À Strasbourg, 11 collectifs d’habitants ont mené avec succès leurs opérations immobilières et 17 projets sont en cours. Malgré ces chiffres, Strasbourg est la ville française la plus active en matière d’habitat participatif.
La France compte 523 projets d’habitat participatif à des stades de développement plus ou moins avancés. Cette pratique permet aux futurs habitants d’un immeuble de se regrouper pour concevoir ensemble leur logement et les espaces partagés. Ils peuvent ainsi créer des lieux de vie adaptés à leurs besoins et en adéquation avec leurs aspirations sociales ou écologiques. La loi Accès au Logement et Urbanisme Rénové (ALUR) de 2014 a fait sauter plusieurs verrous mais ce sont toujours des projets qui demandent beaucoup de temps et d’argent aux porteurs. Bien souvent, ils ne voient pas le jour, ce qui explique leur faible nombre. Mais Strasbourg fait figure d’exception.
Economeny fait partie des dix projets d’habitat participatif nés des appels à projets lancés par la Ville de Strasbourg depuis 2009. Photo : FP / Rue89 Strasbourg
Le territoire alsacien est historiquement pionnier en la matière. Le premier logement français créé en auto-promotion, Éco-Logis, est né à Strasbourg en 2009. Depuis, dix autres bâtiments en habitat participatif sont sortis de terre dans la capitale alsacienne, pour atteindre un total de 92 logements. Et la dynamique se poursuit puisque 17 projets pour un total de 200 logements doivent se développer dans les prochaines années. Ce qui fait de Strasbourg la première ville française en matière d’habitat participatif. En comparaison, Grenoble, deuxième ville au classement, ne compte que 8 projets en cours.
La municipalité fournit les terrains à prix réduits
« Nous souhaitions créer une troisième voie dans l’aménagement urbain entre le logement social et la promotion privée », résume Alain Jund, ancien adjoint au maire à l’urbanisme et toujours conseiller municipal, délégué à l’habitat participatif justement.
En clair, la Ville réserve des terrains municipaux à l’abandon ou sous-exploités pour ce type de logement et jusqu’à 10% des logements dans ses nouveaux projets urbains. Ces terrains sont ensuite vendus à prix réduits aux groupes ayant des projets retenus pour leurs engagements en matière environnementale, de mixité sociale, culturelle ou intergénérationnelle.
Ce dispositif permet de résoudre un des freins majeurs au développement de tels projets : le prix du foncier, surtout dans les zones urbaines, où il est élevé. « Il y a un certain nombre de groupes qui se forment mais réussir à se positionner dans un contexte d’immobilier en tension comme à Strasbourg est très difficile avec la concurrence des promoteurs », explique Emmanuel Marx, directeur d’Éco-Quartier Strasbourg, l’association à l’origine d’Éco-Logis.
Selon Habitat Participatif France, la moitié des projets échouent faute de pouvoir acquérir le terrain désiré. Les particuliers doivent négocier individuellement des prêts bancaires et n’ont pas les moyens de lutter contre les leviers financiers et la réactivité des promoteurs immobiliers.
Une fois le foncier obtenu, les statistiques s’améliorent. Cependant, dans la majorité des projets réussis, l’habitat participatif repose sur une rénovation d’un bâtiment plutôt qu’une construction neuve.
Une démarche d’appels à projets qui se généralise
Autre mesure favorisant le développement de l’habitat participatif : les terrains sont attribués lors d’appels à projets. « Il s’agissait de dépasser le public militant initial et de spécialistes de l’aménagement pour sensibiliser un public plus large à ces pratiques et à cette culture », décrit Alain Jund.
Cette démarche d’appels à projets pour l’habitat participatif était une première en France en 2009. Aujourd’hui, le procédé s’est diffusé à des villes comme Grenoble, Toulouse ou Montreuil.
Un accompagnement qui permet de mener les projets à bien
« Suite aux appels à projets municipaux, neuf projets sur dix vont jusqu’à leur terme », affirme Emmanuel Marx. Une réussite qui s’explique par l’accompagnement des habitants par des partenaires associatifs et professionnels de l’aménagement. « Nous estimons que c’est aux citoyens de s’organiser, mais ils ont souvent besoin d’un soutien technique », commente Alain Jund.
Ainsi l’association Éco-Quartier, financée par la Ville de Strasbourg, intervient dans l’aspect humain du projet. D’abord, en amont, pour expliquer ce qui est possible dans l’habitat participatif et comment constituer un groupe. Puis, une fois le groupe créé, l’association apporte des compétences en matière de gestion des espaces partagés : « Avec l’habitat participatif, il est impératif d’établir des règles communautaires en matière d’organisation collective », explique Emmanuel Marx, directeur d’Éco-Quartier Strasbourg.
Des assistants à maîtrise d’ouvrage comme le cabinet d’architecture Ankha peuvent apporter des compétences techniques. Ils fournissent aux porteurs de projets une expertise sur les coûts de construction, les contraintes techniques ou énergétiques. L’accompagnement de juristes est aussi nécessaire dans les projets qui mêle des publics avec disparités de revenus. Ils permettent par exemple de fixer des règles dans l’éventualité d’une scission du groupe de copropriétaires .
Bien que des projets d’habitat participatif continuent d’émerger à Strasbourg selon Emmanuel Marx, ces projets ont désormais tendance à se déplacer vers les zones périurbaines de la deuxième couronne strasbourgeoise, voire rurales de l’Alsace du Nord ou du piémont des Vosges.
Les directeurs de la Sers et de la SPL des Deux-Rives ont été remerciés. La municipalité écologiste a placé Jean Werlen à la présidence des deux structures d’aménagement, et un seul directeur.
Anne Pernelle-Richardot, conseillère municipale (PS), se rappelle très bien du conseil d’administration de la SPL des Deux-Rives (Société publique locale chargée d’aménager la zone appelée la ZAC des Deux-Rives), en septembre au siège de l’Eurométropole. « J’ai cru comprendre entre les lignes qu’on annonçait la révocation d’Éric Bazard, mais ce n’était pas explicite du tout. Je n’étais pas sûre… Je l’ai compris entres les blancs et les non-dits. »
À peine deux semaines plus tard, le doute n’est plus permis. « C’est inscrit à l’ordre du jour du CA du 5 octobre, cette fois-ci noir sur blanc, » lit l’élue socialiste : « révocation du mandat social du directeur général, et nomination du nouveau. »
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Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Annoncé par le gouvernement cet été, un nouveau dispositif permet aux étudiants boursiers de manger un repas complet à 1€ dans les restaurants universitaires. S’il y a des végétariens parmi eux, ils peuvent en bénéficier dans tous les « RU » de Strasbourg. Sauf dans le plus grand, en plein campus de l’Esplanade.
« Pour vous c’est de l’autre côté ». Symphorien, étudiant en première année d’Histoire, présente son smartphone et son compte « Izly », un système de paiement numérique, au pôle « végébio » de son restaurant universitaire. Il est « échelon 0 bis », et bénéficie donc depuis la rentrée du « repas à 1 euro » promis par le gouvernement. Mais pas au « Resto U » de l’Esplanade, sur le campus principal.
Ce prix réduit ne fonctionne que dans les autres secteurs du self. Au menu de ce jeudi, le choix entre des fricadelles de bœuf ou du poisson pané. Problème : Symphorien est végétarien. Pour profiter d’un repas équilibré sans viande ni poisson ce jour-là, des lasagnes aux épinards, une entrée et un dessert, il doit s’acquitter du plein tarif : 4,50€.
S’il veut manger pour 1 euro, il lui reste à piocher dans les autres parties de la cantine, soit parmi les accompagnements (des légumes), ou à aller au « pôle pâtes », comme le conseille la Direction du Crous. Contactée, elle précise que « ce pôle peut proposer de temps en temps une sauce végétarienne ». Les autres jours, ce sera pâtes nature. En complément, le Crous ajoute que les étudiants végétariens peuvent se rendre à la cafétéria au rez-de-chaussée, le « Cristal Shop », ainsi qu’au kiosque extérieur. Les boursiers végétariens bénéficieront de la formule « Be Fit » à 1 euro. À savoir, le sandwich « Le Maraîcher », le seul végétarien. Cela reste un sandwich, pas vraiment un repas chaud complet.
Le RU de l’Esplanade est le seul à ne pas proposer de menu végétarien à 1€ car toute son offre est en bio. Photo : MDC / Rue89 Strasbourg
Ailleurs, pas de bio, mais du végétarien à 1€
Tous les autres restaurants universitaires de Strasbourg proposent des plats végétariens à 1€. Le Crous conseille aux étudiants qui sont sur le campus central de « se rendre à 5 minutes à pied, soit au RU Paul Appell (rue du Jura), soit au RU Gallia (place de l’Université) pour profiter de menus à 1 euro tous les jours, le soir et le week-end, végétariens ou végétaliens ».
Le Crous justifie cette différence de prix de 3,50€ (+350%!) par repas, par le fait qu’un repas bio « nécessite du découpage maison de produits plus coûteux, ainsi qu’une préparation et des recettes différentes que les autres espaces végétariens », où les aliments ne sont pas issus de l’agriculture biologique.
Encore surpris de son passage plein pot au pôle « végébio », Symphorien suggère qu’une réduction pourrait s’appliquer pour les boursiers, « même si le prix boursier d’un euro n’est pas possible ».
Chaque année, le four à chaux de la sucrerie d’Erstein est allumé par le dernier employé à avoir rejoint l’équipe. Photo : CS / Rue89 Strasbourg / cc
Selon M. Commissaire, la campagne de production cette année ne devrait atteindre que « 80 à 84 jours » quand il en faudrait au moins 100. Jaunisse et sécheresse expliquent en partie la baisse de la production alsacienne de betterave mais c’est surtout la fin des quotas européens qui a poussé les agriculteurs alsaciens à cesser cette culture devenue moins rentable, selon Le Monde.
Cristal Union a déjà fermé les sites de Aulnat dans le Puy-de-Dôme et de Toury en Eure-et-Loir en 2019. Une partie du conditionnement d’Erstein a été transférée à Bazancourt dans la Marne s’accompagnant d’une suppression de 70 postes sur 200. Le journal rappelle que l’histoire du sucre à Erstein remonte à 1893.
Maud de Carpentier est la 4e journaliste à temps plein de la rédaction de Rue89 Strasbourg.
Depuis le 1er octobre, nous sommes très heureux d’accueillir au sein de la rédaction de Rue89 Strasbourg Maud de Carpentier. À 33 ans, Maud vient de Marseille où elle était journaliste indépendante au sein du collectif Presse-Papiers pour des médias aussi divers que France Inter, la radio et télévision suisse romande ou Reporterre.
Elle a même collaboré à Marsactu.fr, le média local d’investigations indépendant de Marseille. Et ça tombe bien puisque Maud sera chargée de mener des enquêtes à Strasbourg, sur des thématiques comme l’environnement, l’économie ou la société d’une manière générale.
Maud de Carpentier a rejoint l’équipe permanente de Rue89 Strasbourg depuis le 1er octobre Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc
Son recrutement a été rendu possible par deux bourses octroyées à Rue89 Strasbourg avant l’été par Facebook et Google, afin d’aider les médias face aux conséquences économiques de la crise sanitaire. Ces bourses ne comblent pas totalement le montant de l’investissement nécessaire mais notre objectif est d’augmenter le nombre de nos abonnés grâce à la production de Maud.
Environ 1 000 personnes soutiennent financièrement notre rédaction indépendante avec un abonnement de 5€ par mois. Nous espérons atteindre 2 000 abonnés en octobre 2021.
Rappelons que Médialab, l’entreprise éditrice de Rue89 Strasbourg, est une société indépendante, non affiliée à un groupe de presse. 100% de nos recettes sont directement investies dans la production d’un journalisme d’enquêtes locales. Outre l’équipe permanente, la rédaction de Rue89 Strasbourg est aussi composée d’une dizaine de journalistes indépendants.
En reportage pour la première fois au stade de la Meinau, j’ai découvert le journalisme en milieu ultra-réglementé. Entre droits de diffusion, directives des associations de supporters et contrôle de la communication, l’enfer du reporter, c’est le stade de foot.
J’étais bien trop naïf. Vendredi soir, j’apprends que je pourrai me rendre au stade de la Meinau dimanche 4 octobre, au moment de la rencontre entre le Racing et le Losc. Le club strasbourgeois m’accepte, une exception car je ne suis pas inscrit à l’Union des journalistes de sport en France, seule autorité à réguler les accès de la presse dans les stades.
Ainsi je pensais bêtement que les problématiques de formalités étaient derrière moi. Je me réjouissais déjà d’un reportage plein d’action, au cœur de la cathédrale du football strasbourgeois, au milieu des ultras chantant leur retour auprès des joueurs. Mais ça n’allait pas se passer aussi simplement et je l’ai compris dès mon arrivée au stade.
Le kop, sujet du reportage, inaccessible au journaliste. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Cantonné à la zone presse
Il est près de 15 heures. L’arbitre est sur le point de lancer le match entre Strasbourg et Lille. Je m’approche de la tribune Ouest, espérant m’imprégner de l’ambiance du kop, qu’on m’a déjà tant vantée. Sauf que mon badge presse ne me donne accès qu’à une seule zone : le bien nommé « espace presse. » C’est donc la mort dans l’âme que j’assiste au match entre les journalistes sportifs et les personnalités locales. Grosse ambiance pour mon reportage sur le retour des ultras au stade…
Le temps passe. Le Racing pousse. Je ne tiens pas en place et cherche mon appareil photo. Il me faudra bien quelques images d’illustration pour cet article. Autant profiter de cette mi-temps perdue. Jusqu’au moment où le responsable communication revient vers moi : « Il faut que je vois pour les autorisations de photographier et de filmer. »
Malgré moi, mes yeux montent vers le ciel. Je pense très fort : « Mieux vaut me dire ce que j’ai le droit de faire, ça ira plus vite… » S’ensuit une négociation avec deux responsables des droits télévisés. Je leur explique que je m’intéresse au retour des ultras, à l’ambiance dans le stade, pas au match. Ils finissent par m’autoriser à photographier la tribune Ouest. Mais attention : pas de vidéo !
« Pour l’instant, mon reportage est un foirage total »
Comme une sorte de compensation, le responsable communication du club me propose d’aller voir le référent supporters du Racing. Je reprends espoir. Enfin une porte semble s’entrouvrir sur la tribune ouest, où le kop bouillonne. Mais je suis vite déçu : Arnaud Szymanski annonce que les associations de supporters n’ont « pas souhaité communiquer. » Nouvelles négociations.
J’ai un rendez-vous pris auparavant avec un ultra, qui souhaite s’exprimer anonymement. Même refus catégorique de la part du Racing, qui ne voit aucun problème à s’ériger en barrière entre une personne et moi. Je retourne en zone presse. On me promet une interview en fin d’après-midi avec le secrétaire général du club. La promesse sera tenue.
Le port du masque est obligatoire. Et le port de la visière aussi ? Photos : GK / Rue89 Strasbourg / cc
Pour l’instant, mon reportage est un foirage total. Je m’en rends compte en même temps que j’aperçois le score : je n’ai même pas pu voir le premier but de Lille. Quel dimanche de merde.
Interview sous surveillance
À la mi-temps, je retrouve un ultra strasbourgeois près de la buvette. Comme je suis empêché de le rejoindre en tribune, je l’appelle du parvis pour qu’il descende à ma rencontre. Mais l’interview n’a pas encore commencé que le responsable communication refait son apparition… Direct, il explique au supporter que les associations d’ultras comme UB90 auraient refusé notre demande d’interview. En d’autres termes : « Ne parle pas au journaliste. »
Mais apparemment, le supporter en sait plus que le Racing sur la liberté d’expression individuelle. Il ne se démonte pas et répond à mes questions sur ces matchs sans kop, le sentiment d’un fan privé de stade, etc. En fin d’entretien (cinq minutes top chrono), je lui propose l’anonymat. Mais Robert (le prénom a été modifié) ne voit pas où serait le problème dans ses réponses. Elles n’ont rien de polémique. Il me rappellera dans la soirée en indiquant que le club l’a contacté… en lui demandant de répondre de manière anonyme.
La seconde mi-temps est sur le point de commencer. J’appelle mon rédacteur en chef, désespéré : « Je veux faire un reportage sur les ultras, je peux pas aller les voir, et quand je les interviewe, un responsable comm’ reste derrière moi… » « Débrouille toi » me répond Pierre France. Je m’exécute.
« On ne vous a pas vu en zone presse en deuxième-mi temps. Vous étiez où ? »
Le responsable comm’
Alors je me débrouille : j’ai berné les surveillants à l’entrée de la tribune ouest. Dire « je suis journaliste » et montrer très vite sa carte, ça marche parfois. Mais à peine en haut des escaliers, je fais face à mon échec. Le responsable supporters est là. Il me voit et me demande ce que je fais là. « Mon métier, » ai-je envie de lui répondre. Mais je bredouille « je me suis perdu » et je fais demi-tour.
Toute la deuxième mi-temps, j’ai pu exercer le journalisme que j’aime… dans les couloirs du stade. J’ai échangé avec quelques membres de la protection civile, une serveuse à la buvette et un stadier. Leurs témoignages ont aussi été utiles pour mon article. Pour parler à d’autres supporters présents dans le kop, il me faudra attendre le coup de sifflet final.
La police du Racing ne semble pas avoir préempté le droit d’interviewer quelqu’un sur le parvis du stade. Au milieu des fans de foot pressés de sortir, je tente d’arrêter l’un ou l’autre. Les échanges ne durent jamais plus de cinq minutes. Alors que je m’approche d’un « bon client », tout vêtu de bleu et blanc et équipé d’un mégaphone et d’un tambour, je sens mon portable vibrer. Le responsable communication, encore… Je décroche et entends : « On ne vous a pas vu en zone presse en deuxième mi-temps, vous étiez où ? »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
L’entrepôt « Eurovia 16 » dans le Haut-Rhin n’a pas été étudié dans une réunion qui aurait dû valider le projet pour l’administration. Ce qui laisse du temps aux opposants pour s’organiser.
Que se passe-t-il avec le projet Eurovia 16 ? Cet entrepôt géant (189 652m² sur 15,7 hectares) doit voir le jour sur des terres agricoles en bordure d’Ensisheim. L’occupant est tenu secret mais ses dimensions le rapproche de ceux exploités par Amazon.
Après l’enquête publique où aucune réserve ni recommandation n’a été émise le 6 juillet (voir notre article), la suite logique devait être un passage au Conseil départemental de l’environnement des risques sanitaires et technologiques (Coderst). Cette commission réunit des agents de l’État, des représentants du monde économique et diverses associations (pêcheurs, consommateurs, Alsace Nature). En règle générale, obtenir un vote favorable dans cette instance est une formalité.
Attentisme qui étonne
Après ce Coderst, la préfecture délivre une autorisation environnementale (AE), nécessaire en raison des dimensions de cette Installation classée pour la protection de l’Environnement (ICPE).
Fin août, le projet Eurovia 16 figurait à l’ordre du jour d’un Coderst qui a été annulé quelques jours auparavant. Les documents préparatoires avaient été envoyés aux participants. Mais au Coderst du 30 septembre, plus d’Eurovia 16 à l’ordre du jour… Seul fait notable dans cet intervalle, la nomination de Louis Augier comme préfet du Haut-Rhin. Les opposants au projet d’Eurovia y voient un signe que le représentant de l’État ne souhaite pas se précipiter sur ce sujet sensible.
D’après nos informations, le projet est concerné par plusieurs arrêtés publiés fin septembre par le ministère de la Transition écologique (Journal officiel du 26 septembre) au sujet des ICPE, un an après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen. Ces textes réglementaires nécessitent quelques adaptations à la marge. Contactée, la préfecture du Haut-Rhin n’a pas répondu à nos sollicitations.
Aperçu de l’entrepôt Eurovia 16 à Ensisheim Photo : extrait de l’enquête publique
Un permis de construire déposé, comme les recours
À Ensisheim, la communauté de communes du Centre Haut-Rhin a délivré un permis de construire le 24 juillet. Les opposants ont déposé un recours gracieux auprès de l’agglomération présidée par le maire d’Ensisheim, Michel Habig (divers droite). La requête est portée par l’ONG française « Les Amis de la Terre » et l’association Alsace Nature. Sans réponse sous deux mois, les requérants auront deux mois pour déposer leur recours devant le tribunal administratif de Strasbourg cette fois. Les chances de victoire sont minces, ce type d’implantations dans le « Parc d’activités de la Plaine d’Alsace » (Papa) a été préparée dès les années 2010, en adaptant les schémas et plans d’urbanisme.
L’objectif est d’éviter « un saucissonnage du projet au regard du droit de l’urbanisme », selon Me François Zind, avocat pour Alsace Nature. En clair, que le permis de construire ne soit pas purgé de recours (deux mois après sa publication), lorsque l’autorisation environnementale de la préfecture sera délivrée et attaquée à son tour.
L’autorisation environnementale s’intéresse à davantage de caractéristiques que le permis : le bâtiment lui-même, notamment le risque incendie et la trace dans le paysage, mais aussi ses impacts extérieurs, comme la circulation automobile et la pollution engendrée. Les avocats pensent avoir davantage d’arguments à faire valoir sur ce document.
Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté le 30 septembre devant la Préfecture du Haut-Rhin, qui n’a pas encore validé le projet. Photo : Chaudron des Alternatives
Peu d’espoirs dans le gouvernement
Les opposants espéraient que les annonces du gouvernement au début de l’été concernant un « moratoire » sur les zones commerciales soit étendu aux plateformes logistiques d’e-commerce. La lutte se serait déportée au niveau national et non local. Mais de plus en plus, ils estiment que les arguments écologistes ne suffiront pas à convaincre les ministres.
« On essaye de sensibiliser les députés de la majorité, mais en commission ils viennent de rejeter tous les amendements en ce sens. Ils répondent qu’ils ont des consignes du gouvernement qui ne veut pas de moratoire », raconte Alma Dufour, chargée de campagne « Mode de production » chez les Amis de la Terre. Elle remarque qu’à Fontaine près de Belfort, une autorisation environnementale pour un projet similaire a été signée le 22 juin (voir page 20, projet Vailog), soit quelques jours avant les annonces de projets de moratoire sur les zones commerciales par Emmanuel Macron et la convention citoyenne pour le Climat. Une différence de timing notable avec Ensisheim, à une cinquantaine de kilomètres de Fontaine.
Créer un front large
Alsace Nature et les Amis de la Terre devraient à nouveau porter les futurs recours contentieux. Mais ils seront rejoints par d’autres structures. « Les droits au recours des permis de construire sont restreints aux voisins immédiats et à quelques associations agréées, mais pour l’autorisation environnementale, qui se substitue aux autres autorisations, plus de parties peuvent la contester », indique l’avocate Corinne Lepage. Comme sur le dossier de Stocamine, l’ancienne ministre de l’Environnement et son cabinet seront aux côtés de la section locale de l’association Consommation Logement et Cadre de vie (CLCV). Son équipe est aussi partie prenante des recours contre les entrepôts Amazon au Pont du Gard et dans le Nord de la France.
De son côté, le collectif « Le chaudron des Alternatives », qui fédère plusieurs dizaines de structures écologistes mais aussi des commerçants, souhaiterait embarquer des maires des communes concernées, voire obtenir un soutien politique de l’Eurométropole. Des maires de neuf communes haut-rhinoises ont déjà écrit au préfet pour lui signifier que « le modèle Amazon n’est pas en adéquation avec les attentes et de l’État, pas davantage avec celles de nos concitoyens ». Ils pointent les études sur les destructions d’emplois induites et le peu d’impôts payés par la firme américaine.
La députée européenne Leila Chaibi (France insoumise) a participé à une plantation d’arbre symbolique à Ensisheim avec les opposants. Photo : Chaudron des Alternatives
Mobilisation à Dambach-La-Ville également
L’objectif actuel est donc de créer, y compris devants les tribunaux, un front large et divers pour sortir d’une lutte seulement écologiste. Les opposants pourraient aussi être rejoints par la Confédération des Commerçants de France, qui représente les commerces indépendants. Son président Francis Palombi est venu par deux fois en Alsace soutenir les opposants et rencontrer des décideurs politiques et économiques. De nombreux acteurs, dont la Chambre de commerce et de l’Industrie (CCI), n’ont pas pris position officiellement et sont partagés.
Ce combat contre la plateforme d’Ensisheim se mène de front avec celui prévu à Dambach-La-Ville, près de Barr. Ce projet est moins avancé et la discussion encore sur le terrain politique. Une réunion en préfecture du Bas-Rhin s’est tenue dès novembre 2019, mais la « clause de confidentialité » signée entre Amazon et l’ancien président de la communauté de communes du Pays de Barr, Gilbert Scholly (LR) a fuité début 2020. La nouvelle majorité de la Communauté de communes du Pays de Barr devra voter plusieurs délibérations pour permettre un tel projet : une modification du Plan local d’urbanisme et la vente de terres agricoles. Le département du Bas-Rhin, future Collectivité européenne d’Alsace, devra agrandir l’accès routier à cette commune en plein dans le vignoble alsacien… Les décisions de ces collectivités sont désormais très scrutées.
Depuis six ans, la Maison des adolescents de Strasbourg écoutent les jeunes signalés pour des formes de radicalisation politique ou religieuse et cherche avec eux quel est le vrai problème…
Depuis 2014, la Maison des adolescents (MDA) de Strasbourg accueille des jeunes et des parents confrontés à des formes de radicalisation, religieuse ou politique. Causette détaille dans un long article comment cette structure, qui aide des jeunes de 12 à 25 ans à traverser leur mal-être, a choisi de les écouter plutôt que de les stigmatiser. Et ce, bien que certains jeunes, à 57% des jeunes filles, ont été envoyées par la préfecture pour « évaluer le danger » qu’elles et ils pouvaient représenter…
Les jeunes se radicalisent souvent en raison de problèmes qui leur paraissent insolubles Photo : Mat Simpson / FlickR / cc
Pour le pédopsychiatre de la MDA, Guillaume Corduan, « les radicalisations » sont un symptôme de quelque chose de plus profond, détaille-t-il dans Causette, une « forme de solution à un problème psychologique. » Le magazine cite l’exemple d’un jeune de 20 ans, qui a voulu « devenir musulman » après avoir connu un échec dans ses études, auparavant brillantes. En panique, le jeune était à la recherche d’un cadre plus sécurisant…
La MDA de Strasbourg a ainsi pu suivre une soixantaine de jeunes, qui sont tous sortis de cette « spirale d’idées radicales » en 12 voire 18 mois. La structure a fait appel aux témoignages de personnes qui ont été un temps engagées dans des mouvements de radicalisation violente : un ancien néonazi ou une ancienne membre d’un groupe radical d’extrême gauche de la Suède des années 1980.
Pour la première fois depuis le début de la saison, les associations d’ultras étaient présentes au stade de la Meinau ce dimanche 4 octobre. Mais la jauge réduite et les gestes barrières empêchent tout retour à la normale.
Les supporters du Racing chantent à nouveau d’une seule voix. Ce dimanche 4 octobre, les ultras strasbourgeois sont de retour dans le kop de la Meinau. En début de saison, les associations de supporters avaient d’abord boycotté les rencontres à domicile. Face à une jauge jugée trop réduite, ils craignaient de devoir sélectionner les membres autorisés à se rendre au match.
Comme l’explique un membre des ultras strasbourgeois : « On ne voulait pas venir tant qu’il y avait trop de contraintes sur la tribune Ouest. L’autorisation pour 1 700 personnes, c’était la condition pour avoir un deal avec le club qui souhaitait notre retour au stade. »
Ce dimanche 4 octobre, les ultras strasbourgeois sont de retour dans le kop. Photos : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Avant, « l’impression d’une salle de cinéma »
C’est ainsi que début octobre, les assos de supporters ont appelé à retourner au stade de la Meinau. De quoi changer profondément l’ambiance du match contre Lille.
Pour Cédric, cette rencontre contre Lille signait le retour au stade comme il l’aime : avec les copains et dans le kop. Lors des précédents matchs à domicile, le supporter s’était résigné à passer le match seul, face à une tribune ouest vide :
« C’est un endroit mythique, c’est notre lieu de communion avec les joueurs et on s’y retrouve avec le même groupe depuis des années. Pour les deux premiers matchs, on venait ensemble, mais on regardait le match séparément… »
Pour Cédric, cette rencontre contre Lille signait le retour au stade comme il l’aime : avec les copains et dans le kop.
Membre du groupe d’ultras UB90, Hervé Fischer est de retour au stade ce dimanche 4 octobre après plusieurs semaines de « Meinau pause », la blague qui a fait le tour du stade… Habillé aux couleurs du racing, équipé d’un mégaphone, d’un énorme drapeau et d’un tambour, Hervé ne pouvait venir au stade et rester assis à sa place. Enfin délivré, l’ultra a tout donné dans la tribune ouest : « J’étais tellement dans l’ambiance que je n’ai même pas vu qu’ils perdaient 1 à 0 en première mi-temps. Mais l’essentiel, c’était de pouvoir venir, le reste c’est du détail. »
Hervé Fischer : « J’étais tellement dans l’ambiance que je n’ai même pas vu qu’ils perdaient 1 à 0 en première mi-temps. »
Le soutien indispensable aux joueurs
Abonné depuis cinq ans au stade de la Meinau, Victor apprécie le retour du kop plein. Présent lors des deux premiers matchs à domicile du Racing, le supporter se souvient de chants mal coordonnés malgré la bonne volonté des spectateurs : « Là, il y a du rythme, et ça chante en continu pendant 90 minutes. » Pour ce fan du Racing venu de Mulhouse, cette présence sonore des ultras a manqué lors de la rencontre contre Dijon. Cette dernière s’est soldée par une courte victoire 1 à 0 pour le Racing Club de Strasbourg (RCSA).
Pour ce fan du Racing venu de Mulhouse, c’est cette présence sonore des ultras qui a manqué lors de la rencontre contre Dijon.
Malgré la défaite 3 à 0 contre Lille ce dimanche, nombre de supporters sont convaincus de l’effet positif du kop sur la prestation des footballeurs strasbourgeois. Au sortir du match, Jean-Pierre et Lionel notent que « les joueurs avaient plus la gnaque aujourd’hui. » D’autres citent en exemple une situation de jeu impliquant Mohamed Simakan en première mi-temps, qui parvient à récupérer une balle dans la défense adverse au terme d’une course puissante. La passe qui suit aurait pu être décisive, mais le tir effleure le poteau gauche du gardien lillois…
Au sortir du match, Jean-Pierre et Lionel notent que « les joueurs avaient plus la gnaque aujourd’hui. »
Si la Meinau a repris vie côté kop, nombre d’autres tribunes sont restées tristement vides. Avec une jauge maximale autorisée de 5 000 spectateurs, il reste 20 000 places vides… Au premier niveau du stade, les clients se font rares aux buvettes. Plusieurs d’entre elles sont fermées. « Avec le covid, l’ambiance générale n’est pas à la fête. On sort moins, on va moins dans les bars… », notent Ludovid et Gaëtan, abonnés depuis plusieurs années et présents à tous les matchs depuis le début de la saison.
Au premier niveau du stade, les clients se font rares aux buvettes. Plusieurs d’entre elles sont fermées.
« Une vraie réussite » pour le secrétaire général du RCSA
Le secrétaire général du Racing Club de Strasbourg se réjouit de ce retour de « l’ensemble de la famille du Racing, avec toutes les associations de supporters présentes. » Peu après le coup de sifflet final, Romain Giraud parle d’une « vraie réussite » concernant le respect des gestes barrières, entre port du masque, respect du mètre de distance entre les supporters, désinfection régulière des mains, fermeture des buvettes, entrées et sorties alternées… Des mesures mises en place à travers la vidéosurveillance, la communication des associations de supporters, des flyers, des messages oraux passées dans le stade et douze agents chargés de faire appliquer le protocole sanitaire… « Le foot est une fête, il fallait faire revenir les chants », explique le gestionnaire du club.
Peu après le coup de sifflet final, Romain Giraud parle d’une « vraie réussite » concernant le respect des gestes barrières.
Protection civile : « Il faut encore ajuster »
Mais pendant le match, certains spectateurs étaient moins enthousiastes face au kop. Aux abords du stade, deux membres de la protection civile ont dit être « déçus » du non-respect du mètre de distance et du port du masque au coeur de la tribune ouest. Un infirmier aux urgences de Hautepierre se souvient de la « période difficile de la première vague » et regrette : « Pour beaucoup, c’est comme si tout ça ne s’était pas passé… » Un peu plus loin, un médecin de la protection civile relativise :
« La majorité du kop respecte le port du masque. Le centre est plus resserré. Il faut encore ajuster au vu de ce que l’on voit. Le Covid nous apprend à être souple et rigoureux à la fois. »
« La majorité du kop respecte le port du masque. Le centre est plus resserré. Il faut encore ajuster au vu de ce que l’on voit. »
Le géant chinois de la téléphonie souhaiterait installer une usine de composants pour ses antennes 5G dans l’agglomération strasbourgeoise, avec 500 emplois à la clé. Jean Rottner applaudit, mais pour Jeanne Barseghian qui s’est beaucoup exposée dans la demande de moratoire sur la 5G, l’annonce tombe plutôt mal.
Une caravane collectant des récits d’amour, un festival annulé, et des costumes bariolés. Ce sont les ingrédients à l’origine du nouveau spectacle de Fou.Folle Théâtre. Les Rats quittent le navire ou une histoire sans fin se jouera au Hall des Chars, quartier Laiterie, du vendredi 9 au lundi 12 octobre.
Ce ne devait être qu’un petit événement au sein d’un festival. Durant l’hiver 2019, Sacha Vilmar et ses comparses ont arpenté le Grand Est dans une étrange caravane. Ils se sont rendus dans huit villes et ont convié le passant à leur confier sa vision de l’amour. Ce projet devait se conclure par une restitution des paroles recueillies lors de Demostratif, le festival universitaire des arts de la scène.
Face à l’annulation du festival pour cause de covid, la compagnie Fou.Folle Théâtre, à l’origine de la caravane, a choisi de ne pas abandonner les témoignages accumulés. Ils ont été transformés en un spectacle autonome.
Rester en place et parler, dans un temps indéfini Photo : de TAG by Teona
L’héritage de l’absurde donné au monde moderne
La pièce est mis en scène par Sacha Vilmar, qui y est aussi acteur. Anette Gillard en a forgé le texte, à partir des récits d’amour du Grand Est. En résulte un spectacle inclassable, qui échappe même à la définition d’une intrigue. Dans la droite ligne de l’absurde d’un Samuel Beckett, Les Rats quittent le navire ou une histoire sans fin présente un groupe de personnages en perpétuelle attente. Le lieu est indéfini, espace transitoire et impersonnel. L’action est vaine, et le temps avançant ne semble que décomposer le peu de structure qui régissait la scène.
Ces figures sont l’incarnation de la culture LGBTQIA+ et de ses problématiques. Un groupe de personnages isolés qui cherchent à exister tout en ressentant la menace du monde environnant. Leur seule arme est l’expression. C’est en racontant leur histoire, en visibilisant leur existence qu’ils peuvent survivre. Ces trois personnages entrent en conflit avec eux-mêmes, car, groupe hétérogène, ils ont des approches différentes de l’amour, de leur vie et de leurs idéaux. Mais ils restent ensemble, autant par nécessité que par choix.
Bien que les personnages partagent beaucoup, jusqu’à leurs cheveux, les conflits ne manquent pas Photo : de TAG by Teona
Le langage qui s’effondre pour rejaillir
L’une des caractéristiques insolites du spectacle est son rapport à la langue. Anette Gilllard a choisi de travailler sur l’écriture épicène, cette approche du français, cherchant à présenter une égale visibilité des genres. La plupart des critiques formulées l’encontre de ce sujet polémique portent sur son impossible application à l’oral. Défi relevé par ce texte qui montre comment le langage peut se tordre, changer, afin de servir au mieux le monde qui l’emploie. Rapidement, ces formes hybrides et mutées de mots étrangers prennent des airs de famille. Une nouvelle langue pousse sur scène. Cette démarche rappelle avec éclat la nature vivante du langage, sa plasticité et sa propension à évoluer.
Le travail du corps cherche aussi cette abrogation de la barrière du genre. Le travail sur les costumes de Charles de Vilmorin vient servir cette intention. Des pourpoints aux épaules vastes, taille serrée, prennent le pas sur les silhouettes et brouillent les repères. En complément de l’écriture épicène, ces choix esthétiques mettent à l’honneur un idéal d’androgynie et de fluidité.
Le théâtre doit être bizarre et outré
Les costumes sont aussi extravagants, dans leurs couleurs explosives et leurs motifs expressifs. C’est là l’autre revendication du spectacle : proclamer son artificialité. Pour Sacha Vilmar, le théâtre contemporain est dominé par une volonté de réalisme omniprésente. Ses costumes, ses décors et ses enjeux sont issus de la réalité, sans malice supplémentaire. Pour lui, le théâtre est un lieu d’excès. C’est un laboratoire d’expérimentations explosives où la liberté d’être extravagant doit être employée sans retenue. Une exubérance qui permet d’entrevoir un avenir pour ceux qui s’y prêtent.
Un costume extravagant qui évoque une armure d’amour Photo : de Studio Autres
Là où Les Rats quittent le navire se distingue du théâtre de l’absurde beckettien, c’est dans son horizon. Les personnages ont de l’espoir, et n’attendent pas la fin du monde avec résignation. Et ce malgré les difficultés rencontrées et la douleur subie. Leur immobilité, la menace qui plane sur eux, rien ne les condamne. Le spectacle n’est pas naïf mais joyeux et optimiste.
C’est un théâtre engagé qui ne fait pas de politique. Il ne clame pas de discours ni ne distribue pas de bulletin. Mais il met en exergue une réalité qui est malmenée, incomprise, et pourtant bien concrète. Il se saisit de la langue commune, des représentations convenues et les passe à la moulinette de sa subjectivité. Il ne prétend donc pas donner de leçon. Ce qu’il offre, c’est une possibilité d’adopter une lecture différente d’un monde qui pouvait sembler univoque.
Photo : Elina Brotherus pour les Grands Magasins de la Samaritaine
À La Filature de Mulhouse, l’artiste finlandaise Elina Brotherus ouvre la saison 2020-2021 avec This is the First Day of the rest of your Life, une exposition d’autoportraits. Autant d’évasions photographiques qui, jusqu’au 29 novembre 2020, offrent une parenthèse onirique dans des temps incertains.
Se rendre à Mulhouse en période de pandémie peut s’apparenter à un véritable parcours du combattant tant les restrictions sanitaires sont lourdes. Mais pour rencontrer l’œuvre singulière et contemplative de la photographe finlandaise Elina Brotherus, présentée en ouverture de la saison 2020-2021 de cette scène nationale transdisciplinaire, l’aventure vaut le détour et offre une exposition hors du temps.
Pensée pendant le confinement, elle se fait l’écho d’une période inédite où, terrés dans nos logements, nous rêvions d’escapades dans la nature. Née en 1972 à Helsinki, la photographe Elina Brotherus, de renommée internationale, vit entre la Finlande et la France. L’artiste utilise son propre corps pour interroger l’être et le monde qui l’entoure.
Un corps féminin nu recroquevillé sur lui-même, éclairé par une lumière froide, accueille les visiteurs à l’entrée de l’exposition. Déconcertante, l’image intitulée This is the First Day of the rest of your Life (1998) donne son titre à l’exposition. Le cadrage serré sur sa peau – organe le plus visible du corps humain –, ne permet pas de distinguer le visage. D’emblée plongés dans son intimité, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer sur la voie qu’Elina Brotherus a ouverte, celle de l’autofiction. En étant le plus souvent l’unique sujet de ses photographies, elle se crée un autre « je » aux multiples facettes.
Référence au film de Rémi Bezançon, l’exposition présentée à La Filature rappelle, dans son parti pris narratif, le long métrage Le Premier Jour du reste de ta Vie (2008). Le film raconte en effet cinq journées décisives de la vie d’une famille, à travers les regards de cinq de ses membres. Le film de Rémi Bezançon fait écho à la démarche photographique d’Elina Brotherus qui documente des épisodes de sa vie par l’autoportrait.
Elina Brotherus, This is the First Day of the rest of your Life, 1998,Photo : Emma Pampagnin-Migayrou
Depuis plus de vingt ans, entre sa Finlande natale et sa Bourgogne d’adoption, l’artiste se met en scène dans des espaces naturels et urbains. Ses clichés, teintés de douceur, de fantaisie et de mélancolie, inventent mille alter-égos. Véritable femme-caméléon, Elina Brotherus s’immisce dans les paysages et en adopte les couleurs. Ainsi, son univers se découvre par fragments visuels.
« C’est l’espace qu’elle met en scène par sa propre présence »
Plus loin dans l’exposition, un autre cliché frappe le regard. Dans Jetty (2016), l’artiste se photographie de profil et en pied, au centre de l’image. Son corps, drapé de blanc, paraît flotter sur l’eau. En lumière naturelle, les couleurs du vêtement et de sa peau semblent se confondre. Les plis de sa robe rappellent les ondulations sur la surface de l’eau. Là encore, le visage de l’artiste est dissimulé derrière ses cheveux.
Le commissaire de l’exposition, Christian Caujolle livre quelques clés de compréhension. L’homme aux multiples casquettes a dédié sa carrière à la photographie (cofondateur de l’Agence Vu, il a officié en tant que rédacteur en chef chargé de la photographie pour Libération et a créé le festival photographique de Phnom Penh). Ayant noué une relation forte avec l’œuvre de la photographe finlandaise, il souhaité mettre en lumière le travail photographique intimiste d’Elina Brotherus, encore trop peu montré. Selon Christian Caujolle, l’artiste s’approprie chaque lieu qu’elle traverse. Dans ses photographies, et particulièrement celles prises dans des environnements naturels, elle fait renaître la tradition des scènes de genre empreintes de romantisme, parfois détournées ou troublées.
Semblable au personnage contemplatif du tableau Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages (1818) de Caspar David Friedrich, elle réactualise la tradition picturale du romantisme allemand tant par la composition que par les couleurs de son autoportrait. Comme beaucoup d’autres images dans l’exposition, Jetty est un cliché énigmatique qui incite les visiteurs à développer leur imaginaire et à inventer leurs propres récits.
Elina Brotherus, Portrait Series – Jetty, 2016Photo : Elina Brotherus pour les Grands Magasins de la Samaritaine
S’inscrire dans un paysage artistique
L’œuvre d’Elina Brotherus est nourrie de références artistiques. Elle tire son inspiration tout autant de la peinture romantique que de la photographie contemporaine. Dissimulant souvent son visage, elle crée des personnages fictifs. L’art photographique lui permet d’amplifier et de démultiplier son « je ». De même, l’expression impassible et l’absence de sourire dans ses autoportraits est un trait récurrent. Cela rappelle les portraits anonymes du photographe contemporain allemand Thomas Ruff. Reprenant les codes de la photographie d’identité dans la série monumentale Porträt (1986-1991), ce dernier met en scène des modèles au visage neutre et distant, comme dénués d’âme, pour interroger la société de surveillance. Si Elina Brotherus questionne plutôt son vécu personnel, elle se débarrasse également de toute expressivité dans ses photographies. Tel un pantin déguisé, elle module son personnage imaginaireau gré d’autoportraits que rien ne trouble.
Dans son œuvre, le paysage – bien qu’omniprésent – ne l’intéresse pas en tant que tel. Les jeux avec la lumière – toujours naturelle –, et la frontalité de ses prises évoque celle de l’École de photographie de Düsseldorf. Voguant entre des bribes d’intimité réelles et irréelles, Elina Brotherus converse corporellement avec le monde, sans pour autant faire deviner son processus. Dans des ensembles méticuleusement construits et pourtant minimalistes, le fil du déclencheur qu’elle actionne est parfois perceptible. Le reste du temps, tout porte à croire qu’il y a quelqu’un d’autre qu’elle-même derrière l’objectif. En cela réside la magie de l’artiste.
« Je suis artiste parce que c’est le dernier domaine où l’on autorise les adultes à jouer »
Si l’autoportrait – dans une ère où le selfie est de rigueur –, s’apparente à Narcisse contemplant son reflet dans l’eau, Elina Brotherus s’en détache par sa force imaginative mêlée de candeur. Jouant avec l’espace dans lequel elle se capture, elle construit une autre manière de se percevoir. C’est avec une certaine insouciance, qu’elle échafaude un monde aux allures parfois surréalistes.
Elina Brotherus, Flux Harpsichord Concert, 2017,Photo : Elina Brotherus pour les Grands Magasins de la Samaritaine
Dans Flux Harpsichord Concert (2017), la photographe – de profil à gauche de l’image –, joue du clavecin pour un spectateur privilégié qui n’est autre que son chien. Posé sur l’instrument, tenu à la laisse par un bras tendu, dont le reste du corps sort du cadre, il regarde sa maîtresse droit dans les yeux. Un échange de regards figés entre la femme et l’animal, une pose immobile, comme en attente : ce concerto pour un chien semble en suspens. Entre sérieux et extravagance, humour et poésie, Elina Brotherus convie les spectateurs à la rêverie.
« Une femme doit avoir […] une chambre à soi si elle veut écrire de la fiction », écrit Virginia Woolf dans son essai Une chambre à soi (1929). Comme pour répondre à cet appel, Elina Brotherus s’approprie tous les endroits qu’elle arpente comme des espaces de construction de soi. Au moyen de l’autoportrait, elle privilégie sa propre expérience et traduit ainsi, autrement que par les mots, sa vision intérieure d’une réalité. En matérialisant ses sensations par la photo, Elina Brotherus confère à chaque mise en scène sa subjectivité étrange et fantaisiste. Très souvent photographiée de pied, elle apparaît fréquemment nue, comme dans l’autoportrait Girraffe (2014) où son visage est recouvert d’un masque de girafe. Debout dans un espace neutre, en lumière naturelle, elle focalise le regard sur son corps, dont la chair se raccorde au blanc du mur. L’être hybride qui se tient devant nous se fond dans le décor, dégageant une sensation aussi incommodante qu’émouvante. Une photographie insolite qui témoigne une fois encore de la capacité d’adaptation et du sens infini d’inventivité de l’artiste.
Elina Brotherus, Girraffe, 2014,Photo : Elina Brotherus pour les Grands Magasins de la Samaritaine
La Samaritaine : un projet montré pour la toute première fois
Ce sont dix photographies inédites qui sont présentées dans l’exposition de La Filature. Les clichés résultent d’une commande des Grands Magasins de la Samaritaine. En travaux depuis quelques années, le groupe avait effectivement demandé à une cinquantaine d’artistes du monde entier de les accompagner dans leur chantier. Elina Brotherus s’est prêtée au jeu, en adoptant les codes vestimentaires et le mobilier du chantier, environnement jusqu’alors inconnu pour elle. Dans Stripes (2018), la photographe se présente de dos, au centre d’un mur couvert de bandes horizontales aux tons pastels, en écho à sa tenue. Affublée d’un casque de chantier, tenant son jupon du bout des doigts, Elina Brotherus invente ainsi un monde décalé où des constructeurs fusionneraient avec des ballerines.
Elina Brotherus, Stripes, 2019,Photo : Elina Brotherus pour les Grands Magasins de la Samaritaine
L’exposition « This is the First Day of the rest of your Life », qui n’est pas sans rappeler les mythologies personnelles de la photographe américaine Cindy Sherman – dont le travail est exposé à la Fondation Louis Vuitton à Paris –, s’intègre dans la tradition narrative de la photographie contemporaine. Cindy Sherman comme Elina Brotherus s’inventent et se réinventent à travers de multiples personnages et mises en scènes. À l’image du roman contemporain, on peut parler d’autofictions visuelles.
À La Filature, la richesse picturale des œuvres classées par séries permet une exploration intime et profonde du paysage émotionnel de l’artiste. Les multiples associations d’images de soi et de narrations scénographiées par Elina Brotherus repoussent les frontières de l’imagination.
La nouvelle municipalité a tenu un « point d’étape » ce vendredi 2 octobre sur l’édition 2020 du Marché de Noël de Strasbourg. Si tout est fait pour le maintien de l’évènement, les élus annoncent des changements importants en raison de l’épidémie de la Covid-19.
Plusieurs villes en France et Outre-Rhin comme Cologne ont déjà annoncé l’annulation de leur marché de Noël en raison du contexte sanitaire. Pourtant, la municipalité de Strasbourg maintient son édition 2020. Elle débutera le 28 novembre prochain avec quelques changements de taille. Covid oblige.
Les stands du Marché de Noël devraient être plus espacés afin d’éviter les attroupements Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc
Après plusieurs semaines de concertation avec la préfecture et l’Agence régionale de santé, le cadre de contraintes sanitaires a donc été fixé. C’est maintenant à la ville et aux commerçants de trouver des solutions d’application.
Le « desserrement » des 313 chalets
Les chalets devront être espacés de deux mètres minimum. Il faut donc élargir les zones dédiées habituellement au Marché de Noël dans l’hyper-centre de Strasbourg, comme l’explique Guillaume Libsig, adjoint en charge des animations urbaines :
« La difficulté principale, c’est de respecter la spatialisation, imposée du fait des données sanitaires, avec notamment le desserrement que l’on doit opérer. Nous devons repenser complètement la configuration des 313 chalets inscrits pour cette édition 2020. »
Guillaume Libsig, adjoint à la maire de Strasbourg, en charge notamment des animations urbaines.
Les trois secteurs principaux et habituels du Marché de Noël seront plus « étalés » en quelque sorte. Mais Guillaume Libsig l’assure : « Notre objectif est le maintien de ces 313 chalets, et nous faisons notre maximum pour que tout le monde ait sa place lors de cette édition 2020 ».
Des « zones de consommation alimentaire »
C’est sans doute le point le plus problématique dans la mise en place de cette édition 2020. Il s’agit en réalité d’appliquer le protocole « restauration » aux chalets qui vendent nourriture et boissons. Les amateurs de vin chaud et de sandwichs seront tenus de déguster leur snack, si et seulement s’ils sont assis à une table, qui aura auparavant été désinfectée, et uniquement aux côtés de gens qu’ils connaissent… et pas à plus de dix.
Une zone de restauration donc – seul endroit où le consommateur aura le droit d’ôter son masque – , qui devra être à moins de 100 mètre des chalets d’alimentation, mais pas collée non plus à ces espaces… Un casse-tête ? Pierre Ozenne, adjoint à la maire en charge des foires et marchés, marmonne dans son masque en guise de réponse. Qui sera chargé de veiller au port du masque entre le moment où vous aurez votre Manele en main, votre vin chaud dans l’autre et celui où vous aurez le droit de vous asseoir dans les espaces dédiés à la restauration ? « Si d’ici là un arrêté préfectoral le permet, la police pourra verbaliser les contrevenants, sinon, ce sera aux organisateurs de veiller au respect des règles », glisse Nadia Zourgui, adjointe à la maire en charge de la tranquillité publique.
« Rocade pour cyclistes » et arrêts de tramway ouverts
Principale nouveauté de l’édition 2020, « la création d’un itinéraire d’évitement du centre-ville pour les cyclistes qui ne font que le traverser pour aller d’un point A à un point B. » L’idée : fluidiser encore et toujours la circulation et le quotidien des Strasbourgeois impactés par l’évènement chaque année.
Autre changement de taille : les arrêts de tram habituellement fermés lors du Marché de Noël seront tous ouverts. « Nous voulons que Strasbourg soit accessible aux Strasbourgeois », explique Guillaume Libsig.
Suppression des « checkpoints » à l’entrée du centre
Les Strasbourgeois se rappellent tous des files d’attente sans fin il y a un an. « Nous avons entendu les critiques des habitants qui ont beaucoup dénoncé l’édition 2019 et sa bunkerisation. Nous avons voulu faire autrement. Il n’y aura donc plus de check-points », explique Nadia Zourgui.
Le niveau de menace terroriste sur la ville est pourtant toujours aussi élevé (l’ensemble du territoire national est maintenu au niveau « sécurité renforcée – risque attentat »), mais l’élue parle « d’une autre façon d’appréhender la sécurité dans la ville » :
« L’histoire nous a montré qu’on avait beau bunkeriser la ville, si quelqu’un veut commettre un attentat, il le fera. Ce n’est pas du fatalisme, mais du réalisme. Donc nous allons quadriller l’espace autrement, l’occuper avec nos patrouilles dynamiques, qui auront le droit de réaliser des fouilles et des contrôles aléatoires. Par ailleurs, tous les ponts seront surveillés par la police nationale. «
Nadia Zourgui, adjointe à la maire de Strasbourg en charge de la tranquillité publique.
Seuls les voitures et les vélo-cargos seront encore fouillés, automatiquement, à l’entrée du centre-ville.
Pierre Ozenne tient à le rappeler aux Strasbourgeois : « L’édition 2020 ne présage en rien de l’édition 2021, qui ressemblera plus à notre projet. Cette année est particulière, et nous faisons tout pour maintenir l’évènement dans un contexte difficile. » Une concertation des usagers et des habitants est d’ailleurs prévue afin de penser, déjà, à une édition 2021, où l’on parlera plus des mesures écolos, que des masques jetables.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Mercredi 30 septembre, Strasbourg a remporté un « concours de la plus belle cathédrale de France ». La page Facebook qui a organisé ce jeu anodin sert de tremplin à Ecopatriote, un think tank libéral lancé en début d’année par quelques jeunes proches de la droite nationaliste.
Mercredi 30 septembre, Strasbourg a remporté un « concours de la plus belle cathédrale de France, » en fait une simple course aux likes sur une publication Facebook. Score final : 23 000 pour Strasbourg, contre 22 000 pour Metz. Le jeu a suscité plus de 5 000 partages sur Facebook et des articles sur la victoire de Strasbourg dans la plupart des médias locaux.
L’engagement politique des organisateurs
Ce concours sans aucune vérification ni authentification des résultats a eu lieu sur la page Facebook de « Patriotvisor ». Cette page est gérée par des membres d’Ecopatriote, qui se présente comme un « laboratoire d’idées (think tank) du patriotisme économique. » Son président Pierre-Louis Delauney fait partie des Jeunes Les Républicains (LR), selon sa bio Twitter et il est secrétaire-général de Racines d’Avenir, un « mouvement politique de la jeunesse conservatrice. »
Le secrétaire-général d’Ecopatriote, Philippe Siffert, affiche lui dans sa bio Twitter « #Zemmour » et également Racines d’Avenir. Le jeune engagé figure parmi les signataires d’une tribune prônant une ouverture du dialogue de la droite vis-à-vis de personnalités comme Éric Zemmour ou Marion Maréchal Le Pen. Contacté, il a confirmé être l’un des administrateurs de la page.
Des liens peu visibles
Ces liens entre Ecopatriote et Patriotvisor ne sont pas clairement indiqués . Rien n’est indiqué dans la section « à propos ». Aucun post explicatif n’a été publié. Seule une publication sommaire du 9 avril partage le lien de la page Facebook d’Ecopatriote sans donner aucun contexte. Mais sur le site du think tank, Patriotvisor figure bien parmi les « actions » de cette formation fondée en avril 2020.
Ce concours a eu un important écho médiatique. Lu plus de 15 000 fois, l’article des Dernières Nouvelles d’Alsace renvoie vers la page Facebook « Patriotvisor » en la décrivant comme une « plateforme qui recense, avec humour, le patrimoine culturel et gastronomique français. » France Bleu Alsace est aussi aux anges : la cathédrale de Strasbourg « a ENCORE (sic) été élue « Plus belle cathédrale de France ». Son article a été partagé plus de 550 fois sur Facebook. France 3 Alsace profite de l’événement pour rappeler l’histoire des édifices religieux. Tous ont inséré un lien renvoyant vers la page Facebook « Patriotvisor »…
Succès complet pour le think tank nationaliste, qui récupère de nombreux « fans » grâce à ces précieux relais médiatiques. La page des militants LR comptait à peine 1 000 abonnés au 13 avril 2020, contre plus de 5 500 début octobre. « En quelques jours, le nombre d’abonnés de Patriotvisor a doublé », annonce fièrement Philippe Sieffert. En comparaison, l’audience Facebook de la page d’Ecopatriote dépasse à peine les 150 personnes.
« Faire grossir notre communauté »
Rue89 Strasbourg a contacté un utilisateur Facebook ayant contribué à l’audience du concours sur le réseau social. Ce dernier estime être tombé dans le piège d’une présentation « extrêmement neutre » de Patriotvisor, qu’il associait plutôt au terme « patrimoine ». Informé des liens avec le think tank « Ecopatriote », cet expert des réseaux sociaux y reconnaît une stratégie marketing habituelle dans cet univers, qui consiste à « accumuler de l’audience avec un concours qui suscite l’émotion de l’usager. » À ce petit jeu, les cathédrales, c’est formidable, tout le monde les adore. « Ce qui peut se passer ensuite, c’est que Patriotvisor relaie des posts d’Ecopatriote. »
Et même si Ecopatriote ne fait rien de cette nouvelle audience inespérée, Facebook, lui, fera les liens automatiquement, en recommandant des pages, des groupes et des contenus, proches de ceux partagés par Ecopatriote et consorts…
Satisfait du déroulé de son opération, Philippe Siffert prévoit d’autres opérations après les concours d’architecture sur Facebook :
« Pour l’instant, on essaie de faire grossir notre communauté. L’idée, c’est qu’ensuite la page Patriotvisor vienne en soutien à Ecopatriote. Cela permettrait de lever des fonds par exemple dans le cadre du tournois des châteaux qui commence la semaine prochaine avec Stéphane Bern. Patriotadvisor n’a pas pour vocation de récolter d’argent mais on communiquera sur l’opération à travers la page. »
Philippe Siffert, secrétaire-général d’Ecopatriote
Des cathédrales à la diminution de la dépense publique…
Des interviews donnés à des médias conservateurs comme Boulevard voltaire ou L’Étudiant libre permettent de mieux saisir les objectifs d’Ecopatriote. Le président du think tank y parle de « diminuer la TVA sur les fruits et légumes d’origines françaises pour aider nos producteurs », « relancer le débat sur la durée du travail en entreprise : 35 heures n’est pas suffisant », « sortir de l’espace Schengen » ou encore « diminuer la dépense publique de l’État et des collectivités locales. » Un programme classique de la droite dure, bien éloigné de la légèreté des concours de cathédrales.
Avec Josep, le dessinateur Aurel et le scénariste Jean-Louis Milesi rendent hommage à un autre dessinateur : Josep Bartoli. Un premier film d’animation poignant sur un sujet méconnu de l’Histoire de France, le sort des réfugiés après la guerre d’Espagne.
En février 1939, Barcelone tombe aux mains des troupes du général Franco, c’est la fin de la guerre civile d’Espagne, près de 500 000 républicains fuient vers la France. Le gouvernement Daladier ne sait pas quoi faire de ces réfugiés et les enferment dans des camps, sur les plages d’Argelès ou de Saint-Cyprien, en plein hiver.
Pendant deux ans, le dessinateur de presse Josep Bartoli, qui a pris les armes contre les nationalistes, fait partie de ces prisonniers. En cachette, il jette sur le papier les corps affamés, malades, la cruauté des gardiens français aux visages porcins… En 1943, il parvient à s’enfuir au Mexique, où il publiera ses dessins.
80 ans plus tard, Aurel, auteur de BD et dessinateur pour Le Monde, Politis ou Marianne rend hommage au travail de Bartoli. Les silhouettes des réfugiés espagnols resurgissent du sable des plages languedociennes afin qu’on ne les oublie pas. Pour écrire son premier long métrage, Aurel a fait appel à Jean-Louis Milesi, scénariste entre autre de Robert Guédiguian.
Rue89 Strasbourg : Comment s’est fait la rencontre avec le dessinateur Aurel et avec son sujet : l’artiste Josep Bartoli ?
Jean-Louis Milesi : Aurel est tombé sur les dessins de Josep Bartoli en 2010, je ne sais pas pourquoi il a voulu en faire un film plutôt qu’une bande-dessinée, je ne lui ai jamais demandé. Il a essayé d’écrire lui-même un scénario mais il n’y arrivait pas. C’est le producteur, Serge Lalou, qui connaissait mon travail avec Robert Guédiguian, qui lui a parlé de moi. À ce moment-là, j’étais en Californie, alors on a échangé par Skype. Je n’avais jamais travaillé pour un film d’animation et moi, dès que je sens un petit danger, ça m’intéresse ! Il m’a envoyé tout un tas de documentation. J’ai découvert le travail de Bartoli et l’histoire de la Retirada, ces républicains qui ont fui après la guerre d’Espagne.
Josep Bartoli s’isole pour dessiner. Photo : Doc. remis
C’est un gendarme français, Serge, qui raconte l’histoire de Josep. Ces deux personnages se sauvent mutuellement. Est-ce que Serge a vraiment existé ?
Josep Bartoli a laissé peu de traces de sa propre vie, en dehors de ses dessins, pas d’écrits. On sait qu’à un moment donné, il a été aidé par un gendarme mais ça s’arrête là. J’ai créé le personnage de Serge parce que je n’avais pas envie de raconter la vie de Josep de son point de vue. Serge sert de passeur de témoin, Aurel était très attaché à cette idée de transmission, il m’en a parlé tout de suite. Ce duo Serge-Josep rappelle aussi notre duo : je suis plus proche de Serge et Aurel de Josep. Serge est un naïf, il aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre, mais il est révélé à l’art par Josep.
Écrire pour un film d’animation, est-ce le même travail que pour un long métrage classique ?
Oui, mon travail de scénariste est identique. Je me suis senti très libre, en me disant qu’il n’y aurait pas de problème de coût de production. Mais là-dessus, j’avais tort : 50 personnes sur un marché cela coûte plus cher à dessiner que deux personnes sur le bord d’une route, parce que cela prend plus de temps !
Bartoli au Mexique, retour des couleurs vives. Photo : Doc. remis
Le dessin change en fonction des étapes de la vie de Bartoli, c’est une idée de qui ?
C’est une idée d’Aurel. Toute la partie animation, je l’ai découverte après l’écriture. Pour Aurel, la partie qui se situe dans les camps, sur les plages des Pyrénées Orientales, devait être plus dessinée qu’animée. C’est très fidèle aux dessins de Bartoli : les décors sont très simples, la plage et les fils barbelés. Au début, cela surprend. Et puis, l’animation prend le dessus dans les passages du présent. Le dessin évolue encore quand Josep se rend au Mexique où il rencontre Frida Kahlo. Le film a pris beaucoup de temps à se faire, la recherche de financement a été longue, notamment parce qu’Aurel est nouveau dans le métier. Mais cela lui a permis de s’affirmer dans ses choix et il a bien fait, ça fonctionne !
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.