Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Nazih Kussaibi d’Alsace Syrie : « Je veux y croire »

Nazih Kussaibi d’Alsace Syrie : « Je veux y croire »
Nazih Kussaibi, président d’Alsace Syrie, devant le stand de l’association au village du partage du Marché de Noël.

Président de l’association Alsace Syrie, Nazih Kussaibi a vécu dimanche un événement qu’il attendait depuis 40 ans, la fin de l’emprise de la dynastie Assad sur la Syrie.

Lundi 9 décembre sur le stand d’Alsace Syrie, place Kléber juste à côté du grand sapin du Marché de Noël de Strasbourg, Nazih Kussaibi vend des pâtisseries arabes et propose du thé à la menthe au bénéfice de l’association qu’il préside depuis plus de dix ans, Alsace Syrie. Mais lundi, son sourire à moustache légendaire est plus marqué qu’à l’accoutumée. Il a vécu la veille un événement qu’il attendait depuis plus de quarante ans : la fin de la dictature de la dynastie Assad en Syrie.

Rue89 Strasbourg : Des forces rebelles ont pris le contrôle des principales villes syriennes en quelques jours. Quel est votre sentiment après la fuite de Bachar al-Assad en Russie, avez-vous été surpris ?

Nazih Kussaibi : J’ai été surpris, comme tout le monde. Quand l’offensive des rebelles a débuté, je ne pensais pas que l’armée du régime s’effondrerait aussi vite. J’ai suivi chaque minute la progression des rebelles, en m’informant à partir des éléments publiés sur les réseaux sociaux, les médias et ce que me transmettaient ma famille et mes amis sur place. Particulièrement, je voulais savoir quand les rebelles arriveraient à Homs où habite ma famille. Ils y sont arrivés dimanche presqu’en même temps qu’à Damas !

« Il n’y a presque pas eu de combats, c’est inespéré ! »

Nazih Kussaibi

C’est extraordinaire ! Et surtout, il n’y a presque pas eu de combats, c’est inespéré. Je suis si heureux. La Syrie a tellement souffert de ce régime : un million de tués et de disparus, des centaines de milliers de prisonniers, douze millions d’exilés soit la moitié de la population…

Les rebelles sont présentés comme menés par des djihadistes. Craignez-vous l’établissement d’une dictature religieuse ?

Il y a un dicton en Syrie : « À choisir entre Assad et le diable, nous choisissons le diable. » C’est vrai que le Hayat Tahrir Al-Cham (HTC, qui a dirigé les rebelles, NDLR) a eu un engagement djihadiste mais ses discours ont changé. Je veux y croire. Je suis plein d’espoir. Des assurances ont été données aux minorités religieuses et ethniques. Par exemple, un cardinal catholique a été nommé préfet d’Alep par les rebelles pour la période de transition, c’est un très bon signal. Al-Joulani (le fondateur du HTC, NDLR), je ne l’aime pas beaucoup mais il a demandé qu’il n’y ait pas d’actes de vengeance sur les Alaouites (l’ethnie sur laquelle s’appuyait le clan Assad, NDLR), il faut le croire.

Quels sont vos espoirs pour les jours à venir ?

La Syrie est une mosaïque de peuples, personne ne peut gouverner seul. J’espère qu’un nouveau régime va se mettre en place sans heurt. J’espère que les membres de l’ancien régime qui ont du sang sur les mains seront jugés, soit par la Cour pénale internationale, soit en Syrie, et à commencer par le premier d’entre eux, c’est à dire Bachar Al-Assad.

Et puis surtout j’espère pouvoir me rendre très vite à Homs. Mon frère est gravement malade et je ne l’ai pas vu depuis 2011. Puisque j’ai manifesté contre le régime, j’aurais été arrêté si j’y étais retourné. Cela fait plus de dix ans que je n’ai pas vu ma famille.

Pour la suite, je vais évidemment être très attentif à l’installation du nouveau gouvernement et s’il y a de nouvelles atteintes aux droits de l’Homme, s’il y a de nouvelles persécutions, eh bien je reprendrai les manifestations…

Droit de réponse de l’association Horizon Amitié

Droit de réponse de l’association Horizon Amitié
L’État verse des millions d’euros tous les ans à Horizon Amitié, acteur majeur de l’aide sociale à Strasbourg.

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Punaises de lits, terrain de sport et Conseil de l’Europe… Les points votés au conseil municipal

Punaises de lits, terrain de sport et Conseil de l’Europe… Les points votés au conseil municipal
En dehors du rapport d’activité, pas de délibération majeure lors de cette séance du conseil.

Lors du conseil municipal du lundi 9 décembre, les élus strasbourgeois ont adopté une série de délibérations allant de la lutte contre les punaises de lits à la vente d’un terrain au Conseil de l’Europe.

Groupés en cercle comme une équipe de foot, le personnel du très rigoureux service du protocole tient un dernier briefing. Autour d’eux, la grande salle du centre administratif est encore vide, mais tout est là pour le traditionnel déjeuner de Noël : les grandes tables dressées, les serviettes pliées en quatre et les couverts soigneusement alignés. Ne manque au tableau qu’un détail : les élus strasbourgeois.

À midi, ils étaient encore enfermés au sein du conseil municipal, débutant à peine son ordre du jour. Démarrant par la présentation du rapport d’activité et du développement durable, la séance du lundi 9 décembre a été traversée par une série de points très variés, évoquant pêle-mêle l’amicale du personnel de l’administration, les punaises de lit ou la construction d’un nouveau terrain de sport.

Début de conseil

Après l’appel des élus et la lecture de l’ordre du jour, la séance s’ouvre par une prise de parole de l’ancienne adjointe Soraya Ouldji, ayant quitté le groupe de la majorité durant l’été. L’élue revient sur la précédente séance du conseil, où elle s’est retrouvée au centre d’un échange houleux entre la majorité et l’opposition :

« Il y a eu des accusations gratuites et diffamatoires (de la part de son ancien groupe, NDLR) dans le but de me décrédibiliser. (…) Il faut que cette entreprise de décrédibilisation et d’écrasement de l’opposition cesse. Que nous puissions toutes et tous à nouveau nous concentrer sur ce pour quoi nous sommes élus. »

Avant d’entamer le vote des délibérations retenues, la maire Jeanne Barseghian a également confirmé l’attribution d’une protection fonctionnelle à la conseillère d’opposition Anne Pernelle Richardot (PS), cible depuis plusieurs semaines de menaces et d’un harcèlement en ligne. « Tout cela a commencé le 26 novembre, lorsque je suis citée dans un tweet de Rima Hassan (…). Il aura fallu plusieurs relances de Catherine Trautmann, pour avoir enfin une communication par mail de la maire aux élus sur le sujet », raconte l’élue socialiste.

Débat autour de l’amicale des agents

Après avoir débattu du dernier rapport d’activité et de développement durable 2023, l’exécutif propose dans sa délibération suivante de déléguer au Comité national d’action sociale (CNAS) la gestion de l’action sociale pour ses agentes et ses agents. Les services fournis par l’action sociale sont divers, comme l’épargne vacances, la garde d’enfants ou l’accompagnement du handicap…

L’élu d’opposition Pierre Jakubowicz (Horizons) s’inquiète que cette délégation ne se fasse au détriment de l’Amicale des personnels de l’Eurométropole, la structure historiquement en charge de ces services : « Cette adhésion au CNAS va de facto opérer un transfert de charge et de financement. » Bien que son groupe vote en faveur de la délibération, l’élue communiste Yasmina Chadli soulève les mêmes interrogations.

Le premier adjoint Syama Agha Babaei se veut rassurant. Il donne des gages sur le soutien de la municipalité à l’organisation :

« L’Amicale garde sa structure. Non seulement les moyens alloués par la collectivité – c’est-à-dire des équivalents temps pleins mis à sa disposition – sont préservés, mais ses moyens de fonctionnement quotidien sont augmentés. Avec une condition : retravailler un projet associatif en lien avec l’ensemble des agentes et des agents. »

La délibération est finalement adoptée à l’unanimité.

Lutte contre les punaises de lit

Une délibération promouvant la lutte contre les punaises de lit a également été adoptée. Elle engage la Ville à soutenir un programme dédié de l’Union départementale de la confédération syndicale des familles du Bas-Rhin (UDCSF 67). Concrètement, le programme de prévention s’appuiera sur la formation de bénévoles et de partenaires implantés dans les quartiers particulièrement touchés par les infestations de punaises de lit. La Ville propose de soutenir le projet à hauteur de 7 200€. Là encore, la délibération est adoptée à l’unanimité.

Nouveaux terrains de foot et d’athlétisme

La Ville a également acté l’attribution d’une subvention d’un million d’euros au bénéfice de la Région Grand Est, pour la construction de nouvelles installations sportives à Koenigshoffen, au stade Charles Frey, à proximité immédiate du Centres de ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS).

Dans le détail, il s’agira d’un stade de foot en gazon synthétique et d’une piste d’athlétisme comportant quatre couloirs de 400 mètres, et six couloirs de 110 mètres ; les deux installations seront éclairées. En prime, la Région prévoit la construction de bureaux et de vestiaires.

Le coût total des travaux est estimé à 2 450 000 euros. En échange de sa participation financière, la Ville pourra également disposer du terrain pour ses clubs et ses groupes scolaires « pour un besoin en volume horaire total estimé à 1 600 heures par an et ce pour une durée de 15 ans à compter de la mise en service des équipements », précise la délibération. Le point n’ayant pas été retenu, la délibération est adoptée.

Une maison France services à Cronenbourg

La Ville de Strasbourg s’engage à mettre à disposition un local pour soutenir l’installation d’une maison France services au nord de Cronenbourg. La préfecture du Bas-Rhin a poussé pour sa création « en réponse aux émeutes de 2023 », rajoute le texte encadrant la délibération.

Les locaux se situeront au 9 rue Einstein et la structure sera gérée par l’association Viaduq 67. En plus de cette mise à disposition, la Ville octroie un subvention de 6 000€, pour aider à l’achat de matériel informatique. La délibération est adoptée à l’unanimité.

Vente d’une parcelle de terrain au Conseil de l’Europe

Premier point à l’ordre du jour, la vente d’une parcelle de terrain au Conseil de l’Europe a été entérinée sans débat par les élus strasbourgeois. Le terrain d’une taille d’environ 37 ares est située rue Lauth, en plein quartier de l’Orangerie et à proximité immédiate du siège du Conseil de l’Europe. Il est cédé  pour un montant approchant les 1 300 000 euros.

Cette zone servira à l’installation de bureaux et de laboratoires pour la Direction européenne de la qualité du médicament et des soins de santé, une direction liée au Conseil de l’Europe.

Élections agricoles : la FNSEA face à la colère contre son modèle mondialisé

Élections agricoles : la FNSEA face à la colère contre son modèle mondialisé
Une manifestation de la FNSEA devant le Parlement européen en mars 2024.

À l’approche des élections professionnelles, la Coordination rurale et la Confédération paysanne dénoncent le soutien de la FNSEA à la mondialisation de l’agriculture alors que les paysans souffrent de la concurrence internationale.

Avec leurs tracteurs, 350 agriculteurs bloquaient le pont de l’Europe à Strasbourg le 18 novembre. Une démonstration de force des syndicats majoritaires, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs, à l’approche des élections professionnelles de janvier 2025. La mobilisation visait à s’opposer au traité de libre échange entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur.

Marie Paule Boehler, éleveuse de chèvres à Uttenheim, s’agace de cette « revendication malhonnête ». Tête de liste de la Coordination rurale, elle a manifesté à plusieurs reprises à Strasbourg avec le même mot d’ordre. « La FNSEA demande la même chose que nous, alors que leur président Arnaud Rousseau dirige le groupe Avril, une multinationale qui importe des céréales d’Ukraine. »

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La CGT et l’Unsa entament une grève illimitée au Groupe hospitalier Saint-Vincent

La CGT et l’Unsa entament une grève illimitée au Groupe hospitalier Saint-Vincent
Soignantes de la clinique de la Toussaint.
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Rassemblement mardi 10 décembre pour les frais de scolarité des étudiants étrangers

Rassemblement mardi 10 décembre pour les frais de scolarité des étudiants étrangers

Mardi 10 décembre à 13h, le syndicat Alternative étudiante Strasbourg appelle à une manifestation contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiants venant d’au-delà de l’Union européenne, en place depuis la rentrée 2024.

« Ce n’est pas aux étudiants visitants de payer la casse du service public. » Dans son post Instagram invitant au rassemblement de mardi 10 décembre, le syndicat Alternative étudiante Strasbourg (AES) rappelle que les frais de scolarité pour les étudiantes et les étudiants de master venant d’en dehors de l’Union européenne (UE) s’élève à… 3 879 euros. Ces frais sont 16 fois plus élevés que ceux demandés aux étudiants de l’UE.

Au fil d’un dossier de presse de 33 pages, l’AES détaille la mise en place de la politique qu’elle juge discriminatoire et comparable à une sélection des étudiants par l’argent. Depuis la rentrée 2024 pour les masters, les étudiantes et étudiants « extra-communautaires », venant d’en dehors de l’UE, doivent payer des droits de scolarité différenciés s’ils entament leur première année à l’université de Strasbourg. Certaines exceptions exonèrent du paiement – avoir le statut de réfugié, être québécois, être en doctorat…

Mais comme le prévoit une délibération du conseil d’administration de l’université de septembre 2023, seuls 10% des étudiants inscrits pourront bénéficier de ces exonérations, hors boursiers et autres cas spécifiques.

Détresse psychologique et précarité

En 2019, 10 000 étudiants étrangers étudiaient à l’Université de Strasbourg, dont 7 000 venaient d’en dehors de l’UE, selon un courriel du président de l’Université Michel Deneken reproduit par l’AES dans un dossier transmis à la presse.

Toujours selon le syndicat, des dizaines d’étudiantes et étudiants en master ont ainsi dû abandonner leurs études :

« En France, parmi les universités publiques, seules 13 universités appliquent intégralement les frais différenciés pour les étudiants étrangers extra-européens, comme prévu par la stratégie “Bienvenue en France” mise en place en 2019. En revanche, 115 universités ont choisi de ne pas appliquer cette augmentation en proposant des exonérations partielles ou totales pour maintenir des frais plus accessibles aux étudiants concernés. »

Selon un appel à témoignages lancé par l’AES en octobre 2024, l’augmentation de ces frais suscite une détresse psychologique et augmente encore la précarité de celles et ceux qui voyaient en France l’espoir d’une éducation qualitative et abordable. 40% des étudiantes et étudiants étrangers peineraient même avant cette mesure à subvenir à leurs besoins, rappelle l’AES.

Le but de la manifestation est de demander l’exonération des frais, le remboursement pour ceux déjà prélevés, l’application des frais de scolarités nationaux pour toutes et tous et la création d’une cellule d’aide psychologique.

Premières années très déficitaires pour le cinéma Cosmos

Premières années très déficitaires pour le cinéma  Cosmos
La grande salle

Les premières années d’exploitation du cinéma municipal sont rudes pour l’équipe qui a repris la délégation en 2023. Après avoir perdu près de 100 000€ en 2023, Le Cosmos accuse un déficit équivalent après six mois d’activité en 2024.

Un bilan de la première année de gestion du cinéma municipal par l’association Le Troisième Souffle est présenté dans la délibération sur les sociétés satellites de la Ville de Strasbourg, présentée au conseil municipal du lundi 9 décembre. Et les chiffres ne sont pas bons : en sept mois, Le Cosmos a perdu plus de 100 000€ sur son résultat d’exploitation. La faute, selon l’analyse des services de la Ville de Strasbourg, à une fréquentation trop faible et à des charges de personnel trop importantes.

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Face à une pauvreté croissante, la municipalité défend son bilan

Face à une pauvreté croissante, la municipalité défend son bilan
En deuxième depuis la gauche, l’adjoint en charge de l’équité territoriale Benjamin Soulet.

Lors du conseil municipal de Strasbourg du lundi 9 décembre, la municipalité évoquera l’état de la précarité à Strasbourg et dressera l’inventaire des actions qu’elle mène face à cette situation.

En comparaison avec le chaos qui règne au sein de l’Assemblée nationale, le conseil municipal de Strasbourg ne peut qu’être plus paisible. Pas de 49-3 ni de motion de censure, pas de guérilla parlementaire, mais un ordre du jour qui se consacre à des sujets aussi variés que l’ouverture d’une maison France Services, le régime indemnitaire des policiers municipaux ou la prolifération des punaises de lit.

Ce lundi 9 décembre (à suivre en direct à partir de 10h), les élus strasbourgeois se pencheront aussi sur le rapport d’activité et de développement durable 2023. Ce document de plus de 150 pages mentionne notamment l’état de la précarité à Strasbourg, et les politiques adoptées par la municipalité pour y faire face.

Pauvreté en hausse

En reprenant les chiffres indiqués dans le rapport, on relève une augmentation quasi constante du taux de précarité, c’est-à-dire du nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. À Strasbourg ce taux passe de 24,80% en 2015 à 26% en 2018 et stagne depuis à ce même niveau, jusqu’en 2021.

Parfois lacunaire, le document ne livre pas de chiffres plus récents. Même cas de figure sur le territoire des 33 communes de l’Eurométropole, où le pourcentage passe de 19,50% en 2015 à 20,7% en 2021. Dans le Bas-Rhin, « près de 53% des allocataires du RSA habitent à Strasbourg, alors que la ville ne représente qu’un quart de la population du département », souligne encore le document.

Dans le détail, le rapport met en exergue la forte proportion de jeunes précaires : le taux de pauvreté chez les moins de 30 ans stagne à 33% en 2021. Chez les personnes de plus de 75 ans, une progression plus nette s’observe, passant de 8% en 2015 à 14% en 2021.

Inventaire des mesures en place

En quelle mesure ce constat est-il imputable à une municipalité et non au gouvernement ? « On peut se demander ce qui a été fait pendant quatre ans pour diminuer la pauvreté », interroge la conseillère d’opposition Céline Geissmann (PS). « Je ne dis pas que tout est de la faute des écologistes, puisque l’évolution de la pauvreté est multifactorielle. Mais est-ce que nos politiques publiques ont permis d’atténuer le choc ? Aujourd’hui je n’en suis pas sûre. » « On se bat avec une cuillère dans un océan », se défend Benjamin Soulet, co-président du groupe majoritaire Strasbourg écologiste et citoyenne. « Ces questions de pauvreté suivent surtout des logiques nationales, parfois même européennes et mondiales. »

Céline Geissmann, conseillère municipale d’opposition socialiste.

L’élu ne nie pas pour autant les marges de manœuvre locales, assurant que la municipalité cherche à jouer un rôle positif sur la vie et le retour à l’emploi des précaires ; il met notamment en avant la réforme de la tarification solidaire, ou le lancement d’un programme améliorant l’accès aux droits sociaux. « Un de mes plus gros regrets durant ce mandat, ça reste l’échec du programme Territoire zéro chômeur », reprend Benjamin Soulet. « Tout ça à cause d’une collectivité qui refuse de jouer le jeu… » En l’occurrence, la Collectivité européenne d’Alsace, qui avait refusé de donner suite au programme visant à faciliter l’accès à l’emploi des chômeurs.

Responsabilité de l’État

« En plus de nos actions, la Ville a pu également faire du plaidoyer auprès des autorités compétentes, en prenant position par exemple contre des projets de loi néfaste pour les précaires, comme la réforme de l’assurance chômage », complète Floriane Varieras, adjointe aux solidarités et également co-présidente du groupe Strasbourg écologiste et citoyenne.

« Je refuse d’adhérer au discours de déresponsabilisation totale de la Ville », insiste l’élu d’opposition Pierre Jakubowicz (Horizons). « La municipalité a quand même des marges budgétaires, elle peut notamment mobiliser les 2 millions d’euros d’économies du CCAS (Centre communal d’action social, NDLR). » « De la part du centre et de la droite, ces critiques me font rire jaune », rétorque Floriane Varieras. « Il faut rappeler que c’est Renaissance et la droite qui sont au pouvoir depuis sept ans au gouvernement. » Concernant les excédents du CCAS, l’adjointe aux solidarités précise qu’ils ont été dépensés durant les années 2023 et 2024, principalement dans le service d’hébergement suite aux sinistres, mais aussi l’amélioration des conditions d’accueil ou le renforcement du personnel.

Chez les libraires indépendants, le casse-tête Bolloré

Chez les libraires indépendants, le casse-tête Bolloré

Le rachat du groupe d’édition Hachette par Lagardère, contrôlé par le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, a secoué le monde de l’édition. Dans les librairies indépendantes alsaciennes, la résistance s’organise.

À l’automne, le groupe Lagardère a mis la main sur Hachette Livre, principal éditeur et distributeur de livres en France, regroupant des maisons comme Fayard, Le Livre de Poche, Hatier ou encore Albin Michel. Ce groupe est contrôlé par le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, déjà connu pour avoir constitué un empire médiatique diffusant ses idées, avec notamment la chaine CNews.

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​​Suivre la lumière à travers « l’air noir » au Casino de Luxembourg

​​Suivre la lumière à travers « l’air noir » au Casino de Luxembourg
Black Air, vue d’exposition

Le Casino Luxembourg accueille l’exposition Black Air. Tirée d’une œuvre historique de Aldo Tambellini et Otto Piene, conçue par Amelia LiCavoli…

Black Air, un titre à première vue inquiétant, semble évoquer un monde marqué par la pollution, le chaos et un avenir incertain. On pourrait l’associer à une vision du futur dystopique et hostile, où l’humanité peine à respirer dans un monde où l’air est menacé. Pourtant, dans cette exposition au Casino de Luxembourg, ce n’est pas le cas. 

Le thème principal est « l’air noir », une énergie immatérielle qui se déploierait à travers toute chose. Ici cet air noir est rendu palpable à travers des performances, installations immersives et une publication dédiée. L’exposition accueille des œuvres d’art de Aldo Tambellini, Otto Piene, Ibrahim R. Ineke, Semiconductor, Max Kuiper, Lisa Slodki et Hans de Wit.

À propos de l’air ou de l’éther noir

Le nom ainsi que le concept de l’exposition s’appuient directement sur l’œuvre du même nom, d’Aldo Tambellini et Otto Piene. Aldo Tambellini est un artiste italien surtout connu pour ses vidéos expérimentales et performances électromédiatiques. Dans ce type de performance, l’artiste combine diverses formes d’art et technologies comme des sons, de musique en direct, de lumières de diapositives projetées, afin de créer une expérience immersive et interactive. Otto Piene est un artiste allemand proche de l’école de Düsseldorf, cofondateur du groupe Zero avec l’artiste multimédia Heinz Mack.

L’œuvre Black air a été montrée une seule fois au public : c’était en 1968, au Black Gate Theater à New York. Grâce à des documents d’archives, et à un rigoureux travail de documentation, l’installation Black Air de Otto Piene et d’Aldo Tambellini a pu être réactivée dans la salle principale du Casino de Luxembourg. L’œuvre est composée de plusieurs vidéos et films réalisées par Aldo Tambellini et d’une installation pneumatique et lumineuse réalisée par Otto Piene.

Parcourir l’exposition, une épreuve

Au premier étage se trouve le staging room, une zone de transition, qui permet aux visiteurs d’accéder aux divers espaces de l’exposition. Le mur principal est couvert de visuels de Black air, réalisées par Ibrahim R. Ineke, permettant un premier regard sur la thématique de l’exposition.

Pour accéder à la grande salle d’exposition du Casino, trois entrées sous forme de corridors noirs sont proposées. Les couloirs sont faiblement éclairés, créant une sensation de confinement et de mystère. En parcourant ces corridors, on se retrouve à nouveau plongé dans le noir. Toutefois, des éclairages intermittents émergent. Ces éclairages, émanant de différentes œuvres, offrent aux spectateurs des repères dans leur parcours d’exposition. 

Otto Piene, Pneumatic Garden of Eden, vue de l’exposition

L’installation vidéo de Tambellini, située au fond d’une salle sombre, comprend quatre télévisions cathodiques. L’une de ces télévisions diffuse Black Video 1 :  la séquence montre Elsa Tambellini réalisant une chorégraphie corporelle et improvisée en se déplaçant dans un espace sombre avec des lampes de poche. Les trois autres moniteurs diffusent des copies de Black Video 2 » qui documente les manipulations par Aldo Tambellini des signaux électriques de Black Video 1

Dans cet environnement sombre se trouve, au centre de l’espace, Pneumatique Garden of Eden – l’installation aux formes florales, composée de structures gonflables avec des ramifications, réalisée par Otto Piene. Les structures gonflables respirent en un mouvement organique, imitant le va-et-vient d’un poumon grâce à des cylindres d’air comprimé.

Plus loin dans l’exposition, on trouve les panneaux lumineux Semiconductor de Ruth Jarman et Joe Gerhardt : ces cartes cosmiques attirent l’attention des spectateurs par leurs trous lumineux. Dans la salle à côté, on trouve l’installation de Max Kuiper, z/w/a/r/t magazine nr. 29 – Black Air Issue. Le magazine est composé de plusieurs modules en bois qui contiennent des objets avec lesquels les spectateurs peuvent interagir en se déplaçant dans l’espace. 

À Niederbronn, l’usine Ernst subit aussi les difficultés de l’industrie automobile

À Niederbronn, l’usine Ernst subit aussi les difficultés de l’industrie automobile

Le directeur de l’usine Ernst à Niederbronn a convoqué neuf salariés en entretien préalable au licenciement. Une nouvelle illustration locale des difficultés de l’industrie automobile.

C’est un nouveau sous-traitant victime des difficultés de l’industrie automobile. À Niederbronn, l’entreprise Ernst a convoqué neuf salariés pour un entretien préalable au licenciement. Le directeur Jérôme Lamey confirme l’information tout en précisant que les licenciements n’ont pas encore été confirmés. Le responsable explique cette « décision est difficile à prendre, surtout à l’approche des fêtes de Noël » :

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À Strasbourg, des centaines de personnes attendent de l’aide face à leurs addictions

À Strasbourg, des centaines de personnes attendent de l’aide face à leurs addictions
Cannabis, alcool, cocaïne… De plus en plus de personnes demandent de l’aide face aux addictions, mais les moyens des associations de prévention et de soins sont insuffisants pour y répondre.

Les associations Ithaque et Alt demandent l’ouverture d’un nouveau centre à Strasbourg pour répondre à la demande de celles et ceux qui ont besoin d’aide face à leurs addictions.

« En 2024, nous avons dû cesser d’admettre des personnes en demande de soins, faute de moyens… » La directrice de l’association Alt, Mélinda Huber, a alerté encore une fois jeudi 28 novembre, dans la salle du conseil municipal strasbourgeois, remplie pour le trentième anniversaire de l’association Ithaque. Alt, Ithaque, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg… toutes les structures gestionnaires de centres de soins, d’accompagnement et de prévention des addictions (Csapa) voient la file d’attente de personnes demandant de l’aide s’allonger à Strasbourg. « Nos équipes sont à saturation, ce qui est vraiment dommageable pour les personnes qui font la démarche de nous demander de l’aide », a poursuivi Mélinda Huber.

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Sur le campus, des étudiants demandent la libération de Georges Abdallah

Sur le campus, des étudiants demandent la libération de Georges Abdallah
Rassemblement étudiant pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, vendredi 6 décembre 2024.

Une trentaine d’étudiants et étudiantes se sont rassemblées devant l’Institut Lebel, sur le campus de l’Université de Strasbourg ce 6 décembre, pour demander la libération de Georges Ibrahim Abdallah, militant libanais contre la colonisation.

« Coloniser est un crime, résister est un droit. » Au mégaphone vendredi 6 décembre, un étudiant interpelle les passants devant l’Institut Lebel, sur le campus central de l’Université de Strasbourg. Ils sont une trentaine à réclamer la libération du Libanais Georges Ibrahim Abdallah, à l’appel de la Fédération Syndicale Étudiante (FSE). Co-fondateur des Fractions armées révolutionnaires libanaises (Farl), ce célèbre militant a participé à la lutte contre l’impérialisme européen et israélien. Les Farl ont revendiqué plusieurs attentats dont quatre mortels en France, au début de années 1980.

Pour Lucille, membre de la FSE, cette lutte est hautement symbolique à ses yeux : « C’est un combattant et un camarade avant tout, qui dénonce l’impérialisme français. » Depuis 1984 ans, Georges Ibrahim Abdallah est emprisonné en France pour « complicité de meurtre ». Si le militant est libérable depuis 1999, c’est uniquement le 15 novembre 2024 que le juge d’application des peines a accepté sa onzième demande de libération conditionnelle. Mais le parquet national antiterroriste (Pnat) a interjeté appel, suspendant ainsi la décision.

« Tous les combats sont liés »

« C’est un militant qui n’a jamais abandonné son combat pour la Palestine et les peuples opprimés », constate Lucille, pour qui Georges Ibrahim Abdallah symbolise l’espoir. Condamné en 1986 à la perpétuité après l’assassinat par les Farl de deux diplomates, un Américain et un Israélien, le militant communiste est considéré par ses soutiens comme « le plus vieux prisonnier politique d’Europe ».

Véritable saga judiciaire, l’affaire Georges Ibrahim Abdallah est pleine de rebondissements, son avocat ayant par la suite avoué avoir joué double jeu et travaillé pour les services de renseignements français en même temps qu’il défendait son client.

Sur le côté du rassemblement, Figo tient un tract entre ses doigts. La cause raisonne particulièrement chez l’étudiant en histoire. « Je suis kurde, donc la défense des opprimés, je connais », souffle-t-il :

« La lutte des Palestiniens contre l’impérialisme israélien, c’est un peu comme pour les Kurdes opprimés par le gouvernement turc, donc j’ai une sensibilité pour ces sujets. Tous les combats visant à ce que les peuples soient libres à disposer d’eux-mêmes sont liés. »

Figo l’avoue, il ne connaît Georges Ibrahim Abdallah que depuis quelques mois. « Mais ce sont des actions comme celle d’aujourd’hui qui informent les gens. À coup de petites mobilisations, l’impact peut devenir plus grand », sourit-il.

Difficile espoir

Le militant se dit plutôt pessimiste pour l’avenir. « Honnêtement c’est compliqué, le monde reste gouverné par des pays puissants et contre eux, les peuples n’ont presque aucun pouvoir », conclue Figo, qui déplore que les États fassent passer les intérêts économiques avant les droits humains.

Vers 10h30, les étudiantes et étudiants se mettent à déambuler sur le campus, mégaphone en main. Camille les suit, keffieh autour du coup. « Georges Ibrahim Abdallah fait le lien direct entre son parcours de résistance et le génocide en Palestine », détaille-t-il.

La demande de libération de Georges Ibrahim Abdallah sera étudiée en appel le 19 décembre 2024.

Ma promenade éco-anxieuse au marché de Noël de Strasbourg

Ma promenade éco-anxieuse au marché de Noël de Strasbourg

Tourisme de masse, surconsommation, gaspillage alimentaire… Chaque année, mes convictions écologiques gâchent la promenade au marché de Noël de Strasbourg.

« 2024 est l’année la plus chaude jamais enregistrée sur la planète : ai-je réellement besoin de ce petit lutin en tissus ? » Être éco-anxieuse, c’est faire le marché de Noël de Strasbourg en état de dissociation cognitive. À chaque fin d’année, une partie de mon cerveau s’émerveille des petits personnages et décors proposés dans les chalets du Christkindelsmärik. L’autre s’interroge sur leur impact environnemental : « Maman m’a dit qu’elle voulait un rouleau à décorer les pâtisseries cette année : est-ce que celui-là a été conçu avec du bois issus de forêts locales et durables ? » Cet état d’intranquillité permanente à deux effets : me pousser vers les étals de vin chauds pour me faire oublier mes inquiétudes et me nouer l’estomac, pour m’empêcher d’en profiter.

Les lutins et autres figurines de Noël pourraient presque me faire oublier mon éco-anxiété. Photo : Anne Mellier/ Rue89 Strasbourg / cc

« Marché durable » et surtourisme

En bonne bobo-écolo strasbourgeoise, j’ai attentivement suivi les évolutions du marché de Noël ces dernières années. J’ai lu les déclarations des élus écologistes qui promettent de limiter l’impact environnemental de ce grand raout saisonnier. Traitement des eaux grasses, tri des déchets, sélection des exposants et des produits proposés, remplacement des décorations lumineuses par des LED et créations en tissus… Autant d’initiatives vertueuses qui ne posent pas la question cruciale du surtourisme qui se cache derrière l’événement. En 2023, le marché de Noël de Strasbourg a battu un nouveau record de fréquentation avec 3,3 millions de visiteurs.

Un moment d’inattention et me voici à la Petite France, emportée par une foule cosmopolite émaillée de perches à selfies. Curieuse, je demande à un couple avec une poussette d’où ils viennent. Originaires d’Istanbul, Sibil et Oguz ont pris une semaine pour visiter tous les marchés de Noël alsaciens. Arrivés à l’aéroport de Bâle, ils ont loué une voiture pour venir passer trois jours à Strasbourg avant de filer en direction de la route des vins et de ses petits villages pittoresques. « On prépare ce voyage depuis mars », détaille le jeune homme qui explique avoir découvert le Christkindelsmärik strasbourgeois grâce aux influenceurs, sur les réseaux sociaux. « C’est joli, mais je suis un peu déçu. Il n’y a pas cet effet waouw qu’on peut voir sur leurs vidéos », regrette Oguz.

Des touristes du monde entier

« Brilliant », « amazing » « authentic ». De son côté, Andrew ne manque pas de superlatifs quand il s’agit d’évoquer sa visite au marché de Noël de Strasbourg. Originaire de Melbourne, en Australie, le quinquagénaire est en Europe pour « trois semaines et demie » avec son épouse et une de leurs amies. Arrivé à Londres par long-courrier, le trio a ensuite pris un autre vol pour Budapest afin de visiter les marchés de Noël de Vienne, Prague et Munich. Une journée à Strasbourg puis ils fileront à Colmar avant de rentrer par Paris. « L’architecture ici est incroyable. Et chaque chalet nous fait ressentir l’esprit de Noël ! » s’enthousiasme l’Australien, des étoiles plein les yeux. Je souris en l’écoutant. Partagée entre la complicité et le vertige – combien de kilogrammes de CO2 émis pour tous ces déplacements ?

Je croise aussi deux américaines, l’une résidant en Allemagne, à deux heures de route au nord de Strasbourg. L’autre est venue de Philadelphie pour profiter du marché strasbourgeois avant d’aller voir celui de Paris. Elles ont aussi découvert l’événement grâce aux influenceurs, sur les réseaux sociaux. Au pied du grand sapin, les écrans de smartphones font concurrence aux décorations lumineuses. L’heure est au selfie et aux photos souvenirs. De quoi inciter de nouveaux visiteurs à remonter les allées du Christkindelsmärik l’année prochaine.

La photo du sapin, l’incontournable instagrammable…Photo : Anne Mellier/ Rue89 Strasbourg / cc

Inévitables déchets

Lassée du bain de foule, je tourne le dos au grand sapin pour tomber nez à nez avec un triste tableau. Sur les petites tables rondes permettant aux visiteurs de manger debout, de nombreux déchets ont été oubliés. Quelques serviettes en papier roulent dans la brise. J’attrape ce que je peux pour les emmener aux bennes voisines avant de déchanter. Le code couleur et les pictogrammes n’ont pas suffi à faire respecter les consignes de tri. Des emballages en carton dorment au fond de la poubelle dédiée aux restes alimentaires et vice versa.

L’année dernière, les services de la Ville ont ramassé près de 30 tonnes de déchets cartons et plastiques, qui ont ensuite été envoyés dans des centres de traitement situés au Port du Rhin. Mais je n’oublie pas que le meilleur des déchets est celui qu’on ne produit pas. Ne pourrait-on pas imaginer des planches en bois consignées pour les tartes flambées ? Ou des bols en céramique de Betschdorf pour les plâtrées de spaetzle ?

Tombée par hasard sur des amies en train de boire du vin chaud, je ne peux m’empêcher de leur demander si elles ont pensé à emmener leur gobelet. « Chaque année, j’en prends un au début du marché et il me dure tout le mois. S’il me plait, je le garde sinon je récupère ma consigne », m’explique l’une. « Moi, j’en prends un que je finis par oublier chez moi. Au bout de trois ou quatre vins chauds, j’en prends un autre », témoigne un ami. Je songe à la pile d’écocups sérigraphiés aux couleurs du marché de Noël qui dort dans les placards de ma colocation avec un brin de culpabilité.

Des alternatives végés encore rares

Parmi les conseils donnés aux visiteurs cette année, la Ville a suggéré d’amener ses propres contenants. Une consigne zéro-déchets peu suivie, si j’en crois les quelques exposants à qui j’ai posé la question. « Si, il y a une dame qui venue aujourd’hui avec une grande thermos », détaille un marchant de glühwein avant de verser une généreuse rasade de calva dans mon jus de pomme chaud. Un cocktail 100% français, du verger à l’alambic. Rien à dire.

Puis je me mets à observer les chalets à bretzels gratinées et à tartes flambées que je scrute d’un œil aussi sévère qu’affamé. Des versions végétariennes existent, mais elles restent peu nombreuses. Il faut arriver sur le Marché off pour trouver des recettes 100% végétales. Currywurst incluse. Le rapport avec l’écologie ? Une alimentation végane émet 75% de gaz à effet de serre en moins qu’une alimentation très carnée et consomme moins d’eau et de terres. De quoi donner envie de végétaliser son assiette.

Une gaufre végétale au marché off. Photo : Anne Mellier / Rue89 Strasbourg / cc

C’est dans le marché de Noël le moins touristique de Strasbourg que je termine immanquablement mes balades. L’écoanxiété y résonne un peu moins fort. Encore que, ici comme ailleurs, la question se pose : de quoi ai-je vraiment besoin pour Noël ? Qu’ai-je vraiment envie d’offrir ? Des bières locales ? Des produits de la région ? Une orange et un morceau de chocolat – fruit produit en Espagne et du cacao originaire d’Amérique du sud ? Mauvaise idée pour l’empreinte carbone. Je cherche des idées ici et là. Et regarde les prix. Quand on est éco-anxieux et précaire, finalement, rien, c’est peut-être bien.

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Dans la rue, la colère des fonctionnaires : « Ça devient un problème de dignité »

Dans la rue, la colère des fonctionnaires : « Ça devient un problème de dignité »
Patricia, enseignante au collège Jean Monnet.

Près de 3 000 fonctionnaires ont manifesté jeudi 5 décembre contre « la casse du service public ». Beaucoup racontent la dégradation continue de leurs conditions de travail.

Le gouvernement Barnier est tombé la veille. Mais la colère des fonctionnaires reste intacte. Ils étaient presque 3 000 à manifester ce jeudi 5 décembre à Strasbourg. Car si l’avenir politique est incertain, le manque de moyens dans la fonction publique reste très concret. Au sein du cortège, les agents viennent de secteurs variés. Beaucoup témoignent de conditions de travail qui ne cessent de se dégrader, se livrent sur leur quotidien et les impacts sur la population.

Malgré la chute du gouvernement la veille, la mobilisation des fonctionnaires était importante.Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Christian Prud’homme, secrétaire du syndicat Force ouvrière des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), rappelle que le manque de moyens à l’hôpital, ce sont « des patients qui subissent des conséquences pour leur santé ». Pour rappel, au moins deux personnes sont décédées suite à un défaut de prise en charge en mars et septembre 2022 aux urgences du Nouvel hôpital civil.

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À Novares, la grève prend fin : « Un salarié avec 30 ans d’ancienneté aura près de 100 000 euros »

À Novares, la grève prend fin : « Un salarié avec 30 ans d’ancienneté aura près de 100 000 euros »
Les ouvriers de Novares étaient mobilisés pour de meilleures conditions de licenciement depuis le 20 novembre.

En grève depuis le 20 novembre, les syndicats du constructeur Novares ont obtenu satisfaction sur le montant des indemnités de départ des 122 salariés de l’usine.

Deux semaines après le début de la grève à Novares, le délégué syndical Force Ouvrière Bachir Himmi exprime « la satisfaction générale des salariés » ce jeudi 5 décembre. Malgré la fermeture annoncée de l’usine à Ostwald, le syndicaliste préfère souligner le succès de la mobilisation des 122 salariés de l’équipementier automobile. Ces derniers sont désormais assurés d’obtenir 2 200 euros d’indemnité supralégale par année d’ancienneté. Avant la grève, le montant proposée par la direction de Novares était de 1 300 euros par année d’ancienneté. « Un salarié qui a trente ans de boite partira avec près de 100 000 euros d’indemnités au total », se félicite le syndicaliste Bachir Himmi.

Une fermeture prévue en 2025

Deux jours après le début de la grève, un autre site de production de Novares a rejoint le mouvement. « La mobilisation du site de production de Sainte-Marguerite (Vosges) a eu un impact bien plus fort sur notre client Stellantis, explique Bachir Himmi, il y avait 600 véhicules bloqués par l’absence de pièces livrées par Novares. Clairement, la direction est revenue avec des meilleures indemnités pour éviter de durcir e conflit. »

Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) signé par la direction et les syndicats CFTC, CGT et FO accorde aux ouvriers de Novares un congé de reclassement de 12 mois avec une rémunération de 80% du salaire brut. Un budget de formation de 10 000 euros et une enveloppe destinée à la création d’entreprise ont aussi été inscrits dans le PSE.

L’ensemble des salariés ont repris le travail ce jeudi 5 décembre. L’usine Novares d’Ostwald ne devrait pas fermer avant juin 2025, selon le responsable syndical FO Bachir Himmi.

Contacté, le directeur de l’usine Novares à Ostwald n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

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