] Les arbitrages entre ce qui relève de l’esthétique ou du design et ce qui touche aux conditions de travail des agents ne doivent pas se faire au désavantage de celles-ci. »

Plusieurs de ces situations avaient été pointées par les syndicats, ce document pouvant donner des exemples concrets à leurs griefs. Pour Alain Fontanel, également président du CHSCT, ce dossier est un travail légitime que l’administration doit compléter :

« Il pose objectivement des constats auxquels nous devons répondre. C’est un travail basé sur le témoignage d’agents qui vont retenir les situations les plus critiques. C’est regrettable qu’elles se soient produites mais ce n’est pas significatif et heureusement, sinon nous aurions beaucoup plus de retours des parents. Si l’on prend tout pour argent comptant ou que l’on rejette tout en bloc, on aura perdu beaucoup de temps et d’argent (140 000 euros, ndlr). Pour le DUErp, il n’a malheureusement pas été renouvelé comme dans d’autres collectivités, car il y a eu beaucoup de réformes qu’il a d’abord fallu mettre en place. Il y a juste l’externatlisation de l’entretien, sur lequel nous contestons l’analyse. C’est un choix d’organisation et ce n’est pas à Aliavox de l’évaluer. Il permet un service moins cher et un maintien du service public ».

Le CHSCT de la Ville de Strasbourg doit à nouveau se réunir dans la deuxième quinzaine de janvier. L’administration soumettra à la discussion un plan d’action et de travail comme le demande l’étude. Les pistes dégagées pourraient être mises en œuvre à la prochaine rentrée scolaire.

Extension du Tram D : le Pont sur le Rhin assemblé

Extension du Tram D : le Pont sur le Rhin assemblé
Les deux tabliers du pont sur le Rhin, ont été assemblés, vendredi. (Photo : AF/Rue89 Strasbourg/CC)
Les deux tabliers du pont sur le Rhin, ont été assemblés vendredi. (photo : AF / Rue89 Strasbourgc/ cc)

Les deux parties du tablier du nouveau pont sur le Rhin, qui doit accueillir le tram à destination de Kehl au printemps, ont été reliées vendredi matin.

Il était 8h vendredi lorsque le deuxième tablier du pont du Rhin, la structure porteuse qui sert à la traversée, a été mis en place sur la rive allemande du fleuve, à Kehl. De chaque côté des berges, les deux portants ne sont désormais plus suspendus.

Cet ouvrage doit accueillir l’extension de la ligne de tram D vers Kehl. Les berges allemande et française sont jointes par un pont en arc, dit à double « bowstring », d’une longueur de 290 mètres et d’une largeur de 16 mètres. Alain Giesi, ingénieur des travaux publics, explique l’opération :

« Les deux tabliers se rejoignent. Nous avons déplacé le second tablier dans sa position définitive avec des treuils et des appareils de levage. Il a ensuite été descendu et posé sur des appuis, d’abord provisoires. C’est l’étape la plus délicate puisqu’il faut faire preuve de précision : on parle en centimètres alors qu’on déplace ces immense parties, qui pèse chacune 1 500 tonnes ».

Le tram D passera sur le Pont sur le Rhin en 2016 pour relier Kehl à Strasbourg. (photo : Audrey Fisné/ Rue89 Strasbourg/ CC)
Le tram D passera sur le Pont sur le Rhin en 2016 pour relier Kehl à Strasbourg. (photo : AF/ Rue89 Strasbourg/ cc)

La fin du chantier prévue pour mars 2016

Le déplacement a mis près de deux heures à être réalisé et les réglages ont été opérés durant tout l’après-midi. Pour la fin des travaux, il faudra cependant attendre encore au moins trois mois. Car si les berges française et allemande sont reliées, elles ne sont encore franchissables que par les équipes du chantier. Les éclairages, les garde-corps seront mis en place par la suite.

Pont CTS sur le Rhin

La construction de ce pont se distingue de celle du Pont Citadelle, comme le précise Alain Giesi :

« Le pont sur le Rhin est plus important par sa taille. Il a été monté entièrement sur la berge et a ensuite été mis en place par-dessus le fleuve. Il repose sur une pile centrale et tous les câbles, qui servent d’appuis, ont été tendus avant le déplacement du tablier. Ceci explique pourquoi nous avons dû fermer la navigation du côté allemand du Rhin ».

Les berges allemande et française sont reliées par un pont en arc. (Photo : ©AIRDIASOL_Rothan/ CC)
Les berges allemande et française seront reliées par un pont en arc. (Photo : AIRDIASOL / Rothan / cc)

Pour chaque opération, les services de navigation allemand et français ont dû collaborer. Cette étape symbolique de mise en place du deuxième tablier marque une avancée dans ce projet binational. Roland Ries, maire de Strasbourg rappelle :

« Par le passé, Kehl et Strasbourg ont été un peu à distance pour des raisons historiques. L’objectif est désormais qu’elles se rejoignent pour faire une agglomération transfrontalière commune ».

En avril 2017, le tram D devrait pouvoir circuler et traverser le Pont sur le Rhin mais aussi le Pont Citadelle. Il reliera Strasbourg à la gare de Kehl dans un premier temps et aura son terminus à la mairie de Kehl en 2018.

Les mesures de sécurité du Marché de Noël légèrement assouplies

Les mesures de sécurité du Marché de Noël légèrement assouplies
Les chalets n'ont pas vendu autant de pères Noël cette année... (Photo K Raw / FlickR / cc)
Les chalets n’ont pas vendu autant de pères Noël cette année… (Photo K Raw / FlickR / cc)

« Strasbourg, Capitale de Noël 2015 » mais aussi capitale des policiers et des militaires. L’ambiance un brin paradoxale qui s’égrène depuis les débuts du Marché de Noël a été au menu de nombreuses réunions entre la Ville, l’association des commerçants « Vitrines de Strasbourg », la Chambre de commerce et d’industrie et la préfecture.

Au final, il est apparu que les modalités de contrôle et de filtrage des accès au centre-ville étaient peut-être trop importantes. Du coup, il a été décidé de les assouplir légèrement, dans le but de ne pas dissuader d’éventuels clients des commerces du centre-ville.

1,70€ pour divaguer entre les cabanes en bois

Un ticket de tramway spécial « Capitale de Noël » a été mis en place : trajets illimités sur une journée pour 1,70€. Et contrairement à ce qui avait été précédemment annoncé, les stations Grand’rue et Porte de l’hôpital seront desservies normalement du lundi 21 au jeudi 24 décembre. En revanche, la station Homme de Fer reste fermée durant cette période et la station Broglie inaccessible jusqu’à la fin du Marché de Noël jeudi soir.

Jeudi 24 décembre, le Marché de Noël sera ouvert de 14h à 18h et l’accès au centre-ville en voiture sera autorisé jusqu’à 13h.

Le centre-ville de Strasbourg sans voiture : un jour, peut-être

Le centre-ville de Strasbourg sans voiture : un jour, peut-être
Le checkpoint installé Pont du Corbeau filtre les voitures qui peuvent se rendre sur l'ellipse, ici rue de la Douane (Photo : Mat.Pir / cc)
Le checkpoint installé Pont du Corbeau filtre les voitures qui peuvent se rendre sur l’ellipse, ici rue de la Douane (Photo : Mat.Pir / cc)

Suite aux mesures de sécurité du Marché de Noël, les restrictions de circulation ont subitement repoussé les voitures hors du centre-ville de Strasbourg. Des mesures qui ont aussi donné à la municipalité l’opportunité de concrétiser des projets pas encore menés à leur terme.

Plus de deux semaines après la mise en place des mesures de sécurité relatives au Marché de Noël au centre-ville de Strasbourg, les commerçants s’inquiètent d’une éventuelle prolongation de la restriction de circuler pour les véhicules. Depuis quelques jours, les camionnettes zigzaguent au milieu des groupes de touristes et les livreurs déposent ou embarquent des colis, les yeux encore plus rivés sur la montre qu’à l’accoutumée.

Ce matin-là, il est déjà 9h30 place du Temple Neuf et personne, du côté du traiteur Porcus, n’a le temps de faire une pause pour répondre à quelques questions. À 10 heures, les livraisons devront être terminées et à 11 heures, toutes les camionnettes devront avoir disparu de l’ellipse insulaire, « sans exception ».

La circonstance de l’état d’urgence et les mesures de sécurités actuellement en cours constituent pour la Ville une « phase de test ». Car en quelques jours, c’est un point du programme électoral de Roland Ries en 2008, qui a subitement pu être appliqué : réduction drastique de la voiture au centre-ville et libérer cette place au bénéfice des piétons. Une politique qui n’est qu’en partie mise en oeuvre jusqu’à présent, à travers la création de « zones de rencontre » rue des Frères et rue des Serruriers et la piétonisation de la place du Château en 2013.

Quand le centre-ville se mue en « laboratoire à ciel ouvert »

Il restait encore à la municipalité à s’attaquer à la délicate question du « dernier kilomètre » pour les livraisons : décongestionner l’ellipse insulaire du trafic, contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre et repenser l’approvisionnement de la ville à partir de la périphérie. Autant de points susceptibles de froisser les transporteurs et les commerçants, déjà réticents, par le passé, à la réduction progressive de la voiture en ville concomitante à l’arrivée du tram et la piétonisation de certains axes.

Désormais vidé de ses voitures, le centre-ville constitue, selon Alain Fontanel un « laboratoire à ciel ouvert ». Le premier adjoint (PS) au maire de Strasbourg en charge de la coordination du Marché de Noël envisage déjà de « tirer des leçons de l’expérience » :

« Il faudra voir ce qui pourrait perdurer ou pas. Par exemple, il y a plus de 13.000 habitants dans l’ellipse et les résidents ont eu un accès prioritaire aux parkings du centre-ville. C’est un coût que l’on ne peut pas se permettre de pérenniser.

On se rend compte aussi que les livraisons posent encore problème : à l’heure actuelle il est plus facile de faire rentrer des colis dans l’ellipse que d’en faire sortir. Les traiteurs qui produisent en centre-ville ont besoin de transports réfrigérés et une solution serait à envisager avec les commerçants. »

L’aubaine pour les cyclo-cargos

Pour pallier les restrictions de véhicules, et notamment les livraisons, la municipalité a dégainé l’option des cyclo-cargos. Trois entreprises (Novéa67, Timing et Tomahawk) utilisent des triporteurs à assistance électrique et transportent les colis dans des caisses en aluminium pouvant supporter 30 à 50 kilos de charge utile.

Un mode de transport écologique favorisé par la Ville qui planche depuis plusieurs années sur plusieurs scénarios pour acheminer des colis de la périphérie vers la ville : tram-fret, véhicules électriques et… triporteurs. En 2011, Strasbourg avait déjà inscrit dans le projet ÉcoCités la refonte du transport urbain des marchandises et en 2012, laissait Géodis, installer sa filiale de livraison écologique sur le dernier kilomètre.

Rue de la Nuée Bleue, porte d'entrée des cycles-cargos dans la grande île. (Photo : Mat.Pir / cc)
Rue de la Nuée Bleue, porte d’entrée des cyclos-cargos dans la grande île. (Photo : Mat.Pir / cc)

Seulement, l’actuelle expérimentation des cyclos-cargos ne se fait pas sans couacs. Selon Jean-Sébastien Ohmann, directeur des moyens généraux de Novéa67, le contexte sécuritaire rattrape les livreurs à vélos :

« Nous sommes soumis aux contrôles de sécurité et nous devons entrer et sortir par un point unique, au Faubourg de Pierre. On dispose d’autorisations nominatives mais nos colis peuvent être ouverts. Il y a quelques jours, les restrictions étaient telles qu’on a même du livrer à pied. La Ville a pour ambition d’être propre, là c’est imposé.

Tout le monde n’a pas forcément réussi à se réorganiser et pour les denrées alimentaires, c’est très compliqué à gérer car certains produits nécessiteraient des transports réfrigérés. Or ce n’est pas encore rentré dans les moeurs. Les traiteurs et restaurateurs peuvent avoir peur que les plateaux repas bougent pendant le transport. »

Pour Alain Jund, adjoint au maire (EELV) en charge de l’urbanisme, et fervent soutien au projet d’une réduction de la voiture en ville, les commerçants n’ont pas encore la « culture » cycle-cargo. Il souhaiterait une réflexion plus globale étendue à l’ensemble de l’agglomération :

« On a désormais franchi une nouvelle étape qui ne doit pas seulement se faire sur l’ellipse insulaire. À Strasbourg, 50% des déplacements de moins d’un kilomètre se font encore en voiture, c’est énorme. Avec ce qu’on vit en ce moment, on se dit “tiens, vivre sans voitures n’est pas impossible”. On m’accuse parfois d’anti-bagnolisme primaire mais depuis que la rue des Juifs est devenue piétonne suite à l’état d’urgence, on s’aperçoit d’un coup que la portion réservée aux piétons est minime par rapport à l’espace qu’occupe la route ».

Lauréate du projet « Ville respirable en 5 ans« , Strasbourg va aussi en profiter pour procéder, par le biais de l’ASPA, à des relevés de la qualité de l’air à plusieurs endroits de la grande île.

Le centre-ville : une desserte « stratégique » et « conflictuelle »

Mais les élus restes prudents sur l’avenir car si les riverains se disent « satisfaits du calme » des rues « vidées des pots d’échappements », ils savent qu’il faudra faire face aux commerçants déjà inquiets. Dans une étude de 2009, la desserte du centre-ville, premier pôle de l’agglomération en terme de chiffre d’affaires, est décrite comme « stratégique » mais « conflictuelle », générant près d’un quart des mouvements de marchandises.

Sur place, les commerçants affirment subir le contre-coup des restrictions d’accès au centre-ville. La Chambre de commerce d’industrie du Bas-Rhin (CCI) indique que certains enregistrent un « très net recul de leurs ventes » par rapport à l’an dernier.

Les restrictions d'accès à la grande île inquiètent les commerçants qui affirment voir leur chiffre d'affaire diminuer (Doc Ville de Strasbourg)
Les restrictions d’accès à la grande île inquiètent les commerçants qui affirment voir leur chiffre d’affaire diminuer (Doc Ville de Strasbourg)

Du côté de chez Frick Lutz, rue des Orfèvres, Sébastien Stahl, responsable qualité, explique que l’entreprise de boucherie-charcuterie-traiteur a enregistré 30% de chiffre d’affaire en moins dès le premier week-end du Marché de Noël :

« On a du se réorganiser en interne car si on a une panne sur une machine en journée, le réparateur ne pourra pas accéder au centre-ville. Nous faisons aussi intervenir davantage de personnel qui fait plus d’heures puisque l’on doit ouvrir plus tôt le matin pour les livraisons. »

« Les commerçants jouent le jeu en grinçant des dents »

Christophe Ziegler, épicier sur la place du Marché Neuf, a de son côté constaté une baisse de 53% de son chiffre d’affaire par rapport à la même période, l’an dernier:

« Chez moi, avec un kilo de pommes, un kilo de patates, ça va vite. Les clients se retrouvent les bras surchargés et je les voie mal repartir en tram. Ils ne peuvent plus venir jusqu’à nous en voiture et depuis les restrictions la quinzaine de places de parking devant mon magasin sont vides. »

Pierre Bardet, directeur des Vitrines de Strasbourg, affirme que les commerçants seraient "vent debout" si la Ville songeait à étendre le dispositif piéton. (Photo : Mat.Pir. / cc)
Pierre Bardet, directeur des Vitrines de Strasbourg, affirme que les commerçants seraient « vent debout » si la Ville songeait à étendre le dispositif piéton. (Photo : Mat.Pir. / cc)

D’autant plus que, selon les commerçants, un panneau lumineux de l’A35 indiquait que le centre-ville était « inaccessible », détournant ainsi de potentiels clients. Ils ont fait pression pour qu’il soit changé. Pierre Bardet, directeur des Vitrines de Strasbourg, prévient déjà :

« Si la municipalité pense prendre cette période en exemple, ils se trompent. Les commerçants jouent le jeu pour le moment en grinçant des dents, mais si certains élus ont dans l’idée de continuer ce dispositif, on sera vent debout. De manière générale, les commerces à Strasbourg enregistrent une baisse de 26 à 28% de leurs ventes. Il y a certes la sinistrose ambiante et un pouvoir d’achat en baisse, mais les mesures de sécurité ne nous sont pas favorables. »

Le débat ne semble que commencer. Alain Fontanel n’exclut pas de réitérer des opérations piétons dans le centre-ville, d’étendre certaines zones piétonnes et d’accélérer le travail sur le dernier kilomètre de livraison. Reste à voir si ces mesures seront aussi facilement applicables sans le contexte des mesures de sécurité liées au Marché de Noël.

Eurométropole : la fiscalité continue de grimper

Eurométropole : la fiscalité continue de grimper
(photo Flickr / María Renée Batlle Castillo /cc)
Les budgets se suivent et se ressemblent (photo María Renée Batlle Castillo / FlickR /cc)

En direct – Le conseil de l’Eurométropole adopte son budget pour l’année 2016. Comme en 2015, l’agglomération a recours à une hausse des impôts locaux tout en essayant de limiter ses dépenses (+0,2%). Cette fois-ci, les trois impôts locaux augmentent de 3%. Les taxes d’enlèvement des ordures et les cotisations des entreprises augmentent aussi, plus modestement. Un nouveau recours à la fiscalité jugé nécessaire pour ne pas trop amputer l’investissement, ni trop s’endetter.

Les budgets se suivent et se ressemblent. Pour la deuxième année consécutive, Ville et Eurométropole de Strasbourg réduisent certaines dépenses tout en augmentant les impôts.

Pour l’année 2016, le budget de l’Eurométropole, soumis au vote des élus ce vendredi 18 décembre s’élève à 1,3 milliard d’euros. Seule la nouvelle grande région pourra se targuer de moyens plus conséquents (2,2 milliards environ) dans toute l’Alsace-Lorraine-Champagne Ardenne.

L’une des causes de la situation est la baisse sa dotation générale de fonctionnement (DGF) par l’État, conformément à son plan de réduction des dépenses publiques annoncé depuis 2014. En 2016, cela aura comme impact la baisse de 12,9 millions d’euros dans les recettes de l’Eurométropole. Une baisse que le président Robert Herrmann (PS) estime « indispensable » pour « libérer le pays de charges, auxquelles les collectivités doivent être associées », là où le vice-président écologiste Alain Jund la juge « trop brutale », tandis qu’Yves Bur (LR) fustige les manques de résultats du gouvernement socialiste.

Dans le même temps, les dépenses de la collectivité augmentent, notamment avec la revalorisation automatique des salaires qui représente une hausse de 2% par an. Cette année, avec le non-remplacement de 76 employés en 2015, la hausse des dépenses de fonctionnement a été limitée à 0,2%. La masse salariale, qui représente 49% des dépenses de fonctionnement, est jugée « stable » avec une augmentation de 0,8%.

La répartition des dépenses de l’Eurométropole

Une nouvelle hausse de la fiscalité

Comme en 2015, les impôts locaux sont augmentés pour faire face à la situation. Sur un niveau de départ faible, le bon de 150% de la taxe foncière en 2015 (de 0,44% à 1,10%), avait provoqué de nombreuses réactions négatives et se chiffrait à 22€ en moyenne par foyer de propriétaire. Cette fois-ci, le taux est unique : 3%, mais concerne les trois impôts locaux. Soit, de 10,76% à 11,08% pour la taxe d’habitation, de 1,10% à 1,13% pour la taxe foncière et de 4,73% à 4,87% pour la taxe sur les terrains non-bâtis.

À cela, s’ajoute aussi une hausse de 2,5 % de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et de 0,8% sur la cotisation foncière des entreprises (de 26,22% à 26,43%). Autant de hausses pour la deuxième année de suite, qui cumulées à celles de la ville (3% en 2015 puis 2,5% en 2016) risquent d’agacer l’opposition comme certains contribuables. « Ne pas augmenter les impôts, c’était renoncer au soutien à l’économie », justifie Robert Herrmann.

D’où vient l’argent des impôts locaux ?

La vice-présidente en charge des finances Caroline Barrière (PS) donne une estimation des répercussions à venir sur les trois taxes :

« Pour quelqu’un qui paie les trois impôts, cela se traduira par une hausse de 26€ en moyenne sur l’année, avec la revalorisation des bases (1%) et l’augmentation des taux confondus ».

Ces hausses, hors les ordures ménagères, devraient rapporter 9,1 millions d’euros de plus en 2016 par rapport à 2015. La fiscalité locale représente environ 30% des recettes de l’Eurométropole, soit 203,5 millions. L’équivalent du budget d’investissement.

L’investissement baisse moins

Après la grosse chute de 2015, aussi liée au début de mandat, l’investissement diminue plus doucement, pour un total de 205 millions d’euros. Cette somme sera fléchée en priorité vers l’aménagement des territoires et de l’habitat (64,8 millions d’euros), les transports (54,3 millions), ainsi que l’action économique (39,4 millions).

Dette

La hausse de la dette est moins spectaculaire qu’à l’échelon de la Ville (+40%), mais elle continue d’augmenter pour atteindre 528 millions d’euros, soit 1 098€ par habitant.

Malgré l’évolution de ces indicateurs financiers, Robert Herrmann met en avant que la coalition de droite-gauche qu’il a proposé en avril 2014 s’est désormais mise en « ordre de marche » pour le mandat 2014-2020 :

« Nous savons ce que nous allons faire du port, les feuilles de route pour les transports et de la « stratégie éco 2030 » ont été présentées. Nous avons aussi les projets de transition énergétique et « Ville respirable« . Le Plan local d’urbanisme intercommunautaire (PLUI) va être soumis à l’enquête publique au printemps pour un vote fin 2016. »

À suivre en direct dès 8h30

Flux vidéo fourni par la ville de Strasbourg

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Le gouvernement va adapter la complémentaire pour tous au régime local

Le gouvernement va adapter la complémentaire pour tous au régime local
La santé en Alsace... c'est particulier (Photo Daniel Brachetti / FlickR / cc)
La santé en Alsace… c’est particulier (Photo Daniel Brachetti / FlickR / cc)

La généralisation de la complémentaire santé pour les salariés de France ne devrait pas bouleverser les équilibres du régime local d’assurance maladie, en vigueur en Alsace-Moselle.

Des parlementaires alsaciens (Philippe Bies (PS), André Reichardt (LR), Patricia Schillinger (PS), Denis Jacquat (LR)) ont recommandé à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, de ne pas modifier les « règles régissant les régimes locaux, au vu des risques juridiques que présenterait leur évolution au regard de la jurisprudence du Conseil constitutionnel ». La ministre a choisi de se ranger à leur avis.

En conséquence, la complémentaire santé généralisée issue de la loi du 14 juin 2013 sera un « troisième étage par rapport à la protection apportée par les régimes de base et les régimes locaux ». Un décret publié au début de l’année 2016 précisera les modalités d’application ainsi que, pour les salariés alsaciens et mosellans, les couvertures complémentaires en entreprise tiendront compte des prestations et des cotisations des régimes locaux.

Les représentants du régime local d’assurance maladie considéraient la généralisation de la complémentaire santé comme une menace contre le système solidaire en vigueur en Alsace-Moselle, car le régime local couvre en partie le panier de soins prévu par la complémentaire santé.

 

 

Forum ouvert pour réinventer la politique vendredi

Forum ouvert pour réinventer la politique vendredi
Place des Orphelins, réaménagée en 2013, était au point de départ du "fossé des orphelins", en eaux à partir du XVème siècle (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
La Place des Orphelins où se situe le Cardek qui accueillera le forum ouvert (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Après les résultats des élections régionales, des citoyens ne se retrouvent plus dans la politique française. En discuter et imaginer de nouvelles manières de fonctionner, c’est le thème d’un « forum ouvert » organisé au Centre socioculturel de la Krutenau (Cardek), 1 place des Orphelins à Strasbourg, vendredi 18 décembre de 20h à minuit. La description est volontairement minimaliste :

« Nous avons tous notre part de responsabilité dans la situation politique actuelle. Pouvons nous la dépasser ? »

Lancée entre les deux tours des élections régionales, cette réunion vise à rassembler ceux qui le souhaitent et éventuellement s’organiser pour la suite. « Il n’y a pas de programme, c’est au groupe de décider comment on s’organise et de quoi on discute. Les discussions peuvent être nationales, sur la nouvelle région, ou locales. C’est le principe du forum ouvert », ajoute l’un des trois organisateurs qui souhaite ne pas se mettre en avant personnellement.

Seule indication, la dernière heure sera consacrée à la préparation du rendez-vous suivant. Pour ceux qui ne peuvent y assister, mais seraient intéressés par la suite, il suffit de laisser un message sur l’événement Facebook.

Y aller

Forum ouvert et maintenant ? Vendredi 18 décembre de 20h à minuit, à la Maison des associations, 1 place des orphelins à Strasbourg.

Sur Facebook : l’événement « Et maintenant ? Forum ouvert »