Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Un mois après la Libération, Noël dans une ambiance de siège à Strasbourg

Un mois après la Libération, Noël dans une ambiance de siège à Strasbourg
Des soldats américains dans les ruines de l’usine Mathis le 27 décembre 1944.

Le 23 novembre 1944, les troupes du général Leclerc libèrent Strasbourg. Pour les Français, l’événement symbolise la fin de la guerre sur le territoire national, pourtant les combats se poursuivent en Alsace pendant la période des fêtes.

« Strasbourg vit dans une ambiance de siège… Pour faire le nécessaire, il faudrait que les lendemains soient assurés. Il est clair qu’ils ne le sont pas. » Ces mots sont prononcés par le général de Gaulle, alors qu’il se trouve dans la capitale alsacienne au soir du 24 décembre 1944. Le chef du gouvernement provisoire parle autant de la situation militaire – les troupes françaises sont à bout de force – que du moral de la population civile qui manque de tout. « L’armée est solide, mais lasse. L’Alsace est fidèle, mais inquiète. »

Fin novembre, l’opinion publique française accueillait avec joie l’annonce de la libération de Strasbourg. Le drapeau tricolore au sommet de la cathédrale marque pour beaucoup la fin de la guerre sur le territoire national. Pourtant les combat se poursuivent encore au nord de l’Alsace et autour de Colmar. Strasbourg est toujours sur la ligne de front et le restera jusqu’en avril 1945 ; l’hiver est particulièrement rude, l’Alsace manque de ravitaillement et l’armée allemande menace de revenir. Pour les Strasbourgeois, Noël 1944 se passe au cœur de la guerre.

Une carte de Noël signée de Charles Frey, maire de Strasbourg, en 1944.Photo : Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin

Les combats continuent

En décembre 1944, les combats s’éloignent de Strasbourg. Au nord, l’armée américaine progresse et repousse la Wehrmacht sur la frontière. Dans le centre de l’Alsace, les Allemands résistent autour de Colmar, et Mulhouse est toujours coupée en deux par la ligne de front. À Strasbourg aussi, la guerre persiste. Repliée de l’autre côté du Rhin, l’artillerie allemande bombarde la capitale alsacienne depuis Offenbourg et Oberkirch. Ces tirs sèment la panique et entrainent de nouvelles destructions dans une ville déjà marquée par les bombardements américains de l’été. En tout, 600 immeubles sont totalement détruits et 2 700 endommagés ; une partie de la population est donc réfugiée dans sa propre ville et les loyers flambent.

La période de Noël est aussi propice aux rumeurs. Alors que l’armée allemande contre-attaque dans les Ardennes belges, des bruits circulent quant à son retour en Alsace. Après tout, dans un tract retrouvé en novembre à l’hôtel de la préfecture, les Nazis promettaient aux Alsaciens : « Nous reviendrons ! » L’angoisse de la population est telle, que les autorités font publier à la veille de Noël un communiqué enjoignant à dénoncer les « bobardiers » qui « jettent le trouble dans les esprits ».

Les craintes des Alsaciens étaient pourtant loin d’être infondées. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, les Allemands attaquent en Alsace du nord et menacent de reprendre Strasbourg, les Américains préférant se replier et abandonner la ville à l’ennemi. Il faudra toute l’insistance du général De Gaulle pour les convaincre de défendre l’Alsace.

Message du général de Lattre de Tassigny faisant la promesse aux Strasbourgeois de défendre la ville face à la contre-attaque allemande le 6 janvier 1945.Photo : Archives de Strasbourg

Pénurie et marché noir

Après la Libération, le commandement américain avait promis « le rétablissement de la vie normale. » Pourtant, fin décembre, le quotidien des Strasbourgeois n’a rien d’ordinaire. Le couvre-feu à partir de 19h et l’absence d’éclairage public plongent la ville dans une ambiance lugubre. L’alimentation électrique n’est assurée que quelques heures par jour depuis le bombardement de la centrale du Port du Rhin début décembre. Le gaz de ville est totalement coupé, le bois de chauffage et le charbon manquent aux habitants alors que l’hiver est particulièrement dur. L’économie tourne au ralenti et une partie de la population est au chômage forcé.

Appel du commissaire général de la république aux agriculteurs alsaciens, pour nourrir les villes, 11 décembre 1944.Photo : Archives de Strasbourg

Pour Noël, les Strasbourgeois peuvent toujours compter sur le stock de nourriture abandonné par les Allemands lors de leur fuite, mais il s’épuise. Du fait de la proximité du front et des restrictions de déplacement, les marchandises peinent à arriver jusqu’à la ville. En janvier, le système de rationnement français remplace celui des Allemands maintenu provisoirement en place, mais la désorganisation de l’administration installe la pénurie dans la durée. Conséquence logique, le marché noir se développe et les prix explosent. Le kilo de café s’échange à 1 600 Francs (F) sur le marché parallèle alors que son prix officiel n’est que de 89 F.

Les prix de ventes officiels des denrées alimentaires en mars 1945.Photo : Archives de Strasbourg

Vide politique et épuration

Bien que libérée par les troupes du général Leclerc, Strasbourg se trouve en décembre sous administration militaire américaine. Les déplacements hors de la commune nécessitent un laissez-passer et la population vit sous couvre-feu entre 19h et 6h. L’armée réquisitionne sans discernement les bâtiments administratifs et les usines, ajoutant au chaos de la situation. Surtout, les Américains sont peu au fait de la situation particulière des Alsaciens, certains soldats s’imaginant être en Allemagne. La situation est si critique que des affiches sont placardées sur les murs pour rappeler aux GI’s que même si les habitants parlent une langue germanique, ils sont Français.

Appel à dénoncer les saboteurs, 15 décembre 1944.Photo : Archives de Strasbourg

En décembre, l’Alsace traverse aussi un véritable vide politique. Les autorités françaises peinent à réinstaller une administration absente depuis quatre ans. Si Charles Frey, le maire de Strasbourg en 1940, arrive le 27 novembre, son conseil municipal ne sera officiellement installé qu’en avril. Dans le flou qui succède à la libération, ce sont les Forces françaises de l’intérieur d’Alsace (FFIA) qui tiennent lieu d’administration jusqu’à ce que la situation politique se clarifie à partir de 1945. Dès la fin novembre, les FFIA s’attaquent à la question de l’épuration, les collaborateurs sont internés sur simple présomption et sans base légale. Fin décembre, le commissaire de la république met en place une commission pour juger du bien-fondé de ces arrestations et limiter les abus. Dans le Bas-Rhin, 5 000 à 6 000 personnes ont été internées et 18 purement et simplement exécutées.

Un lent retour à la normale

Si la Libération est accueillie avec joie par les Strasbourgeois, pour de nombreuses familles, se retrouver de ce côté de la ligne de front a aussi signifié une perte de contact avec leurs proches enrôlés de force dans les armées allemandes. Pour ces derniers, ce furent des mois d’angoisses jusqu’en juin, quand les « Malgré-Nous » et « Malgré-Elles » commencèrent à rentrer. Sur les 130 000 Alsaciens et Mosellans enrôlés, 40 000 ne reviendront pas.

Le défilé de la Première armée française dans Strasbourg le 16 avril 1945 suite à la conquête de la rive orientale du Rhin.Photo : Archives de Strasbourg

Il faut attendre la mi-mars 1945 pour que l’Alsace soit totalement libérée et la fin avril pour que cessent les tirs d’artillerie venus du Bade. Quand l’Allemagne capitule, le 8 mai 1945, l’Alsace sort donc à peine de la guerre. Les difficultés de ravitaillement sont toujours présentes, le lait manquera à Strasbourg jusqu’en 1946. Le retour des réfugiés et des déportés aggrave la crise du logement déjà présente à Strasbourg, certains trouvant leur logement occupé par d’autres familles ou détruit. Dans la capitale alsacienne, ce sont pas moins de 15 000 personnes qui perçoivent une allocation, car elles sont sinistrées ou réfugiées. Il faudra attendre 1949, pour que la vie strasbourgeoise reprenne un cours normal.

Drones, couvre-feu, parkings et bus : tout savoir sur le dispositif du 31 décembre 2024

Drones, couvre-feu, parkings et bus : tout savoir sur le dispositif du 31 décembre 2024
Les rames Citadis, en circulation depuis 2005 sur le réseau de la CTS (Photo (jc) / FlickR / CC)

Comme chaque année, les pouvoirs publics essaient de prévenir des flambées de violences et de dégradations urbaines à Strasbourg. Voici les dispositifs prévus pour la soirée du Nouvel-An.

À chaque nuit du Nouvel-An, l’objectif des pouvoirs publics est d’empêcher que des mains ne soient démantelées à cause des pétards, des voitures incendiées, des bâtiments publics dégradés, etc. Et chaque année, des dizaines de personnes se réveillent en 2025 avec des doigts en moins ou avec une voiture calcinée à identifier à la fourrière municipale…

Ce triste rituel de la Saint-Sylvestre est assez désolant, surtout malgré la prise d’une série de mesures, rituelles elles-aussi, déployées à grands renforts de policiers, gendarmes, militaires de l’opération Sentinelle et pompiers pour y répondre. Pour la soirée du 31 décembre, le préfet a mobilisé une nouvelle fois les drones de la Police nationale et un hélicoptère équipé d’une caméra afin de surveiller les quartiers populaires de Strasbourg.

Parmi les autres mesures habituelles, le préfet a interdit, sur l’ensemble du département du Bas-Rhin, « l’achat, de la vente, la détention, le transport et l’utilisation des artifices de divertissement et d’articles pyrotechniques de catégories F2 et F3 » jusqu’au matin du vendredi 3 janvier. En outre, ces interdictions ont déjà été étendues à toutes les catégories d’articles pyrotechniques dans le périmètre de la Grande-Île de Strasbourg jusqu’au vendredi 27 décembre à 21h.

Pas de jeunes seuls dans les rues

La « distribution, l’achat et la vente à emporter de carburants dans tout récipient transportable » sont également interdits à partir du dimanche 29 décembre jusqu’à l’aube du vendredi 3 janvier. Une « interdiction de la vente et de la consommation d’alcool sur la voie publique » est également prononcée à partir du mardi 31 décembre à midi jusqu’au mercredi 1er janvier à midi.

En outre, le couvre-feu interdisant aux mineurs de moins de 16 ans non accompagnés de circuler, une innovation de 2021, est reconduit cette année à Strasbourg, Hoenheim, Bischheim, Schiltigheim, Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim et Ostwald à partir du mardi 31 décembre à 22h jusqu’au mercredi 1er janvier à 6h.

Plus de bus ni de tram le 31 à partir de 22h30

Dans un communiqué, la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) détaille la mise en place un « réseau spécial Nouvel-An » mardi 31 décembre. À partir de 17h30, des déviations seront mises en place puis plus aucun bus ni tramway ne circulera à partir de 22h30 jusqu’à 2h30. Ensuite, quelques bus circuleront. Le réseau normal des jours fériés sera en place mercredi 1er janvier dès 5h.

Plan du réseau spécial pour la soirée du Nouvel-An

Des parkings pour planquer sa voiture

Celles et ceux qui craignent de ne pas retrouver leur voiture mercredi matin peuvent la mettre à l’abri, gratuitement, dans tous les parkings-relais de l’Eurométropole (voir la liste ici). Ils resteront ouverts en libre accès 24h/24 et 7j/7.

En complément, une série de parkings seront gardiennés du mardi 31 décembre jusqu’au mercredi 1er décembre à 15h : P+R Ducs d’Alsace, P+R Elsau, parking du parc de la Citadelle, P+R parc des Romains, P+R Baggersee, parking du centre de formation de conduite, rue Guynemer à la Musau, parking de la piscine de la Kibitzenau, parking Jardin des Deux-Rives, P+R Poteries, parking du centre funéraire du cimetière Nord, à la Robertsau…

En outre, des zones de stationnement, gratuites et gardiennées, sont prévues à Bischheim (parking de l’école des Prunelliers, 82 avenue de Périgueux), Illkirch-Graffenstaden (parking du Complexe sportif du Lixenbuhl, rue Lixenbuhl), Lingolsheim et Ostwald (stade Joffre-Lefebvre, rue de Graffenstaden), Schiltigheim (parking de la piscine, 9 rue de Turenne).

Des salariés de Ritleng sous pression après la découverte d’amiante et de staphylocoques

Des salariés de Ritleng sous pression après la découverte d’amiante et de staphylocoques
Une vingtaine de personnes se sont rassemblées devant l’entreprise pour soutenir les salariés.

La direction de l’entreprise Ritleng Revalorisations a convoqué trois salariés pour un entretien préalable au licenciement lundi 23 décembre. La CGT dénonce des procédures abusives, menées contre des salariés qui ont dénoncé des problèmes de sécurité sanitaire.

Le vent glacial des collines sous-vosgiennes souffle sur les drapeaux rouges floqués CGT, NPA et PCF à l’entrée de la commune de Rohr dans le Kochersberg. Lundi 23 décembre, une vingtaine de personnes sont rassemblées aux portes de Ritleng Revalorisations, une entreprise de recyclage de plâtre, en activité depuis 2012. Stationnés dans leur fourgon, sept gendarmes surveillent le petit groupe. Frédéric Karas, secrétaire adjoint de l’union locale CGT de Saverne, n’y prête même plus attention : « C’est toujours comme ça. On arrive rarement à rencontrer les patrons. Mais on est toujours accueilli par la gendarmerie ».

Frédéric Karas, secrétaire adjoint de l’union locale CGT de Saverne. Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg

Plusieurs salariés syndiqués à la CGT, des partisans du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), de Révolution permanente et du Parti communiste sont présents. Ils sont venus soutenir trois salariés de l’entreprise Ritleng Revalorisations, convoqués pour un entretien préalable au licenciement après avoir alerté sur la présence d’amiante et de staphylocoque dans les matériaux traités.

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Entre Total et l’Université de Strasbourg, un lien opaque de plusieurs millions d’euros

Entre Total et l’Université de Strasbourg, un lien opaque de plusieurs millions d’euros
Image d’illustration, université de Strasbourg.

Le collectif Scientifiques en rébellion tente d’obtenir des informations sur l’influence de l’entreprise Total à l’Université de Strasbourg. Ces jeunes doctorants ont pu compiler de premiers chiffres mais l’institution rechigne à communiquer.

« L’entreprise Total est un désastre pour l’écologie », introduit Maxime Prêcheur, doctorant en physique à l’Université de Strasbourg (Unistra) :

« Leur implication dans le dérèglement climatique est énorme. Ils ont longtemps nié les faits. Maintenant, Total se présente comme un sauveur en finançant des recherches. Ils peuvent décider des axes d’études. »

Maxime Prêcheur fait partie des membres de Scientifiques en rébellion Strasbourg, un collectif créé en février 2024. Il s’intéresse notamment à l’influence de cette multinationale sur l’enseignement et la recherche. En épluchant les rapports d’activité des différentes fondations de l’Université de Strasbourg, le collectif a compté 7,2 millions d’euros donnés par Total depuis 2014, avec des réductions d’impôts dans le cadre du mécénat. Le groupe pétrolier dément ce chiffre, assurant qu’il n’a versé que 1,5 millions d’euros dans cette période.

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Engagée contre les atteintes à l’environnement, la rédaction suit de près les enjeux écologiques et travaille sur les alertes qui lui sont transmises. Sans Rue89 Strasbourg, la pollution de l’eau potable par les pesticides et des projets comme un stade de biathlon dans les Vosges, ou une route sur la colline de Lorentzen seraient bien moins connus des Alsaciens.

Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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Au CEAAC, l’exposition « Dirty Rains » interroge nos usages de la rue

Au CEAAC, l’exposition « Dirty Rains » interroge nos usages de la rue

Le Centre européen d’actions artistiques contemporaines présente les travaux de la photographe alsacienne Marianne Marić et de l’artiste conceptuel hongrois Endre Tôt au sein de l’exposition Dirty Rains. Associés, leurs différents univers plastiques suggèrent des formes d’appropriation de l’espace public par le corps et le langage.

Sur les murs de la première salle d’exposition du Centre européen d’actions artistiques contemporaines (CEAAC) à la Krutenau, des photographies en noir et blanc montrent Endre Tót dans la rue, muni d’affiches aux inscriptions surprenantes : « I’m glad if… » (je suis heureux si…). Alors que dans l’espace public, les pancartes expriment bien souvent le mécontentement ou la colère, l’artiste décide de rendre manifeste sa joie.

Né en Hongrie, citoyen du bloc de l’Est, Endre Tót fait l’expérience des limites imposées par un régime totalitaire et connaît des complications quant à la diffusion de ses travaux (qui s’éloignent des productions artistiques officielles acceptées par l’État). Puisqu’il n’est pas possible pour lui d’exprimer une critique à l’égard de son pays, il détourne le sentiment de joie afin d’accuser les restrictions et ironise autour du peu de liberté d’expression accordée par le régime.

À l’heure où, en France et partout dans le monde, le droit de manifester et les libertés individuelles sont menacées, les préoccupations de l’artiste quant à la liberté de revendiquer résonnent.

Une discrète réappropriation

Dans sa pratique, Endre Tót détourne et subvertit l’usage d’outils typographiques tels que le zéro (pour ne rien revendiquer), le slash (pour barrer, empêcher). Le nom de l’exposition, Dirty Rains, fait d’ailleurs référence aux slashs (Rains en anglais) qui servent à interdire et rappellent des formes de censure. Subissant une forme de négation individuelle, l’action artistique permet à Endre Tót de (re)prendre sa place, de recouvrer une identité qui lui est déniée.  

Détail du travail d’Endre Tót dans l’exposition Dirty Rains. Photo : Julie VezardPhoto : Julie Vézard

Deux générations aux préoccupations communes

Endre Tót est né en 1937, Marianne Marić en 1982 : 40 années séparent leurs naissances et leurs origines sont différentes. Pourtant, les deux artistes explorent des thématiques communes.

Travaillant avec le mobilier urbain, les deux artistes occupent la rue afin de créer. Marianne Marić conçoit par exemple les statuaires publiques comme des objets d’expérimentation. Elle s’amuse et capture des images de ses modèles escaladant les socles des statues ou imitant des poses. Avec des interventions éphémères et spontanées, la rue devient un espace d’expression dans lequel elle interroge nos usages des lieux publics.

Une esthétique toute particulière se dégage de l’union des œuvres de Marianne Marić à celles d’Endre Tót. Dans la première salle, trônant sur le mur, une inscription attire notre attention : « Which is the direction ? » Tout autour, de nombreuses flèches sont dessinées au fusain. Elles suggèrent des directions pointant vers la droite, vers la gauche, vers le haut, vers le bas. Les murs parlent mais ils soufflent des informations contradictoires : on perd rapidement tous nos repères dans cette cacophonie visuelle. Brouillant volontairement notre perception dans l’espace d’exposition, Endre Tót réalise ses ébauches à même le mur et se joue ainsi de notre perception. 

La scénographie est pleine de superpositions, de surprises, de « bazar ». Elle est empreinte d’ironie et d’humour, à l’image des deux artistes exposés.

Le corps comme espace de subversion

Tandis qu’Endre Tót engage déjà, dans des travaux préalables, une réflexion sur les interactions entre le corps et l’architecture, Marianne Marić actualise cette recherche en intégrant à son travail la question du genre, interrogeant la visibilité et l’invisibilité des femmes dans ces espaces. Contrairement à Endre Tót (qui se sert du support photographique comme un moyen de documenter ses productions), Marianne Marić développe une recherche sensible lorsqu’elle capture des clichés de corps. Ses photographies ne se contentent pas de documenter l’instant, elles sont le terrain d’une réflexion esthétique et politique sur la place des femmes dans l’espace public. Par l’ironie et la mise en scène, la rue devient un lieu dans lequel Marianne Marić tente de bousculer les représentations traditionnelles.

Capturés de nuit sur la voie publique mulhousienne, les clichés de la série Femmes Fontaines montrent les amies de la photographe enjambant des arrivées d’eau. Bien souvent, les personnes photographiées adoptent volontairement des poses explicites : elles font de la rue un espace dans lequel subvertir les usages habituels, se jouant des comportements autorisés ou proscrits en public.

Autour de l’usine Blue Paper, « des incertitudes sur les risques sanitaires »

Autour de l’usine Blue Paper, « des incertitudes sur les risques sanitaires »
Blue Paper, une usine de papier à Strasbourg, émet des polluants toxiques dans l’air.

Blue Paper produit trop de papier par rapport à ses autorisations. L’usine du Port du Rhin doit se régulariser, alors que l’Autorité environnementale expose des incertitudes concernant les impacts pour la santé des riverains.

L’inspection des installations classées a remarqué en mars 2023 que Blue Paper dépasse son seuil de production fixé par l’État. L’entreprise située au Port du Rhin a donc été obligée de déposer un dossier pour régulariser son activité. Dans celui-ci, elle demande à la préfecture l’autorisation de fabriquer 1 600 tonnes de papier par jour, soit 500 000 tonnes par an. Ce matériau sert de base pour faire du carton ondulé.

L’Autorité environnementale (Ae) a publié un avis de 18 pages sur ce dossier le 5 décembre, que Rue89 Strasbourg a consulté. Elle y relève que « l’analyse des impacts sur l’environnement et sur la santé est très largement insuffisante, voire manquante, que ce soit pour les rejets de polluants atmosphériques, les rejets aqueux et pour les besoins en eau ». Cette usine fait d’ailleurs partie des 10 sites industriels émettant le plus de polluants toxiques en Alsace.

Trop d’émissions de monoxyde de carbone

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Stéphane Libs des cinémas Star : « Nous ne nous autocensurerons pas »

Stéphane Libs des cinémas Star : « Nous ne nous autocensurerons pas »
Stéphane Libs dans les locaux des cinémas Star

Après la tempête de l’annulation du festival Shalom Europa, le directeur des cinémas Star, Stéphane Libs, revient sur le rôle de médiation d’un lieu culturel.

On avait laissé le directeur des cinémas Star, Stéphane Libs, désemparé après l’annulation du festival du film israélien Shalom Europa en septembre. Une décision prise suite à un appel au boycott en provenance d’associations et de collectifs pro-palestiniens, qui lui a ensuite valu les foudres de l’extrême droite et des juifs identitaires. Quelques semaines plus tard, Stéphane Libs est toujours ébranlé par cette polémique mais il en a tiré quelques leçons pour la prochaine fois.

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Quatre enfants SDF supplémentaires recensés à l’école Saint-Jean

Quatre enfants SDF supplémentaires recensés à l’école Saint-Jean
Jeudi 5 décembre, une centaine de parents s’étaient mobilisés pour les enfants sans hébergement.

Les parents d’élèves de l’école Saint-Jean de Strasbourg alertent sur la situation d’une douzaine d’enfants scolarisés dans l’établissement, qui se retrouvent sans hébergement. Une cagnotte a été ouverte afin d’aider ces familles.

Dans un communiqué diffusé jeudi 19 décembre, les parents et les enseignants mobilisés contre le sans-abrisme de l’école Saint-Jean à Strasbourg indiquent que « deux parents et leurs 4 enfants de 10, 8, 6 et 3 ans dorment depuis vendredi 13 décembre dans leur voiture ». Selon leur comptage, « ce sont donc 12 enfants de l’école qui sont à la rue ».

Pour ces parents d’élèves, « ces situations ne sont que la partie visible d’une urgence humaine qui concerne, chaque soir à Strasbourg, près de 200 enfants sans toit ». La Ville de Strasbourg a pu trouver une solution d’hébergement pour une mère et ses deux enfants de 6 et 3 ans, expulsés de leur hôtel le 29 novembre.

Une cagnotte en ligne

Mais les parents poursuivent une mobilisation entamée le 5 décembre pour venir en aide à toutes ces familles. Cette solidarité a déjà permis de collecter des vêtements et d’assurer des mises à l’abri temporaires. Une cagnotte a été mise en ligne pour subvenir aux besoins les plus urgents.

Dans leur communiqué, les parents d’élèves indiquent qu’à « l’approche des vacances scolaires, laisser les familles sans solution est impensable et indigne. Les températures baissent, les fêtes de fin d’année approchent, et l’inaction ne peut être une réponse. » Ils appellent à des réponses concrètes et durables de
la part des pouvoirs publics ».

Ils préviennent également : « Parce que chaque enfant mérite de dormir sous un toit et de vivre dignement, nous poursuivrons notre mobilisation jusqu’à ce que toutes les familles de l’école Saint-Jean ne soient plus à la rue ».

Comment j’ai galéré en accompagnant Lætitia, handicapée, sur le marché de Noël

Comment j’ai galéré en accompagnant Lætitia, handicapée, sur le marché de Noël
Laetitia doit boire son chocolat chaud attablée, car les pavés la secouent trop. Photo Guillaume Poisson

Le marché de Noël de Strasbourg est-il vraiment inclusif ? J’ai voulu mettre cette affirmation à l’épreuve en y accompagnant Lætitia, qui circule en fauteuil roulant électrique en raison de son handicap. Nous en sommes ressortis d’accord sur un point : on ne renouvellera pas l’expérience.

Je dois avouer que j’ai un faible pour le marché de Noël de Strasbourg. Je ne sais pas si ce sont les odeurs de vin chaud aux épices, ou les lumières dorées et scintillantes, ou notre formidable cathédrale, mais ça me met les poils tous les ans. Je me suis dit que je pourrais même persuader les moins convaincus que le marché de Noël, c’est la vie. Essayons avec Lætitia. Elle est atteinte du syndrome de Little depuis l’enfance. C’est une maladie cérébrale causant une raideur irréversible dans les muscles, particulièrement ceux des jambes.

Secrétaire dans un Établissement et service d’aide par le travail (ESAT) du Bas-Rhin, elle fait partie de celles et ceux « qui sortent, malgré toutes les difficultés d’accessibilité pour les personnes en fauteuil roulant » : « Je veux essayer de vivre un maximum, au lieu de rester seule chez moi. » Elle prend le tram tous les jours pour se rendre au travail, mais a fait une croix sur les événements grand public comme le marché de Noël, « où rien n’est pensé pour les gens comme nous ». Alors chiche, allons-y ensemble, lui ai-je dit, ça a changé, la municipalité assure chaque année qu’il est plus accessible pour les personnes en situation de handicap.

Pièges invisibles sur la chaussée

Je commence à déchanter à peine dix minutes après le début de notre déambulation parmi les chalets de la place Broglie. « Attention je ne peux pas suivre ! », me lance-t-elle. Il va vraiment falloir que j’adapte mon rythme. Le fauteuil roulant électrique de Lætitia a beau lui servir d’engin pour des courses-poursuites avec ses copines de résidence « quand le terrain le permet », l’espace public est en général truffé d’obstacles que les personnes valides ne remarquent pas. C’est d’ailleurs pour cette raison que Lætitia a accepté l’exercice que je lui proposais : « Les gens ne se rendent pas compte de la galère pour nous tant qu’ils ne le vivent pas. »

Rapidement, j’évalue la situation : les petites roues du fauteuil électrique de Lætitia ne permettent pas de gravir un petit rebord séparant une route de la place. Nous sommes à la croisée de la rue de la Comédie et de la place Broglie, et ce passage, que je traverse habituellement sans même y prêter une quelconque attention, forme une sorte de cuvette difficilement franchissable pour Lætitia. « Eh ben voilà, qu’est-ce que je vous disais ? C’est fini du coup… », glisse-t-elle, visiblement déçue.

Nous serions donc contraints d’abandonner, à peine dix minutes après le début de notre visite ? Pas possible. J’imagine pouvoir sans problème pousser moi-même le fauteuil afin qu’il franchisse ce petit bout d’obstacle de rien du tout. Mais mes deux premières tentatives échouent. J’y mets toute ma force, mais rien n’y fait. Il faudra une fine analyse de la hauteur du rebord, pour identifier un point légèrement moins surélevé. Je parviens enfin à faire passer le fauteuil de Lætitia. « Seule, je serais déjà rentrée chez moi », estime-t-elle.

Lætitia s’est vite retrouvée bloquée devant une petite marche.

Nous voilà de nouveau partis pour notre visite qui se passera, hormis ce petit accroc inaugural, comme sur des roulettes. Je craignais plutôt la difficulté de se frayer un chemin dans la foule ou de créer des bouchons à nous seuls, mais la circulation est fluide. Il suffit juste de slalomer entre les grappes de personnes arrêtées ici et là en face des stands, en train de déguster leur vin chaud ou leur bretzel chocolaté. « On a de la chance, il n’y a pas beaucoup de monde », remarque Lætitia, toujours sceptique. Je la trouve dure. Mais qu’en sera-t-il quand nous aussi, on s’arrêtera pour prendre un chocolat chaud, la boisson préférée de Lætitia ? On décide d’aller voir du côté de la cathédrale.

Des chalets généralement inadaptés

Je découvre alors les joies des pavés pour les personnes circulant en fauteuil roulant. « Je fais en sorte de les éviter mais quand on n’a pas le choix, c’est difficile », souffle ma compagne de route, dont la voix devient saccadée quand les roues de son fauteuil doivent passer au-dessus des interstices. Après chaque secteur pavé, c’est le même rituel : Lætitia doit se repositionner sur son fauteuil après avoir glissé vers le bas, seulement retenue par la ceinture de sécurité. Je dois ensuite replacer son repose-pied qui s’écarte de sa position initiale au fil des secousses.

Les secteurs pavés sont tellement nombreux autour de la cathédrale que je finis par essayer de l’aider, alors que je sais très bien qu’elle avance avec son moteur électrique. Je sens alors les vibrations dans mes doigts et mes mains. Elle garde le sourire, mais je sens que c’est par amabilité : le trajet est particulièrement désagréable. Je m’en veux de lui avoir proposé de passer par là. Je tente : « On s’arrête pour boire un coup ? »

Lætitia doit se mettre de côté pour récupérer son gobelet.

Le marché de la cathédrale est plus serré, plus dense que celui de Broglie. Nous optons pour l’un des stands les moins pris d’assaut. Après tout, les chocolats chauds devraient être les mêmes partout, non ? Je me rends compte que je commence à réfléchir de manière bien plus pragmatique avec Lætitia : là où la disposition semble la moins propice aux problèmes, je me précipite. « Le comptoir est bas ici, donc le commerçant peut me voir », note Lætitia. Certains stands s’avèrent tout simplement hors d’atteinte pour les personnes en fauteuil roulant.

Pour récupérer son gobelet fumant, Lætitia doit se mettre de côté, puis faire marche-arrière, pour que son bras soit le plus proche de la caisse… « Je vais vous aider », lance une cliente en lui transmettant la boisson. Une fois nos deux verres reçus, je m’élance pour continuer notre chemin, mais Lætitia m’arrête. Elle ne peut pas boire et rouler en même temps sur les pavés. On dégustera donc notre chocolat accoudés à la petite plateforme en bois qui court le long du comptoir. Pas de lente déambulation verre (chaud) à la main tout en admirant les lumières de Noël pour nous.

Un village du partage inclusif, vraiment ?

Je débarque au marché de la place Kléber quasiment vaincu. J’ai une dernière corde à mon arc : Lætitia sait-elle qu’il y a là un « village du partage », en partie dédié à des associations venant en aide aux personnes en situation de handicap ? Est-ce bien raisonnable de critiquer l’accessibilité d’un marché de Noël qui réserve tout un village à l’inclusivité ?

« J’ai été bénévole là pendant trois jours avec mon association… C’était difficile », dit-elle. Elle confie que tous les bénévoles en fauteuil ont dû passer l’ensemble de leurs permanences à l’extérieur des chalets. « La porte d’entrée est en hauteur, c’est impossible de la franchir », m’explique-t-elle. Effectivement, on aperçoit les portes dessinées dans le joli bois clair des chalets de Noël, toutes à plusieurs centimètres du niveau du sol. Cerise sur le gâteau, l’espace est traversé par des câbles d’alimentation abrités sous une bande de caoutchouc. Je dois lui venir en aide pour qu’elle puisse passer au-dessus.

Un peu plus loin, l’allée du marché de Noël qui se trouve vers l’Aubette est recouverte d’un tapis en caoutchouc de plusieurs dizaines de mètres. Un énième détail qui m’avait échappé, à moi visiteur valide, mais qui se transforme en véritable épreuve olympique pour la personne en situation de handicap et pour son accompagnant. Les roues ne répondent plus correctement, le pilotage devient très complexe, voire impossible sans aide extérieure. « Ouf, on arrive au bout », lâche Lætitia alors qu’on s’approche du tram.

Lætitia ne peut pas avancer sur cette surface en caoutchouc, au marché de Noël de la place Kléber.

Secrètement, j’avais dans l’idée de lui faire aussi découvrir le marché de la Petite France ou le marché Off. Mais, après la cathédrale, je me suis vite résolu à écourter l’expérience pour ne pas trop l’embêter. Ce qui devait être une démonstration de ma part a fini en leçon pour moi : l’accessibilité d’un lieu ne se résume pas à l’absence d’escaliers à grimper. Les centres-villes historiques comme celui de Strasbourg, avec leurs rues pavées et étroites, sont en soi des calvaires pour les personnes handicapées moteur.

Et l’affluence grandissante année après année doit sûrement en décourager d’autres que Lætitia. Certes, il faut noter que la Ville a mis en place des visites guidées gratuites et réservées aux personnes en situation de handicap tous les lundis pendant le marché de Noël. Elle met également à disposition des visiteurs des déambulateurs et des fauteuils roulants, empruntables au chalet info. Mais de là à parler d’un événement « accessible », il y a un pas que je ne franchirai plus après mon expérience aux côtés de Lætitia.

Le tribunal administratif valide la construction de la centrale photovoltaïque de Weinbourg

Le tribunal administratif valide la construction de la centrale photovoltaïque de Weinbourg
Vue d’ensemble modélisée du projet de Hanau Énergies, avec la commune d’Ingwiller en arrière plan.

Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le recours de la Confédération paysanne d’Alsace contre le projet d’une centrale photovoltaïque sur une trentaine d’hectares de terres agricoles en Alsace du nord.

Jeudi 19 décembre 2024, le tribunal administratif a jugé que le permis de construire d’une centrale photovoltaïque sur près de 27 hectares de terres agricoles à Weinbourg était conforme aux règles d’urbanisme. En conséquence, il a rejeté le recours formé par la Confédération paysanne d’Alsace et cinq riverains de ce terrain situé près d’Ingwiller. Les opposants y voient une atteinte inacceptable à l’environnement et à la préservation des terres agricoles.

Dans sa décision, le tribunal estime que « l’atteinte paysagère et l’absence d’intégration du projet dans son environnement », soulevés par les requérants, n’étaient pas évidents, étant donné que les paysages alentours ne sont pas protégés ni particulièrement remarquables. D’autre part, le tribunal a considéré que la topographie des lieux et les caractéristiques du projet, notamment la création d’un écran végétal, était de nature à garantir son intégration paysagère, selon le communiqué du tribunal.

Le tribunal a estimé en outre que le projet n’était pas susceptible de porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, dès lors notamment que le terrain, jusqu’alors dédié à la culture de céréales et désormais au pâturage des brebis, continuera à faire l’objet d’une exploitation agricole.

La Confédération paysanne et les cinq riverains disposent d’un délais de deux mois pour contester cette décision devant la cour administrative d’appel de Nancy.

La décision complète du tribunal administratif

Partenariat avec Israël : cinq enseignants quittent le conseil d’administration de Sciences Po Strasbourg

Partenariat avec Israël : cinq enseignants quittent le conseil d’administration de Sciences Po Strasbourg
Mardi 30 avril, une quarantaine d’étudiantes et étudiants de Sciences Po Strasbourg ont bloqué le bâtiment du Cardo.

Le partenariat entre Sciences Po Strasbourg et l’université Reichman a été rétabli par un vote du conseil d’administration mercredi. Cinq enseignants ont annoncé leur démission de cette instance dans la foulée.

Le partenariat entre Sciences Po Strasbourg et l’université Reichman en Israël n’aura été suspendu que pendant six mois. Mercredi 18 décembre, le conseil d’administration de l’Institut d’études politiques (IEP) de Strasbourg a voté le rétablissement de ses liens avec l’université privée à Tel Aviv. Les débats et le vote ont eu lieu en distanciel. Une manière d’éviter l’envahissement de la salle de réunion qui a eu lieu lors du conseil d’administration extraordinaire du jeudi 4 décembre. La décision du rétablissement a été prise avec 14 voix favorables, une contre, quatre abstentions. Quinze administrateurs n’ont pas pris part au vote.

Dans un communiqué, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Jean-Philippe Heurtin, a donné plusieurs explications sur le texte voté qui « réaffirme la confiance qu’une institution universitaire comme la nôtre place dans l’université Reichman et entend renouveler l’avis favorable à ce partenariat avec Sciences-Po Strasbourg. » Selon le responsable de l’IEP, les « positions publiques des enseignants-chercheurs de l’université Reichman sont marquées par une diversité de positions concernant les réformes illibérales et la conduite de la guerre » à Gaza. Jean-Philippe Heurtin estime aussi que « le soutien aux forces armées israéliennes dans le conflit en cours se limite à la collecte de denrées alimentaires, à la mise en place de soutiens psychologiques et à une attention aux étudiants réservistes mobilisés. »

Le combat du directeur de Sciences Po Strasbourg

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Rassemblement pour la libération des « prisonniers politiques » kanak samedi 21 décembre

Rassemblement pour la libération des « prisonniers politiques » kanak samedi 21 décembre
Une nouvelle mobilisation en soutien aux indépendantistes kanak emprisonnés a lieu samedi, à Strasbourg.

Le Collectif Solidarité Kanaky 67 appelle à un rassemblement samedi 21 décembre à Strasbourg pour demander la libération des « prisonniers politiques » kanak. Le leader indépendantiste Christian Tein est détenu près de Mulhouse.

Le gouvernement français envisage de modifier le corps électoral en vue des prochaines élections provinciales en Nouvelle Calédonie, appelée Kanaky par les indépendantistes. Davantage de personnes issues de la métropole pourraient alors participer à ce scrutin local, dans un territoire colonisé par la France depuis 1853 pour ses ressources minières et maritimes.

Une étape importante du processus a eu lieu en mai 2024, lorsque l’Assemblée nationale a voté pour ce « dégel du corps électoral », provoquant la colère des indépendantistes. Beaucoup qualifient cette démarche de « recolonisation ». Dans la foulée, l’île située dans l’océan Pacifique, avait connu une situation insurrectionnelle, avec notamment des barrages sur les routes, des pillages et d’autres actions violentes. Cette réforme constitutionnelle a alors été suspendue.

Un leader indépendantiste détenu à Mulhouse

Comme l’explique le Collectif Solidarité Kanaky 67 dans un appel à la mobilisation pour le samedi 21 décembre, de nombreux indépendantistes ont été arrêtés suite aux événements de mai 2024 :

« Le bilan de la répression est lourd pour le peuple kanak : 11 morts, 2 500 arrestations, 250 incarcérations, la déportation de sept membres de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT). Cinq sont emprisonnés injustement dans des prisons françaises et deux sont assignés à résidence loin de leur famille. »

Parmi eux, le leader indépendantiste Christian Tein, accusé d’avoir participé aux troubles à l’ordre public, est détenu au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach. Il nie toute implication dans les violences. En octobre, la Cour de cassation a invalidé le placement en détention dans l’Hexagone du militant indépendantiste. Elle avait ordonné que la décision soit réexaminée par une cour d’appel, mais n’a pas prononcé sa remise en liberté.

Ainsi, le Collectif Solidarité Kanaky 67 souhaite mobiliser samedi pour « la libération immédiate des prisonniers politiques kanak ».

Devant l’ordre des médecins, les expertises à charge du psychiatre Henri Brunner

Devant l’ordre des médecins, les expertises à charge du psychiatre Henri Brunner

L’expert-psychiatre Henri Brunner a comparu devant l’Ordre des médecins du Grand Est ce vendredi 13 décembre. Les avocats ont souligné le caractère systématiquement orienté de ses expertises.

Le dos courbé, le regard dans le vide. Dans la matinée du vendredi 13 décembre, le docteur Henri Brunner a paru accablé dans la salle d’audience de la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins du Grand Est à Nancy. Tout de noir vêtu, l’ancien chef de service en hôpital psychiatrique s’est sans doute senti seul lors de cette comparution, devant répondre de sept plaintes à son encontre. La première émane de cinq médecins, appuyée par les témoignages de douze personnes ayant subi son expertise. Les six autres dossiers sont constitués de signalements individuels. Tous convergent vers les mêmes reproches : des expertises bâclées après des entrevues d’une dizaine de minutes, émaillées de propos agressifs voire insultants, et donnant lieu à des diagnostics lapidaires.

« Quand vous êtes devenu indésirable aux yeux de votre hiérarchie mais qu’on n’a rien à vous reprocher professionnellement, on instrumentalise la psychiatrie. »

Un ancien pompier strasbourgeois

Les maltraitances des expertises psychiatriques du Dr Brunner, une affaire révélée par Rue89 Strasbourg

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Depuis 2022, Rue89 Strasbourg a été destinataire d’alertes évoquant des cas de maltraitance par le Dr Henri Brunner. Toutes ces alertes racontaient des vies brisées par des expertises bâclées, l’attitude méprisante et les propos insultants du médecin. Autre constante : la passivité des institutions à laquelle les victimes se retrouvaient confrontées. Car qui va croire une personne expertisée « paranoïaque » ?

Nous avons écouté ces personnes. Elles nous nous ont détaillé comment leurs vies ont basculé après seulement quelques minutes d’entretien. Rue89 Strasbourg étant un média indépendant, nous sommes peu sensibles aux renommées et personne ne peut nous décourager d’enquêter.

Cette injustice qui a frappé des milliers de personnes en Alsace a été rendue visible par un travail d’enquête qui a besoin de votre soutien. Même si vous n’êtes pas directement concerné·e par les expertises psychiatriques, chaque abonnement compte pour consolider à Strasbourg en en Alsace un journalisme engagé, capable d’écouter et de donner de la voix aux victimes d’injustices.

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Tram nord : consulter le rapport d’enquête publique

Tram nord : consulter le rapport d’enquête publique
La place de Haguenau va rester un rond point dédié aux voitures encore quelques années…

La préfecture du Bas-Rhin a publié le rapport d’enquête publique sur l’extension du tramway vers le nord de l’agglomération de Strasbourg.

Le rapport de la commission d’enquête sur le projet de tram nord, qui devait relier la gare et la place de la République de Strasbourg à Bischheim via l’ouest de Schiltigheim (voir le descriptif) a été mis en ligne par la préfecture du Bas-Rhin (à voir ici).

La commission d’enquête, indépendante et composée de cinq personnalités qualifiées, a rendu un avis défavorable après avoir accueilli les contributions des personnes intéressées en octobre et novembre.

Ce document est constitué d’un compte-rendu de l’enquête publique et particulièrement des trois réunions avec la commission d’enquête, les élus de l’Eurométropole de Strasbourg et des techniciens ayant travaillé sur le projet (48 pages).

Suivent les « conclusions de la commission d’enquête sur la déclaration d’utilité publique » (DUP), la partie du document dans laquelle les cinq commissaires émettent un « avis défavorable » sur 68 pages. Cet avis défavorable rend improbable l’établissement de cette DUP, un document produit par les préfectures et indispensable pour que soient autorisés les travaux d’aménagement sur la voie publique et les expropriations.

La carte synthétique du projet de tram nord.Photo : Rapport d’enquête publique

Le document mis en ligne est suivi par les « Conclusions et avis motivé portant sur la mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme intercommunautaire (PLUi) de l’Eurometropole de Strasbourg et évaluation
environnementale de la mise en compatibilité du PLUi ». Dans cette partie (23 pages), les commissaires enquêteurs émettent également un avis défavorable. En résumé, ils estiment que le tram nord et ses aménagements piétons et cyclistes vont trop obérer les axes routiers actuels, inscrits comme tels dans le PLUi.

Puis viennent les « Conclusions et avis motivé portant sur l’autorisation environnementale » sur 12 pages. Les commissaires enquêteurs ont rendu un « avis favorable », estimant que le projet de tram nord ne provoquait pas de dégâts environnementaux majeurs ou qui n’auraient pas été compensés.

Consulter le rapport d’enquête publique

Une partie des étudiants extra-communautaires exonérée de frais d’inscription supplémentaires

Une partie des étudiants extra-communautaires exonérée de frais d’inscription supplémentaires
Le campus central de l’Université de Strasbourg.

Le conseil d’administration de l’Université de Strasbourg a voté, mardi 17 décembre, pour l’exonération des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra communautaires en licence.

Depuis la rentrée 2019, les étudiants extracommunautaires (ne venant pas de l’UE) en France devaient s’acquitter d’une somme plus importante que les autres pour payer leurs frais d’inscriptions. Ces « frais d’inscriptions différenciés » ont été exonérés pour l’année 2025/2026 par le conseil d’administration de l’Université de Strasbourg, ce mardi 17 décembre, pour les étudiants extracommunautaires inscrits en licence.

Les étudiants en master, mais inscrits en licence au cours de l’année 2023/2024, disposeront aussi d’une exonération durant « une période transitoire ». Les prélèvements prévus le 10 janvier seront ainsi suspendus pour 4 011 étudiants. Dans un communiqué, l’Université justifie cette limite en indiquant qu’il est contraint par un plafond maximum d’exonération limité à 10%. Des mesures similaires existent dans d’autres universités en France.

Le conseil d’administration reconduit ainsi un dispositif transitoire comme chaque année depuis 2019, et à nouveau applicable pour la rentrée 2025/2026. Le 9 décembre, le syndicat l’Alternative étudiante Strasbourg tenait un rassemblement contre les frais de scolarité différenciés pour les étudiants hors UE – y compris ceux inscrits en master. Dans son programme, le candidat à la présidence de l’Université Mathieu Schneider s’est également exprimé en faveur d’une exonération de frais différenciés pour tous les étudiants en master venant de pays en dehors de l’UE.

Au conseil de l’Eurométropole : centrale solaire, indemnités de la police municipale…

Au conseil de l’Eurométropole : centrale solaire, indemnités de la police municipale…
Au centre, la conseillère eurométropolitaine Martine Jérome.

Pour son dernier conseil de l’année, ce mercredi 18 décembre, l’Eurométropole de Strasbourg examinera des délibérations portant sur les énergies renouvelables, la prévention des maladies cardiaques ou encore la police municipale.

Une semaine après le fiasco du tram nord, les élus des 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) tiennent leur dernier conseil de l’année, mercredi 18 décembre. Comme leurs homologues strasbourgeois une semaine plus tôt, les conseillers pourront examiner le rapport d’activité et de développement durable 2023, qui tire un bilan des actions de l’EMS et établit un état des lieux de la collectivité.

Après ce début de séance, les conseillers voteront sur des délibérations portant sur le régime d’indemnité de la police municipale, un programme favorisant l’accès au soin, et la création d’une société publique locale (SPL) pour les énergies renouvelables.

Promouvoir le photovoltaïque

La délibération vante un outil « flexible, réactif et autonome pour l’investissement », offrant une « performance et une capacité d’innovation renforcée », et des « relations plus souples » avec les collectivités. Un outil qui devrait participer à l’objectif de l’Eurométropole d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Cette société détenue à 100% par l’Eurométropole sera dotée d’un capital d’1,9 million d’euros (60% de la somme allouée par l’EMS, 40% par la Ville de Strasbourg) ; elle pourra s’ouvrir à l’avenir à d’autres communes intéressées. Le premier projet photovoltaïque de la SPL sera l’installation d’une centrale au sol, sur la zone de l’aérodrome de Polygone. À horizon 2030, l’objectif de production de la SPL est fixé à 7,4 gigawattheure (GWh) chaque année.

Indemnité contestée pour la police municipale

Le conseil de l’EMS votera aussi sur l’adoption d’un nouveau régime indemnitaire pour la police municipale. Le vote de cette mesure s’inscrit dans un contexte social tendu : la profession s’est mise en grève au niveau national alors qu’un nouveau régime indemnitaire, négocié avec l’éphémère ministre des Collectivités territoriales Dominique Faure, doit rentrer en vigueur au 1er janvier 2025.

Cette délibération de l’EMS acte le passage pour les 157 agents de la police municipale (selon les chiffres du ministère de l’Intérieur en 2022) à l’indemnité spéciale de fonction et d’engagement, composée d’une part fixe en lien avec la catégorie hiérarchique, et d’une part variable, calculée selon des indicateurs de performances ou encore d’assiduité.

« On est en désaccord avec l’exécutif sur la mise en œuvre du décret », explique Thiebault Parré, porte-parole de l’intersyndicale de la police municipale :

« Ce qui nous pose le plus problème, c’est que la nouvelle bonification indiciaire des agents travaillant sur les quartiers prioritaires n’est attribué qu’aux agents du roulement (ceux travaillant dans un service fonctionnant 24 heures sur 24, NDLR), mais pas à ceux ne travaillant qu’en journée ou aux encadrants intermédiaires. »

L’agent de police dénonce un double discours, de la part de Jeanne Barseghian :

« Dans le débat national, madame la maire avait pris des positions fortes qui avaient été très appréciées par la profession. Mais ici à Strasbourg, elle exclut d’un dispositif une trentaine de personnes pour des raisons, en filigrane, essentiellement budgétaires. »

Prévention des maladies cardiaques

Une délibération concernant la prévention et le soin des maladies cardiaques propose l’octroi d’une subvention de 414 000€ pour un programme du Centre ellipse, un établissement regroupant des professionnels de santé travaillant essentiellement avec des personnes souffrant de pathologies chroniques.

Le programme financé par la délibération vise à mieux suivre et traiter les personnes souffrant d’insuffisances cardiaques avec une série de mesures, comme la formation d’une « cinquantaine de professionnels de santé », l’organisation d’une rencontre annuelle et la mise en place d’un projet de coordination approfondie des parcours de soin.