Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Régionales : Les écologistes trouvent leur tête de liste, Éliane Romani

Régionales : Les écologistes trouvent leur tête de liste, Éliane Romani

Absents de l’hémicycle régional pendant cinq ans, les écologistes misent sur une ancienne élue de Thionville pour prendre les commandes du Grand Est.

Europe Écologie Les Verts (EELV) tient sa tête de liste pour les élections régionales de mars dans le Grand Est. Il s’agit d’Éliane Romani, une ancienne adjointe au maire de Thionville entre 2008 et 2014, après un mandat dans l’opposition. Agée de 63 ans, cette orthophoniste libérale s’est engagée dans le parti vert en 2001. Alors qu’en 2015 la liste écolo n’avait pas fusionné pour contrer le Front national au deuxième tour, EELV n’a pas d’élus et élues sortants à présenter à ce scrutin.

Pas de grands accords à gauche

Europe Écologie Les Verts a débuté sa pré-campagne en réunissant les petites formations de la galaxie écologistes. D’autres micro-partis pourraient s’ajouter à l’équipe, comme les régionalistes d’Alternative Alsacienne. Mais sauf surprise, il ne devrait pas y avoir de grand accord d’appareils avec le Parti socialiste ou la France insoumise au premier tour. Sinon les écologistes n’auraient pas déjà annoncé leur tête de liste.

« Les écologistes alsaciens se félicitent par ailleurs de ce choix car la Moselle présente certains enjeux comparables à ceux de l’Alsace (transfrontalier, poids démographique, identité régionale, état de la forêt…) et des problématiques parfois accentuées (désindustrialisation) », ont fait savoir les porte-paroles du parti en Alsace, le mulhousien Loïc Minery et la strasbourgeoise Aurélie Kosman dans un communiqué. Le parti devra aussi désigner dix têtes de listes départementales. Le programme est prévu pour la fin de l’année.

Eliane Romani
Éliane Romani, tête de liste des écologistes aux élections régionales Photo : doc remis

Incertitude sur la date du scrutin

Le scrutin est prévu pendant les 14 et 21 mars 2021, en même temps que les élections départementales, mais le décret n’est pas paru. En raison de la crise sanitaire, certains élus et partis se demandent s’il ne faudrait pas reporter et dissocier les deux scrutins. Ils estiment que c’est le moyen, pour pouvoir mener une campagne démocratique dans de meilleures conditions. C’est notamment la position du président du Bas-Rhin, Frédéric Bierry (LR), dont le département va devenir la Collectivité européenne d’Alsace

Europe Écologie Les Verts est le premier parti à annoncer officiellement sa tête de liste pour les régionales dans le Grand Est. Les écologistes ont néanmoins déjà désigné le président sortant Jean Rottner (LR) comme leur principal adversaire et son « projet de « start-up région » ».

Supermarché à l’Elsau : « Pas avant 2023 », selon Hülliya Turan, référente du quartier

Supermarché à l’Elsau : « Pas avant 2023 », selon Hülliya Turan, référente du quartier

Hülliya Turan a été désignée référente de l’Elsau en juillet 2020. Quelques mois après sa prise de fonction, l’adjointe au maire décrit les priorités de son mandat pour le quartier, entre supermarché, distributeur automatique et rénovation urbaine.

Rue89 Strasbourg : En juillet 2020, vous avez été nommée référente pour le quartier de l’Elsau. Quelles sont les attentes et les priorités de la population du quartier ?

Hülliya Turan : En tant que référente pour le quartier de l’Elsau, j’ai pu confirmer mes constats de longue date puisque je suis moi-même issue du quartier où j’ai vécu de 1983 à 1998. C’est un quartier délaissé par les politiques publiques. Je n’ai pas peur des mots. Ce quartier n’a pas été investi, ni en terme d’investissements publics, ni en terme d’infrastructures. Les habitants le vivent et l’affirment, de même que les partenaires associatifs : « On a été les oubliés de Strasbourg ».

Hülliya Turan, adjointe à la maire de Strasbourg en charge de l’éducation et de l’enfance, élue référente pour le quartier de l’Elsau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Lors du dernier mandat, il y a eu ces choix de rénovation urbaine qui vont avoir un impact positif sur le quartier. La question qui va se poser est “comment va-t-on accompagner les habitants dans ce changement ?“. Mon choix aujourd’hui est de dire : oui, il y a besoin d’investissements publics et l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) investit une somme conséquente pour le territoire elsauvien. Mais il faut y réfléchir pour faire en sorte que ce ne soit pas que de l’investissement dans du matériel, il faut que le projet réponde également aux besoins des habitants.

Quelles sont les priorités de court terme de la politique municipale pour l’Elsau ?

Pour l’Elsau c’est simple : il y a une priorité au niveau du commerce de proximité et des lieux de rencontre pour les habitants. Regardez, on fait cet interview dans un centre socioculturel parce qu’il n’y a aucun endroit où on peut se poser pour boire un thé ou un café.

Aujourd’hui, la question c’est comment faire pour qu’il y ait un projet viable et durable sur le quartier en terme de commerce de proximité. C’est une de nos priorités. On a enfin signé un permis de construire fin septembre 2020. Il contient à la fois des espaces pour des commerces mais aussi des logements. Une partie des habitations sera en accession à la propriété et l’autre en location.

Permis de construire sur le terrain de l’ancien supermarché Leclerc dans le quartier de l’Elsau Photo : Document remis

Le permis de construire donne-t-il une idée des enseignes qui s’installerait dans le complexe ?

Le maître d’ouvrage du projet de centre commercial est le promoteur MARIGNAN. Le projet est composé de 2 lots comprenant 100 logements et 1250 m² de surface commerciale au total. Le lot 1 prévoit 45 logements locatif intermédiaire et 1000 m² de surface commerciales en rez-de-chaussée du nouveau bâtiment. Le lot 2 prévoit 55 logements en accession sociale sécurisée et libre et 250 m² de surface d’activité.

Les négociations avec les enseignes alimentaires sont en cours. La surface n’est pas encore définitivement arrêtée entre 500 et 600 m² a priori. Le reste de la programmation commerciale n’est pas arrêtée.

L’honnêteté sur le supermarché c’est dire quoi aujourd’hui ?

C’est de dire qu’on va donner tous les moyens pour qu’il y en ait un. Et si aucune enseigne ne veut s’installer à l’Elsau, parce qu’économiquement c’est pas rentable, qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on laisse les habitants ? Bien sûr que non. Donc pourquoi ne pas réfléchir à des alternatives ? Si aucune enseigne ne veut s’installer, on verra comment faire pour que la ville mette un hall municipal ou une épicerie sociale, quelque chose qui puisse répondre aux besoins des habitants. Dans tous les cas, les projets de commerce de proximité ne sortiront pas de terre avant 3 ans, grosso modo.

Quelles sont les autres priorités ?

L’autre urgence, c’est un guichet automatique. Ici il n’y a plus de banque depuis plus d’une dizaine d’années. Mettre en place une banque me paraît compliqué à l’heure actuelle. Mais un guichet automatique, ce sera une de mes priorités. Dans le cadre du permis de construire à l’entrée du quartier, cette dimension sera également prise en compte. J’ai fait le lien avec la Poste puisqu’on en a encore une sur le quartier. Il y a des pourparlers à avoir avec les structures existantes pour développer leur offre.

Dans le cadre de la rénovation urbaine, on souhaite redessiner le quartier à une échelle qui soit la plus agréable possible en s’appuyant sur l’existant. L’Elsau c’est quand même un quartier à proximité de prairies et d’espaces agricoles ou naturels très riches. Il y a donc un patrimoine à utiliser comme un levier pour faire de l’Elsau un quartier attractif ou plutôt attrayant au-delà même des habitants du quartier.

Que compte faire la Ville de Strasbourg face à la problématique du trafic de drogues ?

Ce problème ne relève pas des compétences de la Ville. Mais je pense qu’au niveau municipal, on peut mener des actions auprès de la jeunesse pour leur donner des perspectives d’avenir.

De quelles actions parlez-vous concrètement ?

Je pense que le fait de redessiner un peu le quartier, de mettre du commerce et de l’activité, ça peut donner de l’espoir aux jeunes. Ensuite je pense qu’il y a différents acteurs, comme les écoles, avec lesquels des projets pédagogiques pourraient êtres développés. Les enfants sont souvent friands de tout ce qui tourne autour de la terre. Cette idée de ferme urbaine par exemple pourrait donner des perspectives d’emploi. La possibilité d’avoir des services publics sur place, de qualité… Voilà c’est toute une série de pistes qui redonnent de l’espoir.

Est-ce que la Ville de Strasbourg est capable de dire aujourd’hui aux habitants de l’Elsau, « ceux qui souhaitent rester dans le quartier pourront rester » ?

Le projet de renouvellement urbain conventionné avec l’ANRU prévoit la démolition de 412 logements sur l’ensemble du quartier de l’Elsau, échelonnées entre 2021 et 2026. 

A ce jour, 2 immeubles sont en cours de relogements par OPHEA : le 40 Grünewald et le 8 Weiss. Ces deux immeubles représentent 79 relogements dont 4 logements attribués à des associations. 18 familles sur 75 ont fait part de leur volonté de rester à l’Elsau. 30 % des 75 familles résidantes à ces deux adresses ont d’ores et déjà accepté l’offre faite par le bailleur.

Pour le reste des adresses nous n’avons pas encore la connaissance précise des demandes car les diagnostics sociaux n’ont pas encore été réalisés. Les enquêtes sociales pour connaître les attentes des ménages se feront au fur et à mesure des démolitions. 

Visiblement, la part de ceux qui souhaitent rester n’est pas majoritaire. Même face à cette partie minoritaire, on ne va pas pouvoir reloger tout le monde à l’Elsau.

Est-ce qu’on a une idée par rapport à cette rénovation urbaine, d’une date et d’une première action ?

Le projet de renouvellement urbain comporte 2 secteurs opérationnels. Les travaux (hors démolitions) seront menés dans le calendrier suivant :  

Secteur 1 – L’entrée de quartier dont les travaux se dérouleront de 2021 à 2026

Secteur 2 – Le secteur Schongauer dont les travaux se dérouleront de 2024 à 2030

Les premières opérations dont les travaux sont prévues portent sur l’entrée de quartier : projet MARIGNAN (début des travaux en 2021), projet de salle de Boxe (début des travaux en 2022) et réaménagement des espaces publics (début des travaux 2023).

La deuxième étape, ce sera l’installation de la maison des services publics, à côté du centre socioculturel. Mais sur cette deuxième étape, c’est encore en débat, on n’a pas totalement arrêté les choses même si on sait qu’il y aura la mairie de quartier, la direction du territoire, la médiathèque, la poste si on arrive à les faire venir, une antenne de la Caisse des allocations familiales (Caf) et une antenne de la sécurité sociale.

Rue89 Strasbourg a parlé des projets de la FACCC ou des nouvelles enseignes qui ont ouvert rue Wateau entre le Calcio et les Beaux garçons. Est-ce que vous pouvez dire ce que la ville fait pour soutenir ce genre de démarches qui viennent dynamiser le territoire ?

Il y a un soutien à l’égard de ce type de structures, c’est un soutien financier, technique ou en termes de partenariats.

Rue89 Strasbourg a aussi rapporté qu’il arrivait que les fidèles elsauviens du lieu de culte de l’AJPE soient obligés de prier dehors. Est-ce qu’à ce niveau là ça avance ?

A ce jour, il n’y a pas de local alternatif identifié. 

Rue89 Strasbourg a publié un témoignage de jeunes amateurs de rodéo urbain. Ils aimeraient avoir un espace dans lequel ils pourraient pratiquer à l’Elsau. Est-ce que ce serait possible selon vous ?

Pour le moment, ce n’est pas un projet qui a été repéré comme un projet avec une forte demande. Si c’est un projet qui est monté par un groupe de jeunes avec toute une réflexion autour pourquoi pas.

Après, sur la question des rodéos urbains, je me pose les questions : pourquoi à un moment donné ces jeunes-là ont ce besoin ? Pourquoi ils l’expriment de cette manière ? Comment faire pour leur proposer d’autres activités ? Donc est-ce qu’il faut se dire « ils s’organisent donc on va les accompagner » ou est-ce que finalement il n’y a pas des alternatives qui pourraient leur permettre de développer d’autres activités ? J’étais au club de boxe de la rue Martin Schongauer hier. Il y avait une soixantaine de personnes. Voilà, comment les jeunes peuvent se défouler sans forcément se mettre danger.

Pour un espace ouvert au rodéo urbain, je ne dis pas oui ou non. Je dis juste que ça mérite plus de réflexion, pour voir si c’est vraiment une aspiration, s’il y a une volonté d’être dans des championnats… L’Elsau est aussi un quartier où il y a eu beaucoup de champions, que ce soit dans la boxe, le foot, le street workout… Il y a aussi des labels, des groupes de musique et rap. C’est presque une école d’excellence dans ces domaines. Donc si dans le domaine de la moto cross, il y a un projet, je dis pourquoi pas.

#rodéos urbains

Géopolitique du PQ

Géopolitique du PQ

Suite aux annonces de restriction de la circulation à la frontière, les Strasbourgeois se sont rués dans les supermarchés de Kehl pour faire leurs stocks de biens de première nécessité. Finalement, les régions du Grand Est, de la Sarre et du Bade Wurtemberg ont négocié une libre circulation pour les séjours de moins de 24 heures, afin de permettre aux frontaliers de continuer de faire leurs courses.

Un rassemblement en hommage à Samuel Paty dimanche

Un rassemblement en hommage à Samuel Paty dimanche

En hommage à Samuel Paty, l’enseignant sauvagement assassiné à Conflans-Sainte-Honorine vendredi, un rassemblement est organisé à Strasbourg, dimanche après-midi.

Suite au meurtre de Samuel Paty, enseignant d’histoire au collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) vendredi, par un terroriste islamiste, un appel a été diffusé par plusieurs personnalités en hommage à l’enseignant et en réaction face à la barbarie de cet acte :

« Nous, citoyens, représentants du monde associatif et élus, nous nous associons à l’appel national au rassemblement lancé suite à l’attentat islamiste dont a été victime Samuel Paty.

Dans le respect scrupuleux des gestes barrières, nous donnons rendez-vous ce dimanche 18 octobre à 15h place Kléber à tous les Strasbourgeois qui souhaitent affirmer leur attachement aux valeurs de la République, leur soutien aux enseignants et à la liberté d’expression.

Le rassemblement de toutes celles et ceux qui souhaitent se tenir debout face à la terreur. »

Photo non datée et non sourcée utilisée pour représenter Samuel Paty.

Un collectif d’enseignants, parents d’élèves et de syndicats de l’Éducation nationale (CGT Education, FSU, Sgen-Cfdt, Snudi FO, Sud éducation, Unsa éducation et FCPE) a également appelé à un rassemblement en hommage à Samuel Paty et pour « défendre l’école publique et laïque » :

« Nos organisations demandent que tout le soutien nécessaire soit apporté aux personnels et au service public d’éducation, que chacun s’abstienne de toute instrumentalisation politique et refuseront toute stigmatisation des Musulmans. Elles ne lâcheront rien sur la nécessité d’apporter partout, pour tous, l’instruction, la raison, la réflexion et tout ce qui permet de construire l’autonomie de jugement. »

Les deux appels avaient choisi des places différentes pour leurs rassemblements, ils ont finalement joints leurs appels place Kléber.

Le Bas-Rhin étant toujours en « zone d’alerte » à propos du coronavirus, les rassemblements de plus de 10 personnes sont normalement interdits dans l’espace public, sauf dérogation. Compte-tenu du délai trop court entre la déclaration et la manifestation, la préfecture du Bas-Rhin n’a pas pu accorder de dérogation formelle. En revanche, la manifestation n’est pas interdite.

Un décès au squat Bugatti

Un décès au squat Bugatti

Un jeune homme d’origine marocaine a été retrouvé mort ce samedi matin au squat Bugatti d’Eckbolsheim. Venu s’y abriter après avoir été agressé à la gare de Strasbourg, il était inconnu du squat.

Les gendarmes et les pompiers étaient de nouveau déployés ce samedi matin au squat Bugatti, cet ensemble d’anciens bureaux de la zone commerciale d’Eckbolsheim occupé par quelque 200 personnes depuis un peu plus d’un an. Cette fois, les gendarmes n’ont pas été appelé pour une bagarre, ni pour un coup de feu mais… pour constater le décès d’un occupant.

Cet ensemble de bureaux a été converti en squat après plusieurs années d’inoccupation Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Karim (prénom d’emprunt) était un jeune marocain d’une vingtaine d’années. Inconnu du squat, il s’y était réfugié vendredi soir après avoir été agressé près de la gare de Strasbourg, selon des éléments recueillis par Lahcen Oualhaci, le référent du squat :

« Il n’était pas dans mes listes. Il est arrivé vendredi soir, forcément après 22 heures parce que je suis parti à cette heure là. Après son agression, il est allé se faire soigner aux urgences. En arrivant ce matin, je l’ai regardé couché et je me suis dit qu’il dormait encore et que je le verrai plus tard… Puis on est venu me chercher pour me dire qu’il ne se réveillait pas… On a alors appelé les pompiers et les gendarmes. »

Procédure d’expulsion en cours

Selon des premières constatations, le décès aurait eu lieu en pleine nuit. Le corps de Karim était marqué de coups mais il n’y avait pas de sang ni de plaies, suite à son passage aux urgences. En milieu d’après-midi samedi, les gendarmes étaient toujours sur place afin de procéder à des constatations et des auditions.

Propriété de Lidl, le squat Bugatti a été ouvert le 22 septembre 2019 pour abriter des personnes isolées et sans solution de logement à Strasbourg. Il a immédiatement atteint sa capacité maximale d’environ 250 personnes, dont des familles avec de jeunes enfants. Depuis le 16 octobre, l’endroit est sous la menace d’une procédure d’expulsion effective.

Marché de Noël : les fermes exigences sécuritaires de la préfète

Marché de Noël : les fermes exigences sécuritaires de la préfète

Les mesures de sécurité publique et sanitaires prises par la municipalité pour maintenir le Marché de Noël n’ont pas convaincu la préfète du Bas-Rhin début octobre. Les discussions continuent…

Le couple « maire – préfet » est décidément un art délicat. Pour organiser le Marché de Noël, Ville de Strasbourg et préfecture du Bas-Rhin doivent trouver chaque année une manière de collaborer dans une sorte de jeu administratif où les compétences sont en théorie séparées mais en réalité, pas tant que ça.

Ainsi, l’organisation générale de cette manifestation qui attirerait jusqu’à deux millions de touristes est de la responsabilité de la Ville. Mais la sécurité, c’est le domaine de la préfecture. Et cette année, il faut rajouter les mesures sanitaires, qui sont aussi du ressort de la préfecture.

Dans un courrier daté du 6 octobre à la maire de Strasbourg, transmis à Rue89 Strasbourg, la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier fait part de sa fermeté quant aux mesures sanitaires et de sécurité publique qu’elle entend maintenir sur le Marché de Noël et de son agacement face aux décisions de la municipalité.

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Le Molodoï prend des airs de cabaret pour le retour des concerts Pelpass

Le Molodoï prend des airs de cabaret pour le retour des concerts Pelpass

Du 18 octobre au 13 novembre, l’association Pelpass organise six concerts, assis à table, au Molodoï. Au programme : une douzaine d’artistes folk, hip hop, indie pop ou de chanson.

Qu’il paraît loin le temps où la joyeuse bande de Pelpass ambiançait les nuits strasbourgeoises à coups de festivals… En dehors d’une soirée cet été à la Grenze le 28 août, l’association est absente de la scène locale depuis le dernier Fanfar’o’doï, qui s’est tenu du 6 au 9 février. La 8e édition d’Ind’hip’hop est passée à la trappe, tout comme le très éclectique et prometteur Pelpass Festival 2020.

Huit mois sans musique, c’est trop ! L’association a décidé d’organiser, du 18 octobre au 13 novembre au Molodoï, une série de six concerts assis à table et « covid-friendly ». Jérémie Fallecker, directeur et programmateur précise le dispositif :

« Pour que la préfecture accepte la tenue d’un spectacle, il y a deux possibilités : soit tu installes des rangées de chaises avec un siège vide entre chaque groupe, soit tu invites les gens à réserver des tables avec leurs amis. Comme ça, il n’y a pas de problèmes de distanciation et tu enlèves ton masque quand tu veux boire un coup. C’est l’option qu’on a retenue. »

La capacité du Molodoï est fortement réduite. La salle accueillera entre 80 et 120 spectateurs, contre 750 en configuration normale. Une reprise minimale pour la salle de concerts du quartier Laiterie et pour Pelpass, qui a adapté sa programmation. « La folk, la pop se prêtent mieux à des concerts assis que des shows un peu plus nerveux », relève Jérémie Fallecker. « Quoique, se reprend-t-il, même sur une chaise, on peut très bien bouger la tête, remuer son corps et taper du pied. »

L’appel de la tournée, plus fort que la pandémie

Pelpass a fait appel à des artistes français et internationaux qui tentent de tourner malgré l’épidémie. Ils seront épaulés, en première partie, par des musiciens et groupes issus de la scène alsacienne.

Premier à ouvrir la série, dimanche 18 octobre, Matt Elliott sortira sa guitare folk pour transporter le public du Molo dans son univers brumeux et mélancolique. Subtilement soutenue par quelques notes de piano et accords de violon et de violoncelle, la musique du Britannique à la voix rauque est une douceur à savourer sans modération. La première partie sera assurée par le poète anglo-franco-écossais Ross Heselton, qui a signé chez le micro-label strasbourgeois Soleils Bleus.

Mardi 20 octobre, ce sera au tour de Lombre de combler les mélomanes en manque de bonnes ondes. Le Toulousain déroule ses textes comme on part en guerre contre ses propres démons. Il s’inscrit ainsi dans la lignée d’artistes comme Fauve ou Gaël Faye et livre un slam poignant et intimiste, ponctué de sonorités urbaines percutantes. Ce concert sera précédé par le duo Céaile & Wesh Taum, fusion surprenante de deux univers se retrouvant sur une parcelle entre ciel et terre.

Lombre sera sur la scène du Molodoï, mardi 20 octobre (YouTube)

Deux soirs d’electro drum et de pop indé

Troisième artiste à se produire sur scène, jeudi 29 octobre : Samuel Klein qui jouera en solo. Batteur du groupe d’electro swing Lyre le Temps, glaneur de voix et de sons du quotidien, le Strasbourgeois compose des formes hybrides et immersives alliant électronique, transe onirique et musiques répétitives. Il partagera la scène avec Mihaï, héritier d’une électro vrombissante qui associe rythmes joués en live et modulations électroniques générées par des synthétiseurs.

Le lendemain, vendredi 30 octobre, Thomas Médard, connu sous l’alias The Feather, plongera les spectateurs dans une indie pop rêveuse et planante. Un véritable défi pour le musiciens belge lorsque l’on sait qu’il a troqué sa guitare folk contre un piano et des claviers il y a peu. Une soirée lancée sur les chapeaux de roue par le show de Labaz, qui allie dans ses compositions rythmes arabes, psychédélisme turc et hip hop des Balkans, ainsi que par une session vinyles 100 % découverte assurée par DJeress.

Folk et flow

Pour les deux derniers concerts, l’équipe de Pelpass a concocté un programme aux petits oignons, avec jeudi 12 novembre, Black Dead Sea Dahu. En 2018, pour son premier album White Creatures, le talentueux groupe suisse-allemand crachait au monde son indie folk ensorcelante et signait ainsi le début d’une belle aventure. Un album porté par la subtile plume de Janine Cathrein, qui nous emmène en voyage au son de sa voix profonde et envoûtante. Le début de soirée est, lui, confié à Flo Chmod, ancien punk passé au folk, qui retranscrit dans ses compositions ses ressentis, idéaux politiques et déceptions.

Flo the Kid, vendredi 13 novembre, un hip hop distillé dans la langue de Shakespeare, qui n’a rien à envier à ses cousins US. Un flow naturel et rafraîchissant alimenté par deux séjours à Boston et dans le Mississippi. En première partie, le rappeur mulhousien SMR aura la lourde tâche de chauffer le Molodoï. Membre de Sphère Primaire, il a sorti cette année un nouveau projet : Jeu d’enfants.

Le « Refuge des oublié.es » veut s’ancrer au port

Le « Refuge des oublié.es » veut s’ancrer au port

Sous la menace d’une expulsion en décembre, les occupants d’une bâtisse du Port du Rhin tentent de convaincre les autorités de viabiliser ce lieu pour les sans-abris et leurs chiens.

Au bord du canal de la Marne au Rhin, la maison du 45 quai Jacoutot prend les rayons du soleil. Dans la cour, un camion du Secours populaire est en cours de déchargement. Ce mercredi d’octobre, l’ambiance est sereine au « Refuge des oublié.es ». Les seize habitants et les dix chiens de cette bâtisse abandonnée du Port autonome de Strasbourg, vaquent à leurs occupations : nettoyage, bricolage, rangement, vaisselle.

Compte à rebours

En cette après-midi d’automne, rien ne laisse penser que le 15 septembre, le tribunal judiciaire de Strasbourg a rendu une décision qui autorise une expulsion à la mi-décembre. Mais cette menace n’entrave pas les projets sur place. Bien au contraire, elle a enclenché une sorte de compte à rebours.

Dans le projet du « Refuge des Oublié.es », un vaste espace extérieur serait en partie réutilisé pour de la permaculture. Le barbecue et le four à tartes flambées ont même été déjà nettoyés (photo JFG / Rue89 Strasbourg).

« Vivre sans se séparer des animaux »

Assise sur une chaise en plastique, devant une table en métal disposée à l’extérieur, Sandrine Ruch résume les échéances à venir :

« Nous devons écrire un projet d’ici la fin d’octobre, qui sera d’abord validé par la mairie, puis soumis au Port autonome, qui ne serait plus fermé à une pérennisation, nous a-t-on dit. Notre projet est d’avoir un lieu où quelques personnes sans-abris, avec leurs chiens, puissent vivre à Strasbourg sans se séparer de leurs animaux. Avec parfois des personnes de passage ou d’autres qui s’établissent plus longtemps. »

La jeune femme de 42 ans, à la rue depuis plus d’un an, est arrivée en mars dernier dans ce bâtiment alors vide, en compagnie de six autres sans-abris. C’était deux semaines après le début du confinement. Plus de six mois ont passé, l’idée du « Refuge des Oublié.es » est née, et aujourd’hui, Sandrine ose même rêver de la suite.

« Il y aurait une partie herborisée, un espace permaculture, un poulailler. De quoi avoir avoir des légumes, des fruits, des œufs dans un espace autogéré. Les installations dans les chambres ou à l’extérieur, là où l’on fait la vaisselle, tout a été fait grâce à de la récupération, notamment avec du bois de palettes, mais nous avons eu aussi des dons d’outils, grâce à des soutiens extérieurs. Donc on aimerait se développer et continuer dans cet esprit. On ferait aussi une journée porte ouverte, avec une démarche artistique. On ne se voit pas comme un squat. »

« Nous ne pouvons accueillir personne de plus »

Quelques règles communes comme le nettoyage ou le respect des locaux devront être écrites dans le document envoyé à la municipalité. Les occupants ont rencontré en septembre Floriane Varieras, l’adjointe en charge du soutien aux personnes vulnérables. La création de places pérennes pour sans-abris fait partie du programme des écologistes, avec un objectif de 500 ouvertures pendant le mandat.

Les occupants sont également ouverts à l’idée d’une aide financière pour effectuer des travaux, notamment pour aménager les combles. « On pourrait alors accueillir jusqu’à 20 personnes », imagine Sandrine Ruch, qui a eu quelques échanges avec des architectes engagés. « Pour l’instant, nous sommes 16, et nous ne pouvons accueillir personne de plus », poursuit la jeune quadragénaire. Les occupants aiment leur cadre de vie actuel, mais ils ne sont pas fermés à l’idée de déménager dans un lieu similaire, avec de l’espace.

Sandrine Ruch, dans le grenier non-habitable, avec vue sur l’Église orthodoxe. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Une maison en bon état

La maison, composée de deux étages et un sous-sol, est située dans les anciens locaux de la gendarmerie fluviale. Dans l’ensemble, les lieux sont en bon état. Mais le jugement a indiqué qu’il n’était pas dans le périmètre du Plan de prévention des risques technologiques (PPRT), argument avancé par le Port en avril dernier, pour couper l’eau et l’électricité au début de l’occupation et demander une évacuation immédiate.

Deux des quatre niveaux sont aujourd’hui occupés par les nouveaux habitants. Les anciens bureaux forment des chambres de près de 20 mètres carrés. Le double vitrage isole du bruit régulier des camions qui se rendent au Port aux pétroles. Plusieurs pièces, notamment les salles de bains ou la cuisine, nécessitent des rénovations plus conséquentes. L’ensemble est rangé et propre, plus soigné que beaucoup de squats. « C’est ce que me disent tous les gens qui passent ici », sourit Sandrine Ruch.

Les anciens bureaux de la gendarmerie fluviale, dont la construction est estimée à 1945, présentent un bon état général. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Les chambres sont vastes et bien aménagées grâce à des produits récupérés. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Les habitants et habitantes viennent de France, de Belgique ou d’Europe de l’Est. L’un d’eux loge dans sa caravane, garée à l’extérieur. Certains racontent un peu leur parcours, d’autres préfèrent ne pas apparaître. Pour l’instant, ils vivent grâce à des dons, « notamment des Vélos du Cœur, de la Tente des Glaneurs ou du SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation, en charge des sans-abris ou mal-logés au niveau national), que l’on complète avec un peu de manche et la récupération d’invendus ». Tous les occupants se déplacent à vélo, garés dans la cour.

Répartir les compétences

Sarouel (surnom) fait visiter sa chambre, très heureux d’avoir pu l’aménager :

« Chacun a des compétences à apporter. Moi, j’aime bien être dans la réflexion et l’organisation du lieu. D’autres, comme Sandrine, vont avoir des contacts, un réseau dans les solidarités locales. D’autres, ce sera plus le bricolage ».

Dans la chambre d’à côté, Gaëtan est justement équipé d’un marteau et de clous. « Lorsque ça souffle, l’air communique entre les pièces », explique ce ressortissant belge, arrivé à Strasbourg il y a six ans. « Une ville sympathique, avec beaucoup de jeunes, qui ne peuvent pas donner beaucoup mais qui sont parfois engagés et solidaires ». Et pour les savoirs qui manquent, il y a aussi les voisins raconte Sandrine : « Un des résidents apprend la permaculture grâce à EurOasis », une association écologiste qui investit, non sans mal, deux hectares de friches un peu plus loin sur le même quai.

Gaëtan est sollicité pour ses compétences en bricolage. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Les habitants apprécient de pouvoir loger avec plusieurs chiens, dans un espace séparé. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Le projet écrit sera soumis à Floriane Varieras, puis à Anne-Marie Jean, autre élue de la majorité écologiste, qui a succédée à Catherine Trautmann en tant que nouvelle présidente du Port autonome le 9 octobre. Une nouvelle équipe qui semble ouverte au projet.

« Nous sommes ouverts, et à la recherche d’une solution. Mais il faut pour cela que nous ayons un interlocuteur comme par exemple une association. Il faut également que des travaux de sécurisation soient effectués et que le plan d’urbanisme soit modifié pour permettre l’habitation des lieux. »

Anne-Marie Jean, présidente du Port autonome et vice-présidente à l’Eurométropole.

Manifestation des salariés du bailleur Ophéa, une première depuis 25 ans

Manifestation des salariés du bailleur Ophéa, une première depuis 25 ans

Ils ne s’étaient pas rassemblés depuis 1995. 230 personnes ont manifesté ce jeudi 15 octobre devant les locaux du bailleur social Ophéa. Ils dénoncent des heures supplémentaires non payées, des effectifs qui s’amenuisent et un climat de travail délétère.

« Ophéa fait la loi. La justice, elle n’en veut pas », « L’Ascension, c’est tout bon. Rendez-nous nos cinq ponts ». C’est au son de ces slogans que 230 salariés d’Ophéa (Office public de l’habitat de l’Eurométropole de Strasbourg) ont sommé leurs dirigeants, réunis jeudi 15 octobre en conseil d’administration, d’appliquer la décision de la Cour d’appel de Colmar du 23 juin 2020. L’instance avait condamné le bailleur social à accorder cinq jours de congé à ses salariés, au titre de cinq années de non-respect d’un accord d’entreprise accordant le pont de l’Ascension.

230 personnes se sont rassemblées jeudi 15 octobre devant les locaux d’Ophéa pour exiger l’application de la décision de la Cour d’appel de Colmar. Photo : FP / Rue89 Strasbourg

Mais cette affaire n’est que le dernier évènement de « 10 ans de dialogue social difficile avec une direction fermée », selon Sarah Fingrelin, représentante CFDT chez Ophea. Un climat social qui a conduit les quatre organisations syndicales à la mobilisation. Une première depuis 25 ans. « Nous ne sommes pas naturellement dans la revendication mais, là, il y a un effet de ras-le-bol », explique Sarah Fingrelin.

Travailler plus, mais pas pour gagner plus !

L’ensemble de l’intersyndicale dénonce des stratégies malhonnêtes d’augmentation du temps de travail.

« Le seul accord d’entreprise qui nous a été présenté depuis l’arrivée du nouveau directeur général, est un accord d’intéressement visant à augmenter les performances de l’entreprise, mais conditionné à la signature d’un accord sur le temps de travail. »

Sarah Fingrelin, représentante syndicale CFDT OPHEA

Un accord qui supprimerait deux jours fériés et augmenterait le temps de travail à 39 heures hebdomadaires en intégrant une notion de flexibilité. Problème : plus de 10 000 heures travaillées, non rémunérées chaque année, selon les organisations syndicales. « On ne demande pas de travailler plus, lorsque certaines heures supplémentaires ne sont pas payées du tout ! », s’insurge un représentant de la CFE-CGC. Un point de friction avec la direction qui accuse les syndicats d’inventer ces 10 000 heures.

Mépris de la direction et manque d’effectifs

Au sein des manifestants, Adam et ses collègues gardiens dans les logements gérés par Ophéa, dénoncent quant à eux leurs conditions salariales.

« Pendant la crise du Covid, les employés de bureau étaient chez eux en télétravail, pendant que nous, on était sur le terrain. Ils ont touché des primes allant jusqu’à 1 500 euros, alors que nous c’était 800 euros maximum ».

Adam, un gardien du bailleur social Ophéa.

D’autres salariés pointent du doigt un cruel manque d’effectifs. Le patrimoine d’Ophéa a augmenté de 3 000 logements ces dernières années, pourtant sur le terrain, 35 gardiens sont partis à la retraite et n’ont pas été remplacés.

Contacté, le nouveau président du bailleur social – Salah Koussa, nommé en septembre, assure vouloir se saisir du dossier. Au cours du conseil d’administration, il a reçu les organisations syndicales. « Nous avons rencontré quelqu’un à l’écoute, qui nous a promis d’améliorer le dialogue social », raconte Sarah Fingrelin avant d’ajouter : « J’espère qu’il parviendra à s’imposer dans ce conseil d’administration composé d’anciens présidents d’Ophéa… » Réponse au prochain rendez-vous, prévu fin octobre.

« Maison de Force, » une expo immersive à la galerie Aedaen

« Maison de Force, » une expo immersive à la galerie Aedaen

À travers un voyage initiatique et onirique, le collectif artistique Eaux Fortes déploie une exposition subversive à la Galerie Aedaen. Vingt-six artistes venus d’horizons multiples proposent une expérience immersive. À voir jusqu’au 17 octobre.

Un linceul blanc est déposé sur un amas de terre, orné d’un pot de fleurs contenant des tournesols. Encerclées par les regards des spectateurs, des jeunes femmes en bleus de travail recouvrent la tombe de roses. En terre est une performance collective proposée par les artistes Beya Gille Gacha et Cléophée Moser, en collaboration avec Eaux Fortes. Lors de ce rituel cathartique le public est invité à crier haut et fort les angoisses qui le ronge afin qu’elles soient enterrées de manière symbolique : « En terre le COVID, en terre le capitalisme, en terre le néo-colonialisme, en terre le patriarcat ! » Le rituel prend au corps. Galvanisé par cette ivresse ambiante, chacun se surprend à vociférer en chœur avec les artistes.

Marquant un passage entre deux âges, deux espaces, deux périodes, cette vivifiante performance a électrisé le vernissage de l’exposition le 25 septembre dernier. Depuis, ses intrigants résidus  (tombe, linceul, fleurs et inscriptions) accueillent les visiteurs à l’entrée de l’exposition « Maison de Force » présentée à la Galerie Aedaen.

Beya Gille Gacha, Cléophée Moser et le collectif Eaux Fortes, En terre, performance collective présentée le 25 septembre 2020 à la Galerie AedaenPhoto : Eva Rudolf

« Maison de Force » est une exposition multiforme et polyphonique, intimiste et revendicatrice. Pensé comme une maison dont les visiteurs deviennent les habitants, l’espace se compose de plusieurs pièces distinctes, depuis l’entrée-jardin jusqu’à un intérieur domestique, plus confiné et sécurisant. On y déambule dans un tumulte de stimuli, au sein d’un agréable chaos. Des vidéos, des photographies, des sculptures et des installations sont à découvrir dans une scénographie originale et participative. Des enfants dessinent à la craie colorée sur le sol. D’autres taguent une œuvre-pupitre, Table ronde, de Mickael Dragicevic, qui trône au milieu d’une pièce. Loin de mobiliser uniquement la vue, tous les sens sont sollicités, entre odeurs d’encens et répercussions sonores des œuvres vidéos. On est loin des traditionnelles expositions d’art contemporain. Dans l’ancienne brasserie réappropriée par la galerie Aedaen, avec ses murs bruts en béton usés par les stigmates du temps, le collectif artistique Eaux Fortes fait résonner un appel à la révolte.

Des œuvres subversives et politiques

« Nous avons choisi des artistes qui connectent leur pratique artistique au défi d’un monde en train de se construire et parcouru par des conflits passés sous silence » explique Cléophée Moser. La colère gronde dans beaucoup d’œuvres de l’exposition. Dans l’une d’elles, Thiemoko Claude Diarra prend à contrepied l’idée du cabinet de curiosités. Son Heterosis Project est une présentation hétéroclite de peaux d’animaux gravées, de sculptures taxidermistes hybrides et de schémas mathématiques complexes.

Par cette installation hybride, l’artiste malien installé en Belgique, ouvre une réflexion sur le déracinement culturel en réintroduisant une ferveur spirituelle anéantie par la rationalité scientifique. « Il s’agit de décoloniser une vision du savoir occidentalisée » explique-t-il. À l’aube de la pandémie historique qui fragmente notre monde, l’artiste appelle à accueillir ce fléau sanitaire global, en célébrant la richesse multiple des civilisations.

Thiemoko Claude Diarra, Heterosis Project, 2020, installation multimédiaPhoto : Eva Rudolf

Dans une autre veine, la vidéaste française Sylvie Blocher dénonce les injonctions imposées aux femmes dans une série de vidéos intitulée Pratiques quotidiennes pour rendre la vie présentable. Particulièrement marquante, l’une des vidéos montre en gros plan une main qui découpe une peau de cochon pour dessiner progressivement un sexe féminin. Intitulé À mon père, le film cultive le malaise. Le découpage de la chaire animale évoque la pratique de l’infibulation, qui consiste à coudre les lèvres du vagin d’une jeune fille afin de garantir sa virginité. Malgré sa violence sous-jacente, toute la finesse de l’œuvre de Sylvie Blocher c’est de jouer sur la métaphore, et suggérer l’horreur de la mutilation.

Sylvie Blocher, À mon père, vidéo de la série Pratiques quotidiennes pour rendre la vie présentable, 1995-2000Photo : Eva Rudolf

Une exposition chorale

Pour « Maison de Force », la galerie Aedaen a laissé le champ libre à Eaux Fortes pour créer un espace singulier, mêlant des œuvres visuelles, des performances et des débats. Créé en 2018, ce collectif d’actions artistiques et de recherches est né d’une rencontre inattendue au Bénin, entre Cléophée Moser et Marinette Jeannerod. Surgira alors une véritable symbiose artistique et intellectuelle. « Nous avons eu envie de créer un collectif défendant le co-autorat », expliquent les deux femmes. Le duo s’est donc mué en collectif, rejoint par des artistes, chercheurs et scénographes, parmi lesquelles comptent désormais de nouvelles curatrices telles qu’Adama Samia et Julie Aubry-Tirel. « Nous pensons que pour frapper fort l’actualité artistique, il faut chercher des alliés. Il n’y a pas de hiérarchies, c’est un ensemble mouvant mais solide ».

Chaque événement initié par Eaux Fortes est l’occasion de réinventer l’espace artistique en développant une approche cosmopolitique des arts. Ainsi, le collectif collabore avec des structures et des évènements artistiques en Afrique de l’Ouest, qui interrogent les enjeux postcoloniaux, telle que l’importante biennale d’art contemporain Dak’art.

Des identités plurielles à défendre

Entre altérités et identités, l’exploration des cultures contemporaines, vues comme un ensemble fluctuant et mouvant, est le fil d’Ariane de l’exposition. Un véritable métissage ethnique montrant que les cultures évoluent en contact les unes avec les autres. En témoigne la photographie Saint Jmanbatist d’Emo de Medeiros, un artiste béninois vivant en France qui s’intéresse aux interconnexions entre les cultures.

Son titre humoristique et provocateur contracte l’expression familière : « Je m’en bats ! » et Saint Jean-Baptiste. Elle montre un enfant paré d’un accoutrement hétéroclite et déchiré, adressant un fier doigt d’honneur au spectateur. À base de paille, de vêtements de récupération et d’un masque jaune vif, l’habillement enfantin révèle un héritage multiethnique. Ce déguisement c’est celui du Kaleta, un costume afro-brésilien, importé par d’anciens esclaves et prisé par les enfants béninois lors de fêtes populaires.

Si l’accoutrement est simple, il raconte avec désinvolture une histoire coloniale complexe : ainsi le wax du pantalon est un tissu qui a été importé par les colons hollandais, d’Indonésie jusqu’en Afrique de l’Ouest, où il s’est imposé dans la mode vestimentaire depuis les années 1960. Le masque quant à lui est traditionnel du carnaval de Pékin, et a été récupéré sur un marché de Cotonou. Un discret clin d’œil à la croissante influence chinoise, économique et culturelle, en Afrique de l’Ouest ? L’insolent Saint-Jmanbatist est finalement un emblème de la mondialisation, un assemblage hybride de cultures métissées.

Emo de Medeiros, Saint Jmanbatist, 2020. Série Kaleta/Kaleta, photographiePhoto : Eva Rudolf

Prendre soin des corps

« Maison de Force » prend à contre-courant l’idée de force, souvent associée à la puissance physique, à la virilité, ou aux régimes autoritaires. L’exposition réinterprète cette notion, en mettant en lumière les pouvoirs de la sensibilité et de l’imagination.

La vulnérabilité est au cœur du travail de Tabita Rezaire, artiste franco-guyano-danoise, qui invite le public à vivre une expérience en prenant place sur un lit d’examen gynécologique rose pimpant. Jambes écartées et pieds sur les étriers, dans la position inconfortable de la patiente examinée, les spectateurs peuvent visionner une vidéo déroutante sur un écran suspendu. Les images psychédéliques de Sugar Walls Tear Drom évoquent la généalogie raciste de la gynécologie moderne, et notamment les expérimentations atroces effectuées sur des esclaves noires par le docteur James Marion Sims.

L’œuvre propose de soigner le traumatisme en rendant hommage aux utérus des femmes noires. Associant l’image, la voix et le son, l’artiste afrofuturiste et cyberféministe développe une méditation transcendantale. Bercé par la voix douce et feutrée de Tabita Rezaire, le spectateur ressort aussi instruit qu’apaisé de cette étrange expérience.

Tabita Rezaire, Sugar Walls Tear Drom, 2016, Installation, Chaise de gynécologie, écran et vidéoPhoto : Tabita Rezaire

Dans un autre registre, Ida Simon-Raynaud expose des culottes transformées en amulettes protectrices. L’œuvre 100 culottes s’intéresse aux liens entre la lingerie féminine et la sexualité à travers la broderie. Chaque sous-vêtement brodé d’une expression ou d’un petit dessin, invite à une réappropriation du corps et de l’intimité sexuelle. Colorée et incongrue, l’installation délivre une joyeuse liberté.

Ida Simon-Raynaud, 100 culottes, 2020, Installation, fer forgé, crochets et néonsPhoto : Eaux Fortes

Découvrir « Maison de Force », c’est se confronter à des émotions ambivalentes, de la joie à l’angoisse, jusqu’à l’indignation. L’exposition est une invitation à la résistance comme à l’idéalisme : « L’utopie vient de votre chambre à vous » conclut Cléophée Moser.

#Galerie Aedaen

L’étudiant accusé de harcèlement, interdit de présence par l’Université de Strasbourg

L’étudiant accusé de harcèlement, interdit de présence par l’Université de Strasbourg

Lundi 12 octobre, la présidence de l’Université de Strasbourg a pris un arrêté interdisant de présence, en cours et sur le campus, l’étudiant de 58 ans accusé de harcèlement et de violences sexistes depuis plusieurs années.

Il a finalement été interdit de présence sur tout le campus. Mais il aura fallu une certaine pression pour que la présidence de l’Université prenne cette décision, lundi 12 octobre. Comme Rue89 Strasbourg l’avait révélé en septembre : l’étudiant, âgé de 58 ans, est accusé de harcèlement et d’attouchements répétés par une quinzaine d’étudiantes. Et ce, depuis plusieurs années. Déjà en 2014, l’Université avait pris un arrêté similaire, mais l’étudiant – également enseignant vacataire à l’époque – , avait obtenu une annulation au tribunal administratif. Il continuait donc d’aller et venir, à sa guise, sur le campus et dans les salles de classe.

Un arrêté d’exclusion qui sera appliqué par les profs et les vigiles

Rebelote donc, 6 ans plus tard, avec un nouvel arrêté, renouvelable, qui vaut pour 30 jours. Il est justifié par des « plaintes répétées des étudiantes et personnels féminins face à des agissements récurrents » ainsi qu’une « urgence à prendre les mesures nécessaires pour assurer le bon ordre au sein de l’ensemble des locaux universitaires et permettre à toutes de pouvoir accéder sans crainte aux cours et aux formations qu’elles souhaitent suivre. »

Concrètement, si l’étudiant mis en cause se présentait à un cours, le professeur peut lui rappeler qu’il est l’objet d’un arrêté d’exclusion. Les vigiles seront aussi chargés de faire appliquer cette règle de l’Université de Strasbourg.

Libération de la parole, grâce à l’association Ru’elles

Depuis la rentrée 2020, les témoignages concernant les agissements de cet étudiant d’origine américaine se sont multipliés. Une libération de la parole qui fait suite au travail de l’association Ru’elles, spécialisée dans la lutte contre le harcèlement de rue et les violences sexistes et sexuelles. Sa présidente, Tiphany Hue, réagit :

« Cet arrêté d’interdiction est une très bonne nouvelle, bien que la décision ait été prise tardivement. L’essentiel maintenant, c’est de protéger les potentielles victimes et d’accompagner celles qui ont été harcelées ou agressées à travers un accompagnement juridique et psychologique. »

Du côté de l’Université de Strasbourg, le temps pris pour rédiger cet arrêté se justifie par « la procédure très cadrée » qui régit l’interdiction de présence d’un étudiant : « Il fallait convoquer la personne, qu’elle puisse se présenter (selon nos informations, l’étudiant incriminé n’a pas répondu à sa convocation, nldr), il y a donc un petit délai qui est normal pour cette démarche. »

Marche du refus de la misère, samedi 17 octobre

Marche du refus de la misère, samedi 17 octobre

Neuf associations et syndicats organisent une Marche du refus de la misère. Ils exigent, notamment, de meilleures conditions de logement pour les sans-papiers.

Neuf associations et syndicats appellent à un rassemblement samedi 17 octobre à 12h devant le Parlement européen, puis à une Marche du refus de la misère qui partira à 13h en direction de l’Hôtel de la rue à Koenigshoffen. Ils demandent des actes concrets pour lutter contre la précarité et le mal-logement.

Les organisateurs, menés par l’association La Roue Tourne, prennent en exemple justement l’Hôtel de la rue, plus grand foyer d’hébergement créé et géré par des sans-abris en France. Ce squat de la Maison Gruber à Koenigshoffen, accueille plus d’une centaine de personnes. Une occupation contre laquelle la mairie a abandonné les poursuites le 8 juillet et qui prouve selon les organisateurs « que les discriminations liées à la classe sociale et au racisme peuvent être surmontées ».

La liste des revendications de cette mobilisation comprend des mesures immédiates en faveur des personnes sans-abris et sans-papiers telles que la réquisition de tous les bâtiments commerciaux et administratifs de la Ville de Strasbourg, pour en faire des logements, notamment pour les personnes qui seraient expulsées du squat Bugatti à Eckbolsheim.

Autre revendication majeure : la régularisation et la liberté de circulation pour tous les sans-papiers ainsi que l’arrêt des violences dont ils peuvent être victimes. Ils exigent également l’accès à l’emploi pour tous.

En pause, les techniciens du spectacle minés par l’absence de perspective

En pause, les techniciens du spectacle minés par l’absence de perspective

Depuis le mois de mars, les prestataires techniques de spectacles sont quasiment à l’arrêt. Les dirigeants craignent de devoir licencier en 2021 si les événements d’ampleur ne peuvent reprendre.

« La Route du Rock, les Eurockéennes de Belfort, les Vieilles Charrues, Rock en Seine, les Francofolies… D’habitude, on est sur tous les gros festivals. Cet été, on en a fait qu’un : c’était Jazz à l’Hospitalet, à côté de Narbonne. » Assis à son bureau derrière un amoncellement d’accréditations de concerts et quelques dossiers posés en vrac, Raymond Schweitzer fait grise mine. À 60 ans, il est le patron de Stacco, leader national et numéro deux en Europe de la construction et réalisation scénique.

Prestataire technique du monde du spectacle, son entreprise collabore avec les plus grands, comme en témoignent les dizaines de photos encadrées dans le hall d’entrée. « Là, c’était le concert des 50 ans de Johnny au Parc des Princes. On a fabriqué la copie conforme du pont du Golden Gate à San Francisco. » Un ouvrage dantesque qui rappelle les plus belles heures de Stacco, qui connaît en cette année 2020, à cause de l’épidémie de Covid, une situation économique inédite :

« La seule véritable chute d’activité que nous avons vécue en 38 ans d’existence, c’était pendant la seconde guerre du Golfe, car les artistes américains ne venaient plus se produire en France. Mais ça représentait 30 % de baisse, c’est incomparable avec ce qui se passe aujourd’hui. »

Raymond Schweitzer est le P-DG de Stacco, une entreprise vieille de près de 40 ans basée à Wasselonne Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

« Jusqu’à cent semi-remorques sur la route »

Installée à Wasselonne, sa société a réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de près de 10 millions d’euros. « Habituellement, on assure entre six et dix spectacles par jour. Au plus fort de l’été, jusqu’à cent semi-remorques sont sur la route en simultané et 300 intermittents travaillent avec nous », détaille-t-il. Sauf que depuis la mi-mars, Stacco est à l’arrêt forcé et 70% de ses salariés ont été placés en activité partielle. Le chef d’entreprise a contracté huit emprunts bancaires pour rembourser les dettes accumulées auprès des fournisseurs. Raymond Schweitzer constate aujourd’hui l’ampleur des dégâts :

« Regardez comme les locaux sont vides ! Ça fait peine à voir… Cette année, on n’atteindra pas les 3 millions de chiffre d’affaires. Mais je n’ai, à l’heure actuelle, licencié personne. Je vais me battre et trouver tout ce que je peux pour générer de l’activité ! »

L’espace de stockage extérieur de Stacco est entièrement occupé : une première depuis des années Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

Une baisse de 80% du chiffre d’affaires

Cette pugnacité, Aurélie Ehret a elle aussi décidé de s’en imprégner. Co-gérante de Passe Muraille, la cheffe de projet dresse un bilan semblable à celui de Stacco et enregistre une baisse vertigineuse de 80 % du chiffre d’affaires (3,56 millions d’euros en 2019). « Clairement, on n’est pas à la fête, mais on essaie de se réinventer en attendant que l’orage passe », tempère-t-elle.

L’agence de communication strasbourgeoise est spécialisée dans la création et la gestion d’évènements sur mesure. On lui doit notamment « Strasbourg Mon Amour », la grand messe hivernale de l’Office de tourisme. En dehors du chômage partiel qui concerne les quatre salariés, l’entreprise n’a reçu aucune aide de l’État. Alors pendant le confinement, les quatre associés ont cherché à rester « actifs », comme le précise Aurélie Ehret :

« Nous en sommes venus à la conclusion qu’il valait mieux “évènementialiser le digital que digitaliser l’évènementiel”. C’est-à-dire qu’il est préférable de miser sur une émission conçue spécialement pour le net, qui sera diffusée en streaming, plutôt que d’assurer la captation d’une convention sans public. »

Autre axe de réflexion, la création de petits évènements festifs qui peuvent se tenir dans le respect des normes sanitaires. La première semaine de décembre par exemple, les employés du laboratoire Octapharma de Lingolsheim verront naître au sein de leur entreprise une scénographie autour de l’univers de Noël. « On essaie d’apporter à nos clients de la légèreté et du fun », expose la co-gérante. Grâce à ces nouvelles idées, Passe Muraille dit ne pas se sentir « menacée à court terme ».

« On a de quoi tenir six mois ! »

À quelques kilomètres au nord de Strasbourg, à Mundolsheim, Denis Fenninger, P-DG de Lagoona, n’affiche pas la même confiance que ses confrères. Le 28 février, un incendie a entièrement détruit les anciens locaux de l’entreprise à Schiltigheim. La société qu’il dirige est spécialisée depuis 1987 dans la sonorisation et l’éclairage scénique. Le préjudice s’élève à 10 millions d’euros. « Après ça, on a bossé une grosse semaine, on nous a prêté du matos de toute la France et puis patatras : le confinement est arrivé », s’exclame-t-il.

Depuis sept mois, l’activité de Lagoona s’est considérablement réduite. Engagée sur de grands festivals comme la Foire aux vins de Colmar, Wolfijazz, Au Grès du jazz à La Petite-Pierre ou les Sud à Arles, l’entreprise aux 8 millions d’euros de chiffre d’affaires n’a assuré qu’une seule prestation cet été : le concert du 14 Juillet à la tour Eiffel. « Et encore, c’était à huis-clos », glisse Denis Fenninger.

Après l’incendie, Denis Fenninger a déménagé sa société Lagoona dans un ancien tri postal de Mundolsheim Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

Le gérant parle d’un « cataclysme économique » pour le monde de la culture, alors même que Bercy a élargi son parapluie de mesures venant en aide aux entreprises en difficulté financière :

« L’allègement des charges patronales, c’est une chose, mais on ne verra le bout du tunnel que l’été prochain, et encore, ce n’est pas sûr… Chez Lagoona, on a de quoi tenir encore ainsi pendant six mois ! Comment expliquer qu’on mette 200 personnes dans un TGV mais pas dans une salle de spectacles ? »

Pour marquer le coup, le patron envisage désormais de « se montrer ». « Pourquoi pas en débarquant sur les Champs Élysées avec des flycases (malles de rangement, ndlr) vides ? », suggère-t-il. En septembre, le Synpase (Syndicat national des prestataires de l’audiovisuel scénique et évènementiel) a d’ailleurs organisé une action baptisée #alerterouge, visant à alerter les pouvoirs publics sur l’urgence de la situation (les professionnels du spectacle étaient invités à éclairer en rouge de grands monuments).

Le 3 septembre, le Premier ministre Jean Castex avait pourtant annoncé qu’un effort de 2 milliards d’euros serait fait pour la culture. Mais c’est loin d’être suffisant pour les professionnels. En France, le secteur de la culture pèse 2,3% du PIB, il compte 80 000 entreprises dont la plupart sont des TPE et des PME et fait vivre près de 670 000 personnes. « La ministre du Travail Elisabeth Borne a dit que nous étions des dommages collatéraux », s’agace Denis Fenninger. « Le problème, c’est que les petites entreprises sont vouées à disparaître et les grosses, à s’appauvrir ».

#Denis Fenninger

À Sainte-Marie-aux-Mines, de nouvelles élections municipales d’ici fin janvier 2021

À Sainte-Marie-aux-Mines, de nouvelles élections municipales d’ici fin janvier 2021

Mercredi 14 octobre, la maire de Sainte-Marie-aux-Mines a renoncé à contester l’annulation des élections municipales 2020 par le tribunal administratif. Un nouveau vote devra se tenir d’ici la fin janvier 2021.

« Nous estimons que c’est à la population de Sainte-Marie-aux-Mines – et non à la justice – de choisir ses représentants, et ce le plus rapidement possible. » Dans un communiqué daté du mercredi 14 octobre, la nouvelle maire (divers gauche) Noëllie Hestin renonce à contester l’annulation des élections municipales de Sainte-Marie-aux-Mines prononcée par le tribunal administratif de Strasbourg. Elle explique qu’une contestation de la décision devant le conseil d’État « impliquerait une procédure longue et serait source de tensions et de blocages supplémentaires, ce qui nuirait au bon fonctionnement de la commune. »

L’équipe de la liste « Ensemble bâtissons notre avenir » sera donc démise de ses fonctions le 30 octobre. Par la suite, la préfecture nommera une équipe de transition constituée de trois anciens conseillers territoriaux. Ces derniers auront un mandat de trois mois et devront organiser un nouveau scrutin, donc d’ici à la fin du mois de janvier 2021.

Un nouveau vote devra se tenir d’ici la fin janvier 2021 pour désigner le maire de Sainte-Maire-aux-Mines.

Élu depuis 1994, Claude Abel a contesté le résultat de l’élection

Ces nouvelles élections municipales font suite à la contestation du résultat par l’ancien maire de Sainte-Marie-aux-Mines. Claude Abel, 65 ans, élu au conseil municipal depuis 1994, a perdu son siège d’édile à 15 voix près.

Devant le tribunal administratif, l’ancien président de la communauté de communes du Val d’Argent depuis 2014 a ainsi dénoncé des atteintes au secret du vote lors du second tour du scrutin. En raison de la pandémie de coronavirus, les rideaux de l’isoloir avaient été retirés. Le rapporteur général et le tribunal administratif ont suivi l’ancien édile : « des scrutateurs de la liste « Ensemble bâtissons notre avenir » se tenaient à une distance suffisamment proche pour avoir une vue directe sur les électeurs lorsqu’ils mettaient leur bulletin dans l’enveloppe. »

Noëllie Hestin : « Une responsabilité de l’ancienne majorité »

Pour l’actuelle maire (et pour 15 jours encore), cette contestation du résultat par Claude Abel est « d’autant plus choquante que les opérations de vote étaient de la responsabilité de l’ancienne majorité. »

En attendant le nouveau scrutin, la délégation de trois conseillers territoriaux « ne pourra gérer que les affaires courantes », assure Noëllie Hestin. La maire veut faire en sorte « qu’un maximum de travaux engagés depuis 5 mois puissent être concrétisés d’ici le 30 octobre (date de la destitution des élus municipaux, ndlr) ou en notre absence. »

Affaire Lilian : « Deux ans plus tard, retour à la case départ »

Affaire Lilian : « Deux ans plus tard, retour à la case départ »

Près de deux ans après la blessure au visage de Lilian Lepage par un tir de LBD, sa mère apprend à vivre avec la douleur de l’injustice. Sa plainte a été classée sans suite, l’auto-saisie du Défenseur des Droits n’avance pas, pas plus que la procédure d’indemnisation.

Flaure Diéssé n’attend plus rien de la justice, ni de la police française. Son fils, Lilian, avait 16 ans lorsqu’il a été touché par un tir de LBD en pleine mâchoire. Le 12 janvier 2019, il sortait d’un magasin de sport, une nouvelle veste à la main. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont volé l’insouciance de l’ado. Après six heures au bloc et une opération en urgence, Lilian s’en sort avec une mâchoire fracassée, une sensibilité perdue au niveau des lèvres, et une immense cicatrice sur la joue droite : les stigmates de cette journée de janvier sont impossibles à oublier.

Flaure Diéssé n’attend plus rien de la justice, ni de la police française. Photo : Document remis

Deux ans plus tard, sa mère observe encore les conséquences de cette bavure : manque de confiance en lui, tendance à s’isoler… Pour Rue89 Strasbourg, Flaure Diéssé raconte son nouveau combat, loin des responsables politiques qui ont ignoré sa demande, pourtant simple : que justice soit faite. « Aujourd’hui, je me bats pour qu’il puisse vivre son adolescence », explique-t-elle.

Un combat qui résonne avec « La puissance des mères »

Le combat de Flaure Diéssé résonne avec l’ouvrage de Fatima Ouassak, « La puissance des mères, Pour un nouveau sujet révolutionnaire. » La politologue sera présente à la librairie Kléber mercredi 14 octobre à 13H30, pour une conférence organisée dans le cadre du festival féministe Femfest, en partenariat avec Rue89 Strasbourg.

Dans son essai, l’habitante de Seine-Saint-Denis décrit le processus de « désenfantisation » subi par les jeunes d’origine immigrée, à travers les inégalités et les violences institutionnelles liées à la classe sociale, à la couleur de peau ou au sexe. Ainsi, les mères se retrouvent à « faire tampons entre le système social et l’enfant. »

« C’est ce qui est attendu des mères. Tempérer la réaction de l’enfant face à l’injustice, tempérer sa colère. Calmer le jeu. Ne jamais reconnaître auprès de l’enfant les humiliations et les discriminations qu’il subit, au prétexte qu’il pourrait baisser les bras et perdre ses maigres chances de s’en sortir. »

Extrait du livre de Fatima Ouassak

Rue89 Strasbourg : Près de deux ans après la blessure de Lilian, où en êtes-vous ?

Flaure Diéssé : À la case départ. Suite au classement sans suite de ma plainte contre X pour le tir de LBD qui a touché mon fils, le Défenseur des Droits s’est auto-saisi. Je l’ai contacté après le confinement, mais on m’a répondu que le dossier avait pris du retard. Il reviendra vers moi dès qu’il aura des éléments…

J’ai aussi essayé de saisir le tribunal administratif. Mais j’ai l’impression que ça n’avance pas non plus à ce niveau-là. Mon avocat avait écrit en septembre au ministère de l’Intérieur pour obtenir une indemnisation mais on n’a pas de réponse.

Est-ce que Lilian et vous avez pu reprendre une vie normale ? 

On ne retrouve pas une vie normale, on apprend à vivre avec cette douleur. Dans certains moments, je vois mon fils se plaindre de sa cicatrice. Il n’attend que ses 18 ans pour faire une opération de chirurgie esthétique qui lui permettra de l’enlever. En attendant, sur son visage, il y a toujours la marque visible de ce qui s’est passé. Il est jeune, il essaye de plaire, donc forcément ça le complexe beaucoup. Il me dit souvent : « Maman, j’en ai marre de cette cicatrice. »  

Est-ce que vous parlez de cette violence policière avec lui ? Si oui, comment ?

Non, je préfère le laisser tranquille. Je me dis toujours qu’il essaye peut-être d’oublier. Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête. Je voulais qu’il voit un psychologue, mais il n’a jamais voulu. Depuis qu’il a pris ce tir de LBD, il a toujours les volets baissés et la lumière allumée quand il est dans sa chambre, même le jour. Je pense que le fait d’avoir été médiatisé comme ça, d’avoir été désigné comme un casseur au début, ça l’a traumatisé. Je pense qu’il a encore ça dans la tête, cette peur d’être observé.

Je suis tellement en colère. Parce que je connais cet enfant. C’est un enfant adorable. Il a ce côté ado tête en l’air, rien de méchant. Il n’a rien fait et on lui tire dessus. Il se sent presque responsable de cette bavure policière puisque personne n’est désigné coupable. Il doit vivre avec ça. C’est pour ça qu’il a perdu confiance en lui : il a l’impression qu’il est coupable de ce qui lui est arrivé.

Comment avez-vous vécu ces fausses accusations à l’égard de Lilian, juste après la manifestation du 12 janvier 2018 ?

Je m’en fous de ce que les gens pensent. Je sais comment j’éduque mes enfants et je sais que je n’ai pas de reproche à me faire. Les gens ont pu pointer du doigt un soi-disant manque d’éducation. Je voyais bien que sur les réseaux sociaux, les gens parlaient de la mère qui laisse son fils traîner dans une manifestation. Mais ils ne savent pas du tout ce qu’il s’est passé. Ceux qui doivent culpabiliser, c’est ceux qui ont tiré sur mon fils. 

Est-ce que la blessure de votre fils a occasionné des dépenses importantes pour vous ? Avez-vous obtenu un dédommagement ? 

Les frais de soin, les frais d’avocat… J’ai dû tout payer, aussi parce que je n’avais pas de mutuelle à ce moment-là. Je n’ai eu vraiment aucune aide, ne serait-ce que morale. Je n’ai même pas eu d’excuse. Le ministre de l’Intérieur ne s’est jamais excusé, c’est ça qui fait le plus mal… Un minimum ce serait de dire « désolé madame, ce n’était pas volontaire ». Mais Christophe Castaner m’a juste dit d’aller voir le préfet.

Le comble de tout, c’était le classement sans suite de ma plainte. À l’heure actuelle, personne n’est responsable de ce qui est arrivé à mon fils. Il y a soi-disant une justice en France, mais en réalité, personne ne m’a écoutée. Alors je ressens cette douleur qui bout en moi. Chaque jour, je ressens du dégoût en voyant les membres du gouvernement à la télé. Ce sont des pères de famille, comment ils pensent qu’une mère vit ça ? On finit par apprendre à vivre avec la douleur, sinon on ne vit plus… On a pas le choix.

Est-ce que vous continuez à vous battre pour que justice soit faite, ou avez-vous perdu espoir ?  

J’essaye de moins m’impliquer. Les gens contre qui je me bats n’ont pas de conscience, ni d’état d’âme. Je peux me battre avec des gens censés, mais là je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas.

Je garde toutes mes forces et toute mon énergie pour protéger mon fils. Je n’ai pas le choix, je ne vais pas gâcher ma vie, ni la sienne. Un parent est censé protéger son enfant. Je pensais seulement devoir protéger mon enfant des délinquants et de la violence. Mais finalement c’est la police qui lui a fait du mal. Maintenant je me demande : est-ce que je vais pouvoir compter sur la police pour protéger mon enfant ? Quand je vois la police dans la rue, je ne me sens plus en sécurité. Je ne dis pas que tous les policiers sont comme ça. Mais j’aimerais qu’un jour le ministre de l’Intérieur reconnaisse qu’il y a des gens, dans la police, qui ne font pas bien leur travail. Certains le font bien, mais d’autres sont irrespectueux, violents et racistes.

Je veux bien admettre l’erreur de tir, mais quand vous faites l’erreur vous faites quoi après ? Vous vous excusez. Sauf si vous êtes au-dessus des lois.  

Quel est votre souhait le plus cher pour Lilian ?  

J’aimerais que Lilian vive comme avant, qu’il retrouve son adolescence. Je veux qu’il sorte, qu’il aille voir des copains, qu’il joue à la console… C’est comme ça que je l’aide. Je serai là s’il veut en parler, et à 18 ans, je serai là pour la chirurgie. Pour moi, l’aider, ce n’est pas le monter contre la police. Ça, c’est ma douleur. Je cherche à ne transmettre que du bien à mon fils, c’est comme ça que je le protège.  

L’ancien adjoint et député socialiste Philippe Bies rejoint la société d’urbanisme de la municipalité

L’ancien adjoint et député socialiste Philippe Bies rejoint la société d’urbanisme de la municipalité

Ce membre éminent de la précédente majorité, non-candidat en 2020, poursuit sa carrière professionnelle aux côtés des écologistes.

Ancien député de Strasbourg (2012-2017) et adjoint du maire Roland Ries (2008 à 2020, sauf les années où il était député), Philippe Bies a pris de nouvelle fonctions professionnelles. Il rejoint la Société d’équipement de la région de Strasbourg (Sers), le bras armé de la Ville et de l’Eurométropole pour sa politique d’urbanisme. La Sers vient d’avoir un nouveau président, l’élu EELV Jean Werlen et un nouveau directeur, issu de ses rangs, Éric Hartweg (voir notre article).

Philippe Bies sera directeur de la transition et de l’innovation. Son profil Linkedin nous apprend qu’il a suivi en 2017/2018 une formation en management pour les entreprises publiques locales organisé par l’école de commerce HEC et l’École de Management des dirigeants d’Entreprises Publiques Locales. Selon la brochure de présentation, il s’agit d’une formation de 132 heures, par modules de 2 à 3 jours, étalés sur 7 mois. Une brochure où l’on retrouve en photo… Sylvain Waserman, député Modem qui l’avait battu en 2017 et ancien directeur de la société parapublique de Strasbourg, R-GDS.

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