Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

L’ancien adjoint et député socialiste Philippe Bies rejoint la société d’urbanisme de la municipalité

L’ancien adjoint et député socialiste Philippe Bies rejoint la société d’urbanisme de la municipalité

Ce membre éminent de la précédente majorité, non-candidat en 2020, poursuit sa carrière professionnelle aux côtés des écologistes.

Ancien député de Strasbourg (2012-2017) et adjoint du maire Roland Ries (2008 à 2020, sauf les années où il était député), Philippe Bies a pris de nouvelle fonctions professionnelles. Il rejoint la Société d’équipement de la région de Strasbourg (Sers), le bras armé de la Ville et de l’Eurométropole pour sa politique d’urbanisme. La Sers vient d’avoir un nouveau président, l’élu EELV Jean Werlen et un nouveau directeur, issu de ses rangs, Éric Hartweg (voir notre article).

Philippe Bies sera directeur de la transition et de l’innovation. Son profil Linkedin nous apprend qu’il a suivi en 2017/2018 une formation en management pour les entreprises publiques locales organisé par l’école de commerce HEC et l’École de Management des dirigeants d’Entreprises Publiques Locales. Selon la brochure de présentation, il s’agit d’une formation de 132 heures, par modules de 2 à 3 jours, étalés sur 7 mois. Une brochure où l’on retrouve en photo… Sylvain Waserman, député Modem qui l’avait battu en 2017 et ancien directeur de la société parapublique de Strasbourg, R-GDS.

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Avec le coronavirus, moins de sorties culturelles pour les classes d’élèves

Avec le coronavirus, moins de sorties culturelles pour les classes d’élèves

En raison des contraintes sanitaires et des jauges réduites, l’accès des collégiens et lycéens est plus compliqué dans les salles de théâtre strasbourgeoises, obligeant les professeurs à s’adapter… ou à renoncer.

C’était le 6 mai 2020, en direct de l’Élysée. En bras de chemise, le président de la République s’adressait à des professionnels de la Culture, moroses et inquiets, après presque deux mois de confinement et sans perspective sur la reprise des rendez-vous culturels. Parmi les annonces faites ce jour là, une année blanche pour le statut des intermittents jusqu’à la fin août 2021 et l’idée de « vacances apprenantes et culturelles » :

« Rien ne nous interdit d’inventer autre chose, dans des formes plus petites avec pas de public ou moins de public. Stanislas (ndlr : Nordey, directeur du TNS ) le disait : « moi je suis prêt », et on doit l’accompagner dans sa vocation comme d’autres compagnies (…) On vous accompagne évidemment financièrement pour pouvoir le faire, (…) pour qu’on ait des jeunes du Neuhof qui puissent venir par 15 assister à une répétition. On va changer leur vie si on arrive à faire ça. »

Emmanuel Macron, visioconférence avec des artistes et des représentants de la culture le 6 mai.

En effet, durant tout l’été la scène nationale dirigée par Stanislas Nordey a proposé un ambitieux programme : 100 rendez-vous réunissant 40 artistes. Après cet été riche en propositions, l’année scolaire de beaucoup de collégiens et lycéens strasbourgeois et alsaciens s’annonce en revanche bien plus rationnée.

Le casse-tête du remboursement

C’est ce qu’a découvert Emmanuelle Wendling, professeur de lettres au lycée Kléber. Elle aime emmener ses premières au théâtre national de Strasbourg (TNS) et à l’Opéra jusqu’à trois fois par an. Elle s’y prend d’habitude au mois de juin pour réserver ses spectacles, mais le système d’achat collectif rend compliqué le remboursement et certains parents n’ont pu l’être pour des spectacles annulés l’an dernier. Un peu découragée et sans visibilité elle décide d’attendre la rentrée.

En septembre, plus de places dans les deux établissements pour aucune des pièces qu’elle souhaitait voir, en raison des jauges réduites :

 « Je vais regarder du côté du Maillon, je crois qu’il reste des billets, mais cette année ce sont surtout des spectacles de danse. On verra si la jauge augmente. J’espère pouvoir faire au moins une sortie au théâtre, comme les élèves l’ont au programme du bac c’est important. Et puis je pense à ceux qui n’ont jamais vu une pièce. »

Rideau sur la culture en 2020/2021 pour cause de Covid ? Photo : SW / Rue89 Strasbourg

Volontaires relégués au deuxième balcon

Kléber est le lycée de secteur de plusieurs quartiers strasbourgeois, dont Hautepierre et Koenigshoffen, ainsi que des villages et villes alentours comme Hoerdt ou Brumath. Au TNS, on a indiqué à la professeure que l’accès au deuxième balcon est limité à des groupes de 15 élèves. Forcée de s’adapter Emmanuelle Wendling pense proposer aux seuls volontaires, mais elle reconnaît que ce n’est pas l’idéal quand l’effectif des classes s’élève à 35 ados :

« On peut imaginer que les élèves strasbourgeois iront au spectacle et qu’ils feront un compte-rendu à ceux pour lesquels c’est de toute façon plus compliqué de venir car ils habitent loin. Mais pour beaucoup de mes élèves qui n’y vont pas avec leurs parents, c’est une découverte. Certains des premières que j’avais emmenés voir Le Canard sauvage d’Ibsen m’ont dit : “Même si on vous a pas l’an prochain on veut bien que vous nous repreniez un abonnement“. »

Emmanuelle Wendling, professeur de Lettres

Au Lycée Jean Monnet cette autre enseignante de Lettres, a renoncé aux sorties théâtre. Lorsqu’elle a voulu réserver des places en août comme tous les ans, les billets étaient déjà épuisés, au TNS comme au TAPS. Elle ne souhaite pas diviser ses classes en plusieurs groupes. À la place, ses classes participent à un projet cinéma et une comédienne va intervenir dans cet établissement du Neudorf et jouer sa création. L’enseignante reste amère devant les contraintes sanitaires discriminantes pour les publics éloignés des planches :

« Pour beaucoup de mes lycéens c’est l’occasion d’aller au théâtre pour la première fois. Notre rôle est essentiel, et je ne pourrai pas leur offrir cette découverte. Même un spectacle annulé l’an dernier et reprogrammé au TNS, il n’y a pas moyen d’y aller. »

« Leur montrer que ce n’est pas que Molière avec des perruques. »

Elle avait sélectionné trois spectacles de création contemporaine :

« Je voulais aussi les faire sortir de la vision qu’ils peuvent avoir du théâtre : leur montrer que ce n’est pas que Molière avec des perruques. »

Certaines pièces seront retransmises en ligne (c’est le cas de Phèdre!). Mais comme le soulignent les professeurs interviewés, découvrir des lieux et l’architecture du Théâtre national de Strasbourg ou de l’Opéra du Rhin et prendre part à une sortie culturelle aux mêmes horaires que le grand public font également partie de l’expérience des jeunes.

Les plus jeunes moins touchés

Les écoles primaires sont moins touchées que les collèges et lycées. Les représentations qui leur sont réservées ont lieu pendant la journée. Matthieu Seeburger est instituteur de CM1 et CM2 dans des classes bilangues à l’école élémentaire du Stockfeld dans le quartier du Neuhof.

« Concernant les conditions sanitaires dans les salles de spectacle, par rapport à ce qui est demandé aux élèves dans les classes, elles n’ont rien d’extraordinaire dans les lieux culturels, donc on est déjà habitués. »

La plupart des sorties entreprises par ses collègues ont pu avoir lieu, notamment grâce à un partenariat existant entre l’école du Stockfeld et Pôle sud à la Meinau, mais seulement pour deux classes cette année, contre quatre habituellement.

Les affiches des théâtres n’ont pas changé. Mais rentrer dans les établissements est plus compliqué pour une classe. Photo : SW / Rue89 Strasbourg

Transports publics interdits

Selon l’instituteur, l’autre obstacle sont les transports publics, quel que soit le lieu des sorties :

« En ce qui nous concerne, c’est une interdiction totale de les emprunter , or nous sommes une école excentrée. On peut réserver un car, mais ce n’est plus du tout le même budget. »

Les élèves auront aussi du mal à quitter la région. Matthieu Seeburger a dû annuler en avril une semaine de classe transplantée autour du thème des volcans dans une école auvergnate.

« Cette année l’académie a transmis la consigne de n’organiser aucun nouveau projet de classe transplantée, sauf si on a des avoirs de l’année précédente auprès d’un organisateur. »

Spectacles reportés

L’agglomération strasbourgeoise est riche en lieux et espaces culturels. Mais certains souffrent de la moindre fréquentation du public, en raison de la pandémie. Le Point d’eau à Ostwald a reporté tous ses spectacles jusqu’en 2021. Une année normale, plus de 5 000 scolaires sont accueillis en représentations spéciales, et 1 800 élèves en soirée. « On leur propose de venir en deuxième partie de saison, de janvier à juin », précise Isabelle Minery, en charge des pratiques artistiques et de l’action culturelle pour l’établissement. Par ailleurs, le festival O.Q.P organisé par l’association Mémoires Vives du 3 au 11 octobre, a été maintenu, avec 200 scolaires.

Ne pas réduire le quota scolaire

Le Point d’Eau a choisi de ne pas grignoter son quota de scolaires, jusqu’à trois classes dans les spectacles tout public, malgré les jauges réduites. « Même si on réserve 35 places par classe et que finalement seulement 20 billets sont retirés », poursuit Isabelle Minery qui remarque que « les collèges et les lycées paraissent plus frileux »

Le Point d’Eau est au ralenti, mais quand il reprendra il ne réduira pas les places pour les classes. Photo : remise

Au musée aussi, les jauges ont été réduites. Christine Butterlin, enseigne l’histoire des arts au lycée Kléber et revient justement d’une visite de l’expo Huysmans au Musée d’art moderne. Enchantée, mais un peu découragée par la lourdeur des réservations en période de Covid-19 :

« Il faut deux mois pour réserver un créneau pour une visite. Je vais sans doute abandonner l’idée d’aller voir l’expo Goethe car le créneau m’a été attribué alors qu’on aura déjà fini de l’aborder en classe. »

Mais cette professeure n’envisage pas de « passer trois ans à vivre enfermés ». Au second semestre, elle devrait de nouveau emmener des classes au musée.

Le déontologue Patrick Wachsmann reconduit pour six ans

Le déontologue Patrick Wachsmann reconduit pour six ans

La maire Jeanne Barseghian va conserver le professeur de droit public qui avait débuté ses fonctions de conseil et de vigilance sur l’éthique en politique en 2014 sous Roland Ries.

Le déontologue est mort, vive le déontologue ! Les fonctions de Patrick Wachsmann se sont officiellement arrêtées fin septembre, trois mois après l’élection de la nouvelle municipalité. Ça tombe mal, il s’agit pile du moment où de nombreux élus et élues sont intronisés à la présidence, parfois rémunérées, de sociétés publiques de la Ville (Parcus, Strasbourg-Événements, R-GDS etc.), à actionnaires privés. Autrement dit, c’est le moment de s’assurer qu’il n’y a pas de conflits d’intérêts chez les nouveaux élus et élues.

La fonction de conseil des 65 conseillers municipaux, de manière confidentielle, fait partie de ses attributions. Et surtout, il peut être « saisi » par n’importe quel citoyen qui s’interroge sur d’éventuels manquements éthique, voire pénal, de ses élus locaux. Un outil redoutable, entres autres pour l’opposition.

Mais hourra, le professeur de droit public va être renouvelé par la maire, Jeanne Barseghian (EELV), après l’accord de l’intéressé. La nomination d’un ou une déontologue pour les six ans du mandat devait intervenir lors du conseil municipal du 12 octobre, finalement annulé le 28 septembre. Le prochain conseil est programmé le lundi 16 novembre, date de cette reconduction officielle donc. L’annonce de la prolongation du mandat de Patrick Wachsmann a été faite ce mardi 12 octobre aux présidents des groupes politiques de Strasbourg.

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Après un rendez-vous avec Huawei, l’Eurométropole plutôt séduite

Après un rendez-vous avec Huawei, l’Eurométropole plutôt séduite

Les représentants de la métropole strasbourgeoise se sont entretenus ce lundi 12 octobre avec des dirigeants de Huawei France. L’implantation de l’usine n’est pas encore tranchée mais la majorité semble conquise.

La conférence de presse a été annoncée ce lundi au dernier moment, 11h30 pour un rendez-vous à midi. Interpellés par l’urgence du communiqué, les journalistes ont spéculé sur de possibles annonces inédites. Où sera finalement implantée la future usine Huawei ? La nouvelle municipalité écolo et méfiante sur la 5G va-t-elle refuser au géant chinois des télécommunications son installation en Alsace avec fracas ? Mais finalement, rien de tout cela. Lorsque Pia Imbs, la présidente de l’Eurométropole, a pris la parole face à une nuée de caméras et de micros, c’était simplement pour raconter « une rencontre intéressante » avec les dirigeants de Huawei France.

Des garanties et des réponses apportées par Huawei

Nature des emplois, longévité de l’implantation de l’usine Huawei, responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise… Toutes ces questions étaient au menu de la réunion entre les représentants de l’Eurométropole, de la Ville de Strasbourg et du géant chinois. Et visiblement, les réponses ont satisfait la maire de Holtzheim, qui a semblé « rassurée et confortée » après ce rendez-vous qui aura duré plus d’une heure. « Nous avons reçu toute une série de réponses concrètes et positives. »

Avec, de gauche à droite : Thibaud Philipps, maire d’Illkirch-Graffenstaden, Pia Imbs et Anne-Marie Jean, présidente et vice-présidente de l’Eurométropole.

Première garantie : les 500 emplois créés seront « qualifiés, et tournés notamment vers la recherche et développement (R&D, ndlr). »

« Ce seront de futurs emplois pour nos écoles d’ingénieurs, et nos écoles de techniciens. En termes sociaux, Huawei est une entreprise qui n’est pas cotée en bourse et où les salariés sont actionnaires. C’est une entreprise qui investit énormément dans la R&D, et qui n’est donc pas appelée à être de passage sur le territoire, mais au contraire, elle sera amenée à rester durablement. C’est un point fort, confortant. »

Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole

Autre garantie : la construction de la future usine répondra aux exigences environnementales de l’Eurométropole. Anne-Marie Jean, vice-présidente en charge de l’économie, explique :

« Lors de la première réunion que nous avions eue avec Huawei, nous leur avions indiqué que c’était primordial pour nous. Aujourd’hui, ils ont intégré ces critères. Ils nous ont montré leurs usines en Chine, où ils utilisent l’éclairage naturel, avec des matériaux bois, etc. »

Nouvel argument écologique inattendu : grâce à l’implantation en Alsace de Huawei, « il y aura moins d’aller-retour sur la production des pièces, puisqu’ils auront une plus grande proximité avec les clients. Jusqu’ici, ils devaient ré-envoyer les pièces en Chine lorsqu’il y avait un souci », poursuit cette proche de la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (EELV), présente à la réunion mais pas au point presse. Des produits qui seront expédiés – ou réexpédiés donc – « plutôt par train que par la route ». Huawei, fervent défenseur de la qualité de l’air ? « Ils sont ravis de s’implanter ici, au cœur de l’Europe, c’est très important pour eux », nuance Pia Imbs.

Sur les doutes quant à la cybersécurité, argument principal contre Huawei aux États-Unis, Pia Imbs semble défendre Huawei, « qui travaille avec l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) et qui se fait contrôler dans ses démarches de traitement des données. » Avant d’ajouter : « Nous demandons à l’État de s’exprimer de manière claire sur le sujet de la cybersécurité et de la protection des données ». La question ne sera pas tranchée à Strasbourg.

Tournée de Huawei en Alsace pour choisir le site

Toujours pas de décision prise en revanche, sur la question du futur site, mais la présidente de l’Eurométropole affirme tout de même que celui d’Erstein « n’est plus forcément en lice ». Il y a toujours, en revanche, deux sites possibles sur la commune d’Illkirch-Graffenstaden : l’ancien site de Puma, qui doit être réhabilité, ou bien celui du parc d’innovation. Pour Thibaud Philipps, nouveau maire LR de la ville, l’opportunité est trop belle pour la laisser passer. Il était donc présent à la réunion :

« Il y a un vrai intérêt économique pour nous, avec 500 emplois en jeu, et des emplois qui seront très locaux. Je suis ravi qu’on ne ferme pas la porte à Huawei. On a la chance d’avoir un parc d’innovation, une école de télécoms avec des ingénieurs et Alcatel qui va bientôt s’implanter sur ce même parc. On va donc se battre pour avoir ces emplois. »

Thibaud Philipps, maire d’Illkirch-Graffenstaden

Les dirigeants de Huawei ne se sont pas encore décidés. En attendant, ils continuent leur prospection. « Nos interlocuteurs sont aujourd’hui en Alsace. Ils vont faire le tour des différents lieux et faire connaissance avec les collectivités locales. Ils feront ensuite leur synthèse de leur côté », explique Pia Imbs. Huawei vient donc faire son marché dans la région ? L’expression ne plaît pas à la présidente de l’Eurométropole. « Il n’y a pas un interlocuteur qui tire l’autre vers le haut, ou l’inverse, c’est un dialogue. »

Côté calendrier : la production démarrerait au plus tôt en 2023. Et il y a encore de nombreux détails à régler, assure Pia Imbs, comme le design de l’usine ou encore le permis de construire. Et de rappeler : « nous allons être très exigeants sur l’empreinte environnementale, sur l’apport en énergie renouvelable ou sur les matériaux bio-sourcés ».

Contre la 5G, mais pour Huawei : le grand écart de Jeanne Barseghian ?

La future usine sera donc un lieu de production de composants, qui seront ensuite utilisés pour des cartes et des antennes 2G, 3G, 4G et aussi 5G. Mais Pia Imbs insiste : « ce n’est pas antinomique avec un futur débat sur la 5G qui aura bien lieu. » Les dirigeants de Huawei le savent, « ici comme ailleurs en France, les élus et les citoyens veulent débattre de cette technologie », croit savoir Pia Imbs.

En septembre, Jeanne Barseghian a en effet co-signé une tribune demandant un moratoire sur la 5G, aux côtés d’une soixantaine d’élus de gauche et écologistes, dans le Journal du Dimanche. Comment donc, en parallèle, défendre l’arrivée de Huawei en France, et qui plus est ici, en Alsace ? Pia Imbs adapte la rhétorique macronienne du « en même temps » version écolo :

« Nous portons, à la métropole et avec la Ville de Strasbourg, un projet de développement économique durable, avec des emplois locaux, à créer, à stimuler. C’est la feuille de route de la vice-présidente de l’Eurométropole (Jeanne Barséghian, ndlr). Mais cela n’empêche pas de considérer une demande plus exogène, qui nous vient d’un acteur si important, si connu. Notre vision économique est plus endogène c’est sûr, et plus portée par les entreprises locales, mais pour l’instant nous dialoguons et nous faisons connaissance. Nos attentes sont exigeantes. Et Huawei assure aussi de son côté avoir des engagements forts. »

Pia Imbs

À Strasbourg, trois conférences sur les violences policières

À Strasbourg, trois conférences sur les violences policières

Infiltration dans la police, enquête sur la situation des mères de victimes de violences policières, sociologie de la police… Au cours de trois événements à Strasbourg, une politologue, un journaliste et deux sociologues livreront leur analyse de la police française et de ses dérives.

En janvier 2019, Lilian, 16 ans, était touché en pleine mâchoire par un tir de LBD à Strasbourg. Il ne manifestait pas. La plainte de sa mère a été classée sans suite. Depuis le mouvement des Gilets jaunes, les violences policières font régulièrement l’actualité. Streetpress a révélé les humiliations des gardés à vue dans les cellules du tribunal de Paris. Arte Radio et Mediapart ont raconté le racisme d’une unité de police d’escorte à Rouen. Rue89 Strasbourg a aussi décrypté une violence policière au commissariat de Strasbourg couverte par les collègues.

Extrait de la vidéosurveillance du commissariat de Strasbourg, où l’on voit clairement un policier frapper un gardé à vue. Photo : Document remis

Journalistes, politologues, sociologues continuent de travailler sur cette thématique d’actualité. La preuve : du 14 au 22 octobre, Strasbourg accueillera trois conférences autour des violences policières, en partenariat avec Rue89 Strasbourg.

    « La puissance des mères », de Fatima Ouassak, à la librairie Kléber le 14 octobre à 13h30

Dans le cadre du festival Femfest, des étudiantes et associations féministes locales ont invité la politologue Fatima Ouassak pour la sortie de son livre « La puissance des mères. Pour un nouveau sujet révolutionnaire. » Dans cet ouvrage, la politologue analyse la situation des mères de descendants de l’immigration postcoloniale. Elle y voit d’autres victimes de la violence des institutions contre les jeunes d’origine immigrée. L’auteure propose ainsi une « alternative politique portée par les mères, autour d’une parentalité en rupture alliant réussite scolaire et dignité, et d’un projet écologiste de reconquête territoriale », comme le décrit la maison d’édition La Découverte.

    « Flic », par Valentin Gendrot, journaliste infiltré dans la police, au restaurant Mandala le 21 octobre à 18h00

Après avoir enchaîné plusieurs boulots (vendeur au porte à porte, employé de call center ou de la grande distribution), Valentin Gendrot a écrit « Les Enchaînés, un an avec des travailleurs précaires et sous-payés ». Puis il s’est lancé dans une infiltration plus osée : raconter la police de l’intérieur. Le journaliste a ainsi passé une formation expresse d’adjoint de sécurité avant de travailler dans un commissariat du 19e arrondissement. Dans son livre, brut et concis, il raconte les violences policières, le racisme, mais aussi les conditions de travail des policiers, leur ras-le-bol, voire leur dépression, allant parfois jusqu’au suicide. « Valentin Gendrot ne cache rien. Il relate une bavure mais aussi comment il participe à la rédaction d’un PV mensonger destiné à couvrir son collègue. L’immersion, ici, prend tout son sens », note la maison d’édition La Goutte d’Or.

    « Violences policières : mais que fait la police ? », une conférence des sociologues Fabien Jobard et Jérémie Gauthier, CSC Le Galet le 18 novembre à 18h

Fabien Jobard et Jérémie Gauthier, deux sociologues qui n’ont pas attendu les Gilets jaunes pour travailler sur la police, son organisation, ses dérives mais aussi la « guerre des chiffres » qui y règne. Dans le cadre de l’opération « L’université en campagne contre les idées reçues », cette conférence abordera plusieurs clichés autour des forces de l’ordre : « parler de violences policières, c’est contre la police », « la police peut faire ce qu’elle veut », « les armes létales sont sans danger », « les violences policières sont juste de simples bavures »…

#La tache noire

Ces entreprises qui ont récupéré les 193 millions d’euros sous-traités sur le chantier du GCO

Ces entreprises qui ont récupéré les 193 millions d’euros sous-traités sur le chantier du GCO

Vinci et la Sanef délèguent 193 millions d’euros de travaux à d’autres entreprises pour le chantier du Grand Contournement Ouest. Huit sociétés alsaciennes ont des contrats de plusieurs millions d’euros. Mais des grands groupes comme Eiffage, Bouygues ou des filiales de Vinci, ont aussi raflé une partie des appels d’offres.

En 2015, l’État a désigné le groupe Vinci constructeur et concessionnaire du chantier du Grand contournement ouest (GCO – voir nos articles) de Strasbourg . Mais dans son contrat avec le gouvernement, la multinationale française a l’obligation de déléguer 150 millions d’euros, sur les 550 millions de coût total des travaux. La Sanef, une autre société concessionnaire d’autoroutes, prend en charge, au nord du chantier, l’échangeur entre les autoroutes A4, A35 et le futur GCO. Cette opération de 43 millions d’euros est entièrement déléguée à des sous-traitants. Il y avait donc 193 millions d’euros de travaux à obtenir à travers des appels d’offres.

Alors quelles entreprises prennent part à ce chantier en sous-traitance ? Des boîtes locales en profitent-elles ? Jean-Luc Fournier, directeur de la communication d’ARCOS, société concessionnaire du GCO créée par Vinci, explique comment elles ont été choisies :

« Déjà, quand on dit entreprises tiers, ça ne veut pas dire entreprises locales, il faut bien le comprendre. Cela peut être avantageux, dans certains cas, par exemple pour minimiser le coût du transport, voire obligatoire pour les fournisseurs de béton. Mais il y a aussi beaucoup de sociétés non alsaciennes. Le plus important pour nous, logiquement, c’est la compétence et le prix. »

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Le double casque de chantier

Le double casque de chantier

Les écologistes ont placé un président unique à la tête des deux plus importantes sociétés d’aménagement urbain de Strasbourg. Une concentration qui choque jusque chez les Socialistes…

Kuckuck, le festival d’art expérimental reprend à Bouxwiller

Kuckuck, le festival d’art expérimental reprend à Bouxwiller

Après trois éditions printanières, le festival Kuckuck se tient du vendredi 16 au dimanche 18 octobre à Bouxwiller et alentours. Décalé et remanié suite au confinement, l’événement demeure un rendez-vous pour les amateurs d’œuvres hybrides et de surprises musicales.

En portant le nom alsacien du coucou, le festival Kuckuck à Bouxwiller affirme son goût pour la musique et l’irrespect des conventions. L’événement est l’héritier de Hören. Cette programmation de musiques expérimentales, menée par Olivier Meyer avec l’association In(d)ex et le directeur du théâtre du Marché aux grains Vidal Bini, s’est intensifiée et diversifiée avec Kuckuck. Trois jours de programmation ont survécu aux contraintes sanitaires : vendredi 16, samedi 17 et dimanche 18 octobre.

Partir à l’aventure artistique

Le maitre-mot du festival Kuckuck est l’expérimentation. En appréhendant l’art comme une matière vivante, les artistes cherchent à le faire évoluer, avec tout ce que cela suppose d’imprévisibilité. La programmation mélange expériences chorégraphiques, expositions vivantes, recherches musicales et performances cinématographiques.

Silvi Simon use de l’image animée comme d’une matière sujette à diverses expériences Photo : de Silvi Simon

Ce week-end de trois jours est né d’un remaniement du festival originalement prévu au printemps. Tous les artistes n’ayant pas pu décaler, certains ont été reprogrammés au sein de la programmation du théâtre du Marché aux grains. La programmation, fragmentée, est néanmoins foisonnante. Elle s’ouvre dans le musée du Pays de Hanau, qui accueille une exposition de dessins de Johanny Melloul ainsi que les installations vidéos immersives de Silvi Simon.

En cherchant du côté de l’hybridation, les artistes du festival aboutissent à des créations singulières. Avec Grains Céline Larrère a étudié les gestes quotidiens d’un horticulteur. En effectuant ce travail, au contact de la terre et des végétaux, elle a pu tirer avec sa compagnie Morula une œuvre de danse contemporaine, entre les champs et l’improvisation. Le spectacle se déroulera sur son lieu d’élaboration, chez l’horticulteur Jean Becker à Ingwiller. Certains événements se dérouleront quant à eux dans l’église protestante de Bouxwiller. Ce sera notamment le cas d’un dispositif live travaillant la musicalité du vent et de la tempête.

Mener la danse contemporaine partout, jusque dans les champs de Bouxwiller Photo : de Diane Sorin

La convivialité relie les arts et les publics

La configuration de Kuckuck est pensée pour favoriser le contact. Les artistes sont accessibles et se mélangent au public entre leurs permanences. Les événements, avec des jauges réduites, sont intimistes et permettent de s’immerger dans les rituels artistiques. La salle Christiane Stroë, d’ordinaire déjà limitée en nombre de places, ne peut plus accueillir qu’une cinquantaine de spectateurs.

Le théâtre du Marché aux grains et sa salle Christiane Stroë sont le pivot du festival, mais pas sa seule scène Photo : document remis

Cette situation favorise néanmoins la circulation des publics, entre les différents lieux, et pousse à la curiosité. Le festival habite autant les bâtiments que les espaces extérieurs. L’exposition Dédoublement fluidique notamment propose de partir explorer toute la ville. Kuckuck se donne pour mission d’offrir à son territoire la diffusion de spectacles et d’œuvres qui, sans cela, n’y trouveraient aucun écho. Cette démarche d’accessibilité et de démocratisation culturelle est un point fort du festival.

Avec le contexte sanitaire, la chaleur humaine a néanmoins subi quelques revers. Il n’y aura pas de restauration sur place contrairement aux autres années, même si un espace pique-nique est prévu. Le festival qui encourageait beaucoup le covoiturage, que ce soit pour se rendre à Bouxwiller ou pour naviguer entre les différents lieux de spectacles, ne peut plus promouvoir ce déplacement.

« Colis piégés », enquêtes sur les implantations d’Amazon en Alsace

« Colis piégés », enquêtes sur les implantations d’Amazon en Alsace

Entrepôts géants, trafic automobile, créations et destructions d’emplois. Dans notre série « Colis piégés », Rue89 Strasbourg chronique et enquête sur les déploiements d’Amazon en Alsace.

Une nouvelle série d’enquête de Rue89 Strasbourg Photo : Amazon

Après sa venue à Augny près de Metz, Amazon s’intéresse désormais à l’Alsace. À Dambach-La-Ville, la « clause de confidentialité » a fuité plus tôt que prévu et les nouveaux élus du Pays de Barr devront se positionner publiquement. À Ensisheim, le projet dit « Eurovia 16 » est plus avancé, mais l’occupant toujours tenu secret. Les dimensions de l’entrepôt rappellent celui de Lorraine, tandis que les dirigeants de la société qui louera les murs sont des anciens d’Amazon. À Fontaine près de Belfort, même type d’entrepôts et même incertitude sur l’occupant.

Pourquoi l’Est de la France intéresse tant Amazon et pas ses voisins, la Suisse ou l’Allemagne ? Comment le géant américain convainc l’État et les élus locaux ? Pourra-t-il déployer en Europe sa stratégie de livraison sous 24 heures pour davantage concurrencer les commerces ? Quelles entreprises alsaciennes grandissent grâce à Amazon ?

Rue89 Strasbourg va suivre l’arrivée de la firme de Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, en Alsace.

Des informations sur le sujet ? Contactez-nous via notre plateforme d’alerte sécurisée.

Manœuvres financières et politiques au très réputé club de natation de Mulhouse

Manœuvres financières et politiques au très réputé club de natation de Mulhouse

La famille Horter et le Mulhouse Olympic Natation sont des noms bien connus des bassins. Une enquête de la cellule d’investigation de Radio France révèle que le club est aujourd’hui sous le coup de plusieurs instructions et contrôles financiers.

Fondé en 1962 et géré par la famille Horter, le MON (Mulhouse Olympic Natation) est réputé pour avoir formé de grands noms de la natation française tels que les champions olympiques Yannick Agnel et Amaury Leveaux. Dans une longue enquête publié ce vendredi 9 octobre sur le site de France Inter, la cellule investigation de Radio France expose les manipulations politiques et financières qui ont valu plusieurs enquêtes judiciaires au club et à la famille.

On y apprend que le MON a été condamné à plusieurs reprises pour avoir refusé de payer des athlètes ayant nagé sous sa bannière. Une instruction est en cours suite à une plainte pour escroquerie déposée par les parents d’une jeune nageuse, entrée au club en 2015. Il ne sont pas les seuls à dénoncer des pratiques douteuses de la part du club. Mais « il est compliqué de s’attaquer ouvertement à des gens qui maîtrisent autant de leviers dans leur sport », rapporte anonymement un agent sportif.

Montages troubles et tensions politiques

L’article révèle également des montages financiers troubles, des « transferts de subventions » entre différentes sociétés détenues par les Horter ou encore un loyer minoré et en même temps subventionné par l’agglomération de Mulhouse (M2A). Dès 2017, la Cour des comptes lance l’alerte après s’être aperçue d’une différence de 300 000 euros entre les recettes déclarées à l’agglomération et celles validées par le commissaire aux comptes. Selon l’article, la M2A et le club promettent de « simplifier leurs relations financières », mais rien n’a changé en trois ans.

Le dossier a pris une tournure politique fin 2019, lorsque Franck Horter s’est lancé dans la campagne des municipales sur la liste LREM. Il était opposé notamment à la maire sortante Michèle Lutz (LR) et son prédécesseur Jean Rottner, président du Grand Est et écarté de la majorité mulhousienne par les autres maires de la M2A. Début janvier 2020, la procureure de la République de Mulhouse reçoit une lettre anonyme intitulée « La galaxie Horter : Stop à l’impunité », qui a déclenché l’enquête préliminaire. Il y est question de « la gestion du club, des biens immobiliers de la famille et de leurs relations politiques ». Interviewé par les DNA quelques jours avant la parution de l’enquête de Radio France, Franck Horter se défendait et assurait alors que « tout est transparent » dans la gestion des comptes du club.

Lire l’enquête complète sur France Inter.fr

Contre-manifestation samedi 10 octobre pour l’ouverture de la « PMA pour tou·te·s »

Contre-manifestation samedi  10 octobre pour l’ouverture de la « PMA pour tou·te·s »

Douze associations et collectifs organisent une contre-manifestation ce samedi 10 octobre pour réclamer une ouverture plus large de la PMA aux femmes.

Douze associations et collectifs féministes appellent à un rassemblement samedi 10 octobre à partir de 14h. Elles demandent l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, qu’elles soient seules ou en couple avec une femme et qu’elles soient nées homme ou femme.

Pour ces organisations, la loi bioéthique adoptée le 29 juillet en deuxième lecture par l’Assemblée nationale est incomplète. Son premier article, étend l’accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes non-mariées célibataires. Pour réaliser une PMA en France, le sexe enregistré auprès de l’État civil doit être féminin, même après changement en cours de vie. Ainsi, le projet de loi exclut toujours les hommes transgenre ou encore les personnes qui se déclarent « non-binaires », mais dont le genre « officiel » est masculin… Le texte doit encore être voté au Sénat en janvier 2021, avant que les parlementaires des deux chambres ne tentent de trouver une version de compromis

Manifestation du 8 novembre 2019 Photo : archives Rue89 Strasbourg / Amanda Hinault

Au-delà de revendiquer le « droit à l’accès à la procréation pour tou·te·s », l’objectif est aussi de ne pas laisser la rue aux opposants au texte, qui manifesteront le même jour. Le site de « la manif pour tous » annonce un rassemblement le même jour à 11h devant la Préfecture à Strasbourg, dans le cadre d’une journée de mobilisation nationale.

Aux arguments de menaces d’hybridation de l’être humain et mise en péril de la paternité et des enfants, les militantes et militants répondent que la loi doit encadrer fermement les expérimentations et que la présence d’un homme n’est en rien gage d’une enfance heureuse. Ils et elles estiment que l’argument de sauvegarde de la paternité est un « crachat au visage des mères célibataires, parents adoptants, couples lesbiens… ».

#manif pour tous#PMA

Huawei en Alsace, opération séduction pour accéder au marché européen de la 5G

Huawei en Alsace, opération séduction pour accéder au marché européen de la 5G

Huawei souhaite implanter sa première usine de production en Alsace et rêve de s’offrir un accès au marché européen de la 5G. L’Eurométropole et la Région lui déroulent le tapis rouge, malgré les risques pour la cyber-sécurité.

200 millions d’euros d’investissement, 500 emplois directs à long-terme et des commandes pour les entreprises locales… Avec son projet d’usine de production en Alsace, le géant chinois des télécoms Huawei a de quoi séduire les pouvoirs publics locaux.

Mais la fabrication de composants d’antennes 5G à proximité de la capitale européenne semble un investissement dérisoire au regard des 123 milliards de dollars de chiffre d’affaires réalisés en 2019 par la multinationale. Après avoir été accusé d’espionnage par le président américain Donald Trump et donc interdit de commerce avec les entreprises américaines l’année dernière, le géant chinois des télécommunications peut bien se payer une opération séduction au cœur de l’Europe.

Garder ouverte la porte du marché européen

« Huawei a peur de voir la porte du marché de la 5G se fermer en Europe, comme elle s’est fermée aux États-Unis », analyse Alain Peter, ancien journaliste et spécialiste de la Chine. Et l’entreprise chinoise a bien failli perdre le Vieux-Continent en janvier 2020 lorsque l’Union Européenne a publié sa « boîte à outils 5G ». Huawei y était mentionné parmi les « constructeurs à haut risque » pour les réseaux de télécommunication de nouvelle génération. L’UE recommandait ainsi de limiter le recours au géant chinois dans le déploiement de la 5G.

Pour François Godement, conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne, l’installation de cette future usine n’est pas anodine :

« Si l’on regarde les recommandations de l’Union Européenne, vous verrez que les antennes 5G sont dans une zone grise, entre les composants qui posent problème et ceux qui n’en posent pas. C’est donc un choix volontaire, pour tester la France et l’Europe sur leur position vis-à-vis de Huawei. »

Ingénieur réseau, Stéphane Bortzmeyer voit aussi dans les annonces de Huawei une volonté de jouer « le bon citoyen, bien loin de l’entreprise prédatrice, » en créant de l’emploi et en investissant sur un territoire :

« Dans un marché très régulé comme celui des télécommunications, avec une forte charge politique, il y a forcément une envie d’améliorer son image de marque. »

La cybersécurité au cœur des négociations

En charge du développement économique à l’Eurométropole de Strasbourg avant les élections municipales de 2020, Catherine Trautmann a participé aux négociations avec Huawei. Au niveau de la cybersécurité, elle assure que « des enquêtes ont été menées (la DGSE est évoquée, ndlr) pour aboutir à un feu vert du gouvernement. »

Après avoir été interdit de commerce aux Etats-Unis, le géant chinois des télécommunications peut bien se payer une opération séduction au cœur de l’Europe. Photo : Dessin Piet

Actuelle vice-présidente en charge de l’emploi et la formation à l’EMS, Anne-Marie Jean semble moins définitive sur le sujet : « Sur les questions qui nous dépassent (comme la cybersécurité, ndlr), nous avons écrit au commissaire européen Thierry Breton et au Premier ministre Jean Castex. »

Huawei cherche aussi une caution française pour vendre ses produits dans toute l’Europe. Comme l’explique Anne-Marie Jean, « la France dispose du niveau de contrôle le plus poussé concernant l’achat d’équipements 5G. » De quoi rassurer les opérateurs téléphoniques et États européens frileux face à Huawei, accusé d’espionnage par le gouvernement américain.

Des négociations opaques, comme Huawei l’aime

En Alsace, l’entreprise chinoise de télécommunications peut aussi apprécier des partenaires capables de respecter la confidentialité des négociations. Ainsi, 18 mois après le début des discussions, de nombreuses questions restent en suspens, même pour les élus de l’Eurométropole de Strasbourg. À quelques jours d’une rencontre entre les responsables de Huawei et de l’EMS, prévue lundi 12 octobre, Anne-Marie Jean détaille de nombreuses zones d’ombre « sur la nature des emplois, les garanties quant au traitement des salariés, la nature du bâtiment et son efficacité énergétique, ou encore le plan de transport des futurs salariés. »

Côté Région Grand Est, la vice-présidente en charge de la compétitivité et de l’innovation, Lilla Merabet, indique que trois sites sont en compétition, dont un situé au parc d’innovation d’Illkirch-Graffenstaden, selon le cahier des charges de Huawei. Interrogée sur les deux autres sites en dehors de l’EMS, Lilla Merabet invoque la signature d’une clause de confidentialité… Malgré de multiples sollicitations, Huawei France n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

Un site au cœur de l’Europe

Présente dès le début des échanges avec l’entreprise chinoise, Lilla Merabet affirme que Huawei cherche en Alsace, « une porte vers l’Europe et son marché ». Pour la vice-présidente du Grand Est, la proximité avec de nombreuses infrastructures de transport autoroutier, fluvial et ferroviaire aurait ainsi joué un rôle important dans l’intérêt du géant des télécoms pour Strasbourg. « On est au carrefour des grands axes de transport, ça fait partie des critères », abonde Catherine Trautmann. L’ancienne députée européenne a ainsi constaté l’intérêt du consul de Chine à Strasbourg pour la construction d’infrastructures permettant à des trains chinois d’arriver jusqu’à la capitale alsacienne.

Huawei avait une place parmi le top 4 des constructeurs de téléphones et d’équipement, avant que les Etats-Unis ne bannissent la marque… Photo : Kārlis Dambrāns

Selon un expert des télécommunications, qui a tenu à garder l’anonymat sur ce « sujet ultrasensible », l’installation d’une usine au cœur de l’Europe « pourrait permettre à Huawei de réduire le temps de production et de livraison pour ses clients européens. Sachant qu’avec la 5G, il faut densifier le nombre d’antennes par rapport à la 4 et la 3G, cette rapidité peut vous faire gagner des parts de marché. »

Pour Jean-Luc Heimburger, président de la Chambre de commerce et de l’industrie (CCI) d’Alsace, Huawei cherche aussi le dynamisme économique de la région métropolitaine trinationale du Rhin supérieur. Cette zone, constituée par l’Alsace, une partie du Bade Wurtemberg et le canton de Bâle, cumule un PIB important (234 milliards d’euros en 2012), mais aussi un fort dynamisme dans la formation : « Nous allons pouvoir fournir à Huawei des ingénieurs formés à Strasbourg, Fribourg ou Karlsruhe, mais aussi des techniciens détenteurs de BTS et de DUT. »

Un pragmatisme dans la quête d’hégémonie

Maître de conférence en études chinoises à l’Université de Strasbourg, Thomas Boutonnet rappelle qu’en 2014 « le PIB chinois en parité du pouvoir d’achat a dépassé celui des États-Unis. » Ainsi, la Chine de 2020 n’est plus l’usine du monde des années 90. Le chercheur analyse :

« Depuis les années 2010, la Chine rachète des infrastructures de manière agressive en Europe, en Grèce ou en France par exemple. Il y a ainsi une situation de predation économique, une forme également de pragmatisme lié à la désunion des pays européens. Dans ce contexte, alors que la réputation de la Chine se dégrade fortement depuis le début de l’année 2020, et que Huawei est accusé de nombreuses malversations, l’entreprise peut être tentée de montrer patte blanche en délocalisant sa production sur le sol étranger et en faisant état de transparence sur ses processus de production. »

Les médecins libéraux dénoncent les absurdités de la gestion de la première vague de coronavirus

Les médecins libéraux dénoncent les absurdités de la gestion de la première vague de coronavirus

L’Union Régionale des Professionnels de Santé Médecins Libéraux Grand-Est se plaint d’avoir été tenue à l’écart pendant la phase aïgue de l’épidémie de la Covid-19. Ses membres appellent les pouvoirs publics à ne pas refaire les mêmes erreurs.

« C’est rageant pour nous, en EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, ndlr), de découvrir que des patients que nous n’avons pas réussi à sauver, auraient pu être pris en charge par les cliniques ». Pascal Meyvaert, médecin généraliste et coordinateur dans deux EHPAD à Gerstheim rappelle lors d’une conférence de presse les absurdités auxquelles certains médecins ont du faire face pendant la première vague de l’épidémie. Avec d’un côté des praticiens submergés de patients mais en manque de matériel, et de l’autre, des professionnels en possession de stocks importants mais désœuvrés.

En effet, à partir du 16 mars, toutes les opérations chirurgicales ont été suspendues. Les chirurgiens se sont donc retrouvés sans patients, mais avec du matériel de protection qui pouvait servir dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, et qui aurait été très utile à des praticiens qui en manquait.

Une gestion moins hospitalo-centrée des crises futures

Pour l’URPS ML Grand Est, cette situation est la cause d’une gestion trop « hospitalo-centrée » des épidémies. Les médecins dénoncent notamment des situations ubuesques créées par la politique du « tout hôpital » :

« Au mois de mars, j’ai signalé à l’ARS que je disposais du matériel pour prendre en charge des patients Covid. Le lendemain, nous avons reçu des patients en relais, mais nos respirateurs ont été réquisitionnés et envoyés au CHU de Reims. On nous les a rendus, deux mois plus tard, toujours sous cellophane, faute de personnel supplémentaire pour les utiliser ! »

Docteur Bernard Llagonne, chirurgien orthopédique à Épernay
Les médecins de l’URPS ML Grand Est dénoncent une vision hospitalo-centrée de la lutte contre la pandémie (Photo Jérémie Rumpler)Photo : Jérémie Rumpler

Des médecins libéraux qui se sont sentis tributaires de décisions politiques et sanitaires, parfois nuisibles à la santé des patients. Ce sont notamment 40 à 50% des médecins généralistes de l’Union qui n’ont pas travaillé de mars à mai. Des effectifs qui auraient pu soulager les hôpitaux surchargés, mais qui n’ont jamais pu travailler à l’hôpital, pour des raisons administratives.

« On a fait venir des médecins de ville pour prendre en charge les patients Covid qui nous avaient été confiés. L’ARS a dit oui, mais la délégation locale a dit : « non, c’est illégal. Faites des contrats de travail. » Nous étions en guerre. »

Docteur Bernard Llagonne

Développer une gestion locale avec les médecins de ville

Dans cette organisation défaillante, c’est notamment le manque de concertation avec les territoires, en particulier le Grand Est – deuxième région de France la plus touchée par l’épidémie –, qui est montré du doigt :

« Beaucoup de confrères ont été contaminés faute de masques, parce qu’ils avaient été redistribués de façon égale aux hôpitaux de toute la France. Mais tous les territoires n’étaient pas égaux face à la Covid-19. »

Docteur Guilaine Kieffer-Desgrippes, Présidente de l’URPS ML Grand Est et médecin généraliste à Strasbourg

C’est pourquoi l’URPS ML recommande une gestion territoriale pour la deuxième vague et les crises futures. Une communication locale qui permettrait un meilleur dialogue entre tous les acteurs de la santé et une véritable culture de gestion de crise. « Aujourd’hui, il n’y a que les pompiers qui savent le faire. C’est un vrai manque au sein des soignants et des instances dirigeantes », explique Pascal Meyvaert.

Les médecins libéraux du Grand Est ont demandé de mettre fin aux messages appelant à contacter le 15 plutôt que les médecins de ville. Ils souhaitent que soient diffusés des appels à consulter son médecin traitant qui, selon la gravité des cas, aiguillera vers les professionnels les plus adaptés. Pour Guilaine Kieffer-Desgrippes, il faut rétablir la confiance entre les patients et les généralistes : « les médecins se sont organisés pour gérer les patients mais les patients ont toujours peur ».

27 universitaires demandent à Michel Deneken d’interdire de présence « l’individu qui harcèle des étudiantes »

27 universitaires demandent à Michel Deneken d’interdire de présence « l’individu qui harcèle des étudiantes »

Plus d’une trentaine de salariés de l’Université de Strasbourg demandent au président Michel Deneken de prendre « un arrêté d’interdiction de présence sur tous les campus de l’Université de Strasbourg » contre l’étudiant de 58 ans accusé de harceler de jeunes étudiantes.

Dans une lettre ouverte transmise à Rue89 Strasbourg mercredi 7 octobre, 27 universitaires exigent du président de l’Université, Michel Deneken, qu’il agisse face aux violences sexistes commises depuis plusieurs années par un étudiant de 58 ans. « Comment expliquer une telle lenteur alors que les témoignages et les signalements se multiplient depuis plusieurs années et s’intensifient depuis un mois ? », s’indignent-ils.

Pour les signataires du courrier, une seule solution : « prendre immédiatement à l’encontre du harceleur un arrêté d’interdiction de présence sur tous les campus de l’Université de Strasbourg. » Ils ajoutent : « Nous vous demandons de prendre cette décision depuis plusieurs semaines. »

Un conseil de discipline

Suite à la mobilisation de l’association Ru’elles et à la publication de notre enquête, l’Université de Strasbourg avait réagi en interne en annonçant la saisie du conseil de discipline à l’égard de l’étudiant. Mais la procédure peut durer jusqu’à un an avant d’aboutir.

Selon nos informations, la présidence de l’Université étudiait la possibilité d’un arrêté d’interdiction de présence fin septembre. Mais aucune décision n’a été prise, comme le déplorent les signataires de la lettre. Sans doute la présidence de l’Université craint de voir un tel arrêté retoqué par le tribunal administratif… comme cela avait été le cas déjà en 2014.

Aux Ateliers ouverts de la Coop, une effervescence artistique étouffée par la pandémie

Aux Ateliers ouverts de la Coop, une effervescence artistique étouffée par la pandémie

Les week-ends des 3, 4, 10 et 11 octobre, les Ateliers Ouverts offrent la découverte de centaines de lieux de création au public. Une exposition bienvenue pour nombre d’artistes cloitrés en raison de la pandémie. Direction la Coop au Port du Rhin pour un voyage au cœur de la création.   

Paysage industriel fantomatique et lignes de train désaffectées : au 2 rue de la Coopérative dans le quartier du Port du Rhin, la Coop inaugurait vendredi 2 octobre la 21e édition des Ateliers Ouverts.

C’est l’une des nouveautés du rendez-vous culturel proposé annuellement par l’association Accélérateur de Particules. Après de nombreux chamboulements dus à la crise sanitaire, l’évènement habituellement printanier s’organise finalement cet automne. Deux week-ends (les 3-4 et 10-11 octobre) pour permettre au public, sur tout le territoire alsacien et transfrontaliers (de Mulhouse jusqu’à Bâle), de découvrir l’intimité du travail artistique, là où s’élabore les œuvres d’arts : les ateliers d’artistes.

À la Coop, d’anciens entrepôts accueillent désormais une dizaine de collectifs d’artistes et d’artisans. Pour la première fois depuis leur inauguration en 2019, ces espaces de création ouvrent grand leur porte au public. Dans un cadre plutôt austère, d’imposants bâtiments entourent une cour centrale. L’ensemble constitue un lieu atypique, en pleine ébullition, rassemblant une multitude d’artistes et une diversité stimulante de pratiques : dessins, peintures, sculptures, illustrations, design, céramique, vidéo, son.

« On a voulu garder une ambiance bidonville »

Au départ, il est difficile de se repérer dans les lieux. Par où commencer ? Sur la droite, un entrepôt géant de 900 m2 accueille le CRIC, un collectif d’artistes venant d’horizons divers, anciens membres de la Semencerie ou du Syndicat Potentiel. Lorsqu’on y pénètre, on découvre un agencement de contreplaqués et de grillages qui forment les espaces de travail : un bric à brac chaotique aux allures de cabane géante. De tous les côtés, des escaliers en bois mènent à l’étage, vers la partie supérieure des ateliers. Partout des recoins, des outils, des fils, des installations, des dispositifs numériques, des entassements d’objets divers, composent un univers proche du chantier. Et pour cause, les artistes construisent eux mêmes leurs ateliers – sur mesure et adapté à leurs besoins. « Tout est fait en matériaux de récupération », souffle un artiste. « On a voulu garder une ambiance bidonville. »

À l’atmosphère générale de joyeuse confusion, se mêle un environnement sonore entêtant, entre cris d’oiseaux et samples électroniques. Il s’agit de Murmures une création sonore des artistes Pierre Daegens, Thomas Lasbouigues et Vivien Knuchel, réalisée pour l’occasion (à écouter également le dimanche 11 octobre de 14h à 19h). Chacun des artistes diffuse simultanément des sons via des émetteurs FM, retransmis en direct par des transistors dans tout l’espace du CRIC. L’œuvre s’inspire directement du phénomène de la « murmuration ». Celui-ci désigne la synchronisation du vol de centaines, voire de milliers d’oiseaux en même temps créant une nuée spectaculaire et mouvante dans le ciel. À l’image de la murmuration des oiseaux, les sons tournoient au-dessus de nos têtes dans un incessant mouvement.

Editions 2024, Vu, lu!, Ateliers ouverts 2020Photo : Sybille d’Hardemare

À l’autre bout de l’entrepôt, autres collectifs, autres ambiances. Les Éditions 2024 présentent l’exposition Vu, lu ! sur le thème de l’abécédaire. Dans un espace brut pour ne pas dire abrupt, béton armé au sol et murs grillagés, sont disposées de légères structures en bois en forme de lettres. Elles sont elles-mêmes les supports d’illustrations graphiques de l’alphabet : lignes sinueuses, douces ou sévères, sobres ou colorées, qui transforment chaque lettre en image, tantôt architectures, tantôt végétaux, tantôt personnages.

IDeE , Ateliers ouverts 2020Photo : Sybille d’Hardemare

Au sein de ce labyrinthe, un espace en cache toujours un autre. Encore une grille et ce sont les objets du collectif IDeE (Innovation, Design et Expériences) que l’on découvre. Délicatement exposée sur de grandes tables blanches, bougies, lampes torches, moules à Kouglof et bredele réinterprètent les objets du quotidien et les vieilles traditions alsaciennes.

IDeE, Ateliers ouverts 2020Photo : Sybille d’Hardemare

Festivités et mesures sanitaires : équilibre délicat

L’ambiance est festive et le public est au rendez-vous, ce qui a de quoi rassurer les artistes. Après le confinement, les Ateliers Ouverts sont un moment privilégié pour renouer avec le public. « C’est important d’être présent, c’est important d’être visible », pointe un artiste. Et c’est bien là le rôle des Ateliers Ouverts : mettre en lumière le dynamisme de la scène artistique régionale et sa diversité culturelle. Une mission plus nécessaire encore en temps de pandémie.

Malgré tout, « les choses ne sont pas comme avant » confie Ilana Isehayek, artiste canadienne installée dans les Ateliers bois. « Il y a une distance qui persiste. » Difficile en effet de trouver le juste équilibre entre respect des mesures sanitaires et convivialité. C’est tout de même la convivialité qui semble l’emporter du côté de Makerland. Organisé par les Ateliers Éclairés, fabricants de jeux et promoteur du DIY (do it your self, faire soi-même), ils proposent de nombreux jeux et animations pour adultes et enfants.

Dans ce tour d’horizon artistique, il faut également mettre en avant le travail de Letizia Romanini, artiste Luxembourgeoise et membre du CRIC, dont les œuvres tentent de saisir l’immatériel – le temps, la lumière.  Dans l’œuvre Ta Panta Rhei, titre inspiré de la célèbre phrase d’Héraclite, « panta rhei » qui signifie le mouvement perpétuel des choses et leur inscription dans le temps, une tache de couleur lentement évaporée garde la trace sensible du passage du temps.

Letizia Romanini, Ta Panta Rhei, 2015, papier Fabriano, eau, encre, 56 x 76 cmPhoto : Letizia Romanini

Du côté des Ateliers bois, c’est le travail de Julie Luzoir, dessinatrice et performeuse aux accents politiques, qui nous arrête. A travers ses planches dessinées par empreintes de carbone bleu, elle se fait l’écho des revendications de femmes ouvrières ou des injustices politiques.

Julie Luzoir, Les Hommes seuls, 2019, 5 dessins, empreintes de carbone bleu sur papier coton, 80 x 200 cmPhoto : Sybille d’Hardemare

Enfin, l’atelier de Vincent Chevillon, situé au Préau, est un cabinet de curiosité. Couvrant le champ de l’anthropologie et de la cosmogonie, il décline à l’infini le thème de Moby Dick, la fameuse baleine du roman d’Herman Melville. Ce travail sera à redécouvrir à Stimultania en janvier 2021.

L’atelier de Vincent Chevillon, Ateliers ouverts 2020Photo : Sybille d’Hardemare
L’atelier de Vincent Chevillon, Ateliers ouverts 2020Photo : Sybille d’Hardemare

De nombreux évènements sont à explorer à Strasbourg et dans tout le Grand Est lors de ces festivités automnales. Par exemple à la Malterie, à proximité de la Coop, qui sera illuminée de projections retraçant l’histoire du lieu. Réalisé par les étudiants de la Haute école des arts du Rhin, le spectacle est à voir du 3 octobre au 6 novembre tous les soir à 20h. D’autres lieux emblématiques comme le Bastion 14, rue du Rempart ou le Séchoir de Mulhouse ouvrent leurs portes le week-end du 10-11 octobre autour de goûters-rencontres.

L’habitat participatif, une exception strasbourgeoise

L’habitat participatif, une exception strasbourgeoise

À Strasbourg, 11 collectifs d’habitants ont mené avec succès leurs opérations immobilières et 17 projets sont en cours. Malgré ces chiffres, Strasbourg est la ville française la plus active en matière d’habitat participatif.

La France compte 523 projets d’habitat participatif à des stades de développement plus ou moins avancés. Cette pratique permet aux futurs habitants d’un immeuble de se regrouper pour concevoir ensemble leur logement et les espaces partagés. Ils peuvent ainsi créer des lieux de vie adaptés à leurs besoins et en adéquation avec leurs aspirations sociales ou écologiques. La loi Accès au Logement et Urbanisme Rénové (ALUR) de 2014 a fait sauter plusieurs verrous mais ce sont toujours des projets qui demandent beaucoup de temps et d’argent aux porteurs. Bien souvent, ils ne voient pas le jour, ce qui explique leur faible nombre. Mais Strasbourg fait figure d’exception.

Economeny fait partie des dix projets d’habitat participatif nés des appels à projets lancés par la Ville de Strasbourg depuis 2009. Photo : FP / Rue89 Strasbourg

Le territoire alsacien est historiquement pionnier en la matière. Le premier logement français créé en auto-promotion, Éco-Logis, est né à Strasbourg en 2009. Depuis, dix autres bâtiments en habitat participatif sont sortis de terre dans la capitale alsacienne, pour atteindre un total de 92 logements. Et la dynamique se poursuit puisque 17 projets pour un total de 200 logements doivent se développer dans les prochaines années. Ce qui fait de Strasbourg la première ville française en matière d’habitat participatif. En comparaison, Grenoble, deuxième ville au classement, ne compte que 8 projets en cours.

La municipalité fournit les terrains à prix réduits

« Nous souhaitions créer une troisième voie dans l’aménagement urbain entre le logement social et la promotion privée », résume Alain Jund, ancien adjoint au maire à l’urbanisme et toujours conseiller municipal, délégué à l’habitat participatif justement.

En clair, la Ville réserve des terrains municipaux à l’abandon ou sous-exploités pour ce type de logement et jusqu’à 10% des logements dans ses nouveaux projets urbains. Ces terrains sont ensuite vendus à prix réduits aux groupes ayant des projets retenus pour leurs engagements en matière environnementale, de mixité sociale, culturelle ou intergénérationnelle.

Ce dispositif permet de résoudre un des freins majeurs au développement de tels projets : le prix du foncier, surtout dans les zones urbaines, où il est élevé. « Il y a un certain nombre de groupes qui se forment mais réussir à se positionner dans un contexte d’immobilier en tension comme à Strasbourg est très difficile avec la concurrence des promoteurs », explique Emmanuel Marx, directeur d’Éco-Quartier Strasbourg, l’association à l’origine d’Éco-Logis.

Selon Habitat Participatif France, la moitié des projets échouent faute de pouvoir acquérir le terrain désiré. Les particuliers doivent négocier individuellement des prêts bancaires et n’ont pas les moyens de lutter contre les leviers financiers et la réactivité des promoteurs immobiliers.

Une fois le foncier obtenu, les statistiques s’améliorent. Cependant, dans la majorité des projets réussis, l’habitat participatif repose sur une rénovation d’un bâtiment plutôt qu’une construction neuve.

Une démarche d’appels à projets qui se généralise

Autre mesure favorisant le développement de l’habitat participatif : les terrains sont attribués lors d’appels à projets. « Il s’agissait de dépasser le public militant initial et de spécialistes de l’aménagement pour sensibiliser un public plus large à ces pratiques et à cette culture », décrit Alain Jund.

Cette démarche d’appels à projets pour l’habitat participatif était une première en France en 2009. Aujourd’hui, le procédé s’est diffusé à des villes comme Grenoble, Toulouse ou Montreuil.

Un accompagnement qui permet de mener les projets à bien

« Suite aux appels à projets municipaux, neuf projets sur dix vont jusqu’à leur terme », affirme Emmanuel Marx. Une réussite qui s’explique par l’accompagnement des habitants par des partenaires associatifs et professionnels de l’aménagement. « Nous estimons que c’est aux citoyens de s’organiser, mais ils ont souvent besoin d’un soutien technique », commente Alain Jund.

Ainsi l’association Éco-Quartier, financée par la Ville de Strasbourg, intervient dans l’aspect humain du projet. D’abord, en amont, pour expliquer ce qui est possible dans l’habitat participatif et comment constituer un groupe. Puis, une fois le groupe créé, l’association apporte des compétences en matière de gestion des espaces partagés : « Avec l’habitat participatif, il est impératif d’établir des règles communautaires en matière d’organisation collective », explique Emmanuel Marx, directeur d’Éco-Quartier Strasbourg.

Des assistants à maîtrise d’ouvrage comme le cabinet d’architecture Ankha peuvent apporter des compétences techniques. Ils fournissent aux porteurs de projets une expertise sur les coûts de construction, les contraintes techniques ou énergétiques. L’accompagnement de juristes est aussi nécessaire dans les projets qui mêle des publics avec disparités de revenus. Ils permettent par exemple de fixer des règles dans l’éventualité d’une scission du groupe de copropriétaires .

Bien que des projets d’habitat participatif continuent d’émerger à Strasbourg selon Emmanuel Marx, ces projets ont désormais tendance à se déplacer vers les zones périurbaines de la deuxième couronne strasbourgeoise, voire rurales de l’Alsace du Nord ou du piémont des Vosges.