Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Mobilisation pour sauver la gare de Schiltigheim

Mobilisation pour sauver la gare de Schiltigheim

Malgré les mobilisations d’élus locaux, l’existence de la gare de Schiltigheim-Bischheim est toujours menacée. Le collectif « Mon train, j’y tiens » veut un cadencement des trains avant l’ouverture à la concurrence des lignes régionales.

La gare de Schiltigheim-Bischheim est-elle condamnée ? Pour le collectif « Mon train, j’y tiens », c’est une évidence. Jeudi, ses membres ont rappelé à la presse leur mobilisation pour obtenir du conseil régional le cadencement au quart d’heure des trains qui desserve la gare, pendant les heures de pointe.

Ce projet de valorisation de la gare de Schiltigheim a été réactivé au moment des élections municipales de mars 2020. Le collectif était parvenu à obtenir de l’ensemble des candidats à la mairie de Schiltigheim l’engagement de plaider pour leur projet auprès de la Région Grand Est, décisionnaire en matière de transports régionaux.

Membre du collectif, Jean-Louis Beaussoleil indique avoir rencontre le 1er septembre Alain Jund, vice-président aux mobilités de l’Eurométropole et seul élu à avoir répondu à leurs sollicitations. Mais la rencontre n’a guère été porteuse d’espoirs :

« Il est comme tous les élus. Il s’est dit favorable et m’a promis d’en parler avec tous les maires concernés. »

Pour pallier la faible fréquentation de la gare de Schiltigheim, le collectif « Mon train, j’y tiens » demande le cadencement de la ligne. Photo : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc

Des difficultés à dépasser le stade des promesses

Le 22 septembre, la mairie de Schiltigheim a voté une motion en faveur du cadencement. Mais, « une motion, ça n’engage à rien. Maintenant, on veut des actes », exige Jean-Louis Beaussoleil qui rappelle que le conseil municipal en est à sa troisième motion sur le sujet, sans qu’il n’y ait de rendez-vous avec la Région Grand Est.

Deuxième gare la moins fréquentée du tronçon

L’impatience des membres de « Mon train, j’y tiens » s’explique par le développement prochain du Réseau Express Métropolitain (REM) et l’ouverture du rail à la concurrence. Selon eux, la faible fréquentation et la proximité avec Strasbourg rendent l’exploitation économique de cette gare périlleuse.

Le collectif souhaite donc que les habitants de Schiltigheim et autour puissent prendre leurs trains à la gare au lieu de se rendre à Strasbourg. La gare de Schiltigheim est la deuxième la moins fréquentée du tronçon Strasbourg-Herrlisheim, la première étant La Wantzenau. Selon le collectif, cette désertion s’explique par une mauvaise desserte de la gare en transports en commun.

Créer une gare multimodale

« Mon train, j’y tiens » plaide pour la création d’un pôle multimodal autour de la gare, comme à Hoenheim. En premier lieu, le collectif demande le détournement de la ligne de bus 60 pour qu’elle desserve la gare, le quartier d’affaires du Wacken et l’espace européen d’entreprise. Un premier chantier pour en amorcer un autre, dans les tiroirs depuis trente ans aux dires de Thérèse Sonntag, l’ouverture d’un accès vers l’ouest et le quartier des Ecrivains à Bischheim.

La nouvelle place Sainte-Aurélie n’a pas amélioré la sortie d’école

La nouvelle place Sainte-Aurélie n’a pas amélioré la sortie d’école

Les parents d’élèves réclament à la nouvelle municipalité des mesures contre l’insécurité à la sortie de l’école Sainte-Aurélie. Selon les habitants, la rénovation de la place et l’arrivée du tramway ont aggravé les problèmes de trafic de stupéfiants et de consommation d’alcool devant les écoliers.

« On ne va rien décider aujourd’hui. » Sur la pelouse de la place Sainte-Aurélie, la conseillère municipale en charge du quartier Gare, Marie-Dominique Dreyssé (EELV), plante le décor face à une trentaine de parents, enseignants et habitants, peu après l’heure de la sortie d’école. Les conseils de quartier ont été dissous par la nouvelle municipalité. Place à la démocratie micro-locale version écologiste ce jeudi 24 septembre.

Rencontre tendue fin juin

Le 24 juin, Marie-Dominique Dreyssé avait déjà participé à une rencontre éruptive devant l’école Sainte-Aurélie sur fond de fin de campagne pour les élections municipales. Les parents avaient invité les candidats pour les interpeller sur les seringues retrouvées dans les copeaux de bois de l’aire de jeux, la présence de personnes alcoolisées et l’insécurité dans ce parc. Les familles réclament toujours un espace, « sans rixe, sans mégot ni bouteille vide » aux abords des écoles maternelles et élémentaires. Fin mai, un mineur isolé de 17 ans a été poignardé et blessé grièvement devant les bars et restaurants de la place.

À l’époque, l’ancienne adjointe représentait la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne ». Face à elle, l’adjoint de quartier Paul Meyer (La Coop / apparenté LREM). Face à ces règlements de compte véhéments entre collègues, les représentants socialistes, non-élus, avaient bien du mal à faire entendre une troisième voix. Les parents étaient repartis sans vraie promesse.

Rencontre le jeudi 24 septembre entre habitants et les élus de la nouvelle municipalité. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« La peur chez les enfants »

Depuis l’été, peu de choses ont changé. « On peut sentir la peur chez les enfants. Ce n’est pas normal de ne pas pouvoir venir seul à l’école en CM1 », estime une représentante des parents d’élèves, avant de s’éclipser.

Une enseignante de l’école élémentaire témoigne :

« Des adultes crient sur les élèves dans la cour. C’était déjà le cas l’année dernière, mais je dirais que ça s’est aggravé depuis les nouveaux aménagements. »

La piétonnisation et le verdissement de la place sont arrivés avec le tram F vers Koenigshoffen, inauguré fin août. Moins cher, le tracé via la rue du Faubourg-National était moins populaire que celui vers la gare. La rénovation de deux places et de la rue était présentée comme une forme de compensation.

Une situation aggravée par le confinement

Pour la plupart des participants, sauf un, la situation est « pire » depuis le confinement. Cette période coïncide aussi avec l’utilisation de l’Hôtel Pax pour héberger des sans-abris à quelques centaines de mètres, rue du Faubourg-National. Pour qualifier les occupants de la place Sainte-Aurélie en journée, un habitant parle même de « déchets humains ». Cette expression lui vaut les réprobations d’une partie du groupe, notamment des enseignants. « Je retire », concède le riverain. Les esprits s’échauffent, les plaintes sont variées.

Aux côtés de Marie-Dominique Dreyssé, le directeur de la police municipale, Joseph Muller, est chargé d’expliquer les limites de ses services :

« Nous verbalisons environ 800 ivresses manifestes sur la voie publique par an. S’il n’y a pas de danger pour soi-même ou d’autres personnes, nous n’avons pas de solution. Une telle intervention nécessite un équipage pendant trois heures, jusqu’à la cellule de dégrisement. On a fait des rondes pendant deux mois entre la rue des Francs-Bourgeois et ici, il n’y a statistiquement pas plus de faits ici. »

Des médiateurs de rue promis

Le fonctionnaire pointe qu’une amende n’est pas dissuasive car « les personnes ne sont pas solvables ». Et rappelle que les occupants sont parfois « des habitants du quartier ». Il incite à « aller vers les gens, pour apprendre à les connaître ». « On a déjà essayé », balaie une jeune mère.

« Une de mes premières mesures a été de demander que la police municipale soit à pieds », fait valoir la nouvelle adjointe à la sécurité, Nadia Zourgui. Elle annonce « des médiateurs de rue dès cette année ».

La nouvelle élue « référent » du quartier Marie-Dominique Dreyssé pointe que les difficultés « existent depuis 40 ans ». Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Les exemples s’enchainent. D’autres participants embrayent sur la place de la Porte Blanche quelques mètres plus bas. « Avant, il y avait un équilibre entre la zone d’un côté, et les jeux où les enfants pouvaient jouer de l’autre. Aujourd’hui personne ne traverse la place », regrette un habitant. Les riverains sont lassés d’appeler le 17, dont les troupes ne se déplacent pas ou suggèrent d’appeler… la police municipale. « On connait le laïus », marmonne le directeur de la police municipale.

La directrice de l’école maternelle Saint-Aurélie s’étonne du manque de solution :

« Cela fait 10 ans que je suis ici. Les problèmes sont connus et on dirait que la municipalité les découvre. Le partage de l’espace ne se fait pas. »

Manque de vie

Une voisine pointe le manque de vie sur la place. « Avant, il y avait le compost, il y avait aussi la ferme Herrmann qui faisait une vente hebdomadaire ». Ces quelques moments de vie ont disparu. « Le compost va revenir », précise Franck Simbaro, de la direction de territoire de la Ville. À plus long terme « les aménagements ne sont pas figés », précise-t-il.

Un timide consensus émerge, il faut « faire vivre » cette place pour que les familles puissent davantage occuper l’espace et moins craindre les mauvaises rencontres. Marie-Dominique Dreyssé ne peut que constater « les limites de l’aménagement actuel ». L’élue locale promet une rencontre similaire « avant les vacances de la Toussaint » pour « rendre compte des avancées ».

Pour un habitant, les problèmes sont directement liés aux choix passés :

« Avant, il y avait des bancs partout et les gens se répartissaient dans le quartier. Désormais, il n’y en a plus rue du Faubourg-National et plus que deux sur la place Sainte-Aurélie, qui sont occupés toute la journée. Il ne faudrait pas que le raisonnement, ce soit, on ne peut plus partager les bancs, donc on les supprime. C’est absurde. »

Tout le monde s’apprête à se disperser, mais un représentant des parents d’élèves, déjà très impliqué lors de la rencontre en juin, revient à la charge. « Vous ne réglerez pas le problème de la drogue partout dans l’Eurométropole, ok. Les réunions dans trois semaines très bien, mais à court terme on décide quoi, là, tout de suite, pour cette sortie d’école ? ». Face à l’insistance, Nadia Zourgui promet de demander « des patrouilles de police municipale » à l’heure de la sortie d’école. Après environ une heure de discussion, quelque chose a bel et bien été décidé.

#école Sainte-Aurélie

Sainte-Marie-aux-Mines : les élections municipales annulées

Sainte-Marie-aux-Mines : les élections municipales annulées

Le tribunal administratif de Strasbourg a annulé les élections municipales de Sainte-Marie-aux-Mines. C’est un revers pour la nouvelle maire de cette commune du Val d’Argent. La jeune Noëllie Hestin avait détrôné Claude Abel après son 3e mandat à 15 voix près.

Les habitudes ont la vie dure dans le Val d’Argent. Lorsque Noëllie Hestin, 34 ans, s’est présentée contre Claude Abel, 65 ans, élu depuis 1994 et maire depuis 19 ans, pour la mairie de Sainte-Marie-aux-Mines, peu auraient parié sur son succès. Et pourtant, covid oblige, peu de personnes se sont déplacées (47,18% de participation) mais les plus motivés étaient les partisans du changement. Noëllie Hestin a été élue avec seulement 15 voix d’avance sur Claude Abel.

Noëllie Hestin a été élue avec seulement 15 voix d’avance sur Claude Abel. Photo : Document remis

Une élection contestée au tribunal

L’ancien maire ne s’est pas démonté. Il a contesté l’élection devant le tribunal administratif, arguant que sa base électorale, les personnes âgées, ne s’étaient pas déplacées par peur du coronavirus. Devant le tribunal, il a mis en évidence des atteintes au secret du vote, en raison notamment de l’absence de rideau dans l’isoloir, toujours pour des questions de virus.

Le rapporteur général, ainsi que le tribunal administratif, a suivi l’ancien maire de Sainte-Marie-aux-Mines :

« Il ressort de quatre attestations que dans le bureau de vote n° 2, dit Les Lucioles, des personnes présentes dans la salle de scrutin, dont une partie sont identifiés comme des scrutateurs de la liste « Ensemble bâtissons notre avenir », se tenaient à une distance suffisamment proche des isoloirs, dépourvus de rideau en raison des mesures sanitaires prises dans le cadre de la pandémie de covid-19, pour avoir une vue directe sur les électeurs lorsqu’ils mettaient leur bulletin dans l’enveloppe. »

C’est une déception pour Noëllie Hestin, qui ne comprend pas pourquoi ses arguments ont été rejetés par le tribunal :

« On a produit des dizaines de témoignages, y compris d’assesseurs, qui ont expliqué que l’absence de rideau ne remettait pas en cause le secret du vote, qu’on ne pouvait pas voir l’isoloir depuis l’endroit où les scrutateurs étaient placés. C’est d’autant plus choquant que les opérations de vote étaient de la responsabilité de l’ancienne majorité. »

La mairie de Sainte-Marie-aux-Mines devait changer d’ambiance… Cette alternance est remise en cause Photo : Christian Amet / Wikimedia Commons / cc

Claude Abel : « Certes, nous avions retiré les rideaux »

Claude Abel de son côté, affirme qu’il y a eu des pressions le jour du vote :

« Tout le monde était déjà assez stressé à cause du coronavirus, nous avions dû annuler notre seconde réunion publique. Certes nous avions retiré les rideaux, mais nous avons remarqué qu’aux différentes heures de la journée, il y avait constamment des gens de l’autre liste dans le bureau de vote… »

Élu au conseil municipal depuis 1994, président de la communauté de commune du Val d’Argent depuis 2014, Claude Abel avait un programme plutôt conservateur pour la vallée tandis que Noëllie Herstin, conseillère en développement durable, a été perçue comme écologiste. La préfecture a classé sa liste « Divers gauche », ce qui l’a peut-être handicapée :

« On est vraiment sans étiquette, on a des gens de partout dans notre liste. Après, nous avions un programme de reconquête territoriale et de transition écologique. Installés en mai, nous avons pu lancer le recrutement d’un deuxième policier municipal et de mettre en route une police territoriale avec la communauté de communes. Nous avons aussi débuté la rédaction d’un plan pluriannuel d’investissements ainsi qu’un plan de mobilité pour la commune, devant aboutir à la mise en place d’un service de transports en commun dans la vallée. »

Noëllie Herstin : « Refaire des élections : pas que ça à faire »

La présidence de la communauté de commune a été laissée à Jean-Marc Burrus, le maire de la commune voisine, Sainte-Croix-aux-Mines. Vice-présidente en charge du développement local, Noëllie Herstin rappelle :

« On a plus d’offres d’emplois sur le territoire que de demandeurs. Alors d’où vient le déclin ? Il y a toute une politique sur l’emploi à mettre en place et nous sommes en plein dedans. Refaire des élections, on n’a pas que ça à faire. »

Noëllie Herstin a un mois pour faire appel de la décision du juge administratif. Elle a indiqué que cette décision serait prise par l’ensemble de son équipe dans les prochains jours.

Intégrés mais sans papiers, Moustafa, Mounim et Samia en marche vers l’Élysée

Intégrés mais sans papiers, Moustafa, Mounim et Samia en marche vers l’Élysée

Mounim, Moustafa et Samia sont sans-papiers, habitants de Strasbourg depuis plusieurs années. Ils participent tous les trois à la marche nationale qui partira samedi 3 octobre de la place Kléber et s’achèvera le 17 devant l’Elysée pour obtenir leur régularisation. Et changer leur quotidien instable.

Près de 40 ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme, la marche nationale des sans-papiers doit arriver samedi 17 octobre devant l’Élysée. À Strasbourg, le cortège partira samedi 3 octobre de la place Kléber. Moustafa, Mounim et Samia (prénom modifié) y participeront dans l’espoir d’être régularisés. Ces trois strasbourgeois racontent leur parcours et leur quotidien.

Moustafa, épicier trois fois diplômé

Moustafa Bousitila a 32 ans et habite à Strasbourg depuis 2018. L’air pensif, les sourcils froncés, le fondateur du collectif des sans-papiers d’Alsace explique les raisons qui l’ont poussé à quitter l’Algérie :

« J’aime beaucoup apprendre, j’ai trois diplômes. Un en Littérature, un en gestion des ressources humaines et un en informatique. En Algérie, j’ai travaillé 7 ans à l’accueil d’un hôpital. Ça ne rapportait que 70 euros par mois alors à côté j’avais une épicerie avec un ami. Même avec ça, je n’arrivais pas à vivre correctement. »

Moustafa Bousitila, Fondateur du collectif des Sans-papiers d'Alsace
Moustafa Bousitila, Fondateur du collectif des sans-papiers d’Alsace Photo : doc remis

Après un périple qui le fait passer par la Russie et l’Espagne, il arrive à Grenoble où il séjourne un mois. Puis il passe par Strasbourg dans le but de se rendre à Bruxelles. Arrivé en Belgique, il se fait contrôler, arrêter et passe 20 jours en centre de rétention. À sa sortie, il retourne à Strasbourg et s’y installe.

« Quand tu es sans-papiers tu n’es plus une personne »

Depuis, il traque les petits boulots non-déclarés pour vivre :

« On en entend parler par des amis. C’est toujours des boulots hyper physiques, sur les marchés, les chantiers, etc. On bosse toute la journée pour des sommes dérisoires, 50, 40 voire 25 euros par jour. C’est très irrégulier, tu travailles pendant quelques jours puis rien pendant une semaine ou plus, puis tu recommences. »

Pendant le confinement, il a travaillé avec un ami chez un particulier, caché dans la cave. Le propriétaire les a équipé d’un marteau-piqueur, a fait une rapide démonstration puis les a quittés après s’être assuré qu’ils s’en servaient correctement. Ils ont travaillé sans masque, ni lunettes, ni équipement de protection. Au bout de quelques jours, l’homme les a renvoyés après avoir reçu deux plaintes de son voisin qui commençait à comprendre ce qu’il se passait dans le sous-sol.

Le jeune collectif a participé à une manifestation en septembre Photo : remise

Le plus douloureux pour lui, c’est de se sentir moins considéré que des individus en situation régulière :

« Tu n’es plus une personne, on te colle une étiquette. Tu es sans-papiers donc tu es un criminel, un voleur, un arnaqueur… On ne peut pas te faire confiance. »

Moustafa Bousitila, fondateur du collectif des sans-papiers d’Alsace

Aujourd’hui, Moustafa travaille moins et se dédie à la gestion du collectif né lors du confinement. La période a été un déclencheur :

« On était au premier rang de la base populaire, on était extrêmement exposés parce qu’on n’avait pas d’autre choix que de sortir pour trouver du travail. Quand on en trouvait, on n’était pas équipés pour se protéger du virus. »

Une vulnérabilité accrue par les difficultés pour se loger. Moustafa habite « par-ci par-là » entre les squats, les canapés de ses amis et les rares lits du 115.

Mounim travaille aux quatre coins de la France

Mounim, 24 ans, est arrivé en France en 2017. Avant, il vivait à Bengazi en Libye avec ses trois sœurs, sa mère et son frère. Le jeune homme, au style streetwear soigné, tenait avec son grand frère une boutique de vêtements masculins. Sa famille vivait paisiblement jusqu’à la disparition subite du fils aîné. Les personnes touarègues font parfois l’objet d’enlèvements pour rançonner les familles. Mounim part à sa recherche, sans succès. Une semaine plus tard, il se fait capturer à son tour :

« On m’a conduit en prison. Les hommes qui étaient là m’ont dit “on sait que tu cherches ton frère”, c’est là que j’ai compris que c’étaient eux qui l’avaient enlevé et que la police était complice. La torture commençait dès 5 heures du matin. Au bout d’une semaine, on a cassé les carreaux d’une fenêtre et on s’est enfui. »

Mounim sait qu’il ne peut rentrer chez lui, des hommes sont venus et ont menacé sa mère et ses sœurs. Il prend un bateau pour l’Europe.

Des rapports de force constants avec les employeurs et les forces de l’ordre

Installé depuis maintenant 3 ans, Mounim, résident du squat Bugatti à Eckbolsheim, ne regrette pas son choix. Il se sent bien dans la capitale alsacienne, « ma saison préférée c’est l’hiver, parce qu’on mange bien » glisse le jeune homme avec un sourire.

Depuis son arrivée, il vivote, devant parfois aller jusqu’à Bordeaux ou Paris pour trouver un emploi. Il évoque les patrons véreux :

« Au mois d’août, j’ai fait les vendanges à Epernay pendant cinq jours. Le deal c’était 50 euros par jour réglés à la fin de la semaine. Au moment venu le patron a refusé de payer. Il a menacé d’appeler la police pour nous dénoncer si on continuait à réclamer ce qu’il nous devait. Je ne me suis pas démonté, j’ai obtenu mon salaire même si c’était moins que prévu. »

Mounim, participant à la marche des sans-papiers

Pour se rendre à ses petits boulots, Mounim doit trouver une voiture. Mais sans titre de séjour, impossible d’obtenir un permis de conduire. Un matin, en se rendant sur un champ de fraises à Bordeaux, il se fait contrôler par la police. Les forces de l’ordre lui infligent une amende, qu’il ne sera de toute façon pas en mesure de payer.

Il redoute ces rencontres avec la police, souvent conflictuelles :

« Je sais que dès que je sors mon récépissé de demande d’asile, ça va mal se passer. On me manque de respect et je me suis déjà fait tabasser. »

Mounim est très impliqué dans l’organisation de la marche qu’il suivra jusqu’au bout. Le jeune homme tient tout particulièrement à s’occuper de la préparation des repas.

Les membres du collectif des Sans-papiers d'Alsace devant le parlement européen
Les membres du collectif des sans-papiers d’Alsace devant le parlement européen Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

Samia ne veut dépendre de personne et surtout pas d’un mari

Samia a 20 ans. Elle vit en France depuis 2018. L’énergique jeune fille raconte son adolescence à Béjaia en Algérie. Une vie de lycéenne « normale », aisée et bonne élève. « On vivait bien, mieux qu’en France », explique-t-elle. Mais la perspective de se marier et « dépendre d’un mari » après ses études la révolte. Pour elle, le seul moyen d’être indépendante est de quitter l’Algérie.

En 2016, elle tente une première fois de s’installer en France, au sein d’une partie de la famille installée à Mulhouse. Ils finissent par la mettre à la porte en disant qu’ils ne peuvent pas s’occuper d’elle. En 2018, elle retente le coup. Cette fois-ci, elle est majeure et accompagnée de sa mère, mariée à un Français à Strasbourg. Ce dernier décède peu de temps après et aux yeux de l’administration française, le mariage était trop court pour permettre une naturalisation.

Les deux premières années, la jeune fille n’arrive pas à s’inscrire à l’université, malgré un niveau B2 en français (niveau « indépendant à avancé »), jugé insuffisant. C’est pourtant le niveau standard requis par les universités pour les étudiants non-francophones.

La jeune fille, qui s’exprime dans un français courant, avec un léger accent, revient sur ces deux années passées à ne rien faire, en dehors de quelques babysittings chez des voisins :

« C’était très dur. Quand tu n’as pas de papiers, que tu ne peux ni travailler ni étudier, tu déprimes. Tu n’as plus de rituel de vie, plus d’objectifs. Sans argent, on ne peut pas faire grand chose. On se sent vraiment mis à l’écart de la société. »

En colère contre l’État

Pour l’année 2020 / 2021, elle a pu s’inscrire en licence de géographie et aménagement du territoire. Elle reproche à l’État français une attitude hypocrite vis-à-vis de la situation des sans-papiers :

« L’État ne veut pas de sans-papiers qui ne font rien de leurs journées mais ne leur permet ni de travailler ni d’étudier. »

Elle évoque également le racisme qu’elle ressent de la part de l’administration, des démarches qui s’éternisent aux interactions en guichets :

« La dernière fois à la fac, je suis allée m’inscrire avec une amie tchadienne donc noire. Quand on est rentrées dans le bureau, on nous a traité différemment et la dame qui était là lui a assez mal parlé. C’est pas toujours fait exprès, c’est des manières de dire les choses, des gestes, etc. »

Samia aspire à « une vie simple et payer ses impôts ». Elle aurait pu avoir ses papiers plus tôt si elle avait accepté l’une des nombreuses propositions de mariage blanc qu’elle dit avoir reçu. Mais la solution n’est pas envisageable pour l’étudiante « venue en France pour chercher la liberté ».

La jeune fille ne participera qu’au premier week-end de marche, pour ne pas rater de cours à l’Université de Strasbourg. Au total, une cinquantaine de personnes devraient partir de la place Kléber samedi 3 octobre. Outre la régularisation, l’objectif de la marche est également de « créer des solidarités tout au long du parcours et de montrer le soutien dans la population dont les sans-papiers font l’objet », explique Florian Petit, membre du collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici », soutien de la marche. Mounim espère aussi un fort retentissement médiatique : « C’est important d’être visible, de parler à visage à découvert, parce que beaucoup de gens ont peur des sans-papiers ».

Fin de cavale pour le jeune homme suspecté d’avoir frappé deux filles au plan d’eau du Baggersee

Fin de cavale pour le jeune homme suspecté d’avoir frappé deux filles au plan d’eau du Baggersee

Un adolescent soupçonné d’avoir frappé violemment deux jeunes femmes qui avaient refusé ses avances fin août a été appréhendé par la police dimanche.

Un jeune homme, âgé de 16 ans, soupçonné d’avoir agressé le 26 août deux jeunes femmes au plan d’eau du Baggersee à Illkirch-Graffenstaden, a été interpellé dimanche 27 septembre au domicile de sa petite amie, à Betschdorf.

Dans un communiqué, confirmant une information des Dernières Nouvelles d’Alsace, la police nationale du Bas-Rhin indique qu’il a été « déféré devant la justice le 28 septembre, à l’issue de sa garde à vue. »

En se rendant au plan d’eau du Baggersee mercredi 26 août, deux jeunes femmes de 18 ans, Luane et Claire, ont croisé un adolescent sur un scooter, qui les a accostées pour obtenir leur numéro de téléphone.

Le 26 août, Luane a été agressée après avoir refusé les avances d’un jeune homme. Photo : doc remis / Balance ton post

Une fracture pour une gifle

Malgré le refus des jeunes filles et une mise en garde, il a continué ses demandes. Luane a alors giflé le jeune homme qui a répliqué par trois coups de poings au visage avant de la frapper au sol. L’agresseur s’en est pris ensuite à Claire, puis s’est enfui avec un deuxième individu. Dans leur fuite, ils ont également tenté de voler le sac des victimes, selon le communiqué de la police nationale.

Suite à l’agression, Luane a été opérée d’une fracture du plancher orbital. Une blessure qui lui a occasionné quatre jours d’incapacité totale de travail (ITT). Les deux victimes ont déposé une plainte pour agression dès le lendemain.

Interpellé dans la famille de sa petite amie

L’agresseur présumé a été retrouvé grâce à son complice majeur, selon la police. Interpellé le 9 septembre, il a été placé en garde à vue puis remis en liberté. Durant son audition, il avait reconnu les faits mais nié avoir participé aux violences.

La brigade anti-criminalité de Strasbourg a arrêté le principal suspect dimanche 27 septembre à Betschdorf, où il se cachait dans la famille de sa petite amie. Pour les faits de violences ayant entraîné une ITT inférieure à huit jours et tentative de vol, le jeune homme est passible de 1 500 euros d’amende (3 000 euros en cas de récidive) et de cinq ans d’emprisonnement accompagné de 75 000 euros d’amende.

Dans le Sundgau, Velcorex proche de relocaliser la filature du lin français

Dans le Sundgau, Velcorex proche de relocaliser la filature du lin français

Depuis plusieurs années, le groupe Velcorex tente de remettre en place une filière textile française de la plantation jusqu’au dernier point de couture. Après des essais sur le chanvre et l’ortie, la filiale Emanuel Lang a installé une filature de lin dans ses locaux. Une première depuis 20 ans.

La première chose que l’on voit en entrant dans les ateliers Emanuel Lang à Hirsingue, c’est Arnaud Montebourg, ou du moins sa photo dans une coupure de presse. L’ancien ministre du Redressement productif était venu rencontrer les salariés et le repreneur de l’entreprise, Pierre Schmitt, en 2013, alors qu’ils se battaient contre la fermeture. Derrière des panneaux en plexiglas, des articles de presse rappellent que tout a failli s’arrêter il y a 7 ans.

Le chef de production Laurent Galvan passe dans des corridors de bobines colorées. Elles servent à préparer les échantillons pour les clients. À l’autre bout du bâtiment, les portes atténuent un peu le vacarme des machines à tisser et l’odeur rustique du lin s’impose. Dans un hangar qui a longtemps servi de débarras, des machines à peigner et à filer le lin, ici, en France. Du jamais vu depuis la crise du secteur des années 2000. Les machines ont beau avoir été fabriquées à Guebwiller par NSC Schlumberger, il a fallu les faire revenir de Hongrie.

Laurent Galvan avec une bobine de lin Emanuel Lang. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg

Pas de fil fin en Europe, à cause des « normes anti-pollution »

Depuis la fermeture de la dernière filature française dans les années 2000, le lin produit en France et dans les Flandres, soit 80% de la production mondiale tout de même, est expédié partout dans le monde pour être filé à moindre coût.

Le retour de ces machines à tisser est un premier pas. Si l’essai est concluant, il sera de nouveau possible de produire entièrement un vêtement en lin en France.

Pour le moment, les machines que montre Laurent Galvan peuvent produire un excellent fil pour de la toile de jean. Mais il encore trop brut pour une chemise :

« C’est un système de filature au sec qui utilise peu d’eau. Pour faire du fil plus fin, il faudrait mouiller la fibre. C’est plus coûteux en ressources, mais aussi plus polluant. Avec les normes européennes, on ne peut pas se le permettre. La plupart des fabricants se trouvent en Asie où les normes sont moins exigeantes. »

Des premiers essais avec le chanvre et l’ortie

Avant la reprise de Velcorex par Pierre Schmitt, l’entreprise, alors filiale de DMC, s’intéressait au coton bio. C’était en 2007. Depuis, le groupe a exploré de nouvelles pistes susceptibles de répondre aux attentes éthiques et environnementales des consommateurs.

Velcorex avait d’abord envisagé le chanvre et l’ortie. Les deux plantes ont pour point commun d’être cultivables en France. Mais le chanvre français sert principalement de matériau d’isolation et n’est pas idéal pour le textile. En 2018, toute la presse (y compris Rue89 Strasbourg) s’était ruée sur l’histoire du jean en ortie made in France sorti par Emanuel Lang. Le projet a finalement été mis en veille : les essais étaient concluants, mais la meilleure variété est cultivée… au Népal.

Créer une filière agricole ex nihilo ? Trop compliqué. La Chine essaie d’ailleurs de faire de la concurrence au lin français depuis des années, sans succès. D’où l’idée de faire revenir un savoir-faire oublié : la filature du lin. Emanuel Lang a conclu un partenariat avec Terre de Lin, une coopérative de producteurs normands. Pour compléter l’investissement, l’entreprise a levé 800 000 euros en financement participatif.

Pour passer du fil à la toile, il suffit de changer de salle. Les champs de lin sont à 700 kilomètres d’ici. Autant dire la porte d’à côté dans l’industrie du textile où la mondialisation est achevée.

Ces machines, produites à 50 kilomètres de là par NSC Schlumberger, avaient été délocalisées en Irlande, puis en Hongrie. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg

Un ingénieur qui a suivi les délocalisations

Pour se réapproprier ce savoir-faire, Emanuel Lang a embauché un ingénieur textile : Thierry Guth, presque 40 ans de métier. Il a installé son labo dans une pièce attenante d’environ 10 mètres carrés. Les deux machines qui mesurent la densité et la résistance du fil prennent presque toute la place.

Thierry Guth a fait ses débuts à Erstein, il a connu les fermetures et a suivi les unités délocalisées. Il a vu du pays : la Turquie, puis le Maroc où il gérait une ligne de production capable de sortir 100 tonnes de fil par mois. En Alsace, il n’a plus que de quoi en produire une dizaine. Mais ses performances ne se mesurent pas à la quantité. Son travail à Hirsingue est celui d’un chercheur :

« Au Maroc, on produisait, donc on me demandait de faire de la production pour pas cher. Pendant des années, on a délocalisé sans chercher à innover. »

Il sera bientôt secondé par une jeune ingénieure qu’il devra former au métier. Il se donne trois ans pour lui confier une filature qui tourne.

Thierry Guth, un des derniers ingénieurs textile à maîtriser le lin dans la région Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg

« En 20 ans de délocalisation, le lin n’a pas innové »

Pierre Schmitt, le P-DG de Velcorex, est habillé « maison » : chemise en tissu d’Emanuel Lang et pantalon Matières Françaises, la marque de sa fille Agathe. Comme d’autres avant lui, il espère que l’innovation permettra de sauver ce qu’il reste d’industrie textile des Vosges :

« Vous vous rendez compte qu’en vingt ans de délocalisation, il y a eu zéro innovation sur le lin ?! Et ce n’est pas un hasard. L’innovation ne peut se faire que si elle est proche de la production et du marché. »

Le modèle de la ville-usine a vécu en Alsace, Emanuel Lang aspire plutôt à redevenir une PME agile. À la vingtaine personnes employées à Hirsingue, l’entreprise espère pouvoir ajouter 10 postes à la filature. Faute de pouvoir concurrencer la Chine ou le Bangladesh, Pierre Schmitt espère proposer une alternative au coton et aux fibres dérivées du pétrole.

Pierre Schmitt, P-DG de Velcorex, face à une machine qui produit du Kelsch. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg

Au passage, il a embarqué le constructeur NSC Schlumberger dans l’aventure, qui a confié à Emanuel Lang un prototype de machine servant à préparer le lin avant son peignage. Au micro de France Culture, le P-DG du fabricant de machines estimait qu’une filature devenait compétitive à partir de 3 000 tonnes de fil par an. L’atelier filature d’Emanuel Lang en est à… 100 tonnes. Il reste du chemin mais Pierre Schmitt compte bien augmenter la cadence progressivement :

« On a pas les mêmes contraintes qu’une entreprise qui ne fait que de la filature et qui doit faire du volume pour être rentable. Le but n’est pas d’aller concurrencer les pays à bas coûts, mais d’innover pour créer une rupture avec le coton qui a été désastreux sur tous les plans. »

Des débouchés attendus pour l’habillement et les textiles « techniques »

Du coton, Pierre Schmitt en fait toujours. Velcorex peut compter sur les commandes du luxe, mais aussi du milieu de gamme et de quelques nouvelles marques comme Asphalte ou Bonne Gueule qui jouent la carte de l’éthique et de la qualité. La démarche de Pierre Schmitt est aux antipodes de celles de son ancienne maison, DMC, à qui il a racheté Velcorex en 2010.

Pierre Schmitt avec Marie-Josée, qui traque les défauts sur les tissus sortis des machines. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg

Aujourd’hui, l’entrepreneur espère trouver des débouchés pour son lin dans l’habillement et les textiles techniques. Les bureaux d’Emanuel Lang à Hirsingue ont déjà adopté la toile murale aux propriétés insonorisantes. À défaut de pouvoir concurrencer Primark et consorts, l’entreprise espère proposer un substitut aux fibres de verre ou de carbone. Sur son bureau, Pierre Schmitt pose un carré rigide. Une toile de lin figée dans de la résine :

« C’est solide, recyclable, et moins polluant à produire. Il y a un vrai potentiel avec la prochaine génération de matériaux biosourcés. »

Les tissages Emanuel Lang espèrent vendre du lin sous forme de vêtements, mais aussi de matériaux de construction. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg

Un jean en lin pour 2021

Mais le premier marché de ce lin made in France restera le bon vieux jean. Agathe Schmitt revient d’un salon à Paris, avec le prototype dont la production en série reste à finaliser. Le pantalon sera 100% français de la matière jusqu’à l’assemblage. Pour Matières Française qui sous-traite pour l’instant 90% de l’assemblage au Maroc, c’est un pas de plus vers la relocalisation.

Agathe Schmitt avec le prototype de Jean en lin. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg

Agathe Schmitt a créé « Matières Françaises » en 2016. Ce qui devait être un ballon d’essai à Colmar s’est transformé en boutique permanente complétée par un site de vente en ligne. Cette quatrième filiale complète le groupe Velcorex avec Emanuel Lang, Tissage des Chaumes et Philéa.

Matières Françaises espère sortir son premier jean 100% lin français pour 2021. Difficile d’avancer un prix. « On espère pouvoir le vendre en dessous de 150 euros », précise Agathe Schmitt. À mi-chemin entre un Levi’s et un Diesel. « Ce qui ne part pas dans le marketing va dans la qualité du tissu et de la confection », avance la gérante.

« Usines sur le fil » : une série sur l’avenir du textile en Alsace

« Usines sur le fil » : une série sur l’avenir du textile en Alsace

Entreprise menacée puis reprise par ses salariés, projet de jean en lin fabriqué dans les Vosges, utopie des vêtements en orties… Dans sa série « Usines sur le fil », Rue89 Strasbourg scrute l’industrie textile des Vosges et d’Alsace à la recherche de sa pertinence.

Rien que dans la région des Vosges, le textile a fourni plus de 30 000 emplois dans les années 70. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 2 500. Mais des ouvrières, des cadres et des ingénieurs continuent de se battre pour garder un avenir à la production de textiles dans les Vosges comme en Alsace.

Dans une série en quatre épisodes intitulées « Usines sur le fil », Rue89 Strasbourg a décidé de décrire en reportage et portraits des pistes pour maintenir une production de textile locale.

Agathe Schmitt, de Velcorex et DG de Matières Françaises à Colmar, présente le jean 100% made in France Photo : PP / Rue89 Strasbourg / cc

Tensions croissantes au squat Bugatti : un blessé par balle dans la soirée du 24 septembre

Tensions croissantes au squat Bugatti : un blessé par balle dans la soirée du 24 septembre

Un homme d’origine nigériane a été blessé par balle dans la soirée du jeudi 24 septembre. Certains habitants invoquent des tensions confessionnelles, quand le gérant du lieu dénonce la promiscuité dans ce grand squat.

« Il y a beaucoup de bagarres ici », souffle Abdou (le prénom a été changé). Comme son voisin Camara Ahmed Titiane, il a entendu un coup de feu résonner au squat Bugatti dans la soirée du jeudi 24 septembre. Un homme d’une vingtaine d’années, d’origine nigérianne, a pris une balle dans la jambe. Selon les Dernières Nouvelles d’Alsace, l’habitant de ce bâtiment de bureaux abandonné d’Eckbolsheim a pu sortir de l’hôpital.

Au début du mois d’août déjà, le squat Bugatti avait été la scène d’une bagarre impliquant une vingtaine de personnes. Certains d’entre eux étaient armés de couteaux ou de tessons de bouteille.

Tensions confessionnelles ou abandon des pouvoirs publics ?

L’origine de cette agression reste mystérieuse. Certains résidents évoquent des tensions entre Nigérians chrétiens et Tchétchènes musulmans. Deux témoins accusent Lahcen Oualhaci, le gérant du squat Bugatti, de favoriser la population musulmane du bâtiment.

Lahcen Oualhaci, référent du squat Bugatti, dans son bureau au rez-de-chaussée. Photos : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Ce dernier nie tout favoritisme. Il préfère lier les difficultés à l’alcool et à la promiscuité subie par « plus de 200 habitants ». Selon l’ancien sans-abri, le tir dans la jambe s’expliquerait par la jalousie des agresseurs. La victime occupe une caravane aux abords du squat. Le véhicule serait bien plus confortable que le rez-de-chaussée de la propriété de Lidl. « Les gens n’ont que des bâches en plastique pour séparer leurs chambres », rappelle le chef du lieu.

Une problématique de sécurité

Lahcen Oualhaci regrette aussi le manque de soutien des pouvoirs publics pour assurer la sécurité du lieu :

« Il y a des résidents qui ont un contrat bénévole de sécurité… Mais tout est allé très vite avec ce tir. Moi je serais d’accord si la mairie mettait en place une sécurité professionnelle comme à l’Hôtel de la rue. Mais ça fait un an qu’on a aucune nouvelle de la mairie d’Eckbolsheim. »

Des traces de sang sur le sol témoignent de la violence des coups lors de la bagarre du 4 août au squat Bugatti Photo : doc remis

Un agent de sécurité aurait-il pu éviter cette blessure ? Habitant du squat Bugatti, Camara Ahmed Titiane estime que oui :

« Jeudi, je suis rentré vers 17 heures et j’ai trouvé deux personnes avec ciseaux et couteaux qui agressait un Nigérian. Je les ai séparés mais ils sont revenus plus tard, l’un d’eux avec un pistolet et ils ont tiré ensuite… »

L’homme affirme s’être rendu à l’Hôtel de la rue, dans le quartier de Koenisghoffen, pour y observer la façon dont la sécurité est assurée : « Je ne peux même plus compter le nombre de bagarres qu’il y a eues au squat Bugatti, il y en a trop… »

Le lieu accueille environ 200 personnes. Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Un commandement de quitter les lieux

Par communiqué de presse, l’association D’ailleurs nous sommes d’ici a rappelé la « responsabilité de l’Eurométropole et de la préfecture » avant de dénoncer des violences issues « de la précarité, de la misère totale, malgré l’alerte donnée par différentes associations humanitaires. »

Ces anciens locaux de formation ont été acquis par le distributeur Lidl, qui a initié peu après leur occupation une procédure d’expulsion. Un jugement autorisant une éviction a été prononcé le 10 juillet par le tribunal judiciaire de Strasbourg, donnant aux squatteurs un délai de trois mois pour évacuer les lieux. Le 16 juillet, un huissier a apporté au squat un « commandement de quitter les lieux » avant le 16 octobre. 

Sénatoriales : LREM rit dans le Haut-Rhin, pleure dans le Bas-Rhin

Sénatoriales : LREM rit dans le Haut-Rhin, pleure dans le Bas-Rhin

Le parti présidentiel a créé la surprise dans le Haut-Rhin, mais a été mis en échec par la droite dans le Bas-Rhin.

C’était attendu, la droite a largement remporté les élections sénatoriales 2020 en Alsace, comme d’habitude. Elle rafle 6 des 9 sièges en jeu. Dans le Haut-Rhin, « La République en Marche » (LREM) partage les 4 sièges avec « Les Républicains » (LR), ce qui atténue sa défaite dans le Bas-Rhin.

Les nouveaux sénateurs du Bas-Rhin : Claude Kern (UDI), Elsa Schalck (LR), Jacques Fernique (EELV), André Reichardt (LR), Laurence Muller-Bronn (LR) Photo : doc remis

Dans le Bas-Rhin, les deux listes investies par « Les Républicains » se partagent à égalité 4 des 5 sièges. Arrivés en tête (31,16%), le sénateur sortant Claude Kern (UDI) et l’élue strasbourgeoise et de la Région Grand Est, Elsa Schalck (LR) côtoieront le sénateur sortant André Reichardt (LR) et la vice-présidente du conseil départemental, Laurence Muller-Bronn (LR). C’est un bon résultat (26,59%) pour cette liste aux accents plus régionalistes. André Reichardt milite ouvertement pour la sortie de Grand Est. Sénateur sortant, Guy-Dominique Kennel fait les frais de cette division. Mais les deux partis gardent la même répartition de sièges qu’en 2014 : 3 pour LR et 1 pour l’UDI.

Les écologistes au rendez-vous, la majorité hors jeu

Pour la majorité présidentielle, Antoine Herth (Agir), ancien de « Les Républicains », n’a pas réussi à sauver la mise avec 11,12% des voix. À quelques dizaines de voix près, il aurait pu récupérer le siège acquis par Laurence Muller-Bronn. Il restera député de Sélestat jusqu’en 2022.

Pour les écologistes, l’élu d’opposition à Geispolsheim, Jacques Fernique, prend l’un des sièges avec 19,78% des voix. Il reprend en quelque sorte le siège détenu par le PS jusque-là. Il pourra intégrer le groupe des écologistes au Sénat qui renait grâce à ce scrutin.

Ce résultat est logique, dans une alliance avec le Parti socialiste et le Parti communiste, après les victoires aux municipales à Strasbourg, Schiltigheim et Ostwald. C’est la première fois que les écologistes obtiennent un sénateur dans le Bas-Rhin. Et ce malgré une liste dissidente écologiste menée par l’adjointe au maire de Schilitgheim, Andrée Buchmann (3,27%).

Les journalistes n’ont pas pu assister au dépouillement au Palais universitaire, suite à une décision de la préfecture du Bas-Rhin.

Les sénateurs du Haut-Rhin : Patricia Schillinger (LREM), Ludovic Haye (Agir), Christian Klinger (LR) et Sabine Drexler (DVD).

Égalité entre LR et LREM dans le 68

Dans le Haut-Rhin, c’est une surprise puisque la droite doit partager les 4 sièges avec « La République en Marche ».

Seule sortante en lice, passée du PS à LREM, Patricia Schillinger est réélue aux côtés du maire de Rixheim, Ludovic Haye (Agir), grâce à une deuxième place (29,61%). Le choix de l’ancienne présidente du conseil départemental du Haut-Rhin semble avoir infusé sur les grands électeurs du 68. Après avoir quitté « Les Républicains », Brigitte Klinkert est entrée au gouvernement en juillet et s’affiche désormais aux cotés d’Agir, formation de centre-droit alliée de LREM et du Modem. La ministre déléguée à l’insertion a saluée « notamment » félicité ces deux colistiers. Grâce au Haut-Rhin, la majorité présidentielle passe donc d’une sénatrice à deux sénateurs en Alsace.

En tête (32,45%), la liste « Les Républicains » conduite par Christian Klinger, maire de Houssen remporte aussi deux sièges. Le président de l’association des maires du 68 remporte aussi deux sièges est un proche de l’ancien député Éric Straumann, devenu maire de Colmar (LR), lui-même proche de… Brigitte Klinkert.

Sa colistière Sabine Drexler, conseillère départementale dans la majorité de… Brigitte Klinkert, rejoint la Haute chambre à ses côtés. C’est en revanche un revers pour la liste de Christian Debève (Mouvement radical), élu de la majorité de Jean Rottner (LR) à la Région Grand Est, avec 11,42% des voix.

Avec respectivement 10,13% et 8,84%, les listes écologistes et socialistes peuvent regretter leur division. L’addition de leurs scores aurait pu permettre de prendre l’un des sièges à la liste de Patricia Schillinger (LREM).

#Claude Kern#Patricia Schillinger

50 nuances de sexisme

50 nuances de sexisme

Après les témoignages de harcèlement dans la rue et à l’université, puis l’agression d’une jeune strasbourgeoise, les violences sexistes sont devenues une préoccupation majeure. On imagine mal les intéressées se contenter d’un numéro vert.

Sénatoriales en Alsace, le grand retour des élections de droite

Sénatoriales en Alsace, le grand retour des élections de droite

Les 9 sièges des sénateurs alsaciens sont renouvelés dimanche 27 septembre. Dans cette élection indirecte se joue surtout la bataille pour le leadership à droite et permet de mesurer la cote de sympathie des partis auprès des nouveaux élus locaux.

Elle reviennent tous les 3 ans : les élections sénatoriales renouvellent par moitié les représentants des départements français au Palais du Luxembourg. À la clé, un contre-pouvoir qui permet parfois d’améliorer des lois, mais que la majorité à l’Assemblée nationale peut ignorer. Ce sont quelques mandats confortables, moins exposés, et réservés pour six ans aux poids-lourds des partis politiques français. En 2020, c’est au tour des deux départements d’Alsace de voir leurs sénateurs élus par 4 756 « grands électeurs » : des conseillers régionaux, départementaux, députés sénateurs, maires et représentants de toutes les communes d’Alsace.

Dans le Bas-Rhin, onze listes sont en concurrence pour cinq sièges. Tous les partis présentent cinq candidats, qui seront départagés à la proportionnelle. En clair, il faut faire un peu moins de 20% des voix pour obtenir un sénateur, 40% pour un deuxième, etc.

Féroce bataille à droite

Avec un gros bataillon d’élus régionaux, départementaux et des maires, la droite n’aura pas de mal à dominer l’élection. Mais dans quel ordre ? La liste UDI / LR de Claude Kern ou celle d’André Reichardt (LR), avec des conseillers départementaux et aux accents plus régionalistes ? Fait rare, « Les Républicains » ont donné une « double investiture ». En manque de grands électeurs « La République en Marche » viendra-t-elle s’immiscer dans ce combat avec un ancien LR, le député de Sélestat Antoine Herth (Agir) ? Entre les régionalistes d’Unser Land, le Rassemblement national, d’autres listes à connotation plus rurale ou centriste peuvent grapiller quelques grands électeurs cruciaux.

À gauche, la reprise du siège de Jacques Bigot (PS) est dans le viseur puisque l’ancien maire d’Illkirch-Graffenstaden ne se représente pas. Avec l’élu écologiste de Geispolsheim Jacques Fernique, Europe Écologie – Les Verts (EELV) semble bien placé grâce à l’alliance avec le Parti socialiste et le Parti communiste, suite aux victoires écolos à Strasbourg, Schiltigheim ou Ostwald. Mais des voix de Schilickois pourraient manquer avec la candidature dissidente de l’adjointe de Danielle Dambach, Andrée Buchmann. Non-concerné par l’alliance, le Parti radical de gauche (PRG) espère aussi attirer quelques voix chez des déçus de cet attelage. Pour les écologistes, le score sera aussi un test pour voir si leur discours porte jusque dans des communes plus éloignées de Strasbourg, moins politisées et où un renouvellement d’élus s’est opéré en mars, puis en juin lors des élections municipales.

Renouvellement dans le Haut-rhin

Dans le Haut-Rhin, huit listes se disputent quatre sièges. Là aussi, la répartition des places entre les listes de droite et du centre sera le principal indicateur à suivre. Les trois sénateurs sortants de droite ne se représentent pas et trois listes peuvent se réclamer de la droite alsacienne : celle de Christian Debève (Mouvement radical), conseiller régional du Grand Est, celle de Christian Klinger (LR), maire de Houssen et président de l’association des maires du Haut-Rhin, voire celle de Guillaume Sevin (DVD), avec moins de personnalités connues. Comme dans le Bas-Rhin, on retrouve des listes d’Unser Land et du Rassemblement national pour compléter l’offre politique.

Élue sénatrice sous la bannière PS en 2014, Patricia Schillinger sera-t-elle réélue avec l’étiquette de « La République en Marche » ? À gauche, une liste d’écologistes (menée par Yan Flory, porte-parole de Destocamine) et une autre de socialistes (menée par Antoine Homé, maire de Wittenheim) briguent aussi ce quatrième siège.

Les résultats devraient être disponibles dimanche en début de soirée.

Label « Capitale de la démocratie », comment les écolos se sont fait piéger

Label « Capitale de la démocratie », comment les écolos se sont fait piéger

Face aux pouvoirs établis – La nouvelle municipalité a décliné un prix autour de la démocratie, avec une ligne de défense changeante. Un événement négocié en quasi-secret par l’équipe précédente avec un institut autrichien. Pour les opposants des écologistes, l’exploitation de ce choix est une opportunité pour écorner leur image et leur rapport à l’Europe.

Qui avait besoin de qui ? Un jeune institut qui s’appuie sur Strasbourg pour lancer ses « capitales de la démocratie » ou Strasbourg qui participe à ce nouveau « label » pour asseoir sa dimension européenne ? C’est la question qui agite les milieux européens et politiques strasbourgeois depuis qu’un entrefilet dans les Dernières Nouvelles d’Alsace a révélé que la municipalité avait refusé d’accepter cette distinction.

Derrière ce prix se trouve un « think tank » autrichien fondé en 2016, The Innovation in Politics Institute avec des « partenaires » dans 15 pays : il s’agit globalement d’écoles, fondations et réseaux européens, pour certains réputés. Des cercles qui se rencontrent dans les capitales, souvent à Bruxelles, plus rarement à Strasbourg. Pour la France, les liens sont noués avec Europanova, organisme dont fait partie le marcheur dissident Cédric Villani. Avec ce nouveau prix, l’institut compte se comparer à la « Capitale européenne de la Culture » et la « Capitale verte européenne ». Sauf que ces dernières distinctions sont délivrées directement par les institutions de l’Union européenne.

Moment difficile en conseil municipal lundi sur la question européenne pour Jeanne Barseghian et ses adjoints Syamak Agha Babaei et Marc Hoffess Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

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Des protections hygiéniques gratuites parmi les quatre mesures pour aider les étudiants précaires à la rentrée

Des protections hygiéniques gratuites parmi les quatre mesures pour aider les étudiants précaires à la rentrée

Repas à un euro, abonnements Vélhop à tarif réduit, distribution de protections hygiéniques et de masques lavables : la Ville et l’Eurométropole prennent des mesures pour lutter contre la précarité étudiante.

Dans la matinée du 24 septembre, le Crous de Strasbourg, ainsi que la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont annoncé quatre mesures pour faciliter la rentrée des étudiants précaires. Au programme : des réductions pour les étudiants boursiers et des distributions de produits de première nécessité.

Pendant le confinement, chaque mercredi de 10h à 18h, plus de 400 étudiants venaient chercher un panier-repas distribué gratuitement par l’Afges au 1 quai du Maire Dietrich à Strasbourg. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg)

Repas et Vélhop à 1 euro

Depuis la réouverture des restaurants universitaires, les repas ne coûtent plus qu’un euro pour les étudiants boursiers. Une mesure nationale qui semble séduire les bénéficiaires, « à Strasbourg, la fréquentation des restaurants universitaires a augmenté d’un tiers à midi et a doublé pour les repas du soir », annonce Lina Rustom, directrice générale du Crous de Strasbourg. Elle assure que cette nouvelle tarification ne se fait pas au détriment de la qualité des repas qui sont toujours « préparés sur place, avec des produits frais ». Pour bénéficier de l’offre, les étudiants doivent obligatoirement activer leur compte de paiement Izly.

Les étudiants boursiers pourront également profiter d’un abonnement Vélhop à 10 euros pour l’année, soit 1 euro par mois (contre 4,20 euros pour un abonnement étudiant classique). Le tarif réduit n’est valable que pour l’année 2020/2021, sur une période de 10 mois et jusqu’au 15 juillet au plus tard.

Pour les étudiants non-boursiers, Vélhop a développé la possibilité de verser la caution de 150 euros par virement SEPA, caution qui ne sera pas débitée. Il sera également possible de payer l’abonnement par virement automatique chaque mois, une alternative au règlement en une seule fois au début de l’année.

Des distributions de kits menstruels et de masques

En partenariat avec le syndicat étudiant Afges, le Crous a mis en place des kits menstruels à destination des étudiantes. Les 1050 pochons comportent des serviettes hygiéniques lavables et jetables ainsi qu’une cup menstruelle en silicone médical. La distribution commencera sur les campus excentrés de Mulhouse, Illkirch, Haguenau et la Robertsau. Sur le campus central, elle se fera le 28 septembre dans le bâtiment de l’Agoaré. Tous les étudiants, boursiers ou non, pourront en profiter.

Une attention toute particulière a été portée sur les bandes lavables. Elles sont en tissu écoresponsable et confectionnées à la main par un petit atelier du Neudorf « Chez Nath et Pat« . Le design des pochons est réalisé par l’artiste strasbourgeoise Alexiane Magnin.

10 000 masques réutilisables seront également mis à disposition des étudiants en situation de précarité. La distribution se fera via les réseaux du Crous, de l’Afges et du service de santé de l’université.

La gratuité des transports toujours en projet

Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole en charge des mobilités, souligne les « enjeux solidaires » auxquels est soumise une ville étudiante comme Strasbourg, « qui se doit d’être une agglomération où tous les étudiants doivent pouvoir accéder aux services ». Il évoque la gratuité des transports en commun pour les moins de 18 ans et pour les personnes entre 18 et 25 ans sans revenus. La mesure, promesse de campagne de la maire écologiste Jeanne Barseghian, devrait être effective « dès le printemps ou la rentrée prochaine. »

La crise économique au menu du conseil de l’Eurométropole

La crise économique au menu du conseil de l’Eurométropole

La majorité de Pia Imbs doit voter et adapter les dispositifs adoptés face à la crise économique liée au coronavirus. À suivre en direct à partir de 9h.

Distanciation sociale entre les 99 élus oblige, le conseil de l’Eurométropole se réunira désormais au Palais de la Musique et des Congrès. Et ce jusqu’à décembre au moins.

Des sous face à la crise économique

Ce vendredi 25 septembre, l’assemblée des 33 communes doit voter plusieurs dispositifs d’aide économique. C’est un sujet sur lequel les écologistes et leurs alliés sont attendus au tournant par les milieux économique et l’opposition de droite se sent plus légitime. Pour le dernier vendredi avant les élections sénatoriales, l’agitation devrait donc être de mise. C’est l’ultime occasion d’envoyer des messages aux grands électeurs, des élus locaux, surtout que plusieurs listes de centre-droit sont en concurrence. L’opposition métropolitaine s’est éparpillée. On retrouve des élus « Les Républicains » dans quatre groupes, deux de la majorité et deux d’opposition (voir notre article).

La nouvelle majorité écolo-centriste de l’Eurométropole n’a pas remis en cause les mesures décidées en juin, notamment la baisse de la cotisation foncière des entreprises (CFE) d’un tiers, soit 3,6 millions d’euros de manque à gagner. Au programme ce vendredi, des exonérations de loyers similaires à celles du conseil municipal de lundi, mais aussi un million supplémentaire injecté dans les dispositifs d’aides que le Conseil départemental a pu engager dès le mois de juin. La contribution de l’Eurométropole est de 500 000 euros à destination des associations et autant pour les entreprises de moins de 50 salariés. Ces sommes visent à indemniser les associations en cas d’annulations d’événements ou au contraire de surcroît d’activité. Pour les entreprises, elles couvrent 30% des frais de travaux d’adaptation de locaux.

Distanciation sociale oblige, les conseils de l’Eurométropole auront lieu au Palais de la Musique et des Congrès Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Office de tourisme et Europe

Les différentes décisions d’ordre économique concernent également la subvention annuelle de l’office de tourisme. En janvier, seule la moitié de la somme était versée, laissant le soin à la future équipe d’entamer des réformes de gouvernance et stratégiques. Le confinement et le report des élections a repoussé ces objectifs. Ainsi, le reste de la subvention de 1,36 millions d’euros sera versé pour boucler l’année. De quoi calmer le jeu avant l’assemblée générale de l’office de tourisme prévue le 2 octobre, où il faudra désigner un nouveau président. Il s’agit du principal instrument pour gérer la politique touristique locale (3,31 millions d’euros de budget) à Strasbourg, mais les différents audits récents ont indiqué qu’il ne fallait pas que les élus en charge du tourisme en prennent la présidence rémunérée, au risque de créer une gestion de fait, voire des prises illégales d’intérêt. L’occasion pour l’opposition d’interroger la présidente Pia Imbs (sans étiquette) sur sa vision des choses.

En fin de conseil, la question européenne revient avec une énième motion de soutien aux sessions du Parlement européen à Strasbourg, comme à la Région, la Ville ou le Département. Jusqu’à ce mandat une « union sacrée » de façade existait sur la défense de la « vocation européenne de Strasbourg », en dépit des rivalités politiques en coulisses. Mais l’opposition strasbourgeoise a frontalement médiatisé et attaqué le refus de la maire Jeanne Barseghian (EELV) d’un nouveau prix proposé par un jeune institut privé autrichien. Le think-tank « The innovation in politics institute » aurait fait de Strasbourg sa première « capitale européenne de la démocratie » pour 2021. Contactée par Rue89 Strasbourg, la structure a indiqué que le prix n’était pas assorti d’un chèque de 10 millions d’euros, ce qui était une des critiques strasbourgeoise. La polémique se répétera-t-elle à l’assemblée des 33 communes ?

Contre l’oubli des concerts, la Laiterie entre en résistance

Contre l’oubli des concerts, la Laiterie entre en résistance

Malgré la Covid-19, la Laiterie continue de programmer des concerts. Après six mois passés à reporter ou annuler des dates, il est devenu vital pour l’équipe de retrouver un public, même à fonds perdus.

Depuis six mois, la Laiterie annule, reporte, rembourse. L’équipe des programmateurs, mue par un optimisme qui force le respect, reprogramme tout : à l’automne ça ira mieux, en hiver peut-être ? C’est sûr, au printemps on y verra plus clair.

Sauf que le coronavirus est toujours là et que les mesures sanitaires empêchent la réouverture des salles de concerts et des boites de nuit. Étonnamment, les salles de spectacles peuvent ouvrir, à condition de respecter quelques règles de distanciation.

Pour la Laiterie, il est vite devenu clair que si la salle ne voulait pas disparaître dans les limbes du coronavirus, elle devait se transformer en salle de spectacles. Cette semaine, des rangées de chaises ont fait leur apparition, en lieu et place de la fosse et des gradins.

Des sièges à la Laiterie… une hérésie ou un mal nécessaire. Photo : Laurent Fulcheri / doc remis

Évidemment, plus question d’accueillir 870 personnes les jours de grande date. Cette configuration permet l’installation d’environ 150 personnes, à bonne distance les unes des autres. Directeur artistique de la Laiterie, Thierry Danet préfère se concentrer sur les aspects positifs :

« Il est devenu évident après six mois qu’on touchait désormais à l’essence même de notre métier. Notre raison d’être, c’est de programmer des concerts. Si on ne le fait plus, on ne sert plus à rien et si nous disparaissons, tout s’écroule avec nous : musiciens, techniciens, prestataires… C’est pourquoi nous maintenons “une” programmation, nous proposerons des concerts quoi qu’il advienne. »

Thierry Danet ne pouvait pas voir les portes de la Laiterie fermées encore longtemps… Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Sur 60 concerts programmés entre mars et septembre, 50 ont été reportés, certains plusieurs fois. Une dizaine de concerts, souvent des artistes américains, n’ont pu qu’être annulés. Thierry Danet décrit une ambiance crépusculaire dans l’équipe de la Laiterie :

« Faut voir qu’on est baladés de semaine en semaine, les mesures sanitaires changent constamment et bien souvent, on n’a aucune réponse claire sur ce qu’il est possible de faire ou pas. On n’a pas toujours de réponse à donner aux artistes, qui attendent parfois jusqu’au dernier moment pour accepter une annulation ou un report. En outre, reporter une date génère beaucoup de travail… Au final, on bosse comme des malades et il ne se passe rien. On ne pouvait plus continuer comme ça. »

Une année à moitié

La Laiterie est financée à 75% par ses recettes et à 25% par les subventions de la Ville et de l’État. Aucun des 13 salariés d’Artefacts n’a été licencié mais tous les techniciens, l’accueil et le bar ont été placés en chômage partiel. Thierry Danet s’attend à des recettes en 2020 correspondant à la moitié de celles d’une année normale (3,1 million d’euros en 2019).

« Évidemment, à 150 personnes en salle, l’économie des concerts est intenable. Le coût d’exploitation ramené à chaque date explose. Mais tant pis, on rediscute les cachets et on fera les comptes après. Plusieurs artistes, après un temps d’hésitation, acceptent ces conditions et proposent un spectacle adapté. Certains, comme Chapelier Fou, acceptent de jouer deux concerts à la suite… »

Par cette programmation à bout de bras, la Laiterie contribue à maintenir des tournées en France ou en Europe, et un semblant d’activité dans toute la chaîne économique des concerts. Thierry Danet est particulièrement heureux d’avoir pu redémarrer la plate-forme de soutien dont bénéficient une cinquantaine de groupes locaux :

« On fait de la musique quand même, c’est un milieu délicat. Si tout s’arrête pendant six mois ou plus, des compétences se perdent, des groupes disparaissent… Les dégâts peuvent être beaucoup plus importants que la perte financière de quelques dates annulées. »

La Laiterie maintient également ses résidences et ses projets de créations, dont un avec Rodolphe Burger.

Contre les rats « répondons de manière urgente à la détresse de nombreux Strasbourgeois »

Contre les rats « répondons de manière urgente à la détresse de nombreux Strasbourgeois »

Suite à la création d’une mission d’information sur les rats en ville par la municipalité, Yazid Knibiehly, habitant du Neuhof, plaide pour des éradications d’urgence, avant les plans de long terme.

Lors du conseil municipal du 21 septembre, il a été annoncé la création d’une mission d’information sur « la gestion du rat en ville et des animaux liminaires dans l’habitat ». 

Plus que de s’interroger sur cette situation, dénonçons-là fortement ! Pour régler un problème, il faut savoir le nommer. Alors, appelons un chat un chat, une souris une souris et un rat… un nuisible.

La majorité municipale souhaite que cette mission d’information puisse travailler à trouver des solutions pour « cohabiter » sereinement avec les nuisibles et, plus particulièrement, les rats. Oui, le terme de cohabitation a bien été utilisé par une élue de la majorité au cours des débats. Terme mal à propos quand on a connaissance de la situation de certains de nos concitoyens.

Transmetteurs de maladie

Quand la santé publique est en jeu, prenons des mesures à la hauteur de la réalité et pas d’une idéologie antispéciste ou autre. En effet, je doute très sincèrement que pour les habitants de nos quartiers, envahis par les nuisibles, et qui doivent parfois se séparer de leurs biens dégradés, le terme de cohabitation soit acceptable.

Habitant un de ces quartiers, je n’accepte pas cette cohabitation. Je doute, que Madame la Maire ait pris la mesure de la crise sanitaire et environnementale que nous vivons quant à l’insalubrité de certains lieux de notre ville.

N’oublions pas que ces animaux nuisibles sont vecteurs et transmetteurs de maladies et infections comme la salmonellose, la leptospirose, la fièvre d’Haverhill ou encore la teigne. Alors quelles réponses, quelles mesures concrètes pouvons-nous espérer ? Aucune, si l’on s’en réfère au conseil municipal de lundi soir.

Un plan de propreté et hygiène

Pourtant des réponses, il en existe. Elles sont parfois simples. Il serait plus que souhaitable, qu’en parallèle de la mission d’information qu’imagine madame la Maire, nous mettions en place, le déploiement d’un plan « Action propreté et hygiène » pour répondre de manière urgente à la détresse de nombreux Strasbourgeois.

Par exemple, il est temps de mettre en place des locaux poubelles adaptés pour lutter contre la prolifération des rats dans la ville. Adaptés veut dire suffisamment grands et fermés pour contenir tous les déchets déposés entre chaque ramassage, s’assurer de leur propreté et entretien. Un lien permanent serait aussi possible entre les concierges des offices HLM et les services de la Ville pour qu’en cas de débordement des poubelles, des ramassages plus fréquents, voire immédiats, soient organisés. On remarquera alors qu’un rat qui n’est pas nourri n’a plus de raisons de cohabiter avec la population.

En complément, des campagnes d’éradication des nuisibles doivent aussi être mises en place partout où cela est nécessaire. Si l’éradication choque les écologistes, je leur suggère que nous organisions à la place des campagnes de capture et qu’ils adoptent chacun les rats ainsi sauvés de l’éradication ! Nous verrons bien s’ils sont heureux  (ou pas) de leurs nouveaux colocataires.

Au niveau légal, lors de la signature de contrats d’entretien des HLM par des entreprises privées, pourquoi ne pas exiger des clauses d’interventions d’urgence ? Nous éviterions ainsi que les locataires ne se retrouvent trop longtemps envahis par les rats, les punaises de lits ou autres nuisibles que nous ne pouvons bien évidemment pas considérer comme des animaux de compagnie.

Objectif sous 2 ans

Pour que ce plan d’urgence puisse fonctionner, il devrait être ambitieux et se dérouler sur 2 ans, en plusieurs phases, quartier par quartier. Car en agissant uniquement au cas par cas, sans une organisation globale, il sera impossible d’éradiquer totalement et efficacement les nuisibles.

Cette « Action propreté et hygiène » devrait être la tâche de la mission d’information proposée par Jeanne Barseghian. J’espère, comme beaucoup de Strasbourgeois, que ce véritable danger sanitaire soit pris au sérieux par l’exécutif de la ville et que les écologistes arrêtent de nous proposer une colocation malsaine pour seule réponse !

Des solutions existent, appliquons-les. Simplement et sans propos liminaires, c’est comme ça que l’on doit traiter les animaux nuisibles. Si la mission d’information se contente de leur demander leur avis, il est certain que les rats constitueront une nuisance durable.

Yazid Knibiehly, habitant du Neuhof
Ancien colistier de Jean-Philippe Vetter (LR) aux élections municipales